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INSURRECTION49

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INSURRECTION

 

De Sword'n'Quill (Susanne Beck)

 

SwordnQuil@aol.com

 

écrit avec T Novan et Okasha

 

 

Traduction : Kaktus (parties 1 à 22) et Fryda (partie 23 à la fin)

 

 

Table des matières

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE QUARANTE-NEUF

 

 

L’avancée de l’armée se referme inexorablement sur l’ennemi qui se trouve coincé par la première ligne. Les Bradley virent largement, accélérant pour bloquer la fuite sur les accotements de la route, pendant que les équipages de M-1 en progression manoeuvrent l’angle de leur canon pour lancer leurs munitions haut et court sur les chars androïdes. Les écoutilles sur les toits s’ouvrent brusquement, faisant germer les longs tubes des missiles anti-chars. Tandis que Tacoma observe, deux des lanceurs envoient leurs ogives vers un char ennemi esseulé, fracassant son blindage et l’envoyant voler dans une boule de feu et de fumée. Un missile atterrit tout près d’un second char, creusant un cratère dans la chaussée mais sans plus de dommage. Un second trouve sa cible, et des fragments de Bradley, crachant du verre et des boulons, de la chair et du sang, dans un rayon de cinquante mètres dans toutes les directions. Des projections rouges couvrent la chenille et la tourelle d’un de leurs propres chars tout près, signes d’un équipage humain. Un char ennemi cahote en tendant de tourner ses propres armes sur la force qui se rapproche derrière lui, la tourelle toujours mobile mais son canon coincé contre la carcasse de son voisin. Ses vitesses hurlent comme un animal enragé, piégé et insouciant de sa douleur.

Un missile frappe un des Bradley sur le côté, déchirant son blindage et le faisant virevolter hors de la route pour dévaler la rive avant de venir s’arrêter dans un fracas final à trente mètres de là. Un second vient rapidement prendre sa place dans le coin, bloquant un blindé qui se démarque brusquement de ses lourds compagnons pour tenter de traverser les failles étroites dans la ligne de Tacoma. Le Bradley le frappe de front, lui faisant faire volte-face pour l’envoyer dans le chemin d’un M-1 ennemi tandis qu’il tente de s’extirper de son étreinte mortelle avec un de ses propres alliés. Un engin du char central dans le coin règle son problème, faisant exploser les réservoirs de fuel des deux avant de faire éclater leurs munitions dans une série d’explosions courtes et fortes qui laissent l’autoroute jonchée de cratères et de fissures autant sur les flancs amis qu’ennemis.

Tacoma observe et fait un rapide calcul. Les ennemis sont minoritaires et coincés. Il lui apparaît que le sort de la bataille est décidé, qu’il a été réellement décidé à l’instant où l’ennemi a mordu à l’hameçon et a suivi l’unité de tête sur l’autoroute. Il ne reste plus qu’à y mettre un terme aussi rapidement que possible. Il positionne son micro sur la fréquence universelle et crie, « Ellsworth, arrêtez de tirer ! Forces androïdes, rendez-vous ! Vous êtes encerclés, sans espoir de fuite ! Les humains parmi vous seront considérés comme des prisonniers de guerre ! Les androïdes seront reprogrammés ! Rendez-vous maintenant et épargnez vos vies ! »

Et, bien qu’il ne le dise pas, les chars et les véhicules de combat seront également épargnés et pourront servir plus tard. Personne n’en fabriquera avant longtemps.

Il n’y a pas de réponse. Plus calmement encore, Tacoma ajoute, « vous avez soixante secondes ! » Il jette un coup d’œil à sa montre, au mouvement lumineux de la grande aiguille. « Top. Cinquante-neuf. Cinquante-huit. Cinquante-sept… »

A trente, il lève la main pour signaler la reprise de l’attaque. Du coin de l’œil il peut voir le visage tendu de Jackson, qui ne le regarde pas mais au-delà, à la recherche de signes de reddition ou d’attaque. A vingt-cinq, Jackson lance le moteur, prêt à repartir. La respiration de Tacoma devient plus saccadée. S’il te plait, Ina, fais que ça marche. Et à vingt, une écoutille de char s’ouvre bruyamment et deux humains en sortent, remuant un tee-shirt blanc.

Un large sourire passe sur le visage de Jackson. « Bien joué. Et moi qui croyais que c’était votre sœur la magicienne. »

Le cœur de Tacoma et ses poumons reviennent à la normale. Il sourit en retour. « Pas de magie là-dedans. Un appel à l’égoïsme éclairé marche à chaque fois. » Il sort de la jeep et fait signe à l’équipage du Bradley de descendre. « On les rassemble. »

Vingt minutes plus tard, les prisonniers humains ont été séparés des androïdes, ficelés et déposés sur le côté de la route pour être embarqués plus tard. Les androïdes, pas plus d’une demi-douzaine, posent un autre problème. Ils se tiennent ensemble, gardés par deux fantassins armés de grenades. Tacoma jette un coup d’œil autour, là où ses hommes et femmes s’affairent à démêler l’embouteillage et à aligner l’armée ennemie pour revenir aux barricades. Ils ne peuvent laisser personne pour garder les androïdes, ne peuvent pas non plus les laisser sans surveillance.

« Bousillez-les, Major. Pas besoin de tenir une promesse à ces foutues boites de conserve. »

Tacoma se retourne pour faire face à celui qui a parlé, un conducteur de char avec vingt ans et quatre guerres d’expérience. « Si je fais ça, alors les humains n’ont aucune raison de me faire confiance non plus. Vous connaissez le code. »

« C’est du passé, Major. » Il n’y a que de la lassitude sur le visage noueux de l’homme, aucune cruauté, aucune vengeance. « Maintenant c’est différent. »

Tacoma hoche la tête d’approbation. Il a combattu au Cashmire et dans la corne de l’Afrique, en Macédoine et en Corée. Cette guerre est différente au-delà de toute imagination. Mais l’honneur d’un guerrier vaut toujours la peine d’être préservé. Il tape sur l’épaule de l’homme. « Merci, Reilly. Pareil, sortez un de ces Bradley de la route. On va arracher les câbles du moteur et les enfermer d’ici à ce qu’on revienne. »

Reilly secoue la tête et bouge et Tacoma retourne son attention vers sa ligne de front qui se reforme. Près de lui, Jackson dit, « c’était dur. »

« C’était nécessaire. »

« C’est pas dans le code de justice militaire, vous savez. »

Tacoma lui fait un demi-sourire. « C’est un autre code. Lakota. »

La colonne se reforme, cette fois en direction de l’est et additionnée des prises ennemies. Sur le côté de la route, Reilly a amené un véhicule de combat, son moteur posé sur le sol à côté. Pas le genre à faire les choses à moitié, Reilly. Tacoma, satisfait de sa formation, fait un dernier tour pour vérifier les dommages externes. Jackson le suit comme une ombre, une main sur son arme de poing, les yeux rivés sur le groupe d’androïdes qui se prépare à monter dans le Bradley. Tacoma lui fait un sourire. « Relax, Darius. Rien ne va arr… »

Il n’a pas le temps de finir sa phrase. Dans un cri, Jackson bondit et le plaque au sol, les faisant tourner sur eux-mêmes pour s’éloigner de l’endroit où une pluie de balles de M-16 frappe le côté d’un blindé et où l’air tremble de l’explosion d’une demi-douzaine de grenades. Quand le rugissement s’arrête, Tacoma est allongé le visage plongé dans la poussière de l’accotement, Jackson au-dessus de lui. Il lève légèrement la tête, cherchant son souffle. « Que… qu’est-ce que c’était que ça… bordel ? »

« Reilly », dit succinctement Darius. Il se remet debout et se penche pour aider Tacoma à se relever. « Ça va ? »

Tacoma fait un inventaire mental rapide. Pas de sang, rien de cassé. « Ouais. J’suis juste tendu. » Il sourit à Jackson. « Merci mec. »

« Ouais, c’est bon. » Bizarrement Darius ne croise pas son regard, trouvant un soudain intérêt dans le trou brûlé de la rive où se trouvait Reilly. Qui se trouve à plusieurs centaines de mètres, son fusil envolé, son casque et l’arrière de sa tête écrasés. Un pied-de-biche gît au milieu des restes des androïdes. « Ça c’est de la reconnaissance. Au moins on n’aura plus à s’occuper des boites de conserve maintenant. »

« Et toi ça va ? »

« J’vais bien. » Jackson remet son casque en place et pendant un instant, son regard croise celui de Tacoma. Il y a de la crainte et du soulagement, et un soupçon d’autre chose, parti aussi vite que c’est venu.

Il n’y a pas le temps pour ça. Mais une petite chaleur s’est installée quelque part autour du plexus de Tacoma, quelque chose qui demandera plus d’attention de l’autre côté de la bataille. Pour l’instant, il retourne à la jeep et se contente de dire, « on file d’ici. On a du boulot. »

*******

« Bon Dieu, Manny, reposez-moi ! »

La tête de Kirsten, douloureuse mais claire, cogne contre la ceinture de munitions de Manny. Depuis sa position inversée, elle ne peut voir que la chaussée en ruine et ses talons alors qu’il court pour s’éloigner du mur percé, elle-même jetée sur son épaule comme un sac de couchage mal plié.

« Dans une minute ! » Crie-t-il, en resserrant sa poigne sur l’arrière de ses genoux. « Tenez bon ! »

Tout en jurant, elle plonge les doigts dans les boucles des sangles qui retiennent son équipement autour de sa taille. Un rugissement semblable à la crue d’une grande rivière lui bat les oreilles. Elle en reconnaît une partie comme son propre sang, une autre comme les vagues de bruit des grosses armes à l’arrière de leur ligne de front. Et une autre encore comme le bruit du feu. La lueur rouge sur l’asphalte, sur les talons des bottes brillantes de Manny, ce n’est pas du tout du sang. Une vague de chaleur la traverse depuis quelque part sur sa droite. Quelque chose est en train de brûler. Quelque chose de gros.

« Manny… ! » Tente-t-elle à nouveau. « Lieutenant Rivers, je vous ordonne de me… »

« … poser. Je sais. Tenez bon ! »

Elle cogne contre son dos tandis qu’il saute un obstacle en courant, puis un autre. Je vais le rétrograder trouffion. Je vais le coller de corvée de chiottes permanente. Je vais lui faire peler les patates jusqu’au prochain âge de glace… »

Depuis son perchoir, elle voit deux soldats accroupis derrière l’épave d’un Humvee, qui nourrissent des lanceurs surbaissés et tubulaires qui cognent la chaussée quand ils crachent leurs munitions. D’autres avancent péniblement pour assembler un M-60, lestant les jambes de son trépied avec le volant enlevé à un camion, ses pneus arrachés. Quelqu’un a monté une infirmerie improvisée sous le côté d’une autre épave, c’est Shannon, de la clinique vétérinaire qui utilise les propres tee-shirts et les manches des soldats blessés pour faire des bandages. Surprise, Kirsten reconnaît le camion à demi brûlé du poste de commandement. Elle savait qu’ils étaient passés tout près, mais pas aussi près. C’est mauvais alors. C’est vraiment mauvais. Dieux, j’espère que Dakota… était à un million de kilomètres de là et en sécurité. Pas de risque.

Elle serre les dents et agrippe involontairement la ceinture de Manny tandis qu’un autre obus hurle au-dessus de leur tête. Celui-là atterrit quelque part derrière la seconde barrière. Pour nous couper la retraite. Ensuite ils viendront nous finir.

Manny s’arrête brutalement et se penche à la ceinture, la déposant doucement dans un bunker fait à la va-vite de métal tordu et de sacs de sable. Maggie lève les yeux du portable abîmé sur lequel elle suit apparemment les traces de ses unités, un écouteur de casque serré contre son oreille dans une main, et tapant sur le clavier de l’autre. Quand elle voit Kirsten, la tension sur son visage se relâche. « Vous êtes blessée ? »

« Juste un peu sonnée. Donnez-moi… »

Elle n’a pas fini sa phrase que Maggie lui colle l’ordinateur dans les mains. « Rivers, restez avec elle. Joli le coup des androïdes suicidaires », dit-elle et elle se lève et part.

*******

La bataille s’est transformée en siège. C’est ce qui a toujours été prévu ; Maggie et ses forces sont l’enclume, Koda et ses troupes, qui déboulent sur le flanc de l’ennemi par le sud, sont le marteau. Tout ce qu’elle a à faire, se remet-elle à l’esprit en poussant l’ordinateur dans les mains bien plus compétentes de Kirsten avant de se lancer dans la tournée de son nid de mitrailleurs et de sniper, c’est de tenir bon. Elle a assez de munitions lourdes pour repousser les masses grouillantes de machines à tuer pendant une demi-heure de plus, peut-être une heure. Si l’ennemi réussit à couper la route à Dakota, s’il retarde son avance sur la rive et sur la route, elle a toujours quelques options en réserve. Toutes les deux suicidaires.

Elle s’accroupit et regarde la ligne androïde bouger légèrement. L’un d’eux, un modèle humanoïde, sort entre des modèles plus lourdement armés, avec un lanceur de roquette portable. Avant qu’il puisse amener le tube, un missile anti-char tiré de l’un des Humvees brinquebalants placé derrière elle trouve sa marque, faisant une brèche dans la ligne là où se trouvait l’androïde. Deux des modèles plus lourds tombent avec lui, l’un réduit en miettes de métal, l’autre décapité, son senseur arraché de son support. Dans une version cyborg tordue d’un réflexe, il lève les deux bras et arrose l’espace qui sépare les deux fronts de balles de calibre 60, arrachant des morceaux d’asphalte de la chaussée, frappant le blindage des camions et des blindés. Les autres rejoignent le barrage, le son piégé entre les deux barricades de métal qui les encerclent. De quelque part sur sa droite, Maggie entend un homme hurler ; plus près, elle peut en voir un autre s’affaisser contre le sac de sable de sa position, le sang et la chair de la blessure de la taille d’un melon dans son dos éclaboussant les soldats près de lui.

De derrière le mur elle entend le craquement aigu d’un M-16, le claquement plus lourd et occasionnel d’une grenade. Koda doit s’être frayé un chemin au bord de la rive alors. Cela n’enlève cependant pas la pression exercée sur les forces de Maggie. Pas encore. Pas tant que Dakota n’a pas passé le contingent androïde envoyé pour la bloquer, pas tant qu’elle n’aura pas passé par-dessus la première barricade ou contourné celle-ci. Marteau et enclume, avec le titanium et l’acier de l’ennemi au milieu.

Un fantassin traverse en courant l’espace entre la position de Maggie et le centre de communication artisanal de Kirsten. Il plonge et roule sous la grêle de tirs, atterrissant à moitié sur le visage près d’elle. Il se redresse et réussit à faire un salut crédible. « Général… Le Dr King vous salue. Elle dit de vous dire que le Major Rivers a neutralisé l’armée ennemie et qu’il est en chemin. Des instructions ? »

« Ouais », dit-elle, en riant à demi de soulagement, à demi d’amusement à la formalité du jeune homme. « Dites-lui de ramener son cul ici aussi vite que ces chars. On a besoin de lui, hier. »

********

Koda se relève sur la pente, utilisant la crosse de son fusil pour se stabiliser, agrippant le surplomb usé pour se tenir hors de l’angle de tir qui arrose ses troupes d’en bas. Le brouillard les entoure toujours, mais à peine maintenant. Le vent rafraîchissent le déchire, en faisant des lambeaux. De temps en temps, elle saisit la lueur de métal au-dessus, arme ou androïde, elle ne saurait le dire. Ses hommes, étirés sur l’avant de la rive, lui apparaissent comme des taches parsemées dans la brume, ici et là, un éclair de camouflage vert moucheté ou la forme claire d’une arme. Et toujours le crépitement du tir automatique au-dessus d’elle, sans répit. Si l’ennemi les maintient dans la gorge jusqu’à l’arrivée du jour, ils mourront.

Elle ne peut pas le permettre. Il faut qu’ils traversent. Maintenant.

Dakota farfouille dans sa ceinture et retire une de ses deux dernières grenades de son attache. Elle arrache la goupille avec ses dents, puis compte les secondes tandis que l’amorce se consume. Avec un cri aigu et silencieux, elle la lance en un arc de cercle par-dessus sa tête pour la faire atterrir au milieu des ennemis sur la route au-dessus. Son explosion la frappe comme de grandes ailes qui battent l’air mais elle y résiste, se soulevant pour arriver à une distance courte du sommet tandis que les androïdes bougent pour se reformer. De haut en bas, de toute la longueur de sa ligne de combat, d’autres grenades fondent sur les rangs ennemis. A travers des brèches grandissantes dans le brouillard elle saisit la position de ses troupes. Un homme, à quelques mètres de là, est affalé face contre terre, son côté gauche trempé de sang, son bras arraché. Elle ne peut pas s’arrêter pour s’en occuper. Elle hurle à nouveau, en partie de colère à son impuissance en face de son impuissance à lui, en partie du désir aveugle pour la destruction de ceux qui l’ont tué. Sa deuxième et dernière grenade atteint son but, creusant un trou qui envoie des particules d’asphalte lui piquer le visage tandis qu’elle grimpe au sommet. Les dernières grenades de son escadron explosent quelque part en bas de la ligne de front. Ils foncent tous par-dessus le sommet, hurlant, tirant à bout portant sur les senseurs des quelques ennemis qui tiennent encore debout. Tout autour d’elle gisent les restes brisés d’androïdes, de câbles et de circuits fracassés, de fragments de métal et de titane brillant dans le soleil soudain qui jaillit au-dessus d’eux tandis que le brouillard restant s’éloigne. Et il y a les restes des alliés humains des androïdes, du sang et des os et des muscles qui jonchent la moitié de la chaussée. L’air sent l’acier.

En bas, ses hommes liquident tout ce qui est encore fonctionnel. A ses pieds, les bras d’un androïde tombé ont l’air de pagayer inutilement, et elle place avec soin le canon de son M-16 sur la plaque arrière qui recouvre l’alimentation. Le fusil sursaute contre son coude. Deux coups et la chose s’immobilise.

A sa gauche, la silhouette de la première barricade apparaît, la moitié de sa section intermédiaire s’est effondrée sur la chaussée à l’endroit où l’obus a tranché. De derrière lui parvient le bruit de la bataille, le crépitement d’un M-60 et de tirs automatiques, le boum-boum sourd d’un lanceur de grenades. Un examen rapide du terrain lui montre l’absence d’ennemis aussi loin qu’elle peut voir vers l’est. Ils sont tous derrière le mur alors. Et la plupart d’entre eux seront des modèles militaires, des machines à tuer sans conscience, insensibles aux petites armes.

« On va où maintenant, madame ? »

Leur tâche, c’est de coincer l’ennemi entre leur ligne et celle de Maggie. Les hommes et les femmes qui avancent devant elle vers le virage sont diminués d’un tiers par rapport aux forces qui sont entrées avec elle dans la gorge. Si elle les envoie contourner et franchir le mur, l’ennemi se contentera de se retourner et de les tailler en pièces. « Sergent », dit-elle lentement. « Combien de gros calibres vous pensez qu’ils ont là-bas ? »

« Madame ? » Il cligne des yeux au soleil qui l’éblouit en se reflétant sur le métal brisé qui les entoure, la sueur coule sur son visage noirci et dans ses yeux. « Il y a deux obusiers par-là, peut-être aussi deux gros mortiers. »

« Bien », dit-elle. « Allons-y. »

Elle commence à avancer vers l’est, vers l’arrière du front ennemi, marchant agilement comme un danseur au milieu des débris éparpillés. Ses hommes forment un demi-cercle autour d’elle, leurs visages intrigués, tandis qu’ils s’éloignent au petit trot du combat. Aucun d’eux ne lui demande quoi que ce soit, et pendant un moment fugace leur obéissance l’effraie. Derrière eux le bruit du combat diminue, étouffé par les restes de la barricade et les arbres qui bordent le nord de la route. Le sergent, qui se tient à son niveau, halète, « Madame. Madame. On est hors de portée. On peut pas canarder ces salauds maintenant, on frapperait nos hommes. »

Koda lui envoie un sourire. « On ne va pas les canarder, Sergent. »

« Que… oh. Compris. »

Les androïdes n’ont pas laissé d’arrière garde. Leurs véhicules, attroupés à deux kilomètres de la ligne de front, sont bien garés sur la route. Des Humvees et des camions de transport de troupes alignés aussi soigneusement que s'ils allaient subir une inspection. Il n’y a aucun véhicule médical, aucune provision. Et avec quoi ils s’attendent que leurs troupes humaines vont se nourrir ? Mais Dakota n’a pas le temps d’y réfléchir. « Très bien », dit-elle en s’arrêtant devant un des blindés. Son escadron forme un nœud autour d’elle, certains d’entre eux haletant de l’effort de la course, d’autres ont un visage brillant et exalté. « Quelqu’un a une expérience de la mécanique lourde, les grues, les tracteurs, ce genre de truc ? »

Une demi-douzaine de mains se dressent : le sergent, un couple de réservistes, de la cavalerie armée dont Tacoma n’avait pas l’usage. « Bien. Venez avec moi. Le reste vous vous installez dans un de ces transporteurs, préparez les munitions et faites les démarrer. On revient. »

Sur ces mots, elle part en courant vers les grandes silhouettes qu’elle devine à peine au loin, là où le brouillard s’attarde le long d’un petit cours d’eau. Deux obusiers apparaissent dans la brume, leurs canons, à l’allure d’énormes séquoias, tendus vers le haut pour raccourcir leur angle de tir. Les formes plus basses de mortiers motorisés se dressent près d’eux. Koda ralentit, laissant retomber son M-16 de son épaule dans ses mains ; il n’y a peut-être pas de gardes, mais les androïdes ont laissé des tireurs derrière eux. A cette pensée, le soleil se reflète sur le canon d’une arme placée juste derrière l’obusier le plus proche. Elle appuie sur la gâchette de son fusil, arrosant la chaussée, la chenille, le côté blindé du monstre. « Séparez-vous ! » Hurle-t-elle. « Faites le tour ! »

Ils bougent pour obéir, deux lignes qui s’écartent pour flanquer les gros calibres. Koda charge tout droit vers le centre, ne visant pas la position du tireur ennemi mais l’obusier lui-même. Un bond la fait atterrir sur le dessus et elle se soulève, utilisant les poignées en métal comme les barreaux d’une échelle. Au sommet elle passe la position du pilote et se tortille vers la tourelle arrière. Le tireur est allongé à l’arrière, du sang coule dessous lui. Dakota tire un seul coup, entre les deux omoplates pour être sûre. Du bout de la ligne, derrière l’un des mortiers, lui parvient le bruit de deux autres tirs sourds, puis le silence. « On les a, madame ! » Chantonne un soldat, et un moment plus tard, le sergent apparaît au sommet d’un autre obusier, à l’assaut des commandes.

« Okay », hurle Dakota. « Un opérateur et un soutien sur chacun des engins ! On y va ! »

Elle se glisse sur le siège du conducteur à bord de l’obusier, et prend un instant pour étudier le tableau de bord. Le démarrage ne pose pas de problème ; elle tourne la clé et l’énorme moteur diesel sous elle sursaute et prend vie, la secouant et la bousculant comme l’antique John Deere de son grand père avec ses pots d’échappement verticaux avant et sa selle de vélo en métal. Mais en plus gros. Bien plus gros. Juste ce qu’il faut pour que ses dents s’entrechoquent à en tomber, se dit-elle en passant les ceintures. Je vais rejoindre le club des « Polident » avant l’âge.

L’un des bâtons correspond assez clairement au levier de vitesses. Le plus petit – elle le pousse, et l’énorme tube au-dessus de sa tête commence à descendre comme un arbre qui tombe. « Attention ! » Hurle quelqu’un, et elle pousse le levier dans la direction opposée et continue à pousser jusqu’à ce qu’il soit aussi vertical que possible. Plus bas, les autres pilotes redressent laborieusement leurs mitrailleuses ; les tubes vont se cogner quand ils vont commencer à manœuvrer. « Mec, ben mec ! » Hurle le pilote de l’un des mortiers. « C’est la plus grosse foutue trique que j’ai jamais vue !! »

« Rêve toujours ! » Chantonne le sergent. « On peut y aller, Madame! »

« Très bien! » Hurle-t-elle par-dessus le vacarme des moteurs. « On retourne sur le front aussi vite que possible. Là on aplatit ces salopards ! »

Son renfort glisse et se place près d’elle, perché entre son siège et la glissière de chenille, tandis qu’elle engage une vitesse et que l’énorme engin avance pesamment. Ce n’est pas si terrible une fois en mouvement ; peut-être juste une mule à trois-pattes, pas le tracteur antique. « Tout va bien là-derrière ? » hurle-t-elle, en tournant à demi la tête.

« J’tiens bon, Madame ! »

« Attachez-vous à l’un de ces anneaux par-là, ou alors vous allez vous faire éjecter quand ça va devenir sérieux. Ça ne va pas être une promenade du dimanche. »

Ça ne l’est pas. Le trajet est rude les premiers cent mètres tandis qu’elle explore les contrôles. Lent et maladroit, ce sont ces engins qui ont dû ralentir l’avancée de l’ennemi, plus que ses fantassins. La plupart d’entre eux, après tout, étaient des androïdes, qui n’avaient pas besoin de dormir ou de manger ou de s’arrêter pour pisser. Non. Ils avaient apporté les engins avec l’idée de faire le siège d’Ellsworth de loin, peut-être de les utiliser pour rendre inutilisables les escadrons de chasse et les bombardiers avant de faire un assaut direct. Bon Dieu. Il vaut mieux garer les Tomcats sur la piste où ils peuvent décoller à toute vitesse. Il y a peut-être d’autres putains de machines de là d’où vient celle-ci. Et encore plus d’androïdes.

Le bruit de la bataille leur parvient par-dessus le rugissement des moteurs des obusiers. En grande partie du tir de petites armes, des M-16 et des M-60. Koda commence à savoir faire la différence ; mais c’est ce qu’elle n’entend pas qui l’alarme. Pas de grenades. Pas de missiles aériens.

Rien d’autre que les petites armes.

Merde.

Elle pousse la manette à fond et s’accroche tandis que l’énorme engin bondit en avant, écrasant sous ses chenilles les restes androïdes et humains sans faire de différence tandis qu’ils empruntent le virage et entrent sur le kilomètre tout droit de l’autoroute qui subsiste entre eux et la barricade détruite. Elle peut la voir clairement, l’épave écroulée là où se trouvait le mur affaissé qui formait la rampe par laquelle les attaquants sont passés. Va-t-elle supporter quelque chose d’aussi gros que la machine, ça c’est une autre question.

Une question à laquelle il faudra répondre. Koda fait signe aux mortiers à chaque bout de contourner le mur et ils s’exécutent. Elle serre les dents et tire sur le levier, ralentissant l’obusier lorsqu’il sent la traction dans le métal ratatiné sous lui. Mais les bulldozers ont fait leur travail et après un court instant pendant lequel l’engin semble s’enfoncer, et le cœur de Koda en même temps, ses chenilles mordent la pente en acier et le propulsent vers le haut, le recrachant à un angle encore plus aigu de l’autre côté. Koda appuie frénétiquement sur les freins, sa respiration bloquée dans sa gorge, le poids de son renfort envoyé brutalement sur ses épaules, le canon de l’obusier balançant visiblement au-dessus de sa tête.

Et ils se retrouvent sur la chaussée égale, se lançant vers la bataille, qui semble se concentrer derrière les restes des véhicules d’Ellsworth. Avec une poussée de frayeur, elle reconnaît le camion de commandement, retourné et à demi brûlé, de la fumée noire s’en échappant encore. Mais je le saurais, Bon Dieu. Je sais que je le saurais.

Elle contourne l’épave et peut apercevoir le combat maintenant, à seulement cinq cents mètres, juste derrière la seconde barricade. Les androïdes semblent n’être tous que des modèles militaires, les humains sont invisibles derrière les barrières de sacs de sable, les blindés et les Humvees retournés. « On y va ! » Hurle Koda, en poussant la première vitesse.

Je suis en train d’halluciner.

Kirsten repousse son ordinateur, il a cessé depuis longtemps d’être d’une quelconque utilité, et elle attrape son fusil. Les monstres qui avancent lourdement sur le champ de bataille sont un cauchemar qui a pris vie : des museaux énormes élevés par le courroux, des peaux métalliques insensibles qui résonnent des balles qui rebondissent et ricochent au milieu des androïdes. Pendant un instant, un éclair de souvenir lui traverse l’esprit : la société Micah et ses pompes à huile format dinosaures sur les plaines plates du nord-ouest du Texas, leurs parents qui prennent soudain vie ici au nord, là où la large étendue de mer salée en a attiré tant dans ses sables.

« Bon sang. » Manny, près d’elle farfouille dans son sac pour en sortir ses dernières grenades. « Ils ont amené leurs mitrailleuses gros porteurs. »

Et ils réalisent soudain. Tout ça ne sort pas de leurs rêves d’écoliers. C’est l’assaut final de l’ennemi sur leurs troupes réduites, le dernier coup qui va pulvériser leurs lignes déjà brisées. Elle pousse le dernier magasin en place en grimaçant dans le chargeur de son M-16. Qu’est-ce que Léonidas a dit déjà dans le défilé des Thermopyles quand les Perses lui ont demandé ses armes ? Ah oui. Venez les chercher.

Venez me chercher, connards. On ne m’abat pas facilement.

Kirsten s’aplatit et regarde le long du canon de son fusil. A côté d’elle, Manny tire sur la goupille d’une grenade et plie le bras en arrière. Kirsten plisse les yeux, le doigt replié…

Avec un cri qui n’est ni de triomphe ni de terreur, elle plonge et pousse Manny au sol, puis elle lance la grenade au loin de l’obusier qui approche, dans un groupe d’androïdes qui semblent soudain avoir perdu leur sens de l’orientation, un groupe emmêlé comme une danse en cercle qui aurait perdu sa musique.

« Que… ! »

« Regardez qui conduit, Manny ! C’est la foutue cavalerie ! »

Du coin de l’œil, Koda saisit un mouvement derrière l’un des Humvees retournés, une tête blonde et une autre sombre. Une vague de soulagement la submerge, si forte qu’elle manque la renverser de son siège. Elle est sauve.

Un sourire, aussi féroce que celui d’un loup, retrousse ses lèvres tandis qu’elle fait tourner l’engin sur place et le plante dans le groupe d’androïdes le plus proche. Leur carapace de métal craque et fait ploc tandis qu’elle tire sur le levier, soulevant l’avant de son blindé pour les frapper, les écrasant sous les chenilles qui tournent inexorablement sur elles-mêmes, la portant sur leurs cadavres jusqu’à l’escouade suivante, même lorsqu’ils lèvent leurs armes et commencent à vider leurs chargeurs vers elle, aspergeant la tourelle et les chenilles de plomb, tirant autant pour la tuer que pour désarmer l’obusier.

A l’avant du front, les androïdes pivotent pour faire face à la nouvelle attaque, s’enroulant en nœuds autour des quatre engins lourds. L’un des conducteurs de mortiers s’affaisse dans son siège mais est repoussé par son second qui se glisse à sa place et charge la ligne des androïdes au bout du mur. Koda s’écarte à nouveau pour faucher un contingent qui s’est retourné, avançant au mieux sur des jambes mécaniques vers la brèche dans le premier mur, puis elle attaque un autre groupe tandis qu’ils se séparent pour aller au bord de la route. Le grincement des chenilles de la mitrailleuse lui apporte une joie féroce, en partie de l’excitation du combat, en partie du soulagement, en partie de l’étonnement envers sa propre compétence. Mais tu as déjà fait ça, dit une voix rieuse dans sa tête. Ce n’était pas la première fois qu’on se rencontrait, là-bas derrière les arbres.

Pendant une fraction de seconde, le visage du puma passe devant elle, ses yeux dorés dans le soleil qui brille maintenant en plein sur le champ de bataille devant elle. Puis il disparaît, remplacé par l’ennemi qui tombe sous elle, nettement moins nombreux maintenant, avec un tir qui se relâche. Encore un peu de travail et tout est fini.

Derrière les barricades, les forces de Maggie se sont rassemblées, arrosant de leurs dernières grenades et fusées l’arrière des lignes androïdes, les repoussant vers les chenilles écrasantes des obusiers. Par-dessus le vacarme des moteurs et les tirs qui diminuent, rugissant sur eux depuis le mur de l’ouest, arrive le bruit strident des moteurs de chars et le crépitement des chenilles sur la chaussée : une colonne armée leur tombe dessus. Tacoma qui revient ? Ou des androïdes ? Elle n’a aucun moyen de le savoir. Elle accélère pour intercepter une ligne de fuyards qui part vers la rampe, et lui coupe la route juste au moment où l’un d’eux lève le bras, arrosant le côté de l’obusier de balles qui chantonnent comme des frelons. Dakota sent son second s’affaisser contre elle, une chaleur humide jaillit sur son dos et ses jambes. Quelque chose touche son bras droit juste derrière le poignet et sa main se relâche sur le levier. Elle jure et bouge légèrement pour l’attraper avec la main gauche, et ne sent rien tandis qu’une tâche rouge imbibe la manche de sa chemise et s’étale, mouillant son pantalon là où le bras est posé, inutile.

Dans un fracas, les chars qui reviennent tombent sur la chaussée depuis leur détour du mur arrière, Tacoma fonce dans sa jeep à côté d’eux. Un grand soulagement submerge Koda, et elle arrête son engin dans un grincement tandis qu’elle regarde les monstres blindés affluer sur elle maintenant, chassant les quelques ennemis restants dans leur tentative de fuite.

C’est fini.

La douleur de son bras bat alors en elle et lui coupe le souffle. Maggie émerge de derrière son bunker, Kirsten et Manny du leur, avançant vers elle là où elle se trouve toujours perchée sur la carrosserie de l’obusier. Elle détache son harnais maladroitement, se glisse de dessous le poids mort près d’elle, et commence à descendre. A mi chemin de la chaussée elle glisse mais les mains de Kirsten sont là pour l’accueillir, la retenant tandis qu’elle reprend pied. Tout autour d’elles gisent les ruines de l’armée androïde, et aussi beaucoup de la leur. La victoire a eu un coût, un coût qu’ils ne seront peut-être jamais capables de recouvrer.

« Tu es blessée ! »

La voix de Kirsten, rendue aigue par le ton alarmé, coupe court à ses pensées et elle réussit à produire un sourire pour sa compagne. « Salut », dit-elle doucement. « C’est superficiel. »

Maggie plisse le front. « Laisse-moi voir ça. » Elle continue à froncer les sourcils tandis que Koda relève la manche de sa chemise, faisant tourner son bras avec prudence pour voir la blessure plus clairement. Le froncement se détend. « Tu as raison, rien de cassé. Allons voir Shannon. »

« Non », dit-elle avec un geste de sa main valide. « Il faut que j’aille aider les blessés… »

« Ce que tu ne peux pas faire avec un poignet brûlé. Allez, couz’ ; » Manny la prend par son coude valide et la propulse fermement dans la direction de l’infirmerie. « Laisse Shannon poser un bandage là-dessus et y mettre de la novocaïne. »

Kirsten dit calmement, « Koda, s’il te plait. Tu ne peux pas aller voir tes patients en saignant. » Dakota lui lance un regard long, notant le prix de la bataille imprimé sur la peau sombre sous les yeux de Kirsten, dans le regard hanté qui se tourne vers elle à la fois avec soulagement et désir.

Il est plus facile de ne pas résister. Elle retire son casque et laisse retomber ses cheveux, les deux plumes de faucon effleurant le côté de son visage. Au-dessus d’elle elle entend le cri, féroce et aigu, et elle lève les yeux pour voir des ailes larges s’étendre sur le ciel bleu, la queue couleur cuivre qui reflète la lumière. « Regarde », dit-elle. « Wiyo. »

« Elle est d’accord avec moi », dit Kirsten fermement.

De sa main valide, Koda passe un doigt le long de la joue de Kirsten, traçant la forme en araignée qui y est peinte. « Iktomi Zizi. Cant sukye. »

A ces mots, Maggie pose fermement la main sur le bras de Manny et l’entraîne vers le front pour contrôler les troupes, les blessés et les morts. Autour d’elle, les hommes et les femmes d’Ellsworth commencent à gérer les conséquences de la bataille, ramassant les blessés et les morts. Doucement, Kirsten mêle ses doigts à ceux de Koda. « Rentrons à la maison », dit-elle. « C’est terminé. »

« Terminé », dit celle-ci en écho. Un frisson lui traverse le dos. « Pour l’instant. »

Sans protester, elle laisse Kirsten l’emmener à l’infirmerie et de là, vers un blindé avec d’autres blessés. Elle s’occupera d’eux quand ils atteindront

la Base.

Pour l’instant, elle s’appuie contre le métal froid du camion et s’agrippe aussi fermement qu’elle le peut à Kirsten tout près d’elle.

Cante mitawa.

Maintenant et pour toujours.

 

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