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LA RECONQUETE DE GABRIELLE2

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La reconquête de Gabrielle

 

par Fryda

 

 

partie 1partie 2partie 3

 

 

(Partie deux)

 

 

 

Pour les avertissements standards et de l'auteure, lire le début de la 1ère partie.

 

Note de l'éditrice : l'auteure a souhaité apporter un errat... un addendum à son avertissement (cf partie 1), je vous le livre

tel quel...:

 

Note de l'auteure : Je tiens profondément à remercier mon éditrice préférée (et unique) qui me soutient dans tous mes travaux, et parfois plus... Cette relation (virtuelle) ne peut que grandir celle qui existe déjà entre nos deux pays. L'émotion me saisit quand j'écris ces mots et je vais être obligée de couper là.

Et surtout, surtout, merci à mon public (comme disait Mireille Mathieu, tiens, on ne l'entend plus elle !)

 

 

 

****************

 

La reconquête de Gabrielle

 

par Fryda

 

(Partie deux)

 

 

 

 

" Mphenaph ! " Le Roi des Voleurs lâcha le nom au travers du bâillon qui entravait sa mâchoire. Le premier moment de surprise passé, il agita la tête pour lui faire signe de le délivrer, tout en la pointant vers un point situé au-dessus de sa tête.

Xena, qui avait constaté qu'il n'était pas blessé, décida de prendre un peu son temps. Ce n'était pas si souvent qu'on pouvait voir Autolycus le Grand, voleur entre les voleurs, mis en échec par de simples liens.

 

Elle lui sourit à pleines dents. " Bonjour, Autolycus. Il fait un peu chaud aujourd'hui, tu as raison de rester à l'ombre.. " Elle s'amusait vraiment de le voir agiter frénétiquement la tête.

" Fpiezje ! fas ve hibreh ! " Il partageait des coups d'oeil entre la guerrière, qui visiblement se moquait de sa situation - risible, il en convenait, pour sa réputation - et la bâche du chariot à peine éclairée.

Xena réalisa que quelque chose n'allait pas. L'attitude d'Autolycus, ses regards inquiets, le fait surtout qu'il soit toujours attaché là alors qu'il n'y avait plus de danger.

Elle atterrit lestement dans la charrette et s'accroupit sur le côté droit du voleur. Elle tira sa dague de poitrine pour le libérer des liens qui entravaient ses poignets, au bout des bras tendus derrière lui. Il réagit à sa surprise en secouant la tête de dénégation. " Hon ! "

En y regardant mieux, elle constata que les cordes qui retenaient ses poignets étaient rattachées à une autre, verticale, légèrement tendue, masquée en partie par un vêtement suspendu.

Cette corde montait jusqu'au sommet de la bâche, passait dans un anneau à l'horizontale, puis revenait au-dessus du corps d'Autolycus. A cet endroit, au-dessus du coeur, elle retenait une petite dague, pas assez longue pour causer des dégâts, mais... il y a sûrement autre chose, pensa la guerrière, ce piège est trop simple, surtout pour lui.

Xena se releva doucement après avoir hoché la tête de compréhension vers le voleur. Elle approcha son nez de la lame, très près, pas trop, sans la toucher surtout.

L'odeur âcre ne laissait aucun doute. La dague était empoisonnée. Il suffisait d'être simplement touché par elle ou de l'effleurer pour que le poison fasse son effet. Pas besoin d'une blessure, d'une éraflure, le simple contact avec les pores de la peau suffisait amplement, même au travers d'un tissu. Autolycus n'avait qu'une faible chance d'être suffisamment rapide pour se dégager une fois ses liens enlevés. Cela expliquait son inertie.

 

Bon. Si elle coupait la corde sur la partie verticale, elle pourrait la retenir le temps de permettre au voleur de rouler hors du champ de la dague et le libérer ensuite. Oui, mais... son instinct lui disait que ce n'était pas si simple.

Les malfrats avaient dû penser qu'Autolycus pourrait aussi libérer une seule de ses mains et tenir la corde avec l'autre. Mouais. Ils savaient visiblement à qui ils avaient affaire. Une commande ? Quelqu'un avait besoin du Roi des Voleurs et payait sûrement cher pour l'avoir. Il faudra m'expliquer mon ami, une fois que nous serons sortis de là.

 

Alors, quoi d'autre ? Xena leva un sourcil vers l'homme à ses pieds en questionnement. " Autolycus, ça me semble trop facile, il y a autre chose, les as-tu vu préparer cet équipement. "

Il leva les yeux au ciel d'un air exaspéré. " Fenlef ma sa ! Pfff ! " La guerrière réalisa soudain qu'elle lui avait laissé le baîllon et ne pouvait raisonnablement pas attendre une réponse cohérente. Elle poussa un petit gloussement qui agaça encore plus le voleur.

" Je vais t'enlever ce truc. Tu pourras mieux parler. " Dit-elle en continuant à rire doucement. Elle se mit sur un genou et ôta le morceau de tissu d'un mouvement sec.

" Merci. Ô Grande Princesse Guerrière de la Logique. Je crois AUSSI que je pourrai m'exprimer plus clairement sans ce machin, qui m'empêche également de respirer et de me concentrer. Et tu me diras ce que tu fais là après que nous aurons réglé ce petit inconvénient. "

Il ne souriait pas du tout.

" Tu parles trop, Autolycus. Et pas assez de ce que je veux entendre. Qu'y a-t-il de plus que cette dague ? " Elle avait repris un air sérieux et scrutait le chariot à la recherche d'un indice.

" Je pensais juste couper la corde et la retenir pendant que tu te relèves. La lame est empoisonnée. " Elle dit cela en mettant la pointe de sa propre dague successivement sur la corde puis près de la dague en question.

" Oui, je sais. Pourquoi crois-tu que je suis toujours là. Xena, parfois tu doutes de moi et je n'apprécie pas particulièrement ça. " Il dit cela d'un ton exaspéré.

" Oh, je doute de toi, mon ami. Alors, je pense que tu as une idée de la manière dont tu vas te tirer de là. Sans moi. " Et elle fit mine de se relever en cachant un sourire à la vue du voleur entravé et pourtant toujours si orgueilleux.

" Attends, attends ! " Le ton de sa voix s'était radouci. " Ce que tu peux être susceptible quand tu t'y mets. Il y a autre chose, oui, et je ne peux pas faire grand chose tout seul, je l'admets. " Il soupira.

La guerrière reposa son genou sur le sol du chariot. " Bon, quelle est cette autre chose qui met un obstacle au plan A ? " Demanda-t-elle d'une voix neutre.

" Et bien. Sous mon... sous mes fesses, il y une sorte de bouton-poussoir. S'il est relâché, il déclenche un frottement et une étincelle. Sous le chariot, il y a assez de paille pour enflammer tout ce truc autour de nous, qu'ils ont imbibé d'un machin extrêmement inflammable. Ils m'ont dit que s'ils devaient perdre leur prise, ils préféraient autant que personne ne l'ait. Je te jure, ils ont des idées parfois, ces abrutis..." Il leva les yeux au ciel en disant ces derniers mots.

" Et leur chef a ajouté qu'il était inutile d'essayer de désamorcer le truc tant que j'étais dessus. Il avait prévu ton arrivée, il faut croire. " Il soupira.

Xena réfléchit à la situation. " Ok, plan B. Je coupe les liens autour de tes jambes. Je coupe la corde. Je retiens la corde. Tu bondis aussi vite que tu peux et tu sors du chariot. Tu as dit que le bouton est sous... tes fesses ? "

" Oui, sous la droite, pour ce que je sens. " Dit-il en grimaçant à l'écoute de ce plan absurde comme d'habitude. Mais la plupart des plans absurdes de Xena fonctionnaient malgré tout, sauf bien sûr quand c'était Gabrielle qui les mettait en oeuvre... Tiens, où était-elle donc, celle-ci ?

" Bon, alors, je compte jusqu'à trois et tu sautes, ok ? " La guerrière parla d'une voix calme tout en se relevant. " Un... "

Mais le voleur n'était pas homme à laisser quiconque risquer sa vie pour sauver la sienne. Et surtout pas Xena. " Attends, Xena ! " Autolycus avait réalisé la faille dans le plan de la guerrière.

" Deux... " Xena ne semblait pas avoir entendu, ou ne pas vouloir entendre.

" Et toi ? " Demanda-t-il rapidement en la suppliant du regard d'arrêter. Mais la dague était maintenant tout contre la corde et la guerrière semblait résolue.

" Trois ! " Le corps d'Autolycus bondit en avant par pur réflexe de survie. Il se retrouva le nez dans la poussière après une roulade, les mains toujours entravées. Il ferma les yeux et s'attendit à la vague de chaleur déclenchée par le feu derrière lui. Mais rien...

Il se mit à genoux et se retourna lentement pour entendre une voix impatiente en provenance du fond du chariot.

" Bon, je ne vais pas y passer la journée, tu veux bien aller enlever la paille sous le chariot ? Si tu n'as rien d'autre de prévu dans le coin aujourd'hui, bien sûr. "

 

Autolycus revint avec précaution tout en se débarrassant prestement de ses derniers liens. Il jeta un coup d'oeil circonspect à l'intérieur. Il ouvrit légèrement la bouche en voyant Xena, sur un genou, qui tenait la corde d'une main, son long bras étiré, et qui pressait le bouton de son talon.

" Ca vient, oui ? " Dit-elle en jonglant nonchalamment avec sa dague de la main droite, le coude sur le genou droit, tout en le fixant de son regard bleu perçant. " Moi, j'avais prévu autre chose aujourd'hui. "

Sans un mot, le voleur disparut sous le chariot et se glissa à l'endroit où la paille couvrait le mécanisme protubérant. Il ôta tout ce qui pouvait s'enflammer en toussant, les brins de paille lui tombant sur le visage.

" C'est bon, Xena, tu peux... relâcher. " Il gardait les yeux sur le système, hypnotisé, incapable de bouger, inquiet que les malfrats aient prévu encore une autre surprise.

Il entendit un léger déclic au moment où la guerrière levait le talon. Il y eut une étincelle qui l'aveugla un court instant et il vit... une petite flamme qui démarrait au-dessus de sa tête.

Il souffla avec frénésie pour éteindre la lueur menaçante qui pouvait les envoyer tous les deux au Tartare. Ca, c'est une chose dont il n'avait jamais douté, même si Gabrielle avait souvent des mots gentils pour lui dire qu'au fond de lui, il était un bon bougre. Enfin, en tout cas, ce qui me console, c'est que j'y serai avec ma Princesse Guerrière préférée, pensa-t-il en fermant les yeux.

" Je t'ai dit que tu avais raison de te mettre à l'ombre, mais n'en abuse quand même pas. " Autolycus entendit la voix moqueuse au bout du chariot et y vit le visage de la guerrière, souriant.

Il roula sur le côté et rejoignit Xena, la prit dans ses bras dans un élan irraisonné et la souleva, légèrement, de terre. " Oh, Xena, tu es.. fabuleuse. "

" Ca non plus, n'en abuse pas. " Dit la guerrière en se dégageant de la prise du voleur.

Soudain, un éclair de compréhension jaillit dans les yeux de l'homme lorsqu'il vit le sourire malicieux sur le visage de la grande femme qui lui faisait face.

" Hé ! Attends... " Il la tint au bout de ses bras. " Tu aurais pu aller enlever toute cette paille de dessous le chariot AVANT de me libérer. Et m'épargner toute cette frayeur ! " Il avait maintenant une expression courroucée sur son beau visage fin, il comprenait le tour que Xena venait de lui jouer.

" Oui, bien sûr. " Répondit la guerrière, un éclair de malice dans ses yeux bleus. " Mais ça aurait été moins drôle. Et je suis certaine que tu te voyais déjà au Tartare avec moi. "

" Sûrement pas ! " Dit-il en s'éloignant. " D'abord, moi j'irai aux Champs Elysées. Et si vraiment... alors tu penses bien que je ferai tout pour t'éviter. Bon, où est ta complice ? " Demanda-t-il pour esquiver le sujet.

" Oh, Gabrielle ? Et bien, elle est par là et je ferais bien d'aller voir si tout va bien. " Le ton souriant avait disparu de la voix.

 

La guerrière s'arrêta près de la jument marron attelée au chariot et qu'Argo avait rejointe dès le début de la bataille lorsque Xena l'avait renvoyée pour éviter qu'elle ne soit blessée.

" Très bien, ma fille, tu t'occupes d'elle, j'aimerais garder cette charrette, tu me l'amènes par là si tu veux bien. " Dit-elle à l'oreille de la grande jument dorée.

A ces mots, Argo poussa doucement le flanc du cheval marron qui démarra lentement en direction du tournant de la passe, et suivit les deux humains.

L'équipage arriva en vue de Gabrielle qui se tenait toujours sur le sol, les jambes repliées sous elle, la tête de Joskel sur les genoux.

Elle ouvrit la bouche à la vue de l'ensemble dont elle imaginait mal d'où il sortait. Elle s'était concentrée sur l'état du jeune homme et avait un peu perdu la notion du temps.

L'homme qui accompagnait la guerrière lui souriait et étendait les bras comme s'il la connaissait. Elle sentit quelque chose au fond de son esprit. Encore un truc bizarre, pensa-t-elle en secouant la tête. En tout cas il n'a pas l'air dangereux et Xena semble le connaître. Malgré son inquiétude, elle lui sourit en retour, timidement.

" Gabrielle, comme je suis content de te revoir. C'est toujours un plaisir de retrouver ses amis, surtout après les épreuves que je viens de subir. " A ces mots, il se tourna légèrement vers la guerrière et eut un rictus qui en disait long.

 

Xena observait la jeune femme qui regardait le Roi des Voleurs sans avoir la moindre lueur de reconnaissance dans son expression.

Encore raté ! Pensa-t-elle. Il va vraiment falloir trouver un truc plus efficace.

Elle fit un grand pas en avant pour agripper Autolycus par sa veste en cuir et le tira légèrement en arrière jusqu'à ce qu'il soit à portée de son oreille.

" Il va falloir que je te parle, Autolycus. Elle ne te reconnait pas, je t'expliquerai. " Le voleur tourna la tête dans sa direction, l'air étonné.

" Elle... ne me reconnait pas. Tu veux rire ! Et ce sourire ? C'est celui qu'elle me réserve toujours. "

" Oui, bon, tu penses ce que tu veux mais je t'expliquerai plus tard. Il faut s'occuper du garçon maintenant, alors tu m'aides et tu la laisses tranquille jusque là, OK ? "

 

L'expression de Xena était sérieuse et Autolycus devina qu'elle ne blaguait pas. Elle blaguait rarement d'ailleurs quand quelque chose clochait avec Gabrielle, il en avait fait l'exprérience. " OK ? Qu'est-ce qui lui est arrivé ? " Demanda-t-il en s'approchant de la jeune barde.

" Il est tombé pendant le combat contre les bandits. Il s'est cogné à la tête. Ca fait un moment maintenant et il ne reprend toujours pas connaissance. " Gabrielle caressait doucement la tête du jeune homme. Elle leva les yeux vers Xena. " J'étais sûre que tu nous avais abandonnés. " Elle avait un triste sourire auquel l'expression de la guerrière fit un écho sinistre.

S'accroupissant, Autolycus posa une main sur le bras de la jeune femme et dit d'une voix profonde. " Gabrielle, elle ne fera jamais ça. Elle ne l'a jamais fait. " Il avait une telle sincérité dans le regard et dans la voix, et la main si douce sur son bras, qu'un frisson parcourut le dos de la barde malgré la chaleur.

" Bon, nous allons le mettre dans le chariot, il sera à l'abri et je vais lui donner quelque chose. Je ne pense pas que ce soit grave. " La guerrière s'était approchée silencieusement et remerciait intérieurement le voleur de ses mots.

Ils s'occupèrent de Joskel, lui donnèrent de l'eau, le chariot contenait plusieurs outres pleines, ce qui n'était pas pour déplaire à Xena.

Ainsi que quelques provisions qui leur permettraient de tenir jusqu'à Syphos.

La jeune barde s'installa auprès du jeune homme et Xena en profita pour s'éloigner et faire signe à Autolycus de la suivre. Elle lui raconta alors les événements qui les avaient amenées à croiser sa route.

 

" Alors, si je comprends bien ce que tu me racontes, le coup sur la tête l'a rendue amnésique. Pfuit ! Plus rien ! " Autolycus porta la main à sa tempe et fit un geste de balayage pour imager ses mots.

Il marchait au côté de la guerrière et menait la jument marron par les rênes, Argo trottinait de l'autre côté de sa maîtresse. Les deux jeunes gens étaient installés dans le chariot et Xena était ravie de l'opportunité qui lui était offerte d'éviter la marche à Gabrielle. Joskel avait doucement repris connaissance mais ne pouvait pas se tenir debout pour le moment. Ce chariot était une bénédiction.

" Non, pas 'plus rien'. C'est plus compliqué que ça, j'ai l'impression. " L'expression de Xena était partagée entre l'inquiétude et une sorte d'agacement.

" Tu me dis qu'elle ne se souvient plus de vos deux années passées ensemble, c'est ça ? Et de moi, non plus, ça, c'est plutôt étonnant... "

Xena soupira doucement en lui jetant un regard en coin. Il ne changera donc jamais... " Autolycus, je n'ai pas dit qu'elle ne se souvenait plus de notre vie commune. Elle semble avoir conservé des impressions. Elle n'est pas étonnée d'être là avec moi mais... "

" Mais ? " Interrogea le voleur après le petit silence qui s'était installé.

" Et bien, je lui ai raconté l'essentiel de ces deux ans mais elle ne veut pas entendre. Elle croit que je me sers d'elle pour dieu sait quoi, et se demande pourquoi elle est restée si longtemps sans réagir. Elle interprète les choses... " Xena garda le silence un court instant, puis :

" Enfin, elle semble ne plus avoir peur de moi maintenant, de celle que je suis toujours dans son esprit, en tout cas. "

 

La longueur de la tirade était inhabituelle chez la guerrière, et Autolycus en déduisit qu'elle était perturbée par la situation. Chose peu commune pour une femme de la trempe de Xena qui en avait vécu de plus terribles.

" Elle interprète... tu veux dire qu'elle accepte ta présence dans sa vie mais te donne un rôle différent ? " Le Roi des voleurs ressentait l'implication de sa formulation et il vit le léger, oh, très léger, tressaillement sur la joue de Xena.

" Pour elle, je ne suis que la Princesse Guerrière, le féroce seigneur de guerre dont on raconte les méfaits dans les auberges pour faire peur aux enfants. Elle veut que je la ramène chez elle à Potadeia, son village qu'elle a pourtant quitté de son plein gré. "

" Xena, tout à l'heure dans son regard, il y avait quelque chose et ce n'était pas de la peur. Il ne faudrait peut-être pas grand chose pour qu'elle retrouve la mémoire. " Il repensait à leurs aventures communes.

" Je l'aime bien, moi, je ne voudrais pas avoir à lui expliquer de nouveau quel homme merveilleux je suis, et ce qu'elle rate en ne me reconnaissant pas. Encore que... ce ne serait peut-être pas si désagréable. " En disant ces mots, il tournait doucement sa moustache dans ses doigts et arborait un petit sourire absent sur les lèvres. Et Xena ne mit pas longtemps à deviner où ses pensées l'entraînaient.

" Autolycus, n'y songe même pas. " Elle dit ces mots d'une voix basse, presque dans un grondement, en lui lançant un regard bleu acier qu'il ne remarqua cependant pas.

" Ca ne fait pas partie de mon plan. " Ajouta-t-elle. " Et ce n'est pas un événement que je souhaite ramener à son esprit. Il reviendra seul si c'est nécessaire, sinon, autant qu'elle l'oublie. Ote-toi ça de la tête. Ne me fais pas regretter de t'avoir sorti de ce chariot. "

Le ton menaçant de la voix attira l'attention d'Autolycus qui sortit de sa semi-rêverie et réalisa que la guerrière le foudroyait du regard. Il décida de détourner l'orage qui couvait vers quelqu'un d'autre.

" Oh ! Xena, non, non. Je pensais juste... que la... nouvelle Gabrielle a l'air d'avoir un petit faible pour le beau musclé là-dedans, non ? "

" Gabrielle a toujours eu un faible pour... les faibles et les opprimés. Il est blessé, elle est inquiète, c'est tout et c'est normal. " La guerrière avait repris un visage sans expression, du genre 'Moi, je ne m'encombre pas de blessés, mais si d'autres veulent le faire', qui coupait court à toute discussion.

" Ok. Mais je suis inquiet pour elle et j'aimerais aller lui parler. Ca t'ennuie si je te laisse un instant ? " Tout en parlant, il lui tendit les rênes qu'elle prit sans rechigner.

" Mmm... ça ne m'ennuie pas de rester seule, mais fais attention à ce que tu lui dis. " Elle lui lança un regard acéré mais il avait déjà disparu derrière elle et arrivait à l'arrière du chariot à l'intérieur duquel il grimpa lestement.

 

" Salut vous deux ! Tout va bien ? Je boirais bien un peu d'eau, il fait chaud là-dehors et la Princesse est bavarde. Il a fallu que je tienne la conversation. " Il sourit à l'idée de la tête que la dénommée ferait en entendant ce portrait d'elle.

La jeune barde lui tendit une outre et il but lentement. " Ah ! Ca fait du bien. Mais tu dois avoir soif aussi Gabrielle, non ? Je sais que ma barde préférée oublie toujours de boire, même quand elle raconte ses histoires. "

" Ta barde préférée ? Des histoires ? De quoi tu parles ? Et puis on ne se connaît pas alors comment peux-tu dire ça ? " Elle le regardait d'un air à moitié étonné. Xena a raison, se dit-il, une partie de son esprit a l'air de se souvenir et une autre refoule la réalité.

" Oublie ! " Il se mordit intérieurement la lèvre de ce jeu de mot involontaire. " Je dois te confondre avec quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui voyage avec Xena depuis deux ans et qui te ressemble étrangement. "

" Ah oui ! C'est aussi ce que je me disais. " Ajouta Joskel, dont Autolycus avait presque oublié la présence, alors qu'il se tenait assis près, presque contre la jeune femme. " Mes parents m'ont parlé d'une jeune femme, une conteuse qui accompagnait la Princesse Guerrière lorsqu'elle les a sauvés. Ca doit être d'elle dont tu te souviens ? "

Mais qu'est-ce qu'elle peut bien trouver à ce jeunot ? Pensa le voleur avant de retourner son attention vers la barde. " Celle dont je me souviens est une jeune femme rieuse, désireuse de voyager et de vivre des aventures merveilleuses qu'elle sait si bien raconter. Et j'espère bien la revoir vite. "

 

Gabrielle le fixait de ses beaux yeux verts, un peu arrondis, comme dans un effort pour saisir ce qu'il disait. " Et bien, j'espère aussi que tu la retrouveras. En tout cas moi, tout ce que je veux, c'est rentrer chez moi et revoir ma famille, l'aventure, c'est pas mon truc. "

Ils s'aperçurent que le chariot s'était arrêté et que Xena se trouvait à l'arrière en train de les regarder tous les trois.

" Bon, nous avons avancé moins vite que je ne l'espérais. Nous ne pourrons pas être à Syphos avant la nuit. Nous allons nous arrêter ici."

" Sur ces mots, elle tourna les talons et disparut. Autolycus sauta à bas de la charrette et la vit qui s'affairait à préparer le campement.

Il s'approcha d'elle et vit la tension dans son dos. Il posa affectueusement la main sur son épaule droite, à l'endroit où l'armure ne la couvrait pas. " Xena, nous trouverons un moyen, je te le promets, notre Gabrielle va revenir. "

La guerrière tourna légèrement la tête vers lui et sourit d'un air penaud. " Merci. Je regrette ce que j'ai dit tout à l'heure. Tu es un ami et je ne te laisserai jamais tomber, Autolycus. "

" Moi non plus, Xena. Quoi que cela coûte, je ne peux pas vous laisser comme ça. Vous êtes les deux femmes les plus importantes de ma vie. Enfin, celles qui sont restées plus d'une semaine. " Il dit cela avec un immense sourire dans le but de dérider la guerrière. Et il y réussit en partie.

 

 

 

*************

 

Le repas, ce soir-là, comme les autres, s'était déroulé en silence. Cependant, Gabrielle lançait des regards fréquents en direction du Roi des Voleurs, un peu déroutée encore par son attitude et certains des mots qu'il avait employés.

Joskel ne manquait pas un seul de ces coups d'oeil et en était affecté, parce qu'il était vraiment tombé amoureux de la jeune femme et il supportait mal qu'elle ne lui prête plus attention depuis leur arrêt.

Elle irradiait quelque chose qu'il n'avait jamais ressenti auparavant. C'est vrai que, bon, les filles du village... Il l'avait quitté assez jeune et là, il avait rencontré quelqu'un qui pour lui, représentait l'idéal de la féminité.

Ces yeux verts brume superbes. Ces longs cheveux blonds ? roux ? Sa peau bronzée. La chemise blanche, trop grande pour elle, qui lui allait en fait à ravir. Le tissu léger se collait doucement aux endroits où la chaleur, bien que redescendue, faisait naître un soupçon de transpiration. Il avait bien compris que le vêtement appartenait à la guerrière mais il ne cherchait pas trop à comprendre pourquoi c'était Gabrielle qui le portait.

Il avait encore le souvenir fugitif des vêtements qu'elle avait découverts en enlevant la chemise la veille près de la rivière. Gloups... arrête, mon gars ! Ne pars pas dans cette direction. Les sensations ramenées par le souvenir étaient plutôt fortes maintenant et il valait mieux les repousser avant que quelqu'un ne remarque son... trouble.

Il ramena son esprit à des choses plus " intellectuelles ". Bon, la guerrière avait accepté qu'il les suive, mais pas au début. Elle semblait tenir à la jeune femme et rechigner à l'emmener à Poti... Poto... enfin là où Gabrielle voulait aller.

Gabrielle qui semblait, elle, vouloir s'éloigner de la femme aux cheveux noirs qui avaient allumé des étincelles de frayeur dans ses yeux verts brume, superbes... Assez ! Joskel se mit mentalement une claque.

Ah ! Et puis, le nouveau maintenant... Autolycus, un nom qu'il croyait avoir déjà entendu mais où et quand ?

En tout cas, il faisait un certain effet à Gabrielle et ça, ça ne lui plaisait vraiment pas. J'espère qu'il ne va pas rester avec nous, celui-là !

Il avait ressenti la présence de l'homme plus âgé et à l'allure élancée, comme celle d'un rival potentiel.

Il aimerait la débarrasser de la guerrière et du bellâtre mais il fallait qu'il trouve un moyen de connaître les sentiments de la jeune femme à son égard, d'abord. Parce qu'il ne voulait pas prendre le risque de se retrouver ridicule face aux deux autres. Ca lui était déjà arrivé une fois avec une gamine du village et il ne s'en était pas remis.

 

La fille était la plus jolie des environs, de l'avis de tous les garçons entre 13 et 15 ans qui cherchaient ses faveurs en se bagarrant pour montrer qui était le plus fort. Ce qui plaisait fortement à la jeune fille.

Lui, il était plutôt timide et se tenait un peu à l'écart. Il lui faisait des cadeaux " anonymes ". Une fleur sur le bord de la fenêtre, un poème par-ci par-là, il n'était pas très doué mais bon, le coeur y était. Et puis, il n'était pas très développé pour son âge et la bagarre n'était pas son truc.

La fille ne disait rien, mais elle arborait les fleurs et lisait les poèmes. Mais elle ne semblait pas savoir d'où ils provenaient, en tout cas, elle n'en parlait pas.

Un jour cependant, alors que le groupe s'était formé autour d'elle, lui se tenait un peu plus loin, appuyé sur la barrière du corral de ses parents, elle minaudait en tenant un dessin à bout de bras.

" Tiens, tiens, on dirait que mon amoureux secret a des idées précises sur ce qui pourrait me divertir. " En disant cela, elle tenait le morceau de papier hors de portée des autres qui essayaient de le lui arracher.

Joskel regardait la scène avec horreur. Il avait reconnu le parchemin et savait qu'elle ne doutait plus maintenant de son auteur. Il avait été tellement explicite dans sa description.

La fille, Fidélia, oui c'était son nom, il s'en souvenait comme si c'était hier, avait un sourire diabolique sur le visage. Et elle se tourna soudain vers lui, plantant ses yeux noirs dans les siens.

Elle savait, mon dieu ! Quelle serait sa réaction. Le monde s'écroulait autour du jeune garçon, qui aurait voulu s'enterrer au plus profond du sol sous ses pieds. Quelle que soit sa réaction, Joskel savait déjà qu'il rougirait jusqu'à l'explosion. Mais il espérait tant que ce serait de joie...

" Alors, voilà ce que tu aimerais que nous fassions tous les deux, mon joli petit amoureux ? " En disant ces mots, elle laissa tomber le papier auquel des mains curieuses et impatientes ne laissèrent aucune chance d'atteindre le sol.

Il sentait la terre se dérober sous ses pieds et la fièvre gagner son front. " Ah ! Ah ! Ah ! " Son rire le transperça comme une volée de flèches. " Mon pauvre petit, mais tu ne saurais même pas me tenir convenablement avec tes petits bras. " Et elle se retourna vers les autres qui s'esclaffaient à leur tour en regardant le dessin.

Il le savait. Il le savait. Il aurait dû garder encore le secret de son amour juvénile pour elle. Maintenant, il avait sa réponse.

Jamais il n'aurait dû écrire le nom du cheval sur lequel il les avait dessinés, elle assise devant lui sur la selle, souriante et heureuse, et lui, l'air triomphant du guerrier qui a délivré sa belle. Il était trop doué en dessin et rien que ça aurait suffi à faire deviner qui était derrière tout ça. Mais le nom du cheval de ses parents... quelle idée !

Pendant qu'il pensait à tout ça, le groupe s'était avancé vers lui d'un air menaçant, leur chef en tête, un grand balaise qui avait les faveurs de Fidélia.

" Cot ! Cot ! Cot ! Alors on fait ses coups en douce, trouillard. Tu n'aimes pas la façon dont les grands garçons règlent leurs petits problèmes. Alors nous allons t'apprendre et vite. " Et sur ces paroles, il sentit une nuée de mains qui assombrissaient le ciel au-dessus de sa tête qu'il protégea du mieux qu'il put de ses bras repliés. Et il entendit le rire moqueur de l'objet de son amour et de son tourment.

Il avait mis trois jours à récupérer de la raclée. Mais le plus dur avait été de trouver une excuse pour ses parents inquiets. Ce n'était pas vraiment la première fois mais là, il serait mort de ridicule.

Et c'est à cause de cette expérience qu'il avait décidé qu'il ne serait plus jamais battu par personne, qu'aucune femme ne se moquerait du gringalet qu'il avait été, et il avait commencé à s'exercer à soulever des rochers de plus en plus gros.

 

Plus jamais battu par personne... Il soupira. Et tu n'as même pas été capable de protéger la femme superbe dont tu es tombé amoureux. Elle aurait pu être tuée et toi...

Il s'aperçut soudain que Gabrielle le regardait. Il avait dû soupirer un peu fort. " Ca ne va pas ? Ta blessure te fait souffrir ? " Demanda cette dernière avec un peu d'inquiétude dans les yeux.

Il hésita un très court instant à dire oui. Ca ramènerait son intérêt pour lui mais... Il ne voulait pas paraître faible encore une fois face à elle.

" Non, non. C'est juste que j'ai trop mangé. C'est plutôt à moi de te demander si tu n'as pas mal. "

Gabrielle passa doucement la main dans ses cheveux et sourit. " Non, c'est juste un peu douloureux à un endroit mais je n'ai plus de vertiges. Je ferai vérifier à Potadeia, dès que nous y serons. "

 

A ces mots, Xena se leva d'un bond, prit son épée posée à côté d'elle et dit sans les regarder, ce qui avait également été le cas pendant tout le repas. " Je vais inspecter les environs. Je ne voudrais pas que nos ennemis aient décidé de revenir plus nombreux. "

Autolycus fit mine de se lever pour la suivre et se ravisa. Elle devait avoir besoin de réfléchir et elle préférerait sûrement être seule. Il connaissait bien sa guerrière depuis toutes ces années.

Elle s'enfonça dans la nuit en silence pendant que Gabrielle se relevait. " Je pense que je vais aller laver nos bols dans la petite mare que je vois là-bas. "

Autolycus bondit sur ces pieds. " Je vais t'accompagner, ce sera plus prudent. " Et ils partirent en laissant un Joskel désemparé qui se dit que sa tâche serait plus ardue qu'il ne le prévoyait.

 

 

 

*************

 

 

 

La mare ne se trouvait pas loin de leur campement, et de là, Autolycus pouvait voir le feu briller. Mais ils étaient à distance de voix et c'est ce qui comptait. Il voulait profiter de cet instant d'intimité avec la jeune femme pour tenter de ramener quelque chose en elle.

Gabrielle se pencha vers l'eau et commença à rincer les bols et les couverts. Elle était troublée par la présence de l'homme qui se trouvait à ses côtés mais elle n'en reconnaissait pas vraiment la cause.

Bien sûr, il était agréablement constitué et il parlait gentiment, mais ce n'était pas le même genre de trouble qu'avec Joskel. Pour le jeune homme, elle comprenait, bon un garçon mignon, gentil, elle avait déjà ressenti cette impression souvent, même si elle ne se souvenait plus exactement des circonstances.

Non, là, c'était un mélange d'attraction - physique ?- et mentale. Une curiosité bizarre au fond de son esprit qui lui envoyait des signaux qu'elle ne déchiffrait pas.

" Tu as eu l'air de dire que tu me connaissais tout à l'heure, mais moi je ne me souviens pas. " Elle tourna la tête vers lui, l'air inquisiteur.

" Et bien, oui nous nous connaissions, mais c'était dans une vie antérieure. " Dit-il avec un sourire.

" Antérieure ? " Elle fronça les sourcils en se demandant s'il se moquait d'elle. " Qui es-tu exactement ? "

Il soupira doucement et écarta largement les bras avant de ramener une main sur sa poitrine et de se pencher pour faire une courbette. " Autolycus, Roi des Voleurs, Prince de l'Evasion, pour te servir, ma Reine. "

" Autolycus ! Oh ! Ses yeux s'agrandirent. Le Roi des Voleurs ! Oh, j'adore les histoires qu'on raconte sur toi. " Ses yeux brillaient maintenant.

 

Et la plupart d'entre elles, c'est toi qui les raconte, ma petite fille, pensa-t-il, amusé, tant elle avait l'air d'une enfant qui découvre que son héros existe vraiment. Il laissa passer un long moment sans dire un mot, espérant que la nouvelle ferait son chemin dans son esprit.

" Tu... tu connais les hommes qui nous ont attaqués ? " Demanda-t-elle, histoire de meubler le silence qui s'était installé, quelque chose qu'elle avait rarement supporté.

L'homme s'accroupit à côté d'elle et lui prit les objets qu'elle continuait à passer dans l'eau d'un air machinal. " Non. "

" Tu n'étais pas avec eux, alors ? " Elle se dit que sa question était idiote ; puisque Xena ne l'avait pas assommé, c'est qu'il n'était pas de la bande. Bon, mais la question était partie, alors...

" Non, en fait, j'étais leur prisonnier. " Il s'interrompit brusquement. Autolycus, tu viens de dire une bêtise.

Evidemment, ça n'avait pas échappé à Gabrielle, amnésique peut-être mais toujours aussi vive. " Prisonnier ? Mais je croyais que tu étais le Prince... "

" De l'Evasion. Oui, oui. Mais en fait, je soupçonnais ces hommes de vouloir quelque chose de moi et je les ai laissé m'emmener pour le découvrir. Sinon, tu penses bien que... " Il la regardait en espérant que ce truc marche. Elle était plutôt intelligente, la gamine.

" Oh, OK, je comprends. Alors, tu ne sauras pas. Ca fait longtemps que tu connais Xena ? "

" Assez oui. C'est une brave fille, je l'aime beaucoup. " Il se releva tout en lui prenant la main pour l'aider.

" Brave ! Ben, ça alors, c'est bien la première fois que j'entends dire ça d'elle. Tu as une idée de ce qu'elle fait ? C'est un seigneur de guerre... elle pille les villages, elle laisse des cadavres derrière elle. Je suis sûre qu'elle torture les pauvres gens par plaisir avant de les tuer. Et elle ne laisse personne pour raconter, personne, tu entends ? " Elle parlait d'une voix précipitée, comme quand elle racontait ses meilleures histoires, pensa le voleur.

 

" Gabrielle, tu l'as vue faire ? Tu y étais ? Tu as rencontré quelqu'un qui peut témoigner que c'est ce qu'elle fait en ce moment ? Et puis, elle n'a jamais torturé de pauvres gens ni mis à mort des femmes et des enfants lorsque... " Il s'interrompit. Ce n'était pas le meilleur chemin, parler de ça, même si c'était le passé, ne ferait pas de bien à la réputation de Xena dans l'esprit de la jeune femme.

" Ben, enfin, c'est ce que racontaient les bardes qui passaient par Potadeia avant que je... qu'elle ne me... enfin avant. " Elle s'était calmée en voyant la passion qu'Autolycus mettait à défendre la guerrière.

" Gabrielle. Cette femme a connu des moments terribles dans sa vie. Elle s'en est sortie grâce à quelqu'un de formidable qui l'a abandonnée, j'espère, pour un court moment, et qui va revenir à son côté pour mener le combat contre son passé. " Il lui tenait les épaules maintenant et la regardait fixement dans les yeux. Il vit une lueur mais est-ce que ça voulait dire quelque chose?

" Tu veux dire qu'elle n'est plus... la Princesse Guerrière ? " Une étincelle de doute dans les yeux à peine éclairés par la lumière de la Pleine Lune.

" Si, Gabrielle, elle sera toujours la Princesse Guerrière. Mais maintenant ce nom a acquis une réputation de noblesse. Et elle le mérite vraiment. " Il se demandait s'il devait continuer dans cette voie, Xena l'avait averti... " Et elle a même donné sa vie pour le mériter. "

" Hein ? Donné sa vie ? Tu es fou ou quoi ? Par Hadès, c'est impossible, comment pourrait-elle être là ! "

 

Elle le regardait tellement intensément qu'il lui semblait revivre cet instant magique, où Xena avait pris possession de son corps et avait souhaité, une dernière fois, peut-être, saluer sa meilleure amie. Il avait accepté, il sentait le lien entre ces deux femmes tellement fort, il ne pouvait pas les priver de cette ultime rencontre.

Ses mains avaient ostensiblement glissé le long du corps de Gabrielle qui ne bougeait pas, comme hypnotisée par l'atmosphère autour d'eux. Elle se posaient maintenant de chaque côté du bassin de la jeune femme, les yeux toujours fixés sur ceux d'Autolycus. Dont la tête se baissait doucement jusqu'à ce que ses lèvres soient proches, toutes proches...

Gabrielle ferma les yeux, comme submergée par la magie qui se dégageait. Le Roi des Voleurs eut un instant d'hésitation et... se retrouva soudain les fesses dans l'eau, après un choc terrible.

Il regarda avec surprise la grande guerrière qui l'avait bousculé et se tenait à sa place, le mitraillant d'un regard bleu acier furieux. Avec une expression qui en disait long. Il préféra rester où il était sans un mot.

Au moment où Xena tournait la tête vers Gabrielle et ouvrait la bouche pour dire quelque chose, celle-ci entrouvrit les yeux, étonnée qu'il ne se passe rien, son émotion tellement intense qu'elle n'avait rien entendu.

Elle vit le visage de la guerrière tout près du sien et ce fut la seule chose dont elle se souvint. Elle perdit connaissance et s'effondra dans les bras de Xena.

 

 

************************

 

 

La jeune barde reprit ses esprits, allongée sur la couverture, près du feu léger destiné à réchauffer leur repas plus que leurs corps. La tête lui tournait encore un peu aussi elle n'ouvrit pas les yeux immédiatement, mais elle sentit une présence auprès d'elle. Elle bougea légèrement.

" Oh ! Tu es réveillée. " Demanda une voix douce.

" Ooohh ! Je crois que oui. " Mais je me demande si je vais ouvrir les yeux d'après ce que me rapporte mon esprit. Elle décida que de toutes les façons, elle n'avait rien à perdre et elle leva doucement une paupière... pour rencontrer le regard de Joskel, inquiet.

Bon, qu'est-ce qui m'est arrivé dernièrement encore ? Se demanda-t-elle un peu irritée de sa faiblesse, elle qui avait toujours été la jeune fille la plus intrépide du village.

 

Tout en ouvrant un peu plus les deux yeux, elle inclina légèrement la tête pour regarder derrière Joskel, d'où une voix courroucée lui parvenait. Elle vit la guerrière qui agitait les bras d'un air menaçant face à Autolycus, l'air penaud, qui hochait régulièrement la tête comme un enfant pris en faute.

Et tout lui revint soudain en mémoire. Elle referma aussi vite les yeux au souvenir et se laissa retomber sur la couverture. " Bon sang ! Mais qu'est-ce qu'ils me veulent ? Qu'on me fiche la paix et qu'on me ramène chez moi ! C'est tout ce que je veux ! J'en ai marre de ce cirque ! "

A la vue de sa réaction, le jeune homme s'était écarté. Il avait vu la scène. Il avait failli bondir lorsqu'Autolycus semblait sur le point d'embrasser Gabrielle, SA Gabrielle. Mais tout s'était passé si vite ensuite.

Xena avait bousculé le voleur, et Gabrielle s'était littéralement effondrée dans les bras de la guerrière qui l'avait soulevée sans effort et l'avait amenée jusqu'à la couverture sans un mot.

Puis elle avait fait signe à Autolycus de la suivre, ils s'étaient éloignés et il les avait vus se chamailler. Plus exactement, Xena semblait faire la leçon au voleur. Joskel avait retourné son attention vers la jeune femme allongée pas très loin de lui et s'était approché.

" Gabrielle, je te promets que je vais te ramener chez toi. Je ne les laisserai pas te faire de mal. " Il dit ces mots d'une voix timide mais ferme, et presque passionnée.

" Du mal ? " La jeune femme porta la main à sa bouche en souriant et rouvrit les yeux. " Joskel, je ne crois pas qu'ils me voulaient du mal, vraiment. Mais, bon... je te remercie sincèrement pour ta sollicitude. "

Elle réalisait soudain l'intérêt profond que lui vouait le jeune homme, et elle craignait de le désappointer. Elle l'aimait bien, elle le trouvait plutôt pas mal, mais elle ne voulait pas s'encombrer de qui que ce soit avant de comprendre ce qui lui arrivait.

" Tu sais... à la maison, j'ai ma famille, mes parents, ma soeur Lila. Je serai vraiment heureuse de les revoir. Et... je ne sais pas, c'est confus mais... " Elle porta la main à sa tempe. " ... j'ai l'impression que quelqu'un m'attend là-bas, un... garçon. "

" Un garçon ! " Le cri sortit de la gorge de Joskel comme si on l'avait pincé, très aigu.

Et si fort qu'il fit se retourner Xena, sur ses gardes, prête à accourir au danger. Ce fut la main d'Autolycus sur son bras qui l'arrêta. Ou plutôt la ralentit. Car elle s'avança vers le feu de camp à grandes enjambées.

" Que se passe-t-il ? Que lui as-tu fait ? " Demanda-t-elle d'un ton rude en prenant le bras du jeune homme pour le soulever. Elle avait cru entendre la voix de Gabrielle.

Gabrielle s'était relevée sur un coude et tendait l'autre bras en direction des deux silhouettes debout devant elle. " Laisse-le, ce n'est pas moi qui ai crié, c'est lui. " Elle finit de se lever tout en parlant.

La guerrière regardait maintenant le jeune homme d'un air incrédule. " Ce cri de souris, c'était toi ? " Elle relâcha son bras d'un air dégoûté.

" Euh, oui... j'ai été surpris, alors... " Le garçon était rouge de honte. Il s'était rendu ridicule finalement, et pas de la meilleure façon.

" C'est ma faute. Je lui ai dit un truc pas très gentil, je crois, mais je venais de me souvenir de... Perdicus et... "

 

Elle vit un nuage passer dans les yeux bleus si clairs de Xena. " Gabrielle, tu t'es souvenue de Perdicus ? " La guerrière fit un pas en avant avec une telle lueur dans le regard que Gabrielle fit un bond en arrière et faillit tomber en se prenant les pieds dans la couverture.

Xena tendit un bras et la rattrapa in extremis. " Lâche-moi ! Lâââche-moi ! " La voix était presqu'hystérique et Xena lâcha de surprise. " Je t'ai dit de ne plus me toucher, je te l'ai dit ! Qu'est-ce que tu faisais tout à l'heure ? "

" Gabrielle... Perdicus... de quoi t'es-tu souvenue exactement ? " La guerrière choisit délibérément de ne pas répondre à la question. Gabrielle gardait le silence, perdue dans ce qui semblait à Xena une profonde réflexion.

" DE QUOI ? " La voix de la guerrière brisa ce silence comme un coup de tonnerre qui les fit tous sursauter et elle serrait les poings tellement fort qu'on pouvait voir les jointures blanchies. Gabrielle, s'il te plaît ? De quoi t'es-tu souvenue ? De tous les souvenirs, faudra-t-il que ce soit celui-là... celui qui va encore plus t'éloigner de moi.

 

Son visage, pourtant toujours si neutre, exprimait la souffrance. Celle de la culpabilité à laquelle elle n'avait jamais renoncée depuis la mort de l'homme auquel son amie s'était unie. Et qui avait failli les séparer. De son vivant... et par sa mort de la main de Callisto.

Perdicus qui rôdait parfois dans ses rêves, ses cauchemars plutôt, comme une punition qu'elle traînerait à jamais. Parfois plus dure que le souvenir de tous les crimes qu'elle avait commis. Parce que ce souvenir-là, Gabrielle l'aidait à s'en éloigner et à se racheter.

Alors que la mort de l'homme que sa compagne avait choisi pour époux avait été son unique faute. Sa faute. Celle d'avoir créé Callisto dont le seul désir était de se venger. Et qui avait trouvé là sa meilleure occasion. Briser leur amitié, le lien qui les unissait, et par conséquence briser Xena, plus que n'importe quelle souffrance physique.

Et Xena savait que la douleur serait encore plus profonde que celle que César avait mise en elle en la crucifiant. Et même en causant la mort de M'Lila.

 

Et je ne veux pas revivre ça, Gabrielle, je ne veux pas te perdre. Elle baissa la tête, incapable de soutenir le regard étonné des yeux verts qui l'accompagnaient depuis si longtemps, qui lui apportaient soutien et réconfort quand elle était blessée, moralement et physiquement.

 

La jeune femme ne pouvait détourner son regard de la grande femme qui lui faisait face, l'air abattu, comme si une défaite profonde la ravageait. Toute la frayeur qu'elle avait ressentie au contact de la guerrière avait disparu. Il ne restait qu'un étonnement presqu'affectueux. Voilà donc la féroce Princesse Guerrière ? Songea-t-elle. Je lui parle d'un gars que je connais au village et pfff ! Elle se rabougrit comme une poupée en chiffons. Ben ça ! Quand je le raconterai au retour, ça va les mettre par terre. Enfin, si je le raconte, parce que j'ai l'impression qu'il vaut mieux que j'oublie ce que je vois...

" Ben, de rien de spécial. Enfin, je crois. C'est juste un garçon du village que j'aime bien et qui veut absolument m'épouser aux dernières nouvelles. Mais ça, c'est pas encore fait ! "

A ces mots, la guerrière releva brusquement la tête comme mue par une force intérieure. Les yeux bleus s'agrandirent et brillèrent d'une lueur nouvelle. " Ooohhh ! Gabrielle ! "

Maîtrisant son envie de prendre la jeune femme dans ses bras, elle se tourna en souriant vers Autolycus, toujours à quelques pas derrière elle et qui tirait sur son pantalon là où les fesses étaient mouillées.

" Tu entends ça ? Elle l'aime bien, et il veut l'épouser ! " L'émotion était trop forte, Xena partit en courant dans l'obscurité pour cacher la violence de ce qui la submergeait. Ils la regardèrent tous faire un bond de joie avant de disparaître à leurs yeux.

Gabrielle tourna la tête vers Autolycus et porta un doigt à sa tempe qu'elle fit légèrement tourner. " Et c'est moi qui suis censée avoir pris un coup sur la tête ! Je me demande ce qu'il y a d'aussi détonnant dans ce que j'ai dit qui justifie sa réaction. "

" Oh rien, Gabrielle, rien du tout, je t'assure qu'il n'y a rien d'agréable du tout dans ce que tu as dit. " La jeune barde tourna alors la tête en direction de Joskel qui venait de prononcer ces mots avec tristesse.

" Bon, d'accord, ça me flatte beaucoup d'être le centre d'intérêt de tout le monde, mais maintenant, j'aimerais beaucoup que vous me laissiez tranquille. Je crois que je vais dormir, si ça ne dérange personne. Vous pouvez toujours vous mettre en cercle et me regarder en silence tant que ça vous plaît, moi je suis épuisée. Bonne nuit. "

Et sur ces mots, elle se coucha en leur tournant le dos, et en espérant qu'ils ne la prendraient pas au pied de la lettre, ça l'ennuierait vraiment de dormir sous le regard de trois paires d'yeux.

 

****************************

 

 

Xena n'avait pas réussi à fermer l'oeil de la nuit. Elle n'était pas revenue au campement. Elle avait trouvé un coin de mousse près d'un petit arbre et s'était installée là, avec son armure et tout.

Ma fille, tu es devenue folle, songea-t-elle. Elle te donne une preuve de plus que son esprit n'est toujours pas revenu à la normale et toi, tu exultes comme une jeune fille à son premier bal. Enfin, plutôt comme un garçon à qui on offre son premier cheval....

Oui. Mais, l'explication était tellement simple. Déjà, Autolycus avait failli à sa promesse et... en fait, pour être honnête, il n'avait rien promis. Mais tout de même, elle lui avait demandé et il s'était empressé de la trahir.

Elle avait eu tellement peur que le souvenir de sa propre mort ne soit un choc pour Gabrielle, qu'elle n'avait surtout pas envisagé de lui en parler et encore moins de lui faire revivre, et encore moins ce moment-là !

 

Bien sûr, ça avait été un moment tellement merveilleux. De sentir qu'elles étaient si proches, que même la mort ne les séparait plus ; qu'au contraire, elle semblait avoir ajouté une dimension à leur amitié déjà si profonde.

Gabrielle était tout dans sa vie, en tout cas dans la vie qu'elle s'était choisie depuis ces deux années. Et même si la jeune blonde n'était pas à l'origine de son changement, elle avait grandement, non, totalement, contribué à l'aider à le maintenir.

Elles avaient appris à compter l'une sur l'autre. La barde sur la guerrière pour la protéger. Et la guerrière sur la barde pour l'aider à aimer ce qui l'entourait. Et en fait, alors que la jeune femme savait maintenant se défendre et aurait pu se passer d'elle, elle-même sentait la faiblesse de sa volonté si la barde la laissait.

Xena avait réalisé cela lorsque Gabrielle l'avait quittée dans ce temple en Thessalie. Elle n'aurait pu continuer dans la voie qu'elles suivaient ensemble.

Au contraire, la mort de Xena n'aurait pas empêché la jeune femme de vivre suivant son destin. La perte de la guerrière n'aurait été qu'un événement douloureux mais vite refoulé.

Et pourtant... Gabrielle avait mis une volonté farouche à essayer de la sauver, puis à la ramener lorsque tout était fini. Et elle-même avait refusé de laisser Hadès la réclamer pour l'amener au Tartare, enfin, ça, elle n'avait pas eu le temps de vérifier, en fait.

 

Et puis cet instant où elles s'étaient retrouvées face à face, elle dans le corps d'Autolycus - mais la magie des dieux n'avait-elle pas permis que ce soit vraiment elle qui soit là ? - Où elle avait ressenti si fort le désir de Gabrielle de la ramener dans le monde des vivants. Le méritait-elle ? Méritait-elle cette faveur des dieux ?

Elle, Xena, probablement pas, non? Seul Arès pouvait être assez cruel pour redonner au monde un guerrier sanguinaire, et ça elle ne le voulait pas, jamais !

Mais Gabrielle, la douce Gabrielle, oui, les dieux lui devaient bien ça. Artemis et Athena devaient avoir défendu sa cause devant le puissant Zeus, et sans contrepartie. Et elles avaient gagné. Xena lui avait été rendue.

Pas sans mal, il faut dire. Xena sourit au souvenir des épreuves qu'elles avaient dû traverser. Velasca. L'ambroisie. Et elle ressentait encore avec tendresse les instants passés dans le corps de sa compagne.

Mais Autolycus n'avait pas le droit, non. C'était son souvenir, pas le sien. Et si... ah mais bien sûr ! Les explications brumeuses du Roi des Voleurs ne l'avaient pas convaincue, mais maintenant elle comprenait. Bien sûr ! Idiote, pensa-t-elle, tu croyais que c'était pour t'aider, hein ? Alors qu'en fait, tout ce qu'il voulait, c'était...

Elle secoua la tête et renvoya la pensée au fond de son esprit. Xena, tu perds vraiment la tête. Il voulait t'aider, point. Ca aurait pu marcher, et peut-être que ton intervention a tout gâché...

Et Perdicus ? Là aussi, si tu es rassurée maintenant, tu as bien failli mettre tout par terre. Elle ne se souvenait plus... alors pourquoi la brusquer. La peur ? Hé ! Xena, Princesse Guerrière, peur de quoi ? Hein ?

Tu peux batailler toute la nuit contre une armée et là, pff ! Tu fonds devant la perspective qu'une jeune femme, dont tu ne voulais pas il y a à peine plus de deux ans, souviens-toi, ne te lâche pour aller vivre une vie tranquille dans un village perdu, loin des aventures dangereuses où tu l'entraînes..

Allez ! Tu ferais mieux d'aller te tremper les fesses dans la mare et de dormir après ça. Ca te calmera les esprits et ça vaut mieux si tu veux mener ton plan à bien. Ah, oui ! Et n'oublie pas de demander à Autolycus ce que ces hommes lui voulaient. Il te cache quelque chose.

 

Mais elle ne bougea pas et resta toute la nuit à ruminer des souvenirs, plus ou moins agréables, de la vie qu'elle avait menée avant l'arrivée de la jeune barde, de la façon dont elles s'étaient rencontrées et des événements qu'elles avaient partagés.

Au petit matin, elle se dirigea vers le campement où les trois autres dormaient encore. Bien que ses pas fussent légers, Autolycus se réveilla, on ne pouvait s'approcher impunément d'un voleur, et surtout du premier d'entre eux.

Elle constata avec un sourire que ses jambes étaient sous une couverture et qu'il avait quitté son pantalon qu'il avait mis à sécher près du feu maintenant pratiquement éteint.

Il suivit son regard et soupira en faisant une grimace, que la guerrière interpréta comme 'aidez vos amis et voyez comme vous en êtes remercié'. Xena savait que le cuir avait sans doute un peu rétréci et que le voleur aurait du mal à l'enfiler et surtout... ouch ! Elle préférait ne pas y penser, mais malgré elle son sourire s'amplifia.

 

En tout cas, si finalement, j'avais raison et que son geste envers Gabrielle était... personnel, eh, bien ! Ca le calmera.

Elle marcha lentement vers la mare pour aller se débarbouiller, perdue dans ses pensées, et lorsqu'elle y parvint... elle sentit un choc contre son dos et tomba face en avant jusqu'au moment où son corps atteignit l'eau fraîche, juste assez pour mouiller tout l'avant de sa combinaison.

Elle releva lentement la tête, furieuse, les dents serrées, pour entendre un rire moqueur derrière elle.

" Ah ! Ah ! Chacun son tour, Xena, et surtout frotte bien partout ! "

La guerrière se souleva lentement sur les deux mains, se mit sur les genoux et serra encore plus les dents. Non, non, non, surtout ne cède pas à la colère. Il s'agit d'une plaisanterie, rien de plus. Une plaisanterie idiote, mais rien de plus. Ta vie n'est pas en jeu... Elle réussit presque à refouler l'envie terrible qui la taraudait. Juste ta fierté... ta fierté...

Au moment précis où elle pensa cela, son instinct prit sauvagement le dessus. Non, décidément, on ne touchait pas impunément à sa fierté, la seule chose à laquelle il ne fallait SURTOUT pas toucher. En dehors de Gabrielle, bien sûr.

Dans un cri de guerre propre à réveiller les morts sur le champ de bataille et à faire relever la tête au dieu Arès sur le Mont Olympe, " Yiyiyiyiyiyiyi ! ", elle bondit sur ses pieds, fit un saut périlleux arrière et se retrouva face à son attaquant.

Qui tenait piteusement une couverture autour de son corps d'une main et tendait l'autre vers elle avec un regard suppliant. " Nooon, Xena ! Je ne voulais pas... c'était juste... je voulais te changer les idées... " Il avait deviné que la guerrière avait passé la nuit à ruminer et... oups ! Ce n'était pas une bonne idée et il allait s'en rendre compte.

 

Avec un sourire diabolique, Xena avança d'un pas rapide, le souleva au-dessus de sa tête et, pliant légèrement les genoux pour prendre un élan, le jeta loin derrière elle, pratiquement au milieu de la mare, là où l'eau était plus profonde. Il tomba avec un énorme splash !!!

Dans le mouvement, le Voleur avait laissé tomber la couverture sur le sol. Avec un sourire encore plus élargi, la guerrière la ramassa et sans se retourner, d'une voix mielleuse. " Bon bain, Autolycus chéri, et surtout frotte bien partout. Tu sais que j'aime les hommes bien nettoyés. "

Elle s'avança vers l'endroit où les deux jeunes gens, réveillés par les cris d'Autolycus, la regardaient avec des yeux brumeux et ébahis. Arrivée à proximité de Gabrielle qui ne la lâchait pas du regard, elle lança : " Tu veux prendre un bain aussi ? La mare est bien assez grande. " Oooh ! Oh, non ! Quand je la vois me regarder comme ça, j'oublie qu'elle n'est plus elle-même. J'ai dû la terroriser. Les yeux verts avaient effectivement changé de couleur.

" Ne crains rien, je plaisante, c'est juste un petit jeu entre lui et moi. Et moi, maintenant il va falloir que je me change et je n'ai plus grand chose à me mettre. A part mes sous-chemises... " Elle commença à regarder dans sa sacoche.

Gabrielle s'était reprise et réalisait ce que " sous-chemises " voulait dire. Elle en avait eu un aperçu la veille. " Euh, c'est vrai, j'ai gardé tes deux chemises. Je vais te les rendre. Enfin, la blanche, tu peux attendre un peu encore ? Enfin, je veux dire, il faut que je mette autre chose. " Elle bégayait en fourrageant dans son sac.

 

Bon, ben je pense que je vais mettre une des 'miennes'. Avec la jupe brune là, ça devrait aller quand même. Ca ne m'enchante pas vraiment, mais bon... Encore que... Oui, tiens la verte là devrait aller avec. C'est un peu la même couleur que celle de... Oooh ! Si je rentre à Potadeia habillée comme ça, ils vont tous tomber par terre. Il faudra que je me trouve autre chose. Encore que... si Perdicus me voit arriver là-dedans, les yeux vont lui en tomber. Le pauvre garçon, il est si innocent, quelques fois.

Perdue dans ses pensées, elle sortit la chemise verte de Xena et la lui tendit en souriant l'air absent. La guerrière se méprit et lui rendit son sourire, un peu tristement. Gabrielle se rendit compte de l'échange et se leva brusquement, les deux vêtements à la main.

" Tu sais, je t'ai dit que tu pouvais garder celle que tu portes si tu le souhaites. La verte m'ira très bien en attendant que le cuir sèche. " Xena, accroupie, levait les yeux vers Gabrielle tout en pointant de la main vers le vêtement que la jeune femme n'avait pas quitté depuis un moment.

" Euh... non, non. Je préfère me changer. " Elle dit cela en regardant autour d'elle d'un air inquisiteur.

" Il y a un arbre là-bas, regarde. Il n'est pas bien grand mais il devrait faire l'affaire pour te cacher aux regards de... des autres. Je ne pense pas que tu aies envie de te changer ici. " Xena montrait un minuscule coin de verdure à une centaine de mètres de leur campement. L'endroit où elle avait passé la nuit.

" Ok, c'est bien, ça m'ira. " Dit Gabrielle de sa voix rapide. Elle commença sa marche vers le point indiqué et, arrivée à une dizaine de mètres, elle regarda par-dessus son épaule pour voir... Xena qui venait carrément d'enlever sa combinaison et continuait avec la sous-chemise prune qui protégeait sa peau.

Surprise, la jeune barde tourna la tête vers sa destination et la rejoignit sans se retourner.

Joskel de son côté, avait trouvé ses affaires extrêmement intéressantes et avait la tête quasiment enfouie dans le sac.

 

" Hé ! Tu m'oublies pas un peu, 'Princesse Guerrière de tous les Thermes' ? Je veux bien prendre un bain, mais pas passer la journée ici, l'eau est fraîche, si tu vois ce que je veux dire. Apporte-moi quelque chose. "

Tout en lui parlant, il ne la quittait pas des yeux. Ah, bon sang, Xena... si tu n'étais pas ma meilleure amie.... L'eau froide n'avait pas sur lui l'effet escompté par la guerrière, semblait-il.

Après avoir enfilé la chemise verte, Xena ramassa une serviette et le pantalon en cuir mis à sécher par le Voleur. Elle se retourna et s'approcha de la mare où celui-ci se tenait assis, de l'eau jusqu'au milieu de l'estomac.

Avec un sourire qui en disait long, elle leva le pantalon en direction de l'homme installé sérieusement au milieu de la mare. " C'est ça que tu veux, Autolycus ? Tu sais, il a dû un peu rétrécir cette nuit, l'eau sur le cuir, ce n'est pas très bon. "

" Xena ! Oui, c'est ça que je veux, je ne porte rien d'autre en ce moment, alors... Mais tu le poses sur le bord avec la serviette, tu ne me le lances surtout pas. " La précision n'était pas inutile, il connaissait la guerrière. La vengeance était un plat qu'elle pouvait manger à toutes les sauces lorsqu'on avait blessé son orgueil.

" Autolycus. Tu as trahi ma confiance. Tu n'en as fait qu'à ta tête - enfin, si je puis parler ainsi - et tu m'as envoyée dans cette mare tout habillée. De cuir. Et tu voudrais que je te pardonne ? "

" Xena, Xena ! Ma guerrière, déesse de mes pensées, je l'ai fait pour toi, pour elle... "

" Mmmm ? " Xena venait de balancer légèrement son bras vers l'arrière comme pour envoyer le pantalon rejoindre son propriétaire.

" Ok, ok ! Je l'ai aussi un peu fait pour moi. Mais je te jure que c'est toi que je préfère. Et je vais t'aider à tirer sur le cuir de ta combinaison avant qu'il ne rétrécisse. Oh ! Xena, s'il te plaît ? Elle ne va pas tarder à revenir et... " Le ton était suppliant.

" D'accord, d'accord. Je pose tout ça au bord, tu n'as qu'à venir les chercher. " Ce qu'elle fit. Puis elle recula de quelques pas, sans quitter le Voleur des yeux. " Et ben, qu'est-ce que tu attends ? "

" Mais, Xena, tu ne peux pas... tu ne vas pas... "

" Tu t'es gêné, toi, peut-être ? " Dit-elle d'un ton sarcastique. Et elle se tourna en riant pour aller préparer le déjeuner.

C'est pas possible... j'ai toujours dit que cette fille avait des yeux dans le dos. S'ils sont aussi bleus et aussi perçants que les autres, ouah ! Le Roi des Voleurs approcha du bord, attrapa la serviette pour s'essuyer rapidement et enfila, enfin, essaya d'enfiler le mmphh ! de pantalon trop serré.

 

Lorsque Gabrielle revint, Xena avait déjà commencé à préparer quelques petits en-cas pour le déjeuner avec l'aide d'un Joskel, décidément de plus en plus confus par la situation à laquelle il se trouvait mêlé.

Le déjeuner se déroula rapidement et pendant qu'ils défaisaient le campement, Xena interrogea Autolycus sur les motifs de son enlèvement.

Celui-ci n'avait pas trop l'air de vouloir donner des explications mais la guerrière n'avait pas l'intention de le laisser s'en tirer comme ça. " Mmm... Xena. Tu m'as dit que tu ramenais la gosse à Pata... Poto... enfin chez elle. Je vais partir de mon côté. J'ai plein de trucs à faire et toi aussi. On ne va pas perdre de temps avec ça. Tu veux garder le chariot ? "

" Potadeia. Et ce n'est pas une gosse. Et ça ne me fait pas perdre de temps du tout. Et le chariot doit sûrement appartenir à quelqu'un d'où vous veniez. Syphos ? "

" Non. En fait, ils m'ont pris à Komotini. Ce n'est pas très loin au Nord de Syphos où vous pourriez être en fin de matinée. Pour Komotini, il faut compter la journée si je pars maintenant. Avec le chariot. "

" Oui, je vois très bien où est cette ville. C'est effectivement un peu plus loin mais ça ne m'éloigne pas de ma route. Je pense qu'on peut y aller ensemble. Et rendre le chariot. "

" Mais je croyais que Pot..tadeia était plus au Sud. Si tu remontes vers Komotini, tu vas rallonger ton trajet, non ? "

" Autolycus, c'est ELLE qui veut rentrer à Potadeia. Et tu es trop curieux. Tu m'en dois une après ce que tu as fait, alors tais-toi et en route pour Komotini. "

Ils levèrent le camp rapidement, Xena voulait arriver avant la nuit. Et même si les jours étaient longs, ils étaient pénibles et la marche était rude et lente sous le soleil, surtout pour les chevaux.

 

 

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