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Lilan et Tasha1

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FANS FICTIONS FRANCOPHONES

Entre elles

 

Lilan et Tasha

 

 

 

 

de Lilou

 

 

 

 

PROLOGUE

 

 

 

 

Il pleut, sans ombre, aucune lumière ne résiste au son du tonnerre, poussière et fumée est cet endroit. Au creux de ce monde au fin nauséabond, je persiste à ne voir que le mal qui s’inspire de ce qui reste de mon âme, la puissance que je tiens à l’intérieur de mon corps ne reflète aucun bien, ni lumière et il en très bien ainsi. Assise face aux ténèbres j’attends son retour, qui déjà me rend chaude alors que mon sang est gelé, que mon cœur ne respire plus déjà depuis deux cent ans. Elle me revient enfin après toutes ces nuits d’attente, ma promise, mon élue, ma reine. Je regarde cette tombe et la voit en fermant mes yeux, telle une déesse, et non pas un ange puisqu’elle déteste ce mot, comme moi d’ailleurs, alors ce sera uniquement ma déesse de la nuit, des ombres, du non-sens et de mon âme. Ses yeux sont le reflet d’émeraude, d’une beauté et d’une rareté infinie, un sentiment si puissant, il n’y a pas de mot pour décrire ce que je ressens quand je me noie dans son regard. Sa chevelure n’a d’égale que la douce et pure parure d’une déesse, ses reflets roux sont comme les rayons du soleil, m’éblouissent, m’attirent. Son corps ne recèle aucune imperfection, sa peau est encore plus lisse et soyeuse qu’un nouveau né, elle est l’unique symbole de la puissance et de la fragilité.

 

Elle s’éveillera bientôt, de sa lente hibernation, de son long repos, car tous les cinquante ans nous prenons cette petite retraite pendant cinq ans, laissant ce laps de temps pour nous guérir de toutes les impuretés de ce monde en constant décalage avec ce qu’il y a de bon pour lui. L’heure approche, le temps s’arrête car en toute conscience il ne peut faire autrement pour accueillir ma reine.

 

Le rebord commence à trembler, sans aucun bruit, sans une once de vent, une main pousse la stèle doucement mais sûrement, j’entends comme de loin mon nom, elle m’appelle : « Lilan….Lilan…… », Je réponds à cet appel : « Tasha, je suis là Tasha…… », Un soupir de soulagement de sa part. ses yeux s’ouvrent et enfin je vois ma lumière, cette étincelle, ses yeux, ma maison, toute ma famille. Nos regards se perdent, pendant encore plus de temps que notre sommeil forcé, je bois, elle boit, tout est là, elle est là. Nos mains se touchent, se serrent, se consument, se forcent à ne pas se déchirer, s’éventrer. On se lève jusqu’au cieux, nos deux corps se rejoignent en une seule et même entité, nous traversons les nuages, enfin on va pouvoir goûter nos lèvres, se saisir de tous nos sens pour toucher l’âme l’une de l’autre. Cette étreinte n’a d’autres conséquences que le déchirement de la nuit, pour nous accueillir en elle car l’absence de lumière est notre foyer et notre non vie. On reste, se touche, s’observe, s’apprivoise, mes mains dans ses cheveux, ses mains dans les miens, nous consument, nous brûlent aussi fortement que les rayons du soleil, mais aucune de nous deux n’arrêterait pour rien au monde. Nos corps enfin se laissent redescendre vers cette terre que nous aimons pour toutes ses merveilles que personne ne semble voir. Enfin, nous pouvons dorénavant goûter aux plaisirs tant attendus, pouvoir chasser, nous enivrer de tout ce sang d’âmes innocentes et nous délecter de leur impuissance face aux forces de la nuit. C’est maintenant que tout recommence, ici, sous nos pieds, dans notre cœur, aussi fébrile est-il. Nous parcourons la distance qui nous sépare de toutes ces rues bien fréquentées qui nous offrent notre premier repas depuis ces longues années à dormir. Main dans la main, pas de paroles prononcées, ce n’est pas nécessaire à ce stade car la faim nous rend encore plus connectées, il est donc inutile de se parler. Nos sens sont au maximum, nos pensées identiques, le mode : recherche de la cible est enclenché et rien ne nous détournera de notre but.

 

Tout n’est que bruit, paroles, musique, grincement, piaulement, cri, autour de nous rien ne laisse prévoir que dans quelques instants ce sera l’horreur pour notre victime, et un rêve pour nous. On la vue, la suit, lui susurre notre besoin, elle a peur, elle nous sent, elle panique, elle court, s’engage là ou il ne faut pas, passe devant tant de gens sans jamais demander de l’aide, elle est paralysé, s’arrête et attend notre bon vouloir. Elle est seule maintenant et jusqu’à sa fin il en sera ainsi. Nos regards se croisent, Tasha la contourne, derrière elle à présent, elle me fixe, je la fixe et sans un mot on se rapproche, nos corps glissent jusqu’à la fille seule, nos têtes se penchent de chaque côté de son cou, un dernier coup d’œil l’une à l’autre nos mains toujours jointes on l’enserre enfin et boit notre vin de vie, ce sang que recèle cette fille nous donne la vie, la force, la puissance que notre corps réclame plus que tout. Ne pas réfléchir aux conséquences que tout cela impose, car la folie l’emporterai vite et cela n’est pas dans nos projets. Car l’existence que Tasha et moi menons nous convient, nous plait, nous submerge de tant de plaisir et de beauté que toute une éternité nous semble quelque fois bien courte.

 

Tasha me serre encore plus fort la main, il est temps de s’arrêter car la vie quitte le corps de la fille, il ne faut pas que cette soif nous entraîne avec elle. On laisse enfin ce corps tomber sur le sol, humide et glacial car il accueille la mort, le vide, un rien. Je passe ma langue sur mes lèvres, Tasha s’approche et je sens sa langue sur mon menton et mon cou pour ne laisser aucune goutte de ce breuvage si cher à nos cœurs. Je ferme les yeux savourant cet instant qui ne me laisse jamais de glace et l’enlace dans mes bras et lui dis

 

- Tasha, ma reine j’adore quand tu fais ça, ne te retiens jamais, laisse aller ton instinct, ne le laisse pas s’échapper, aime moi comme je t’aime sans retenue, sans tabou, sans chaînes.

 

- Lilan, mon démon, je t’écoute et bois tes paroles comme je bois ce sang, je t’aime sans retenue, sans tabou, sans chaînes.

 

Enfin, quelques mots tant attendus, juste quelques sons que l’on connaît sur le bout des doigts, mais qui s’insinuent à chaque envie, s’aimer, se mordre, s’arracher au lieux qui nous entourent, tout cela fait que notre dialogue rend ces mots remplis de sens à nos yeux et au fond des ténèbres. Car l’enfer sait bien que notre amour est irrémédiable, incassable, lié à jamais, ressentant les doux effluves de chaque être vivant sur cette planète, il n’y a rien de si puissant ici-bas.

 

Nous devons nous rendre chez nous, dans une maison quelconque que nous possédons, et pouvoir profiter de cet instant si intense, pour laisser le sang couler en nous, chaque parcelle de nos êtres vont pouvoir se repaître, s’enflammer, s’irradier, se consumer.

 

 

 

 

CHAPITRE I

 

 

 

 

J’aime l’idée que rien ne change, ni les objets, ni les gens, tout semble pareil, les sons, les odeurs, les décors. Les souvenirs sont trop courts pour êtres différents, cette maison a le mérite d’être resté telle que nous la connaissons, calme, froide, dénuée de toute fraîcheur malgré tout l’amour dont elle garde précieusement trace, l’amour que j’éprouve pour Tasha et l’amour que Tasha a pour moi. Un sentiment compris, unique, idyllique et rare que nous sommes les seules à comprendre l’étendue de son pouvoir et profiter de ses dons. Jamais nul être vivant et non vivant ne pourra plus jamais savourer, car ce lien existe en ce lieu, ici et maintenant et demeurera en nous pour la fin des temps.

 

Je scrute ce lieu, centimètre par centimètre puis mon regard se pose sur Tasha,

 

- Veux-tu aller sur le toit Tasha et contempler notre espace de jeu ?

 

Elle me sourit, je sais ce qu’elle veut, je prends ses mains et l’entraîne sur la terrasse et la prend dans mes bras puis m’élance sur le toit, je la repose, elle ne veut pas que je la laisse sans mon étreinte, mes bras l’entourent et rien au monde ne pourra l’atteindre sans que je le permette. Mon tout, ma foi, ma force, ma nuit, c’est un tout c’est elle. Elle le ressent,

 

- Lilan, ma protectrice, mon âme, je suis là, depuis toujours et pour toujours, les étoiles ne sont rien, le sang n’est rien, les ténèbres ne sont rien, le goût du sang n’est rien sans toi, tu es mon double, ne me lâche pas, retiens moi près de toi.

 

Il n’est rien que je puisse lui refuser, par la chaleur de cette douce nuit de renouveau, je ne lui dirais jamais non. Mon esprit se brouille, ma tête se heurte au souvenir de toutes ces nuits sans elle, je frissonne alors que mon corps ne peut ressentir de froideur, car il est froideur, elle se retourne, me regarde, ses mains couvrent mes joues, ses lèvres se rapprochent des miennes, j’attends, j’espère, je languis, enfin elle me donne ce baiser.

 

- Lilan mon amour ne pense plus à cela, je suis là, tu ne seras plus seule, dans cette vie et dans l’autre, je t’aime.

 

- Tasha, tu es tellement tout ce que j’attendais, tout tes gestes, toutes tes paroles ne sont que douce musique pour mon âme, est-il possible que je rêve, que tout cela ne soit que pure folie de ma part ? Ne me laisse pas dans le doute d’un amour infini.

 

- Ne crains rien, si cela est un rêve tu ne te réveilleras jamais, car je ne laisserai rien s’opposer à ton bonheur, il n’existe pas d’ange ou de démon assez fou pour se frotter à ma colère si cela s’avère n’être que chimère.

 

- Comment peux-tu toujours trouver les mots qui ne laissent aucun doute pour moi ?

 

- Lilan tu es moi, je suis toi, nous sommes liés au-delà des rêves, de la réalité ou toutes autres dimensions, ceci n’est qu’une pure vérité.

 

- Merci……. Tasha ?

 

- Oui ?

 

- Je t’aime. »

 

Je me tourne et me place derrière elle, je sens sa respiration s’accélérer, je ne peux attendre plus longtemps. Je respire ses cheveux, son parfum est celui qui est des plus envoûtant, je ne veux rien d’autre que de la sentir encore et encore, mes mains s’attardent sur ses épaules et descendent le long de son corps, je les arrête sur son ventre, je suis bien, les yeux fermés je vis.

 

L’aube bientôt, le soleil arrive, il est temps de rentrer, mais Tasha aime bien rester jusqu’au dernier moment, la dernière limite, au seuil de notre fin, peut-être pour réaliser à quel point nous sommes vivantes malgré tout. J’aime cela, vivante ? Et je suis sûre qu’elle a raison, nous sommes encore bien plus vivantes que la plupart des humains, car chaque parcelle en nous, aspire tout ce qu’il y a autour, toutes les sensations, tous les sentiments sont décuplés, tant de force nous submerge, nous envahit qu’il est parfois impossible de ne pas se sentir vivante.

 

Une fois à l’intérieur, je suis Tasha, elle se déplace lentement jusqu’au lit bordé de rose couleur de sang, sa couleur préférée que j’ai déposé avant qu’elle ne se réveille, allongée elle me demande tout en m’attirant vers elle :

 

- Chante moi une chanson, Lilan, emmène moi dans ton esprit.

 

- Tout ce que tu désires, amour.

 

Je ne la fais pas attendre, jamais.

 

 

 

 

« Sais tu mon amour que les sons que j’entends,

 

Ne sont que les sons qui te ressemblent,

 

Sais tu mon amour toute la peine que je sens,

 

N’est que la peine que tu ressens,

 

 

 

 

Je suis là, à jamais pour toi,

 

Tu es là, à jamais pour moi,

 

Toi et moi unies pour l’éternité.

 

 

 

 

Sais tu mon amour à quel point je te vis,

 

Comme je sais que ta vie est mienne,

 

Sais tu mon amour pourquoi ça n’a pas de prix,

 

Car tu sais que ma vie est tienne.

 

 

 

 

Je suis là, à jamais pour toi,

 

Tu es là, à jamais pour moi,

 

Toi et moi unies pour l’éternité. »

 

 

 

 

Depuis nos premiers instants ensemble, elle avait aimé entendre et entendre le son de ma voix, souvent, aussi souvent qu’elle le souhaitait je lui chantais ces chansons. Il n’y a pas grand-chose de plus grisant, que savoir qu’elle adorait boire toutes ces paroles auxquelles je m’accrochais pour lui témoigner encore plus mon amour éternel.

 

- Lilan, veux-tu aller danser cette nuit ?

 

- Avec toi, toujours.

 

Elle savait que cela n’étais possible qu’avec elle, car la danse en elle-même ne m’attirait pas, mais par-dessus tout je ne restais jamais loin de son corps, et quand elle voulait danser, elle le veut souvent, je ne pouvais résister à cet appel, je ne veux pas y résister. C’est un fait, encore une absolue vérité, tout ce qu’elle fait, m’attire, m’aspire, me tente, m’éviscère. Il n’est donc pas question d’opposer une seule résistance.

 

 

 

 

Quelque chose me réveilla, puis j’ai su, son souffle irrégulier m’interpelle, m’alerte, mon corps a envie de crier, de saigner.

 

- Tasha, qu’est-ce qu’il y a ?

 

- Je ne sais pas trop, j’ai fait des rêves étranges avant de me réveiller, un visage revenait souvent, il me faisait…..peur, je ne comprends pas le sens de cela et ça m’effraie un peu, ce démon portait un collier avec un anneau en forme de huit, coupé à plusieurs endroits, il souriait, tu étais là toi aussi, il te pourchassait, encore et encore, je ne savais pas quoi faire car il m’était impossible de bouger, de parler, j’aurais tant voulu t’aider, je bouillonnais de l’intérieur, aucune façon d’y échapper.

 

- Ce visage était celui d’un homme ou d’une femme ?

 

- Un homme, enfin je crois.

 

- Saurais-tu me le décrire assez précisément pour en faire un croquis ?

 

- Oui, j’aurais plutôt du mal à l’oublier.

 

- Bien, cela a quand même un point positif, mais n’aie pas peur je suis avec toi, et il ne m’arrivera rien, tu me crois n’est-ce pas ?

 

- Bien sur Lilan, mais est-ce que cela ne te fait pas peur ?

 

- Avant de m’inquiéter je voudrais savoir à qui ou a quoi nous avons à faire, et si cela n’est pas tout simplement un rêve sans aucune prémonition cachée, d’accord amour ?

 

- Comme tu veux, je vais essayer de le dessiner du mieux que je le peux.

 

- Je suis sûre que tu feras de ton mieux, je vais aller chercher des livres et commencer à chercher quelques informations avec les détails que tu m’as donnés concernant cet anneau. Je peux te laisser ?

 

- Si ça ne va pas tu le sauras de toute façon, non ?

 

Je lui fis un léger sourire puis déposai un baiser sur ses lèvres en guise de réponse. Une fois dans l’autre pièce je ne pouvais pas croire que quelque chose puisse un tant soit peu apeurer son âme, sentant la colère monter en moi, je décidai de sortir sur la terrasse et de m’élancer dans le ciel à la recherche d’un défouloir qui serait le bienvenu mais seul quelques nuages étaient présent. Il ne me restait plus qu’une seule façon pour moi de me délivrer de cette colère, un cri puissant sortit de mon cœur et déchira la nuit, je virevoltais encore et encore me laissant porter par le vent, il était temps de redescendre et apportai un peu de bonheur à ma douce déesse.

 

- Tu as fini ? Lui demandais-je.

 

- Juste à l’instant.

 

- Bien, laisse ça là, en lui montrant la petite table à côté du lit, nous verrons ça plus tard, tu ne m’avais pas parlé de danser amour ?

 

- Si, mais….

 

- Pas de mais, je te veux libre, heureuse et avec moi pour l’instant.

 

- C’est tout ce que je souhaite aussi.

 

- Qu’il en soit ainsi, viens.

 

Enfin au creux de mes bras, elle était là, à sa place et moi à la mienne, la protégeant de tout ce qui serait un mal pour elle. Je pris son visage dans mes mains et regardai au fond d’elle, ce qu’elle fit aussi, nous restâmes ainsi pendant plusieurs minutes, m’efforcant d’enlever toute peur en elle, ses yeux se firent plus sûrs, plus animaux et en même temps plus sereins, cela était fait, pour elle comme pour moi. Un sourire se dessina sur ses lèvres, un sourire que je connaissais bien, celui d’une envie irrésistible de chasser, de fondre sur une proie ensemble, unis, dans cette quête de la vie éternelle.

 

Une nuit chaste s’offrait à nous, une rue remplie de ces êtres à sang chaud, il ne suffisait qu’à tendre l’oreille pour repérer notre futur dîner. Cela devenait tellement simple au fil du temps pour trouver la bonne personne qui nous donnerait notre vie quotidienne, plus de pas au hasard, plus de pensée troublée, maintenant nous étions assez puissantes pour enlever toute envie à notre victime de crier, de se débattre, pus aucune impatience de notre part.

 

Nos regards se tournèrent à l’unisson vers cette fille à la peau légèrement bronzée, aux cheveux roux qui tournait bientôt dans une rue assez peu fréquentée pour pouvoir passer à l’action. Nous étions déjà sur elle avant qu’elle n’ait pu mettre sa clé dans la serrure de sa voiture, quelle imprudence d’être seule à cette heure ci.

 

Une fois avoir bu plus que de raison, je pris Tasha par la taille et l’emmenai aussi haut que je le pus. « Fais-moi tourner Lilan, je veux sentir le vent en moi. » Tournoyer encore et encore, plus vite, plus fort, toujours plus haut, encore, serre la, embrasse la, laisse la aller au fond de toi. Je m’arrête, ses yeux, sa bouche, ses mains, son ventre tout est en moi, je la ressens, je la garde, j’inspire, j’expire, je la veux, entière ici et maintenant, elle a compris puisqu’elle le veut aussi et dans les nuages notre amour explose.

 

 

 

 

- Ici, ça te parait bien ? Demandais-je devant l’entrée d’une boîte de nuit nommée : « Of ice and blood » le nom te plaît ?

 

- C’est parfait, dit-elle dans un sourire qui voulait tout dire.

 

Je ne pouvais pas faire moins pour elle, et je savais que cela lui plairait, comme à moi d’ailleurs. Il y avait beaucoup de monde devant l’entrée, une foule s’amassait avec un vacarme effrayant. Je pris la main de Tasha et m’avançai vers l’homme de la sécurité qui faisait entrer les personnes selon son bon vouloir, mais cela ne dura pas longtemps car je capturais ses yeux et lui intimai l’ordre de nous laisser rentrer, sans aucun mot prononcé, ce qu’il fit immédiatement, ouvrant la porte laissant sortir la musique pendant quelques secondes. Une fois à l’intérieur Tasha m’attira tout de suite vers la piste de danse, un sourire aux lèvres auquel j’étais incapable de résister. L’endroit était sombre, froid, avec une décoration sommaire, teinté de blanc et de rouge comme son nom l’indiquait. J’aime assez ça, Tasha adore, elle me tire, met ses bras sur mes épaules, ses mains jointes derrière mon cou, je lui prends la taille, la serre encore plus près qu’il n’est déjà possible, elle bouge en rythme, je la suis, son corps descend contre le mien, remonte, descend, remonte, elle me tourne le dos, descend, remonte, enfin elle se retourne et ses yeux se jettent dans les miens et m’implorent de l’embrasser, ce qui je fis immédiatement. Je sens quelques regards tournés vers nous mais je n’y fais aucune attention car cela me laisse froide, je suis dans ses bras, c’est tout ce qui compte pour l’instant. Je lui susurre « Continue, je vais m’asseoir et te contempler amour ».

 

Un dernier regard, un dernier baiser et je me transporte sur un divan non loin de là, sans la quitter des yeux. La musique se fait plus forte, plus pressante, un tourbillon de chaleur s’abat sur Tasha, je m’ébahis à chaque regard posé sur elle, mon souffle devient court, une vague sensationnelle me submerge, reste calme, contrôle toi, laisse sortir l’excédant de toutes émotions car la nuit ne fait que commencer et cela risque d’être dur à contrôler pendant autant d’heures. Un rythme lent s’installe soudainement, sinueux, voyageant au creux des effluves de sueurs, de désir, un ralenti de tout geste, elle baisse le regard sur moi, une lueur baigne nos corps dans un essaim protégé au-delà de toute entrave entre nous. Elle s’avance, encore, encore plus près, je la sens, le vertige de son parfum m’enivre, elle est là, debout devant moi, mes yeux se baissent sur son ventre ou j’aperçois son nombril, sa peau, sa vie. Je tends les mains sur elle, elle se berce doucement, je suis son mouvement, l’ivresse nous gagne, je me lève, mes lèvres se penchent au creux de son cou, et lui disent tout bas des mots que seule elle comprend, des mots qui apaisent son cœur, ravissent son âme, libèrent son corps de tout interdits. Flottant ensemble légèrement en retrait du reste du monde, on s’évade quelque peu pendant tout le reste de la nuit.

 

Dehors il fait froid, l’aube prendra sa place bientôt, mais qu’importe car déjà nous sommes dans les airs pour rejoindre l’antre de nos secrets, de nos existences irrémédiablement liées.

 

Elle veut me parler, je le sens :

 

- Laisse moi te bercer Lilan, sens moi, allonge toi à mes côtés, viens.

 

- Je te suis amour, aujourd’hui et pour toujours, confiante à jamais.

 

- Ferme les yeux, écoute mon corps te donner le rythme d’une douce nuit.

 

Ce que je fis avec autant de plaisir que la première fois.

 

Notre première étreinte fut sauvage, intense, douce, froide, chaude, damnée à jamais. Mais une damnation que je voulais par-dessus tout, que nous voulions au-delà des ombres, des silences et de la mort elle-même.

 

C’était il y a cent ans maintenant, je ne poursuivais aucun but a part ma propre survie, sans rien ne vouloir d’autre, car il m’était presque insupportable de penser clairement à mon état d’être de la nuit, on croit que l’on perd son âme face à cela, mais la vérité est autre, car l’on ressent les choses encore plus puissamment que tout être vivant sur terre, rien n’est plus intense que la mort et se voir encore ici-bas à vivre malgré tout ce que notre corps nous transmet, froideur, ombre, massacre, mal, envie délabrée et course contre le cycle perpétuel du soleil. Je vivais ici et là sans trop savoir pourquoi il m’étais tant dur de poursuivre mon chemin. Au coin d’une rue j’aperçus un homme, un être de la nuit, me regarder et implorer mon attention. Face a lui :

 

- Tu es perdu depuis combien de temps Lilan ?

 

- Comment connais-tu mon nom ? Qui es-tu ?

 

- Je t’observe depuis longtemps déjà, je m’appelle Orphéus.

 

- Pourquoi me suis-tu ?

 

- C’est mon devoir, mon chemin ici bas, ma vocation si tu préfères.

 

- Je ne préfère rien, pourquoi t’intéresses-tu à moi ?

 

- Ne sois pas en colère, il en est ainsi, nous avons aussi nos codes dans notre monde. J’existe depuis très longtemps mon enfant, je suis là pour toi, te montrer quelle est la chose qui te manque, qui pourra assouvir tous tes besoins, et même engendrer la paix au sein de ton âme. Je suis ton guide, ton protecteur, tu as été choisie pour être l’icône de toutes pensées sincères, être à la fois ténèbre et lumière, amour et haine, tu es là pour tracer une route qui restera gravée pour l’éternité.

 

- Pourquoi moi ? Je n’ai rien d’une icône, je ne fais que survivre. Et selon toi qu’est-ce que j’attends ? Une rédemption ? Un jugement ? Une autre vie ?

 

- Non Lilan, tu attends tout simplement l’amour, celui que tu peux donner et celui que tu peux recevoir. Aimer au-delà de l’impossible, tout ce qui te manque alors te sera comblé, rempli aux centuples, tout ce vide qui s’installe un peu plus au fil du temps ne sera plus, jamais. Comprends-tu ?

 

- L’amour……. Qui dois-je aimer pour trouver tout cela ?

 

- Ce n’est pas à moi de te le montrer, regarde bien autour de toi, sens, apprends, écoute, libère cet amour et tu choisiras l’être élue de ton cœur, qui, une fois uni, ne fera plus qu’un avec toi.

 

- Que fais tu là si tu ne peux me dire quelle est cette personne, où dois-je chercher ? Par où dois-je commencer ? Est-ce un être de la nuit comme nous ?

 

- Ne laisse pas le doute et la colère prendre le dessus Lilan, toutes tes questions trouveront leurs réponses en temps et en heure. Aie confiance car cela est ta route que tu le veuilles ou non. Agis juste selon ton corps, laisse le te guider.

 

Ces derniers mots sont restés longtemps en moi, se répétant sans cesse, encore un murmure, une voix claire, pourtant incompréhensible. Je lève enfin les yeux, personne, juste la nuit et moi, « Orphéus…… ». Je ne voulais pas comprendre, ne voulais plus attendre, il fallait que je chasse, et oublier pour un temps cette conversation qui ne laissait en moi, doute et douleur d’une vérité qui semblait tellement visible aux yeux des autres et qui pour moi se cachait.

 

La pluie, je m’élevais déjà vers les nuages, vitesse, pouvoir, fraîcheur, tout ce qu’il me fallait était là, et pourtant…..

 

Je l’ai suivi longtemps, ce jeune homme, je ne voulais pas encore qu’il me voit, je prenais mon temps, il était à moi, un garage, des lumières aussi chaotiques que l’enfer lui-même, enfin je voulais qu’il me sente, mes pas, mon souffle, il ne bougea plus, tout était fini pour lui et il le savait, mais resta là à attendre mon bon vouloir, telle était ma force, mon essence. Fini de jouer, je me lassais, alors sans plus attendre je l’agrippais déjà et enfonçai mes dents dans cette chère et tendre peau de son cou. Une fois rassasiée, je regardais ce corps inerte et comme d’habitude je n’eus aucune compassion pour cela. Les poings serrés, le regard perdu dans un néon qui se trouvait au-dessus de moi, je sentais la rage s’éteindre, encore une minute, une seconde, là c’était fini, j’étais fini. Car une fois la faim oubliée plus rien ne comptait, plus rien n’avait d’importance, qu’allais-je faire ? Une phrase d’Orphéus refit surface : « Agis juste selon ton corps, laisse le te guider. » J’étais au-dessus de la ville, tous mes sens en alerte, je respirais chaque odeur, chaque son, chaque geste, et puis je ressentis un sentiment jusque là inconnu, l’envie, incontrôlable, imparable, immuable, je scrutais une silhouette seule assise sur un banc dans le parc, endroit étonnamment désert et sombre pour une silhouette si pure, son « aura » m’attirait un peu plus vers elle, et je sus ce que Orphéus voulait dire, elle était là, mon corps, mon cœur, mon âme et mon sang l’avaient trouvée. Si belle, si intense, je me perdais un peu plus à chaque pas qui me menait vers cette lumière, la lumière ne m’attirait pourtant jamais, que le noir, la froideur, et les ombres ne réveillaient l’envie en moi, mais pas cette fois, mes yeux se gavaient de cette couleur qui d’habitude me forçait a fermer les yeux. Aucune peur, aucune inquiétude, aucune envie de fuir, je n’avais pourtant pas usé de mon pouvoir, je ne voulais pas, je l’aime déjà. « Je m’appelle Tasha, emmène moi avec toi pour toujours et à jamais. » Au comble du bonheur ou du malheur, je ne pouvais qu’obéir et la prendre dans mes bras jusqu’au cieux. Au milieu des nuages je lui demandai « Le veux tu vraiment ? » La réponse me vint dans son regard, je me suis perdue en elle, et je n’en suis pas encore revenue, je ne le veux pas. Quant enfin elle but en moi, j’ai su, que jamais, je ne serais plus seule.

 

 

 

 

CHAPITRE II

 

 

 

 

Un autre coucher de soleil raté, tant pis, cela n’a pas autant d’importance que de contempler Tasha, qui s’éveillait lentement, me susurrant des mots apprivoisés l’une pour l’autre. Eveille toi mon amour, je suis là en toi. Un sourire apparut sur son visage, identique au mien.

 

- Je t’aime encore plus chaque jour amour. Lui dis-je.

 

- De plus en plus Lilan.

 

Après un long moment d’absence elle me dit :

 

- Peut-on chercher si le démon de mes rêves existe vraiment ? Je voudrais savoir, je ne peux tolérer plus longtemps cette menace qui pèse au dessus de nous.

 

- Bien sur Tasha, je vais m’en occuper, car pour toi il est l’heure de prendre ton bain que je t’ai préparé.

 

- Je sais pourquoi je t’aime autant, tu es en moi tout le temps, tu sais même avant moi ce que je désire dans l’instant. Viendras tu me rejoindre un peu plus tard ?

 

- Je ne raterai ça pour rien au monde ma déesse.

 

Je pris son croquis qu’elle avait laissé sur la table près du lit, et me dirigeai vers la bibliothèque, par où commencer ? Quelques indications sur cet anneau pourrait m’aider, un huit…. L’infini, source de toutes choses, ensemble unis ou désunis mais celui là était coupé à certains endroits. Après plusieurs livres ouverts et quelques centaines de pages ouvertes, je vis cet anneau, une médaille que portait un démon appelé, Kharasi, démon qui sévissait déjà au temps de l’antiquité, dont son seul but était de bannir les âmes sœurs. Malgré tout son pouvoir ici bas était diminué car il lui fallait prendre possession d’un humain pour pouvoir interagir dans cette dimension. Sa cruauté était telle qu’il séparait à jamais ces âmes sœurs et non pas de les tuer. Ils les obligeaient à vivre séparées en sachant qu’elles ne se trouvaient jamais bien loin l’une de l’autre. Il se nourrissait de leur souffrance et cela le rendait plus fort à chaque mission réussie. Une chose cependant n’était pas normale car il était mentionné que toutes ses âmes sœurs étaient des humains jamais il ne parlait de mort vivant. Car nous ne sommes pas en mesure d’aimer selon les critères définis, alors pourquoi ce rêve ? Quel était le rapport avec Tasha et moi ? Et plus important encore tous ces livres ne disaient pas comment le combattre, ni même si cela était possible. Il était plus que probable que je reprenne contact avec Orphéus, mais pour l’instant il est temps de rejoindre Tasha et savourer son étreinte.

 

La pièce où se trouvait l’immense baignoire n’avait pas de plafond, seul quatre murs abritaient cet endroit, les étoiles se baignaient avec nous, aucune lumière sauf quelques bougies dispersées ici et là, mais la plus grande luminosité émanait de Tasha. Adossé au mur je la dévorais du regard, priant en silence de ne pas être un jour privée de cette vue.

 

- Hé toi, me dit-elle, viens, embrasse moi et savoure ce moment avec moi et le noir

 

Olympien de la nuit.

 

- A tes ordres ma déesse, cela est dit, cela est fait.

 

Sans la quitter du regard, je m’envolais vers elle, sentit ses mains sur mon cou, son souffle, son parfum, tout était là, rien ne manquait et je déposai le plus long et le plus tendre des baisers que je pouvais lui offrir.

 

- Alors, qu’a tu appris ? Me demanda-t-elle.

 

- Le démon que tu a vu dans ton rêve s’appel Kharasi, il a pour tâche de bannir toutes les âmes sœurs, mais seulement chez les humains, ce qui rend ta prémonition assez ambiguë car nous ne sommes pas des humains.

 

- Mais nous sommes des âmes sœurs, non ?

 

- Je n’en doute pas un seul instant et toi ?

 

- Jamais je ne mettrai ce fait en désaccord avec la réalité Lilan, tu le sais bien.

 

- Je sais.

 

- Mais ?

 

- Nous ne sommes pas vivantes amour.

 

- Peut-être plus que l’on croit si ce démon s’intéresse à nous, connais tu des êtres de la nuit qui ont déjà ressenti l’un pour l’autre ce que nous ressentons, nous amenons peut être une certaine forme de vie en nous ?

 

- Tasha, ma déesse qui dit toujours la vérité, mon cœur voudrait te croire mais mon corps soutient le contraire. Le lien qui nous unit est peut être une forme de vie en soi mais nous sommes belles et bien mortes.

 

- Crois-tu ? Notre rencontre fut pourtant ma renaissance et la tienne je crois, non ?

 

- Amour, il est vrai que je suis née le jour où je t’ai vue, j’ai besoin de le croire, de te croire, la vie n’est que nouvelles sensations depuis toi, toi qui es un tout pour mon âme, toi qui m’emmène au-delà de toutes choses utiles ou futiles en ce monde, toi qui m’impressionne chaque jour, toi et encore toi déesse.

 

- Lilan, chaque phrase que tu laisse s’échapper de ton cœur me réjouit, m’enflamme et m’entraîne vers ton corps et ton sang, toi et moi ne faisons qu’un, il en est ainsi aujourd’hui et jusqu’à la fin des temps, alors dis moi serait-il inconcevable que cette énergie qui nous encercle nous fasse paraître vivante aux yeux d’un démon avide de sentiment, car étant lui-même incapable d’aimer, se nourrissant de cette souffrance d’un tel déchirement à être séparé.

 

- Tu connais déjà ma réponse Tasha, je me sens vivante à tes côtés et tu viens de m’aider à l’avouer, merci.

 

- A ton service ma bien aimée, je suis heureuse de te l’entendre dire, j’attendais cet instant depuis bien longtemps et sache que je n’ai jamais été aussi vivante que lorsque je suis dans tes bras.

 

Aucune tentative de répondre à cela, car une fois dit, je la pris dans mes bras et lui déposai un baiser sur le front. Doux, soyeux coton que sa peau, je ne veux pas arracher mes lèvres, je ne peux pas mettre fin à cette douce sensation de bien être sans que cela me déchire de part en part. Elle le ressent aussi, elle me garde prisonnière, soumise, vaincue et totalement éperdue a son contact. Ah…..Orphéus je connais enfin la vérité sur mon sort et le but que je dois poursuivre, c’est clair maintenant, je repars, je divague, je ressens ce tout dont tu m’as parlé, c’est une drogue dure, ma drogue, mon châtiment que j’espérais depuis que je suis ce que je suis. Aucune route ne m’attire, aucune autre voie ne me tente, aucune autre existence, si magnifique soit elle, même cette précieuse vie que je vois autour de moi à chaque coin de rue ne me détournera de Tasha.

 

Il est l’heure pour nous de trouver le réconfort par le sang, fluide glacial, aussi bon que le meilleur des vins, riche et pauvre en même temps. En cette nuit nos pas nous guident vers le parc, il y a toujours, au détour d’un bosquet, une âme perdue qui fera notre proie, notre bouillon de culture. Une fois repues, je lui demandai :

 

- Tasha, je dois voir quelqu’un au sujet de notre démon, pourrais tu parcourir un peu la ville sans moi ce soir ?

 

- Pourquoi veux tu me laisser en arrière ?

 

- Il n’est pas question de cela amour, mais je dois voir Orphéus et tu sais que tu ne peux pas venir, j’aimerais que cela soit possible Tasha mais ce sont les règles, je ne peux pas aller contre ça, comprends tu ?

 

- Oui je le comprends mais je ne l’accepte pas.

 

- Si tu le souhaites je peux essayer de me débrouiller sans lui et tu resterais avec moi ?

 

- Oh Lilan non, pardonne mon impudence, je vais mettre mon orgueil de côté car tout ce qui compte finalement c’est ta sauvegarde et si cela demande de passer quelques heures sans toi, pour gagner une éternité à tes côtés alors il n’y a rien a dire à cela, va et reviens moi vite.

 

- Aussi vite que je le pourrai amour. Et je n’ai rien à te pardonner car, plus que tout, ton avis et ta permission comptent beaucoup pour moi. Je ne suis que l’esclave de ton amour pour moi. Je t’aime.

 

- Je t’aime aussi Lilan.

 

Etait il nécessaire de rajouter autre chose, à part un baiser, ce que je fis et m’éloignai d’elle dans une certaine douleur. Je me trouvais dans notre maison, sur la terrasse et appelai doucement :

 

- Orphéus……Orphéus, entends mon appel, viens à moi, je t’invite en ces lieux.

 

- Je suis là Lilan, présent à ton appel, que puis-je faire pour toi ?

 

- Connais tu le démon Kharasi ?

 

- Oui, c’est le bannisseur d’âmes sœurs, pourquoi cette question ?

 

- Tasha a rêvé de lui me pourchassant, voulant ma perte, je ne comprend pas cela, ne s’en prend-il pas aux humains ?

 

- C’est exact Lilan, es-tu sur que c’était lui dans ses rêves ? Cela ne concorde pas avec les données que je possède sur lui. Peut-être que ce n’est pas Kharasi.

 

- C’est bien lui, aucun doute là-dessus car Tasha m’a dessiné son portrait et décrit son pendentif avec beaucoup de précision pour ne laisser aucune marge d’erreur.

 

- Bien, je vais me renseigner pour vous deux, mais il est illogique qu’il s’en prenne à vous. Je te sens incertaine, remplie de doute, pourquoi ?

 

- Je veux bien croire qu’il n’approche pas les être de la nuit, mais j’ai un doute concernant Tasha et moi, je veux dire, nous pensons être vivante malgré tout, car n’y a-t-il pas que la vie qui puisse donner ce sentiment que nous partageons toutes les deux ? Et si nous étions quelque part……vivantes ?

 

Je ne pouvais pas croire que je venais de dire cela à quelqu’un d’autre que Tasha, est-ce une erreur de ma part cette confiance en Orphéus, peut-il me tromper ?

 

- Lilan, je ne connais pas toutes les réponses mais je t’aiderai du mieux que je le peux, fais moi confiance, veux tu ?

 

- J’essayerai Orphéus, j’essayerai.

 

- En attendant, laisse moi me renseigner, je reviendrai te voir la nuit prochaine. Ici ?

 

- Non, attends moi au parc à l’endroit que tu sais.

 

 

 

 

Il est temps pour moi de rejoindre ma déesse, trop de distance, trop de temps nous séparait. Suffit, l’heure est venue, l’éclair déchira le ciel après mon passage, je la sentais, je m’approchais, stop, quelle est cette peur que je ressens ? Tasha, pourquoi as-tu peur ? Que t’arrive-t-il ? J’arrive, ressens ma force, imprègne toi, puise en moi mon amour. Trois êtres de la nuit l’entouraient, pas de pitié, aucune pitié pour ceux qui oseraient lui faire du mal. Elle sait maintenant que je suis là, un sourire se dessine sur ces lèvres qui désarçonne les trois morts en sursis, mort ils pensaient l’être mais ils ne savaient pas, je fondis sur eux à la vitesse de l’éclair, les déchiquetant, les broyant, sang, poussière, cris de douleur, rien ne m’arrêterait, sauf le silence après ce vif combat, combat pour moi en tout cas. Elle m’a regardé sans bouger, toujours ce sourire sur ces lèvres. Et pendant un temps je fis de mon mieux pour l’impressionner encore plus, pour être à ses yeux son élue, son épée, sa vengeance, plus rien ne bouge, les sons sont bannis, plus aucune danse ? J’ose esquisser un sourire, je passe ma langue sur mes lèvres et savoure pleinement ma victoire. Une main se pose sur mon épaule, sa main, elle me retourne, me donne une furieuse envie d’un autre massacre, puis peu à peu je sens la tension diminuer, mais je ne comprends pas, je l’interroge.

 

- Tasha, pourquoi ne t’es tu pas défendu, tu le pouvais, tu es ma meilleure disciple, alors pourquoi ?

 

- Lilan, je ne sais pas…..je n’étais pas vraiment là, mes yeux étaient pourtant bien ouvert mais je voyais Kharasi, je ne pouvais bouger, j’étais paralysé. Je ne sais pas……pourquoi. Et lorsque enfin j’ai pu réaliser où j’étais je t’ai sentie, alors j’ai su que je pouvais me contenter de regarder le spectacle et quel spectacle ma bien aimé.

 

- Tu me flattes amour ?

 

- Non, peut-être un peu mais j’adore te regarder combattre et sentir toute la puissance qui s’émane de toi.

 

- En effet je crois que j’en ai fait un peu trop non ? Mais je sentais ton regard posé sur moi et il m’était impossible de ne pas trop en faire. Sais tu que tu m’inspires, ma muse ?

 

- Moi ? Tu m’inspires aussi Lilan, plus que tu ne le crois.

 

- Plus que toi amour.

 

- Non toi plus que moi et n’ajoute rien sinon……

 

A ces mots elle me donna ses lèvres et je ne pus qu’abdiquer, le sort en était jeté, elle a gagné, pour cette fois en tout cas. Mes mains ont capturé ses cheveux, mes doigts se perdent, j’adore ça, je descends inexorablement dans le tréfonds de son âme, je me noie, j’oublie pour un temps de respirer, puis j’explose et l’emmène au fin fond du ciel, là vers les étoiles qui nous chantent leurs louanges, nous amènent un peu plus loin dans les méandres de cette douce folie qu’est notre amour.

 

- Merci Lilan, je suis tellement bien dans tes bras.

 

- Tout le plaisir est pour moi amour.

 

- Faut il rentrer maintenant ?

 

- Il le faut, Tasha, il est l’heure, et tu dois te reposer.

 

- Avec toi à mes côtés toujours. Lilan ?

 

- Oui ?

 

- Je t’aime sans retenue, sans tabou, sans chaînes.

 

- Je t’aime Tasha, sans retenue, sans tabou, sans chaînes.

 

Je la prends dans mes bras et l’emmène loin de cette peur qu’elle a ressenti, chez nous, je la dépose sur le lit et m’allonge près d’elle, écoutant ce son si familier et si nouveau, sa respiration. Le sommeil gagne lentement son âme, je caresse ses cheveux, plus rien ne bouge, elle est à moi, je suis à elle. Je fixe le plafond et ne peux me résoudre à dormir pour l’instant, j’ai failli la perdre, ai-je commis l’erreur de la laisser seule ? Pourtant ce n’est pas la première fois, la concentration sur ce que je fais ou dit va me manquer si je dois m’inquiéter pour elle, comment a-t-elle pu se laisser piéger par ces trois apprentis, qui ne savaient même pas qui elle était. Impensable, personne n’ignore qu’elle m’appartient et que celui qui oserait lui faire le moindre mal, répondrait par sa souffrance éternelle devant moi. Kharasi avait-il un quelconque pouvoir sur elle ? Non, ce n’est pas possible, je ne le permettrai pas, démon ou pas il regrettera son manque de prudence. Non, il n’est pas question que je la perde ou alors je me perdrai avec elle. Comment imaginer cela, impossible, mon être tout entier se convulsait pour ne pas exploser de fureur, je le hais, je le hais déjà avant même de le connaître, il faudra qu’il affronte sa propre mort pour avoir penser à me l’enlever. Quoique Orphéus m’apprenne à son sujet je ne fléchirai jamais face à lui, car plutôt ne plus exister que de continuer sans Tasha. C’est aussi une vérité absolue, une autre vérité, qui s’impose d’elle-même, il a déjà perdu car il ne se nourrira jamais de notre souffrance d’être séparé, je la suivrais, dans les ténèbres, dans la lumière, au-delà des monts, au fin fond de la terre, je serai là à ses côtés.

 

Sentant ma colère Tasha se réveille :

 

- Lilan, laisse moi apaiser ton âme, laisse moi te convaincre d’une douce existence ensemble, rien ne pourra nous tuer, ne doute pas de nous car ni la vie et ni la mort n’ont réussi jusqu'à présent à nous séparer.

 

Sur ces paroles baignées d’un amour conditionnel elle s’allonge sur moi, ses cheveux emmêlés aux miens. Sa main caresse ma joue, l’autre mes lèvres si avide de se toucher, n’arrête pas, repousse les limites du temps, joue avec mon corps, amour, elle m’embrasse, encore, plus fort, enfin unis, nos corps se détendent, se repaissent s’enflamment, bougent à l’unisson, cette journée finit mieux qu’elle n’a commencé.

 

 

 

 

CHAPITRE III

 

 

 

 

Beaucoup plus tard.

 

- Lilan ?

 

- Oui amour.

 

- Que t’a dit Orphéus ?

 

- Il ne comprend pas, pourquoi Kharasi s’intéresse à nous. Mais il va faire des recherches et peut-être qu’avec un peu de chance nous en apprendrons assez pour pouvoir le combattre si nous devions le rencontrer.

 

- Tu dois le revoir quand ?

 

- Cette nuit au parc à l’endroit de notre rencontre.

 

- Lilan, je sais qu’il y a des règles, mais…..

 

- Je sais amour, moi non plus je ne veux pas te laisser seule, j’ai déjà failli te perdre a cause de ses stupides codes de conduite, je ne veux pas faillir une nouvelle fois.

 

- Tu n’as jamais failli Lilan, comment aurais tu pu savoir ce qui allait….

 

- Amour ?

 

- Oui ?

 

- J’aurai du le savoir, je ne me pardonnerais jamais, tu es moi et je suis toi, j’aurais du le savoir c’est tout.

 

- Ma bien aimée, tu es si puissante, si sure de toi, si brave, ne doute pas de toi, cela me fait mal de te voir comme cela, et puis tout ce qui compte c’est que tu sois arrivée à temps, non ?

 

- Peut-être, ah ma déesse, tu seras toujours mon chemin de réconfort, ma torche pour entrevoir la destiné de mon âme, comment ai-je pu arpenter les nuits, le temps, le sang avant de te connaître ?

 

- Dans un seul et unique but, celui de me faire renaître. Comme moi j’ai du affronter les jours, les heures et les insomnies pour te faire exister.

 

- Encore une vérité de ta part amour. J’ai tellement besoin de toi pour connaître le sens de tout ça, Orphéus est peut-être mon guide mais toi tu surpasses de loin tout mentor, tout professeur car tes paroles sont de purs écrits empiriques. Est-il possible que tu sois une vraie déesse après tout ? Pour moi cela ne fait aucun doute.

 

- Si cela est vrai Lilan alors tu es ma seule source d’inspiration et tu es aussi une déesse.

 

- Alors la déesse te dit que cette nuit tu viendras avec moi voir Orphéus et au diable ces règles.

 

- Et si il ne veut pas nous aider à cause de cela ?

 

- Nous nous débrouillons amour. Fais mois confiance.

 

- Toujours Lilan.

 

Je ne peux que sourire à cela, et me laisser aller à un sommeil rédempteur. Je sens enfin la paix en moi, et la paix est en elle aussi. Qu’il en soit ainsi.

 

Et dans un silence presque parfait, nos âmes se rejoignirent dans un repos mérité car nous devrons sans doute avoir besoin de toutes nos forces dans quelques temps, malheureusement.

 

 

 

 

La nuit, le parc, Tasha, Orphéus et moi.

 

- Pourquoi est-elle ici, Lilan ?

 

- Elle est ici car je le veux.

 

- Tu sais que c’est contraire au code, non ?

 

- Je sais et cela ne change en rien ma décision, soit tu me dis ce que tu as appris sur ce démon soit… hé bien, en fait tu n’as pas le choix, car c’est bien toi qui m’as dit qu’elle fait partie de moi, mon âme sœur, alors il n’est pas question que je continue ce petit jeu avec toi, est-ce clair ?

 

Orphéus, ses yeux, tension, hésitation puis soudain un sourire.

 

- Tu as parfaitement raison Lilan, cette règle ne vous concernes pas, cela est évident. Mon rôle se borne à être ton guide et par conséquent son guide, Tasha ? Pardonne moi si à un instant j’ai pu te paraître hostile.

 

- Cela est pardonné Orphéus, je ne t’en tiens aucune rigueur.

 

- Bien, dis-je. Ceci réglé passons au démon, Orphéus ?

 

- Très bien Lilan, je vais vous raconter son histoire.

 

« Kharasi naît humain en 480 av J.C. à Argos citée du Péloponnèse en Grèce, fils d’Amphiaraos (devin et guerrier qui régnait sur Argos) et fille d’Eriphyle…..

 

Adraste (cousin d’Amphiaraos) s’était engagé à aider Polynice à reconquérir le trône de Thèbes (guerre des Sept Chefs). Sachant que l’expédition serait un échec grâce à ses dons de devin Amphiaraos refusa d’y prendre part, mais son épouse, séduite par un collier que lui offrit Polynice, trancha en faveur d’Adraste, car elle était désigné par les deux cousins comme arbitre pour tout conflit en eux. Au moment de la déroute de l’expédition contre Thèbes, Amphiaraos fut englouti avec son char dans le sol. Suite à cela Kharasi jura qu’il vengerait son père trahi par sa propre femme.

 

Le jour de ses vingt ans il partit à Corinthe pour conclure un pacte avec la magicienne Médée, qui était devenue maléfique depuis que son amant Jason l’avait trahie pour une autre femme et qui par conséquent avait tué la nouvelle élue de Jason et ses propres enfants pour que celui-ci n’ait pas de descendance.

 

Arrivé à Corinthe Kharasi promit un amour éternel à Médée si celle-ci l’aidait à faire de lui un démon. Ce qu’elle fit mais elle fut une dernière fois trahie car Kharasi la tua le jour même où son vœu fut exaucé.

 

Depuis ce jour Kharasi s’acharna à déchirer les âmes sœurs et commença par sa mère Eryphile et son beau-père Polynice, qui depuis la mort d’Amphiaraos, étaient mari et femme.

 

Depuis beaucoup d’humains qui s’aimaient d’un amour sans limite et exemplaire face aux dieux furent déchirés par Kharasi, dont Alceste (Princesse grecque) et Admète (Roi d’Iolcos en Thessalie) qui sont probablement les deux âmes sœurs les plus sincères jusqu’à aujourd’hui, puisque Alceste, suite à plusieurs évènement tragiques, prit la place de son mari Admète aux enfers, mais grâce à Heraclès celle-ci fut ramenée au près de son époux ce qui attira l’attention de Kharasi malheureusement. Ou encore Antiope (Reine des amazones) et Thésée (Fils du Roi Egée) qui eux aussi sont pris dans des tourments infernaux imposés par ce démon. »

 

 

 

 

- Voilà, c’est a peu près tout ce que j’ai pu apprendre mais cela me conforte dans l’idée qu’il n’est pas après vous, car depuis presque deux mille cinq cents ans qu’il sévit, toutes ses victimes étaient humaines.

 

Mon regard tomba doucement sur Tasha, et j’ai compris qu’elle pensait à la même chose, alors je lui laissai la parole.

 

- Orphéus, hier j’aurai été d’accord avec toi mais plus aujourd’hui.

 

- Car…. ?

 

- J’ai failli finir en poussière si Lilan n’était pas arrivée à temps, car trois êtres de la nuit allaient me….

 

- Doucement amour, si tu veux je peux continuer ?

 

- Non, je vais le faire, je dois le faire, je ne veux plus que cela puisse me faire peur à nouveau.

 

Elle prit ma main et déposa la sienne avec un regard humide.

 

- J’étais comme paralysée, je ne pouvais plus bouger, je ressentais par contre, de la frayeur aussi bizarrement que cela puisse paraître, une frayeur d’être vivant, comme si je n’étais pas ce que je suis, comprends tu Orphéus ?

 

- Je crois oui, mais pourquoi cette peur ? A cause de ces trois morts-vivants ?

 

- Non, ce n’étaient pas eux mais Kharasi.

 

- Kharasi ? L’as-tu vu ?

 

- Oui et non, il n’était pas là physiquement mais je le sentais, le voyais, pourtant je savais qu’il n’était pas vraiment là mais j’étais incapable de réagir. Je m’en veux, j’ai faibli, telle une innocente victime, une ingénue, j’aurais du pouvoir faire quelque chose, je…

 

- Arrête Tasha dis-je presque dans un cri. Tu n’es pas en tort, tu ne saurais être en tort, pas toi, ma douce lumière ne te fais aucun reproche veux-tu ? Car cela dépassait ton entendement, notre entendement.

 

- Lilan a raison Tasha, ne refoule aucune colère ou désillusion sur ce qui s’est passé car sinon tu ne verra jamais la solution si elle se présente à toi, la manière de le combattre et de l’exterminer.

 

Mais déjà les mots d’Orphéus se muèrent en murmure lorsque je pris Tasha dans mes bras, qu’elle ne ressente que moi à l’instant, rien d’autre, ressens mon cœur, mon âme, mon sang. Apaise tes tourments amour, je suis là, ici et pour toujours. Elle répond à cette étreinte et je peux sentir son corps se détendre, se laisser aller.

 

- Tasha, Lilan ? La nuit prochaine vous devrez aller voir un ami de ma part.

 

- Qui ? dis-je.

 

- Quincey Morris, c’est un sorcier il a une boutique sur Battery Street près de l’embarcadère. Je l’appellerai pour lui dire que vous passerez demain soir. Il pourra vous aider pour le talisman que porte Kharasi et peut-être même trouver une façon de le tuer. J’ai toute confiance en lui, il m’a aidé a plusieurs reprises dans le passé, d’ailleurs je suis sûr que vous l’apprécierez.

 

- Bien, si tu as confiance en lui, c’est bon pour nous, n’est-ce pas Tasha ?

 

- Ça me va.

 

- Au coucher du soleil Lilan ?

 

- On y sera Orphéus, je ne voudrais pas rater ça puisque tu dis qu’on devrait passer un bon moment, n’est-ce pas ?

 

- J’en suis presque sûr.

 

Je tournai la tête et vis un sourire interrogateur sur le visage de Tasha, j’haussai les épaules en guise de réponse. Me retournai et comme je me le prédis Orphéus avait disparu. La discrétion avant tout, n’est-ce pas ?

 

Il était temps de rentrer. Ne plus y penser pour l’instant, ne plus penser, sauf bien sûr à Tasha, et a une petite chasse nocturne, ce qui séduisit encore plus ma douce. Elle me proposa d’aller dans le quartier de SoMa (South Market Street), là où se trouvait la plupart des pubs et boîtes de nuit de la ville. Notre choix se porta pour L’oasis à l’angle de la 11e rue et Folsom Street, connu pour son exotisme et excentricité (piscine autour de laquelle on peut danser), et, un petit plus pour nous, il est possible de s’isoler au calme sur une terrasse extérieure. Alcool, drogue et sexe coulaient a flot, la musique se fit de plus en plus pressante, Tasha était bien, elle avait repéré notre proie depuis un bon moment déjà, et avait aussitôt entrepris de le faire danser et boire. C’était un jeune homme de prime abord innocent, presque touchant de vulnérabilité, c’est peut-être cela qui avait séduit Tasha, pas de mauvaise surprise ce soir, elle avait raison, cet homme ferait très bien l’affaire pour notre dîner. Un rythme s’installa, brume, fumée, odeur de sang frais, nos regards se croisent et se comprennent, elle l’attire vers la terrasse où je me trouve, un pas, deux pas, plus près, encore, bientôt, enfin. Au milieu de nous il n’avait pas une seule chance, Tasha fondant à l’intérieur de son cou, moi au creux de son bras, il était mort, plus aucun espoir, mes yeux se remplirent de son sang, les yeux de ma douce aussi, on se croise, se recroise, elle me voit, je la vois, je prends ses lèvres entre les miennes, j’aspire pour que le temps s’arrête, lui toujours entre nous, il gémit, son souffle ralentit, il meurt, son corps tombe à terre, je l’enserre, elle m’enlace, je continue ce baiser et l’entraîne dans un autre monde, celui des nuages, du ciel, des rêves. Là-haut elle est mienne, entière, sans concession, sans lutte incessante pour prendre le contrôle, sans théories futiles, il n’y a plus que deux corps qui se fondent en un seul.

 

Comment ai-je pu faire semblant d’exister avant elle ? Pourquoi l’ai-je fait ?

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE IV

 

 

 

 

Je suis née en 1779 à Mohàcs petite ville du sud en Hongrie, sous le règne de Joseph II (fils de l’Impératrice d’Autriche). Mes parents petits commerçants sans ambition, enfin, la vie était différente à cette époque. C’est âgée de 28 ans que ma vie prit un tournant plutôt radical.

 

Vendue par mon père à un noble du nom de Hans Bathory Malten, qui possédait beaucoup de terre, j’étais devenu servante mais pas du maître des lieux, il m’avait acheté pour servir son frère, Thorko, qui disait-on était infirme depuis que sa défunte mère, Erzébet, lui avait lancé une marmite d’eau bouillante au visage. Mais une nuit je découvris une tout autre vérité.

 

Je m’étais glissée dans les appartements de Thorko, pour…. pour rien en fait, juste être là où je ne devais pas être et sans permission ? Plus le temps de sortir, il arrivait, derrière une porte entrouverte je le vis se dévêtir puis ôter son masque, un souffle, plus rien, il n’étais plus là devant moi, une main glacée se posa sur mon épaule et me tira vigoureusement en avant.

 

- Tu ne devrais pas être là, tu as vu mon visage et cela devrait te rapporter la mort.

 

- Vous ….. n’avez pas de cicatrice, pourquoi….

 

- Pourquoi je mets ce masque ? Personne ne doit savoir que je n’ai gardé aucune cicatrice de l’accident, personne, surtout pas mon frère, est-ce que je peux te faire confiance ? Pourquoi je te ferais confiance ?

 

- Je ne dirai rien, et de toute façon ce n’est pas quelque chose que je peux monnayer, non ?

 

- Malgré la situation tu ne sembles pas avoir peur, je pourrais te tuer, tu le sais ?

 

- Oui, mais je crois que je suis déjà morte.

 

- Ne crois pas cela, tu ne sais rien de la mort, crois moi. Bon, que vais-je faire de toi ? Je vais peut-être te faire confiance pour l’instant.

 

Enfin, quelque temps après je sus la vérité, pourquoi restait il perpétuellement dans l’ombre ? C’était un être de la nuit, mais il détestait son sort, qui d’ailleurs fut infligé par sa mère, il ne pouvait plus supporter son état et ce qu’il représentait ; tuer jour après jour. C’est alors qu’il me demanda de l’emmener au-delà de cette fausse mort et je lui demandai en échange de faire de moi ce qu’il était. Il refusa, s’indignant presque des mots que je venais de dire. Il explosa : « Comment peut tu me demander cela alors que tu n’aimes pas la vie ? Tu espères en avoir une meilleure dans la mort ? Tu ne sais rien, tu es une enfant, laisse moi, v’a-t-en, sort d’ici. » Puis après deux semaines de silence il vint me voir, ne dit rien, mais je savais, je le sentais, il but en moi comme je bus en lui, mon corps mourait et renaissait en même temps, ivre, oui j’étais ivre et c’était bon de se sentir si « vivante », ressentant chaque chose, chaque sensation, chaque bruit, chaque silence, j’étais devenue un prédateur. Le lendemain il m’implora de l’anéantir ce que je fis sans l’ombre d’une hésitation.

 

Ce qui, d’ailleurs, était étrange car Orphéus m’avait dit un jour que l’être qui vous crée est indissociable de celui qui reçoit ce don (ou cette malédiction). Je lui avais répondu qu’aucun lien ne s’était formé entre nous ni avant, ni après. Orphéus comprit alors, cela ne faisait plus aucun doute, j’étais l’élue, car seule l’élue pouvait renvoyer son créateur dans le monde des morts sans mourir à son tour.

 

Depuis ce jour de renouveau j’errai sans aucun but récurrent depuis 1807, parcourant une partie du monde, puis finalement San Francisco où j’ai rencontré Tasha.

 

 

 

 

Itinéraire flottant d’une âme recherchant sa vérité, pendant presque cent ans (les grandes lignes).

 

 

 

 

Année 1809-1815, Paris (France) ; Règne de Napoléon 1er.

 

Je vécus à Paris pendant quelques années et appris à connaître les qualités tactiques, stratégique de Napoléon. Je m’intéressais beaucoup à cet homme qui innovait dans un pur génie à chaque bataille menée. J’ai eu la grande joie d’assister à la bataille de Wagram (Autriche) le 06 juillet 1809. L’enjeu ce jour là était la maîtrise du Danube et de son franchissement. A plusieurs reprises les troupes françaises faillirent être vaincues mais l’intelligence militaire de Napoléon fit qu’il utilisa massivement son artillerie et finalement reprit une position où le maréchal Bernadotte et ses saxons avaient été laminés par les autrichiens. Son intelligence tactique avait été plusieurs fois démontrée mais ce jour là elle prit toute son apothéose.

 

 

 

 

Année 1846-1849, Vienne (Autriche) ; Révolution de 1848.

 

Ce qu’il y a de bien pendant les émeutes c’est que personne ne fait attention à l’autre, les rues sont remplies de désordre, de cris, une confusion totale prend place. Les regards se croisent sans jamais s’arrêter, pareil à des fous éperdus d’angoisse. Je regardais ce spectacle sans intervenir, pour l’instant, je me délectais de la peur des plus faibles qui essayaient de ne pas se faire écraser par le flot incessant de la foule. Je voyais les plus timides prendre désespérément part à quelque chose qui les dépassait peut-être, je les sentais prêts à partir se cacher dans n’importe quel trou qui pourrait contenir leur corps tremblant. Souriant à cela je décidai d’aller aider ces pauvres diables à « disparaître ». Après quelques « bonnes actions », j’ai croisé Ferdinand 1er lorsqu’il s’enfuit pour Innsbruck, il allait rester en vie, car il devrait pouvoir provoquer d’autres émeutes je ne peux pas faire moins que l’encourager, car ce fut une nuit très « enrichissante ».

 

 

 

 

Année 1851-1860, Londres (Angleterre) ; Rencontre de Charles Darwin.

 

C’était pendant une de ces soirées si fréquentes qui se célébrait à Londres, Charles Darwin et son épouse, Emma, étaient là. Il y avait aussi plusieurs naturaliste, scientifiques, économistes et autres « singes » bardés de diplôme. Toutes ces discussions sur l’évolution me faisaient sourire, je me délectais de leur ignorance alors qu’ils pensaient détenir toutes les réponses des secrets de la vie et de la mort elle-même. Cela me mit d’une humeur joyeuse et j’oubliai pendant un temps ma propre « soif de la vie ». Par contre je pris le temps de discuter avec ce Charles Darwin, qui semblait, à première vue, moins insolent et rempli de certitude que les autres, sur des sujets tels que « la transmutation des espèces » et « la théorie de la sélection naturelle et l’origine des espèces ».

 

 

 

 

Année 1900, Pékin (Chine) ; Révolte des Boxers.

 

(Société secrète chinoise fondée dans le Shandong vers 1770, dont les membres pratiquaient la boxe sacrée, d’où leur nom de Boxers qui leur fut donné par les occidentaux).

 

C’est cette société secrète qui fut à l’origine du mouvement contre la présence des occidentaux en Chine. En juin 1900 les Boxers prirent le commandement de la population de Pékin, et sous l’ordre de l’impératrice, attaquèrent les missions catholiques, massacrant les prêtres (ce qui m’offrit un spectacle des plus intéressant). Plusieurs nuits de tueries suivirent et j’y pris part, d’une certaine manière.

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE V

 

 

 

 

Silence, je voulais plus que tout approcher ma main de son visage, l’effleurer, tracer son contour, j’aurais tout donné sur l’instant, et puis non, je ne pouvais la réveiller. Si paisible, si douce, une lumière ? Comment pouvait-elle incarner cela puisque ce n’était plus une humaine, pas de réel battement de cœur, pas de réel souffle, alors pourquoi signifiait elle tout cela pour moi et même plus ? Même Orphéus avait succombé à son charme, son innocence.

 

Jusqu’alors aucun n’être vivant ou non d’ailleurs n’avait pas été charmé par Tasha.

 

Je me décide à poser une main sur son cœur, je ressens d’imperceptibles battements, non, ce n’est pas possible, je divague, mon imagination est trop grande, le délire m’emporte plus haut que je ne l’aurai cru. Les battements s’arrêtent, je ferme les yeux, ne sachant pas sur le moment si cela m’apaise ou me désole.

 

Je sors du lit, et me dirige vers la bibliothèque, ce sont ces moments trop intenses pour que je puisse rester auprès d’elle et ne pas franchir la limite du rêve et de la folie. Je m’arrête devant la chaîne, l’allume et met un cd de Bobby McFerrin, je monte le son, pas trop, je ne veux toujours pas la réveiller. J’attends le coucher du soleil, là assise sur la table, les jambes croisées, les bras tendus et la tête levée. Je laisse la musique entrer en moi, je m’imprègne, tellement profondément que je pourrais jouer le morceau moi-même. Ça bouillonne, je me laisse aller, je ne peux plus le contrôler, je ne suis plus là, déjà en bas, aux profondeurs du néant, la mort coule en moi, le noir me rassure, je peux enfin me libérer de toutes ces pensées qui m’emmènent un peu plus vers d’autres horizons, la lumière, l’amour dénué de tout égoïsme, la vie, le bien.

 

Toujours un peu plus au tréfonds de tout sens commun, de toute réalité, je me laisse descendre sentant une source chaude et malveillante.

 

Une caresse, un parfum, une main, je la sens, elle est là, j’ai du mal à ouvrir les yeux, et quelque part je ne veux pas, ne peut pas. Mais déjà je n’ai plus le choix, elle me dépose un tendre baiser, me caresse la joue, je la vois. Un éclair éblouit mes yeux, j’avais presque oublié comme elle est belle, je ne veux plus oublier, je lui rends son sourire et me laisse emporter dans les méandres d’un nouveau baiser. Non, il est clair que je ne peux pas me permettre de perdre cela. Même si le mal m’attire un peu plus chaque nuit vers lui. A-t-elle les mêmes pensées, les même visions ? Me l’aurait elle dit ?

 

- Lilan ? Tu vas bien ?

 

- Oui amour.

 

- Pourquoi ne m’as-tu pas réveillée ?

 

- Tu avais l’air si paisible, je voulais que tu reprennes des forces, on aura peut-être de longues nuits pendant quelques temps, il faut prendre du repos quand on le peut.

 

- On ? Alors tu aurais du rester au lit toi aussi, non ?

 

- Peut-être mais j’avais besoin de réfléchir et je réfléchis mieux avec Bobby McFerrin.

 

- J’aurais peut-être pu t’aider, je ne sers pas à grand-chose en ce moment.

 

- Comment peux-tu dire cela amour, tu est ma voie, mon guide, ma force, tu es la seule chose qui me pousse vers d’autres nuits, sans toi, je ne serais plus.

 

- Alors si cela est vrai, dis moi à quoi tu pensais quand je suis arrivée, je suis persuadée que pendant un instant tu n’étais plus là, quand je t’ai touchée la première fois, je n’ai rien ressenti, je ne t’ai pas ressenti, dis moi, où étais-tu Lilan ?

 

- Au plus profond de moi je crois, je me laissais tomber en enfer, je répondais à son appel. Cela m’arrive quelque fois depuis que nous nous sommes réveillées, je crois qu’être auprès de toi m’attire quelque part où je ne veux pas être, enfin peut-être.

 

- Je, je ne comprend pas, tu ne veux plus être avec MOI ? Et où ne veux tu pas aller ?

 

- Tasha, Tasha, calme toi amour.

 

Je lui pris son visage de mes deux mains, l’attirai à moi, l’embrassai aussi doucement et longtemps qu’il était nécessaire.

 

- Jamais je ne te quitterai, jamais entends tu ? Rien ne pourra nous désunir, ni les démons, ni le temps, ni la vie. Quand j’ai dit que quelque chose m’attirait c’est une sorte de force bienveillante, une force que je ne connais pas, qui n’est pas de la nuit, cet inconnu me fait peur, vois-tu ?

 

- Ce n’est pas possible, nous sommes mortes, nos âmes sont damnées, comment pourrait tu voir quelque chose de bien en moi, de sain ? j’ai du mal à concevoir ça. Ne sommes nous pas censées représenter la noirceur et le mal. Je….

 

- Je sais, je sais Tasha, je ne comprends pas moi non plus. N’as-tu rien ressenti d’étrange depuis notre réveil ?

 

- Je n’ai pas eu l’occasion d’y penser à cause de Kharasi, mais oui, maintenant que……

 

Elle me raconta que la chasse lui avait paru moins jouissante, moins encline à de noirs désirs, que pendant la journée elle faisait des cauchemars qu’elle n’avait pas refait depuis sa vie d’humaine, que le goût du sang ne lui apportait plus autant de plaisir, de force, d’envie.

 

- Tasha, as-tu autant envie d’être avec moi ? De m’aimer ?

 

- Lilan….c’est la seule chose dont je sois sûre, que tu sois un être de la nuit, un démon, ou même humaine, je t’aimerai, je ne peux ni ne veux me dissocier de toi, ton souffle est le mien, ton regard est le mien, ton corps est le mien. N’en doute pas un seul instant, jamais.

 

- Je n’en ai jamais douté, ma déesse, mais je crois que je devais te poser la question.

 

- Je sais, c’est pour ça que je te poserai la même, m’aimes tu encore toujours autant ?

 

- Encore plus chaque jour amour, car à toute heure du jour ou de la nuit je te redécouvre, et réapprends à te regarder et voir combien ma mort est remplie d’émotions grâce à toi. Tu me ravis à chaque instant, alors si tu dois douter de tout, ne doute jamais de cela car je t’aime sans retenue, sans tabou.

 

- Je t’aime aussi sans retenue, sans tabou Lilan.

 

Tout était dit et rien en même temps. Tous ces sentiments contradictoires ne nous mènent à rien. Et puis, lorsque le temps sera venu pour nous d’approfondir le sujet, cela nous sera montré.

 

Il était temps d’aller voir Quincey Morris, « l’ami » d’Orphéus et d’avoir d’autres préoccupations pour le moment. Kharasi devrait réussir à nous occuper pendant un certain temps. Oublier un instant cette voix qui m’appelle serait un instant de paix très apprécié.

 

32 Baterry Street, devanture d’une boutique de magie, ni plus ni moins différente de toutes celles que trouvait la ville. Nous étions là devant cette porte, mains dans la main, à l’aube d’un détour de notre existence. J’allais frapper à la porte quand celle-ci s’ouvrit d’où sortit avec précipitation une jeune fille, de la même taille que Tasha, les cheveux roux, les yeux verts, une stature athlétique.

 

- Lucy-Law, reste ici, je n’ai pas fini.

 

- Désolé papa, on m’attend je dois y aller.

 

- Ne rentre pas trop tard…

 

Mais déjà Lucy-Law ne l’entendait plus, elle avait regagné l’autre côté de la rue et descendait vers l’embarcadère. Mes yeux se posèrent alors sur l’homme, le père, qui devait être Quincey. D’allure plutôt imposante, il était plus grand que sa fille, de ma taille en fait, ses cheveux blonds étaient assez long et tenaient avec une queue de cheval, barbu et armé d’une petite paire de lunettes rondes. Un vrai viking.

 

- Vous devez être Lilan et Tasha ?

 

- C’est exact. On s’est déjà rencontré ? dis-je impassible.

 

- Non, non mais Orphéus m’a fait une bonne description, mais il a oublié de me dire à quel point vous étiez belle.

 

- Merci. D’habitude je n’aurai pas toléré ce genre de paroles, mais il n’y avait aucune offense venant de sa bouche alors je me suis surpris à lui faire une sourire, un peu crispé d’ailleurs.

 

- Mais entrez, excusez moi pour mon manque de politesse je repensais à ma fille.

 

Vu de l’extérieur, on ne s’attendait pas à découvrir un espace aussi grand. La première partie se composait uniquement d’étagères sur lesquelles reposaient plusieurs bocaux, boules de cristal et autres objets rappelant bien que l’on ne se trouvait pas dans une boutique de décoration ou autre boutique dite « normale ». La seconde partie était dédié aux représentations de dieux ou déesses quelconques. Représentation faite en poterie, sculpture ou tableau. Enfin, la troisième et dernière partie avait l’apparence d’une bibliothèque, les livres ornaient les trois murs et même une mezzanine, que je soupçonnais d’être artisanale. Au centre trônait une grande table, de forme ovale et entourée de huit fauteuils qui semblaient dater du XIXè siècle, d’un bois sombre et recouverts au centre d’un velours rouge.

 

C’est ici qu’il demanda de nous asseoir.

 

- Orphéus m’a parlé du démon Kharasi et m’a raconté son histoire, mais j’aimerais tout d’abord avoir une description aussi fidèle que possible du talisman.

 

Tasha lui dépeint l’objet aussi fidèlement qu’elle le put pendant que Quincey faisait un croquis.

 

- Comme ceci ?

 

- Exactement oui.

 

- Vous n’avez pas aperçu le verso de cette médaille ?

 

- Non pourquoi ?

 

- Cela aurait été très utile, car j’ai découvert dans mes livres que son talisman était non seulement sa force mais aussi le seul moyen de le détruire. Tous ces pouvoirs résident dedans, c’est le lien qui le lie aux forces du mal. Donc pour vous aider il est absolument nécessaire que j’aie une copie fidèle des deux faces de la médaille.

 

- Elle n’est décrite nulle part dans tous vos livres ? demanda Tasha.

 

- Non, d’ailleurs il n’est question d’aucun talisman lorsqu’on fait référence à Kharasi, c’est peut-être pourquoi jamais personne n’a pu le vaincre.

 

- Donc, dis-je, il n’y a plus qu’à attendre qu’il ne se manifeste à nouveau.

 

- C’est exact, pendant ce temps je vais étudier les renseignements que vous m’avez donnés.

 

Une jeune fille entra et courut vers Quincey.

 

- M.Morris…. M.Morris, c’est Lucy…

 

- Quoi Lucy ?

 

- Elle a des ennuis, on sortait du cinéma quand quatre types nous ont abordés, vous connaissez Lucy monsieur Morris, elle n’a peur de rien, enfin c’était mal parti quand j’ai décidé de venir vous en parler.

 

- Où est elle exactement ?

 

- Le cinéma………………..sur l’embarcadère.

 

Il se retourna vers nous mais avant qu’il ne puisse dire quoi que se soit.

 

- On vous accompagne.

 

Ces mots sortaient de la bouche de Tasha. Je la regarde, surprise, puis acquiesce.

 

On partit donc tous les quatre. Devant le cinéma il n’y avait plus personne, enfin pas de trace de Lucy-Law en tout cas. Aucun signe d’une lutte probable. Quincey parcourait l’horizon inquiet, puis pris d’une soudaine panique se mit à courir partout, s’arrêtant pour demander aux jeunes gens qui se baladaient là s’ils n’avaient pas vu sa fille. Tasha ferma les yeux, j’ai compris qu’elle essayait d’entendre un bruit, le son d’une quelconque dispute ou cris, que les humains ne pouvaient distinguer.

 

- Là-bas, sur la plage, dit-elle en pointant son doigt vers le sud.

 

Elle se mit à courir suivie de Quincey et moi. Puis je la perdis de vue car elle ne courait plus, elle s’était envolée. Je ne voulais pas laisser Quincey seul alors je me contentai de courir à ses côtés mais j’étais mal à l’aise à l’idée de penser que Tasha était seule aussi.

 

Lorsqu’ils ont senti un vent étrange les frôler, ils ne savaient pas que ce serait leur dernière impression et leurs dernières secondes à vivre, Lucylaw regardait là impuissante devant ce spectacle, Tasha ne leur laissait aucune chance de fuir, grâce à une vitesse commune aux êtres de la nuit et non aux humains, elle se débarrassa des ces pauvres individus qui avaient mal choisi leur victime ce soir. Elle se trouvait en face du dernier qui déjà sentait la mort s’approcher, les yeux bleus, entièrement bleus sans aucune partie blanche, elle pencha la tête légèrement, comme si elle se demandait comment tuer le dernier, puis elle entendit Lucylaw s’avançer vers eux.

 

- Laisse le partir, pria-t-elle à Tasha.

 

Après quelques instants d’hésitation, elle lui fit un signe de tête, et l’homme partit en courant, tombant à plusieurs reprises. Tasha le regardait ne sachant pas trop quoi penser. Pourquoi avait-elle accepté la requête de Lucylaw ? Que penserait Lilan de cet acte de pitié ?

 

C’est d’ailleurs au moment où cette demande fut faite que Quincey et moi arrivâmes sur les lieux. J’avais très bien entendu ce que voulait la jeune fille, je ne pensais pas que Tasha le ferait. L’aurais-je fait ? Elle avait pris sa décision, il n’y avait rien à redire a cela.

 

- Lucylaw tu vas bien ? s’enquit son père.

 

- Ca va.

 

Elle regardait toujours Tasha, en proie à de différentes émotions, terreur et vénération. Héroïne ou démon ? Ce que vit et comprit Quincey qui se retourna en direction de Tasha.

 

- Vous n’auriez peut-être pas du tous les tuer, non ?

 

- Ils ne sont pas tous morts, grâce à votre fille, non ?

 

- Ouais, enfin, c’est peut-être ce qu’ils méritaient. Et…. Merci.

 

Mais Tasha était déjà loin, seul restait Lilan qui s’interrogeait sur ce qu’elle venait de voir.

 

- Je ne voulais pas être impoli, j’ai tellement eu peur, remerciez la pour moi voulez vous ?

 

- Je le ferai. Pour nous contacter passez par Orphéus, et nous viendrons vous voir.

 

- Dès que j’ai du nouveau, vous le saurez.

 

- Bien, alors au revoir.

 

 

 

 

CHAPITRE VI

 

 

 

 

Je retrouvais Tasha sur le banc, ce banc si cher à nos cœurs, là où elle était née.

 

Je fixe ses yeux, elle les miens, mélange d’espoir, de doute, de joie et de tristesse. Comment laisser tous ces sentiments la submerger ? Je ne pouvais rien faire, car j’étais moi-même prisonnière de tout ça. On dit parfois qu’atteindre un certain niveau de connaissance nous rend plus fort, plus sage, que toutes les réponses seront claires, nous apparaîtrons simples, pleines de sens mais la vie telle que nous la connaissons, toutes ces facettes, le mal, le bien, l’amour, la haine et toute la souffrance engendrées par des actions purement égoïste que des hommes affectionnent par goût de pouvoir, d’hypothétique pouvoir, il n’est pas réponses qui existent et qui soient meilleures ou bonnes car la vie et la mort n’apportent rien de tout cela, elles n’amènent qu’un enchaînement de questions qui resterons à jamais vidées de toutes solutions.

 

Elle m’implore, me crie de l’aider, de trouver les réponses dont elle a tant besoin.

 

- Tasha, amour calme toi, ne te torture pas à trouver des réponses, elles viendront d’elles-mêmes.

 

- Pourquoi ? J’ai voulu aider cette fille, je voulais la sauver, cela importait beaucoup pour moi. Faire le bien ? Pourquoi….. alors que je ne suis qu’une âme perdue, damnée ?

 

Je n’avais rien à dire à cela, pour la première fois depuis que j’étais avec elle, j’eus peur. Je ne pouvais que l’apaiser par quelques gestes tendres, mais rien de plus. Je veux faire plus, je sentis son corps se tendre et reculer d’un pas, son regard passait à côté de moi, derrière moi.

 

Je me retournai et vis une fumée épaisse tourbillonner en une forme, un homme, un dieu.

 

Kharasi était là, face à nous. Pas de chair et d’os mais comme un esprit, un fantôme. Il fixe Tasha, me fixe, je ne lui montre aucune surprise ni peur car je ne peux faiblir face à lui, je ne veux pas faiblir. Tasha me prend la main et la serre, nous ne faisons plus qu’une, il ne peut rien, ni maintenant ni plus tard, il le sent dans nos regards et pourtant il sourit, un sourire malfaisant, hideux.

 

- Tu te poses trop de questions Tasha, la seule qui importe est que tu perds ton instinct de tueuse, de damnée et regagne en humanité, c’est la seule réponse en soi et l’unique raison de mon intérêt pour vous. Car lorsque vous serez entièrement gagnées par vos âmes déchues je serai là pour vous accueillir chez moi.

 

- C’est impossible démon, car nous sommes mortes et rien ne pourra changer cela.

 

- C’en est presque drôle, je ne vais pas tout vous révéler, sinon où serait le plaisir de jouer ? j’ai hâte de vous revoir.

 

Il partit aussi vite qu’il était venu.

 

Je ne peux regarder Tasha, pas maintenant car mon esprit divague, part aussi loin qu’il le peut, récupérer nos âmes ? Redevenir humaines ? Cela n’a aucun sens, est-ce que je le veux ? Non, je ne crois pas. Tasha le voulait elle ? Une réalité me transperce le cœur, même pour l’amour que j’éprouve, du sentiment aussi atroce soit-il de ne plus la ressentir, si elle le souhaite et l’accepte, je ne pourrais pas la suivre. Car je ne pourrais supporter la faiblesse, la peur, la colère et l’envie de toutes ces âmes humaines. Il m’est impossible de le concevoir.

 

- Lilan, je veux rentrer.

 

Ce fut les seuls mots prononcés du reste de la nuit. Aux premières lueurs de l’aube Tasha s’endormit. Pour moi il m’est interdit de dormir, mon cœur ne le permet pas. Est-ce comme cela que tout doit finir ? La vie pour elle, la mort pour moi ? Je fixe le plafond, mes yeux essaient de transpercer ce mur, voir le ciel bleu, sentir le soleil sur ma peau, cela fait longtemps que je ne le désire plus. La seule chose que je souhaitais c’était l’amour et je l’ai trouvé. Même si je dois le perdre, au moins j’aurai eu la chance de le savourer, je serai parmi les bénis qui ont aimé, et ont été aimés. Je peux garder le souvenir d’une époque agréable à mon cœur, mon âme et mon sang. Car le plus dur en ce monde ce n’est pas de perdre l’être aimé mais de ne jamais avoir eu ce privilège. Cela me réconforta dans mon idée, pendant un temps.

 

 

 

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