Posté le 23 juin 2008
INSURRECTION
SwordnQuil@aol.com
Traduction : Kaktus (parties 1 Ã 22) et Fryda (partie 23 Ã la fin)
INSURRECTION
CHAPITRE CINQUANTE-QUATRE
Ecrit par : Susanne Beck et Okasha
Elle ne saura jamais, même après coup, ce qui l’a réveillée. Peut-être le petit bruit de la clé dans la serrure, peut-être un bruit de pas ou les voix dans son rêve, qui glissent à travers les pins dans le vent. Asi se tient près du lit, les oreilles dressées, la queue tendue. Alors ce n’est pas un rêve. Quelque chose n’est pas à sa place. La lumière matinale passe dans les branches, seules choses qu’elle peut voir à travers l'unique fenêtre haute au sommet du toit, et qui se dépose en carrés clairs sur le plancher en chêne. Elle sent le corps de Kirsten se raidir brusquement contre elle, sa voix en un murmure à peine audible. « Dakota ? Que se passe-t-il ? »
« Je ne sais pas encore. Je pense que quelqu’un est entré. »
Elle se glisse avec précaution hors du lit, ses muscles bougent avec souplesse et silencieusement tout comme ceux de Igmu Tanka. Sans un bruit, elle pose une main réconfortante sur la tête d’Asi, puis enfile le jean et la chemise pliés sur le dossier d’une chaise, et passe le pistolet posé sur la table de chevet dans sa ceinture. Kirsten se glisse hors du lit derrière elle dans un seul mouvement souple et silencieux, et elle tend à son tour la main vers ses vêtements et ses armes. Toujours pieds nus, Koda avance doucement vers l’escalier métallique en colimaçon qui mène vers le rez-de-chaussée. La pièce s’ouvre sur le côté long de la maison, apportant une intimité loin de la cuisine et du séjour en-dessous ; tout ce qu’elle peut voir du haut des marches, c’est la petite table de jeu près de la haute baie vitrée et l’ombre du toit dont la pente arrive à quelques mètres du sol. Elle se tient là , respirant à peine, les yeux fermés tandis qu’elle concentre toute son attention à écouter, sa pensée part en spirale pour aller toucher le sentiment d’incertitude qui se répand dans tout son esprit.
Il y a quelqu’un dans la maison. Silencieux, immobile. Qui attend.
Du danger.
«Koda. Il y a des hommes dans les bois derrière nous. Avec des armes. » La voix de Kirsten n’est qu’un souffle dans son oreille.
Dakota traverse la pièce et monte sur la chaise sous la petite fenêtre. Il y a peut-être une douzaine d’hommes, dont elle en reconnaît deux du groupe de célibataires d’hier soir. Ce qui rend toute la situation soudain très claire. « Espèce de putains de connards de babouins », marmonne-t-elle, en se mordant la lèvre tandis qu’elle passe ses options en revue.
Un. Elles peuvent casser la vitre et descendre ces idiots. Bien que satisfaisant, cela laisse toujours quelqu’un en bas, sans parler d’une communauté énervée. Ce n’est pas un premier choix viable.
Deux. La lucarne au-dessus du lit est assez basse pour que Kirsten et elle puissent y passer ainsi qu’Asi. Cela implique une longue glissade risquée le long du toit, et probablement une longue glissade risquée le long du toit droit dans les bras des idiots actuellement amassés derrière la maison. Asi, particulièrement, ne va pas réussir la manoeuvre en silence.
Trois. Attirer lesdits idiots vers l’avant du bâtiment. Ensuite passer à deux.
Elle murmure. « Je vais en bas créer une diversion. Pendant ce temps, tu casses la lucarne. » Kirsten lui lance un regard alarmé, ensuite son visage s’éclaire tandis qu’elle comprend.
Koda enfile ses bottes et relâche sa chemise autour de sa taille pour cacher la crosse du pistolet. Tandis qu’elle avance sur les marches métalliques de l’escalier, en claquant délibérément ses talons, elle peut entendre Kirsten entailler de son couteau l’attache qui maintient la lucarne en plexiglas. Elle avance en faisant du bruit dans l’escalier et jusqu’au coin de la cuisine. Elle s’arrête là un long moment, les pouces dans sa ceinture, tout près de son arme. Un homme est assis à la table, une tasse dans la main, un fusil dans l’autre. Koda laisse le silence traîner, puis dit : « Eh ben ça. Je suis sûre que je ne me souviens pas de vous avoir invité à déjeuner. »
Ariel Kriegesmann sourit par-dessus le bord de sa tasse et prend une longue gorgée du café fumant. « Je m’en souviens pourtant bien. Et me voilà . »
« Comment êtes-vous entré ? »
En réponse, Kriegesmann fait tinter un trousseau de clés. « Vous oubliez. C’est moi le propriétaire. »
« Marrant. Je pensais que c’était votre père. »
Une rougeur s’installe sur le visage de Kriegesmann, clair dans la lumière matinale, mais il dit d’un ton égal : « Pour l’instant. »
Koda avance vers lui, dos à la lumière de l’est qui détache sa silhouette contre la vitre. Le regard d’Ari la suit, à demi critique, à demi avide. « Il sait que vous êtes là ? »
« En fait, c’était son idée. On a besoin de quelqu’un avec des connaissances médicales à Elk Mountain. » Il hausse les épaules. « On a plein de nourriture, une sécurité relative, un peu du confort de la civilisation. C’est bien mieux que de crapahuter dans les montagnes. »
Koda passe derrière lui, un peu surprise de voir que la porte n’est pas verrouillée. Ça doit signifier qu’il y a des hommes armés devant, là où elle les veut précisément. Elle tient la porte ouverte et dit : « Alors dites à Julius que j’apprécie son offre, mais Annie et moi on doit aller à Salt Lake. Ça a été sympa de vous rencontrer, etc… Maintenant foutez le camp. »
« Bon Dieu, quelle reconnaissance. Et pourquoi pas ‘Merci pour le bon repas, Ari’ ou bien, ‘Merci de nous avoir laissé passer la nuit dans le chalet’. »
« Merci pour le repas, Ari », dit-elle. Elle plisse les yeux, sa vision de chasseur le clouant dans un nuage d’obscurité. Avec un effort elle la repousse. Elle ne veut pas avoir à lui tirer dessus. Cela prendrait du temps qu’elle sait ne pas avoir. « Merci de nous avoir laissé passer la nuit dans le chalet. Maintenant sortez vos fesses d’ici. »
« Et ben, vous voyez, ce n’est pas aussi simple. » Il se lève facilement et s’étire. Il titube. Il vient se mettre face à elle de l’autre côté de la porte ouverte. « Ce n’est pas juste de docteurs qu’on a besoin. Vous avez peut-être remarqué qu’on a un surplus d’hommes. »
« J’ai remarqué. »
« Bon alors. On a besoin de femmes. Des femmes en bonne santé qui peuvent avoir des enfants. Vous, par exemple. » Il montre l’escalier. « Votre petite amie, par exemple. Vous pourriez être bien ici, vous savez. »
« C’est une proposition ? Je la décline. » Il lui faut toute sa force pour écarter le mépris de sa voix. Elle ne veut pas le pousser à une démonstration de sa virilité ici et maintenant. L’obscurité se referme sur sa vision à nouveau. Dieu, quel idiot arrogant.
Kriegesmann pose la main sur la porte et la pousse violemment. « Je ne vous demande rien. Je vous le dis. Faudra vous y faire. »
Jusqu’à sa mort elle ne saura pas comment elle a réussi à ne pas lui rire au visage. Au lieu de ça, elle recule et d’un geste rapide elle sort son pistolet et tire trois fois près de sa tête. La vitre de la grande fenêtre se fracasse et tombe sur le plancher, et tandis que Kriegesmann se retourne brusquement au bruit, elle le contourne rapidement, attrape son fusil sur la table et fonce dans l’escalier. Elle agrippe le poteau central pour se hisser dans le colimaçon deux marches à la fois, et ne s’arrête jamais pour regarder derrière elle. De l’extérieur, elle peut entendre des cris. C’est bon ; ça veut dire que les idiots sous la fenêtre sont maintenant avec les idiots présumés devant, pour renforcer leur chef honteux.
Kirsten, son propre fusil en main, se tient en haut de l’escalier, un pied sur la première marche. Elle recule, le soulagement visible sur son visage tandis que Koda arrive dans le loft. La lucarne est posée contre le mur près du lit, il n’y a maintenant plus rien entre elles et les pins qui surplombent le toit.
Elle répond à la question silencieuse. « J’ai cassé quelques vitres, c’est tout. Aide-moi… »
Ensemble elles apportent le lit pour couvrir le haut de l’escalier. Ça ne retiendra pas longtemps les hommes ; ce qui les retiendra plus longtemps c’est l’idée que Kirsten et elle sont coincées dans le loft avec un petit arsenal. Avec un peu de chance, elles seront parties depuis longtemps quand la ruse sera découverte.
« Les sacs ? »
« Déjà sur le toit. »
« Okay. Allons-y. »
Koda fait un étrier de ses mains et pousse Kirsten vers le haut à moitié par l’ouverture de la lucarne. Celle-ci s’accroche aux bords et se tortille pour sortir avant de filer d’un côté. Asimov est le suivant. Dakota lui donne une tape et dit « Brave garçon », puis elle le soulève pour le poser à demi sur les cuisses de Kirsten. Enfin elle attrape le bord de l’ouverture et se soulève par les bardeaux. Les branches de pin sont épaisses sur ce morceau du toit, et leur donnent au moins une couverture de dessous. Pas que ça fasse une grande différence dans une seconde ou deux.
De là , la glissade a l’air franchement plus longue et plus raide que depuis en bas. Asi regarde en bas et produit un gémissement anxieux, tout en grattant la surface rugueuse de ses griffes. Mais le temps manque pour penser à ça. Avant que Koda ne puisse parler, Kirsten se lance et dévale la pente, cognant les bardeaux, Asi à mi-chemin devant elle. Koda suit, et arrive au bord du toit à près de deux mètres du sol avec un saut périlleux qui la fait atterrir, sinon sur ses pieds, au moins pas sur la tête ou sur son fusil. Kirsten, à côté d’elle, se redresse avec un grognement, tandis qu’Asimov danse près d’elle, la langue pendante. « Seigneur, espèce d’animal », dit-elle et il est difficile de dire si ça s’adresse à son chien ou à sa compagne. Et les voilà en train de courir tous les trois, vers la lisière derrière la maison, Koda son fusil dans les mains, Kirsten le doigt sur la gâchette de son automatique. De derrière leur parviennent des cris, le son d’une foule qui se regroupe. Un coup de feu craque dans l’air, suivi par un rugissement à pleins poumons sorti d’une douzaine de gorges.
Kirsten court en haletant au milieu des arbres, saute par-dessus les touffes d’herbes du sous-bois qui barre leur chemin. « T’sais… Je suis… pas… sûre… que… c’est pour… nous… tout ça. »
« Je ne pense pas que ça le soit », répond Koda sans réduire son rythme.
« Ils veulent… ce que je pense qu’ils veulent ? »
« Ouais. Et Ari… » Koda s’interrompt pour passer sous une branche basse qui barre leur chemin, « a un mauvais complexe d’Oedipe. Il va détrôner papa. »
Devant se trouve le chemin principal vers la loge. Koda s’arrête et fait signe à Kirsten et Asi d’en faire autant, et elle écoute. Les cris de la bande d’idiots leur arrivent à travers les arbres, le long du chemin qui mène au chalet. Faiblement, depuis la piste qui va vers le palais-QG, leur parvient le bruit d’une course. Une douzaine de personnes environ qui arrivent vite. Merde. Koda enclenche une balle dans la chambre du 30.06 ; Kirsten, la bouche tirée dans une grimace serrée, tire sur le magasin de son pistolet. « Prête ? » demande Koda.
« Prête », répond Kirsten, et elles foncent hors des arbres sur la route juste au moment où Tanya et Elaine, et trois autres femmes armées derrière elles, arrivent à toute vitesse au tournant.
Mais Tanya crie : « Foncez ! » En leur faisant signe de l’autre côté de la route d’un geste du bras. « Je vais m’occuper d’eux ! »
Avec un geste de remerciement, Koda et Kirsten, Asi trottinant près d’elles, traversent la route en courant jusque dans les bois profonds. Derrière elles les tirs explosent dans un échange rapide. Le bruit diminue tandis que les arbres, les pins hauts et les épicéas, se referment sur elles, que les aiguilles tombées étouffent leur pas et qu’elles deviennent des ombres dans la seule obscurité de leur course vers le soleil.
*******
Le soir elles campent sur le bord de la Medicine Bow Range. La Platte coule de bleu en dessous, sa course marquée d’éclaboussures de couleur brillantes : l’écarlate Indian Paintbrush (NdlT : fleur des Rocheuses), les ancolies jaune doré, les lupins roses et pourpres. La neige couvre les hautes crêtes des montagnes qui se détachent sur le ciel à l’arrière. Une légère brise, fraîche à cause de son passage sur les dernières précipitations, flotte sur elles tandis qu’elles sont assises près des restes de leur feu de camp, leurs marmites récurées et rangées, leur souper de haricots en boîte confortablement dans leur estomac, bien que peu appétissant. Asi, inconscient à tout cela, est allongé et ronfle dans la chaleur.
« Je vais me lever bientôt et aller dans la tente », dit Koda, en caressant les cheveux de Kirsten contre son épaule. « Très bientôt. »
« Mmmm », dit celle-ci. « Traîne-moi avec toi. »
Après un moment, Koda dit : « Ce sont des montagnes plutôt imposantes. Tu veux les traverser ou marcher en parallèle jusqu’au Colorado ? »
« C’est toi qui es supposée être le guide local de confiance. C’est quoi le plus rapide ? »
« Traverser, probablement. »
« Alors on traverse. »
« Tu sais quoi ? »
« Quoi ? »
« Je ne vais plus jamais dire que quelque chose vaut la peau des fesses. J’ai presque peur de retirer mon pantalon et de regarder les dégâts. »
« Tu veux que je te l’enlève moi ? »
Koda lui fait un sourire brillant. « Et ben, madame la Présidente, j’ai bien cru que vous ne le demanderiez jamais. »
*******
« On dirait qu’il va bientôt pleuvoir », fait observer Kirsten en levant les yeux vers le ciel et les nuages qui se rassemblent rapidement comme des invités à une fête qu’il ne faut absolument pas rater. Sa respiration est de plus en plus saccadée et rapide de la fatigue d’avoir grimpé presque (pour elle) à la verticale sans un niveau plat en vue. Elle marche avec l’aide d’un bâton robuste presque aussi grand qu’elle. Asi avance en bondissant joyeusement près d’elle, fonçant occasionnellement hors de la piste qu’elles suivent, pour aller renifler quelque chose d’intéressant pour ses sens de chien. Wiyo plane aisément bien au-dessus, suivant les courants de l’air qui devient de plus en plus froid.
Elles ont bien avancé depuis l’Incident de Elk Mountain, comme Kirsten commence à le nommer, en lettres capitales et tout et tout. Elles ont réussi à récupérer deux VTT qui leur ont fait faire du chemin avant qu’un pneu crevé ne finisse cette aventure pour de bon. Pas que ça aurait eu de l’importance bientôt. Les niveaux qu’elles grimpent maintenant étaient trop raides pour envisager même l’idée de faire du vélo, à moins d’être Greg Lemond, un titre qu’aucune d’elles ne revendique.
Les voitures, bien sûr, étaient hors de question. Même si l’essence n’avait pas été un problème, ce qui l’était, et qu’elles avaient été capables d’en trouver une qui aurait démarré après être restée à l’arrêt pendant six mois ou plus, ce qu’elles n’avaient pas fait, rouler dans un véhicule aurait résumé la situation à peindre une cible sur leur tête avec les mots ‘KIRSTEN KING EST ICI ! ! ! VENEZ LA CHERCHER, LES GARS ! !’
Les androïdes ne conduisent pas de voiture.
Tout en continuant sa marche à grands pas faciles, Koda penche la tête, les narines ouvertes tandis qu’elle hume l’air. « Pas de la pluie », murmure-t-elle. « De la neige. Et pas mal à voir ces nuages. »
« C’est pas que je sois douée pour la météo ou quoi », réplique Kirsten, en riant, « mais au cas où tu l’aurais oublié, on est en juillet, mon amour. Il ne neige pas en juillet. »
« Là -haut c’est possible. Les mouvements du temps sont différents à cette altitude. Une tempête de neige en juillet n’est pas si inhabituelle. Les gens peuvent être coincés ici parfois, et ne pas être préparés à ça. »
« Si tu commences à faire du pain azyme », déclare Kirsten avec un rire nerveux, « je vais me mettre à descendre ces foutus montagnes aussi vite que mes pieds, qui commencent lentement à se couvrir d’ampoules le permettront. »
Koda sourit. « Ça va aller. On a un peu de temps pour trouver un abri. »
Kirsten regarde autour d’elle et ne voit rien d’autre que des arbres, des arbres, des buissons, et encore des arbres. « Heu… je ne veux pas avoir l’air alarmiste, mais je n’ai rien vu qui ressemble de près ou de loin à une ville depuis des heures. Bonté Divine, je n’ai rien vu qui ressemble à une MAISON depuis des heures. »
« On va trouver quelque chose. Viens. »
Avec un soupir agacé, Kirsten avance péniblement, lançant de temps en temps un regard inquiet aux nuages qui continuent à s’amonceler et à emporter les derniers éclats bleus du ciel.
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Des tourbillons lourds menacent de se transformer en un blizzard redoutable tandis que Dakota les emmène plus loin dans la forêt. Son regard fouille en permanence, ses oreilles sont dressées pour un quelconque bruit de danger. Asi fait des allers-retours d’avant en arrière devant elles, le nez au sol et la queue dressée d’attention. Bien que Kirsten fasse confiance à Dakota pour sa sécurité, ses vieilles peurs de l’enfance de se perdre dans les bois sont remontées à la surface avec le changement du temps, et bien qu’un vent froid souffle maintenant, une sueur graisseuse tache les surfaces exposées de sa peau, glisse dans ses yeux et les fait piquer.
Soudain, Asi se raidit et lâche une bordée d’aboiements qui envoient presque Kirsten en orbite. Elle se rapproche de Dakota tandis qu’un énorme vol d’oiseaux s’élève, en crissant de déplaisir. A sa surprise, sa compagne a l’air plutôt détendu, et sourit même tandis qu’elle observe les oiseaux en colère. « Je ne vois pas ce qu’il y a de si drôle », lâche-t-elle brutalement, encore plus furieuse contre ses nerfs à fleur de peau que contre le sens plutôt inapproprié de l’humour de sa compagne. « Pour ce qu’on en sait, il pourrait aboyer contre un grizzly. »
« Ce n’est pas un grizzly », réplique Koda, qui sourit toujours en croisant le regard de sa compagne. « Des oiseaux ne percheraient pas près d’un ours. »
« Alors… c’est quoi ? »
« Tu verras bien. »
‘Ça’ s’avère être une hutte, bien que le terme rende un mauvais service à toutes les huttes du monde. Petite et trapue, environ 2,50 m de long, elle a l’allure légèrement décalée d’un fêtard après un verre de tequila de trop. La fenêtre unique regarde le monde à travers du verre brisé, et la porte, ou ce qu’il en reste, pend tristement sur un gond rouillé. Le toit, moins la plupart de ce qui semblent être ses bardeaux, est légèrement incliné et les pierres d’une cheminée s’élèvent en une étrange forme de champignon.
Aux yeux de Dakota, elle n’a l’air de rien d’autre qu’une bicoque de pêcheur de banquise abandonnée depuis longtemps, bien qu’elle sache que le plan d’eau utilisable le plus proche se trouve à des kilomètres tout autour. Et pourtant…
« Et bien, ce n’est pas le Watergate, mais il y a un toit. »
A ce moment précis, Kirsten est favorable à tout ce qui implique une protection de la neige épaisse et du vent qui traverse son imperméable léger comme une lame de couteau. Elle fait un pas en avant, mais est retenue par Dakota, qui enlève son fusil de son épaule et le pointe vers la porte.
« Je pensais que tu disais qu’il n’y avait pas de danger ? »
« Non, j’ai dit qu’il n’y avait pas de grizzlis », réplique Koda, en souriant narquoisement. « Reste ici une minute. Je reviens tout de suite. »
Sûre d’être obéie, Koda avance agilement et pousse la porte avec la pointe de son arme. Elle s’ouvre avec difficulté, en grinçant de protestation de son gond unique. L’odeur forte d’animal assaille ses narines, mais elle n’est pas aussi puissante qu’elle le serait si c’était actuellement occupé, alors elle se détend et entre. A part l’odeur déjà mentionnée et les toiles d’araignée qui s’en donnent à cœur joie dans les coins comme des serpentins, la hutte est abandonnée. Le plancher voilé est couvert de taches sombres et les murs ont des fissures tordues, mais même comme ça, l’endroit à l’air relativement acceptable.
« Boudiou. Ça pue un peu, hein ? » La voix de Kirsten résonne derrière son coude gauche et elle tourne la tête pour croiser les émeraudes brillantes de sa compagne.
« Je pensais t’avoir dit de rester là -bas ? »
« C’est vrai », reçoit-elle en réponse satisfaite. « Le défaut dans ta logique est de penser que je vais obéir. Et puisque je suis la Présidente et que tu n’es que la cuisinière et la rince-bouteilles, et bien… » Le ton de Kirsten est léger et joueur. « En plus, je ne voulais pas que tu m’amuses sans moi. »
« Ah oui, m’amuser. »
Koda pose son fusil dans un coin et après avoir dressé un sourcil inquisiteur vers Kirsten, elle la libère de son bâton de marche et va vers le foyer de bonne taille qui prend presque tout un pan de mur. Elle s’installe sur ses talons et manœuvre le bâton dans la cheminée. Une légère pluie de cendre ancienne et presque blanche descend, en même temps que des bûchettes, des tiges, des feuilles et un morceau de vieux nid sans les oiseaux. « Le tuyau est propre. » Avec un hochement de tête de satisfaction, elle rend son bâton à Kirsten et se redresse gracieusement, en se frottant les mains. « Je vais sortir chercher du bois avant que la tempête n’empire, ensuite on verra comment fermer cette fenêtre et avoir un peu de chaleur. »
« Attends une minute », dit Kirsten, en retirant son sac de son épaule, pour l’ouvrir et en tirer une de leurs couvertures bien enroulées. « Mets ça autour de tes épaules. Il fait foutument froid là -dehors pour marcher juste en chemise. »
« C’est mieux de garder nos couvertures au sec », réplique Koda. « Je vais voir si ma chemise épaisse en coton est là -dedans. Ça ne sera pas long. »
Kirsten fouille un peu plus et sort la chemise en coton épais de Koda et elle lui lance le vêtement. Elle regarde sa compagne l’enfiler et sortir sa natte du col. « Sois prudente là -dehors, hein ? »
Koda répond en l’embrassant légèrement, un baiser qui devient rapidement plus profond tandis que leurs corps réalisent, à la même seconde, depuis combien de temps elles n’ont pas fait l’amour. Les dernières nuits les ont trouvées si épuisées que tout ce qu’elles pouvaient faire, c’était se déshabiller et se glisser dans leurs sacs de couchage réunis avant de s’endormir profondément, serrées l’une contre l’autre. « Garde ça au chaud. » La voix de Koda est bizarrement rauque tandis qu’elles se séparent enfin pour respirer, leurs cœurs battant à l’unisson.
« Reviens vite », répond Kirsten dans un souffle tout aussi saccadé.
******
Le vent hurle en passant dans les arbres comme un train express en direction de l’est. Déjà , plus d’un centimètre recouvre le sol chauffé par l’été, et encore plus s’accumule tandis que les secondes passent. Pratiquement aveuglée par la neige et le blizzard, Koda fouille pour trouver du bois par pur instinct, s’approchant des arbres dont les nouvelles feuilles sont couvertes de cristaux de blanc virginal. En vingt minutes elle a tout le bois qu’elle peut ramasser dans une pile plus ou moins soignée, et elle remercie silencieusement son père de lui avoir fait faire tant de menus travaux dans son adolescence. Elle choisit soigneusement son chemin dans la neige toute fraîche, son sens inné de l’orientation la mène avec assurance vers la petite hutte au milieu de nulle part qu’elles ont choisi comme leur abri temporaire, du moins elle l’espère.
« Entre par ici ! » Crie Kirsten pour être entendue par-dessus le hurlement du vent, tout en tirant Dakota à l’intérieur. « Seigneur, tu es trempée de partout ! »
« Ça va vite être réglé », réplique-t-elle en allant vers le feu pour poser les branches qu’elle a réussit à trouver. Ses doigts, encore engourdis par le froid, sont paralysés et refusent de coopérer et Kirsten, voyant ça, s’agenouille pour l’aider tout en lui lançant un regard de réprimande.
« Enlève ces vêtements trempés. Je vais m’occuper du feu. »
Les genoux raidis de Koda lui envoient des éclairs jumeaux de douleur quand elle se relève et elle avance prudemment vers l’endroit où Kirsten a posé leurs sacs, elle y fouille pour trouver des vêtements chauds et secs. Elle prend une inspiration profonde et est plaisamment surprise de la profonde réduction de l’odeur forte qui envahissait l’endroit. « C’est agréable », chantonne-t-elle.
« Service rapide de nettoyage pour huttes perdues dans les bois », répond Kirsten en secouant une allumette en bois du tube étanche pour l’allumer du premier coup. « J’ai trouvé une branche avec des feuilles mortes, balai instantané. »
« Tu as appris ça de la criminelle Baronne de Rotschild, hein ? »
« Ha ha. Il faut que tu saches que sous mes airs de rat de bibliothèque et mon charme de fondu d’informatique se cache une âme de ménagère avertie. »
« Mm », la voix liquide de Koda résonne tout près de son oreille. « J’aime bien ton air de rat de bibliothèque et ton charme de fondue d’informatique. »
« Seigneur ! » S’exclame Kirsten, autant à cause de la soudaine montée d’hormones qu’au fait qu’elle s’est presque brûlé les doigts. « Chérie, je t’aime, mais j’ai appris chez les Girls Scouts qu’il est imprudent de séduire quelqu’un qui essaie d’allumer un feu. Du moins, quelqu’un qui se trouve dans une cheminée. »
« Tu appartenais à une troupe intéressante, canteskuye. »
« Tu n’en as pas idée », ronronne Kirsten, réussissant cette fois à avoir une étincelle pour allumer sous les plus grandes branches et les bûches.
« Et qu’est-ce qu’on t’a appris d’autre ? »
Kirsten lui lance un regard de sainte-nitouche sous des cils à demi baissés. « Sors de ces vêtements froids et humides et tu le sauras peut-être. »
« Tu as dû recevoir le badge de l’amusement et du mérite. »
« Dès la première sortie », réplique Kirsten d’un air suffisant. « Maintenant file ! »
« Considère-moi comme filée. »
Tandis qu’elle se retourne, Koda remarque une autre amélioration dans la hutte. Kirsten a utilisé son poncho imperméable jaune brillant comme brise-vent, avec le rouleau d’adhésif pour l’attacher soigneusement par-dessus le trou et bloquer la vitre. Ajouté au feu qui brûle maintenant, la chaleur est palpable, et Koda laisse passer un frisson tandis que les fourmillements de sensation passent sur sa peau qui se réchauffe.
« Ça va ? » Demande Kirsten en venant près d’elle pour l’aider à retirer les vêtements trempés.
« De mieux en mieux. Joli boulot avec la fenêtre, la Ménagère. D’autres talents que tu n’as pas partagés ? »
« Peut-être un ou deux », réplique Kirsten en souriant. « En tous cas, ils ne comprennent pas la cuisine dans un squat alors… des suggestions ? »
« Rations de randonnée, au moins pour ce soir. Et du thé chaud pour avaler le tout. »
Kirsten fait la moue. « J’aurais pu le faire aussi ça. »
« C’est vrai », répond Koda, prétendant réfléchir. « Je suppose que je pourrais ouvrir la porte et inviter un couple de lapins à sauter dans la marmite, en admettant qu’on en ait une, mais je pense, personnellement, qu’ils préféreraient tenter leur chance avec le blizzard. »
« Mm. Tu gagnes un point là . Je vais te dire, je m’occupe des rations et tu fais chauffer l’eau du thé. Ça te parait bien ? »
« Totalement. » Elle enfile son caleçon large et va vers leur paquetage pour en sortir les ustensiles de cuisine qu'elles ont pris à la boutique de camping, puis elle verse de l'eau de l'un de leurs bidons dans la plus grande marmite, et elle la pose sur l'âtre pour la chauffer. Après avoir sorti deux sachets de thé, elle va vers la porte et avec un peu d'effort, elle réussit à l'installer plus ou moins solidement sur son encadrement gonflé et tordu. Le temps qu'elle finisse cette tâche, l'eau bout doucement dans la marmite, et elle retourne à la cheminée pour la verser dans deux tasses de voyage, et laisse le thé infuser.
Kirsten a déjà posé leurs sacs de couchage sur une couverture épaisse, et elle en a utilisé une seconde pour couvrir le sol noirci. Leur repas frugal est posé sur cette couverture, plusieurs morceaux de viande hachée, un tube de biscuits, et un peu de fromage qu'elle a récupéré dans un panier il y a quelques semaines. Ce n'est pas un festin, non, mais ce n'est pas si différent des dîners micro-ondes au goût de carton qu'elle avait l'habitude de manger quand elle vivait au sein de la civilisation, quand elle mangeait, il faut dire.
Et, songe-t-elle, en regardant la beauté qui vient s'asseoir près d'elle, les tasses de thé en main, la compagnie est infiniment préférable.
« Un sou pour tes pensées », dit Koda, en lançant un morceau de viande hachée à Asi, qui s'y jette avec vigueur.
« C'est le taux en vigueur ces jours-ci ? » Dit-elle en riant. « En fait, j'étais juste là à penser qu'il pourrait y avoir pire que d'être coincée avec toi ici dans ce taudis à manger de la nourriture froide et à attendre un blizzard. »
« Oh ? »
« Ouais. A la maison par exemple. Je veux dire... la maison avant que tout ça ne commence. »
Koda réfléchit un moment. « Qu'est-ce que tu ferais si tu étais là -bas au lieu d'ici ? »
« Quelle heure est-il, six heures environ ? »
« A peu près. » Aucune d'elles ne porte de montre, mais, comme avec beaucoup de choses dans ce brave nouveau monde, elles ont appris à se débrouiller sans.
« Je serais probablement au boulot. Je n'ai jamais quitté avant neuf heures environ. »
« Hillary t'éreintait, hein ? »
Kirsten sourit. « Nan. J'étais plutôt dingue de boulot déjà . Je faisais quelque chose que j'adorais et il n'y avait pas vraiment grand chose à la maison qui m'attendait... » Elle est interrompue par un piaulement plutôt outragé. « ... sauf Asimov, bien entendu, je ne t'oublierai jamais, mon garçon. » Elle l'ébouriffe derrière les oreilles, ce qui lui vaut un grognement d'acceptation de ses excuses indirectes. « Et toi ? »
« Mm, plutôt pareil », dit Koda en avalant une gorgée de thé. « Je gardais la clinique ouverte plutôt tard. Plus souvent qu'à leur tour, Wash ou l'un de mes autres frères venaient aider, et je les ramenais à la maison pour dîner avec la famille. Je traînais habituellement avec eux un moment, pour voir s'ils avaient besoin d'un coup de main pour leurs travaux, ensuite je rentrais à la maison. Un dernier coup d'oeil sur mes patients et je rentrais à la maison me coucher. » Elle hausse les épaules. « Tali partie, il n'y avait pas grand chose d'autre à faire. »
A la mention du nom de Tali, Kirsten ressent une poussée d'insécurité, mais c'est plus un écho maintenant, pas le pincement aigu et amer qu'elle aurait pu ressentir il y a trois mois. Elle sourit intérieurement, contente de l'évolution qu'elle sent en elle. J'y arrive, pense-t-elle, je n'y suis peut-être pas encore arrivée, mais j'y arrive. Elle cligne des yeux, surprise lorsqu'une petite tasse en alu cogne doucement contre la sienne, et elle lève les yeux vers le regard doux et aimant de Dakota.
« A nous, et au futur que nous allons construire ensemble. »
« A nous », répond-elle doucement, la chaleur la traversant en réponse à ses prières silencieuses.
Le reste de leur maigre repas est consommé dans un silence confortable. Le hurlement de la tempête est atténué par le craquement joyeux du feu. Et bien que les murs fissurés de la hutte et le toit incertain laissent passer un peu du froid, la chaleur entre elles compense plus que largement.
Kirsten pose sa tasse vide sur la couverture et entoure la taille svelte de Dakota de ses bras, elle pose sa tête sur l'une des épaules musclées et soupire d'aise. Koda sourit et pose sa tasse à son tour avant de passer les doigts dans les cheveux maintenant longs de Kirsten, et elle regarde les mèches glisser dans sa main tels des rayons du soleil chaud du printemps. « Cante mitawa » , murmure-t-elle tandis que Kirsten penche la tête et que leurs bouches se touchent, glissent puis se touchent à nouveau dans un mouvement langoureux. Kirsten écarte les lèvres au contact tendre et inquisiteur de la langue de Koda, et elle frissonne de délice même lorsque sa main se lève lentement pour entourer le sein ferme de sa compagne, le caressant de son pouce tandis qu'elle sent son poids chaleureux dans sa paume. La main dans ses cheveux se resserre et elle sent sa nuque se tendre lorsque sa tête est fermement, mais tendrement, tirée vers l'arrière, exposant la colonne puissante de sa gorge aux lèvres, à la langue et aux dents affamées de son amante. Elle frissonne à nouveau, puis gémit lorsque son pouls bondissant est mordillé puis apaisé du bout d'une langue amoureuse. Un grognement sourd sort de la gorge de Koda tandis qu'elle retire la main de Kirsten de son sein et pousse la jeune femme sur la couverture, les lèvres toujours attachées à sa gorge, suçant la peau claire et tendre. Ses mains et ses doigts sont exigeants tandis qu'ils tirent sur le tee-shirt de Kirsten, le soulevant jusqu'à ce que les seins de son amante soient exposés à l'air froid et à son regard vorace.
« Que tu es belle », dit-elle d'une voix rauque, « si belle. » Ses yeux sont tels le ciel d'une nuit éclairée par la lune, ses pupilles des trous noirs et Kirsten se sent attirée dans leur vortex. De longs doigts dansent sur la peau claire et soyeuse, entourent des tétons durcis et douloureux même tandis que ses cuisses remontent et se posent entre les jambes de Kirsten, pressant et relâchant, frottant doucement. Celle-ci tremble, puis crie doucement lorsqu'une bouche chaude et humide vient sur son sein gauche, le prenant et démarrant un feu qui coule dans ses veines, ses membres lourds et tel du plomb tandis que des dents pointues grattent son téton et qu'une langue apaise la piqûre.
Koda passe au sein droit de Kirsten, et ses mains dansent sur son ventre et ses hanches en caresses longues, lentes et révérencieuses, puis s'occupent du bouton de son jean avec une précision d'expert. Dakota roule à demi sur le côté et fait descendre le jean et les sous-vêtements sur des cuisses puissantes et bronzées, des mollets musclés, et les jette dans la direction de leurs sacs. Puis elle revient, attrape les jambes de son amante et les plie, les écarte largement. Sa langue sort pour humecter ses lèvres tandis que son regard se repaît de l'évidence de la passion de Kirsten qui brille dans la lumière dansante du feu. Avec un léger grognement, elle revient entre ces jambes, remue son pubis jusqu'à ce que le tissu léger de son pantalon frotte contre le désir gonflé de son amante.
« Oh Seigneur ! » Halète Kirsten, ses doigts creusant la couverture froissée.
« Mitawa », grogne Koda en faisant des cercles de ses hanches contre le sexe humide et gonflé de Kirsten. « Mitawa. » Elle se penche en avant de telle sorte que ses cheveux épais et noirs forment un rideau autour d'elles, puis elle fond ses lèvres dans le sexe de Kirsten, mordillant la lèvre inférieure tout en passant sa langue dans les plis en caresses et cercles lents et suggestifs
Les jambes de celle-ci bougent toutes seules et s'enroulent autour de la taille de Koda, l'attirant plus près. « S'il te plaît », murmure Kirsten, « s'il te plaît. »
Koda glisse les mains le long des hanches de son amante, des mains brûlantes, si brûlantes, chauffant sa peau comme des braises, et commence à pousser, le léger tissu de son caleçon donnant à son amante la friction exacte dont elle a besoin. Kirsten tend la main et, dans une poussée forte et passionnée, arrache le tee-shirt de Dakota depuis le col jusqu'au bord, puis elle le tire vers le bas assez vite pour que leurs seins et leurs ventres glissent à temps pour rythmer la poussée. « Encore », gémit Kirsten, le corps tel un feu liquide. « Encore, s'il te plaît, Seigneur, encore ! »
Les lèvres de Dakota tracent une ligne de feu sur ses joues et sa mâchoire et s'arrêtent sur la partie charnue de son lobe, sa langue tourne et virevolte, tandis qu'elle pousse et balance, et que leurs désirs bougent en rythme dans un cercle sans fin. Ses mains glissent entre elles et grogne tandis qu'une chaleur liquide baigne ses doigts dans une passion bénie.
« Mitawa », grogne-t-elle dans l'oreille de Kirsten tout en poussant trois doigts loin dans son amante, la réclamant, la remplissant, l'aimant. La tête de celle-ci cogne le sol, son corps se cambre tel un arc paré de bijoux avec la sueur, chaque muscle tendu et raidi, chaque veine pompant et tambourinant juste sous la surface de sa peau. Koda retire ses doigts jusqu'au bord, tourne et repousse avec force, ses yeux se fermant au cri d'extase de son amante. Se retenant avec un bras tremblant plié au coude, elle commence à pousser de manière pressante, avançant et revenant au rythme des hanches de Kirsten qui remuent violemment. Ses grognements d'effort dans l'oreille de son amante sont bas et gutturaux et envoient des vagues de sensation couler en elle et dans cette dernière, et sa vision se brouille et sa tête tourne. Elle ressort à nouveau, puis ajoute un quatrième doigt au cri de ravissement de Kirsten, et son pouce s'enroule pour exciter la chair engorgée en cercles, encore et encore et encore jusqu'à ce que, finalement, Kirsten n'en puisse plus et grimpe sur une vague tumultueuse de lumière tournoyante qui semble sans fin.
Sentant que son amante est au point de rupture, Dakota commence à ralentir le rythme et la force de ses poussées, ramenant Kirsten sur terre de la manière la plus douce possible. Elle pose des baisers vaporeux sur les paupières fermées et les sourcils, les joues et le menton, et les lèvres gonflées de passion jusqu'à ce que Kirsten se détende et retombe sur la couverture, épuisée et haletante. Koda la prend dans ses bras et caresse la peau hypersensible, murmurant des mots d'amour et d'adoration, dont elle sait qu'ils ne seront sûrement pas entendus.
Après un moment, les yeux émeraude s'ouvrent, un peu brouillés. « C'était... tu es... DIEU. »
« Non », blague Koda, « juste un sous-fifre. »
Kirsten roule sur le côté, s'agrippant au tee-shirt qu'elle a arraché et tire Koda pour que leurs ventres se touchent. « Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime. Je pourrais le dire un million de fois par jour et ça ne serait pas assez. Jamais assez. »
« Plus qu'assez », réplique Koda doucement en penchant le menton de son amante de telle façon que leurs regards se croisent. « Plus qu'assez, cante mitawa. » Leurs lèvres se touchent à nouveau et cette fois c'est Kirsten qui recule.
« J'ai besoin de toi », dit-elle d'un ton urgent. « Maintenant. Là maintenant. »
Pas besoin de le dire deux fois, Koda s'assied et retire son caleçon et ses sous-vêtements d'un seul geste. Tandis qu'elle s'allonge sur la couverture, Kirsten l'arrête. « Non, assieds-toi le dos contre le mur. Je veux que tu me regardes. Je veux te regarder. »
Le mur nu et fissuré gratte son dos maintenant nu et en sueur, mais ce petit désagrément est complètement oublié quand Kirsten se lèche les lèvres et écarte ses longues jambes, les pliant aux genoux, posant ses pieds à plats sur le sol. Puis elle se met sur le ventre et prend une profonde inspiration. L'odeur épicée et exotique de l'excitation de son amante coule en elle et démarre des hormones qui viennent juste de se calmer. Sa bouche salive et ses yeux, emplis d'anticipation joyeuse, saisissent le regard sombre et brûlant de sa compagne qui observe chaque mouvement.
Avec un petit sourire elle commence à embrasser l'intérieur des longues cuisses musclées de Koda, utilisant sa langue pour boire toutes les traces de la passion de son amante, et gémissant de joie au goût, plus fin pour elle que n'importe quoi d'autre dans ce monde. « Touche-toi », murmure-t-elle, « tes seins. Fais-leur l'amour comme je te fais l'amour. Ici. » Elle trempe deux doigts dans l'humidité de Dakota et tend la main pour peindre les tétons de son amante de sa propre essence, qui luit comme de l'or fondu dans la lumière du feu. La main de Dakota descend pour caresser ses seins, utilisant l'humidité pour stimuler ses tétons jusqu'à ce qu'ils soient tels deux monts raidis douloureux de sensation. « Maintenant regarde », ordonne Kirsten, qui plonge la tête et n'use que le bout de sa langue pour écarter les lèvres de Dakota. La tête de celle-ci cogne le mur et elle siffle de plaisir en sentant la langue talentueuse de son amante explorer ses plis, doucement tout d'abord, puis avec plus de vigueur. Le premier contact de la langue de Kirsten sur son clitoris l'envoie presque au ciel, mais elle tien bon avec chaque fibre en elle, pressant ses tétons en essayant de garder des hanches les plus calmes possible, une tâche quasi-impossible étant donné ce que Kirsten fait maintenant avec sa bouche.
Celle-ci pince les lèvres et tire la chair de Koda à l'intérieur, puis enserre la pointe doucement avec ses dents, relâchant ensuite le bouton gonflé pour pousser avec sa langue. Elle lape d'abord comme un chaton puis tourne et danse, et elle s'installe finalement dans un rythme saccadé que Dakota affectionne particulièrement. Son amante est silencieuse comme toujours quand elle lui fait l'amour, mais Kirsten n'a besoin d'entendre que sa respiration laborieuse et sentir la tension dans les muscles inhumainement puissants serrés contre ses côtes pour savoir qu'elle est au bord. Un dernier tour de sa langue, et elle mord aussi fort que possible sans briser la chair, et applique une succion parfaite. Un contact de plus de sa langue, un coup doux et long et Dakota jouit, tout son corps agité de spasmes avec la force de son explosion. Kirsten boit avidement à la fontaine de son amante, chaque goutte qui coule d'elle comme d'une cascade jusqu'à ce que Dakota ne s'effondre sans forces contre le mur.
Elle se met à genoux et s'avance pour prendre son amante à demi-consciente dans ses bras, caresse les cheveux trempés et murmure des mots idiots dans son oreille tandis qu'elle reprend ses esprits et revient sur la planète Terre.
« Tu... as appris ça... chez les scouts... hein ? » Demande Koda tandis que la force et la sensation décident de réapparaître.
« Ça je l'ai trouvé moi-même », réplique Kirsten joyeusement. « Je suis contente que tu aies aimé. »
« Aimé ? Dès que je retrouve ma tête, je vais te montrer combien j'ai aimé ça. »
Kirsten se met à rire. « On a tout le temps pour ça, mon amour. Maintenant, je pense qu'il est temps de dormir. »
« J'veupas. »
« Allez, l'inerte, c'est l'heure du dodo. »
Un soupir sincèrement agacé suit, mais Dakota laisse Kirsten l'aider à se mettre à genoux et à venir à leurs sacs de couchage qui les attendent. Elles s'installent, dos contre poitrine, et Koda pose un baiser sur l'épaule salée de Kirsten. « Je t'aime. »
« Je t'aime aussi, Dakota Rivers. Je t'aime aussi. »
Et sur ces mots, les deux amantes tombent dans un sommeil bien mérité.
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