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Mémoire d'elle1

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FANS FICTIONS FRANCOPHONES

Entre elles

 

Mémoire d’elle

 

 

Par Rainbow

 

 

 

 

 

Elle sortait tout juste de la boutique Point Mariage, quand elle crut reconnaître au loin une vieille copine des bancs de la fac, qu’elle avait malheureusement perdue de vue.

 

 

 

 

"Anaïs ?! "

 

 

 

 

Aucune réaction, Florence s’était-elle trompée ? Elle la rattrapa de quelques enjambées rapides et réitéra.

 

 

 

 

"Anaïs ?! "

 

 

 

 

Cette dernière semblait comme absorbée dans ses pensées, sirotant gentiment son milk-shake fraise.

 

Elle ne s’arrêta qu’une fois Florence devant elle, leva les yeux et interloquée et surprise tout à la fois, finit par sourire.

 

 

 

 

"Flo ?! C’est bien toi ? "

 

 

 

 

Florence resta bouche bée, personne en dehors de sa famille ne l’appelait ainsi. Elle se souvint qu’en fait elles ne se connaissaient qu’à peine. Elles n’avaient jamais été vraiment amies même si, elles avaient passé leurs quatre années de scolarité universitaire ensemble.

 

 

 

 

"Je… t’invite à boire à verre, qu’on parle du bon vieux temps ; enfin si tu n’es pas trop pressée ? "

 

 

 

 

Anaïs accepta sans se faire prier, combien de fois avait-elle rêvé de ne serait-ce apercevoir Flo au coin d’une rue.

 

 

 

 

Une fois attablées, elle en profita pour mieux la regarder. C’est fou ce qu’elle avait pris de l’assurance, vieillir lui avait souri.

 

 

 

 

"Tu en penses quoi ? "

 

 

 

 

"Euh, dois-je avouer que j’étais perdue dans mes souvenirs… " Lança-t-elle honteuse.

 

 

 

 

Flo sourit.

 

 

 

 

Elles discutèrent ainsi de longues minutes avant que le portable d’Anaïs retentisse. Elle s’éloigna un peu et de retour annonça :

 

 

 

 

"Je dois filer, je crois que j’ai un peu outre dépassé ma pause déjeuner ! Je te… "

 

 

 

 

Elle chercha méticuleusement dans ses poches, en ressortit un stylo mais pas de papier.

 

 

 

 

"Allez comme jadis quand nous étions gamines ! "

 

 

 

 

Elle saisit délicatement la main de Flo et y laissa en son creux son numéro de téléphone, avant d’ajouter :

 

 

 

 

"Appelle quand tu veux ! "

 

 

 

 

Elle s’approcha, baissa la tête, hésita puis finit par un petit salut de la main avant de tourner les talons. Elle sentait dans son dos le regard de Flo, qui lui lança :

 

 

 

 

"A bientôt ! "

 

 

 

 

Cette dernière baissa les yeux et regarda à nouveau sa main, un sourire aux lèvres.

 

 

 

 

***

 

De peur de paraître trop envahissante, Flo ne rappela que trois jours plus tard. Elle disposait d’un moment de tranquillité entre deux de ses rendez-vous. Assisse sur le dossier d’un fauteuil, elle saisit le combiné et composa le numéro précieusement recopié dans son agenda. Elle hésita un instant, respira profondément, puis cliqua sur le bouton d’appel.

 

 

 

 

"Anaïs ? "

 

 

 

 

"Oui… "

 

 

 

 

"C’est Flo… " Silence gêné. "Je devais dîner avec un ami au Bastion ce soir et je me retrouve esseulée… Tu serais partante ? Je sais c’est un peu précipité, j’en ai conscie… "

 

 

 

 

Anaïs ne la laissa pas finir. "Oui, riche idée… Je suis une vraie cruche dès qu’il s’agit de cuisine. On dit sous le coup des dix neuf heures ? C’est un peu expéditif, mais c’est la fournaise au boulot aujourd’hui et je ne peux me permettre de rester au téléphone. " Elle essaya tant bien que mal de contenir le sourire béat qui lui venait aux lèvres.

 

 

 

 

Le même émoi… Le même émoi que jadis face à Florence… Ces deux-là s’étaient toujours attirées tout en se repoussant continuellement. Du coup, elles n’avaient jamais dépassé le stade du copinage.

 

Son cœur s’emballa ; même si elle avait "vécu " depuis, elle n’avait jamais pu se résigner à oublier Florence.

 

 

 

 

"C’est entendu, à ce soir ! " Sur ces mots Flo raccrocha, puis se laissa choir sur le fauteuil.

 

 

 

 

De son côté, Anaïs laissa échapper un petit "yes " de satisfaction avant de s’apercevoir que tout le monde la regardait. Elle maudit intérieurement le concepteur déco de son entreprise. "On n’a pas idée d’enfermer autant de gens dans une si petite pièce, avec pour seule intimité le refuge que peuvent offrir des demi cloisons vitrées ! " Elle n’avait plus le cœur au travail, mais finit par se pencher vers son écran.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Anaïs sortait tout juste de la douche lorsque l’interphone sonna. Elle regarda la pendule et soupira. "Mince, je vais finir par être en retard ! " Dans son empressement, elle se cogna le petit orteil sur le guéridon du vestibule, mais n’eut pas le temps de jurer car le combiné déjà en main laissait entendre la voix de Florence.

 

 

 

 

"J’ai pris la liberté de chercher ton adresse et comme je disposais de temps, de passer te chercher. J’espère que ça ne te dérange pas ?! "

 

 

 

 

"Non, bien sûr que… pas du tout. " Surprise et troublée, Anaïs continua : "Je t’ouvre, c’est au deuxième sur la gauche. "

 

 

 

 

Pas le temps de ranger et pourtant, pendant la minute qui les séparait Anaïs tenta de redresser les fleurs du salon un peu défraîchies, remettre en pile le tas de vieux magazine qu’elle n’avait pas eu le temps de lire, déposer dans la plonge le verre qu’elle avait laissé traîner le matin même et d’une allure décontractée se dirigea vers la porte.

 

 

 

 

"Hello ! " Lança Flo, tout en s’approchant pour lui faire la bise. "Jolie tenue, mais je doute qu’on te laisse entrer au Bastion ainsi ! "

 

 

 

 

Anaïs qui pensait avoir songé à tout, baissa les yeux… et dépitée, gênée tout à la fois éclata de rire. "Je vais passer autre chose que ce vieux peignoir, fais comme chez toi. "

 

 

 

 

Esseulée, Florence se dirigea immédiatement vers la bibliothèque. Même si elle avait toujours eu une passion pour les livres, c’était une photo qui l’avait attirée. On y voyait Anaïs en charmante compagnie, au bras d’une jeune femme brune. Florence eut comme un pincement au cœur.

 

Anaïs surgit comme de nulle part : "On y va ? "

 

 

 

 

"… Oui ! "

 

 

 

 

Elle prit les devants, ce qui permis à Florence de mieux la regarder. Elle la trouva sublime. Elle avait passé une longue robe noire et un châle recouvrait ses épaules.

 

 

 

 

Quelques minutes les séparaient du restaurant et pourtant le temps sembla comme filer.

 

 

 

 

"Nous vous avons réservé une de nos meilleures tables ! " Annonça le maître d’hôtel, puis il ajouta en voyant Anaïs : "Je vous fais rajouter un couvert ? "

 

 

 

 

"Merci mais non, monsieur ne viendra pas ce soir. "

 

 

 

 

Dans son euphorie, Anaïs ne releva pas.

 

 

 

 

Le Bastion était l’un des restaurants les plus en vue du moment. L’originalité de sa cuisine et l’ambiance intimiste qui caractérisaient les lieux faisait de lui le repère préféré des amoureux.

 

 

 

 

Anaïs ne cessait de parler, il y avait tant à rattraper. Elle commença par sa vie, ses deux années de galère avant la stabilité de son poste actuel. Le décès de sa maman. Son déménagement à la rue Martin…

 

 

 

 

Florence qui n’avait jamais été très bavarde, se contentait d’écouter, sans ennui. Jusqu’au moment de la fatidique question.

 

 

 

 

"Et toi ? Raconte-moi tout ! "

 

 

 

 

"J’ai quitté l’uni pendant les examens, trop de stress… Je ne supportais plus. J’ai trouvé ensuite un boulot sympa chez un fleuriste, j’y suis restée jusqu’à il y a deux mois… Et aujourd’hui, disons que je change de vie... "

 

 

 

 

L’arrivée des desserts semblait comme l’enchanter. Elle en profita pour habilement changer de sujet.

 

 

 

 

"Je peux ? "

 

 

 

 

Et sans même attendre la réponse plongea sa cuillère dans le mi-cuit au chocolat d’Anaïs.

 

 

 

 

"Hum, fameux ! "

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Florence stoppa la voiture juste au devant du 2 de la rue Martin.

 

 

 

 

"Tu montes boire une tisane ? "

 

 

 

 

"Oui. "

 

 

 

 

Ce petit mot décontenança Anaïs, il semblait tellement franc, massif, décidé.

 

 

 

 

Comme à son habitude elle déposa ses clefs sur le guéridon de l’entrée et après avoir installé son hôtesse au salon, entreprit la préparation du thé.

 

 

 

 

Florence regarda à nouveau la photo et osa :

 

 

 

 

"C’est qui sur la photo avec toi ? " Et d’ajouter afin de paraître moins curieuse. "Vous semblez tellement joyeuses ! "

 

 

 

 

Anaïs s’appuya sur le chambranle de la porte. Son visage s’éclaira.

 

 

 

 

"C’est Camille ! On venait de fêter ses 31 ans… On s’est séparées quelques mois après… "

 

 

 

 

Son visage se fit soudain plus grave.

 

 

 

 

"Je suis désolée… " Murmura Florence, honteuse d’avoir posé la question.

 

 

 

 

"C’était il y a deux ans et … "

 

 

 

 

Sifflement de la bouilloire.

 

 

 

 

Anaïs revint quelques minutes plus tard au salon, dans ses mains un plateau. On devinait qu’elle avait pleuré.

 

 

 

 

"Un sucre, deux ? "

 

 

 

 

Leurs mains se frôlèrent et l’émotion fut si intense qu’aucune des deux n’osa plus bouger.

 

 

 

 

Anaïs brisa le silence.

 

 

 

 

"Je n’ai jamais osé te l’avouer, mais j’ai toujours été amoureuse de toi… Depuis le premier regard en amphi de littérature moderne, une journée d’octobre 95. "

 

 

 

 

Ses yeux ne quittaient pas le sol.

 

 

 

 

"J’avais l’impression d’être tellement "bécasse " quand je m’adressais à toi, que j’ai gardé mes distances… J’ai tellement eu mal quand tu as cessé l’uni. Je ne savais pas ce qui t’était arrivée et je n’osais demander de peur d’éveiller les soupçons. En même temps, il me semble que tout le monde savait… "

 

 

 

 

Florence resta silencieuse. Elle prit la main d’Anaïs et la serra fort.

 

 

 

 

"Je suis désolée que cela se soit passé ainsi. "

 

 

 

 

Des larmes perlaient sur le visage d’Anaïs. Elle porta la main de Flo sur son cœur et leva les yeux vers elle.

 

 

 

 

"Je crois que je n’étais pas prête… Je me sentais attirée sans pour autant pouvoir y mettre un nom. J’ai préféré la fuite. " Continua Flo.

 

 

 

 

Anaïs pencha son visage vers Florence et captura ses lèvres en un chaste baiser. Elles passèrent la nuit dans les bras l’une de l’autre confortablement installées au fond du petit canapé gris.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Le réveil indiquait 8h30, lorsque Florence ouvrit les yeux. Elle était allongée sur le canapé, un petit plaid bleu ciel déplié sur elle. Mais seule. Ses appels restaient sans réponse. Elle se leva et aperçut un petit post-it déposé à son intention sur la théière.

 

 

 

 

"Je n’ai pas osé te déranger… Ce matin c’était pour moi comme un rêve éveillé... Je suis partie chercher quelques croissants, à tout de suite. "

 

 

 

 

Elle sourit.

 

 

 

 

Elle passa sa main dans ses cheveux puis se dirigea vers ce qui semblait être la salle de bains. Elle ne prit pas la peine de se regarder dans la glace, ôta ses vêtements et entra dans la douche.

 

 

 

 

Les yeux fermés, les mains appuyées au mur, l’eau dévalait son corps. Un bras enserra sa taille. Elle se retourna. Anaïs l’entraîna dans un long baiser, qui la laissa tremblante, vacillante. Anaïs coupa l’eau et l’aida à enfiler son peignoir avant de l’accompagner à table.

 

 

 

 

"Petit déjeunons, je manque à tous mes devoirs ! "

 

 

 

 

Elle enfila rapidement une longue chemise et se dirigea vers la cuisine. Elle en revint avec deux bols de cacao froid et des croissants.

 

 

 

 

"Tu as faim ?! Bien sûr que tu as faim !! … J’ai appelé mon travail et pris ma journée, envie d’al… "

 

 

 

 

"J’ai un rendez-vous à 10h00 et je ne peux le louper. " La coupa Flo gênée.

 

 

 

 

"Je me suis précipité comme à chaque fois, pas de souci. " murmura Anaïs, extrêmement déçue.

 

 

 

 

"Par contre, je suis libre cette après midi. Juste quelques coups de fils à passer. "

 

 

 

 

Anaïs retrouva le sourire.

 

 

 

 

petit_arc_ch@yahoo.fr

 

***

 

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