La reconquête de Gabrielle
(Partie une)
Avertissement standard:
Ces personnages, la plupart d'entre eux, appartiennent à Universal, à Renaissance Pictures, et à quiconque a un intérêt financier dans Xena, Princesse Guerrière. Ceci a été écrit pour le plaisir et il n'y a aucune intention de non-respect des droits d'auteur.
Violence :
Ce n'est pas dans mon tempérament mais bon, je vais quand même en mettre un peu, les âmes sensibles devraient supporter. Et puis, j'aime bien quand Xena craque quelques os, transperce des poitrines avec son épée, décapite avec le chakram, arrache des yeux avec les doigts, que le sang gicle partout et... et ....
Subtext :
Bon, ils mettent tous quelque chose là -dessus dans leurs histoires alors, j'ai mis la rubrique mais... euh ! Je ne sais pas ce que ça veut dire ... alors s'il y en a, c'est vraiment pas voulu...
Avertissement de l'auteur :
Ce qui précède ayant été dit, je ferai un commentaire personnel sur ce qui suit. Je peux, j'en suis l'auteur (l'auteuse, l'autrice, voyez avec la première académie française à proximité de votre domicile pour un complément d'information...)
La parution de ce travail est soumise à mon approbation explicite. Que j'ai donnée sans bien comprendre encore comment j'ai été convaincue. Je n'ose appeler ça un copyright. Il y a sûrement un tas de progrès à faire. C'est la première histoire (entière) dans laquelle je m'engage et il se pourrait que ce soit la seule. Je la finirai quoiqu'il arrive, sauf le pire mais là , vous me pardonnerez de mettre un peu de temps à retrouver un véhicule pour mon inspiration (je ne suis pas Xena, moi !)
Je me suis amusée à écrire, j'espère que vous vous amuserez à me lire. Evidemment, les personnages et certaines parties de l'histoire sont fortement inspirées de la série, mais bon, vous êtes sur un site xénite, non ? Je ne vais pas vous faire un scénario des X-Files...
Mon orgueil supporte mal la critique quand elle est négative mais vous pouvez toujours envoyer vos commentaires à l'éditrice kaktus elle filtrera et ne m'enverra que les bonnes choses... Soyez sympa avec elle même si vous n'avez pas aimé et que c'est de sa faute si vous avez pu lire ce qui suit, après tout.
Remerciements : Je ne pense pas qu'elle lira ceci (elle ne lit pas le français, de source personnelle), mais je tiens vraiment à remercier Melissa (Missy) Good. Sans le désir de traduire ses histoires parce qu'elles sont vraiment bonnes et me plaisent vraiment, je n'aurais peut-être pas fait le pas. Thanks Merwolf and Battle on ! But please, slow down...
Merci à Katell. Sans toi, je n'aurais pas voulu écrire une histoire avec LA barde. Merci à Kaktus (enfin on verra...).
Note de l'éditrice : "l'auteure a mûri (sa réflexion) depuis la rédaction de cet avertissement, voir la note de l'auteure avant la partie 2"
Merci à tous ceux qui m'ont appris à écrire, avec ou sans clavier. A me relire pour les fautes (s'il en reste, voir avec l'éditrice...), à exprimer le peu d'imagination qui m'a été donnée à la naissance et à réfréner mes émotions pour ne pas laisser le monde entier découvrir qui je suis vraiment.
Merci à Universal, à Renaissance Pictures, à Lucy Lawless et à Renée O'Connor, sources d'inspiration, à tous les acteurs de la série, aux producteurs... Eh ! Y a quelqu'un ? Vous êtes encore là ? Ah, ce n'était pas une cérémonie de remise d'Oscar de la fan fic du jour ? Bon, ben, j'arrête alors !
La reconquête de Gabrielle
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Le soleil venait juste de se lever, Xena s'étira un peu, en essayant de ne pas réveiller la jeune femme qu'elle avait veillée toute la nuit. La tête de Gabrielle reposait sur ses genoux et la barde n'avait pas bougé depuis qu'elle s'était évanouie la veille au soir et avait lentement glissé dans le sommeil.
Xena était inquiète car elle avait pu sentir la large bosse occasionnée par le coup sur la tête que Gabrielle n'avait pu éviter lors du combat de la veille. Elle revoyait les scènes comme si elle les revivait réellement.
Elles étaient arrivées près de ce petit village au bord de la rivière en fin d'après-midi. Gabrielle était heureuse de pouvoir enfin s'arrêter de marcher après cette journée de canicule. Elle rêvait d'une boisson fraîche et d'un bain frais - pourquoi pas dans la rivière ? - et surtout de pouvoir enfin dormir dans un vrai lit.
Xena avait accepté l'idée assez facilement car elle-même souffrait de la chaleur dans sa combinaison de cuir et son armure. Mais on n'était jamais trop prudent et elle avait entendu parler d'incidents dans cette partie de la région. La guerrière n'était pas femme à prendre des risques, elle en avait déjà suffisamment payé le prix.
Gabrielle ne tenait pas en place et Xena ne pouvait s'empêcher de sourire en l'entendant, et surtout en la voyant - Gabrielle était toujours tellement physique dans ses descriptions - énumérer tous les petits plaisirs qu'elle allait prendre après ces journées horribles dans une nature torride et caillouteuse.
Elles approchaient maintenant du village, Chalydos, si sa mémoire était bonne, et elle l'était toujours s'agissant des villages qu'elle avait sillonnés à l'époque de... bref, Chalydos.
Argo trottait patiemment à côté des deux femmes, lentement également à cause de la chaleur, et Xena pensait qu'elle aurait bien besoin elle aussi d'une bonne douche et surtout de foin et d'eau fraîche. Argo, après la jeune barde, était son bien le plus précieux. Elle sourit en pensant que longtemps, Argo avait tenu la première place, la seule en fait, dans son coeur. Les temps changent...
Elles arrivèrent près de l'auberge qui jouxtait l'écurie. Xena pensa qu'Argo ne pourrait pas tenir beaucoup plus longtemps sans soins. " Gabrielle, tu peux sûrement te débrouiller toute seule pour l'auberge, je vais conduire Argo à l'écurie et je te rejoins . " Elle réussit à placer sa phrase au milieu du flot continu de paroles de la jeune femme.
" Hein, quoi ? Ah oui ! D'accord, je choisis une chambre, une table, je commande des bières fraîches et je t'attends. " Xena sourit et avança vers l'écurie-forge en tirant doucement Argo. Elle vit le maréchal-ferrant qui travaillait sur un fer et elle le plaignit de devoir besogner dans cette chaleur.
" Bonjour. " Fit-elle. Il ne leva pas les yeux vers elle et continua à travailler en souriant. Dieux, il a l'air d'aimer ça en plus ! " J'aimerais que quelqu'un s'occupe de ma jument. Elle a chaud et soif et je pense que vous saurez quoi faire. Je fais ça moi-même d'habitude mais là ...
L'homme se tourna vers le fond de l'écurie et cria. " Joskel ! Du travail pour toi, paresseux. J'ai là quelqu'un qui a encore plus besoin de fraîcheur et de soins que toi ! "
Une tête blonde apparut suivie d'un corps bien charpenté. Le jeune homme devait avoir environ 20 ans et semblait s'entretenir assez bien pour un paresseux, pensa Xena, avec un regard appréciateur.
" Oui, Philas, tu m'as appelé ? " Il avait en effet l'air de sortir du sommeil et de n'avoir pas vraiment compris pourquoi on le dérangeait.
" Tu t'occupes de madame, s'il te plaît, et tu lui fais le grand jeu. " Il se remit au travail maintenant qu'il avait confié la tâche.
Xena le regarda avec surprise. " Madame ? " Elle dit cela avec un tel ton que Philas releva brusquement la tête et que Joskel, qui baîllait à pleine mâchoire sans la regarder, s'arrêta net et tourna enfin les yeux vers elle.
Les yeux de Philas s'arrondirent lorsqu'il réalisa l'accoutrement de la grande femme qui se tenait à quelques mètres de lui, tenant un cheval doré par les rênes. Et surtout l'attitude un peu... dégoûtée, de sa cliente. " Euh... Joskel, vite, dépêche-toi, ne fais pas attendre... le client. "
Joskel gardait toujours la bouche ouverte et avait un air un peu idiot. Mais soudain, il referma la mâchoire et parut réaliser ce qu'on lui avait dit. " Le... grand jeu ? " Il en bégayait et n'arrivait pas à détacher son regard de l'armure de poitrine de Xena. Enfin c'est ce que la guerrière préférait penser sinon elle lui aurait refermé la bouche elle-même.
" La jument. " Fit-elle tout en levant la main qui tenait les rênes avec un sourire narquois qui cloua le jeune homme sur place.
" Ah oui, la jument. " Répondit-il en avançant avec précaution vers elle. Il avait trouvé plus prudent aussi de porter son regard vers le cheval. Il prit les rênes que lui tendait Xena et emmena la jument vers une stalle, les épaules rentrées.
" Vous pourrez me la garder cette nuit ? " Demanda Xena au dénommé Philas qui n'avait pas repris sa tâche et semblait penser qu'il travaillerait bien sur l'armure de Xena à la place des fers sur sa forge. Puis il se rendit compte que la grande femme aux cheveux bruns avait l'air de lire dans ses pensées et qu'il valait mieux en changer.
Il déglutit et répondit d'une voix un peu cassée. " Bien... sûr, bien sûr, elle sera bien ici. " Xena avait étudié l'écurie-forge en arrivant et en avait une bonne impression.
" Je serai à l'auberge à côté si vous avez un problème. "
Elle ressortit dans ce qui lui sembla une douce fraîcheur après la chaleur de la forge. Elle se dirigea vers l'auberge où Gabrielle devait l'attendre avec une bonne bière fraîche qu'elle ne refuserait certainement pas.
Elle poussa la porte en bois et se pencha un peu pour entrer. Bon sang, pourquoi fallait-il toujours que les portes soient trop basses. Elle enviait parfois sa compagne, parfois seulement, et ça lui passait vite.
Elle repéra la jeune barde qui avait choisi une table tout comme elle l'aurait fait elle-même, au fond et dos au mur, de manière à voir toute la pièce. Gabrielle avait beaucoup appris depuis deux ans. Et moi aussi, se dit-elle.
Elle était heureuse que leur vie commune ait été une source d'échanges. Sans Gabrielle, comment aurait-elle apprécié la senteur des fleurs, la saveur des plats qu'elles prenaient ensemble et qu'elle avait oubliée. La joie de partager un bain dans une rivière, un ruisseau, et de s'asperger d'eau en riant comme une enfant qu'elle avait été si peu de temps.
****************
Xena regardait le visage de la jeune femme qui reposait sur ses genoux. Toujours pas le moindre mouvement. La guerrière ne ressentait pas de fatigue malgré sa veille et le confort du lit la laissait indifférente.
Tout ce qui lui importait, c'était que la barde ouvre les yeux et la regarde en lui souriant pour confirmer que ce n'était qu'un petit bleu sans importance.
Mais Gabrielle gardait les yeux fermés et ne remuait pas un cil, ni un muscle. J'aurais dû appeler un guérisseur, se dit Xena, au lieu d'essayer de la soigner moi-même. Je n'ai peut-être pas fait ce qu'il fallait.
Mais bon, ça avait déjà été juste que l'aubergiste accepte qu'elles utilisent la chambre que Gabrielle avait réservée après la scène. Il avait plutôt l'air de vouloir qu'elle s'en aille. Seul son regard bleu perçant avait semblé convaincre l'homme qu'elle ne partirait pas avec le corps sans connaissance de son amie dans les bras. Il avait montré l'escalier de la tête et était reparti derrière son comptoir en soupirant.
Maintenant, elles étaient toutes les deux allongées sur le lit et Xena tâta de nouveau du bout des doigts la partie blessée de la tête, sous les cheveux blonds-roux. La jeune femme gémit doucement au contact et la guerrière s'empressa d'enlever sa main et attendit. Mais Gabrielle ne bougeait toujours pas.
Xena laissa ses pensées retourner à la veille au soir. Comment avait-elle pu laisser cela se produire ? La chaleur ? La fatigue ? Quoi qu'il en soit, il était trop tard pour y penser, le mal était fait.
La guerrière avait traversé doucement la salle à manger, de sa démarche la plus nonchalante, qui lui évitait de créer de l'énergie, et donc de la chaleur, là , elle n'en avait franchement pas besoin. Elle sentait bien les regards sur elle, sur son armure et ses armes surtout, bien que l'auberge n'était pas très peuplée pour l'instant. Ils sont tous au frais dans leurs maisons, pensa-t-elle, et ils ont bien raison.
Du coin de l'oeil, elle vit un homme d'âge moyen se lever rapidement et filer à l'extérieur, un peu comme s'il avait pris peur en la voyant. Mais il n'avait pas une expression de crainte sur le visage, plutôt d'énervement.
Elle mit ça sur le compte de la température et de la surprise qu'avait sûrement causée son arrivée et avança vers Gabrielle en souriant.
" Tu as bien choisi la table. " Dit-elle en s'installant à côté de la jeune femme.
" Attends d'avoir vu la chambre. " Répliqua cette dernière avec un immense sourire. " Il y a un lit... " Elle s'interrompit et prit un air rêveur.
" Ben, c'est pour ça que tu voulais une chambre dans une auberge, non ? " Xena la regarda avec une expression malicieuse.
" Mais oui, tu es bête ! Je voulais dire que le lit est tout moelleux et que je sens que ça va me dédommager de toutes ces horribles nuits que tu m'as obligée à passer là -dehors. "
Xena se renfrogna et dit d'une voix plate. " Gabrielle, je ne t'ai jamais obligée à me suivre ! Tu es libre de partir quand tu veux. " Et elle prit le verre d bière qui se trouvait devant elle et en but une longue gorgée.
Gabrielle la regarda surprise. " Tu es vraiment bête aujourd'hui ou c'est la chaleur ? Tu sais bien que je n'ai jamais pensé ce genre de choses, j'ai dit ça comme ça ! Bien sûr que tu ne m'as jamais obligée à rien, c'est plutôt le contraire ! "
Xena se pencha en arrière et s'adossa au mur, sans un mot. Elle n'appréciait vraiment pas ce genre d'humour et la barde le savait. Alors pourquoi jouait-elle à ce petit jeu ? Elle reprit une gorgée de bière.
Gabrielle avait senti que l'atmosphère s'était tendue et avait changé de sujet. " Tu as pu trouver quelque chose pour Argo ? La pauvre, je la plains quand je pense à ce que nous endurons. "
Xena avait perçu la tentative de " réconciliation " et avait décidé de ne pas contrarier la jeune femme et de revenir à de meilleurs sentiments.
" Oui, je l'ai amenée à une forge juste à côté. Il y avait deux hommes qui y travaillaient, enfin un c'est sûr, l'autre je ne sais pas vraiment ce qu'il faisait. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il a une allure qui devrait te plaire. "
Gabrielle eut l'air intéressée et dressa un sourcil. " Qu'est-ce que tu veux dire par là ? "
" Et bien, il a à peu près ton âge, il est bien bâti, et il a l'air d'aimer les femmes vêtues de cuir. La Reine des Amazones devrait lui faire un effet boeuf ! " Xena riait maintenant à voir la tête que faisait la barde.
" Xena, c'est idiot, ça ! Tu sais bien que je porte rarement le cuir, en tout cas moins que toi. Et je me demande pourquoi tu gardes tout ça alors qu'on dirait que le soleil va exploser ! " Le ton de la voix de la jeune femme trahissait quand même un certain intérêt.
" Et puis, tu sais bien que j'aime les... hommes plus âgés. " Elle dit ça d'un ton ferme qui semblait vouloir clore la conversation.
Xena la regarda d'un air profond et lâcha. " Mouais. "
Elle faillit continuer mais l'aubergiste approchait et venait prendre leur commande. " Bonjour mes belles, qu'est-ce que je peux vous servir ? " Il se figea quand il vit le regard de Xena qui le transperçait. " Euh... vous voulez quelque chose de chaud ? ou plutôt froid ? un peu plus de bière ? Du vin ? "
Xena faillit l'interrompre, mais Gabrielle fut plus rapide et dit d'une voix enjouée. " Apporte tout ce que tu as et on lui fera un sort, chaud ou froid, je meurs de faim ! "
Xena la regarda brusquement. Cette fille me surprendra toujours. Moi je ne pourrais avaler que du liquide par cette chaleur et elle, elle est prête à dévorer toute la cuisine... Incroyable !
Elle fit un signe de la main en direction de l'aubergiste qui la regardait et qui fila sans un mot.
" Gabrielle, quand donc vas-tu cesser de remplir ce corps frêle ? Je me demande d'ailleurs où tu mets tout ça ! "
" Xena, la plupart du temps je me contente d'une soupe ou d'un quelconque machin. Enfin, ne le prends pas mal, c'est vrai que souvent tu nous chasses des trucs sympas, mais bon, là je suis sûre que je vais trouver des nouveautés. "
L'aubergiste leur apporta plusieurs plats sur lesquels la jeune barde se jeta immédiatement. Elle poussait des petits cris de contentement chaque fois qu'elle découvrait un nouveau mets. Xena secoua la tête et en prit son parti.
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Xena repensait à cette vie qui vibrait dans la barde et à la façon extrême dont elle exprimait ses sentiments, ses sensations. Elle avait dû se faire violence plus d'une fois lorsque Gabrielle l'attrapait par une main, un bras, la tirait pour lui montrer quelque chose.
Toutes ces fois où elle venait poser sa tête sur l'épaule de la guerrière parce qu'elle se sentait nostalgique et avait besoin de sentir que Xena l'acceptait.
Au début, cela avait été difficile, l'habitude était trop grande que chaque toucher avait toujours représenté une menace, ou le désir des hommes dont elle s'était servie pour arriver à ses fins. Sauf Borias... mais elle repoussa cette pensée, leur relation avait été tellement poussée à l'extrême, dans l'amour comme dans la haine.
Gabrielle ne réalisait pas le danger auquel elle se confrontait par ses gestes spontanés et la guerrière avait compris que c'était à elle de se maîtriser. Elle y était parvenue si souvent et elle s'était habituée peu à peu.
Elle regarda de nouveau la barde qui dormait si profondément. Elle pouvait sentir le battement du coeur sous sa main. Pas comme cette horrible fois en Thessalie. Elle ne supporterait plus de revivre ça, elle le savait. La jeune femme était devenue sa famille depuis ces deux années et elle n'accepterait plus la solitude.
Un bruit de voix à l'extérieur la ramena à la veille au soir.
Pendant qu'elles finissaient de manger, Gabrielle pour être plus précise, Xena avait observé l'entrée de plusieurs groupes d'hommes et quelques femmes. Ils se parlaient à voix basse mais le ton était énervé et le bruit parvenait jusqu'à la guerrière.
Ils regardaient dans leur direction, dans SA direction, avec des expressions qui passaient de la colère à la crainte. Elle connaissait ça trop bien. Et puis elle avait remarqué qu'ils portaient des bâtons et quelques-uns des petits couteaux.
Elle n'avait pas voulu effrayer Gabrielle et l'avait laissé finir son repas. Maintenant qu'ils venaient vers elles, il valait mieux la prévenir de se tenir sur ses gardes.
" Gabrielle, je crois que nous ne sommes pas les bienvenues ici. " Dit-elle d'un ton dégagé et à voix basse.
" Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Avec tous ces bons plats qu'on m'a apportés, comment on pourrait être indésirables ? " Elle leva les yeux au bruit qui s'approchait. " Oh, oh ! On dirait que tu as raison. Que nous veulent-ils ? "
" Ca, je n'en sais rien mais on ne va pas tarder à le savoir, je pense. " Elle posa une botte sur la table et prit son air le plus ex-seigneur de guerre possible. Ce qui n'eut pas l'effet escompté.
Au contraire, cela sembla énerver encore plus les villageois, dont l'un se détacha, le " chef " probablement.
" Qu'est-ce que tu viens faire ici ? Tu n'en as pas pris assez la dernière fois ? " Le ton était dur et excité. Le villageois avait visiblement peur mais la surmontait pour la braver.
Xena comprit immédiatement de quoi il parlait et choisit ses mots.
Encore une fois, Gabrielle fut plus rapide qu'elle. " Qu'est-ce que tu veux dire ? C'est la première fois qu'on passe ici et la nourriture est terriblement bonne. "
Xena soupira. Décidément, lorsque la barde avait décidé d'être aveugle et sourde...
L'homme tourna la tête et sembla la remarquer à ce moment seulement. " Qui es-tu, toi ? Son esclave, son jouet ? " Juste ce qu'il ne fallait pas lui dire, pensa Xena, c'est parti maintenant...
Gabrielle se redressa sur le banc, l'air outragé. " Et toi ? Qui es-tu pour juger les gens que tu vois pour la première fois ? " Elle le toisa d'un air mauvais, ce qui eut pour effet de mettre les villageois encore plus en colère et ils se rapprochèrent de la table.
Oh, oh, pensa Xena, ils me tapent sur le système, il va falloir leur faire comprendre que nous sommes bien décidées à rester malgré leur mauvaise humeur. J'espère qu'ils ne vont pas me pousser à bout.
L'homme se pencha les deux mains sur la table après avoir déposé son couteau devant lui. Il leva une main et pointa un doigt rageur vers Xena. " Elle, on la connaît, et on n'en veut pas ! "
" Et toi, si tu la défends, tu pars avec elle. "
Gabrielle se leva et posa elle aussi les deux mains sur la table. Elle se pencha vers lui et cloua ses yeux verts dans ceux de l'homme.
" Et bien, je suis venue ici pour faire un bon repas ET une bonne nuit, je n'ai eu que le repas, alors je reste et tu peux toujours essayer de m'en empêcher. Et elle, elle reste avec moi. "
Xena leva les yeux au ciel à ces mots, elle savait déjà comment ça allait finir, alors autant finir vite. Elle ramena sa jambe au sol et se leva lentement, avec des gestes mesurés. Elle mit la main sur l'épaule de la jeune barde et pressa doucement pour la calmer.
" Bon, ma jeune amie t'a dit qu'elle souhaitait rester et passer une bonne nuit. Je présume que toi aussi, tu préfères passer une bonne nuit, naturelle. "Elle dit cela en le regardant fixement de toute sa hauteur. " Je sais ce que tu me reproches, mais elle, elle n'y est pour rien, alors maintenant, vous rentrez chez vous vous mettre au frais. "
La main de l'homme se déplaça vers le manche du couteau mais Xena fut plus rapide. Elle tourna la lame entre ses doigts. " C'est une belle lame mais ce n'est pas une arme, et vous n'êtes pas des guerriers, alors rentrez chez vous dans vos familles. "
Une voix de femme s'éleva dans le groupe. " Parce que tu t'intéresses à nos familles maintenant ? Fiche le camp d'ici et emmène ta poupée. "
A ces mots, Gabrielle attrapa son bâton et le tint devant elle au-dessus de la table. " Vous êtes tous des idiots, filez d'ici avant de prendre un mauvais coup... par hasard. "
Xena se tourna vers elle, surprise de l'entendre parler ainsi. Elle n'eut pas le temps d'éviter le bâton lancé depuis le groupe. Au bruit elle tourna de nouveau la tête, ce qui lui permit de n'être qu'effleurée sur le côté. Assez cependant pour la mettre en colère contre cette bande d'imbéciles - même s'ils avaient des raisons d'être là - assez fous pour les attaquer.
Elle renversa la lourde table vers les villageois qui reculèrent de surprise et de crainte. Mais ils revinrent aussitôt à la charge.
Xena savait bien que ce n'était pas des guerriers, il était hors de question de se servir de son épée, mais ils étaient armés et il fallait bien se défendre. Tout en poussant son cri de guerre pour les effrayer et les décourager, elle fit un bond au-dessus de leurs têtes et se retourna pour se trouver face à eux.
Quelques coups de pieds et de poings eurent rapidement raison des hommes qui la menaçaient, les femmes n'étaient pas armées et restaient en retrait.
Un cri rauque attira son attention par-dessus les corps maintenant affalés sur le sol. Le meneur était resté vers Gabrielle qui n'avait tout de même pas voulu se servir de son bâton contre lui de peur de le blesser.
Il avait profité de cette faiblesse du barde pour lui arracher le bâton et la frapper à la tête sans aucun état d'âme.
" Voilà ce qui arrive à ceux qui défendent les meurtriers et les pill... " Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Le bâton lui était arraché et une main puissante serrait son cou. Il commençait à étouffer lorsque la voix du barde s'éleva plaintivement. " Non, Xena, je t'en supplie, il aurait eu raison. "
Sur ces mots, la jeune femme s'écroula contre le mur. La guerrière lâcha sa prise suffocante et bondit vers la barde.
" Gabrielle, Gabrielle. " Elle criait son nom et la secouait pour qu'elle se relève. Lorsqu'elle vit qu'elle ne reprenait pas conscience, elle se releva et se retourna les poings serrés. Son regard bleu acier transperça l'homme qui reprenait son souffle.
" Si elle ne reprend pas connaissance rapidement, ou pire, tu auras eu raison. " Dit-elle d'un ton mortel qui fit détaler l'homme et les quelques villageois restant sur leurs pieds qui soutenaient leurs camarades.
********************
Maintenant, elles étaient dans cette chambre inconnue, Xena portait toujours son armure qu'elle n'avait pas pris le temps de quitter. Avec la peur rétrospective de perdre sa meilleure amie, elle regrettait presque de ne pas avoir fracassé la tête de celui qui l'avait provoquée, cette peur. Mais elle entendait encore la voix de Gabrielle qui la suppliait, ses derniers mots jusqu'à maintenant.
La jeune femme avait toujours modéré ce côté noir de la guerrière, et même dans ce qui auraient pu être ses derniers instants, elle n'avait pas voulu laisser Xena redevenir ce que ces villageois voyaient en elle.
Gabrielle, reviens-moi, pensa-t-elle, en sanglotant intérieurement. Ou c'est Xena la Sombre qui va revenir.
Elle pleurait autant sur la jeune barde que sur elle-même et sur sa faiblesse face à ce défi, ce double défi. La perte d'un être cher et celle de son " innocence " retrouvée.
Elle sentit le coeur battre un peu plus vite sous sa main et le souffle devenir plus irrégulier. La barde semblait reprendre connaissance peu à peu. Xena sourit et amena sa main jusqu'à la joue de la jeune femme et la caressa doucement pour la ramener au calme.
Deux yeux verts encore embrumés clignèrent trois fois avant de s'ouvrir pour de bon. Ils se fixèrent sur le bleu souriant des yeux de la guerrière maintenant rassurée.
Gabrielle ouvrit grand les yeux en la voyant et se retourna soudain en se relevant à moitié. Ce qui eut pour effet de causer un vertige et de la faire retomber dans les bras de Xena.
" Chh...chhh... " Fit la guerrière d'une voix douce pour l'apaiser tout en la maintenant devant elle. " Tu es en sécurité maintenant. Comment te sens-tu ? "
" Qu'est-ce... " Les muscles des bras du barde étaient tendus entre les mains de Xena, et elle se tenait à genoux sur le lit face à la grande femme brune.
Elle bondit hors du lit avec une force qui étonna Xena et l'obligea à lâcher prise.
" Qui es-tu ? Qu'est-ce que je fais dans ce lit ? Ne me touche plus ! " Sa voix était remplie de peur et d'interrogation et ses yeux ne montraient que de la crainte à la vue de la guerrière.
Son mouvement brusque eut pour conséquence d'amener un autre vertige et elle manqua tomber. Xena fut rapide, comme à son habitude, et bondit pour la rattraper aussitôt.
Elle l'allongea de nouveau sur le lit mais resta debout. Quelque chose n'allait pas. Cette frayeur à sa vue. Le coup avait été très puissant et semblait avoir affecté la jeune femme en profondeur.
Elle tâcha de sourire pour que la barde ne s'effraie pas plus que nécessaire.
Gabrielle rouvrit les yeux et la vit à côté d'elle. Le sourire n'y fit rien. Ce qu'elle voyait maintenant en face d'elle, c'était une femme de haute taille, aux cheveux bruns presque noirs, mais surtout... elle portait une armure sur une combinaison de cuir, et ça, ça n'arrangeait pas l'effet.
" Ouille ! Qu'est-ce qui m'est arrivé ? " Demanda-t-elle, plus à elle-même qu'à cette femme inconnue, dans une chambre inconnue. Dieux, qu'est-ce que je fais là avec ce mal de tête horrible ? Et elle, c'est qui ? Oh ! Grande, brune, une armure...
" Tu es... " Commença-t-elle d'une voix hésitante.
" Xena. " Répondit celle-ci avec son meilleur sourire.
" Xena, c'est ça ! Xena la Princesse Guerrière, la Destructrice des Nations. Oh non ! " La jeune femme s'était réfugiée contre le mur le plus loin possible de la guerrière, qui était interloquée de s'entendre appeler comme ça par sa meilleure amie. Et surtout de la voir terrorisée à cette idée.
" Gabrielle... " Commença Xena en tendant légèrement la main dans sa direction.
" Ne me touche pas ! " Si elle avait pu rentrer dans le mur, elle l'aurait fait.
Xena reposa sa main contre son côté et fit un pas en arrière. " Gabrielle, tu as pris un coup sur la tête, il faut te soigner. "
" Tu m'as frappée ?! " La colère effleurait maintenant dans le ton de sa voix et elle toucha sa tête. " Ouille ! "
" Non, je ne t'ai pas frappée, pourquoi l'aurais-je fait ? Tu ne te souviens de rien ? "
" Non, si, enfin, je ne sais pas... j'ai l'impression de te connaître, oui, mais je ne sais pas comment je suis là . " Le ton était devenu plaintif, plus de ce vide, ce demi-vide en fait, que de douleur.
Xena réfléchit très vite. le coup avait provoqué une sorte d'amnésie mais pas complète. La barde se souvenait de son nom puisqu'elle n'avait pas semblé surprise. Mais elle semblait avoir oublié les événements de la veille et aussi des éléments de leur compagnonnage. Bizarrement, elle connaissait le nom de Xena mais l'associait à une période que la guerrière aurait préféré qu'elle oublie.
Elle se dit qu'il ne fallait pas la brusquer et essayer de mesurer l'ampleur des dégâts.
" Tu te souviens de moi ? " Demanda doucement Xena.
" M'en souvenir ? On ne parle que de tes... exploits à Po..., Po... "
" Potadeia. " Xena lui vint en aide.
" Oui, c'est ça, à Potadeia. Mais je préfère te dire qu'on n'a pas envie que tu y passes ! " La jeune femme avait retrouvé le ton presque habituel.
" Sommes-nous à Potadeia ? Je ne reconnais pas cet endroit. " La peur avait fait place à de l'anxiété.
" Non, nous sommes à Chalydos. Ca te dit quelque chose ? "
" Nnon... ça devrait ? " Elle regardait autour d'elle pour trouver quelque chose de connu, mais rien. Et en même temps, elle essayait de ne pas perdre de vue la guerrière, ce qui la faisait un peu loucher.
Xena eut un peu de mal à garder son sang-froid à cette vue et eut un tout petit rire, ce qui fit sursauter la barde qui se renfonça un peu plus contre le mur.
" Qu'est-ce qui t'amuse ? Je veux savoir ce que je fais ici et pourquoi tu m'as frappée à la tête. Et ce que je faisais dans ce lit sur tes genoux. " Elle s'entendit dire ces derniers mots et rougit de la tête aux pieds. " Laisse tomber cette partie ! " Dit-elle d'une voix rapide.
Ce qui eut pour effet de ramener un rire chez la guerrière. Mais elle se maîtrisa vite car elle sentait que l'heure n'était pas à la plaisanterie.
" Nous avons été attaquées hier par des villageois et l'un d'eux t'a frappée avec ton bâton. Je crois qu'il faudrait que tu voies un guérisseur rapidement, Gabrielle. " Elle était maintenant sérieuse parce qu'elle sentait bien que le coup était assez grave et pourrait avoir d'autres conséquences.
" Attaquées ! Mon bâton ! Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire que tu veux me faire avaler ? " Gabrielle était partagée entre la curiosité et la peur.
" Je me souviens ! " Ses yeux s'agrandirent, la peur avait gagné le combat. " Oui, les villageois ont attaqué ! "
Xena fut soulagée de l'entendre. Finalement tout ça n'aurait pas duré trop longtemps, ouf ! Elle sourit de nouveau.
" Mais... " Continua Gabrielle. " Ce n'est pas NOUS qu'ils attaquaient, c'est TOI ! "
****************
Le sourire de Xena se figea sur ses lèvres. Le ton de la voix de Gabrielle l'effraya et plus encore le regard de la jeune barde.
" Je me souviens ! Ils t'accusaient de les avoir pillés autrefois... et ils disaient que j'étais ta... poupée ! " La voix de la jeune femme se brisa sur ce dernier mot.
Elle se rendit aussi soudain compte de ce qu'elle portait. " Hé ! Qu'est-ce que c'est que ça ? Où sont mes vêtements ? " Elle regardait les vêtements d'un air dégoûté et effrayé à la fois.
Elle rampa soudainement sur le lit et bondit en bousculant la guerrière à deux mains pour se précipiter vers la porte.
Xena, surprise, n'eut pas le temps de la retenir à son passage. Mais elle se retourna rapidement et, de son bras droit, l'attrapa par le milieu du corps pour l'empêcher de sortir.
" Hé ! Où vas-tu comme ça... tu es blessée. Reste là . " Elle retourna la barde de son autre main, avec une certaine difficulté, car cette dernière s'agrippait à la poignée et refusait de lâcher prise.
" Lâche-moi. Je ne suis pas ton esclave. Si tu me touches, je te tue ! " La voix de Gabrielle frisait l'hystérie. Xena ne l'avait jamais vue dans cet état. Le coup sur la tête avait provoqué un changement étonnant dans la jeune femme.
La guerrière avait déjà vu des cas similaires dans son armée après certains combats particulièrement éprouvants. Les blessés n'avaient pas toujours retrouvé leur comportement originel. Là , il s'agissait de sa meilleure amie, et il était hors de question de la laisser dans cet état.
La barde continuait à lutter inutilement contre la prise de la grande femme mais celle-ci ne souhaitait pas risquer de la blesser involontairement.
Elle lâcha la taille de la jeune femme, dont les yeux verts lançaient des éclairs et qui essaya de profiter de cette ouverture pour se libérer. Mais Xena se baissa rapidement et passa son bras droit sous les genoux du barde.
Elle profita de l'effet de surprise pour passer son bras gauche sous les épaules de Gabrielle qui tombait vers l'arrière et la soulever dans ses bras. Elle la maintint fermement et l'amena jusqu'au lit.
La barde la regardait avec les yeux écarquillés, et n'osait pas penser à ce qui allait lui arriver. Elle avait entendu tellement de choses sur cette femme quand elle était à Potadeia. Les meurtres, les pillages, pire encore... La terreur la rendait silencieuse.
A sa grande surprise, la guerrière la déposa doucement sur le lit, presque avec affection. Cela l'effraya presque plus. Elle ouvrit la bouche lentement. " Que... que vas-tu me faire ? Je... je ne voulais pas... je promets de ne plus essayer de m'enfuir. "
" Je veux juste que tu te reposes, Gabrielle, tu es blessée et cette agitation n'est pas bonne pour toi. Je ne vais plus te toucher mais je veux être sûre que tu ne bougeras plus. D'accord ? " La voix était douce et profonde. Elle avait un certain pouvoir sur la barde qui commença à se calmer malgré elle.
Puis soudain, la terreur revint, mais aussi cet esprit provocateur caractéristique chez la jeune femme.
" C'est sûr que tu ne vas pas prendre le risque de m'abîmer. " Elle dit cela d'un ton ironique. " Les esclaves ne valent pas grand chose quand ils sont abîmés, hein ? "
Xena soupira. " Gabrielle, tu n'es pas mon esclave, tu n'es l'esclave de personne, ni une poupée, ni un jouet. Et ce sont bien tes vêtements. Essaie de dormir et nous verrons si les choses vont mieux plus tard. "
Gabrielle se sentait un peu bizarre malgré elle et elle commença à sombrer doucement dans le sommeil. " N'en... profite pas, hein ? " Réussit-elle à murmurer d'une voix endormie avant de perdre connaissance.
Xena la regarda longuement. Si elle ne va pas mieux au réveil, il faudra que je reprenne du début. Elle soupira encore une fois et alla vers une sacoche et en sortit un petit sac d'herbes.
Je vais essayer ça encore et il vaut mieux que je le lui donne quand elle dort sinon elle va sûrement me mordre. Elle sourit malgré le tragique de la situation. Elle prépara l'infusion avec de l'eau froide. Tant pis, se dit-elle, je ne peux pas prendre le risque de la laisser seule même un instant.
Puis elle se rendit compte qu'elle était tout de même fatiguée et que si elle devait raconter deux ans de leur vie à Gabrielle, il valait mieux qu'elle soit bien réveillée.
Elle vérifia la fermeture de la fenêtre, puis tira la chaise devant la porte et essaya de s'installer le plus confortablement possible. Elle s'endormit assez vite. Et assez longtemps. Trop a priori.
Un bruit léger la réveilla et elle ouvrit à moitié les yeux pour voir Gabrielle en train de sortir son épée de l'étui, lentement pour ne pas la réveiller. Elle avait oublié de la mettre hors de portée du barde.
" Je ne crois pas que c'est la meilleure chose à faire, Gabrielle. " Dit-elle doucement d'une voix basse.
La jeune femme sursauta et se retourna brusquement en tenant la lourde épée à deux mains. Elle la pointait en direction de Xena d'un air qui se voulait menaçant.
" Laisse-moi sortir. " Elle haletait et avait un peu de difficulté à maintenir la lame droite. " Je veux rentrer chez moi. Laisse-moi sortir ou je...
" Elle ne finit pas sa phrase, elle n'en eut pas le temps.
La guerrière avait bondi et se trouvait derrière elle. Elle lui tenait les deux mains et levait l'épée avec elle.
" Comme ça, Gabrielle, plus haut si tu veux avoir l'air sérieux. "
La barde lâcha l'épée que Xena rattrapa d'une main. Elle profita de nouveau de ce moment pour essayer de pousser la chaise et filer.
" Pfff ! " Fit Xena en tendant encore une fois l'autre main pour la retenir à l'épaule. " On ne peut vraiment pas te faire confiance, hein ? "
Elle assit un peu brusquement la jeune femme sur la chaise et la maintint là en la regardant avec intensité. Cela eut un peu d'effet sur la barde qui se tassa dans la chaise avec l'air dompté. Mais les yeux verts soutenaient toujours le regard bleu qui lui faisait face.
Ca, ça n'a pas changé, on dirait, se dit Xena en souriant intérieurement. Elle est toujours aussi têtue. Il y a de l'espoir, alors.
" Bon, tu vas rester tranquille et m'écouter. J'ai beaucoup de choses à t'apprendre sur toi-même, et sur moi, et ça va prendre du temps et de l'énergie, pour nous deux. " La guerrière posa l'épée sur le sol doucement et souleva la chaise avec la barde.
Elle les amena toutes les deux près du lit et s'assit sur le bord. " Tu préfères le lit ? " Demanda-t-elle en surveillant la réaction de la jeune femme.
" Mmmm. " Répondit celle-ci. Xena traduit par non et resta où elle était.
Plusieurs heures étaient passées lorsqu'elle s'arrêta de parler. La barde ne l'avait pas interrompue mais semblait parfois perdue dans ses pensées.
" Voilà , ce n'est pas tout mais ça en fait déjà pas mal. " Dit la guerrière pour ponctuer ce long exposé.
Gabrielle ouvrit la bouche pour parler lorsqu'on frappa à la porte.
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" Oui, qu'y a-t-il ? " Dit Xena d'une voix rauque en se levant brusquement, sur ses gardes. Ce qui provoqua un mouvement de recul du barde dans sa chaise.
La guerrière vit cette réaction et en fut attristée. Il y a bien longtemps que je n'ai pas provoqué ceci chez elle, dieux, tout ce que je lui ai raconté n'aura alors servi à rien ?
Une voix masculine lui répondit, avec un peu d'inquiétude mais surtout de l'agacement. " Vous aviez dit que vous ne restiez qu'une nuit. La petite a payé que pour une nuit et là le soir tombe... "
" Et alors ? " Dit Xena d'un ton courroucé, elle n'aimait pas la façon dont il avait dit le mot 'petite'.
" Ben, si vous voulez vraiment rester, il faudrait payer maintenant. " L'homme avait mis un accent sur le mot qui semblait plutôt signifier qu'il souhaitait leur départ.
Xena avança vers la porte et l'ouvrit brusquement, toisant l'aubergiste de toute sa hauteur.
Le petit homme rond fit un pas en arrière et leva les deux mains devant lui comme pour se protéger. Elle avait oublié qu'elle portait toujours son armure qui était parfois comme une seconde peau sur elle.
La guerrière soupira. Ils sont tous pareils. Je me montre et ils croient que je vais leur arracher les deux bras, ou pire... Elle prit sa décision rapidement.
" Bon, tu vas être content, nous partons et je vais te payer un dinar de plus pour le temps supplémentaire passé dans cette chambre. Je ne te remercie pas pour ton hospitalité. "
" Quoi ! Un dinar seulement pour une journée complète, mais je... " L'homme commença à marchander mais réalisa soudain la lueur dangereuse dans les yeux bleu acier qui le surplombaient.
" Euh oui, un dinar, tu es vraiment généreuse, Princesse. Les dieux t'accompagnent. " Il recula en se courbant de manière obséquieuse sans la regarder et faillit tomber de l'escalier.
Xena ne put s'empêcher de sourire car cette vision lui rappelait son ami Salmoneus et ses manières de marchand. Elle se retourna pour voir que Gabrielle s'était levée et fouillait la pièce tout en marmonnant entre ses dents.
" Que cherches-tu ? " La guerrière s'approcha du barde doucement.
" Mmmph, un dinar pas assez, mais pour qui il se prend celui-là ? Pour une chambre comme celle-là qui ne vaut pas la pire de chez mes parents. " La jeune femme grommelait. Xena souriait, bien qu'elle réalisait que la barde avait oublié comme elle était enthousiaste la veille à l'idée d'un bon lit.
C'était comme si elle n'avait pas connu les nuits étoilées d'été sur leurs couvertures ou les nuits froides d'hiver passées dans les cavernes.
" Je peux t'aider ? " Demanda Xena de nouveau, sa première question étant passée inaperçue.
" Je cherche des vêtements corrects pour partir d'ici, et je ne vois rien qui puisse m'aller. Il n'y a rien à moi, ici. Et je ne prends pas le risque de rentrer à Potadeia habillée comme ça, ma mère me tuerait. "
" Tu regardes dans mes sacoches, là , Gabrielle, la tienne est sur la table. " La guerrière sourit à l'idée de voir Gabrielle dans une de ses chemises. Là , je ne crois pas non plus que ça plairait à ta mère, ma jeune amie !
Gabrielle se retourna vers la grande femme en soupirant. " J'ai DEJA regardé dans celle-là , il n'y a rien pour moi. Où sont ma jupe et mon corsage ? " Tout en disant cela, elle sortit une des longues chemises de Xena, une blanche qu'elle affectionnait beaucoup quand cette dernière la portait. Xena s'était toujours demandé pourquoi.
La chemise arrivait à peu près à mi-cuisse de la guerrière lorsqu'elle la mettait, souvent après un bain dans une rivière, quand le temps était un peu plus frais et qu'elle daignait quitter sa combinaison de cuir. La chemise avait des manches longues et un col arrondi, qui la couvrait un peu plus que les autres et la protégeait du froid.
Gabrielle étudia le vêtement avec attention, le tenant au-dessus du niveau de sa tête à deux mains comme pour en vérifier la longueur.
Elle fit un signe de tête approbateur et passa la chemise par-dessus sa tête, au-dessus de ce qu'elle portait déjà . Xena l'observait, se demandant ce qui la prenait, elle avait ses propres chemises. Pourquoi... ? Et soudain, elle sourit quand elle vit Gabrielle qui tirait sur le tissu pour l'amener le plus bas possible sur ses cuisses.
Ce qu'elle parvint à faire sans trop de mal car les épaules tombaient et elle gagnait un peu de longueur comme ça. Les manches étaient trop longues aussi et elle dût les remonter. Quand elle estima qu'elle était assez couverte, elle se planta devant Xena.
" Tu voulais qu'on parte, non ? Alors laisse-moi passer maintenant, je ne crois pas qu'on aille au même endroit. Si la chemise est à toi, je te la rembourserai, ou tu trouveras bien un moyen d'en obtenir une autre dans un prochain pillage. Je peux passer ? " La voix n'était pas très assurée mais Xena sentit bien que la barde était sérieuse.
La guerrière ne bougea pas et resta entre la porte et la jeune femme, dont les yeux verts remplis d'une interrogation un peu effrayée la fixaient intensément.
" Gabrielle, j'ai passé des heures à te raconter les principaux événements des années passées, on dirait que tu n'as rien entendu, ou écouté. " Xena parlait d'une voix triste. Il faudrait sûrement beaucoup de temps pour la ramener, pour qu'elle accepte l'idée de sa vie avec Xena, et surtout semblait-il, de la nouvelle vie de cette dernière.
Cette situation était étrange, pensait la guerrière, car la jeune femme semblait avoir à la fois oublié tout ce qui s'était passé depuis près de deux ans, mais pas le reste. Et elle ne semblait pas complètement surprise de ce qui lui arrivait, comme si c'était un élément normal de sa vie, dont elle ne voulait apparemment pas.
Xena se dit que c'était peut-être ça qui lui permettrait de trouver un chemin. Mais pour l'instant, il lui fallait convaincre la barde qu'elles ne se quitteraient pas tout de suite. Elle ne pouvait certainement pas la laisser retrouver Potadeia seule après tout ce temps, et avec les dangers qui couraient les routes. Enfin, c'est ce dont elle se persuadait.
" Oui, nous partons, mais ensemble. Nous sommes loin de Potadeia et la route est dangereuse. Je pense qu'il vaut mieux que tu n'y ailles pas seule et... Gabrielle... je ne pille plus de villages depuis bien longtemps. Mais tu peux garder ma chemise aussi longtemps que tu le souhaites. "
Tout en disant ces mots, elle ramassa son épée près de la porte et se dirigea vers l'étui qui se trouvait toujours près du lit. Elle installa l'étui derrière son épaule et y glissa la longue lame. Puis elle ramassa les sacoches une à une et les jeta par-dessus son épaule gauche. Elle prit également le bâton de la barde.
Pendant tout ce temps, elle observait Gabrielle du coin de l'oeil, se demandant si la barde en profiterait pour filer. Mais la jeune femme n'avait pas bougé, elle se contentait de la suivre du regard.
Elle avait bien un peu tressailli lorsque Xena avait ramassé l'épée et était venue dans sa direction. Mais elle avait été soulagée de voir que la guerrière passait près d'elle sans s'arrêter.
La grande femme brune revint près d'elle et tout en la fixant de ses yeux bleus qui ne semblaient pas contenir de menace, elle la poussa doucement avec le coude droit. " Allons-y, il faut que je récupère Argo et il est tard. "
" Argo ? " La barde haussa un sourcil interrogateur mais commença à faire les quelques pas qui la séparaient de la porte.
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Elles entrèrent dans l'écurie assombrie à cette heure du jour. Gabrielle semblait avoir accepté l'idée de la présence de la guerrière, mais cette dernière savait que ce n'était peut-être que momentané.
Xena appela. " Philas ? " Aucune réponse. Elle avança vers les stalles et se figea quand elle constata qu'elles étaient toutes vides.
" Argo ! " Sa voix contenait de la panique et la barde était étonnée de voir cette femme, dont tout le monde racontait les exploits guerriers, sembler sur le point de s'effondrer... pour... un cheval a priori.
Xena laissa tomber les sacoches et alla au fond de l'écurie. Rien. Pas âme qui vive. Elle se retourna et courut à l'extérieur, maintenant saisie d'une fureur meurtrière.
" Qu'avez-vous fait de mon cheval ? " Elle hurlait et le ton de sa voix n'aurait donné à personne l'envie de sortir dans la chaleur emmagasinée du jour pour l'affronter.
Elle dégaina son épée. " Si vous lui avez fait le moindre mal, je vous jure que ce village regrettera de m'avoir vue. "
Gabrielle avait ramassé les sacoches et se tenait à l'entrée de l'écurie. Elle regardait cette femme de haute stature qui dégageait une telle impression de puissance, et de danger à ce moment précis. Elle n'avait jamais eu l'occasion de voir la Princesse Guerrière en action, juste des histoires qu'on racontait au village, mais la terreur qui l'avait prise ne lui en donnait pas vraiment l'envie.
Dieux, si elle me voit maintenant, c'est moi qui vais payer pour ça, pensa-t-elle, elle commença à reculer à l'intérieur de l'écurie lorsqu'un léger bruit la fit se retourner.
Elle sursauta et laissa tomber deux des sacoches lorsqu'elle vit un jeune homme plus grand qu'elle, surgi de nulle part, qui avançait lentement dans sa direction en silence, un doigt sur les lèvres.
Elle leva la dernière sacoche qu'elle tenait encore sur son côté gauche, prête à le frapper s'il approchait trop près.
" Xenaaaaa !!!! " Elle cria sans réfléchir. Le garçon bondit en se baissant pour éviter le tournoiement du sac en cuir. Le mouvement entraînant de la sacoche qui continuait sans atteindre sa cible fit faire un demi-tour à Gabrielle. Le jeune homme en profita pour la ceinturer et lui mit une main sur la bouche. " Chut ! "
Il eut à peine le temps de murmurer ce mot qu'il se sentit soulevé de terre et dut lâcher la barde.
La guerrière avait entendu le cri de sa jeune compagne et avait réagi instinctivement, oubliant Argo et quoique ce soit d'autre à ce son.
Elle soulevait maintenant le garçon au-dessus de sa tête et s'apprêtait à le projeter lorsque deux voix s'élevèrent en même temps. " Nooon ! "
Xena tourna la tête vers Gabrielle qui, effrayée de sa propre réaction, portait maintenant une main devant la bouche, comme pour retenir le mot déjà prononcé, qui pouvait passer pour de l'effronterie.
Le jeune homme profita de ce moment de répit pour se débattre et se défaisant de la prise de la guerrière, il tomba lourdement sur le sol. Comme il se remettait à l'endroit, Xena le reconnut. " Joskel ! Par tous les dieux, qu'avez-vous fait de mon cheval ? " Sa voix contenait la fureur et le désir de la passer sur quelqu'un à qui elle avait confié Argo, et qui avait trahi sa confiance.
" Cal... calme-toi, s'il te plaît. " Le garçon essayait de respirer et de parler malgré l'étau de son col serré par la main puissante de la guerrière qui l'avait brutalement relevé.
" Elle est en sécurité. Je m'en suis occupé. " A ces mots, Xena desserra son étreinte, ce qui lui permit de reprendre son souffle.
" J'ai entendu Palios dire qui tu étais à un groupe de villageois. Et aussi qu'ils voulaient s'occuper de toi en disant qu'ils étaient plus nombreux et que tu ne pourrais pas te défendre. "
Gabrielle écoutait attentivement, mais surtout étudiait le jeune garçon devant elle. Ouah ! Il est pas mal. Quels muscles ! Et ses yeux... Elle en oubliait la situation et le sentiment de danger qu'elle avait ressenti, d'abord en voyant Xena l'épée à la main, dégageant une telle puissance dans sa fureur. Puis à l'apparition de... comment déjà ? Joskel.
Son regard passa sur la guerrière qui faisait face au jeune homme. La barde réalisa soudain que la femme semblait être venue à son secours lorsqu'elle avait crié. Et aussi... qu'elle avait soulevé le garçon comme s'il ne pesait rien. Elle l'aurait envoyé au bout de l'écurie si je n'avais rien dit.
Elle repensa alors à tout ce que la guerrière lui avait raconté à l'auberge et qu'elle s'était refusée à écouter. Et puis elle secoua la tête.
Ouais, c'est ça, rêve, elle a fait ça pour retrouver son maudit cheval, c'est tout. Moi dès que je peux, je file à l'anglaise...
L'esprit de Gabrielle continuait à refuser les pensées qui se présentaient dans un demi-brouillard. Je ne resterai pas avec cette folle furieuse qui pourrait m'écraser si j'éternue sans prévenir...
Son agitation, tant intellectuelle que physique lors de la rencontre avec Joskel, avait réveillé la douleur sur et dans sa tête. Elle poussa un gémissement et manqua tomber lorsqu'elle sentit des mains puissantes la retenir. Deux, chacune d'un côté avec une pression différente. Elle se laissa rattraper et remettre debout. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle vit de chaque côté d'elle, Joskel et Xena qui se faisaient face et se regardaient droit dans les yeux. Chacun d'eux la maintenait fermement.
" Merci. " Dit-elle d'une voix essoufflée. " Ca va mieux, vous pouvez me lâcher. Tous les deux. "
Ce qu'ils firent en détournant leur regard en même temps pour la regarder.
" Gabrielle, est-ce que ça va ? Il faut que tu te reposes. " La guerrière se tourna vers Joskel, son regard avait viré au bleu glacier.
" Bon, tu disais que tu t'étais occupé d'Argo, où est-elle ? " Sa voix contenait à la fois de l'interrogation et une certaine pointe de colère.
" Et bien quand j'ai entendu Philas annoncer qu'il allait dire à Palios qu'Argo était à toi, j'ai pensé qu'il fallait la protéger. Ces hommes sont bien capables de s'en prendre à un cheval pour se venger. " Le jeune homme avait un air dégoûté en disant ces mots.
" Et pourquoi penses-tu différemment ? " Demanda Xena d'une voix basse. " Tu ne veux pas te venger, toi ? "
" En tout cas pas sur un cheval, c'est certain. Si je devais me venger, j'irais directement voir celui, ou celle, qui m'a causé du tort. "
" Et... ? " Xena guettait sa réaction.
" Je n'ai aucune raison de me venger de toi, au contraire. " Il souriait maintenant en direction de la guerrière. " L'année dernière, tu as risqué ta vie pour sauver mes parents. Ils manquaient de se noyer lorsque leur chariot s'est retourné dans la rivière. "
Xena essaya de se souvenir. En effet, elle avait bien sorti deux personnes de l'eau après bien du mal. Un homme et une femme. Oui, maintenant elle pouvait se souvenir des yeux de la femme qui souriaient de la même façon lorsqu'elle l'avait remerciée.
Et qu'elle avait embrassé Gabrielle en lui disant qu'elle avait de la chance, que rien ne lui arriverait avec une telle protection à ses côtés. Xena pensa à l'ironie de ce souvenir.
Elle jeta un coup d'oeil vers la barde qui ne semblait pas réagir à ce qu'avait dit le jeune homme. La jeune femme avait l'air fatigué et d'avoir besoin de repos et de soins.
" Bon, conduis-moi à Argo maintenant. Je voudrais pouvoir trouver un endroit pour camper rapidement, et pour que Gabrielle se repose en sécurité. " Elle lui fit signe de sortir avant elle, mais il lui indiqua le fond de l'écurie.
" Ce sera plus sûr, personne ne nous suivra. " Dit-il en menant la marche.
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Le trajet leur prit plus d'une heure, un temps qui parut une éternité à Gabrielle. Bien qu'elle utilisait le bâton que lui avait donné Xena comme support, elle manqua tomber plus d'une fois, prise de vertiges et rattrapée soit par Xena, soit par Joskel. Jusqu'à ce que la guerrière décide de la soutenir de manière permanente.
" Je suis désolé de vous faire subir ça. " Dit Joskel d'une voix gênée. " Mais je voulais être sûr qu'ils ne trouvent pas ton cheval. " Il marchait en regardant derrière lui, les deux femmes qui le suivaient, l'une portant pratiquement l'autre.
" C'est bon. " Dit Xena. " Tu as bien fait, tu ne pouvais pas savoir. Merci encore de t'en être occupé. "
Ils arrivèrent enfin auprès d'un mur de roche, dans lequel Xena pouvait apercevoir une ouverture assez large malgré l'obscurité naissante. Le jeune homme la montra de la main. " C'est ici. La grotte est assez grande pour contenir plusieurs personnes. Et assez loin du village pour ne pas être connue. "
Il sourit à Xena qui hochait la tête avec approbation. " C'est une bonne cachette. "
" Oui. Je l'ai découverte quand je suis arrivé à Chalydos et je continue à venir pour m'entraîner. " Joskel montra les rochers éparpillés autour de l'entrée. " Je soulève ça régulièrement pour maintenir ma force à la lutte. "
Ah, pensa Xena, voilà pourquoi il est si musclé. Il doit être assez bon. Il était plutôt lourd tout à l'heure.
" Il faut que Gabrielle se repose maintenant. C'est possible de camper ici ? " Xena ne voulait pas prendre le risque de continuer la route, même si Argo pouvait porter la barde, alors que la nuit tombait vraiment maintenant.
Joskel les avait amenées à l'entrée de la grotte et les précédait. La guerrière entendit un léger hennissement de bienvenue et devina la jument qui tournait la tête vers l'entrée à peine éclairée.
" Oui, bien sûr. Il m'est souvent arrivé de passer la nuit ici et j'ai un coin pour faire un feu... pour manger, parce que je ne pense pas que nous aurons froid cette nuit. " Il déposa les sacoches qu'il avait portées pour permettre à Xena de s'occuper de la jeune barde.
Retirant le bâton de la main de Gabrielle, la guerrière déposa doucement sur le sol de terre, le dos contre la paroi fraîche, la jeune femme épuisée dont les longs cheveux blonds-roux étaient couverts de sueur. Gabrielle se laissa faire en gémissant. La marche avait puisé dans ses réserves et la douleur dans le crâne était sourde.
" Joskel, peux-tu sortir les couvertures des sacoches ? Elle sera plus à l'aise allongée. " Elle regardait avec inquiétude le visage tiré de la jeune femme.
Cette marche n'était vraiment pas prudente dans son état, mais la guerrière avait hésité à la prendre dans ses bras pour la porter, de peur d'une réaction négative de sa part.
Le jeune homme lui tendit les couvertures et elle en installa une sur le sol, sur laquelle elle coucha Gabrielle, toujours à moitié inconsciente. Elle posa la seconde sur le corps de la jeune femme qui tremblait apparemment de fièvre.
La chemise blanche était collée à la peau. Xena hésita là encore à débarrasser la jeune barde des vêtements trempés et à les remplacer par une chemise propre et sèche. Elle attrapa un morceau de tissu et commença à essuyer la sueur partout où elle pouvait.
Elle se tourna vers le jeune homme, qui entretemps, avait allumé une torche qui éclairait la grotte. " As-tu de l'eau ici ? "
Il alla vers le fond de la grotte où se trouvait Argo, que Xena pouvait mieux voir maintenant. Elle semblait en forme et continuait à observer la guerrière. Joskel revint avec une outre pleine d'eau qu'il tendit à Xena.
" J'avais prévu que je vous amènerais ici aussi. " Xena prit l'outre et versa doucement de l'eau sur les lèvres de Gabrielle en la maintenant un peu levée de son autre bras.
Tout en continuant sa tâche avec attention, la guerrière tendit légèrement le menton en direction de la jument. " Tu n'as pas eu de problèmes pour l'amener ici ? Elle n'aime pas les étrangers. "
" Oh ! Au début, elle a refusé d'avancer et de sortir de l'écurie mais je lui ai parlé de toi et elle a eu l'air de comprendre, elle s'est laissé faire. Mais je n'ai pas essayé de la chevaucher. "
" Ouais, il valait mieux pour toi. Je ne crois pas qu'elle aurait accepté. " Le ton de la voix était un peu narquois, la guerrière connaissait Argo mieux que personne. " Mais je te remercie vraiment de la peine que tu t'es donnée. "
Elle arrêta de verser l'eau, posa l'outre et attrapa une sacoche près d'elle. Elle en sortit une tasse dans laquelle elle mit quelques herbes et versa de l'eau. Elle secoua la tasse pour infuser et recommença à verser le liquide entre les lèvres de la barde inanimée.
Une fois cela terminé, elle la reposa sur le sol, remonta la couverture sur elle et se tourna vers le jeune homme.
" Bon. Je crois que maintenant, tu vas pouvoir nous laisser. Je peux m'occuper de tout, seule. Si Gabrielle va mieux, nous partirons demain. Je ne veux pas que tu aies des ennuis avec les autres à cause de moi. Merci encore. " Le ton de la voix ne laissait pas de choix.
" Oh, de rien, c'est le moins que je pouvais faire. Mais il est trop tard pour les ennuis. Philas a sûrement deviné que c'est moi qui ai caché le cheval et je n'ai pas intérêt à revenir. " Il secouait la tête d'un air décidé. " De toutes les façons, j'avais décidé qu'il était temps que je parte. J'ai emporté mes affaires avec moi, elles sont là au fond de la grotte. "
Comme il tournait la tête dans la direction qu'il avait mentionnée, il ne vit pas les yeux de Xena s'écarquiller. Quand il se retourna, les yeux bleu acier s'étaient rétrécis et elle lui lançait son meilleur regard d'ex-seigneur de guerre, qui disait 'Tu ne penses tout de même pas nous suivre !'
" J'ai pensé que je pouvais faire un bout de chemin avec vous. " Il n'avait pas remarqué l'expression de la guerrière, comme ses yeux étaient fixés sur la jeune femme blonde qui somnolait en tremblant à côté d'eux.
" Je pourrais m'occuper d'elle, avec toi, bien sûr ! Je n'ai pas de but, je peux vous accompagner n'importe ou. Nous ne serons pas trop de deux pour la protéger s'il vous arrive la même mésaventure qu'ici. " Son regard ne quittait pas la forme allongée devant lui, comme hypnotisé.
Xena leva les yeux au ciel, se releva sans un mot et alla vers Argo. Elle murmura dans l'oreille de la jument. " Et bien, ma fille, je sens que ça ne va pas être simple. " Le cheval renifla doucement et posa affectueusement le bout de son museau sur l'épaule de la guerrière.
Celle-ci prit la couverture de selle qui se trouvait sur le sol près d'un seau d'avoine - il a pensé à tout, je suis peut-être un peu ingrate,se dit-elle, sans se convaincre vraiment. Elle revint la poser sur le sol près de Gabrielle et s'allongea sans un regard pour Joskel. Faisons les choses dans l'ordre, pensa-t-elle, j'y verrai mieux demain.
Elle se força à tourner la tête vers le jeune homme qui avait installé une couverture pour lui un peu plus loin. " Bonne nuit. " D'une voix neutre.
" Bonne nuit. " Répondit Joskel, la tête tournée en direction de la jeune barde.
**********************
Xena n'avait pas fermé l'oeil de la nuit. Elle avait dormi suffisamment la veille, ce qui l'avait empêchée de trouver le sommeil. Enfin, en partie.
Parce qu'elle gardait surtout un oeil sur Gabrielle, qui émettait des petits sons tout en dormant. Parfois, elle pouvait saisir des mots hachés.
" Veux partir - Mmm... nouvelle vie - Aventure - Non ! Xena ! - Trop haut - Aime pas les chevaux - Lâche-moi ! etc... "
Il était difficile pour la guerrière de savoir si ces mots étaient ceux de la Gabrielle d'avant, ou de l'actuelle. De l'entendre prononcer son nom ne la rassurait qu'à moitié.
La jeune barde avait parlé de Potadeia plusieurs fois. Elle semblait vraiment vouloir y retourner. Etrange après son désir si profond de quitter ce village. Il serait difficile de la convaincre du contraire.
La femme brune passa la main dans ses cheveux et soupira. Elle était adossée à la paroi de la grotte. Et son regard passait de la jeune femme à côté d'elle au garçon qui dormait à quelques pas.
Il avait été sympathique avec elles deux, avait sauvé son cheval, avait pensé à les abriter. Pourquoi avait-elle été désagréable avec lui alors qu'il voulait simplement lui rendre service.
Elle sentait bien que la réponse était proche dans son esprit mais elle avait du mal à faire face à son orgueil.
Ouais, elle n'aimait pas trop la façon dont il regardait et s'occupait de Gabrielle. Et surtout la façon dont cette dernière l'avait jaugé dans l'écurie. Elle n'avait rien raté de ça et ça ne lui plaisait vraiment pas.
Elle était sûre que la présence du garçon n'aiderait pas la jeune barde à recouvrer la mémoire correctement. Il était un élément extérieur trop récent et risquait de brouiller les cartes.
D'un autre côté, elle avait réfléchi pendant les longues heures dans le noir. Gabrielle avait accepté de trop bon gré qu'elle l'accompagne, avec cette lueur de crainte dans les yeux malgré tout.
Elle ne lui faisait pas confiance - ce qui était un comble après toutes ces années passées ensemble - et savait qu'à la première occasion, elle tenterait de filer. La retenir n'aurait pour effet que de la braquer encore plus contre la guerrière.
Alors, peut-être que si Joskel faisait un bout de chemin avec elles, la jeune femme resterait tranquille. D'autant qu'elle n'avait pas l'intention de la ramener à Potadeia. Ce n'était sûrement pas le meilleur moyen de ramener la Gabrielle des deux années passées. Et elle n'avait pas trop envie de la voir retourner à sa vie de paysanne sans savoir ce qu'elle ratait. Son plan était maintenant bien inscrit dans son esprit et il ne restait qu'à le mettre en oeuvre.
Elle décida de sortir dans la fraîcheur de la nuit passer un peu du temps qu'il restait avant le lever du soleil et leur départ. La barde était maintenant calmée et le jeune homme dormait à poings fermés aussi.
Elle marcha doucement vers Argo pour lui caresser le museau et la sortir également. Le cheval devait avoir chaud dans cette grotte et un peu d'air frais lui ferait du bien.
" Ch... ma fille. Pas de bruit, je ne veux réveiller personne. Viens doucement. " La jument se laissa gentiment faire au son de la voix de sa maîtresse et la suivit au-dehors en étouffant le bruit de ses sabots.
Xena fit faire quelques pas à Argo et la laissa brouter les quelques herbes éparses qui traînaient de-ci de-là . Elle marcha en direction d'un amas de gros rochers à quelques mètres de l'entrée.
La nuit était calme et étoilée, sans un seul nuage pour masquer les figures dessinées par les lueurs dans le ciel. Elle songea que Gabrielle aurait aimé être là , allongée sur le dos à essayer de deviner à quoi ressemblaient ces figures.
Soudain, elle ressentit une impression qu'elle connaissait bien. Un mélange de danger et de colère qui précédait généralement l'arrivée de...
" Arès ! " La voix de la guerrière grondait profondément dans sa gorge. Elle n'aimait pas le dieu de la guerre même s'il lui avait donné la possibilité de développer ses talents... meurtriers, songea-t-elle, désabusée, en la choisissant pour le représenter.
" Ah ! Xena... Regarde donc ce ciel. Magnifique, n'est-ce pas ? J'adore le reflet des étoiles et de la Lune sur... ton armure... surtout là . " En disant ces mots, le dieu qui était apparu dans un léger flash pratiquement contre elle, pointait du doigt en direction de sa poitrine.
La guerrière donna un coup sur sa main pour lui signifier qu'elle n'aimait pas ce genre de familiarité, même de la part d'un dieu puissant de l'Olympe.
Et puis, surtout, il produisait un certain effet sur la femme à laquelle il faisait face et cette dernière faisait le maximum pour rejeter toute émotion vis-à -vis de lui. Elle le trouvait toujours dangereusement séduisant, mais le danger prenait le pas sur la séduction.
Elle fit un pas en arrière. " Je présume que tu n'es pas là pour me parler des étoiles. Je t'imagine difficilement romantique. Sauf sur un champ de bataille, lorsque tu aides des centaines de soldats à renoncer, malgré eux, à cette vue que tu trouves magnifique. "
Arès sourit dans sa barbe. Le dieu savait que la grande femme brune devant lui n'était pas bavarde et cette tirade l'amusait. En général, elle lui réservait ses phrases longues pour lui être désagréable.
" Tss... Tss... ma belle. Pourquoi le dieu de la guerre ne pourrait-il pas être romantique, lui aussi ? Je pourrais t'écrire des poèmes maintenant que la barde a disparu. " Il arborait un sourire narquois.
" Disparu ? " Xena fronça le sourcil. " Je pense que tu t'es trompé d'endroit et de personne. Elle dort tranquillement là -dedans. " Elle montra la grotte du menton en prenant l'air le plus détaché possible.
" Xena, Xena. Tu oublies à qui tu parles. Tu te souviens de moi ? Arès, DIEU de la guerre. Un dieu, quoi ! Tu sais, les créatures omnipotentes qui vivent sur l'Olympe et savent TOUT. " Il avait mis l'accent sur les deux mots et Xena avait compris, elle savait en fait depuis le début, qu'Arès avait une parfaite connaissance de la situation.
" Ta petite protégée a pris un coup sur la tête, si je peux me permettre de te le rappeler. " Il souriait en fixant les yeux bleu glacier de la guerrière qui s'étaient rétrécis de colère. " Elle a même cru que c'était toi qui... oh ! Ce n'est pas drôle, ça ? Je ne suis pas sûr d'ailleurs qu'elle ne le croit pas toujours. "
" Arès ! Que me veux-tu ? " Xena se doutait bien de la raison de sa venue mais elle voulait en finir au plus vite. Ce genre de dialogue la mettait en transes et elle ne souhaitait pas que la colère l'emporte et qu'elle attaque le dieu. Elle risquait de réveiller Gabrielle et Joskel et elle n'avait pas besoin de ça.
Le dieu jouait avec la poignée de son épée, comme s'il devinait la lutte intérieure de la guerrière.
" OH ! Moi je ne veux rien. Mais je me disais que maintenant qu'il n'y a plus de barde, de reine des Amazones, de blonde énervante quoi, pour te mener sur le " droit " chemin, peut-être que tu vas réviser ta position. Et revenir gentiment sur la voie naturelle qui a toujours été tracée pour toi. "
En parlant il s'était de nouveau rapproché et le bout de ses doigts glissait doucement sur le menton de Xena qui avait de plus en plus de mal à se maîtriser.
" Arès, la barde, la reine des Amazones, mais surtout ma meilleure amie sont toujours dans la tête de la jeune femme qui dort là -bas, et que je ne souhaite pas réveiller en fracassant mon épée sur la tienne. Alors tu pars maintenant et tu nous laisses tranquilles, elle et moi. "
Il lui fit son sourire le plus séduisant. " Et lui ? " Fit-il en pointant le menton vers la grotte.
Les yeux de la guerrière n'étaient plus que des fentes mais Arès pouvait y deviner la lueur de l'acier. Il adorait cela et au lieu de le décourager, cela avait plutôt tendance à lui donner envie de pousser la femme dans ses derniers retranchements.
Xena comprit soudain qu'elle jouait son jeu, l'émotion l'avait aveuglée et il l'avait amenée exactement où il voulait. Elle secoua la tête légèrement et dit : " Oui, lui aussi, tu le laisses tranquille. " Sa voix était plus neutre et elle avait recouvré son calme.
" Xena, tu sais bien que ce n'est pas ce que je veux dire ! Ma question est : 'que vas-tu faire de lui ?' La petite blonde a l'air de bien l'aimer. "
La guerrière ne voulait plus lui permettre de jouer avec elle. Elle tourna le dos et fit deux pas en direction de la grotte. " Moi aussi. " Elle mit le ton le plus convaincant qu'elle pouvait dans les mots.
Le dieu de la guerre sourit et appela. " Xena ? Je t'attends, tu sais bien, que je t'attends, alors appelle-moi quand tu auras fini de rêver. "
La guerrière ne se retourna pas. " Je ne rêve pas, j'ai un plan. Et si ça ne marche pas, alors nous verrons, mais ne rêve pas non plus. "
Elle entendit un léger soufflement et alors seulement elle se retourna pour constater le départ du dieu. Il restait quelques paillettes dans l'air pour attester de la présence d'Arès et elle le maudit silencieusement. Il savait toujours ce qui la mettait hors d'elle.
Il n'abandonnera donc jamais. Gabrielle, j'ai vraiment besoin de toi. Il faut que tu reviennes auprès de moi. Sinon, je ne sais pas ce que je choisirai. Et je ne veux pas voir ce sourire sauvage de victoire sur son visage.
Elle jeta un coup d'oeil vers Argo qui trottinait dans l'air frais et revint vers la grotte.
********************
Le soleil était levé depuis quelque temps lorsque Joskel se réveilla. Il ouvrit les yeux pour apercevoir la forme allongée de la jeune femme blonde encore endormie.
Bon sang, ce qu'elle est belle... La lumière douce du jour entrait dans la grotte et éclairait légèrement les cheveux de la barde. Elle semblait avoir moins chaud que la veille, peut-être moins de fièvre.
Le remède que lui a donné Xena a dû avoir de l'effet. J'espère qu'elle va aller mieux ce matin. A contrecoeur, il décida de se lever. Il s'assit sur sa couverture et vit que la guerrière était réveillée elle aussi, bien qu'allongée auprès de Gabrielle.
Il n'était pas trop sûr de la relation entre les deux femmes, Xena semblait protéger la jeune femme mais cette dernière avait l'air effrayé.
Bon, c'est vrai que la guerrière avait sauvé ses parents d'une noyade certaine, et même elle avait récupéré leur chariot et toutes les provisions. Ils lui avaient dit qu'elle avait changé et qu'elle aidait les pauvres gens.
Et qu'elle était accompagnée d'une jeune conteuse qui partageait et racontait ses aventures avec ferveur. S'agissait-il de la même jeune femme qui semblait craindre la grande femme brune ? Si oui, que s'était-il passé entre elles depuis, alors ?
Il s'aperçut soudain que Xena l'observait et qu'il avait dû lui-même porter son regard de manière insistante. Il se mit sur ses deux pieds et fit un sourire pour saluer la guerrière sans réveiller Gabrielle. Il n'était pas sûr mais il lui sembla que Xena lui rendait son sourire.
Il alla vers les provisions et commença à préparer quelque chose pour le déjeuner. Il était habitué à se débrouiller seul. Et il était heureux de pouvoir accompagner les deux femmes. Enfin, surtout... même si la guerrière l'impressionnait dans son armure.
Justement. Elle l'impressionnait trop. Il se sentait bien plus attiré par l'aspect innocent de la jeune femme aux yeux verts qui portait une chemise bien trop grande pour elle.
Il sursauta quand il sentit la haute présence près de lui.
" Joskel ? " La guerrière lui paraissait immense alors que lui-même était à genoux près des provisions.
" Oui, Xena. " Elle avait parlé à voix basse, mais malgré cela, il ne se sentait pas très assuré. Elle l'avait quand même porté à bout de bras au-dessus de sa tête la veille et pourtant il était plutôt bien bâti grâce à la lutte.
" Tu peux nous accompagner, Gabrielle et moi. Tu sais où se trouve Potadeia ? "
" Euh... non. Ce n'est pas une région que je connais bien. Mais ce n'est pas grave, je t'ai dit que je peux aller n'importe où maintenant. "
Il se demandait bien ce que la guerrière voulait faire dans ce village. Il avait juste entendu le nom une fois par un marchand qui passait chez ses parents et qui avait dit que c'était plutôt loin et pas vraiment intéressant.
Peu importait, du moment qu'il était avec Gabrielle. La jeune femme aux cheveux si lumineux l'avait attiré pratiquement dès le premier regard. Il souffrait vraiment pour elle. Il suivrait les yeux fermés.
Ce que Xena avait bien compris et qui la rassurait. Parce que ça l'aurait bien ennuyée d'avoir à le mettre dans la confidence qu'elles n'allaient pas à Potadeia mais à ... Bon il verrait bien assez tôt.Tout ce qu'elle souhaitait, c'était que sa présence fasse rester Gabrielle. Gabrielle. Xena tourna la tête vers le léger froissement de fourrure dans sa direction. La jeune barde se réveillait à son tour. Elle était à moitié assise et avait fait glisser la couverture.
Xena marcha lentement vers la jeune femme en souriant. " Comment te sens-tu ? "
La tête baissée, le front dans une main, Gabrielle, répondit d'une voix un peu sonnée. " Comme si un troupeau de chèvres m'était passé sur le crâne. Mais je crois que la fièvre est tombée. "
Elle réalisa soudain qu'elle s'adressait à la guerrière qui se tenait debout devant elle. Elle prit un air maussade. " Et en quoi ça t'intéresserait ? "
Xena choisit de ne pas répondre à la provocation. " Oui, tu as eu pas mal de fièvre et je pense qu'il faudrait que tu te changes maintenant avant de déjeuner. "
La jeune barde passa la main sur son front pour décoller ses cheveux. " Ouais. Et j'aurais besoin d'un bon bain. "
Joskel s'était approché à son tour des deux femmes et s'agenouilla pour être à la hauteur de Gabrielle. Ce qui déclencha un profond soupir chez Xena. Assez fort pour que deux têtes se tournent en même temps vers elle, deux regards étonnés.
" J'ai entendu couler la rivière pas loin, je pense que je vais aller me baigner la première pour voir si l'eau n'est pas trop froide. "
Elle se dirigea vers l'entrée puis s'arrêta et se retourna. " Gabrielle, si tu veux, tu peux regarder dans mes sacoches, je dois avoir encore une chemise que tu peux utiliser. Les tiennes sont un peu plus... courtes. "
Elle sortit et appela Argo pour l'emmener à la rivière. C'était celle qui passait près de Chalydos qui continuait sa route au Nord. Si elle n'est pas trop froide, Gabrielle aura bien fini par s'y baigner comme elle le souhaitait, pensa-t-elle amusée.
Ca l'ennuyait de laisser les deux jeunes gens seuls mais bon, elle n'avait pas quitté ses vêtements depuis deux jours et... bref, elle les ferait tremper aussi. Le cuir mettrait un temps fou à sécher mais c'était nécessaire.
Elle arriva à la rivière qui semblait paisible. Elle enleva tous ses vêtements et son armure près de l'eau après avoir posé son chakram et l'étui de son épée à proximité, la combinaison de cuir et surtout la chemise dessous.
Elle sentit la fraîcheur du matin, qui n'allait pas durer, glisser sur son corps et elle commença à entrer dans l'eau. Celle-ci était juste bonne. Elle avait emmagasiné la forte chaleur du jour précédent et le courant n'était pas fort.
Elle se laissa glisser avec délice dans l'onde et apprécia le flux léger sur sa peau. Elle se frotta avec le savon parfumé qu'elle avait pris avant de quitter la grotte. Un cadeau de Gabrielle quelques jours plus tôt. Peut-être que l'odeur du savon... Xena secoua la tête. Pourquoi est-ce qu'elle s'en souviendrait ?
Elle se mit sur le dos et se laissa porter doucement par l'eau qui l'environnait. Elle ferma les yeux et pensa à son plan.
*******************
Pendant ce temps, dans la grotte, Gabrielle s'était levée sans trop de peine. Joskel s'était relevé brusquement en même temps qu'elle, prêt à la rattraper si elle trébuchait. Il l'espérait secrètement pour avoir une occasion de la toucher.
" Ca ira ? " Demanda-t-il d'une voix de petit garçon.
" Je crois, oui. Je tiens pas trop mal debout mais j'ai une tempête sous mon crâne. Et puis il faut vraiment que je me nettoie de toute cette sueur. " Elle leva les yeux vers lui avec un sourire.
Joskel rougit, à cause du sourire et des yeux vert océan qui le regardait avec tant de spontanéité. Mais surtout... parce qu'il trouvait Gabrielle plutôt " sexy " comme ça et que de l'entendre parler de bain mettait des choses bizarres dans sa tête... et ailleurs.
La barde se détourna et marcha vers les sacoches de Xena. Dans celle où elle avait trouvé la chemise blanche, elle en vit une autre, à manches courtes, d'un vert qui était proche de celui de ses yeux.
Ce vêtement lui disait quelque chose mais... Bof ! Si elle avait été obligée de suivre la guerrière pendant deux ans, comme elle essayait de lui faire admettre, c'était sûrement normal qu'elle l'ait déjà vue, cette chemise.
Bon sang ! Pourquoi je ne me souviens pas de ces deux ans. C'est le coup sur la tête ou elle me ment pour que je reste ?
" Tu sais où est la rivière ? " Elle se tourna de nouveau vers Joskel, qui rougit de nouveau. " Je ne vais sûrement pas attendre qu'elle revienne pour me dire que l'eau est trop froide ou je ne sais quoi pour m'embêter. "
" Euh... oui, elle est à quelques dizaines de mètres derrière l'amas de roches, à droite en sortant de la grotte. Tu veux que je t'accompagne ? "
" Oui, pourquoi pas. Si jamais j'ai un vertige, tu pourras toujours me rattraper. Tu en es plutôt capable d'après ce que je vois. " Ces mots, dits avec un large sourire, mirent pratiquement le jeune homme en transes.
Ils sortirent ensemble et Joskel la dirigea vers la rivière. Ils se parlaient tout en marchant et en se regardant. Gabrielle posait des questions au jeune homme sur ce qui s'était passé la veille et il raconta du mieux qu'il savait. Il n'était pas dans l'auberge et Xena n'avait rien dit.
De ce fait, ils arrivèrent à la rivière au moment précis où Xena sortait de l'eau. Leurs deux regards se tournèrent ensemble vers le bruit qu'elle fit en se redressant.
Les deux mâchoires tombèrent en même temps, les yeux s'arrondirent simultanément. Et ils se retournèrent, gênés, dans un duo parfait.
Xena sourit de leur réaction et attrapa la chemise prune de rechange qu'elle avait emportée et la passa par-dessus sa tête. Le vêtement lui arrivait très haut sur les cuisses et ne comportait que des bretelles, il était plutôt échancré sur la poitrine. Ce type de chemise lui servait en principe sous sa combinaison pour éviter le frottement du cuir. Mais bon, Gabrielle utilisait les autres, alors...
" Vous pouvez vous retourner maintenant. " Leur dit-elle avec une pointe d'ironie dans la voix. " J'avais dit de m'attendre, il me semble. L'eau est très bonne. " Elle les dépassa à grands pas après avoir ramassé ses affaires humides.
Elle sentit leurs regards à sa vue et elle devina les mâchoires qui s'affaissaient de nouveau. Finalement, cette amnésie a du bon, pensa-t-elle, je n'ai pas droit à cette timidité de la part de ma meilleure amie d'habitude.
Les deux jeunes gens mirent un certain temps à la quitter du regard. Cette démarche féline dans cette tenue les hypnotisait. Finalement, Gabrielle mit fin à l'intermède. " Je... je crois que je vais me baigner si elle est bonne. "
Elle marcha à petits pas vers l'eau, pensive. Joskel resta sur place encore secoué de l'apparition. Il n'était pas habitué à ça. Il avait bien vu des filles de son village se baigner, mmm... sans rien. Mais bon, c'était des gamines. Là !
Il se retourna juste pour voir Gabrielle se débarrasser de sa chemise et la découvrir dans ses autres vêtements. Il déglutit bruyamment. Là , c'en était trop.
" Je vais... m'occuper du déjeuner. Je te laisse. " Il lui fut difficile de se détacher de la vue qui se présentait à lui, mais il jugea préférable de partir avant que Gabrielle ne réalise, trop tard, qu'il était toujours là .
La jeune barde sembla se réveiller. " Hein ? Ah oui. Déjeuner. Bien sûr.... Et puis tu ne vas pas rester là à me regarder me baigner quand même, non ? "
Joskel ne prit pas la peine de répondre. Il tourna les talons et fila sans rien dire en direction de la grotte.
" Bon sang ! Ca va être un voyage... intéressant... " Pensa-t-il. Et un sourire se dessina lentement sur son visage.
Gabrielle ôta le haut vert qui lui collait à la peau, puis la jupe courte. Elle les trempa avec la chemise blanche dans l'eau qui courait à ses pieds. Elle sentit la douce chaleur du faible courant et elle décida d'avancer un peu plus.
Aahh ! C'était vraiment trop bon après ces épreuves. Elle pensa que la guerrière avait l'air de lui ficher la paix. Elle réfléchit à ce que lui avait dit Joskel en chemin. Que les villageois voulaient attaquer Xena pour ce qu'elle avait fait dans le passé. Qu'elle les avait mis en déroute.
Mis bout à bout avec le peu qu'elle avait bien voulu écouter de l'exposé de la femme qui la détenait en son pouvoir. Enfin, c'est comme ça qu'elle voyait les choses... Plus l'histoire des parents de Joskel... Elle ne savait pas trop quoi penser.
Etait-elle vraiment avec le seigneur de guerre, l'ex-seigneur de guerre, depuis deux ans ? Et si oui, alors pourquoi n'en avait-elle pas le moindre souvenir ?
Bon, elle se rappelait bien qu'elle était attirée par les histoires sur la guerrière. Elle-même aimait beaucoup inventer et raconter des histoires. Et ses parents la laissaient faire avec les clients. Le mot avait été passé et leur auberge était la plus fréquentée de la région grâce à ça.
Et puis le soir avec sa soeur, Lila, elles se faisaient peur dans le noir. Et toi, Lila, si la Princesse Guerrière t'enlevait, tu ferais quoi ? Lila ne voulait même pas imaginer ce qui pourrait lui arriver. Ce qu'on racontait était si horrible.
Elle, Gabrielle, elle s'imaginait qu'elle deviendrait sûrement l'esclave de cette femme dont la réputation était sûrement un peu noircie, pensait-elle. Mais il n'y a pas de fumée sans feu.
Elle serait obligée de lui faire la cuisine, de s'occuper de ses affaires, de lui raconter des histoires et dieu sait quoi. Et peut-être même que la guerrière la frapperait si elle n'était pas satisfaite.
Mais bon, tant que ça restait dans son imagination... Là , elle se demandait bien QUAND elle avait été enlevée ? Et puis à part ce coup sur la tête, elle n'avait pas l'impression d'avoir reçu des coups.
Toute cette réflexion l'avait amenée à se laisser porter sur le dos loin du bord, et le courant était un peu plus fort. Zut ! Il faut que je revienne sinon je vais aller trop loin. Elle commença à nager mais son corps ne répondait pas suffisamment.
Elle sentit qu'elle ne pourrait pas rejoindre le bord et se mit à paniquer. Elle commença à hurler. " A l'aide ! A l'aide ! "
Xena qui était retournée à la grotte poser ses affaires, avait eu un pressentiment et avait décidé de revenir pas trop loin de la rivière, hors de portée de vue de Gabrielle. Elle avait croisé Joskel qui lui avait dit vouloir s'occuper du repas.
" C'est une bonne idée. " Avait-elle répliqué. " Gabrielle va avoir une faim de loup en sortant de là . "
Elle s'était installée contre un rocher à quelques mètres de la rivière à laquelle elle tournait le dos.
Lorsqu'elle entendit les appels à l'aide de la jeune femme, elle bondit et courut vers l'eau. Elle plongea sans réfléchir qu'elle portait sa dernière chemise sèche et nagea vers la barde. Elle la ramena vers la berge avec quelques brassées puissantes et la déposa.
Gabrielle reprit son souffle avec peine et rouvrit les yeux pour découvrir la guerrière penchée au-dessus d'elle qui lui tendait la chemise verte pour se couvrir.
" Ca va ? " Demanda-t-elle d'un air inquiet.
La jeune femme cligna des yeux en assentiment. Ca va être un voyage... intéressant, pensèrent-elle en même temps.
***************************
Le déjeuner s'était déroulé dans un calme assez suffoquant et sans un mot. Malgré la fraîcheur de la nuit, la chaleur avait repris possession de la grotte. Et aussi, une légère gêne après les... événements du petit matin.
Xena avait installé ses vêtements humides sur des rochers au-dehors, comptant sur le soleil déjà haut pour les sécher rapidement. Elle se voyait assez mal rester avec le tissu si réduit qui la couvrait si peu - Gabrielle avait raison. Le cuir n'était pas supportable en cette saison et elle était assez ravie de ne pas porter sa combinaison mais seulement le léger tissu.
Qui la couvrait moins que le regard furtif de Joskel, pensa-t-elle, en souriant intérieurement. Ce n'était pas si déplaisant de savoir que son pouvoir de séduction était toujours présent.
Enfin bon, se dit Xena, il ne savait pas vraiment où mettre les yeux, parce qu'il regardait aussi vers Gabrielle en coin. Ah les hommes ! Pensa-t-elle en soupirant, laissant glisser son regard sur la jeune barde.
Celle-ci avait enfilé la chemise vert brume de Xena qui ne la couvrait pas beaucoup non plus, mais dont le tissu épais était prévu pour des périodes plus fraîches et la faisait légèrement transpirer. Mais elle ne semblait pas décidée à mettre une des siennes.
La jeune femme avait installé ses vêtements mouillés sur un rocher pas loin de ceux de la guerrière. Elle avait bien envisagé de ne garder que la chemise blanche et de se débarrasser du reste. Comment ai-je pu accepter de porter ça ? Mais... elle craignait une réaction de Xena. Qu'elle regardait le moins possible.
Cette dernière avait envisagé un départ tôt pour ne pas se déplacer sous la chaleur de l'été grec environnant. Mais les événements du matin les avait retardés et maintenant, il valait mieux attendre.
Ca ne l'enchantait qu'à moitié d'être enfermée là . Et puis, il y avait Joskel. Il allait vraiment rester là sans parler, ça encore elle s'en moquait bien, mais... à les regarder comme s'il découvrait l'existence des femmes... Pfff !
Argo était revenue de sa balade près de la rivière pour s'abriter aussi dans la grotte où la chaleur restait clémente malgré tout. Xena se leva pour aller vers la jument et passa à côté de Joskel qui se recula légèrement sur sa couverture.
" Pourquoi on n'est pas partis après le déjeuner. " La voix de Gabrielle posait la question et contenait déjà la réponse. Mais le silence lui pesait encore plus qu'aux deux autres.
Xena ne se retourna pas pour répondre. Elle se tenait près de la jument et la brossait avec affection pour éliminer la sueur sur le crin. " Il était trop tard pour partir avant la chaleur. Je ne veux pas prendre le risque que tu aies un malaise sur la route. "
" Je vais bien maintenant. " Le ton était ferme. " Je suis sûre que je peux marcher, même sous le soleil. Et plus vite on partira, plus vite je serai chez moi. "
La guerrière soupira. C'est vraiment une obsession ! Elle ne doit vraiment pas se souvenir de tout ce qu'elle m'a raconté sur Potadeia...
" Les vêtements ne sont sûrement pas secs. Ma combinaison en tout cas. " Il fallait bien trouver quelque chose qui ne donne pas encore plus envie à la barde de la braver. C'était bizarre ce mélange de crainte et cette envie de la provoquer pour voir sa réaction.
" Je vais voir. Je suis sûre que c'est sec. MÊME ta combinaison. " En disant cela, Gabrielle se leva et se dirigea vers l'entrée de la grotte. " Si c'est vraiment ce qui t'empêche de partir, on sera fixées. "
Xena lui jeta un coup d'oeil. C'est bien ma Gabrielle, là . Toujours aussi vive avec les mots. Non, la barde n'a pas disparu, Arès, elle est toujours là . Le seul défaut, c'est que c'est moi qui en fait les frais... Mais ce n'était pas pour lui déplaire.
Maintenant qu'elle pouvait voir que la blessure ne serait pas physiquement trop grave - le sommeil et les infusions y avaient aidé - il ne restait que le défi de ramener Gabrielle vers elle. Et elle s'y emploierait du mieux qu'elle pourrait...
Joskel s'était levé aussi et était sorti à la suite de la jeune femme. Il la trouva en train de passer la main sur le cuir de la combinaison, pour voir si elle était suffisamment sèche, se dit-il.
En l'entendant arriver, Gabrielle leva brusquement ses yeux verts vers lui, surprise de le voir là . " Tu m'as fait peur. Je croyais que c'était Xena. " Dit-elle en reprenant ses esprits. Elle reposa le vêtement brusquement sur le rocher. " C'est sec. Je pense qu'on va partir. Il n'y a plus de raison. " Ce fut dit d'un ton brutal.
" Tu sais, je pense que Xena a raison au contraire. Tu n'es pas encore assez remise et par cette chaleur, c'est plutôt imprudent de marcher sous le soleil. "
Il souriait d'un air un peu penaud. Il pensait que c'était parce qu'il l'avait surprise qu'elle le brusquait, et il craignait de la mettre encore plus en colère en la contredisant.
" Je ne suis pas un bébé et je ne suis pas en sucre. Je peux marcher et je n'ai pas l'intention de passer plus de temps avec cette... cette... enfin avec elle. Et qu'elle ne croit pas que de m'avoir tirée de l'eau lui donne des droits. Je serais bien revenue toute seule. " Elle repartit à grands pas vers la grotte, avec ses vêtements à la main.
Au mot sucre, Joskel rougit encore plus malgré la chaleur sur son visage. Mais Gabrielle ne le vit pas. Il décida d'aller remplir les deux outres qu'il avait attrapées avant de sortir et se dirigea vers la rivière.
" Ta combinaison est sèche. On peut partir alors ? " La jeune barde alla fourrer les vêtements en vrac dans la sacoche qui lui revenait sans regarder la guerrière qui se tenait toujours près de la jument.
" Je ne crois toujours pas que ce soit une bonne idée, Gabrielle. " Dit-elle d'une voix basse. " Il fait vraiment très chaud là -dehors. Mais merci quand même d'avoir vérifié pour mes vêtements. "
Elle sortit de la grotte et alla ramasser ses affaires. Elle vit que le cuir n'était pas à la place où elle l'avait mis, le prit et vérifia à son tour. Elle n'allait pas remettre ce truc s'il était même à peine humide. Il allait lui coller à la peau et elle le regretterait amèrement.
Déjà que de le sécher au soleil avait dû le resserrer un peu. Elle avait bien pensé enfiler sa chemise blanche à la place mais Gabrielle avait l'air de vouloir la garder. Et puis, il valait mieux qu'elle remette tout, y compris l'armure. C'était plus prudent pour leur sécurité. Même avec Joskel à ses côtés.
********************
Le soleil avait un peu décliné dans le ciel bleu clair et Xena pensa qu'il était temps d'avancer un peu avant la nuit.
Elle se leva et se tourna vers la jeune barde encore assoupie, dont les longs cheveux blonds-roux couvraient en partie la tête penchée et posée contre l'arbre rugueux. Joskel dormait aussi un peu plus loin.
Elle marcha doucement vers Argo qui broutait l'herbe rare et brûlée autour du chêne. " Et bien, ma fille, je suis désolée mais il va falloir repartir. " Elle la ramena vers l'équipement posé sur le sol, plus au centre et commença à la préparer.
Le bruit, pourtant léger, des sacoches qu'elle attachait sur la selle, fit sursauter Gabrielle, qui ouvrit des yeux embrumés de sommeil et tourna la tête dans sa direction.
" Ouaaaaah ! " Elle baîlla à s'en décrocher la mâchoire et écarta les mèches qui lui masquaient encore les yeux. " Je crois que je pourrais manger un cheval entier. "
Xena sourit à ces mots et murmura à Argo. " Ne t'inquiète pas, je ne la laisserai pas faire, ma fille. "
" Je pense que nous aurons un meilleur usage du cheval et il te faudra attendre que nous campions pour manger. Je ne veux pas partir avec l'estomac, le tien, alourdi. Argo n'est d'accord... ni pour l'une, ni pour l'autre de ces perspectives. " La guerrière avait pris un ton neutre pour dire cette longue phrase mais elle ne pouvait complètement s'empêcher de sourire.
" Oups ! Je... je ne voulais pas dire ça ! Est-ce bien nécessaire que je remonte là -haut ? " Fit-elle en se levant avec lourdeur et en montrant la jument de la main.
" Et bien, oui mais après ce que tu as dit, il vaut mieux que je reste là -haut avec toi. Je préfère que tu chevauches encore aujourd'hui. "
Malgré l'idée d'imposer aussi son poids à Argo, Xena n'aurait laissé passer cette occasion pour rien au monde.
Joskel avait remué entre-temps et s'était assis en se frottant les yeux. " Ouaaaahhh ! " Il baîlla à son tour. " Je crois que je pourrais manger... " Il s'arrêta sentant le regard des deux femmes sur lui. " Quoi ? J'ai dit une bêtise ? " Il avait un peu l'air ahuri et sentait bien que quelque chose lui échappait.
Les deux femmes pouffèrent de rire en même temps. Xena eut l'impression l'espace d'un instant qu'elle retrouvait sa complice. Mais la jeune femme s'approchait de Joskel et lui tapotait l'épaule avec affection, enfin, c'est ce qu'elle y vit.
" Non, non, tu n'as rien dit... encore ! Mais je pense qu'il vaut mieux que tu te taises avant d'enfoncer le clou. J'ai déjà agacé notre Princesse Guerrière là -bas et je ne voudrais pas qu'elle m'attache derrière le cheval au lieu de dessus ! " Elle parla à voix basse en se penchant vers l'oreille du jeune homme mais Xena put entendre ses mots.
Cela lui fit comme un étau autour du coeur. Non seulement, il n'y avait pas eu de complicité dans leurs rires simultanés, comme elle l'avait espéré, mais en plus, Gabrielle continuait à la voir comme un être brutal. Et, comble de tout, elle prenait le garçon à témoin !
" Bon, on y va. " Dit-elle d'une voix brusque. Toute sa bonne humeur était partie soudainement et il fallait qu'elle passe ses nerfs sur quelqu'un. " Joskel, j'aimerais que tu te lèves et que tu ramasses tes affaires pour que nous puissions partir enfin. Et tâche de marcher plus vite, s'il te plaît. "
Elle sentait bien qu'elle était injuste avec lui mais c'était plus fort qu'elle. Elle ne pouvait pas passer sa mauvaise humeur sur Gabrielle quand même. Ni sur Argo. Alors...
Elle tendit la main en direction de la jeune femme qui hésitait. Mais pas vraiment à cause du cheval, plutôt parce qu'elle sentait qu'elle avait fait quelque chose qui dérangeait la guerrière. Mais la mésaventure du matin incita la barde à ne pas traîner.
Elle se dirigea vers la jument sur laquelle Xena était maintenant juchée, lui tendant un bras pour la hisser derrière elle. Elle leva lentement la tête pour regarder la guerrière, attrapa le bras offert et se laissa soulever et installer sur la croupe d'Argo. Elle hésita un peu à passer ses bras autour de la taille de la guerrière mais celle-ci lui attrapa les mains et les posa sur son estomac.
" Tiens-toi là si tu ne veux pas tomber. C'est l'endroit le plus sûr. " En disant ces mots, elle se tourna vers Joskel et essaya d'adoucir sa voix. " Bon, on y va si tu es prêt. J'irai lentement mais je veux arriver au refuge avant la nuit. " Elle lança Argo sur le sol caillouteux parsemé d'herbe rare.
Lorsque la jument démarra, Gabrielle se sentit partir un peu en arrière et resserra son étreinte instinctivement. Ce qui eut pour effet de la renvoyer vers l'avant et elle se cogna le nez contre l'étui que Xena avait préféré réinstaller sur son épaule droite.
" Ouille ! " Elle n'osa pas lâcher la taille de la guerrière pour se frotter le nez endolori et commença à le masser doucement contre le cuir à côté du fourreau. L'odeur lui ramena un souvenir brumeux mais elle n'arrivait pas à le déterminer exactement. Elle pensa que ce devait être quelque chose de son enfance, ce maudit poney, et elle chassa le rappel douloureux qu'il occasionnait.
Xena essaya de rester stoïque au contact et ne dit pas un mot. Elle serra légèrement les genoux contre les flancs de la jument.
Il lui avait fallu longtemps pour accepter les gestes d'affection de sa compagne, bien plus expansive qu'elle ne l'était elle-même, mais elle avait appris à les tolérer, puis à les apprécier et parfois à les provoquer. Mais là , elle sentait bien que ce n'en était pas un et soupira doucement.
J'espère que tout redeviendra au moins comme avant, songea-t-elle, je ne veux pas perdre son amitié et tout ce que nous avons vécu ensemble. J'ai tellement besoin de sa présence pour me rappeler que je peux faire autre chose que les atrocités que j'ai commises dans le passé.
Gabrielle sentit le tressaillement contre ses mains et crut que c'était parce qu'elle serrait trop fort. Elle ne voulait pas prendre le risque d'énerver de nouveau la guerrière, et que celle-ci décide de l'abandonner là , loin de Potadeia, qu'elle se sentait incapable de retrouver seule. Ou avec Joskel qui ne savait pas mieux qu'elle où ils se trouvaient.
Elle desserra la prise de ses mains et les descendit juste au-dessus des cuisses sur le ventre de la guerrière, elle pouvait sentir le chakram sous sa main droite. Elles avancèrent comme ça, silencieusement, jusqu'à ce que le soleil commence à disparaître à l'horizon, Joskel marchant à côté ou derrière la jument.
Xena lâcha alors les rênes de la main droite, qu'elle posa doucement sur celle de Gabrielle pour attirer son attention, puis la tendit vers la ligne des arbres qu'on devinait au loin.
" Nous allons nous arrêter là . Il y a une petite forêt qui nous abritera. Au milieu, je connais une clairière où nous pourrons faire le campement. Il y a aussi une petite mare qui devrait faire l'affaire pour nous rafraîchir et remplir les outres. " Elle vit le soulagement s'inscrire sur le visage du jeune homme qui accusait la fatigue de la longue marche.
Elle sentit également la barde qui se redressait légèrement après s'être laissé doucement aller contre son dos au fur et à mesure des heures qui passaient.
Le campement fut vite monté. Argo put se désaltérer et les trois voyageurs se rafraîchir avant de manger quelques unes des provisions que Joskel avait pensé à emmener. Enfin, pratiquement toutes les provisions, l'appétit de Gabrielle et du jeune homme n'ayant fait qu'augmenter avec le temps.
Ils s'installèrent alors pour la nuit, avec une certaine distance entre les couvertures, la clairière offrant plus d'espace que la grotte qu'ils avaient quittée le matin.
Xena s'approcha de Gabrielle avec une coupe à la main et la tendit à la jeune femme. " Tiens, c'est une tisane aux herbes pour ta tête. Tu sembles aller mieux mais je ne veux pas prendre de risque inutile. "
La jeune barde se releva sur un coude et prit ce qu'on lui tendait. " C'est bon ? " Demanda-t-elle d'un air circonspect à la vue de la couleur du liquide.
Xena ne put s'empêcher de sourire. " Mmm... pas vraiment, c'est un peu amer mais j'y ai mis du miel, tu devrais aimer ça. " Gabrielle but le contenu de la coupe avec un peu d'appréhension puis avec goût et la rendit à la guerrière sans un mot.
Celle-ci se releva et alla s'allonger sur sa couverture après avoir enlevé son armure, et posé le chakram et son épée à côté d'elle. Ils s'endormirent tous les trois plus ou moins vite en regardant les étoiles.
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Comme à son habitude, Xena se réveilla avant l'aube, la première. Mais elle décida de ne pas bouger tout de suite pour ne pas réveiller les autres.
Il lui était toujours agréable de passer une nuit calme au-dehors, même si les risques étaient plus grands.
Encore que... elle se remémorait plusieurs des fois où elles avaient pris des chambres dans des auberges bondées. Et où elle avait dû bloquer la porte pour éviter les assauts de " Princes Charmants " avinés qui passaient la nuit à hurler pour qu'elles ouvrent.
Elle resta quelque temps à rêvasser sur le passé, puis se secoua et décida de se lever. Elle se dirigea vers la mare et trempa ses mains pour s'asperger les bras d'eau fraîche. Elle resta accroupie au bord de l'eau comme pour observer son reflet, mais l'air absent.
Elle entendit un peu de bruit derrière elle et se retourna pour voir la silhouette encore ensommeillée de Gabrielle qui lui faisait face.
" Tu n'avais pas besoin de te lever aussi tôt. " Dit-elle en souriant. " Nous ne partirons que dans un peu plus de deux heures, je pense. "
" Bof ! Je suis réveillée, je ne vois pas pourquoi je resterais allongée. L'eau est fraîche ? " Dit-elle en s'accroupissant près de la guerrière.
" Elle est agréable. " Répondit celle-ci en remuant les mains de nouveau dans la mare. " Tu veux te baigner ? "
Gabrielle la regarda fixement. " Je ne te comprends pas. " Dit-elle d'une voix qui trahissait de l'inquisition, mais aussi de l'émotion. Ce qui amena une expression d'interrogation sur le visage de Xena.
" Tu es la Princesse Guerrière. La femme la plus connue de Grèce, après les déesses et Hélène de Troie. Ta réputation est celle d'un être sans émotion, sans coeur et... tu es là , à me demander gentiment, et avec le sourire, si je veux me baigner, et tu me ramènes chez moi sans rien dire. Je ne comprends vraiment pas ce que tu veux, ce que tu attends d'une petite paysanne comme moi. " La jeune barde dit cela en baissant les yeux, se demandant si elle avait fâché la guerrière avec sa longue tirade.
Xena, qui regardait ses mains jouer dans l'eau, tourna la tête vers la jeune femme. Ce que je veux ? Pensa-t-elle. C'est te retrouver, retrouver mon amie. Celle qui a une confiance totale et aveugle en moi. Celle qui m'a appris à aimer de nouveau la femme qui est en moi, à laisser de côté le soldat.
Au lieu de dire tout ça, Xena prit une profonde inspiration. " Tu n'es pas une petite paysanne, Gabrielle, tu es une jeune femme formidable. Et ce que j'attends de toi, c'est que tu t'en souviennes de nouveau "
Les yeux vert brume de la jeune barde lancèrent une lueur qui chauffa le coeur de la guerrière mais elle secoua doucement la tête en réponse.
" Ouais, bon. C'est gentil de dire ça, mais ça ne répond pas à ma question. " La jeune femme la dévisageait maintenant de ses grands yeux. " Je présume qu'il vaut mieux que je n'entende pas la vraie réponse. "
Sur ce, elle se tourna et repartit vers sa couverture, la tête penchée comme dans une profonde réflexion.
Lorsqu'elle passa près de Joskel, celui bougea en marmonnant. Elle s'arrêta et le regarda un long moment. Puis elle sourit et s'agenouilla sur le sol.
Le jeune homme eut la surprise de voir son visage en face de lui lorsqu'il ouvrit les yeux. " Bonjour, tu as bien dormi ? " Dit Gabrielle les yeux brillants. " Il est encore tôt. "
" Euh... oui, bonjour. Et toi ? " Il avait encore l'impression d'être dans son rêve merveilleux où il nageait aux côtés de la jeune femme et croyait deviner... Il secoua la tête pour se réveiller pour de bon.
" Oui, pas mal. La marche n'est pas trop pénible ? Je pense qu'aujourd'hui je veux bien t'accompagner. " La jeune barde souriait, apparemment en pleine santé.
" Ta tête, ça va mieux ? " Demanda Joskel en posant doucement le bout de ses doigts sur le côté du crâne de Gabrielle.
" Et bien, la douleur est un peu présente mais ça va. Il ne faut pas que j'y touche trop. " A ces mots, le jeune homme retira ses doigts brusquement. " Non, non, c'est bon, je n'ai rien senti, enfin... " Elle lui souriait toujours.
Xena était revenue vers sa couverture et avait saisi l'échange entre les deux jeunes gens. Elle secoua la tête en soupirant. Ce n'est pas vrai... elle m'a quand même pas prise au mot quand je lui ai dit qu'il lui plairait sûrement, l'autre soir. Elle ne se souvient vraiment que de ce qui m'ennuie. Pfff ! Il est temps que je m'en débarrasse de celui-là .
" Si vous êtes réveillés tous les deux, nous allons pouvoir partir plus tôt, alors ! " Dit-elle sèchement en sortant les quelques provisions qui lui restaient. " Il faudra vous contenter de ça. " Elle leur lança les deux dernières barres de viande séchée. " Vous avez mangé tout le reste hier soir. "
Joskel attrapa le morceau tout en se levant rapidement au ton de la voix de Xena. Oh, oh... j'ai ENCORE fait quelque chose qu'il ne fallait pas ? Il alla à grands pas vers la mare pour se débarbouiller rapidement et revint ranger son équipement tout en grignotant la viande.
Pendant ce temps, Xena avait préparé Argo et finissait d'attacher son armure sur ses épaules. Du coin de l'oeil, elle avait repéré un mouvement léger de Gabrielle, comme si cette dernière voulait venir l'aider, comme à son habitude. Mais il fut vite réfréné.
Au lieu de ça, elle ouvrit la bouche. " Je voudrais marcher aujourd'hui. Il fait moins chaud et je me sens bien. " La voix était pleine de précaution mais ferme.
" D'accord. " Répondit la guerrière. " Argo devrait apprécier. Mais je voudrais que tu utilises ton bâton pour te soutenir. " Elle le lança vers la jeune femme qui le rattrapa à deux mains contre sa poitrine en reculant.
Une fois que Joskel eut installé ses affaires sur son épaule, le petit groupe reprit son voyage sur le chemin maintenant mieux tracé.
**************************
Ils contournèrent assez rapidement la petite forêt qui avait abrité leur campement et virent que la route menait vers un îlot montagneux qui leur faisait face vers l'Est.
Xena savait qu'après ces falaises, elle trouverait le village de Syphos qui se situait, en fait, à deux jours de marche de leur point d'arrivée. Elle avait un peu triché en disant qu'il leur faudrait deux jours pour s'y rendre mais elle pensait que ça rassurerait la barde.
En fait, elle avait prévu de s'arrêter à Syphos, qu'ils atteindraient vers le soir et où elle savait que leurs amis, Hercule et Iolaus, traînaient parfois. Ca valait la peine de retarder le voyage pour créer une rencontre avec Gabrielle.
Celle-ci marchait derrière aux côtés de Joskel, laissant la guerrière mener Argo à l'avant. Elle bavardait joyeusement avec le jeune homme, mais Xena ne pouvait saisir que les rires qui s'accrochaient à ses oreilles.
Elle tourna son attention vers la passe qui se profilait maintenant devant eux. Encore deux bonnes heures de marche à cette allure et ils y seraient. Les rochers environnants leur procureraient un petit refuge où ils pourraient s'arrêter pour se reposer.
Ils continuèrent à marcher mais les sons derrière Xena avaient diminué jusqu'au silence. Elle s'est quand même fatiguée... pensa la guerrière en souriant. Elle jeta un coup d'oeil en arrière et vit que Gabrielle marchait lourdement en s'appuyant sur son bâton, l'autre main sur le bras de Joskel.
Ok, tiens bon, nous ne sommes plus très loin, dit-elle silencieusement à sa jeune amie. Tu pourras te reposer un peu. " Gabrielle, il faudrait boire plus souvent. " Dit-elle cette fois à voix haute en s'arrêtant de marcher et en se retournant.
Elle vit le jeune homme ouvrir et tendre une outre d'eau à la jeune femme qui la prit volontiers et en but une longue gorgée. Puis une seconde. " J'y pense jamais. " Dit-elle en rendant l'outre à Joskel qui but également.
" Et toi, tu ne bois rien. Ca te va bien de donner des conseils... " Dit-elle d'un air goguenard.
" Je peux tenir. J'en ai l'habitude, mon corps sait patienter. " Ce qu'elle ne dit pas, c'est que la seconde outre était vide et qu'il faudrait tenir jusqu'à Syphos avec ce qu'il restait. Pas de rivière, de ruisseau ni de lac sur cette partie du territoire.
Elle reprit la route et ils avancèrent jusqu'à l'entrée de la passe. Xena s'arrêta de nouveau et les regarda. " Nous allons jusqu'au milieu de ce passage, là nous pourrons nous arrêter, il y a un petit amoncellement de rochers qui fera un bon abri. "
Elle vit le soulagement sur les deux visages qui lui faisaient face. Elle pourrait peut-être convaincre Gabrielle de remonter sur Argo après ça. Seule, peut-être même, parce que la jument était aussi fatiguée qu'eux.
Tout en rêvant éveillée, Xena leur fit faire une centaine de mètres lorsqu'elle ressentit un picotement familier et désagréable. Bon sang, je dois faire attention à me concentrer plus si je veux nous conserver vivants. Ca n'aurait pas dû arriver... Au moment où elle pensait ces mots, un groupe d'une dizaine d'hommes bondit de derrière les rochers et les encercla.
Elle lâcha les rênes d'Argo et tira son épée, campée sur ses deux jambes et l'air le plus menaçant possible. J'espère que je n'avais pas l'air idiot en arrivant avec ces stupides pensées...
" Gabrielle, Joskel, venez près de moi. " Dit-elle d'une voix forte. Ils s'approchèrent dos à dos avec lenteur tout en gardant les yeux sur les attaquants armés d'épées et de bâtons. Ils formèrent un triangle défensif. Bon sang, tu vieillis Xena. Comment as-tu pu rater le bruit de dix hommes ?
Un des hommes, cheveux noirs, mal rasé, et avec un cuir de couleur indéterminée, sourit largement, découvrant une bouche édentée. Il faisait face à Xena.
" Tiens, tiens. Qu'avons-nous là . " Dit-il en la toisant de haut en bas lentement. " Ca pourrait bien venir s'ajouter à notre petit paquet là -bas. " Ses hommes se mirent à rire à gorge déployée à cet humour idiot mais ne bougèrent pas.
" Ca fait de la bonne marchandise, tout ça. Le garçon et la grande, là , bien bâtis. Vous pourrez faire de la bonne main d'oeuvre en plus. Toi, la brune, je pense que tu pourras même faire des heures supplémentaires. " Il rit d'un rire gras qui déplut particulièrement à Xena. " Mais il faudra oublier l'épée. Ce n'est pas un jouet pour une femme, tu pourrais te blesser. " Il tourna légèrement la tête vers Gabrielle qui regardait les deux hommes qui lui faisaient face debout sur un grand rocher, son bâton pointé devant elle.
" Hé ! Mais on dirait qu'on a un bonus. " Il toisa la jeune barde qui portait de nouveau la chemise blanche de Xena qui flottait autour d'elle. " Tss...tss... toi aussi tu joues à des jeux de garçons ? Hé ? " Il s'adressa à Joskel. " Tu ne leur as pas dit que tu pouvais les défendre avec tes petits poings ? "
Les autres hommes rirent de nouveau et lancèrent des " Ouh ! Ouh ! " moqueurs ainsi que des sifflements graveleux en direction du trio. Joskel serra les poings de rage. Il savait qu'il n'aurait pas beaucoup de chances contre les hommes armés d'épées mais il pourrait en mettre quelques-uns par terre si la guerrière l'y aidait.
" Tu devrais mesurer tes mots, abruti. " Dit-il en crachant sur le sol devant lui. " Tu ne sais pas à qui tu t'adresses. "
Le chef des esclavagistes crut qu'il parlait de lui-même et rougit de stupeur et de fureur. " Quoi, tu oses me menacer, demi-portion ! Quand j'en aurai fini avec toi, tu seras ravi que tes deux mamans se chargent de ton pauvre petit corps. Mais ne crains rien, ta vie ne risque rien, tu vaux sûrement un bon prix. Je ne veux pas gâcher ma chance. "
Sur ces mots, il fit un signe de tête en direction de ses hommes qui se jetèrent sur le trio avec des cris de guerre. " Je les veux vivants et n'abîmez pas les femmes ! "
Le premier homme qui approcha de Xena, en fait, ne l'approcha pas. Il prit un coup de pied dans la poitrine qui l'envoya voler à plusieurs mètres.
Elle fit alors un bond dans les airs, se retournant pour atterrir derrière le gros du groupe qui se trouvait face à elle quelques secondes plus tôt.
La surprise aidant, elle en assomma un avec la poignée de son épée et l'autre d'un coup de coude percutant.
Pendant ce temps, Joskel avait repéré un assaillant devant lui qui ne portait qu'une dague. Il fit un pas en avant, esquiva le coup de la lame courte et attrapa l'homme par le bras. Il le fit voler par-dessus son épaule et atterrir violemment sur un rocher.
Xena se débarrassait maintenant de deux autres attaquants qui essayaient de lui porter des coups de pieds ou de poings pour suivre les ordres de leur chef.
La guerrière avait cependant le regard posé sur Gabrielle. Lors de l'arrivée des brigands, elle n'avait plus pensé que la jeune femme avait peut-être oublié jusqu'au maniement du bâton. Elle fut prise d'une certain frayeur à cette idée. La barde pouvait être blessée, il fallait qu'elle se rapproche d'elle et vite.
Mais un réflexe reste un réflexe. Et Gabrielle qui avait timidement pointé son bâton devant elle pour éloigner les hommes retrouvait maintenant des mouvements spontanés longuement pratiqués.
L'un des hommes essayait de la désarmer avec son propre bâton mais elle esquivait chaque coup. Elle finit par le faire voler au-dessus de la tête du malandrin et cogna fortement le haut du crâne de l'homme qui s'effondra sans un mot. Elle fit face à un deuxième assaillant. Rassurée, Xena continua à s'occuper des bandits qui l'avaient contournée pendant que son esprit était ailleurs. Ils se trouvaient entre elle et leur chef maintenant.
Celui-ci avait réalisé qu'il n'avait pas affaire à de simples voyageurs et qu'il n'était plus question de faire des prisonniers mais bien plutôt de sauver sa tête. Surtout après ce qu'il avait dit à la grande femme brune qui ne lui pardonnerait sûrement aucun de ses mots. Il sortit son épée et cria à ses hommes. " Oubliez l'argent. Débarrassez-vous d'eux comme vous voulez ! "
Les hommes ne se firent pas prier. Ils avaient aussi réalisé qu'ils ne repartiraient pas avec de la marchandise en plus. Ils sortirent leurs épées et devinrent plus menaçants.
Celui qui faisait maintenant face à Joskel fit un pas en avant et lança sa longue épée en direction de sa poitrine. Le jeune homme l'évita mais trébucha et tomba lourdement sur le sol. Sa tête toucha un gros caillou et il sentit le noir envahir son esprit. Oh, non ! Quel défenseur je fais... Gabrielle, adieu.. Furent ses dernières pensées avant de sombrer dans l'obscurité.
La jeune femme venait juste de se débarrasser de son second attaquant lorsqu'elle se retourna pour voir l'épée pointée au-dessus de la tête du jeune homme inconscient.
Elle poussa un cri perçant qui arrêta le mouvement suffisamment longtemps pour lui permettre de se jeter en avant et de bousculer le meurtrier. Celui-ci perdit l'équilibre, se reprit et fit face, avec une lueur assassine dans les yeux.
Il leva de nouveau l'épée, prêt à frapper Gabrielle à terre devant lui, et celle-ci était sur le point de fermer les yeux pour ne pas voir la suite lorsque... elle vit les yeux de l'homme s'agrandir de stupeur et devenir vitreux, en même temps qu'un objet rond fulgurant le frappait à la tête.
Elle n'eut que le temps de s'écarter pour éviter la pointe de l'épée qui s'enfonça dans le sol lorsque le corps s'effondra. Et resta posé sur la poignée.
Elle se releva rapidement et alla vers Joskel, tout en jetant un coup d'oeil vers l'endroit où se trouvait Xena.
Celle-ci avait réglé leur compte aux deux hommes qui avait essayé de la pourfendre. Elle se demandait où ils avaient appris à manier aussi mal l'épée. Ca avait été si facile.
Il restait maintenant le chef, qui avait reculé vers le bord de la falaise, les yeux révulsés de terreur. " Mais qui... qui es-tu donc ? " Demanda-t-il en bégayant de peur.
" Devine ? " Dit Xena en posant nonchalamment son épée sur son épaule avec un large sourire. " Grande, brune, du cuir, une armure, un chakram... Mmm ? "
" Oh, non ! " Maintenant la terreur était totale et l'homme était sur le point de s'évanouir. " Pas ça ! La Grèce est immense et il faut que je tombe sur toi... je m'excuse de ce que j'ai dit tout à l'heure. Laisse-moi la vie sauve, je t'en supplie ! Je serai ton esclave. " Il était tombé à genoux en jetant son épée au sol et pleurait.
" Relève-toi et filez avant que je ne change d'avis. " Dit-elle de son ton le plus 'ta vie est entre mes mains mais je suis magnanime' qu'elle pouvait mettre dans sa voix. " Et ramasse les déchets que tu traînes. Pff ! Mon esclave, je ne voudrais pas de toi même si on me donnait mille dinars. Et je suis contre l'esclavage, fais courir le mot. " Elle fit un geste de la main pour le renvoyer.
Il se jeta à ses genoux qu'il embrassa goulûment et rampa hors de sa portée. Elle lui donna un dernier coup aux fesses pour accélérer sa fuite. Il rassembla ses hommes encore valides et ils partirent en laissant quelques cadavres derrière eux. " Et arrêtez de jouer à des jeux qui ne sont pas de votre âge ! " Cria-t-elle alors que les fuyards détalaient dans un nuage de poussière.
Elle se tourna vers Gabrielle et vit qu'elle tenait un Joskel inanimé dans ses bras. " Comment est-il ? " Demanda-t-elle.
" Je crois qu'il s'est assommé en tombant mais ça ira. " La voix de la barde était mêlée d'inquiétude alors qu'elle regardait le jeune homme.
" Et toi... tu t'es bien défendue. " Dit la guerrière d'un ton hésitant.
La jeune femme la regarda en entendant ces mots. " Oui mais je ne sais pas comment j'ai fait, je n'ai jamais utilisé ce machin de ma vie. " Dit-elle en pointant du menton vers le bâton à terre.
Que tu dis, que tu dis, ma vaillante reine des Amazones. Elle entendit un faible hennissement de l'autre côté du tournant de la passe et décida d'aller jeter un coup d'oeil. Elle vit une charrette bâchée à laquelle était attelé un cheval marron et s'en approcha avec prudence. Lorsqu'elle sentit qu'il n'y avait aucun danger, elle contourna le véhicule et regarda à l'intérieur.
Ses yeux s'arrondirent de surprise à la vue du corps allongé et attaché au fond du chariot. Et surtout du visage à la moustache fine qui la regardait, incrédule. " Autolycus ! "
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