Posté le 23 juin 2008
INSURRECTION
SwordnQuil@aol.com
Traduction : Kaktus (parties 1 Ã 22) et Fryda (partie 23 Ã la fin)
CHAPITRE CINQUANTE-CINQ
Ecrite par : Susanne Beck et Okasha
Des profondeurs de son rêve, Dakota entend le gémissement d’un chien à l’envie pressante. « Wash », marmonne-t-elle en bougeant sous les couvertures, « laisse sortir le chien. » Un autre gémissement, cette fois plus fort et encore plus désespéré. « Allez Wash. C’est ta chienne. Laisse-la donc sortir ! »
Un grognement un peu ronchon et un peu endormi résonne tout près de son oreille et lui fait ouvrir les yeux. Il lui apparaît alors, avec une clarté soudaine que cette vision blonde stupéfiante devant elle est aussi loin d’être son frère qu’il en est possible.
« C’est bon. Je me lève. Je me lève ! »
« Désolée, mon amour », répond Koda en roulant sur le côté tout en effaçant les traces de sommeil de sa main. « Je rêvais. Je vais m’en occuper. »
« Non, non », dit Kirsten les yeux toujours fermés en luttant pour sortir du sac de couchage hermétique. « C’est mon chien. Je vais le sortir. »
Toutes les deux réussissent à se mettre debout en même temps et passent un moment l’une contre l’autre pour se réveiller complètement pour cette nouvelle journée. Asi gémit à nouveau, les pattes quasiment croisées. Kirsten jurerait qu’il a les yeux jaunes. « Pauvre petit », dit-elle en soupirant. « On t’a oublié hier soir, hein ? »
Son expression semble répondre que ‘oui, elles l’ont oublié mais que tout sera pardonné si elles veulent bien utiliser leur pouce opposable pour déverrouiller la porte et le laisser sortir… à toute vitesse s’il vous plait’.
Kirsten attrape la couverture du dessus pour l’enrouler autour d’elle et va vers la porte en titubant, et, après quelques coups, elle parvient à l’ouvrir. Asi pose une patte dans le blizzard qui souffle toujours et s’arrête. Une large bande de poils se redresse de l’épaule à la queue et il fonce dans la blancheur, en aboyant comme un fou.
Kirsten se fige. « Asi… »
« Asimov ! Non ! » Sans même y penser, Dakota fonce nue dans le blizzard vers les grognements soudains… qui ne sont pas ceux d’Asi, et le cri de douleur… qui l’est.
« Dakota ! ! » Hurle Kirsten, qui perd déjà sa compagne de vue dans la neige tourbillonnante et à hauteur de cuisse. « Merde ! ! » Elle se retourne et rentre dans la maison pour attraper les vêtements à sa portée, elle enfile un caleçon trop large et son propre tee-shirt, et elle met ses pieds dans des bottes encore trempées. L’arme de Dakota est tout près et elle l’attrape pour repartir dehors en courant. « Dakota ! ! Asimov ! ! »
« Reste derrière ! » La voix de Dakota est impérieuse, bien que bizarrement neutre, comme étouffée dans du coton.
Ignorant l’ordre, Kirsten fonce dans la neige, suivant la courte piste que Dakota a tracée, le fusil penché et prêt, pour quoi, elle ne le sait pas. Une autre série de cris aigus et perçants sont suivis par un hurlement inhumain qui stoppe son cœur dans sa poitrine. « Dakota ! ! ! »
Le hurlement s’arrête brutalement et Koda réapparait dans le rideau de neige, couverte de sang et portant la forme inerte d’Asi dans ses bras. « Va chercher mon kit et allume un feu ! Dépêche-toi ! »
Sans poser de question, les yeux écarquillés et emplis de crainte, Kirsten repart dans la neige profonde vers la hutte. Elle pose le fusil dans le coin et se hâte vers leurs sacs pour fouiller rapidement à la recherche du kit de secours de Koda. Elle le pose sur les sacs de couchage et revient à grandes enjambées vers la cheminée, se laisse tomber à genoux et commence à engouffrer des buchettes dans le feu qui couve, l’éventant pour accélérer le processus. Dakota entre un instant plus tard et pose doucement Asimov sur les sacs de couchage. « C’est bon, mon garçon », dit-elle doucement, en le caressant, « tout va bien se passer. Je te le promets. »
Le feu prend, Kirsten vient s’agenouiller près de sa compagne et place la couverture sur ses épaules glacées tout en regardant son animal chéri. Une longue entaille rouge de sang longe son flanc depuis la poitrine jusqu’au ventre. Du sang coule à flots de la coupure, masquant sa profondeur. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » Demande-t-elle, les yeux luisant de larmes.
« Un glouton. Apporte-moi des chiffons, des tee-shirts, n’importe quoi pour essuyer le sang, et de l’eau. Dépêche-toi. »
Kirsten attrape des vêtements au hasard dans leurs sacs et commence à les déchirer tandis que Koda ouvre son kit et en retire plusieurs objets. Ses doigts sont glacés, mais l’adrénaline qui la traverse l’empêche de le remarquer. Elle attrape un chiffon des mains de sa compagne et couvre la blessure en pressant fort. Le sang coule malgré tout rapidement et elle jette le chiffon pour en prendre un autre et répéter la procédure jusqu’à ce que le sang commence enfin à ralentir pour devenir un mince filet. Elle attrape une tondeuse à piles et commence à raser rapidement et efficacement le poil autour de l’entaille jusqu’à ce que la peau soit lisse au toucher. « Donne-moi quelques chiffons humides », ordonne-t-elle.
Chiffons en main, elle essuie soigneusement le sang des bords de la blessure, et laisse échapper un soupir de soulagement quand le soin révèle que la coupure, bien que profonde, reste au niveau de la peau. Ses organes sont intacts et non touchés. « Il n’aime pas les piqûres ? » Demande-t-elle sans lever les yeux de sa tâche.
« Je… je ne crois pas. Koda… ? »
« Est-ce qu’il est à jour pour la rage ? »
« Je… heu… »
« Kirsten ! »
« Je pense que oui ! ? Deux semaines avant que tout dérape, Asi a marché sur une épine et je l’ai emmené chez le véto. Il a eu une piqûre. »
« C’était contre la rage ? »
« Je ne… oui, ça l’était. Ça faisait pratiquement un an et le véto a décidé de le faire comme ça je n’aurais pas besoin de revenir. »
« Bien. »
« Les gloutons sont porteurs de la rage ? »
« Parfois, oui. Un autre chiffon humide et essaie d’enlever le sang sur la coupure pour que je puisse voir ce que je fais. »
Kirsten déglutit et fait ce qu’elle lui demande, utilisant sa main libre pour caresser doucement les flancs tremblants d’Asi. Koda met la main dans le kit et en retire plusieurs seringues étroites. « C’est de la lidocaïne », explique-t-elle à Kirsten. « Ça va endormir la zone qu’il faut suturer. C’est juste une petite piqûre, mon gars. »
Asi la regarde de ses yeux offensés, et Koda glousse doucement. « Ouais, c’est ce que vous dites, les bonshommes. Ok, on y va. » Elle pince la peau et injecte la drogue en plusieurs endroits, puis se rassoit et attend que le médicament fasse effet.
« Dakota », dit doucement Kirsten, « il faut que tu te réchauffes. Tu es un véritable bloc de glace. »
« Je vais bien », réplique fermement Koda en secouant son épaule pour en faire tomber le bras de Kirsten. « Il faut d’abord que je m’occupe du chien. »
« Mais tu ne peux pas… »
« Je vais bien. » Elle tend la main et touche la peau autour de la coupure en hochant la tête. « C’est bon, mon gars, il est temps de te recoudre. Kirsten, assieds-toi par ici près de sa tête au cas où ça le prendrait de me mordre. »
« Il ne te mordrait jamais ! »
Le regard que Koda lui lance la convainc de changer de place et une seconde plus tard, elle est près d’Asi, sa tête sur ses cuisses. « Ça va aller, mon garçon. Ça va aller, c’est promis. Ok ? »
Asimov lève des yeux calmes vers sa maîtresse et lèche l’intérieur de son poignet, la faisant rire. « Arrête, ça chatouille ! »
Passer des gants en latex poudrés sur ses mains glacées est une longue torture, mais Dakota y parvient et également à faire fonctionner ses doigts aguerris pour attraper l’aiguille de suture. « Ok, mon gars, c’est parti. »
Il faut bien deux rangées de points de suture pour refermer la plaie profonde, mais Asi le supporte bien, sans même un gémissement, et Dakota a vite fini sa besogne. Un peu de baume antibiotique sur les sutures et elle retire les gants rougis de sang avec un claquement. « Voilà , c'est fini. Ça va laisser une cicatrice mais son poil va la recouvrir, et si ce n'est pas le cas, il pourra se vanter auprès de ses potes de la fois où il a attaqué un glouton et a survécu. » Elle regarde son patient droit dans les yeux. « Et tu ne lèches pas, ou bien tu subis le sort de Mary Stuart en un clin d'œil, compris ? »
Asi émet un grognement outragé.
« Rappelle-toi ce que j'ai dit. J'ai des colliers en plastique dans mon paquetage et si tu ne veux pas qu'on te prenne pour une parabole jusqu'à la semaine prochaine, ne... lèche pas. Compris ? »
Avec un franc soupir de martyr, Asi repose la tête sur les cuisses de sa maman et ferme les yeux pour clore la discussion sur le sujet. Kirsten lève des yeux brillants vers Koda. « Merci. »
Celle-ci hoche brièvement la tête. « Il essayait juste de protéger sa famille. »
« Le glouton ? »
« Asimov. C'était plutôt courageux de sa part. Stupide mais courageux. »
S’avançant en terrain miné, Kirsten lui fait un petit sourire. « En parlant des deux adjectifs cités. » Elle penche la tête et passe en revue le corps nu, taché et couvert de sang de sa compagne. « S'il te plait », murmure-t-elle. « Tu as aidé Asi. Laisse-moi t'aider maintenant. S'il te plait ? »
Après un instant, Dakota hoche son assentiment de la tête puis tente de se relever. Ses genoux refusent de la porter et elle finit assise sur le sol humide et couvert de sang. Kirsten pose avec soin la tête d'Asi sur le sac de couchage et se met rapidement debout, attrape le reste de leurs couvertures et en enveloppe sa compagne, avant de se diriger vers le feu et de retirer deux marmites d'eau qu'elle a fait chauffer quand elle a relancé les flammes. Elle récupère du savon et des vêtements propres de leurs sacs et vient près de sa compagne pour commencer à nettoyer doucement le sang incrusté sur ses membres et son corps. La raideur et l'inspiration légère ne lui échappent pas quand elle attrape le bras gauche de Dakota. Elle l'amène doucement dans la lumière, et écarquille les yeux tout en pâlissant. « Dakota ? » Demande-t-elle, la voix tremblante. « Est-ce qu'Asimov t'a mordue ? »
« Non », répond Koda les dents serrées. « C'est le glouton. »
« Oh Seigneur. » Kirsten lève le regard vers les yeux embrumés de douleur de sa compagne. « Qu'est-ce qu'on fait ? Que... ? »
« C'est bon », lâche Dakota. « Nettoie aussi bien que tu peux avec du savon et de l'eau et bande-le. Je vais me faire deux piqûres qui devraient traiter ça. »
« Deux piqûres ? ? Dakota, est-ce que ce glouton avait la rage ? ? ? »
« Je n'ai pas eu le temps de voir. J'étais trop occupée à l'empêcher de me tailler en pièces. » Elle sourit légèrement. « Détends-toi. J'ai un vaccin avec moi, et tant que je le prendrai, ça ira. Tu le sais bien. »
« Doux Jésus, Dakota ! Tu aurais pu te faire tuer ! »
Le sourire disparaît des lèvres de Dakota comme si on le lui avait effacé avec de l'acide. « C'était ça ou laisser mourir Asimov. J'ai vu une opportunité. Je l'ai saisie. Fin de l'histoire. »
Kirsten ouvre la bouche puis la referme avec un claquement de dents. Ce n'est pas le moment de discuter et elle le sait. Dakota a mal, et elle se concentre là -dessus, nettoyant la blessure aussi doucement qu'elle le peut. « Seigneur », murmure-t-elle en examinant les morsures rougies et gonflées sur l'avant-bras de sa compagne. « Dakota, il faut qu'on te trouve un docteur. »
« Non, on a tout ce qu'il faut ici. Ce serait pire d'essayer de sortir par ce temps. Crois-moi, ça va aller. »
Kirsten a des réserves, une tonne en fait, mais elle les repousse bien loin. « Ok », dit-elle en jetant le chiffon ensanglanté. « Et maintenant ? »
« Jette ces chiffons dans le feu, et attrape la seringue marquée 'rage' dans mon kit. Il y a aussi une bouteille de cachets marqués 'Amoxicilline'. Attrape-en aussi et un peu d'eau. »
A ce moment, l'adrénaline sur laquelle elle s'est appuyée a complètement disparu, et des frissons violents la secouent des pieds à la tête, et lui serrent les tripes encore plus fort avec la puissance des contractions. « Tu vas... devoir... me... faire... la piqûre... je pense... »
« Dis-moi ce que tu veux, Koda, je le ferai. Montre-moi juste comment faire. »
« Aide... moi à ... m'allonger... sur le côté. »
Avec une tendresse qui la surprend, elle parvient à allonger sa compagne sur le côté, contre le sac de couchage. « Ok, et maintenant ? »
« Il... il y a un repère. En... entre ma hanche et ma fesse. Presque un triangle... de muscle. Tu le sens ? »
« Je... je crois oui. »
« B... bien. Maintenant, pince la peau... attrape-la... et tire. Ensuite prends l'aiguille et plante-la, comme si tu lançais une fléchette, droit dans le muscle. »
« Je... euh... »
« Fais-le. »
Kirsten prend une profonde inspiration tout en tentant d'empêcher sa main de trembler, et elle plante l'aiguille. « Ça y est. »
« Je peux la sentir, oui. Maintenant... tire un peu sur le piston. Juste un peu. Vérifie... vérifie s'il y a... du sang. Il y en a ? »
« N... non. Je n'en vois pas. »
« Bien. Maintenant p... p... pousse le... piston, lentement et légèrement. Comme ça, oui. Retire l'aiguille et nettoie le point avec un chiffon propre pour arrêter le saignement. »
« Ok, c'est fait. Ça ne saigne plus. »
« P... parfait. Vous f... f... f... faites de bonnes piqûres, Dr K... King. »
« Merci, mais c'est la première et dernière fois que j'espère en faire dans ma vie, alors on garde bien le secret sur ce petit talent, d'accord ? »
« A... à ... votre guise, docteur. »
« Bon, et ces antibiotiques maintenant ? Tu peux boire de l'eau ? »
« Je peux essayer. »
Koda tire la langue et Kirsten place les gélules dans sa bouche, puis elle penche le goulot de la gourde vers les lèvres de sa compagne. Koda avale quelques gorgées en toussant, assez pour faire passer les médicaments, puis elle détourne la tête. « Ass... Assez pour maintenant... je vais... m'étouffer avec. »
« Très bien. Il ne faut pas sortir de Polytechnique pour voir que tu souffres d'hypothermie. Bon, Asi et moi on va faire un sandwich à la Dakota et te réchauffer, que tu aimes ça ou pas. »
« C... c'est... la... meilleure... idée que... j'ai... entendue... de la journée. »
« Ça ferait aussi bien parce que c'est ta seule option. Tu peux essayer de te rapprocher du chien ? »
Koda réussit à ramper faiblement et se laisse tomber près d'Asi, qui se blottit immédiatement contre elle, son dos contre sa poitrine. Kirsten se déshabille et se glisse dans le sac pour presser sa poitrine chaude contre le dos glacé de Koda, puis elle tire les couvertures sur eux trois et prie de toutes ses forces pour que ça marche.
*******
Pour la seconde fois aujourd'hui, Kirsten est réveillée par un gémissement d'Asimov. La tension la submerge et elle se tourne entre les couvertures et le corps pressé contre elle. « Asi ? »
Celui-ci gémit à nouveau et regarde vers Kirsten, sa langue rose vif pendant de sa bouche, les flancs battant avec la force de son halètement.
« Asi ? Qu'est-ce qui se passe, mon grand ? Ça va ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
Il continue à regarder vers elle, gémissant toujours plaintivement, et le cerveau embrumé de sommeil de Kirsten finit par recevoir le message, se retourne et se fige, une main sur sa bouche. Le teint habituellement bronzé de Koda est aussi blanc que du lait, à l'exception de deux taches de couleur hautes et clownesques sur ses joues. Tout son corps est baigné de sueur et soudain, Kirsten peut sentir l'immense chaleur qui irradie d’elle comme d'un four. « Seigneur ! » Elle se réprimande en se tortillant hors des couvertures lourdes et trempées. « A quoi je pensais donc ? Comment ai-je pu m'endormir ? ! Doux Jésus ! Koda ? Chérie ? Tu m'entends ? »
Elle reçoit un gémissement inintelligible pour seule réponse.
Elle rejette les couvertures du lit improvisé et fixe le bras de Dakota avec horreur. Massivement décoloré, il a doublé de volume. Des marques de morsures s'écoule constamment un liquide ensanglanté mêlé à du pus jaune malodorant, et, pire encore, de longues traînées rouges irradient de la blessure le long du bras. « Vers son cœur », murmure Kirsten, la main sur sa poitrine. « Oh Seigneur. Oh Seigneur. Ok. Ok, Kirsten, réfléchis. Réfléchis. Tu peux le faire. » D'une main légèrement tremblante, elle touche le bras valide de Dakota et presse très légèrement. « Dakota ? Dakota, tu m'entends ? Chérie, il faut que tu te réveilles maintenant, s'il te plaît. »
« Ina ? » La voix de Koda est rauque, ses yeux toujours fermés. Sa tête trempée bouge d'avant en arrière sur l'oreiller de fortune. « Ina ? »
« Non, mon amour. C'est Kirsten. S'il te plait, il faut que tu te réveilles. »
« Wakinyan he. Wakinyan tuwapiIyuha te. »
« Mon cœur, Dakota », une secousse plus forte, « Chérie, réveille-toi. Tu rêves et je ne te comprends pas. S'il te plait, s'il te plait, réveille-toi. »
« Kohipe, ina », gémit Koda, qui se débat toujours désespérément. « O opa le te. Tali. »
« Dakota ! S'il te plaît ! ! »
« Ikahe. Waciyeye. »
Kirsten se recule tout en se tordant les mains. « Ok, ok, tu dois te calmer, pas de panique. Là , elle a de la fièvre et elle délire. C'était couru, non ? Alors... qu'est-ce qu'on fait pour la fièvre ? » Elle regarde autour d'elle. « De l'eau. De l'eau fraîche, sur un chiffon. Essuyer la sueur, la rafraîchir. Et... de l'aspirine. C'est bon pour la fièvre ça, hein ? Oui. D'accord, on fait ça. »
Kirsten attrape un de leurs tee-shirts propres et une gourde, et elle mouille le tissu avec le reste de leur eau fraîche. « Il faut que je fasse fondre de la neige pour en avoir plus, » se dit-elle. « Elle doit être propre là -dehors, au milieu de nulle part. J'espère. »
Une fois que le chiffon est bien mouillé, elle le porte vers le visage de sa compagne et essuie doucement la sueur. Elle est légèrement réconfortée de voir que Dakota arrête immédiatement de se débattre et semble se calmer sous son toucher affectueux. « C'est bien, mon amour, laisse-moi t'aider, ok ? Ça va aller. Ça va déjà . Il le faut. »
« Ina », murmure Koda. « Kohipe, Ina. »
« C'est bon, Dakota. C'est bon, mon cœur, je suis là . Je suis avec toi. » Pas très sûre de savoir quoi faire d'autre, elle commence à chantonner, un peu faux, un air qu'elle a entendu Dakota chanter dans le passé. Même si le ton n'est pas tout à fait juste, il semble atteindre Dakota dans l'enfer où elle est piégée, et sa respiration laborieuse s'apaise légèrement tandis qu'elle semble tomber dans un sommeil plus profond. Kirsten continue à chantonner et essuie doucement la sueur du reste du corps de sa compagne, gardant le bras blessé pour la fin. Elle ne sait pas si c'est bon ou mauvais que Koda ne montre absolument aucune réaction à son geste sur ce qui doit être une blessure horriblement douloureuse.
« Ok », dit-elle, en jetant le chiffon dans le feu qui émet des flammes sifflantes de protestation. « Maintenant de l'aspirine, et encore plus d'amoxicilline. Mais de l'eau d'abord. » Elle se met debout en vacillant légèrement, luttant contre une vague d'étourdissement qui menace de la mettre à genoux. « Oh non, tu ne vas pas tomber malade aussi. Ça n'arrivera pas, alors tu peux oublier ça. Asi ? Tu restes ici mon garçon. Je vais sortir chercher de la neige pour faire de l'eau. Je reviens tout de suite. »
Elle enfile des vêtements secs et des bottes humides et attrape les marmites de la cantine avant de se diriger dehors. La tempête semble se calmer lentement et elle lance un soupir de soulagement à la vue de cette nouvelle à demi décente. Elle reste à proximité de la hutte et attrape des poignées de neige qu'elle entasse dans les trois marmites qu'elle porte. « D'accord, ça ira pour l'instant. Je vais la faire fondre sur le feu et voir si je peux garder Dakota éveillée assez longtemps pour lui faire avaler avec des cachets. »
Satisfaite de son projet, elle soulève les marmites et revient dans la hutte, fermant la porte du pied derrière elle. Asi est complètement allongé contre une Dakota bien trop immobile, et lui offre à nouveau sa chaleur. « Merci, mon grand », dit Kirsten en apportant les marmites près de la cheminée. « Je vais t'examiner et te laisser sortir dans une minute, d'accord ? Il faut d'abord que je donne des médicaments à Koda. »
La neige fond rapidement et Kirsten en verse dans une de leurs tasses, puis elle fouille dans les sacs pour trouver de l'aspirine et de l'amoxicilline. Deux gélules de chaque dans la main, elle va près de Koda et s'assoit jambes croisées. « Et maintenant, le plus dur. »
La tête de Dakota roule comme celle d'un cadavre lorsque Kirsten essaie de la soulever doucement pour pouvoir apporter la tasse à ses lèvres. « Allez, mon amour, tu peux le faire. On peut le faire. S'il te plaît. » Elle pose la tasse et ouvre la bouche de sa compagne pour poser les quatre gélules sur sa langue sèche et décolorée. Puis elle reprend la tasse et commence à verser de l'eau. La plus grande partie coule sur la joue et le menton de Dakota. Avec un soupir, elle recommence, cette fois en utilisant son pouce pour fermer la bouche de sa compagne et un doigt pour masser doucement sa gorge, comme ferait une mère pour faire avaler du lait à son bébé. « Merci mon Dieu », dit-elle quand elle voit que ça marche. « Oh, merci, mon Dieu. »
Elle retire le paquet de chiffons trempés qui sert d'oreiller à Dakota et le remplace avec leurs derniers pulls propres, avant de reposer doucement la tête de sa compagne, écartant tendrement les mèches de cheveux trempées de ses joues et de son front. « Repose-toi maintenant, mon amour, et laisse les cachets faire leur effet. Asi et moi on est là et on ne va rien laisser t'arriver. Concentre-toi pour guérir, c'est tout, d'accord ? »
Elle essuie les larmes de ses yeux et se remet debout, prend les vêtements et la tasse sales et les pose dans un coin pour s'en occuper plus tard. « D'accord, mon grand, à ton tour. Comment va ton flanc, hein ? »
Asi s'avance avec obéissance, facilement et sans boiter ou douleur visible, et tandis qu'elle caresse sa grande tête, elle regarde la blessure sur son flanc. Malgré sa propre blessure sérieuse, Dakota a fait son travail à la perfection. La plaie est propre, sèche, pas gonflée ni décolorée. « Encore un truc qu'on lui doit, hein ? Ok, je te laisse sortir pour tes petites affaires et ensuite tu reviens et tu la surveilles, d'accord ? »
La neige a encore fondu et il ne reste que des flaques isolées quand elle ouvre la porte. Asi part en bondissant et se dirige immédiatement vers l'endroit ensanglanté où se trouve le cadavre du glouton. Il soulève sa patte et marque son territoire, puis se détourne, renifle les arbres, les buissons, les feuilles éparses, et tout ce qui lui passe à l'esprit. « Comment l'as-tu tué ? » Se demande Kirsten à voix haute. « Tu n'avais pas d'arme. Bon sang, tu n'étais même pas habillée. Comment tu as fait pour le tuer ? »
L'air froid ne lui apporte aucune réponse.
*******
Kirsten quitte sa garde de temps en temps pour ajouter du bois au feu et remuer les braises. Sa lueur chaude s'étend sur les pierres de la cheminée et les murs nus du chalet, sur leurs sacs de couchage étendus et le visage de Koda. Kirsten n'est pas sûre de savoir quelle partie de la rougeur de la peau de sa compagne est due au reflet des flammes, et combien à son feu intérieur. Sa respiration semble plus rapide que la dernière fois qu’elle l'a examinée, ses lèvres sont sèches. Elle s'agenouille près de la paillasse et relève la couverture de la main bandée de Dakota. L'avant-bras est serré dans le bandage, et on ne peut pas rater le gonflement à l'endroit où la chair est enflée autour du coude. La gaze et le lycra sont tachés de rouge écarlate, vif à côté de points plus anciens couleur rouille. Une traînée jaune vif, du liquide récent, suppure mêlé au sang.
Un frisson parcourt l'échine de Kirsten. L'infection due à la morsure a empiré, et s'est étendu aux tissus voisins. Ce truc... le staphylocoque ? Le streptocoque ? Un de ces mégamicrobes carnivores ? ... ne répond pas à l'amoxicilline. S'il entre dans l'os, ou bien dans son système, dans le sang, Koda pourrait bien ne pas pouvoir s'en débarrasser. Elle pourrait ne pas pouvoir s'en débarrasser même maintenant.
Pour la sixième fois, elle fouille dans le kit de Dakota, espérant trouver quelque chose, n'importe quoi, qu'elle aurait raté. Il y a un second antibiotique, de la sulfamatrucmachinchose. Peut-être que si elle le donnait en plus de l'amoxicilline ? Parfois, elle le sait, les médicaments combinés peuvent avoir plus d’action. Elle sort deux des grands cachets blancs de leur emballage plastique, et soulève la tête de Koda du jean roulé et de la chemise en coton qui lui servent d'oreiller avant de glisser les cachets dans sa bouche avec un peu d'eau. Dakota avale sans se réveiller, par pur réflexe. Asi à côté d'elle, Kirsten prend la main de Koda dans la sienne et fait la seule chose qu'elle puisse faire. Attendre.
- Elle marche dans un couloir empli de lumière. Ses chaussures aux semelles de nylon ne font aucun bruit sur le sol carrelé tandis qu'elle passe devant une série apparemment sans fin de portes larges numérotées sur sa droite, et une série tout aussi infinie de fenêtres hautes sur sa gauche. Des hommes et des femmes portant des tabliers blancs et des vêtements de chirurgien passent près d'elle dans un flot humain, leurs coudes serrant des blocs-notes, des stéthoscopes autour de leurs cous, leurs poches débordant de fils enroulés et d'instruments à l'air ésotérique. Elle baisse les yeux et s'aperçoit qu'elle aussi porte un tablier de médecin et un fichier, dont le nom est brouillé sur l'étiquette rouge.
Elle atteint un couloir perpendiculaire, au coin duquel se trouve ce qui semble être un bureau des infirmières. Une rangée infinie de silhouettes vêtues de blanc fixe des écrans posés sur le bureau, tellement que ça pourrait être un laboratoire informatique. Aucun d'eux ne bouge ou ne lui parle, ou même ne lève la tête pour l'accueillir. Il lui apparaît qu'elle ne sait pas où elle est ni pourquoi elle est ici. Une des infirmières pourrait le savoir, mais elle hésite. Peut-être que quelque chose de terrible va arriver si elle pose une question à l'un d'eux. Ou, peut-être bien que quelque chose de terrible va arriver si elle ne demande rien. Galaad... non, pas Galaad, un de ces autres chevaliers incroyablement pudibonds, elle ne se souvient pas de son nom... au château d'Arthur, trop poli pour poser la question évidente et guérir le Roi.
Mais ça n'a pas de sens. C'est moi le Roi.
Le Docteur King (NdlT : King = Roi)
Et comme en réponse à ses pensées, l'intercom crachote au-dessus de sa tête. « Dr King. Dr King. Chambre 486, s'il vous plaît. Stop. Dr King, allez à la chambre 486. Urgence. »
Aucune tête ne se détourne de son écran. Le trafic humain continue à couler autour d’elle, indifférent. Kirsten commence à courir, attentive aux numéros des pièces pour la première fois. 400. 410. Elle évite un chariot de repas poussé par un jeune homme qui ne lui lance qu’un coup d’œil. 420. 440. Elle croise un autre couloir perpendiculaire, un troisième. 460. Sa poitrine se soulève avec l’effort ; elle a bien dû courir six cents mètres, neuf cents mètres depuis l’appel de l’intercom. 470. Le couloir fait un double angle droit et mène hors du corridor bien éclairé par les fenêtres. Par ici des chambres s’alignent de chaque côté, et elle panique, manquant de s’arrêter dans une glissade. Les chiffres sur les portes ne suivent plus une séquence. Elle passe le 239, puis le 863. Mais non, il y a un 472 et un peu plus loin, un 475.
Tandis qu’elle court, le passage se rétrécit et s’obscurcit, le trafic diminue. Finalement, au bout du couloir, presque entièrement dans la pénombre, elle arrive à la porte qu’elle cherche. Sa respiration sort en hoquets, en partie d’épuisement, en partie de peur, elle ouvre et porte les mains à sa bouche, étouffant un hurlement.
La pièce est quasiment plongée dans l’obscurité, la seule lueur provenant des signes sur les écrans à cristaux liquides qui s’élèvent de la tête du lit d’hôpital jusqu’au plafond. Dans leur lumière vacillante, elle peut à peine deviner le visage de Koda sur le corps allongé, si immobile et raide sur le lit, un drap blanc tiré jusqu’à son menton. Bizarrement, aucun des instruments ne semble être connecté à elle, pas de ruban, pas de tube, pas d’aiguille.
Oh Mon Dieu, non. C’est la morgue. Non.
« Non, ça ne l’est pas. Pas vraiment. »
Kirsten suit le son vers le coin de la chambre. Une silhouette vêtue de blanc se tient là , des lumières de toutes les couleurs jouant sur elle comme une aura de trip à l’acide. La personne avance d’un pas, regardant avec ostentation une Rolex de la taille d’une soucoupe posée sur son mince poignet marron.
Son poignet marron velu.
« Il n’y a plus », dit-il, « beaucoup de temps. »
Un autre pas en avant et Kirsten peut le voir clairement maintenant, en partie dans la lumière des instruments, en partie dans la lueur du cadran de l’immense montre. Des lunettes en cul-de-bouteille sont posées sur son nez noir pointu, et une queue broussailleuse, avec des rayures grises et noires, sort de dessous le pli de son tablier de laboratoire. La main qui tourne la Rolex de telle façon qu’elle puisse voir l’heure, porte cinq longs doigts, mais pas de pouce.
« Toi ! » Lâche-t-elle. « Bon Dieu… »
« Tch. Encore des mauvaises manières. Si ta mère t’entendait. »
« Bon Dieu… » Kirsten peut entendre sa propre voix qui monte sans qu’elle la contrôle. « Bon sang, qu’est-ce que tu fous ici ? Je n’ai pas besoin de toi ! J’ai besoin de quelqu’un qui peut m’aider ! »
« D’un autre côté, il vaut mieux que ta mère ne t’entende pas. Quelle grande gueule. » Il renifle d’un air indigné. « En plus, regarde où tu es. Aie un peu de respect. »
Le regard de Kirsten revient vers la silhouette immobile sur le lit. Elle fixe le drap un moment, espérant qu’il se soulève avec la respiration de Dakota. Il ne bouge pas.
Toute sa combativité s’échappe, sa colonne vertébrale s’effondre avec le poids soudain qui lui tombe dessus. « Elle est morte », dit Kirsten d’une voix si terne qu’elle ne la reconnaît pas. « Je n’ai pas pu l’aider. L’infection s’est étendue… » Elle déglutit à la rude contraction de sa gorge. « On n’avait pas les médicaments qu’il fallait, et je n’ai pas pu l’aider… »
« Et tout est de ta faute, blablabla. Ravale. Tu peux l’aider. »
« Que… tu ne m’as pas entendue ? Les médicaments ne lui font pas de bien ! Qu’est-ce que tu vas faire, me donner une recette de grand-mère pour de la tisane magique ? Elle a besoin d’un docteur. Elle a besoin d’un hôpital. Elle a besoin… »
« De cette ordonnance. » Tega extrait un bloc-notes et un crayon de la poche de son tablier et commence à écrire, en tenant le stylo entre les phalanges médianes de son troisième et de son quatrième doigt. Il arrache la page et la lui passe par-dessus le lit. « Voilà . Des questions ? »
Kirsten regarde le papier dans sa main. Imprimé avec de jolis caractères fluides, on lit en en-tête, W.T. Kunz, M.D., Ph.D., A.P.A., F.R.C.S., D.V.M., LL.D., K.C.B.E.
Elle ne comprend pas la moitié de ce qu’elle lit et se dit que c’est peut-être mieux comme ça. En dessous, en capitales bien marquées, on lit « Fluoroquinolone injectable. 500 mg 2/jour pendant 10 jours. Un paquet de 10 seringues 3cc. » C’est l’ordonnance la plus claire qu’elle ait jamais lue et la plus inutile.
D’un ton tranchant elle lâche : « ça pourrait aussi bien être du thé à la merde de putois. Où est-ce que je suis supposée trouver ça, Bon Dieu ? Il n’y a pas de pharmacie de l’autre côté de la crête, ou s’il y en a une, elle a été pillée. »
« Pourquoi pas la pharmacie de l’hôpital ? » Tega penche la tête d’un côté, et la regarde comme une gamine un peu arriérée.
« Quel hôpital ? Il n’y a pas d’hôpital, bordel ! C’est un rêve. On est larguées dans une hutte de pêche oubliée du monde au foutu milieu de nulle part ! »
« Craig », dit Tega.
« Quoi ? C’est qui Craig ? »
« Pas qui. Où. De l’autre côté de la frontière de l’état du Colorado. Il y a une clinique. A Craig. Avec des médicaments. Tu peux avoir ton ordonnance là -bas. »
« Mais… »
Il jette à nouveau un coup d’œil à sa montre, bloquant l’immense cadran d’une main. « Sors la carte, mets tes bottes, et vas-y. Il n’y a plus beaucoup de temps. »
« Attends ! Que… »
L’intercom l’interrompt. « Dr Kuntz. Dr Kuntz. Urgence. Code Rouge. Stop. »
« Faut y aller, mon chou. Ça a été marrant, et très réel, bouge tes fesses et va chercher les médicaments. » Sur ces mots, il commence à disparaître ainsi que la chambre d’hôpital autour de lui. Kirsten ouvre brusquement les yeux vers le feu maintenant familier, et la forme trop immobile sous le sac de couchage.
« Seigneur, quel foutu rêve… » Inconsciemment, elle lève la main pour masser son front douloureux.
Il y a un papier dedans. Un papier qui n’y était pas avant.
Elle en croit à peine ses yeux, encore moins son esprit, et regarde les mots qui défilent au coin de la carte du Wyoming/Colorado du sac à dos de Koda. De sa propre écriture soignée, ça dit : « Fluoroquinolone injectable. 500 mg 2/jour pendant 10 jours. Un paquet de 10 seringues 3cc. »
« Ok », dit-elle, en s’essuyant les mains sur son pantalon. Le texte se plisse de protestation. « Je peux le faire. Je dois le faire. Même si cet émule du Dr House toqué à rayures créé par mon subconscient totalement bizarroïde ne me l’avait pas dit. Je devrais quand même le faire. Alors allons-y. Chaque chose en son temps. Ça va être une longue balade, il faut que je m’habille en conséquence. En tous cas du mieux que je peux. »
Elle retire son caleçon et enfile un jean sale, puis repasse le caleçon par-dessus, et ensuite celui de Dakota, et elle se transforme en une ménagère qui aurait abusé des bonbons devant les feux de l’Amour. Il leur reste deux tee-shirts secs qu’elle enfile l’un par-dessus l’autre, ensuite une de ses chemises en coton, et une de Dakota, et enfin une épaisse chemise en coton de cette dernière, plus une veste qu’une chemise d’ailleurs. Elle noue une troisième chemise en coton sur sa tête, comme une paysanne russe. Une paire de chaussettes épaisses propres doublent ses mitaines. « Je sais, je sais », dit-elle à Asi, qui semble se moquer d’elle. « J’ai l’air d’un Bibendum, mais au moins j’aurai chaud. Enfin j’espère. » Elle finit par trois paires de chaussettes et ses bottes.
Habillée de pied en cap pour ce qui pourrait arriver, elle se dandine jusqu’à Dakota et, avec l’effort d’un enfant lourdement vêtu pour la neige, elle s’agenouille. « Je vais revenir vite, mon amour. Je te le promets. » Elle caresse les cheveux trempés sur le front de sa compagne. « J’aurai les médicaments dont tu as besoin et tu iras mieux très rapidement. Ensuite nous pourrons terminer ce bordel et continuer nos vies, ok ? » Des larmes lui piquent les yeux et elle les essuie. « Reste… juste… là le temps que je suis partie, d’accord ? » Elle se penche un peu plus et place un baiser léger sur le front de Dakota, et un autre plus long sur ses lèvres sèches et craquelées. « Je t’aime, Dakota Rivers. Ne l’oublie jamais. Jamais. »
Elle se recule et fait une pause avant de regarder le plafond. « Ina Maka ? Je ne sais pas si tu peux m’entendre. Bon Dieu, je ne sais même pas si tu existes. Mais Dakota le sait. Je sais ça, et ça me suffit. Je ne prie pas beaucoup… zut ! Je ne prie pas du tout, en fait, mais je le fais là maintenant. S’il te plait, s’il te plait veille sur elle pendant que je suis partie, d’accord ? Je sais qu’elle et toi vous êtes proches, et tu pourrais avoir envie de l’appeler près de toi pour que vous soyez ensemble tout le temps, mais… ne fais pas ça maintenant, ok ? J’ai besoin d’elle. J’ai besoin d’elle et je l’aime… tellement. Et si tu es vraiment là -haut, tu le sais. Alors s’il te plait, veille sur elle… pour moi, d’accord ? Merci. »
Elle se remet difficilement debout et lance un dernier long regard à sa compagne, puis elle se tourne vers son chien. « Garde-la sur ta vie, Asimov. Je le pense vraiment. Tu comprends ? »
Elle reçoit un aboiement sévère en réponse tandis qu’elle sort du chalet sans un regard en arrière.
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