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LA RECONQUETE DE GABRIELLE3

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La reconquête de Gabrielle

 

par Fryda

 

 

partie 1partie 2partie 3

 

 

(Partie trois)

 

 

 

 

Pour les avertissements standards et de l'auteure, lire le début de la 1ère partie.

 

 

 

*************

 

 

Ils arrivaient à proximité de Komotini en début de soirée, lorsque Xena s'arrêta brusquement, surprenant légèrement Autolycus, qui tira doucement sur les rênes de la jument marron.

" Hé ! Pourquoi tu t'arrêtes ? Si on continue, dans une heure à peine on sera arrivé à la ville. "

" Oui, justement. Je préfère qu'on n'y entre pas avec cet équipage. Le chariot a sûrement été volé, ça m'étonnerait fort que les brigands aient dépensé un dinar pour ça. " Xena, maintenant juchée sur Argo qui supportait sa cavalière dans la fraîcheur du soir, regardait sur sa gauche, les yeux plissés.

" Si c'est bien ce que je pense, les villageois ne vont pas apprécier de nous voir avec, et comme en général, dans ce pays on cogne avant de réfléchir... " Elle fut interrompue par le ton ironique du Roi des Voleurs. " Ca te va bien de dire ça, Xena 'chef de guerre redouté' ! "

Elle se tourna sur la selle et lui lança un de ces regards noirs, enfin bleu acier, qu'elle affectionnait quand elle voulait signifier que la note d'humour lui était passée par-dessus la tête. Elle sembla... réfléchir un instant, mais ne réagit pas, à la surprise du voleur. Au lieu de ça, elle leva la main vers un point distant.

" Nous allons laisser le chariot là-bas, il y a un petit bois avec de l'eau pour le cheval. Lorsque je serai sûre que tout va bien, nous dirons aux villageois où ils peuvent récupérer le chariot et l'animal. "

" Tu es sûre que tu veux toujours m'accompagner, Xena ? Vous pouvez camper là et repartir vers Patatoia demain matin. Ou quel que soit l'endroit où tu veux aller... "

 

Le ton était incertain, et la guerrière se demanda s'il portait sur la fin ou le début de la phrase. Sans répondre, elle fit changer de direction à Argo pour l'amener vers le bois en question.

Autolycus fit de même, avec un peu moins de facilité compte tenu de la taille de la charrette, ce qui attira l'attention de Gabrielle et de Joskel à l'intérieur.

" Oh ! Oh ! On dirait que nous changeons de direction. " Dit la jeune femme en se tenant pour garder l'équilibre. " Il m'avait semblé que la ville était en face de nous. Je me demande... "

Elle passa la tête par la bâche avant du chariot et regarda Autolycus d'un air inquisiteur. " Hé ! Pourquoi on tourne ? Je croyais que la ville était devant nous ? "

Autolycus pointa du menton en direction de la guerrière, assise bien droit sur Argo. " C'est Xena, elle préfère que nous n'entrions pas dans Komotini avec le chariot s'il a été volé, pour éviter les ennuis. "

 

Komotini ? Gabrielle se dit qu'elle connaissait ce nom, mais elle ne se souvenait plus trop où c'était. En Thrace ? Bon, alors, ça va, c'est la bonne route. Pfff ! J'aurais dû mieux travailler la géographie au lieu de l'histoire et des poèmes...

" Et qu'est-ce qu'elle veut faire ? " Elle posait la question pour la forme parce que de toutes les façons, elle savait qu'elle n'aurait pas le choix.

" Oh, juste cacher le chariot et la jument là-bas dans un petit bois. Entrer à Komotini pour faire sa petite enquête et... si tout va bien, leur dire où ils peuvent récupérer le tout. "

" Sinon ? " La question contenait un peu d'inquiétude.

" Sinon, quoi ? "

" Si tout ne va pas bien ? " Le regard de Gabrielle sur lui était un peu embrumé.

" Et bien, je présume qu'elle passera en mode Princesse Guerrière et pif ! paf ! Tant pis pour ceux qui... " Oooohhh ! Autolycus, encore trop vite... " Je blague, bien sûr ! Tout ira bien. Nous n'avons pas pris ce chariot, il suffit de leur expliquer et... " Soudain, une pensée traversa l'esprit du voleur.

Il commença à lui parler doucement au creux de l'oreille, parce qu'il savait que les sens de la guerrière étaient redoutables.

" Mais... ça va vous retarder drôlement, de passer par là, tu sais... surtout s'il faut y passer la nuit, expliquer aux villageois, leur montrer, enfin et tout et tout, quoi. Tu devrais aller la convaincre de me laisser arranger tout ça demain matin, tout seul. Vous dormez dans le bois et à la première heure, hop ! En route pour Poti.. "

" Potadeia. " Le reprit-elle. " Ouais, je voudrais bien qu'on ne perde plus de temps. Elle avait dit deux jours, mais là avec la bagarre, et puis ça maintenant. D'un autre côté... "

Elle regardait fixement le dos large de la guerrière qui chevauchait doucement à quelques pas seulement devant eux mais ne semblait pas les entendre.

 

Cette silhouette était à la fois rassurante et inquiétante. Rassurante, parce qu'elle l'avait sauvée au moins deux fois depuis cette autre nuit. Mais inquiétante parce que, tout ce cuir, cette armure, l'épée en travers du dos, les muscles puissants qui prouvaient que cette femme pouvait être dangereuse si on lui cherchait des noises...

Et pourtant, sans son attirail, telle qu'elle l'avait vue parfois pendant leur voyage... elle avait eu l'air si... je ne sais pas... ce sourire penaud, ces cris de joie et ces bonds, une façon de me parler... on aurait dit quelqu'un d'autre... enfin quelqu'un d'autre que cette sauvage sanguinaire dont tout le monde nous rebattait les oreilles au village.

Au village, oui. Il va peut-être falloir que je lui explique qu'une fois arrivées, il faudra me laisser entrer, toute seule, et partir. Je ne suis pas sûre qu'elle soit bien accueillie et... je n'aimerais pas qu'il y ait des blessés. Et puis qu'est-ce qu'une femme comme elle pourrait bien faire à Potadeia ? Déjà moi...

Un fil de son esprit tira encore une fois mais elle fut ramenée à la réalité.

" Quoi ? " Le souffle d'Autolycus lui chatouillait l'oreille.

" Quoi quoi ? " Elle avait perdu le fil de leur conversation mais voyait bien qu'il attendait quelque chose d'elle.

" Tu as dit 'd'un autre côté', qu'est-ce que tu veux dire par là ? "

" Oh ! Et bien, elle me fait un peu peur. Je me vois mal aller lui dire de se presser parce que je veux rentrer chez moi. J'ai déjà l'impression que de me ramener ne la remplit pas de joie. Je ne veux pas tout gâcher. "

" Mais non, si tu lui parles gentiment, tu sais ? 'Xena, tu as bien voulu accepter de me ramener à Poto... chez moi, et tu avais dit deux jours, alors pourquoi perdre du temps avec le chariot alors qu'Autolycus peut tout expliquer aux villageois ?'. Tu verras, c'est une bonne fille, elle peut comprendre que tu as envie de revoir ta famille rapidement. " Gabrielle, s'il te plaît, essaie au moins, ne me fais pas ça.

" Je ne sais pas, Autolycus. Je me suis réveillée il y a quatre jours au moins, avec un coup sur la tête - et elle m'a juré que ce n'était pas elle - elle m'a raconté qu'on avait passé deux ans, DEUX ans ensemble sur les routes et moi, je ne me souviens de rien. Qu'est-ce que nous avons fait, qu'est-ce qu'elle m'a fait pendant ces deux années ? Alors tu comprends que je préfère ne pas m'y frotter. C'est Xena, XENA ! "

 

Autolycus faisait signe à Gabrielle de sa main libre de ne pas parler fort. Il ne tenait pas à ce que la guerrière s'intéresse à leur conversation.

Mais... sans se retourner, alors qu'ils arrivaient aux abords du bois, Xena parla suffisamment haut pour que tous les deux l'entendent. " Autolycus, plus tu essaieras de m'empêcher de te suivre dans ce village, si toi-même tu as l'intention d'y aller, - ce dont je commence à douter - plus j'aurai envie de savoir pourquoi. Alors tu la laisses tranquille, et vous descendez tous du chariot. "

Ce qu'ils firent illico. Xena fit boire Argo et remplit les outres d'eau pendant qu'Autolycus dételait la jument et l'attachait à un arbre proche du point d'eau. Ils sortirent le reste de provisions. Xena leur fit signe de la main et ils repartirent tous les cinq vers Komotini pour arriver avant la nuit.

 

 

Komotini était une ville assez grande. Située sur une route marchande, elle était plutôt active, et une porte en gardait l'entrée, plus pour dissuader les attaques brutales que pour réellement protéger la ville. En fait, personne ne gardait le portail et compte tenu de la chaleur des journées, les habitants étaient rentrés assez tôt chez eux.

Ce qui permit à Xena et à ses compagnons d'entrer dans la cité sans être vraiment remarqués, ce qu'elle ne souhaitait pas avant d'avoir fini son enquête. Et ceci semblait plaire encore plus à Autolycus qui jetait des coups d'oeil rapides à gauche et à droite.

Il faisait plutôt sombre à leur arrivée, de plus, et Xena décida de chercher une auberge au calme, loin du centre-ville. La première fit l'affaire.

 

'L'Amazone bleue', disait l'enseigne. La guerrière sourit doucement sans que personne ne le remarque. " Très bien, je crois qu'ici, ça ira. " Gabrielle et les autres levaient la tête vers le morceau de métal qui se balançait au-dessus de la porte. " Je me demande bien d'où vient ce nom ? " La jeune femme avait l'air perplexe.

" Hmm, vieille coutume chez les filles à plumes. " Dit Xena du ton le plus neutre possible, des souvenirs plutôt vivaces dans la tête.

" Je demanderai à l'aubergiste. " Gabrielle se grattait la tempe d'un doigt.

" Je pense qu'il vaut mieux pas. " Xena et Autolycus répondirent à l'unisson, et se regardèrent avant d'hésiter entre le fou-rire et se cacher le visage dans les mains.

 

Avisant une écurie un peu plus haut dans la rue, Xena leur fit signe d'entrer et de s'installer pendant qu'elle s'occupait d'Argo. Ils disparurent tous les trois dans l'auberge, qui avait l'air bien tenue de l'extérieur.

L'endroit était plutôt désert pour une ville si fréquentée d'habitude, mais bon, l'auberge n'était pas au centre, cela pouvait expliquer le manque de clients.

Autolycus poussa rapidement les deux jeunes gens vers une table située vers le fond dans un coin. Il savait que la guerrière aimait avoir une visibilité complète des lieux où elle résidait.

 

Il fit signe à Gabrielle de s'installer sur le banc en face et il s'installa lui-même dos à la salle, le mur à sa droite. Lorsque Joskel voulut se poser près de la jeune femme, il lui fit un geste brusque pour indiquer la place près de lui. Le jeune homme leva un sourcil mais ne dit rien. Décidément, ces deux-là, je ne comprends pas leur manège.

L'aubergiste s'approcha de leur table pour prendre leurs commandes. " Vous êtes trois ? Vous restez pour la nuit ? " Un ton sec, brusque.

" Quatre. Et oui, vous avez des chambres ? " L'aubergiste regardait l'homme qui lui parlait sans lever la tête.

" Ouais. Il me reste deux chambres, faudra faire avec. Une à deux lits et une avec un grand lit. "

" D'acc... " Le Voleur commençait à répondre lorsqu'il fut interrompu.

" Ah, non. Vous êtes sûr que vous n'en avez pas une troisième ? Je veux rester seule, moi ! " Gabrielle avait un ton outré. " Ca va bien, déjà, qu'il a fallu vous supporter toutes ces nuits là-dehors, alors je veux une chambre à moi avec un bain et... "

" Ca ira très bien, merci. Et apporte-nous quatre plats du jour avec des bières. "

 

A ces mots dits par-dessus sa tête, l'homme se retourna brusquement pour se trouver face à quelqu'un de bien plus grand que lui, il lui fallut un peu (juste un éclair) de temps pour réaliser que c'était une femme, vêtue de cuir et d'armure. Mais, les cheveux longs noirs et surtout, la forme de l'armure au niveau de ses yeux ne laissaient pas de doute. Il partit en flèche vers le comptoir pour préparer les plats. Xena se glissa sur le banc à côté de Gabrielle, qui se serra un peu plus contre le mur en lui jetant un oeil noir, mais ne dit pas un mot.

" Autolycus, tu sais, à part deux-trois marchands, il n'y a que nous dans cette salle, tu comptes garder la tête comme ça longtemps. " Elle regardait le Voleur qui piquait du nez vers la table comme pour éviter d'être reconnu. " Je crois VRAIMENT que nous allons avoir une petite conversation. "

" Quoi ? Oh ! Non, non, Xena, j'ai juste un peu mal au cou. Tu sais d'avoir été attaché dans ce chariot... " Il se massa le cou avec la main gauche comme pour ponctuer son propos.

Oui, je te crois, mon vieil ami. Demain, tu me raconteras tout ça, sinon, ton cou risque de te faire mal plus longtemps que tu ne penses.

 

L'aubergiste leur apporta leurs plats qu'ils mangèrent de bon appétit compte tenu des vivres qu'ils avaient trouvées jusque là. Et Gabrielle en reprit deux fois. Comme d'habitude, pensa Xena, en souriant pour elle-même.

Au moment du dessert, l'homme leur apporta un plateau de fruits bien frais, notamment des figues bien juteuses que Gabrielle ne manqua pas de remarquer. Avant même que l'aubergiste ait eu le temps de poser le plat, elle s'était emparée de deux fruits et elle en croquait un.

Elle se souvint soudain de la question qu'elle avait remisée dans un coin de sa tête pendant le repas. " Mmmmph ! A phropoh ? " Elle avala sa bouchée avec délice. " Pourquoi ton auberge s'appelle-t-elle 'L'Amazone bleue' ? " Et elle reprit un morceau de la seconde figue en attendant la réponse.

Xena ouvrit tout ronds les yeux vers l'homme pour attirer son attention mais...

" Ah ! Oui, c'est une vieille anecdote qui a donné son nom à l'établissement. " L'homme avait les yeux rieurs maintenant et ne voyait toujours pas les signes de tête désespérés de la guerrière dans sa direction. Il se tenait derrière Autolycus, la tête toujours baissée, encore plus s'il pouvait, secoué de rires retenus maintenant.

" Tu connais les Amazones ? Tu en as sûrement entendu parler, en tout cas. Et bien, en général, elles voyagent en groupe et elles s'arrêtent rarement dans les auberges. Elles préfèrent les campements en dehors des villes. Et c'est aussi bien, parce que c'est toujours le bazar là où elles passent. "

Xena en avait pris son parti. Elle soupira une fois et se lança dans la contemplation d'une pomme aux couleurs dorés sous la lumière des chandelles. Ma veine, on est tombé sur un bavard. Tant pis, Gabrielle, celui-là, je ne pourrai pas te l'éviter.

" Ah ouais, et pourquoi ? " Gabrielle, la barde, était intriguée par l'histoire. Les Amazones... ouah, ça, j'aimerais bien les voir, ouais.

" Et ben, tu sais... elles portent pas grand chose, du cuir, des armes, le genre 'je suis une guerrière et j'aime ça'... oups, pardon, je ne voulais pas... Tu n'es pas une Amazone, hein ? " Il regardait Xena avec inquiétude, conscient de ce qu'il venait de dire.

La guerrière fit un signe évasif de la main pour le rassurer, ce qui ne le rassura qu'à moitié, parce que les Amazones étaient quand même bien plus petites que celle-là.

" Oui, et alors ? " Gabrielle s'impatientait tout mâchouillant sa deuxième figue.

" Ben, les gars, dans les auberges, ils leur cherchent des noises, tout ça, surtout que... enfin, bon. Un jour, un groupe d'Amazones s'est arrêté ici - ça s'appelait encore 'Le cheval blanc', oui, je sais, ce n'était pas très original. "

Une troisième figue commençait à disparaître dans la bouche de la jeune femme, toute ouïe.

" Elles voulaient fêter un truc à elles et bon, une auberge c'est quand même mieux. La nourriture, un bon lit, et tout... et tout... Et le matin, les deux qui dormaient dans la chambre en haut, celle avec le grand lit, qui me reste, sont descendues avec des peintures bleues... sur ce qu'on voyait de leur corps. Et elles étaient moyennement contentes, même si elles avaient quand même pas l'air trop fâchées, quoi. Les autres ont rigolé tout le long du petit déjeuner. "

Gabrielle s'interrompit. " C'était quoi leur truc, une fête religieuse ? Et la peinture bleue ? " Une bouchée de la figue.

L'aubergiste se tenait les côtes. " Une fête religieuse ? Ah, ah ! Ca, on me l'avait jamais fait. Ah ! Ah ! Non, non, c'était... c'était... ah ! ah ! Une nuit de noces, tu connaissais pas ça ? Imagine les endroits qu'on voyait pas. "

 

Gabrielle n'entendit pas la fin de la phrase et Autolycus ne vit rien arriver. A l'endroit où se trouvait sa tête, il n'avait aucune chance. Le morceau de figue le prit de plein fouet au milieu du visage. Ce qui stoppa net son rire.

Xena soupira doucement et sourit légèrement à la vue de la tête de Joskel, et surtout de la chance qu'elle avait qu'il ne soit pas AUSSI en train de manger une figue.

" Bon, je crois que le repas est terminé. Nous ferions mieux d'aller nous coucher. " Elle se leva, tendit une main à Gabrielle pour l'aider à sortir de derrière la table, main que la jeune femme ne prit pas.

 

Les deux hommes se levèrent également et tout le monde suivit l'aubergiste à l'étage. Il s'arrêta devant deux portes face à face. " A gauche, une grande chambre avec deux petits lits. A droite, une petite chambre avec un grand lit, le grand lit... ah ! ah ! Bonne nuit. " Et il partit en riant encore de son effet avec l'histoire.

Autolycus se pencha vers Xena et murmura à son oreille. " Hé ! Xena, j'ai l'impression que les deux petits seraient bien dans la grande chambre, non ? "

La guerrière lui lança un regard glacé. " Je disais ça parce que la peti... Gabrielle m'a dit que tu lui faisais un peu peur, c'est tout... Ou alors tu préfères l'autre chambre avec le mouflet ? Bon, bon, oublie. Comment on fait alors ? "

" Gabrielle et moi dans la chambre à deux lits et vous deux, là. " Le ton n'acceptait aucune réplique. La petite blonde ouvrait la bouche comme pour réagir. " Tu préfères nous deux dans la petite chambre et les hommes dans l'autre ? " Les yeux s'agrandirent et la bouche se referma aussitôt. " Bonne nuit. "

Xena ouvrit la porte et laissa passer Gabrielle. " Choisis. " Et elle ôta son épée, son armure et sa combinaison de cuir qu'elle posa sur la petite table, unique objet en dehors des deux lits minuscules.

 

Cette nuit-là, aucun des quatre ne dormit. Autolycus réfléchissait à comment il allait s'en sortir et à sa chance ratée. Joskel rêvait éveillé à la jeune femme si près, et pourtant si loin. Xena, parce que le lit était trop petit, et qu'elle ne voulait pas que la jeune femme profite de son sommeil pour filer. Et Gabrielle craignait... elle ne savait pas quoi d'ailleurs.

 

 

***************************

 

Gabrielle avait entendu la guerrière bouger derrière elle, mais elle n'avait pas l'intention de lui faire savoir qu'elle était réveillée. Elle se sentait groggy parce qu'à chaque fois que le sommeil l'avait surprise, elle avait sursauté et s'était empêchée de dormir. Ce qui était bien loin de ses habitudes.

Lorsque la porte s'était doucement refermée, elle avait légèrement risqué un mouvement de la tête pour vérifier si elle était seule. L'autre lit, très proche du sien, était vide. Les armes, l'armure, les vêtements de Xena, tout avait disparu. Il ne restait que leurs sacoches. Et une note.

Le document était sur le petit lit et Gabrielle se demandait s'il lui était destiné ou à la Princesse Guerrière. Parce qu'elle saurait lire et écrire maintenant ! A quoi ça lui servirait bien ? Malgré l'ironie, la curiosité fut cependant trop forte. Elle s'assit sur le lit en bâillant et tendit la main, toujours attentive aux bruits de l'extérieur. Et si la guerrière revenait et la trouvait en train de regarder ses affaires ? Pas de bruit dehors. Ok, j'y vais.

 

Demandé à l'aubergiste de préparer un bain. Pièce du fond en bas.

Déjeune avant ou après, comme tu veux.

X.

 

 

 

Il n'y avait pas de destinataire, mais le - la signataire était identifiable. Donc, ça lui était sûrement destiné. Ce n'était pas non plus de la grande littérature.

Pas comme les parchemins qu'elle avait trouvés dans " sa " sacoche. Elle en avait lu quelques-uns qui racontaient des histoires incroyables sur la Princesse Guerrière. Ce qu'elle faisait pour les gens et tout, et tout. Et ils étaient signés - G -

Et elle s'était souvenue qu'Autolycus l'avait appelé 'sa barde préférée' ou quelque chose comme ça. Avait-elle pu écrire ça ? Ses histoires étaient-elles vraies ? Ou avait-elle été forcée de les écrire pour enjoliver la " carrière " de la guerrière, et éventuellement endormir les populations pour qu'elle puisse mieux les attaquer ? Trop de questions. Elle avait quand même encore mal au crâne quand elle réfléchissait trop.

Bon, en tout cas, cette nuit, il ne m'est rien arrivé. Et puis, c'est gentil d'avoir pensé à un bain. Hier soir, j'aurais plutôt cru qu'elle voulait m'embêter et m'empêcher de prendre un peu de plaisir dans ce voyage.

C'est vrai, les mares et les rivières d'eau froide, j'en ai un peu assez. Et puis pour l'intimité, merci. Avec l'autre qui me tourne autour depuis qu'on a quitté son village. Vivement Potadeia, que je me débarrasse des deux. Il est gentil mais il est lourd. Qu'il se trouve une petite paysanne et qu'ils élèvent des animaux ou des enfants ensemble, pépère.

C'est idiot, ce que je viens de penser, là. Après tout, moi aussi je voudrais bien me marier avec un bon paysan et vivre tranquille dans une ferme. Hé ! Gabrielle, tu es sûre que c'est ça que tu veux ? Bon, je vais me plonger dans l'eau chaude et après j'y verrais plus clair. Ce voyage est bizarre, vraiment bizarre.

 

Elle descendit au comptoir de l'auberge où la femme de l'aubergiste lui apprit que le bain était prêt, qu'il était tiède mais qu'elle pouvait déjà y aller, elle allait lui apporter deux seaux d'eau chaude.

" Je pourrais aussi avoir mon petit déjeuner là-bas ? Ca me ferait gagner du temps et j'ai aussi très faim. "

" Bien sûr. Je vous apporte tout ça. Allez vous installer, vous avez l'air fatiguée. "

" Ouais. J'ai pas vraiment dormi cette nuit. " Dit la jeune femme blonde en relevant ses cheveux pour rafraîchir son cou, sans remarquer les sourires entendus que s'échangeaient l'aubergiste et sa femme. " Mais j'ai surtout faim ! " Et elle alla s'installer dans la baignoire en attendant l'eau chaude et la nourriture.

 

Là où elle était, régnait le plus grand calme, aucun bruit de la salle à manger ou du dehors. Aussi elle n'entendit pas le retour de Xena et d'Autolycus quelque temps plus tard. La guerrière avait tenté, avec l'aide des villageois, mais sans succès, de récupérer le médaillon de l'estomac du Voleur.

Jusque là, elle s'était employée à des méthodes douces, mais elle commençait à en avoir assez et à envisager un traitement plus brutal. Ce à quoi Autolycus s'opposait bien entendu.

" Xena, il est tout petit ce truc, il n'y a qu'à laisser la nature faire son travail. Il finira bien par ressortir, non ? " Il essayait d'être convaincant. Il avait d'ailleurs réussi à convaincre le chef de ville et ses hommes mais... Xena... était Xena !

" Autolycus, je ne vais pas te laisser ici avec ce machin dans le ventre en attendant que tu veuilles bien le rendre au bourgmestre. D'ailleurs, je doute fort que tu restes tranquillement ici. Tu ne m'as rien dit du médaillon quand je t'ai délivré, il me semble. " Elle se dirigeait vers la table où Joskel était installé, seul, pour le petit déjeuner, en se demandant où ils étaient tous passés.

" Xena, je n'ai rien mangé ce matin. Ca va être rapide. Pourquoi tu n'as pas confiance en moi. " Il reprenait l'air outré qui accompagnait toujours cette phrase.

" Assieds-toi là. Je réfléchis. " Elle tourna la tête vers le jeune homme qui suivait encore une fois une de leurs conversations étranges sans oser intervenir. Pas de question. Surtout pas de question. Elle a l'air plutôt en colère.

" Où est Gabrielle ? " La voix contenait une pointe d'inquiétude.

" Je ne sais pas. " C'était en partie vrai, il ne l'avait pas vue depuis la veille au soir, mais il en avait tellement rêvé.

L'aubergiste qui s'était approché pour prendre la commande d'Autolycus répondit à la place du jeune homme, mais en gardant son sérieux. " La petite blonde prend son bain comme vous souhaitiez. On lui a servi un déjeuner en même temps à sa demande. Mais ça fait un moment et elle n'a pas réclamé d'eau chaude depuis. "

 

Ils virent la guerrière partir dans un éclair vers la salle de bains. Xena ouvrit brusquement la porte pour découvrir Gabrielle apparemment inanimée dans l'eau, la tête posée sur un bras qui pendait sur le côté de la baignoire, la main tenant toujours un morceau de fromage.

" Gabrielle ! Gabrielle ! " La guerrière sortit la jeune femme de l'eau et l'allongea sur le tapis. Elle entreprit de lui secouer doucement la tête pour la ranimer lorsqu'elle prit un coup de fromage sur le nez.

" Aïe ! Pour quelqu'un d'évanoui, tu as de la réactivité ! " Elle se massait doucement le nez.

" Evanouie ? Oh, je me suis endormie dans le bain. Je n'ai pas dorm... j'ai froid. " A ces mots, elle constata qu'elle sortait effectivement de son bain et n'avait rien à envier aux naïades. Et rien non plus à Bacchus dont le visage devait être moins rouge que le sien à ce moment. Et pan, encore une égratignure dans mon intimité. Et mon orgueil. " Merci. Je ne me noyais ENCORE une fois pas. Passe-moi une serviette s'il te plaît. "

Xena se tourna brusquement et lui tendit une serviette sans regarder, elle lui cogna une épaule par manque de visibilité. " Oups ! Pardon ! Je croyais que tu t'étais évanouie à cause de ta blessure. On m'a dit que tu étais dans l'eau depuis longtemps, dans l'eau froide... " Ouh la la ! Cette situation. Ca ne m'aurait pas gênée, ça ne NOUS aurait pas gênées avant ça, mais là, je ne sais plus quoi faire. Elle rougissait un peu aussi et ça l'agaçait.

Et quand Xena était agacée, il lui fallait passer ces nerfs. Et elle eut une idée. " Excuse-moi, je te laisse, j'ai des trucs à faire. "

" Tu aurais pu les faire sans venir ici, s'ils sont si urgents. " Xena poussa un petit soupir, se releva et sortit.

 

Elle marcha à grands pas vers la table où se trouvaient Joskel et Autolycus. Elle empoigna ce dernier, le plia au-dessus du bord de la table et le frappa dans le dos d'un grand coup du plat de la main au niveau où l'estomac touchait le bois.

" Ouphh ! " Le Voleur en perdit le souffle, faillit écrire le menu de la veille sur la table et se releva suffoquant, les yeux arrondis et larmoyants, face à la guerrière. " Tu es folle ! Tu veux me tuer ou quoi ? "

" Auto, si le médaillon est encore là-dedans, deux ou trois fois comme ça et je devrais le récupérer assez vite pour qu'on le rende à la Ville. " Elle arborait un sourire diabolique et Autolycus sentit qu'il devait jouer franc-jeu maintenant. En tout cas, la guerrière se sentait soulagée. " Ok, ok, Xena, tu gagnes. Je n'ai pas avalé le médaillon. Je l'avais caché dans la statue juste avant que les sbires de Stalynios ne me prennent. Je vais le rendre. Mais... Xena ? "

" D'accord, Autolycus, je ne dis rien au chef de ville mais tu me promets de le lui remettre. "

" Tu as la parole du Roi des Voleurs, Xena. " Il tendit l'avant-bras à la manière des guerriers et Xena le prit. Joskel ne comprenait pas comment la parole d'un voleur pouvait avoir une telle valeur aux yeux d'une guerrière qui devait mettre l'honneur au-dessus de tout mais... pas de questions.

" Autolycus, je pense que nos chemins vont se séparer ici. La chambre est payée, les repas aussi. Tu peux déjeuner si tu veux, tu dois avoir l'estomac... vide. " Elle se tourna vers le jeune homme qui avait fini son repas.

" Les nôtres aussi, je pense. Cette ville peut t'offrir beaucoup de perspectives. Il y a de nombreuses boutiques, des champs, des forges, un garçon bâti comme toi devrait pouvoir se placer rapidement. "

Ne comprenant pas l'allusion, Joskel passa totalement à côté de l'offre de Xena. " Non, non, je préfère continuer avec vous. Je verrai si Potadeia peut m'offrir des possibilités. Ou une autre ville à côté. " Je ne veux pas rater les quelques chances qui me restent peut-être.

La guerrière réussit à cacher son soupir et son exaspération. " Je vais chercher nos affaires et Argo. Soyez prêts dans dix minutes. Autolycus, c'est toujours un plaisir de te revoir, mais tâche de te simplifier la vie, je ne serai pas toujours tout près. "

" Merci, Xena. Je te renvoie le compliment. Mais quelle que soit la situation, tu sais que tu as une place privilégiée dans mon coeur, juste à côté de la petite blonde là-haut, qui ne va pas tarder à revenir, va ! "

 

La guerrière monta à la chambre chercher l'équipement restant. Elle y trouva Gabrielle qui grelottait un peu mais avait tout de même remis son costume de voyage d'origine complet, à son étonnement.

" Tu comptes t'habiller comme ça. Tu n'as pas l'air d'avoir très chaud ? "

" Ca va passer, il fait encore très chaud aujourd'hui. Tu n'aimes pas ? Tu veux que je remette une chemise ? "

" Non, non, c'est très bien. Je disais ça pour toi, c'est tout. Dans dix minutes devant l'auberge. " Elle prit les affaires sans ajouter un mot de plus et sortit.

Elle récupéra Argo et ils se dirigèrent vers leur destination qu'ils devraient atteindre dans deux jours, un jour et demi s'ils marchaient bien et que rien ne les ralentissent, bien entendu.

 

**************************

 

 

 

Le jour suivant n'eut rien d'exceptionnel. Ils marchèrent, et bien, au contentement de Xena qui avait hâte d'arriver.

Le soir, ils campèrent dans une petite grotte fraîche que connaissait la guerrière. Et Gabrielle aussi, mais elle ne sembla pas s'en souvenir. Ils mangèrent les provisions que Xena avait achetées à l'auberge.

Au petit matin, ils reprirent leur route. Joskel toujours aux côtés de la jeune femme blonde qui essayait bien de l'éloigner mais ne voulait pas être désagréable.

Et elle ne voulait pas non plus chevaucher Argo, alors elle choisissait entre " deux maux ".

 

Comme Xena l'avait prévu, il leur fallut un tout petit peu plus d'un jour et demi pour arriver à proximité d'une forêt familière. En tout cas pour elle. Elle descendit d'Argo et alla vers Joskel. Elle lui fit signe de s'approcher pour lui parler hors de l'écoute de Gabrielle.

" Très bien. Tu écoutes ce que je vais te dire. Cette forêt est très dangereuse et je ne souhaite pas que tu sois blessé. Je peux m'occuper de Gabrielle mais pas de vous deux. Alors j'aimerais que tu contournes le bois par le Nord. Il y a une ville de l'autre côté à l'Est. Nous nous y retrouverons... peut-être. "

Xena n'aimait pas les phrases longues mais elle ne pouvait ni lui dire les choses clairement ni être désobligeante avec lui. Il n'avait rien fait pour le mériter.

" Mais, Xena, je peux m'occuper de moi... et de Gabrielle s'il le faut. Je reste avec vous après tout ce chemin. "

Bon, tu l'auras voulu, je suis désolée de te faire ça mais... " Tu dis que tu peux t'occuper de toi... et d'elle ? Après le désastre de l'autre fois ! " Xena, pas trop dure quand même, il est jeune. " Permets-moi d'avoir des doutes. Je m'occupe d'elle et toi tu files, je ne veux plus te voir. Je prends encore plus de risques avec toi. "

Joskel ouvrit la bouche de surprise à l'écoute de ces mots. Puis ces yeux prirent une teinte peinée. Il baissa la tête. Xena pensait qu'il allait la contredire. " Tu as raison. Je fais courir encore plus de risques à Gabrielle quand je suis là. Elle aurait pu être tuée en venant à ma rescousse, l'autre fois. Je vous laisse. Au revoir. Je vais la saluer. "

Sur ces mots, il marcha en direction de Gabrielle qui les observait avec intérêt. Elle le vit parler à la jeune femme doucement et lui tendre la main. La jeune barde se souleva légèrement sur la pointe des pieds et lui fit un baiser sur la joue. Puis il partit dans la direction indiquée par Xena.

 

Gabrielle se rapprocha de la guerrière qui tenait maintenant Argo par les rênes.

" Il est triste. Il voulait rester avec nous. Je me demande pourquoi il a changé d'avis. Il m'a raconté un truc. " Elle regardait encore en arrière tout en avançant à côté de Xena.

Elle trébucha en entrant dans la forêt et la grande femme la retint par le bras. Elle ne dit rien. Elles étaient seules maintenant, elle ne voulait pas contrarier la guerrière.

" Tu restes bien derrière moi et tu fais ce que je fais. Nous allons marcher un moment, une heure, ou un peu plus avant d'arriver. "

" D'arriver où ? " Gabrielle levait les yeux vers Xena qui ne la regardait pas et choisissait ses pas pour mener Argo au milieu des mousses.

" Tu verras quand on y sera. "

 

Elles marchèrent l'une derrière l'autre en silence jusqu'à ce que Xena ne s'arrête, sorte son épée pour la planter dans le sol devant elle. Elle leva également les deux mains au-dessus de la tête et les mit l'une contre l'autre comme une prière à un dieu. Gabrielle ne se posa pas de question, elle laissa tomber son bâton et fit de même.

Il y eut des cris autour d'elles et Gabrielle se protégea instinctivement la tête, les mains toujours jointes. Lorsqu'elle entendit de nouveau le silence, elle leva la tête avec précaution, en regardant d'abord sur sa gauche vers Xena, qui avait disjoint les mains et les avaient maintenant sur les hanches. Elle souriait.

Elle regarda devant elle et vit des êtres bizarres, des costumes en cuir, des plumes partout et surtout des masques... des masques étranges comme elle n'en connaissait pas. Et les êtres, des femmes ? étaient agenouillées devant elles.

Ouah ! Xena doit être redoutée ici, et même vénérée si j'en crois ce que je vois.

" Bienvenue au sein de ton peuple, ô ma Reine. Chacune de tes visites est comparable à celle dont Artemis veut bien nous honorer. " L'ironie n'avait pas échappé à Xena. La déesse de la Chasse apparaissait rarement aux humains.

Gabrielle était suffoquée. Artemis. Je suis chez les Amazones. Et ben, à Potadeia, ils vont tuer le cochon au moins, pour fêter ça. Encore qu'ils ne les aiment pas trop. Et... Xena est leur Reine ? Je n'ai rien lu là-dessus dans les parchemins. Mais je n'ai pas tout lu. Elle est pleine de surprises !

Comme la jeune femme ne répondait pas, aucune des Amazones ne se levait. Xena prit celle qui avait le masque le plus bizarre par le bras et l'entraîna un peu à part. " Solari, il faut que je te parle d'un truc... "

Il y eut soudain d'autres cris, des bruits d'un corps qu'on traîne et encore plus de masques et de plumes devant les yeux éberlués de Gabrielle. Les autres Amazones avaient à peine bougé, toujours un genou en terre.

La jeune femme reconnut Joskel. " Hé ! Lâchez-le ! C'est un ami, il ne vous fera rien. "

Les Amazones nouvellement arrivées se mirent également sur un genou tout en maintenant le jeune homme au sol. " Ô ma Reine. Bienvenue. Les hommes sont interdits sur le territoire des Amazones sauf sur ordre royal. " L'une d'elles parlait au travers de son masque.

 

Xena avait continué à mettre rapidement Solari au courant pendant l'incident, qu'elles avaient néanmoins suivi. Elle hésitait à apprendre au jeune homme à désobéir à ses ordres de manière brutale ou à le renvoyer gentiment.

Elle fit un signe de tête vers Solari qui la regardait d'un air interrogateur. Xena fit un signe affirmatif léger qui n'échappa pas à Gabrielle qui regardait les deux femmes.

" La Reine a dit de le relâcher, c'est bon. Relevez-vous. " Solari ôta son masque. " C'est pratique pour faire peur mais il fait chaud là-dessous. Ephiny est désolée de ne pas avoir pu vous accueillir elle-même mais nous avons une naissance et elle assiste la mère, une de ses protégées. "

Gabrielle s'était précipitée vers Joskel qu'elle aidait à se relever. Il avait quelques bleus et égratignures mais ça aurait pu être plus sérieux. Il avait raison l'aubergiste, elles sont dangereuses, pensa Gabrielle.

 

Xena s'approcha du couple, prit le jeune homme par un bras, le regarda de ses yeux bleu acier. " Je t'avais prévenu. Alors maintenant, tu repars au Nord sans te retourner. Les Amazones ne te feront rien si elles te voient quitter le territoire. Sinon, je ne réponds de rien. " Le jeune homme se dégagea de la prise et d'un ton furieux. " Je ne te laisserai pas emmener Gabrielle chez ces f...emmes. Elle doit rentrer chez elle. Sa place n'est pas avec toi, ni avec elles. " Il essayait de maintenir son regard.

" Plus que tu ne croies. " Xena marmonna entre ses dents du ton le plus menaçant qu'elle pouvait mettre dans sa voix. " Et maintenant, tu files, ou tu es un homme mort et tu ne lui seras pas d'un grand secours. "

La jeune barde s'interposa entre eux. " Tu n'as pas le droit de lui parler comme ça. Tu as beau être la Princesse Guerrière, je ne te laisserai pas lui faire de mal. Et je voudrais bien te voir m'en empêcher. "

Xena soupira du fond de son âme. Elle empoigna la jeune femme et la propulsa par-dessus son épaule gauche, tête vers l'arrière. " Solari, vous pouvez vous occuper d'Argo, s'il te plaît ? " Et sans se retourner. " Et toi, tu décampes. "

Gabrielle se débattait en vain en jetant des regards désespérés vers le jeune homme qu'elle défendait un instant plus tôt.

Mais les Amazones avaient fait un mur entre elle et lui et avec la distance, disparaissait son seul espoir de revoir Potadeia saine et sauve, elle en était sûre maintenant.

 

 

Après une bonne dizaine de minutes de cris hystériques et de mouvements visant à la libérer de l'étreinte de Xena, Gabrielle avait fini par comprendre que tout effort était inutile et que, entourée des Amazones comme elle l'était, elle avait peu de chance de pouvoir s'échapper. Elle avait donc décidé qu'il valait mieux se calmer et faire croire qu'elle acceptait son sort. Ceci n'eut pas un effet immédiat sur la " Reine " qui la maintenait toujours sur son épaule, un bras autour de sa taille dénudée.

La prise était néanmoins moins forte maintenant qu'elle ne se débattait plus, mais elle soupçonnait la guerrière d'apprécier plus la situation que celle-ci ne l'exigeait. La jeune femme pestait de ne pas voir le visage de sa tortionnaire.

Ni des femmes qui l'accompagnaient d'ailleurs, les Amazones avaient toutes gardé leurs masques malgré la chaleur, et celle qui s'appelait Solari avait remis le sien. Mais elle pouvait sentir leurs sourires ironiques comme si elle les voyait.

Qu'Artémis vous emmène toutes au Tartare. Et elle la première. Vous finirez bien par me poser dans un coin et vous désintéresser de moi. Enfin... j'espère...

 

Xena marchait plus facilement maintenant que Gabrielle s'était enfin calmée. Mais qu'est-ce qui pouvait bien justifier ces excès ? Elle a déjà eu des colères monstrueuses, mais ces cris... Même les cris de guerre des Amazones ne sont pas si aigus ! Surtout qu'elle sait bien que ça ne sert à rien, ici !

Si ce n'était pas Gabrielle, il y a longtemps que j'aurais mis fin à ça... Il y avait bien un moyen mais... c'est quand même la Reine de ces emplumées et je ne voudrais pas la mettre mal à l'aise quand elle se souviendra de tout ça...

Bon, en tout cas, elle s'est arrêtée maintenant. Ouf ! Tout ça pour un gamin à peine poussé, et incapable de la défendre correctement. Je vous jure, elle m'étonnera toujours... Ca fait un moment qu'elle ne bouge plus, je devrais peut-être la poser maintenant ? S'il le faut... et on arrive au Village. Je ne peux pas lui faire ça. Déjà que les autres ne vont pas se priver d'en parler au feu de camp ce soir...

 

Le retour au calme de la jeune barde lui permit d'échapper à une entrée peu triomphante au milieu des guerrières, qui s'étaient arrêtées dans leurs occupations et saluaient leur arrivée. Mais ce fut surtout le formidable effort de volonté de la Princesse Guerrière qui la fit entrer sur ses deux pieds.

En effet, cette dernière avait effectivement apprécié la possibilité qui lui était offerte de se rapprocher physiquement de sa jeune compagne, qui s'était éloignée ces derniers jours, et elle l'aurait volontiers prolongée.

D'autre part, Xena avait, difficilement il faut dire, fait barrage à son envie taquine de se donner un point d'avance sur la jeune Reine dans sa propre Nation. Celle-ci ne manquait pas de la provoquer en public sur certains points sensibles. Comme les petites choses que la guerrière préparait pour elle, le petit déjeuner, les bains,... Aaah ! Et les endroits où elle était chatouilleuse. Enfin, tous ces trucs qui ruinent la réputation d'un ex-seigneur de guerre.

Surtout au milieu de ces Amazones qui cherchaient le moindre défaut dans la cuirasse de cette femme qui les surpassait dans tant de domaines. Elles ne se privaient pas de le dire. Eponine... ouais, Eponine ! Quand je pense qu'il va falloir... Oh, non. J'aurais dû prendre ce point d'avance et même plusieurs. Ma réputation va être fichue ici pour plusieurs saisons.

 

Solari les avait devancées pour aller prévenir Ephiny de leur arrivée et aussi l'informer de l'état de... santé de Gabrielle. La Régente était au chevet d'une jeune Amazone, Fallùn, qui venait de donner naissance à une superbe petite fille. Dont Ephiny serait la marraine, suivant les coutumes amazones, bien sûr.

Elle écouta avec sérieux sa lieutenante l'informer que Gabrielle n'avait visiblement plus connaissance de son statut dans la Nation et qu'il faudrait trouver un moyen pour remédier à cette situation. Ephiny réfléchit longuement avant de sortir à la rencontre des deux femmes et des éclaireuses qui attendaient à l'extérieur.

La chose n'était pas si simple. Gabrielle avait obtenu le Droit de Caste de Terreis juste avant la mort de cette dernière qu'elle avait tenté de protéger. Elle était devenue Reine grâce aux talents de Xena qui avait vaincu Melosa en tant que championne de la jeune - et récente - Princesse.

 

Ephiny ne se souvenait que trop de cette période. A la fois triste et joyeuse. Joyeuse et triste. La mort de Terreis. Le procès de Phantes et sa rencontre avec ce Centaure d'abord haï qui allait devenir son mari. La mort de Phantes ensuite et la naissance de son unique enfant, Xenon, qui ne serait pas venu au monde sans Xena.

Xena qui avait presque sacrifié Gabrielle pour lui permettre de connaître cette joie de voir grandir son fils. Et maintenant...

Si ce que Solari lui disait était vrai, la situation était sérieuse et allait mettre à mal leurs relations. Mettre à mal, que les termes étaient mal choisis. Elle devait voir Xena d'abord pour mesurer l'ampleur du drame qui pourrait se jouer.

Solari l'observait attentivement et réalisa soudain que la situation ne semblait pas comique à la Régente, au contraire. Qu'est-ce qui ? Oh, dieux. J'avais oublié la coutume... Oh, Ephiny, je ne voudrais pas être à ta place !

Eponine, debout à côté de la Régente, avait également un masque de sérieux comme elle lui avait rarement vu. Et pourtant la maîtresse d'armes des Amazones n'était pas une boute-en-train déjà.

Eponine prit le bras d'Ephiny doucement, retenant la force des muscles de son poignet, forgés par des années de pratiques de toutes les armes existant sur cette terre et à cette époque. " Eph', va d'abord parler à Xena, ce n'est peut-être pas si grave. Xena connaît la Reine mieux que personne. "

" Oui, tu as raison, Eponine, je me fais du souci trop tôt mais les Anciennes ne me laisseront pas le choix. Mais surtout les quelques malades qui avaient suivi Velasca. Elles vont jubiler. Gardons ça pour nous pour l'instant. "

Les deux autres Amazones hochèrent la tête en assentiment et Solari annonça que les éclaireuses n'avaient pas d'idée de la situation, ce qui simplifierait les choses. Il y avait juste cet... incident après le renvoi du jeune homme. Mais tout le monde connaissait les échanges entre Xena et Gabrielle, ça n'étonnerait personne. Et passerait pour un accès de jalousie de la guerrière.

Ca, pensa Ephiny en souriant, il vaudrait mieux que ça ne fasse pas le tour du Village, non plus. Elle savait que la guerrière accepterait mal qu'on la qualifie de 'sentimentale' et qu'on lui prête un sentiment de jalousie, même concernant Gabrielle.

 

" Bon, j'y vais, je vais voir ce qu'on peut faire avant que l'affaire ne s'ébruite. " Ephiny sortit de l'infirmerie suivie des deux femmes. Elle arborait son meilleur sourire lorsque Xena se retourna pour la saluer. Elle avait surveillé l'Amazone qui emmenait Argo et se sentait confiante. Elle connaissait les talents de Brendi.

" Salut, Xena ! Tes visites sont toujours appréciées dans la Nation. Ravie de te revoir. Et toi aussi, bienvenue. " Elle serrait l'avant-bras de la guerrière suivant la tradition mais ne fit pas un geste vers la jeune femme qui la regardait les yeux arrondis.

Les Amazones étaient habituées à la méthode 'Gabrielle', celle-ci n'aimait pas les honneurs et elle les acceptait seulement lorsque de jeunes guerrières étaient en formation, pour ne pas laisser perdre les coutumes après elle.

Aussi, elles ne furent pas surprises que la Régente ne lui fasse pas le salut royal mais... certaines notèrent qu'Ephiny avait d'abord accueilli Xena. Etrange. Bien entendu, ce furent surtout celles qui contestaient le titre de la jeune barde et avaient suivi son adversaire devenue déesse, Velasca. Avant sa défaite.

Ephiny prit Xena et Gabrielle chacune par un bras et les emmena rapidement vers la hutte royale. Toujours suivie de Solari et d'Eponine qui avait fait un petit signe de tête vers la guerrière pour la saluer.

Ephiny poussait les deux femmes plus qu'elles ne les accompagnaient et Gabrielle se sentait un peu à la traîne.

" Hé ! Déjà que votre Rei... " Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Solari qui marchait près d'elle trébucha juste à ce moment, s'accrocha à elle et l'entraîna dans sa chute. Ce qui eut pour effet de la faire taire brutalement. Solari se releva en sortant un chapelet d'excuses et en la poussant plus vite vers la hutte.

 

 

**********************

 

 

Les cinq femmes entrèrent dans la petite habitation qui était plus grande que la majorité des autres huttes. Et surtout plus richement décorée, pour satisfaire au statut royal. Bien que Gabrielle avait souhaité limiter le décorum, au grand dépit des Anciennes qui en étaient chargées.

La hutte royale comportait également deux pièces à la différence de beaucoup d'autres, à l'exception traditionnellement de celle de la Régente.

Dans la pièce principale, Gabrielle repéra un petit lit, une table assez grande pour y manger à plusieurs, et une autre petite table, de travail, avec des parchemins et des plumes dessus. Elle ne pouvait pas vraiment voir la seconde pièce car elle était séparée de celle-ci par un rideau de lianes.

" Vous pouvez poser vos affaires ici. Je pense que pour ce soir et demain matin, on va vous faire servir les repas dans la hutte royale. " Dit Ephiny en faisant un signe de la main à Xena pour qu'elle la suive dans l'autre pièce. Elle souleva les lianes pour en laisser apparaître le contenu.

" La... la hutte royale ! " L'exclamation de la jeune femme arrêta net le mouvement des deux femmes. " Non, non, je ne reste pas là, moi ! Vous devez bien avoir un endroit moins... plus... "

" Non, Gabrielle, c'est ici que tu dois rester, il n'y a pas d'autre endroit. Toi et Xena, vous vous installez et demain, on avisera. " Ephiny ne souriait plus. Elle ne voulait pas faire d'annonce hasardeuse à la jeune barde avant que la guerrière n'ait tout expliqué, mais elle sentait que les choses seraient compliquées.

 

Elle passa dans l'autre pièce suivie de Xena, laissant Solari et Eponine aider la jeune femme à s'installer tout en gardant un oeil sur elle. " Bon, tu me racontes tout depuis le début parce que c'est sérieux, cette fois-ci et je pense que tu le sais. Tu connais nos coutumes et tu n'es pas venue ici sans y avoir réfléchi avant. "

Xena raconta de nouveau les circonstances qui avaient amené Gabrielle à avoir ce comportement étrange qu'elle ne s'expliquait pas. Le coup ne l'avait pas rendue amnésique. Il avait comme " gommé " deux années de sa vie. Et ça incluait la période Amazone.

Et elle avait pleinement conscience de ce que leur venue, avant que Gabrielle n'ait recouvré cette mémoire-là, pouvait impliquer. Mais elle avait évalué les risques, et surtout les chances que chacune des périodes qu'elles avaient passées ensemble depuis deux ans pouvait représenter dans sa guérison. Et celle-ci lui paraissait la plus sérieuse.

Elle avait un plan et elle en parla à Ephiny, qui sourit d'abord en l'écoutant mais comprit ce que la guerrière mettait d'elle pour aider sa meilleure amie à revenir.

 

Lorsqu'elles revinrent dans la pièce principale, elles trouvèrent les deux Amazones assises sur le petit lit, tordues de rire face à une Gabrielle, effondrée sur une des chaises en bois, d'un rouge que même le plus beau feu de camp de la Nation n'avait jamais exprimé. " Que se passe-t-il donc ici ? Solari ? " Ephiny se demandait ce que les deux guerrières pouvaient bien avoir inventé ou simplement dit pour mettre leur Reine dans cet état. Elle les savait sérieuses et elles n'auraient pas risqué de faire capoter quoi que ce soit avant de lui en avoir parlé. Même Eponine, je rêve.

Entre deux hoquets, Solari réussit enfin à placer quelques mots audibles. " Elle... la R... Gabrielle, nous a demandé si la jeune mère va bien. " Elle était pliée sur le lit.

" Et ça vous fait rire, ça ? Oui, Gabrielle, Fallùn se porte bien et sa fille aussi. Tu pourras les voir si tu veux. " Ephiny fronçait les sourcils vers sa lieutenante.

" Non, non, c'est pas pour ça... " Pendant qu'Eponine reprenait, la jeune femme blonde avait maintenant la tête dans les mains pour cacher sa rougeur.

" Elle a demandé des nouvelles du... père. " Ephiny commençait à voir la suite. Elle s'apprêtait à répondre.

" Je lui ai dit qu'il n'y en avait pas. " Solari était vraiment hilare. " Enfin, pas vraiment... que les Amazones... se débrouillaient autrement... enfin, le père, on le gardait pas, tu vois le truc, Eph' "

" Ouais, je vois. Et je pense que vous auriez pu éviter le sujet aujourd'hui, déjà que c'est pas simple. "

" Attends, attends, la suite est encore mieux... " Les deux Amazones étaient pratiquement pliées l'une sur l'autre tellement elles riaient. " Elle a dit 'mais si ça ne marche pas pendant la nuit de noces, qu'est-ce que vous faites, alors ?' La nuit de noces, Eph', tu te rends compte. " Là, Solari s'était laissé retomber en arrière pour laisser son estomac se reposer des rires.

Xena avait un léger, très léger sourire mais Ephiny ne riait pas, mais alors pas du tout. " Oui, je me rends compte que vous avez intérêt à retourner à vos occupations sur-le-champ, et espérer que ça, ça reste oublié, par tout le monde ! "

Les deux femmes se relevèrent tant bien que mal, pendant que la jeune barde essayait de retrouver bonne figure. Elles se dirigeaient vers la porte lorsque des bruits de voix leur parvinrent de l'extérieur. Des voix plutôt courroucées. Ce qui fit perdre toute envie de rire à Eponine.

" Euh, Ephiny, tu ferais bien de venir voir par ici. "

La Régente fut sur le seuil de la hutte en un éclair suivie de Xena.

 

Un groupe d'Amazones, des ex-suivantes de Velasca et des partisanes d'une prise en main plus radicale de la Nation par quelqu'un qui y résiderait, se trouvaient massées devant la hutte. Une vingtaine de femmes, visiblement en colère, excitées et armées, au moins de bâtons.

Instinctivement Eponine se plaça devant Gabrielle, juste derrière Xena. Ce qui fit que la jeune femme ne voyait rien de ce qui se passait. Mais elle entendait les voix de ces femmes énervées et elle devinait que quelque chose ne tournait pas rond.

Une grande Amazone blonde se détacha du groupe. Elle était assez jeune. Elle avait été une partisane de Velasca mais avait maintenant rejoint un groupe qui prônait une alternative.

" La Reine ne nous fait pas souvent l'honneur de sa visite et tu l'as pratiquement enlevée de sous nos yeux. Nous avons des questions à lui poser. Nous voulons la voir. "

" La Reine a fait un long voyage et doit se reposer, Kalada, si tu veux la rencontrer, ce n'est pas un problème, mais plus tard. " Ephiny parlait d'un ton neutre, elle connaissait la jeune femme et savait qu'elle cherchait la provocation.

" La Régente ne doit-elle pas allégeance à la Reine, Ephiny ? " Demanda Kalada d'une voix ironique. " Tu as manqué à tes devoirs aujourd'hui, il m'a semblé, non ? "

" Je n'ai pas eu cette impression. La Reine a été amenée à sa hutte par la Régente et ses deux premières lieutenantes. Que te faut-il de plus ? " Ephiny sentait qu'elle menait mal le débat mais ne voyait pas comment s'en sortir.

" La voir, Ephiny, simplement la voir. Et nous rentrons chez nous. C'est aussi simple que ça. Parce qu'elle nous a semblé bizarre. Pas fatiguée seulement mais bizarre. Et tu comprendras que nous sommes inquiètes pour l'avenir de notre Nation. "

Une autre Amazone plus âgée fit un pas en avant. " Ephiny, si la Reine venait à disparaître ou à ne plus pouvoir assurer son pouvoir, son Droit serait remis en question. Tu le sais. Et dans ce cas, il n'est plus question de championne pour la défendre. C'est la Régente qui doit combattre. "

Ephiny tressaillit à ces mots. Elle avait espéré que cela prendrait plus de temps. Mais l'une des éclaireuses avait dû s'apercevoir de quelque chose de plus grave qu'une simple crise de... jalousie. Elle ne craignait pas d'avoir à se battre. Mais, elle ne souhaitait pas en arriver là si la mémoire de Gabrielle pouvait être ramenée.

 

Au moment où elle allait répondre, elles entendirent des bruits en provenance de l'arrière de la hutte royale. Puis sur le côté, jusqu'au moment où deux Amazones apparurent encadrant Gabrielle qui avait tenté de filer en profitant de l'occasion.

Ephiny se tourna vers Xena qui se tourna vers Eponine, qui n'avait personne à blâmer qu'elle. Elle avait réagi en portant ses instincts vers le groupe pour intervenir si Ephiny était mise en danger et avait complètement oublié la jeune femme. Bon sang, comme si j'avais pu imaginer la Reine en train de s'enfuir.

" Et bien voilà. " Dit Kalada. " Ce n'était pas plus compliqué que ça, il n'y avait qu'à demander. " Elle fit un énorme sourire en direction de Gabrielle. Qui donna un coup de pied à gauche, un coup de coude à droite pour se libérer et commença à courir lorsque sa tête rencontra un bâton lancé depuis le groupe.

 

************************************

 

 

Gabrielle se réveilla à peu près au milieu de la nuit. Elle ne réalisait pas bien où elle se trouvait bien que l'endroit lui semblait familier. Un grand lit. Une fenêtre en face d'elle. A côté... sur la chaise, Xena. La guerrière avait l'air de l'avoir veillée une bonne partie de la nuit. Elle avait fini par s'endormir. Elle était trop... comment dire ? Gabrielle appréciait ça. D'être veillée par quelqu'un qui vous veut du bien. Elle se souvenait d'un coup de bâton sur la tête. Ok, Gabrielle, réfléchis... qu'est-ce qui te vient à l'esprit à l'instant ? J'ai faim. Ok, essaie encore. J'ai pas mangé ce soir. Bon, on abandonne pour cette nuit et tu verras demain matin.

Le sommeil la reprit instantanément et elle se retourna avec un petit gémissement, dû plus à sa fringale qu'à la douleur.

Le son éveilla l'instinct de la guerrière qui ouvrit les yeux pour voir que la jeune femme avait bougé dans son sommeil.

Elle prit ça comme un bon signe et elle espérait, malgré la peur que lui avait inspiré le moment où Gabrielle était tombée, que le coup aurait des conséquences sur ses souvenirs.

Elle s'en voulut de s'être endormie et garda les yeux ouverts le reste de la nuit. Bien que la nuit précédente avait été difficile déjà. Mais elle avait tellement vécu ce genre de situations. Et il s'agissait de sa meilleure amie. Meilleure amie.

Elle tendit la main doucement vers l'épaule où les cheveux blonds s'étaient étalés. Elle joua un instant avec une mèche lorsque Gabrielle se retourna soudainement comme elle faisait parfois quand elles dormaient sur leurs couvertures, dehors.

La guerrière eut un moment de recul, sa main lâcha les cheveux rapidement et elle vit que la jeune barde avait les yeux grands ouverts. Elle était prête à ouvrir la bouche pour dire un mot, se justifier, lorsque les yeux se refermèrent. Ca n'avait été qu'un réflexe nocturne. Un rêve probablement.

Xena sourit. Elle espérait que ce rêve la concernait au moins un petit peu et qu'elle y retrouvait un rôle sympathique dans la vie de la jeune femme.

 

Il était important que Gabrielle redevienne Gabrielle. Pour la jeune femme elle-même. Pour la Nation. Pour Ephiny. Après ce qui avait été dit, Kalada allait probablement demander le défi contre la Régente en invoquant la démence de la Reine.

Et Xena ne pourrait rien faire cette fois. La Régente n'avait pas le pouvoir de la Reine de choisir une championne pour combattre à sa place. Et d'ailleurs Ephiny était une guerrière et ne l'aurait pas voulu. Ou aurait choisi Eponine. Kalada n'avait qu'une toute petite chance mais si les dieux l'aidaient...

Et Xena savait comme Arès saurait trouver le petit truc pour faire pencher la balance. Même si sa soeur Artemis avait fait son choix. Arès était rusé et sournois. Artémis était honnête. Le risque était trop grand.

 

" Gabrielle, reviens. Elles ont besoin de toi. J'ai besoin de toi. " Ces mots furent à peine murmurés mais la barde bougea légèrement dans son sommeil, comme si elle avait entendu. Xena préféra se taire à partir de ce moment. Elle se contenta de la regarder et d'espérer. La guerrière entendit le bruit des pas avant même que l'on ne frappe à la porte. Déjeuner, pensa-t-elle. Ephiny pense à tout. Elle avait aussi senti l'odeur du thé chaud qui infusait.

Elle se leva et passa dans la pièce d'entrée où elle ouvrit la porte à une toute jeune Amazone qui osait à peine lever les yeux devant elle.

" C'est Ephiny qui t'envoie ? Comment t'appelle-tu ? " Xena était toujours étonnée de voir l'effet qu'elle faisait à ces guerrières, des plus jeunes aux plus âgées. Même celles qui osaient la défier. Et elle savait que ça énervait particulièrement Eponine.

" Je m'appelle Nyla et la Régente m'a dit de vous apporter ça et à la Reine. "

" Merci Nyla. Tu diras à la Régente que la Reine a bien dormi. Va " Elle avait parlé d'une voix douce mais la gamine détalait quand même. Elle revint à la chambre où Gabrielle s'étirait paresseusement et tout en maintenant le rideau de lianes levé d'une main, avec le plateau dans l'autre : " Tu veux le petit déjeuner au lit ou sur la table ? "

" Ooooh ! Le lit, ce sera parfait. Mais... tu manges aussi, alors sur la table. " Elle commençait à se lever mais la tête lui tournait. Bizarre, j'ai l'impression d'avoir déjà vécu ça.

" Non, non. Reste couchée. Je peux aller manger plus tard dans la salle à manger commune. Prends le plateau et mange. Tu dois te reposer. " Xena cacha son expression déçue. Le coup n'avait rien changé. Encore que... Gabrielle ne semblait plus aussi apeurée par moments. Elle avait même l'air... gentil avec elle. Ok, Xena, tu gardes ton plan et il faut que ça marche avant ce soir où Ephiny est fichue.

" Je vais sortir. Il y a deux gardes devant la porte et une derrière. " Xena rectifia en voyant l'expression de la jeune femme. " C'est pour te protéger, pas pour t'empêcher de partir. " Même si ça revient au même, ô mon barde.

 

La guerrière laissa Gabrielle aux prises avec son plateau et alla rejoindre Eponine pour mettre au point les derniers éléments du plan. Elle savait que Kalada devait attendre jusqu'à la tombée du jour pour demander l'examen de la Reine et lancer le défi.

Elle revint une heure plus tard. La barde avait fini de manger tout le contenu des plats. Elle s'était habillée. Il avait fallu lui enlever ces vêtements la veille mais ça n'avait pas l'air de l'avoir choquée.

" J'aimerais prendre un bain, c'est possible ici ? " Elle finissait de lacer le haut vert sur son estomac.

" Euh, oui, bien sûr, moi-même je pensais... "

" Et bien allons-y ensemble. Tu me surveilleras... non ! Tu me protégeras, c'est toi le chef ici, non ? "

" Pas vraiment, c'est Ephiny qui est la Régente lorsque la Reine s'absente. " Une information vague mais peut-être...

" Ah, c'est Ephiny la patronne alors ? J'aurais dû m'en douter à la façon dont elle a sermonné les deux hystériques hier... " Elle souriait légèrement mais Xena put l'apercevoir.

" Tu gardes tout ça pour aller te baigner ? " Elle faisait un signe vers l'armure de Xena.

" Euh... oui. Je préfère tant que nous ne sommes pas arrivées. Là-bas, nous serons gardées. "

" Gardées ? Tu veux dire qu'on va nous... regarder ? Tout le temps ? "

" Non, non. Les gardes seront à l'extérieur. Dedans, il y a juste celles qui se baignent. "

" Ah bon. Et c'est grand ? La salle de bains ? "

Elles étaient sorties maintenant et tout en marchant, Xena gardait un oeil autour d'elles pour éviter les problèmes. Des Amazones les saluaient et Gabrielle leur rendait leur salut de la main. Comme avant, pensa Xena. On l'assomme et elle, elle salue tout le monde comme si rien ne s'était passé.

" Hein ? Grand ? Oui, plusieurs personnes peuvent se baigner en même temps dans une baignoire. Et il y a deux baignoires. "

Elles arrivèrent à la salle de bains suivies par les gardes qui ne les avaient pas lâchées d'une semelle. Xena entra la première pour vérifier qu'il n'y avait pas de danger. Gabrielle suivit. " Ah, on a de la chance, il n'y a personne. Une baignoire suffira, alors. "

Xena lui lança un regard étonné. Il y a quelque chose que je ne saisis pas ou quoi ?

 

Avant qu'elle ait pu dire quoi que ce soit, Gabrielle avait enlevé ses vêtements et se plongeait dans l'eau en lui faisant signe d'ajouter de l'eau chaude. Elle prit deux seaux et les versa tout à tour dans la baignoire avant de commencer son rituel de déshabillage.

" Oh, j'aurais pu t'aider, mais j'avais trop envie de ce bain. " Gabrielle lui souriait en la regardant dans les yeux.

" Ce n'est rien, je me débrouille. C'est plus facile quand on m'aide mais ça ira. " Xena finit de tout enlever et entra dans l'eau à une distance raisonnable.

Elles restèrent là sans rien dire pendant plusieurs minutes. Jusqu'à ce que la voix de Gabrielle ne s'élève. " Tu peux me passer le savon ? Je ne le trouve pas. Une Princesse Guerrière doit savoir faire ça, non ? Trouver un savon. "

Xena décida de ne pas répondre. Elle ne comprenait plus du tout. Encore une autre facette. Combien de coups sur la tête faudrait-il pour que sa Gabrielle ne revienne ?

Au lieu de ça, elle se leva en remuant beaucoup d'eau, ce qui éclaboussa la jeune femme qui se frotta le visage. Elle s'essuya et remit ses vêtements très rapidement. " Je retourne à la hutte. Les gardes t'attendent et te ramèneront. "

Elle quitta la pièce et alla dans les bois pour essayer de se débarrasser d'une partie de la tension qu'elle avait dans tous les muscles.

 

 

 

***********************

 

 

A son retour, elle trouva Gabrielle installée à la petite table, en train de rédiger. La barde roula rapidement le document avant de le reposer. " C'était bien, ton tour dans la forêt ? "

" Comment sais-tu que j'ai fait un tour dans la forêt ? " Xena plissa les yeux d'un air interrogateur.

" Tu as des feuilles sous les pieds et le bout de la poignée de ton épée a du vert. Dans le Village, il n'y a pas assez de végétation. "

" Qu'est-ce que tu as fait en attendant ? " Xena indiquait la table de travail.

" Ben, comme il y a des rouleaux dans ma sacoche, je me suis dit que peut-être écrire est une bonne idée et j'ai essayé. Mais je ne suis pas douée, oh non ! " Elle avait un air dépité. " Je pense que je suis plutôt faite pour la vie au grand air. Les champs. "

" Mmm. Te marier. Avoir des enfants. Elever des animaux. " Xena avait une mine désabusée.

" Oui, c'est tout à fait ça. Mais... ce ne sont pas les plans que tu as pour moi, hein ? " Les yeux verts étaient interrogateurs.

" Je... je n'ai pas de plan pour toi. Tu as une vie, tu dois décider de ce que tu en fais. Hadès ne te donnera pas une seconde chance. "

" Non ? Tu es sûre ? "

Xena la regarda étonnée. " Que veux-tu dire par là ? "

" Oh, juste que... bien sûr Hadès ne me fera pas revenir, mais... peut-être que je peux changer des choses à la vie que je mène. Si je peux me souvenir de la vie que je mène... " Elle se leva pour aller vers la fenêtre. Xena ne voyait pas son visage.

" Ne crains rien. Ta vie est honorable. Tu n'as rien à y changer. Tu es une personne bonne et tu aimes les autres. Que voudrais-tu devenir à la place ? "

" Ca, c'est ce que tu me dis. Et si je devenais une guerrière ? Comme les femmes qui sont là-dehors. C'est pour ça que tu m'as amenée ici ? Tu m'as dit que je n'étais pas une esclave, alors, quoi, ou qui ? "

" Non, tu n'es pas une esclave et tu ne le seras jamais. Tu as raison, on peut changer sa vie mais pourquoi le faire pour aller vers la violence ? " Xena avait un tout petit sourire qui tordait ses lèvres de façon désabusée.

" C'est la Princesse Guerrière qui me dit ça ? Tu es culottée, non ? Excuse-moi, je ne voulais pas être si directe. " Elle était toujours le dos à Xena et regardait dehors. " Je ne cherche pas la violence, mais parfois elle est nécessaire pour survivre. Et toi mieux que personne, tu le sais. "

Xena sentait quelque chose dans l'air. Une différence. Un effet de son imagination. Et si... non ! C'est dans sa nature, elle a besoin de débattre.

" Est-ce que parfois, tu ne cherches pas plutôt le contraire. L'affection, la tendresse. Je crois, moi, qu'elles sont aussi nécessaires pour survivre que la violence. Mais plus difficiles à admettre. "

 

La guerrière s'était rapprochée de la jeune femme. La tête légèrement penchée, elle observait les cheveux qui couraient le long de la nuque, du dos, si tranquilles, si calmes. Gabrielle.

Un bruit dehors. Un cri. " Xena ! " Oh, non ! Le plan, j'avais oublié. Et juste maintenant. Zut !

Elle se détacha de l'ombre de la jeune femme qui s'était tournée vers la porte au bruit, et se dirigea vers le seuil.

Devant elle, à quelques mètres seulement, se tenait Eponine. La guerrière était armée de bâtons et fixait Xena de son regard empli de colère.

" Que veux-tu, Eponine ? Je suis occupée. " Elle faisait des signes avec la bouche et les yeux pour demander un peu de répit mais la maîtresse d'armes avait trop de plaisir à jouer ce jeu pour remarquer.

La guerrière sentit la présence de Gabrielle derrière elle, elle ne pouvait plus reculer maintenant.

" Tu sais très bien ce que je veux. Tu as quelque chose qui m'appartient et je veux le récupérer. Alors tu sors et tu viens te battre parce que me le donner ne suffira pas. J'ai mon orgueil. "

Pfuu ! Une phrase aussi longue dans la bouche d'Eponine avait de quoi surprendre et une grande partie du Village commençait à se rassembler.

" Je ne veux pas me battre, Eponine. Pas contre toi, tu sais que je suis plus forte que n'importe laquelle d'entre vous. "

" Crâneuse. Tu viens ou je te tire par tes lacets en cuir. Imagine l'image, Xena, et l'humiliation. "

Oh la la ! C'est moi qui ait pensé à ce truc. Enfin le texte c'est elle, elle me le paiera plus tard.

" Eponine, une dernière fois, non. " Au moment où elle disait ces mots, l'Amazone lui lançait un bâton qu'elle rattrapa avec facilité. Elle descendit les quelques marches, poussa quelques Amazones pour se faire de la place.

Ephiny arrivait en courant. " Je vous ordonne de vous arrêter. Eponine, tu entends. "

" Elle a un truc à moi. Je veux le récupérer. "

" Xena, si tu as quelque chose à elle, veux-tu lui rendre sans combattre ? S'il te plait ? Eponine est très forte. Même pour toi. Tu risques d'être blessée même si tu gagnes. " Ephiny se tenait entre les deux femmes.

 

Derrière son épaule et celle d'Eponine, la guerrière pouvait voir le regard inquiet de Gabrielle qui suivait leurs mouvements et leur conversation.

Le cercle s'était élargi autour des trois femmes. Xena leva son bâton en position de défense. " Non, je ne pense pas que je puisse lui rendre, sans combattre. Et tu ne peux rien m'ordonner, Ephiny, je ne suis pas l'une des vôtres. " Elle poussa la Régente doucement mais fermement hors du champ de son arme.

Et les deux guerrières commencèrent leur danse. D'abord, l'observation, puis quelques coups échangés doucement pour faire claquer le bois.

Gabrielle s'était approchée et se tenait à côté d'Ephiny, l'air vraiment inquiet. " Ephiny, tu penses vraiment ce que tu dis ? Xena peut être blessée. Je la croyais invincible ? "

" Invincible, peut-être, mais pas invulnérable. Elle va prendre des coups et des sacrés, je peux te promettre. Il faut que quelqu'un réagisse. Et seule la Reine peut arrêter Xena. C'est sa championne. "

Les deux femmes échangeaient maintenant des coups plus rudes qui touchaient parfois des points sensibles. Elles maintenaient une certaine égalité.

 

Le combat dura longtemps avant que les coups ne deviennent vraiment très durs. Gabrielle tressaillait à chaque fois que la grande guerrière était frappée mais ne bougeait pas.

Eponine semblait y trouver du plaisir et Xena se défendait âprement. Elle aurait dû avoir l'avantage depuis longtemps, se disait Gabrielle. Mais parfois les coups étaient si forts que Xena en tombait. La guerrière cherchait le regard de la jeune femme et marmonnait mais continuait à parer les coups portés par l'Amazone.

Ephiny avait fait plusieurs remarques sur la Reine, arrêter le combat, etc... mais la jeune barde ne disait rien.

Soudain, après un coup particulièrement dur, Xena resta un peu plus longtemps à terre. Gabrielle n'en pouvait plus cette fois. " Xena, Eponine, la Reine des Amazones vous ordonne de vous arrêter ! "

Eponine se figea. Xena leva la tête, regarda à gauche et à droite et dit : " Quelle Reine, je ne vois pas de Reine, ici, juste une Régente. "

" Moi, Gabrielle, Reine des Amazones, j'ordonne l'arrêt du combat. Ca te va ça ? "

Xena se releva et mit un genou au sol. " Ca me va parfaitement, ô ma Reine ! "

 

 

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EPILOGUE :

 

Gabrielle se tenait sur le bord de la baignoire où Xena prenait son deuxième bain de la journée pour ôter la poussière du combat.

" Et quand, exactement, as-tu retrouvé le souvenir complet ? " La guerrière se savonnait vigoureusement.

" Et bien, ça n'a pas été immédiat. D'abord, je me suis réveillée la nuit dernière et quelque chose est venu à ma conscience. "

" Tu avais faim ? "

" Oui, ça aussi. Mais non, le souvenir d'un coup sur la tête mais pas celui de l'après-midi. Puis une voix qui disait 'j'ai besoin de toi'. " Ces derniers mots furent dits sur le ton qu'avait employé la guerrière. Elle avait entendu, alors. Mince !

" Et puis ce matin, c'était total. Je me souvenais de tout, y compris les trucs avec Autolycus et... Joskel. Le pauvre, tu lui as fait peur, hein ? "

" Tout ? " Demandait Xena avec inquiétude. Pourquoi d'ailleurs ?

" Oui, oui. Et puis nous sommes allées au bain, c'était drôle. Et quand tu es revenue de la forêt... "

" C'était drôle aussi ? " Demanda la guerrière sur un ton neutre.

" Non, non. Plutôt... émouvant. " Gabrielle passait doucement le doigt sur le bord en bois de la baignoire.

" Et... le combat ? " Xena se demandait pourquoi elle n'était pas intervenue.

" Je ne savais pas trop. De quoi était-il question avec Eponine ? "

" Elle m'avait dit que si je voulais qu'elle accepte le plan, je devais la laisser me mettre trois coups particulièrement vicieux mais qui feraient du bien à sa réputation. Alors, je ne pouvais pas lui rendre sa promesse sans combattre, c'est simple, non ? "

" Mmm. A un moment, j'ai bien senti qu'il y avait un truc entre vous. Vous aviez l'air de jouer la comédie. Enfin pas Eponine à la fin. Mais Ephiny, avec ses allusions à répétition. J'ai compris le but et moi aussi, j'ai décidé de jouer et de voir jusqu'où tu irais. "

" Quoi ? Tu veux dire que tu savais que ce n'était pas un vrai combat et que tu m'as laissé prendre les coups quand même ? "

" Xena ! Tu dis toujours que je ruine ta réputation en disant que tu es sentimentale, alors là , je crois que tu avais une chance de... "

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Dans une grande éclaboussure, elle rejoignit Xena au milieu de la baignoire. Droit sur le savon.

 

FIN

 

 

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J'espère que cette histoire vous aura apporté du plaisir. Moi, j'en ai eu à l'écrire, et parfois à la découvrir au fur et à mesure de mon imagination. Merci d'être arrivé(e) jusque là.

 

A mon frère :

Comme montent au ciel les soleils rajeunis

Après s'être lavés au fond des mers profondes

(Charles Baudelaire, Le Balcon)

 

Fryda.

 

 

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