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INSURRECTION50

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INSURRECTION

 

De Sword'n'Quill (Susanne Beck)

 

SwordnQuil@aol.com

 

écrit avec T Novan et Okasha

 

 

Traduction : Kaktus (parties 1 à 22) et Fryda (partie 23 à la fin)

 

 

 

Table des matières

 

 

 

 

 

CHAPITRE CINQUANTE

 

 

Ecrit par Susanne Beck et Okasha

Le soleil se lève lentement et finit par éclairer les crêtes à l’Est. Simmons, qui arrive au bout de sa garde au poste, se penche et se frotte les yeux tandis que les premiers rayons se reflètent sur quelque chose dans les buissons tout près. « Bonté Divine ! » Grogne-t-il, en donnant un coup de coude à Roberts à moitié endormi. « T’as vu ça ? »

« Vu quoi ? » Roberts se penche et se replie vite fait. « Merde ! Tire ! »

« Avec quoi ? Ma queue ? Les bouseux ont pris toutes les munitions qu’étaient pas clouées au sol, espèce d’idiot ! »

« Ben alors ? Qu’est-ce qu’on va foutre ? »

« Chercher le Général. Elle devrait toujours être dans ses quartiers. »

« Oui oui. Je viens juste d’avoir ces galons, Simmons. Je vais pas entrer là-dedans et la laisser les arracher avec ses dents parce que j’l’ai réveillée. Non merci. »

« Tu préfères rester ici pendant qu’ce truc t’envoie un pruneau sur ton cul poilu ? »

Roberts réfléchit un instant avant de foncer vers l’escalier, descendant les marches quatre à quatre et manquant se faire lui-même un croche-pied.

« Connard », dit Simmons en soupirant avant de se retourner vers la chose métallique hérissée d’armes et qui semble se contenter de rester là à regarder.

Dix minutes plus tard, Roberts revient, Maggie sur ses talons. A part quelques bleus et égratignures, et des valises sous les yeux qui rendraient jaloux un représentant de chez Samsonite, elle a l’air préservée. Elle rend son salut à Simmons sèchement, puis elle jette un coup d’œil par le créneau, les yeux plissés quand elle repère l’androïde militaire et ses copains fraîchement arrivés qui se tiennent en formation semi-circulaire. « Tiens, tiens, tiens, regardez qui vient pour le petit déjeuner. Ils ont fait quelque chose ? » Demande-t-elle à Simmons sans bouger le regard de leurs amis nouvellement arrivés.

« Non, madame. Ils restent juste là. »

Soudain, l’air est rempli d’un hurlement sourd et perçant à la fois qui ressemble à une sirène d’alarme aérienne. Roberts se couvre les oreilles, puis il laisse rapidement retomber ses mains quand le regard noir de Maggie lui fait fondre les entrailles. Il la regarde, honteux, tandis que le hurlement de la sirène diminue puis repart. Le rythme est régulier, et Maggie peut à peine commencer à les repérer quand Simmons intervient, sa voix haute pour compenser. « C’est du Morse, madame. Ça nous demande d’écouter. »

« J’ai compris ça, Caporal », réplique Maggie sèchement. « Mais écouter quoi ? »

Simmons hausse les épaules. « Je sais pas, madame. Ça répète juste ‘écoutez’ encore et encore. »

Maggie croise les bras sur sa poitrine. « Très bien, espèces de salopards, j’écoute. »

Les deux hommes se tournent quand un bruit derrière eux attire leur attention, et ils se raidissent au garde-à-vous quand Kirsten entre dans le poste de garde, Koda à sa suite, qui joue avec le bandage propre qui couvre son avant-bras. « Qu’est-ce qui se passe ? » Demande Kirsten en regardant Maggie.

« Regardez vous-même », répond celle-ci, en faisant un pas de côté pour laisser un passage à Kirsten vers le créneau.

Celle-ci regarde au-dehors, se déplaçant inconsciemment sur le côté pour laisser de la place à Koda près d’elle. Les sourcils de Dakota se dressent tandis qu’un drapeau blanc est levé depuis le centre du groupe des androïdes. Elles échangent un regard avant de le retourner vers la zone juste devant le portail d’entrée.

« Sei-gneur ! » Dit Kirsten dans un souffle tandis que le rang des androïdes s’ouvre et que Sebastian Hart s’avance, un drapeau blanc dans une main et un porte-voix autoalimenté dans l’autre. Il porte le même uniforme noir que les autres humains dans les rangs des androïdes, et à part le fait d’être un peu pâle et décharné, Kirsten trouve qu’il se porte mieux qu’il ne le faisait quand il a quitté la base.

« Je présume que nous connaissons la réponse à cette question au moins », marmonne Koda tandis qu’Hart regarde autour de lui, puis amène le porte-voix à sa bouche.

« Ecoutez la base ! »

Kirsten regarde Koda qui secoue la tête très légèrement en signe négatif.

« Ecoutez la base ! » Un peu après. « Je viens pour parlementer sous le drapeau de la trêve ! Qui vous représente, base ? »

« Laissons-le dévoiler son jeu », murmure Maggie qui vient près de Kirsten et lui touche l’épaule tout en regardant par-dessus sa tête.

« Quel jeu ? » Demande Kirsten. « Nous avons décimé ses troupes ! Qu’est-ce qu’il pourrait bien négocier ? »

« Nous ne le saurons pas avant de lui avoir demandé », réplique Koda, ses yeux ardents plissés vers l’homme en bas.

« Alors personne ne vous représente ? »

Maggie ressent un instant de fierté tandis que toute la base garde le silence, comme un château abandonné depuis longtemps. Elle sent les regards et l’attention de ceux qui se tiennent en bas et attendent, et elle les bénit pour leur loyauté.

« Très bien, alors. Si vous ne voulez pas me parler, moi je vais vous parler. » Une pause brève tandis qu’il observe l’extérieur de la base, comme un empereur destitué qui sait que son palais lui sera bientôt rendu. Une expression, plus un sourire affecté qu’autre chose, passe sur ses lèvres avant qu’elles ne soient couvertes à nouveau par le porte-voix. « J’ai travaillé avec nombre d’entre vous, la plupart d’entre vous, pendant de longues années sur cette base. Vous me connaissez. Vous connaissez mon honnêteté, et vous connaissez mon intégrité. »

Maggie ricane, secouant la tête avec une incrédulité non feinte. Les autres gardent le silence, bien que leurs pensées puissent facilement être lues dans le langage de leur corps.

« Et parce que vous connaissez mon honnêteté, mon intégrité, je sais que je suis en sécurité ici devant vous et je vous dis ceci : Peuple d’Ellsworth, on vous ment. »

« C’est quoi cette merde ? »

Kirsten est retenue de plonger à travers le créneau et d’attaquer l’ex-général par une main qui s’accroche rapidement à la ceinture de son pantalon. Elle atterrit sur Dakota, le regard noir, le rouge aux joues. « Qu’est-ce que… ? »

« Shh. Attends une minute. Voyons ce qu’il a à dire. »

« Mais… »

« Ne le laissez pas savoir qu’il vous a énervée, Kirsten », intervient Maggie doucement. « C’est son jeu. »

Avec le regard de quelqu’un qui aurait mordu dans un citron très amer, Kirsten finit par reculer, secouant les bras qui la retiennent doucement pour aller vers le bord du créneau, loin des autres. Koda la regarde avec inquiétude, mais Maggie secoue la tête, juste une fois. Elle hoche alors la tête et regarde à nouveau par le créneau, ses sourcils élégants froncés au-dessus de ses yeux perçants.

« Pour que les choses soient parfaitement claires, mesdames et messieurs d’Ellsworth, on ne vous a pas menti quand on vous a dit qu’il y avait une insurrection des androïdes. Non, tous vous avez pris part à cette horreur, vous avez vu des fils et des filles, des mères et des pères, des amis et des aimés emportés ou tués devant vous. Non, ceci n’est certainement pas le mensonge. Et il n’est pas faux que certaines de ces femmes, vos filles, vos mères, vos proches et vos chères amies, ont été prises et incarcérées contre leur volonté, profanées de la manière la plus horrible. Vous avez vu de telles horreurs de vos propres yeux, ou les avez entendus vous-mêmes. Une grande abomination est tombée sur notre pays, peuple d’Ellsworth, une grande abomination qui continue encore ! »

« Ce connard a raté sa vocation », marmonne Maggie. « Il aurait dû se présenter à l’élection présidentielle. »

« Ou à une chaire », dit Koda en souriant narquoisement.

« Le mensonge », continue Hart, « concerne ceux qui se tiennent près de moi. Eux, mesdames et messieurs, ne sont pas vos ennemis ! »

« Ça suffit », grommelle Kirsten, en se dirigeant vers la porte et en repoussant les gardes comme des quilles. « Laissez-moi m’occuper de ce foutu connard autoritaire, incompétent, chauve, alcoolique… »

« Ouah, doucement furie », dit Maggie en attrapant Kirsten par le bras pour l’entraîner à l’intérieur. « Laissons-le finir de débiter ses mensonges, ensuite vous pourrez sortir et l’assommer autant que vous voudrez, d’accord ? »

« Vous savez », dit Kirsten en secouant son bras de la prise du général tout en lui lançant un regard furieux, « Je commence à être hautement fatiguée d’être malmenée et qu’on me dise quoi faire. Je pensais être celle qui donne les ordres. Vous vous souvenez ? Moi ? La foutue présidente des Etats-Unis d’Amérique ? »

« Il faut que vous gardiez votre calme, Kirsten », réplique Maggie tandis que les deux gardes regardent ailleurs, mal à l’aise. « Vous jouez exactement ce qu’il veut. Ce genre de guerre pourrait bien être plus subtil que ce par quoi nous sommes passés, mais c’est la guerre quand même. S’il vous plait, écoutez le reste, ok ? »

« Ça va être de pire en pire. »

« Aucun doute là-dessus, mais nous savons tous qu’il ment, alors… »

« Ces androïdes qui se tiennent ici avec moi sont ce qu’ils ont toujours été, un avantage pour toute l’humanité. Ils ne sont pas dangereux. Ils ne sont programmés que pour servir. Pas pour tuer, mais pour préserver la vie, pour aider… la vie. Ces androïdes-là et des centaines, des milliers comme eux, sont passés dans les prisons, les centres de détention, les hôpitaux et ils ont libérés des milliers de vos proches. »

« Il ment ! » Gronde Kirsten, en s’avançant à nouveau, mais elle s’arrête juste au bord du créneau, les mains serrées sur le rebord, les phalanges aussi blanches que ses lèvres. « Il ment ce connard ! »

« Des proches qui, au moment même où je vous parle, reçoivent les meilleurs soins par des êtres tout comme ceux qui se tiennent en solidarité avec moi devant vous. » Hart baisse le porte-voix un instant, et regarde le sol, un peu comme un orateur, ou un prêcheur, qui se reprend avant une annonce énorme.

Dans le poste de garde au-dessus, la mâchoire de Kirsten se resserre et une veine épaisse bat et ressort sur sa tempe.

« Comme vous le savez, pour aller contre leurs actions naturelles, il faut que les androïdes soient programmés. Ils doivent être programmés pour tuer au lieu de sauver, pour blesser au lieu d’aider. Et je vous le dis, mesdames et messieurs d’Ellsworth, il n’y a qu’une personne, une seule personne dans ce pays qui vous appartient avec les moyens, l’opportunité, la capacité, et la moralité répréhensible de faire ce travail. La seule personne qui a été vue, et a été capturée, à Minot, l’usine de construction d’androïdes la plus importante au monde, en train d’aider et d’épauler l’ennemi, déguisée comme l’ennemi lui-même ! Si bien déguisée que ses co-conspirateurs n’avaient aucune idée de qui elle était vraiment ! ! La seule personne dans ce pays qui s’est élevée pour gagner le plus, pour atteindre les plus hauts sommets, pour s’asseoir à la tête de ce grand pays qui ne s’est pas laissé intimider.

« Cette même personne qui vit avec vous maintenant, qui prétend partager vos vies, vos inquiétudes, vos buts, mais qui, en fait, continue sa quête pour la domination du monde en reprogrammant nos bons androïdes sans danger pour en faire des machines à tuer brutales.

« Et cette personne, mesdames et messieurs, cette personne n’est autre que la femme qui aurait l’audace de se nommer elle-même VOTRE présidente. Kirsten King. Traître. Abomination. Tueuse d’innocents. »

La rage submerge Kirsten en vagues écarlates. Ses doigts s’enfoncent dans les paumes de ses mains, crevant de trouver la petite courbe froide d’une gâchette, son sang bat dans ses oreilles. Elle se repousse du mur et s’avance vers l’ouverture, repoussant Maggie de l’épaule, la main tendue vers l’arme de l’un des gardes, Simmons, croit-elle, qui tente de se rétrécir le plus possible dans un coin.

C’est ça qu’il veut. La pensée lui parvient de quelque part de froid et profond dans son esprit. Il veut qu’on perde les pédales. Ça prouvera qu’il a raison, au moins laisser penser à certaines personnes qu’on veut le réduire au silence.

Avec beaucoup de précautions, elle lâche l’arme de Simmons et la tend à Koda. Elle croise le regard de sa compagne. « Ne t’inquiète pas. Je ne vais rien lui céder. »

« Je sais que tu ne le feras pas », répond Koda, en rendant l’arme à Simmons avant de faire tourner Kirsten à nouveau vers le créneau, ses grandes mains posées sur ses épaules pour la réconforter. « Ecoutons juste le reste de son baratin, et ensuite on va faire quelque chose de productif de notre journée. »

« Je suis venu pour parlementer », continue Hart. « Ce pays ne peut pas se reconstruire et achever la grandeur pour laquelle Dieu l’a prévu tant qu’un tel monstre ne sera pas écarté de son poste autoproclamé. Je souhaite, nous souhaitons tous, que ceci soit fait paisiblement. Ouvrez le portail, nous emporterons le bon « Docteur », et vous avez tous ma parole que vous pourrez continuer à vivre aussi bien que vous le souhaitez. Cependant, si ses mots vous ont lessivé le cerveau si fort que vous êtes incapable de voir la vérité déposée à vos pieds, nous serons forcés d’utiliser la force. C’est une force à laquelle, je regrette de le dire, vous ne survivrez pas. La bataille que vous venez d’endurer ressemblera à un feu de camp face au courroux du véritable Armageddon. »

Il baisse le mégaphone et semble toucher quelque chose à sa ceinture. En quelques secondes, la clairière totalement vide est soudain envahie d’androïdes, qui semblent apparaître du néant.

« Seigneur ! D’où est-ce qu’ils viennent bon sang ?

Kirsten se retourne et regarde Maggie avec impuissance.

« Simmons ! » Aboie celle-ci. « Descendez aux communications au triple galop et trouvez-moi pourquoi on est là comme deux ronds de flan ! Maintenant ! ! »

« Oui madame ! »

Tandis que Simmons disparaît, Koda tend la main vers la paire de jumelles à haute intensité qui pend à un crochet sur le mur. Elle les porte à ses yeux, les règle et siffle. Sans un mot, elle les tend à Kirsten dont la mâchoire s’affaisse. « Il doit bien y en avoir plus d’un millier là en bas ! »

Maggie se fraye un chemin à coups d’épaule et attrape les jumelles qu’on lui tend avant de les porter à ses yeux. Elle serre les lèvres, une rayure blanche tracée sur l’ébène profond de son visage.

« Comment… on a pu ne pas savoir ça ? » La voix de Kirsten est douce dans le silence du poste.

Simmons revient au poste suivi par Tacoma, qui fait entrer sa carrure dans l’espace déjà bondé avec un peu de difficulté. Il a une expression d’excuse. « On n’arrive pas à les lire, » dit-il, en regardant par-dessus la tête de Maggie tout en plissant les yeux aux reflets du soleil sur des armures hautement polies. « Je ne sais pas s’ils nous brouillent ou quoi, mais tout notre équipement de radar dit qu’il y a un champ vide là-dehors. »

« Merde. Et mon foutu portable est totalement HS. »

« Je ne sais pas si ça peut aider ou pas », répond Tacoma en haussant les épaules, « je… »

« Je me rends compte », reprend Hart, « que ce n’est pas une décision facile à prendre, et je suis désolé, profondément et vraiment désolé que le Dr King vous ait mis en situation de devoir la prendre. Cela dit, parce que je suis un homme juste, comme la plupart d’entre vous le savent, je vais vous donner cinq heures pour nous envoyer le bon docteur. Soyez assurés qu’elle sera bien traitée et recevra un procès équitable, comme le prévoit la loi. Une loi que nous suivons. Même si d’autres ne le font pas. »

Il écarte le mégaphone pour la dernière fois, avec un air suprêmement suffisant.

La réponse de Kirsten est succincte. »

« Va au diable. »

« Ok, réfléchissons un instant », dit Maggie en se retournant. « Kirsten, est-ce qu’il y a certains de vos « trouffions traîtres » dans le coin ? »

« J’en ai laissé dix à l’usine au cas où on en aurait besoin plus tard », répond Kirsten, en se massant la nuque, où un nœud de tension vient joyeusement de s’installer, « mais je ne peux pas les activer sans mon ordinateur. » Son regard s’éclaire. « Je vais y aller… »

« Non. »

Kirsten regarde Maggie comme s’il lui était soudain poussé une deuxième tête et qu’elle se préparait à l’utiliser pour commettre du cannibalisme sur sa personne. « Qu… que ? »

« Il faut que vous partiez d’ici, Kirsten. Et pas à cette foutue usine, qui grouille sûrement de nouvelles groupies d’Hart. Il faut que vous alliez loin, très loin d’ici. »

« Et là, attendez une minute. Je ne vais pas me laisser chasser de cette base par un connard avec un programme. Je me fiche de combien ‘d’amis’ il a, et de la taille de ses armes. Pas question, hors de question, alors ôtez-vous ça de la tête tout de suite. »

« Kirsten, ce n’est pas. » Maggie sourit un peu, démasquée et le sachant. « Ok, ce n’est pas que ça. »

« Et c’est quoi, alors ? » Les bras de Kirsten se croisent d’eux-mêmes sur sa poitrine, armure implacable contre les mots à venir de Maggie.

« Ecoutez-moi, s’il vous plait. » Maggie pousse un soupir. Elle lève les mains et commence à compter sur ses longs doigts. « Votre ordinateur est parti. Le code pour lequel vous avez risqué votre vie à Minot est parti. Et avec lui toute chance que vous puissiez déconnecter ces maudits androïdes, pas juste maintenant, pas juste pour cette fichue bataille, mais pour toujours. Il doit y avoir un endroit, un autre endroit, où vous pourrez trouver ce dont vous avez besoin pour faire le boulot que vous devez faire. »

« mais je peux faire ça après… »

« Non. Non, vous ne pouvez pas. Vous ne voyez pas, Kirsten ? Le but premier de Hart est de vous détruire et toute la bonté dans ce monde, et il ne va pas s’arrêter avant de l’avoir fait. Soit ce sera cette bataille, soit la suivante, ou l’autre, ou l’autre encore. Il a plus de ressources que nous pouvions espérer en avoir, plus de puissance de feu, plus de tout. Notre seule chance, la seule chance de ce foutu monde, c’est que vous arrêtiez ses troupes à la source. Maintenant. Pas plus tard. Parce que plus tard ne viendra sûrement jamais. Vous devez partir. Et toi », dit-elle en se tournant vers Koda, « tu dois la guider. »

Kirsten regarde sa compagne, horrifiée de réaliser que Dakota admet l’ordre taré de Maggie. « Koda, tu ne peux pas… »

Le reste des mots de Kirsten s’évanouit jusqu’à un bourdonnement sans signification tandis qu’une autre voix, dont elle se souvient bien même si elle l’a peu entendue, se fraye un chemin dans le cerveau de Dakota, comme une brume avant l’aube. « Il faut que je te dise quelque chose : n'hésite pas à fuir quand le temps sera venu. La victoire te suivra. Pour l’amour de tous les Peuples, à deux-pieds, à quatre-pattes, ailés et rampants, quand tu le souhaiteras le moins. Je serai là quand tu reviendras. »

« Il faut qu’on parte. » La voix de Dakota est basse et torturée, comme si les mots étaient forcés à sortir par quelque chose, ou quelqu’un, au-delà de son contrôle. Ils s’installent mal dans sa bouche, mais la vérité est indéniable dans le dur éclat de ses yeux.

« Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? On ne peut pas fuir ! »

« Il faut qu’on parte », répète-t-elle, comme en transe. « Il faut qu’on trouve les réponses. Elles ne sont pas ici. La victoire nous suivra. »

« Dakota, tu n’es pas sensée ! »

Ignorant Kirsten pour le moment, Koda regarde vers Maggie, les sourcils dressés. Le général sourit et hoche la tête. « On va s’en sortir, je pense. J’ai toujours quelques as dans ma manche. Des as que même Hart ne soupçonne pas. Ça va être dur, mais… on va s’en sortir. »

Koda hoche la tête, et une subtile transmission de pensée se produit entre les deux femmes, que Kirsten ne peut saisir, à sa grande consternation. Puis les yeux bleus ardents se tourne à nouveau vers elle, et la jeune scientifique est à nouveau capturée sans effort dans leurs profondeurs pures. « C’est la chose à faire, mon amour. C’est la seule chose que nous pouvons faire pour espérer gagner à la fin. Autre chose ne fera que retarder l’inévitable. Je sais que tu le sais… au plus profond de toi. Regarde. Tu verras. »

Mais Kirsten n’a pas besoin de regarder. Elle connaît la vérité depuis la première seconde où Maggie a suggéré qu’elle parte. Elle est posée sur ses épaules comme un joug, comme une croix, et s’alourdit à chaque seconde qui passe, chaque pensée.

« Je vais t’aider à la porter », dit Koda, la lisant sans effort. « Ensemble, jusqu’à la fin du voyage, quel qu’il soit, que les dieux ont prévu pour nous. »

« Où irons-nous ? » Demande Kirsten, commençant à accepter l’inévitable.

« C’est à toi de le dire », répond Dakota, en tendant la main pour attraper celle de sa compagne, une main froide, légèrement humide, mais forte et ferme. « Où se trouve le sanctuaire de Westerhaus ? Ça pourrait être la route la plus directe. »

« Silicon Valley, mais Dieu, c’est si loin… »

« On ira. D’une façon ou d’une autre, on ira. A moins qu’il y ait un autre endroit mieux ? C’est toi la chef. »

Kirsten réfléchit un instant puis hoche la tête. « Si on veut arrêter ce merdier à la source, il faut qu’on aille à la source. Tu as raison. »

« Bien », intervient Maggie. « Alors c’est réglé. Manny va vous emmener avec le Cheyenne. »

« La rivière ? » Demande Kirsten confuse. « Comment est-ce qu’on va passer ces androïdes ? »

Maggie sourit d’un air narquois. « Allez au hangar vingt-deux. Il vous attend. »

Kirsten fronce les sourcils. « Vous aviez prévu ça depuis le début, n’est-ce pas ? »

« Nous savions que ce serait une éventualité, Kirsten. Ça arrive un peu plus tôt que nous l’attendions, bien sûr, mais plus tôt vous serez parties d’ici, plus tôt nous pourrons respirer. » Son sourire s’adoucit tandis qu’elle raccourcit la distance entre elles, et elle baisse le regard vers les beaux yeux clairs de Kirsten. « Vous êtes notre espoir, Kirsten. Et moi, surtout, j’en suis contente. » Elle se penche en avant et effleure ses lèvres d’un doux baiser, puis se recule. « Bonne chance. »

*******

Les clés de Maggie brille dans le soleil matinal lorsqu’elle les lance à Simmons. « Prenez ma jeep. Emmenez le Dr Rivers et

la Présidente King

chez elles pour qu’elles récupèrent leurs affaires. Ensuite emmenez-les jusqu’à la piste. Hangar 22. »

Simmons écarquille les yeux, les sourcils remontés jusqu’au front de surprise. « Le hangar 22 ? » Couine-t-il en se jetant sur les clés dans ce qui finit dans une prise à deux mains.

« C’est ça. Koda. » Dakota s’avance entre les bras ouverts de Maggie, et lui rend son étreinte solide ainsi que le chaste baiser sur la joue. « Tu sais ce que tu as à faire. Sois prudente. »

« Vous êtes plus en danger que nous ne le serons », dit Koda, en reculant tout en laissant ses mains traîner dans les siennes. « Tóksha aké wanchinyankin kte. » (NdlT : A notre prochaine rencontre)

« On s’en sortira. A bientôt. Kirsten. » Maggie la serre fort dans ses bras, en murmurant quelque chose à son oreille que Koda ne peut deviner. C’est quelque chose qui la fait sourire et elle dit doucement. « Ne vous inquiétez pas. Je le ferai. »

« Allez-y maintenant. Nous allons les retenir aussi longtemps que possible. Nous allons attendre votre retour. »

Un bras passé autour de chacune de leurs épaules, Maggie les étreint à demi, les repousse à demi vers la porte. La dernière vision qu’en a Koda, c’est celle d’une silhouette redressée au créneau, qui porte à nouveau ses jumelles à ses yeux.

Le trajet vers la maison est silencieux. Kirsten, sans s’occuper de Simmons sur le siège avant, s’appuie sur le bras de Koda et s’y accroche. Sa main dans celle de Dakota est aussi froide que les morts de la ferme des Hurley, tous ces mois auparavant. Et avec raison. Il lui apparaît que c’est la deuxième fois que Kirsten est forcée de quitter un endroit en sécurité et avec un but pour être jetée dans l’inconnu avec le destin de son monde et de son espèce posé directement sur ses épaules. Au moins pendant son bref séjour à Shiloh, et ensuite à Ellsworth, ce fardeau a été partagé. « Hé », dit Koda doucement. « On va réussir. Nous formons une sacrée équipe. »

« Et Maggie ? Et Tacoma ? Comment… ? »

« Du mieux qu’ils pourront, cante skuye. Ce sont des guerriers, jusqu’au plus profond d’eux-mêmes. » Ses doigts se resserrent involontairement sur l’épaule de Kirsten. « De toutes les façons, ils le doivent, ils tiendront. »

« De toutes les façons », répète Kirsten, d’une voix égale.

Les mots restent suspendus dans les airs entre elles, non dits. Kirsten ne les prononcera pas, ni Dakota, qui sait que les mots ont un pouvoir. Même au prix de leurs vies. Même s’ils ne peuvent retenir l’ennemi que temporairement.

La jeep sursaute pour entrer sur la chaussée et Koda presse une dernière fois la main de sa compagne. « Fais sortir Asi pour ses besoins. Je vais commencer à emballer. » Elle ajoute pour Simmons, « quinze minutes. »

Dakota pousse la porte de la cuisine, Kirsten sur les talons. Tacoma se tient à la table, en train de remplir un sac à dos de nourriture militaire et de plusieurs choses au goût agréable ; le regard rapide de Koda note des céréales, un sac en plastique de sucre, du sel, ce qui doit être ce qui reste de leur maigre provision de café. Son frère lève un instant les yeux de sa tâche en souriant. « J’ai empaqueté quelques vêtements. Pas beaucoup, mais je me suis dit que vous pourriez en trouver sur la route. Va voir si j’ai oublié quelque chose. » Il ajoute pour Kirsten, « Asi a fait ses besoins. Vous n’avez plus qu’à lui passer la laisse. »

« Merci », dit Kirsten en se précipitant vers le séjour et la laisse à peine utilisée qui pend au portemanteau du hall ; Koda la suit, pour aller dans la chambre où un petit sac à dos est ouvert sur la commode. Une rapide inspection lui montre que Tacoma a emballé un jean et une chemise chacune, toutes leurs chaussettes et leurs sous-vêtements, une paire de bottes en plus. Un colt 45 automatique et sa ceinture de munitions sont posés sur le lit, avec son arc et son carquois. Les choix d’un soldat. Elle ajoute du dentifrice et des brosses dans le sac, pas besoin de partir sans sauf si elles le doivent, quelques savons, un flacon d’aspirine et un strapping de l’armoire à pharmacie. Elles vont devoir se préparer à marcher au moins un bon moment ; elles ne peuvent se permettre qu’un muscle froissé ou une entorse à la cheville les ralentissent. Elle attache la ceinture du revolver, le faisant bouger pour que son poids repose confortablement contre sa cuisse.

Elle tire sur la fermeture-éclair du sac et le passe sur son épaule, testant le poids. Elle passe son arc et ses flèches sur l’autre. Pas mal. Pas mal du tout. Dans le hall, un aboiement aigu témoigne de la protestation d’Asi au collier et à la laisse, suivi du murmure de Kirsten. « Désolée mon grand. Mais on va devoir t’attacher quand on sera dans l’hélico. »

« Prête ? » Koda émerge de la chambre à coucher en fermant la porte derrière elle avec soin. La maison n’est plus à personne maintenant, mais ses souvenirs et ceux de Kirsten, méritent un peu d’intimité. Dis au revoir.

Asi gémit à nouveau, cette fois plaintivement. Il sait que quelque chose ne va pas. « Doucement, mon garçon », dit Kirsten à nouveau, « doucement. »

Dans la cuisine, Tacoma se tient prêt avec leurs provisions. Koda tend la main vers le sac mais Kirsten la précède. « Je vais prendre ça », dit-elle, et elle part rapidement vers l’auvent à voitures, avec un Asi qui tire sur sa laisse.

Le visage de Tacoma est solennel, mais une lueur dans ses yeux sombres trahit un éclair d’humour. « Tu vas épouser quelqu’un de délicat, tanski. »

Dakota prend sa main dans la sienne. « Promets-moi… »

« Je vais faire attention », dit-il doucement. « C’est la seule promesse que je peux faire. »

« Je sais. » Elle regarde au loin un instant. Puis, « quand nous sommes allées reconnaître le champ de bataille, Igmu Tanka m’a parlé. Elle a dit que nous devions faire ce que nous souhaitions le moins, quand nous le souhaitions le moins. Que la victoire s’ensuivrait. »

Les lignes autour des yeux de Tacoma se plissent, et le sourire s’étire jusqu’à sa bouche. « C’est un esprit de guerrier avec un honneur de guerrier. Si elle a dit que tu réussirais, alors tu réussiras. »

« Elle a dit qu’elle reviendrait, qu’elle attendrait. »

Il lui touche légèrement la joue. « Alors tu dois aussi faire attention, et pas seulement pour Iktomi Zizi. »

Koda lève la main pour couvrir la sienne, pour garder le contact. « Je le ferai. »

« J’ai rêvé la nuit dernière. Je nous ai tous vus de retour au ranch, avec Ate et Ina. Toi et Kirsten. Moi et… » Il s’interrompt brusquement, une rougeur sombre sur le visage.

« Darius », propose-t-elle en souriant.

« Hau Darius. Et une petite fille aux cheveux noirs avec des yeux verts. L’espoir ne nous a pas quittés ici, tanski. Il regarde seulement de ce côté. »

Elle l’attire à elle, le serrant fort pendant un long moment. « Alors », dit-elle. « On y va. Sors dire au revoir à ta belle-sœur. »

*******

« Mais c’est… ? »

« Quoi ça, bon sang ? » Koda finit la phrase pour Kirsten.

« Ça » se tient sur la piste devant le hangar 22, apparemment inaccessible jusqu’à maintenant, un cauchemar d’ingénieur aéronautique. A peine la taille et l’allure générale d’un Chinook, son ventre et sa queue bleu-gris ont été allongés pour faire de la vitesse derrière un nez pointu tel celui d’un bombardier. Les ailes ressortent de ses flancs, un moteur de jet surbaissé sous chacune, duquel germe des rotors double coaxiaux depuis un mât qui retient leurs lames tombantes loin du corps de l’appareil ; Un moteur plus petit et un rotor de queue ornent l’arrière. Sa porte avant est ouverte, avec une volée de marches qui mènent à son intérieur sombre.

Manny, qui porte une combinaison de vol et un casque, leur sourit derrière le masque à oxygène à demi-relâché sur la partie basse de son visage. « Votre taxi est prêt, mesdames. » Il libère Kirsten de ses provisions et s’arrête un instant pour ébouriffer le pelage d’Asi qui danse au bout de sa laisse. « Maintenant amenez-vous et fichons le camp de Dodge. »

L’intérieur de l’appareil est configuré pour une évacuation médicale, avec des crochets pour des civières et une demi-douzaine de sièges de sauts, à peine plus que des tabourets ronds en acier, accrochés contre la cloison. Manny en descend deux pour elles puis accroche la laisse d’Asi à un anneau au sol, et croise deux ceintures de sécurité autour de son poitrail. « Ça va le maintenir. Ça va vous deux ? »

« Ça va bien », répond Koda attachant sa propre ceinture. « Où allons-nous ? »

« Je vais essayer de vous déposer à environ deux cents kilomètres plus loin dans le Wyoming. Cet appareil a l’air bizarre mais ce bébé peut décoller à la verticale. On peut descendre sur n’importe quel endroit plat un peu plus large que celle des pales, même au milieu des bois. » Il regarde autour de lui, apparemment satisfait qu’elles et leur équipement soient installés en sécurité, puis il sort deux paires d’écouteurs d’un rack au-dessus d’elles. « Portez ça. Il y a des micros attachés. Criez si vous avez besoin de moi, on a aussi un pilote automatique. » Sur ces mots, il disparaît dans la cabine à l’avant et un instant plus tard, les rotors démarrent dans un vacarme qui augmente régulièrement. Par le hublot, Koda peut voir qu’ils s’élèvent graduellement, puis se tiennent en l’air grâce à leur mât tandis que les pales tournent de plus en plus vite. Les turbos s’allument, leur sifflement augmentant d’octave en octave dans un hurlement régulier. Asi hurle par sympathie.

« Oh mec. » Kirsten sourit à Koda, et roule les yeux. « Quand je pense que je pestais contre le vol du matin à Washington », crie-t-elle ;

Koda lui envoie un sourire éblouissant en retour. « C’est sûr que c’est pas le vol au Champagne du Concorde ! Mets tes écouteurs ! »

Koda glisse les siens et bénit le calme qui s’installe. Sous elle, le plancher de l’appareil donne l’impression de monter vers elle. Puis ils sont dans les airs dans un mouvement incroyablement doux, et grimpent dans le matin brillant. L’ombre des rotors passe dans le hublot tandis qu’elle regarde le hangar et la base qui diminue en dessous. Une partie de sa vie reste là, une partie qu’elle pourrait perdre malgré ses rêves et ses visions. Elle prend silencieusement la main de Kirsten.

« Seigneur », murmure celle-ci, en regardant en bas la longue ligne d’androïdes qui s’étale comme une rivière brille avec malveillance. Sa main se resserre sur celle de Koda au point de lui faire mal. « Comment est-ce qu’on peut les laisser avec ça ? » Demande-t-elle, ses yeux brillant de fureur. « Comment ? ! ? »

« Parce qu’il le faut », réplique Dakota, sa voix douce et triste. Sa main droite vient s’enrouler sur celle qu’elle tient dans sa main gauche. « Parce qu’il le faut. »

Ils se dirigent à l’ouest vers le Wyoming et le début de leur quête qui commence.

 

 

 

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