PORTRAITS CROISES
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Partie 4
Petit retour en arrière. J’avais 12 ans. Mon père était anthropologue à l’université d’Orléans. Ma mère n’était pas en reste non plus. Elle enseignait la biologie cellulaire dans cette même université et, en tant que loisirs, elle s’adonnait à la présidence du conseil d’administration de l’université.
Nous vivions confortablement mes parents, ma sœur et moi. Nous possédions un grand appartement en plein centre ville d’Orléans. Rue Jeanne d’Arc, n° 40. Cette rue donnait directement sur la place sainte croix où gisait l’imposant et admirable musée des beaux arts et laissait transparaître derrière lui la magnifique cathédrale Sainte Croix.
C’est dans cette ambiance culturelle que j’ai grandi. Nous rythmions nos vies autour d’apprentissages artistiques tous aussi variés les uns que les autres. J’ai écumé le sol du musée pendant des années, ai été fascinée avec quelle justesse les expositions étaient organisées. A quel point je m’appropriai chaque événement tant je me sentais impliquée dans la vie de ce musée. J’y passai parfois des journées entières, à errer dans les galeries désertées de tous. J’avais même fini par récolter l’amitié de Félix, le docteur du musée. Je le regardais pendant des heures retoucher les toiles usées par le temps, par les regards trop perçants ou parfois inexistants. Il y mettait tellement de cœur, tellement de précision, tellement d’amour. Il m’avait beaucoup appris et m’a même aidé à réaliser mes premières œuvres.
Déjà à cet age là je sentais le cercle qui se formait autour de moi. Ce culte de la différence, aller contre la norme étant mon cheval de bataille quotidien. Ça passait par mes lectures, la musique que j’écoutais, mes tenues vestimentaires. Au début, en période de pré adolescence, mes parents m’encourageaient ouvertement à conserver ce côté à part que j’avais acquis, récompense pour eux de leur éducation, de leur acharnement de me faire découvrir le monde tel qu’il était et ne pas me laisser absorber par cette société si idéaliste, si conventionnelle. On peut dire qu’ils ont réussi leur pari. C’est aux alentours de 14-15 ans que j’ai réellement compris que je ne pouvais pas faire marche arrière, qu’il y avait quelque chose d’inscrit au plus profond de moi que mes parents ne soupçonnaient pas et qui stimulait toute cette extravagance qui me frappait en plein visage de manière plutôt cinglante. Je devenais de plus en plus cynique, limite gothique, préférant la pénombre de ma chambre pendant plusieurs jours aux journées shopping de ma mère ou aux soirées cinéma imposées par mon père.
Ils mettaient mon isolement sur le compte de l’adolescence, des angoisses dues aux changements corporel, la recherche de mon identité…. Ma mère alla même jusqu’à vouloir comprendre ce qui arrivait à sa pauvre fille et me sortit donc tout son grand jeu. Elle débarqua un soir dans ma chambre, moi j’étais au lit, mon baladeur cd sur les oreilles. Elle s’assit près de moi, me prit la main et me dit :
« Hélène, je sais ce que tu as…Je comprends »
Elle esquissa un petit sourire en coin, radieuse comme jamais, fière de comprendre sa petite fille chérie à ce point.
Moi je ne répondis rien car je n’avais aucune envie de parler avec elle, aucune envie de parler tout court et préférais qu’on me laisse rêvasser.
« Je sais que ces choses là on n’en parle pas à ses parents », continua-t-elle, « Et c’est bien normal, c’est ton jardin secret, mais tu sais j’ai été adolescente moi aussi et c’est à peu près à ton age aussi que je suis tombée amoureuse pour la première fois. Je sais à quel point ça peut te chambouler mais… »
« Mais, Maman, de quoi tu parles…Pff…n’importe quoi…Pourquoi tu dis ça ?? »
« Allons, Hélène, ma chérie, c’est bien normal, tu es une jolie jeune fille, ton corps change mais pas seulement de l’extérieur tu sais…A l’intérieur aussi, tu deviens une femme et réactions normales : ce ne sont plus les poupées de ton enfance qui te font rêver maintenant, mais les garçons. Alors comment il s’appelle ? »
« Maman, laisse moi, s’il te plait, j’ai sommeil. »
Et je me retournais. Ma mère convaincue d’avoir trouvé la cause des tracas de sa petite protégée s’en alla rassurée comme jamais et fière aussi certainement de se dire qu’à présent, elle pourrait devenir ma confidente et que je lui raconterais mes histoires d’amour. Si elle savait. A l’époque si elle avait su. Des chamboulements, ah ça oui. Mais alors bien plus importants que mes seins qui se profilaient ou mes premières règles. Non rien de tout ça. Un vrai chamboulement.
Tout avait commencé à mon entrée en troisième. J’étais une élève brillante, assidue, attentive, assez réservée. Tous les cours étaient pour moi insignifiants. Sans réelles difficultés mais peu importants. Ils ne m’inspiraient rien de bien passionnant. Et pourtant, j’arrivais à avoir l’air passionnée tout au long de ces interminables journées grâce à Camille. Camille c’était, comment dire, la plus jolie fille de ma classe. Je ne sais pas si aujourd’hui j’en dirai autant car avec du recul, elle n’était pas si parfaite que ça et son côté allumeuse était vraiment au delà des limites du censurable. Quoiqu’il en soit, elle était magnifique. A peu prés de ma taille, elle avait des cheveux mi longs, d’un blond à vous rendre aveugle au soleil. Une bouche toute fine, un joli visage tout rosé. Elle ressemblait à un ange. Avec son sourire tout mielleux, elle faisait en tout cas bien parler d’elle dans tout le collège et sa réputation n’était plus à faire. Bien évidemment, tout le monde savait qu’elle n’était plus vierge et c’est dire si au collège ça fait son importance. Mais moi je m’en fichais, tout ce que je savais c’est que sa contemplation me faisait quelque chose, quelque chose d’encore inconnu, quelque chose qui allait au delà de l’émotion car c’est tout mon corps qui réagissait quand elle passait à côté de moi, quand elle me parlait, quand elle riait, quand elle touchait ses cheveux. Mais la vraie révélation fut à notre premier cours de sport. Et oui, mes chers messieurs, peut être que plusieurs d’entre vous ont eu le privilège de l’embrasser très furtivement, mais en tout cas, moi j’avais le privilège de la voir chaque lundi dans le vestiaire du gymnase se déshabiller sans aucune gène, se mettre en sous vêtements et rester à s’exhiber comme ça pendant de longues minutes.
La première fois, j’ai cru que j’allais m’évanouir tant le choc fut violent. Moi, n’osant même pas envisager que je montre mon pauvre corps d’adolescente à l’ensemble de ma classe, je venais déjà toute prête en survêtement et en baskets. Et puis, il faut dire que de toute façon, c’était les seuls vêtements que je mettais pour venir à l’école. Mais Camille, elle, ne se gênait pas. Ce jour la, elle portait un jean qui lui seyait plutôt bien et un joli pull blanc dont on devinait aisément qu’elle ne portait rien en dessous. Quand elle enleva ses vêtements, je ne pouvais plus détacher mon regard d’elle. Sa peau était doucement halée, son corps si harmonieux. Du haut de ses 15 ans, elle avait de plutôt bons atouts pour attirer le regard. Des seins parfaits, ronds, de taille moyenne mais avec un tel alignement ce qui lui faisait un décolleté de folie. Le tout enveloppé dans un joli soutien gorge noir, audacieux pour un jeune fille de 15 ans, tout en dentelle. Bien évidemment, Camille avait déjà l’inquiétude de la coordination et sa culotte ou plutôt son genre de boxer assez échancré laissé deviner le haut de ses cuisses et reflétait parfaitement la musculature de son fessier. Des formes divines, harmonieuses, voila ce que je voyais. Elle en jouait sachant pertinemment que toutes ses compagnes de vestiaires ne pouvaient se montrer sous le même reflet qu’elle.
Cette fois là , je la regardais, ne pouvant pas faire autrement, j’avais déconnecté mon cerveau de la réalité, je ne voyais que son corps et me mis à penser à le toucher. Une envie furieuse de la toucher, de l’embrasser m’envahit. C’est à ce moment la que je ressentis ma première vraie envie de, mon premier vrai désir et la mécanique de mon corps me surprit et me fis revenir sur terre. Que m’arrivait-il tout d’un coup. Une sensation bizarre sous la ceinture, mes règles ? Non je savais que ça n’était pas ça et je me réjouissais de ce qu’il se passait. Mais passé ce moment de délice, l’angoisse et le doute prirent la place. Voila ce que j’ai, Maman, voila ce qui me travaille, non ce n’est pas un garçon, mais les filles. Pour moi, le questionnement ne dura guère longtemps, tout était bien clair dans mon esprit. Ça ne fut pas plus dur que cela à assumer pour moi. Et heureusement car je ne sais pas si j’aurais eu le courage de douter de tout cela.
Et j’avoue que cette nouvelle me ravit car c’était pour moi comme un nouveau défi, comme un peu d’amusement dans cette vie si ennuyeuse. Voila comment je le perçus au début. Rapidement, j’eus tout de même besoin de m’identifier et m’entourer des bonnes personnes si je voulais vivre pleinement ce qu’il m’arrivait. Il était assez facile de se trouver des copines car il y avait un clan au collège qui l’affirmait haut et fort. Elles étaient composées de cinq filles, toutes les cheveux courts, difficilement différenciables de nos collègues masculins.
Mais même si je n’ai gardé aucune relation aujourd’hui avec toutes ces filles c’est bien avec elles que j’ai pu découvrir réellement l’homosexualité sous toutes les coutures et me dire que c’était vraiment fait pour moi.
Ainsi, se passa le collège, lycée dans cette même ambiance. Festive, joyeuse, animée car les histoires allaient bon train, nous n’avions pas froid aux yeux et étions d’ailleurs plutôt libertines ce qui n’était pas pour me déplaire.
Mais à côté de cela, je n’oubliais ma deuxième passion –puisque les filles étaient devenues pour moi une passion à part entière. Je prenais des cours depuis quelques années de sculptures et commençais à avoir un certain niveau dans le domaine, une certaine expérience et surtout une réelle envie d’en faire mon métier. A la fin du lycée, je savais que l’heure du glas avait sonnée pour moi : finies les fêtes avec ma bande, finies les coureuses de jupons, place aux études. Changements d’univers changement de ville, changement de vie. Cette année là mes parents se sont séparés. Je venais d‘avoir 18 ans. En accord avec mes parents, je décidais de tenter le concours d’entrée à l’école des beaux arts à Paris. Je réussis brillamment ce concours et donc mes parents décidèrent qu’il serait préférable que j’acquière mon indépendance et m’offrir ainsi la possibilité de pouvoir loger à Paris tous frais payés bien sur. Ils me trouvèrent un petit studio plutôt confortable dans le 14ème arrondissement de Paris. Cette nouvelle vie qui s’offrait à moi me promettait monts et merveilles et j’étais aux anges de pouvoir ainsi mener ma vie comme je l’entendais et pouvoir vivre vraiment ma vie, avec qui je le désirais sans avoir besoin de justifier auprès de mes parents la présence de une telle ou une telle dans mon lit.
Les 3 premières années aux beaux arts, je les vécus dans une ambiance plutôt isolée. La charge de travail était conséquente et je n’avais que très peu d’occasion de sortir. De toute façon, je n’avais pas les amis pour. Mais au delà de ma troisième année, nous n’étions plus que quelques uns à avoir survécu à ces années de travail intense et il faut dire que la quatrième année était axée beaucoup plus sur une recherche de soi, un objectif artistique et ne s’inscrivait plus dans autant de travail théorique ni de présence dans les locaux de l’école mais plus sur une réflexion personnelle à présenter devant le jury à la fin de l’année.
C’est donc cette année là que j’ai eu plus de temps pour moi et donc pu enfin ré envisager ma vie sociale. Car il faut dire que je me sentais parfois bien seule. Mes parents, je ne les voyais que rarement. Mon père était toujours en voyage à droite à gauche aux quatre coins du monde. Ma mère, elle, faillissait quelque peu à son devoir et se trouva un nouveau compagnon, neurochirurgien, et vivant pleinement son nouvel amour et sa nouvelle jeunesse, elle ne daignait que rarement me donner de ses nouvelles et encore moins prendre le temps de venir me rendre visite.
Heureusement, la providence plaça Vyan sur mon chemin. Il suivait les mêmes cours que moi depuis mon arrivée aux beaux arts mais tout comme moi, n’avait le temps de découvrir qui l’entourait à ce moment, beaucoup trop concentré sur son travail. Quand nous nous sommes enfin adressés la parole, le feeling est tout de suite passé. Nous avons commencé par sympathiser, puis il m’a proposé des sorties ciné, patinoires, piscines, des trucs pas très originaux mais qui me divertissaient.
Un jour, alors que nous étions à la patinoire, Vyan me lâcha subitement : « C’est marrant, je me suis toujours bien entendu avec les lesbiennes !! »
Ça m’avait fait tout bizarre qu’il me dise ça mais en même temps son naturel ne trompait pas, il paraissait sincère et visiblement cette relation sans aucune ambiguïté l’arrangeait autant que moi.
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