PORTRAITS CROISES
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Partie 5 La rencontre Alice / Hélène
Je repris donc une vie normale, en tout cas une vie parisienne sans perdre de vue mon objectif : réussir dans la vie, avoir un métier qui me plaise et enfin m’assumer complètement.
En complément de mes études, je dispensais également des cours de techniques de sculptures à la faculté. En effet, le culte du loisir à tout prix dans cette société des 35heures et des RTT recherchait à tout prix de quoi s’occuper et il fallait donc bien que quelqu’un s’y colle. C’est pour cela que tous les lundis soir de 20h à 22h, je recevais un groupe de 10 personnes désireuses de mettre la main à la pâte et d’exprimer leurs talents. Cela m’amusait beaucoup de faire cela, ça avait ce petit côté prétentieux de pouvoir étaler toute sa science sans en avoir l’air et en même temps de rester dans la seule activité qui m’intéressait réellement. La plupart des personnes qui suivaient ce cours n’avait pas de réelles prédispositions à l’art et venaient ici plutôt pour passer le temps et s’essayer plutôt qu’en véritable vocation. D’ailleurs, ils étaient peu nombreux à venir régulièrement et à prendre cela très au sérieux.
Ils venaient tous d’horizons complètements différents, étaient tous à des postes hauts placés, déjà d’un certain âge et il est vrai que la communication n’étant pas mon fort, tout cela ce passait dans un silence plus que religieux.
Mais un jour, alors que j’entamais ma deuxième saison de professorat dans cette discipline, je reçus une promotion qui allait complètement changer ma vie.
Vu le succès de l’année précédente, j’avais décidé d’accrocher mes élèves et de leur proposer comme aboutissement de cette année que nous allions passer ensemble, une exposition des œuvres, sorte de vitrine de leur savoir faire à leur entourage. Cela enchanta tout le monde bien entendu.
Aussi, lorsque mes élèves arrivèrent, j’avais pour coutumes de faire un tour de table, une sorte de présentation, essentielle tout de même pour connaître les motivations de chacun, la position sociale et avant tout ce qu’il recherchait en venant ici afin que je puisse les satisfaire au maximum.
C’est la première fois que je vis Alice. A vrai dire, je ne l’avais même pas remarquée, et c’est assez étonnant dans le sens où je ne ratais presque jamais une occasion de laisser mon regard traîner particulièrement devant de jolies demoiselles. Mais elle était tellement discrète, elle voulait tellement se faire toute petite, que je ne l’avais pas vue.
Mais à ce fameux moment des présentations, elle prit la parole et sa voix me transporta.
« Bonjour, moi je m’appelle Alice Talien. Euh,…je ne sais pas exactement ce que je fais là , ni si il y a besoin d’avoir une motivation pour être ici, d’ailleurs, peut être me suis-je trompée, euh…je crois que je vais vous laisser… »
Elle était toute gênée, devint toute rouge, pétrifiée de peur ou de je ne sais quoi. La pauvre, j’eus envie de m’approcher d’elle, de la prendre dans mes bras, de peur qu’elle ne s’effondre en larmes, elle me touchait en plein cœur.
Et son regard. Son regard, perçant, ses grands yeux marron, finement mis en valeurs avec un trait d’eye liner sous les yeux, son regard était insoutenable, me déstabilisait complètement. Elle avait ses cheveux coiffés un peu à la va vite, juste un noeud les retenait et laissait retomber sur son joli visage quelques mèches brunâtres également, joliment nuancés par la saison d’été qui s’achevait.
« Non, au contraire, tu as raison, il n’y a pas de motivation particulières à avoir, mais c’est vrai que j’ai pour habitude de demander pourquoi les personnes viennent s’inscrire à ce cours car je suppose juste que ce choix est justifiable, non pas que ça me regarde mais juste pour que l’on puisse…. »
Là je m’enfonçais et je voyais bien que plus personne ne se sentait de m’expliquer en détail l’importance qu’il attachaient à l’art et n’avait pas vraiment envie de se justifier de quoique ce soit par rapport a moi.
« Peu importe, Alice, oubliez ce que je viens de dire, effectivement nous allons nous contenter de nous présenter et je vous expliquerais le déroulement des cours. »
Apres cette intervention, Alice ne m’a presque plus jamais parlée. Mais son indifférence, ou plutôt ce que je qualifias comme telle, m’attirait encore plus. Son charme avait opéré en moi, elle m’intimidait mais à la fois m’intriguait, je voulais en savoir plus sur elle, sur sa vie…. Je décidai même d’en parler à Vyan, car cette situation me pesait. Tous mes lundis étaient rythmés par l’angoisse du cours du soir. Je savais qu’elle serait là car contrairement au reste du cours, elle venait tout le temps, non pas qu’elle était extrêmement douée en la matière, mais ça avait l’air de l’intéresser et j’avoue que sa persévérance l’avait tout de même bien faite avancer. Avant chaque cours, je passais deux heures devant ma commode à choisir mes vêtements comme si chaque rencontre avec Alice était capitale. Comme une adolescente, j’essayais de me montrer sous mon meilleur jour, les cheveux impeccablement coiffés, les vêtements tous droits sortis du pressing, la dose de parfum un peu exagérée. J’essayais même d’attirer son regard en osant parfois des styles très avant gardiste. Mais rien n’y faisait elle restait concentrée sur son sujet, sur son ébauche de sculpture et je n’avais droit qu’à un très timide bonsoir.
Ne supportant plus cette emprise qu’elle avait sur moi de façon non intentionnelle, je décidai d’agir et d’établir mon plan d’attaque. Et c’est Vyan, bien évidemment mon complice, qui fut chargé de me concocter une mise en scène.
Vyan était, comment le définir, quelqu’un de passe partout. Non pas qu’il était transparent bien au contraire, mais justement, il était très avenant, très beau parleur aussi, mais en tout cas avait le don de s’attirer la sympathie de tous. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, je le suppose, il avait choisit de mener un double cursus et avait ainsi entamé une année en management et commerce international.
Lorsque je parlais d’Alice à Vyan, il fut tout d’abord surpris :
« Mais, Hélène, voyons, je comprends très bien ce que tu me décris. T’as eu un genre de coup de foudre. Je suis d’accord avec toi, c’est merveilleux. Mais…euh…arrête moi si je me trompe mais cette Alice, elle ne te parle pas, tu sens bien qu’il n’y a rien. Enfin, je ne veux pas te blesser mais bon je ne peux pas non plus te laisser dans tes désillusions. Je ne vois pas vraiment ce que je peux faire pour toi tu sais. Alors si tu veux mon avis, essaie d’en avoir le cœur net. Va lui parler, demande lui, je sais pas moi, des trucs sur elle, sur sa vie, tu trouveras bien un sujet à aborder. Parce que ça fait bientôt 6 mois que tu fantasmes sur cette fille mais bon pour l’instant rien de vraiment concret… »
Il n’avait pas tort mais pourtant je ne pouvais me résoudre à penser à elle, à attendre impatiemment de la voir, la revoir, l’imaginer arrivant un beau jour, toute souriante, décidée à faire le premier pas vers moi…
Mais je savais au fond de moi que ça ne se produirait pas ainsi et qu’il fallait que je force un peu le destin.
Alors, un soir après une soirée trop arrosée avec Vyan, nous trouvâmes la solution.
« Vyan, je sais comment je vais faire, ou plutôt comment on va faire… »
« Ah ça non, ma jolie, moi je ne fais rien du tout, tu vas encore m’emmener dans un de tes plans foireux. Pas question ma belle. »
« Attends écoutes moi tu verras c’est génial comme idée. »
« Hum »
« En fait, ce qu’il faudrait c’est que tu viennes à un de mes cours un jour comme si tu étais un nouvel élève, tu vois. Tu t'installes je m’arrangerai pour qu’il ne reste de la place qu’a côté d’elle. Et comme tu sais si bien le faire, tu lui parles un peu. Pas pour l’effrayer mais juste genre ‘j ai besoin de parler à quelqu’un parce que c’est mon premier cours blablabla’ enfin ça tu le fais à ta sauce. Et au fur et à mesure de la conversation tu essaies de savoir des choses sur elle, et tu peux même, ah oui, ça c’est super comme idée, lui dire que tu me connais en fait et la sonder un peu pour savoir ce qu’elle pense de moi ou en tout cas de mes cours. Comme ça déjà je saurai si elle a au moins un avis sur moi, et si elle s’est aperçue que j’existe. T’en dis quoi ? »
« J’en dis que pourquoi pas, mais tu sais Hélène, faut faire attention, car si elle est si jolie que ça ton Alice, qui te dit que moi aussi je vais pas tomber sous le charme ??? »
« Vyan, non, non, non. Et tu sais quoi, ça m’étonnerai que ce genre de filles te fasse ré envisager ta position sexuelle »
Il faut préciser que Vyan évidemment était également gay. Il avait mis longtemps à me l’avouer et c’est vrai que ces allures de tombeurs ne me l’avaient jamais laissé deviner.
« Mais par contre, il est bien entendu hors de question que tu lui mettes le doutes, et qu’elle se mette à s’intéresser à toi. On est bien d’accord, Monsieur-je-peux-pas-m-empêcher-de-draguer ?? »
C’est ainsi que mon piège autour d’Alice allait se mettre en place. Le lundi suivant donc, comme prévu Vyan vint assister au cours. Et comme avec Vyan, rien ne pouvait se passer normalement, il arriva bien en retard histoire de faire une entrée théâtrale. Puis, comme nous l‘avions imaginés, j’avais réservé la place qui se trouvait aux côtés d’Alice. Mais qu’elle ne fut pas ma surprise quand je vis qu’à peine installés, ils se firent la bise et parlèrent allègrement, comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Là , je restais figée sur mon siège et Vyan s’en aperçut tout de suite. Il mit fin à mes souffrances et se mirent tous deux à travailler dans le silence le plus total. Quand arrivât la fin du cours, ils reprirent de plus belle. J’étais tout simplement vexée de la situation et m’en allai dans mon coin ranger mes affaires pressée de partir et de pouvoir demander à ce cher Vyan de me fournir quelques explications.
Mais je n’eux pas beaucoup le temps de râler dans mon coin car une main sur mon épaule me fit cesser toutes affabulations.
« Hélène, viens voir un instant. »
Je me retournais et vit Vyan accompagné d’Alice, qui pour une fois était souriante et me tendit la main.
« Je te présente Alice. Enfin, je te la présente pas puisqu’elle assiste à ton cours, mais bon voila je fais des présentations un peu plus officielles. »
« Euh.. »
Je ne savais que faire et Alice me tendant la main, je trouvais ça d’un ridicule, une situation complément inattendue. Je ne savais pas quoi faire.
« C’est marrant le monde est petit tout de même », déclara Vyan, « Alice et moi nous sommes ensembles à la fac pour les modules de sciences humaines et management. On est même binôme. Si j’avais su, Alice, que tu voulais prendre des cours de sculpture, je t’aurais surtout dit de ne pas aller à ceux dHélène…C’est une folle furieuse et elle risque de t’embrouiller les idées avec toute l’imagination qu’elle a et qu’elle impose… »
Alice esquissa un petit rire discret alors que Vyan riait à gorge déployée. Moi, je me trouvais toujours aussi ridicule, ne sachant toujours pas comment il se pouvait qu’ils se connaissent et surtout si cela devait représenter une bonne nouvelle pour moi.
« Bon, on ne va pas rester là toute la soirée. Et si on allait boire un verre quelque part histoire de parler de tout ça ? », Demanda Vyan.
A mon grand étonnement, on peut dire que Vyan remplissait parfaitement bien sa mission car je n’en espérais pas autant en une seule journée mais il est vrai qu’une soirée en compagnie d’Alice me permettrait certainement d’en savoir plus sur elle et d’établir un premier contact.
Alice accepta l’invitation et nous nous retrouvâmes dans le seul pub ouvert à côté des bâtiments, ou plutôt le seul que moi et Vyan fréquentions. C’était un bar friendly mais il est vrai qu’à partir d’une certaine heure, il était à majorité rempli d’homosexuels.
J’hésitais à emmener Alice là bas pour une première rencontre car ce n’était certainement pas très judicieux. En effet, nous y allions régulièrement avec Vyan, nous nous étions fait des amis là bas, et certaines de nos soirées avaient quelques peu marquées les esprits et j’avais un peu peur que certains soient trop bavard à mon égard devant Alice. Mais Vyan ne nous laissa de toute façon pas le choix et nous le suivîmes donc.
Alice ne demanda même pas dans quel genre d’endroit nous l’emmenions, elle avait l’air contre toute attente plutôt détendue, sereine, le sourire aux lèvres, ce qui lui allait d’ailleurs à ravir.
Une fois installés, bien évidemment, nous dûmes Vyan et moi faire le tour des connaissances mais j’essayais d’écourter les salutations ne voulant pas laisser ma petite protégée s’envoler ou partir en courant.
Nous nous installâmes à une table plus en retrait sur des fauteuils très confortables, en cuir rouge. L’ambiance de l’endroit était très chaude, mais à la fois très chic très distinguée. De multiples petits salons gisaient ici et la, et séparés par de grandes tentures violettes en mousseline ou en velours. Au mur, divers tableaux néo contemporains composaient la décoration du lieu, au sol une moquette rouge, impeccablement aspirée. Les tables avaient été créées par de jeunes artistes et avaient toutes leurs originalités mêlant fonctionnalités et design.
J’aimais ce lieu, car même si je connaissais beaucoup de monde et si mes visites là bas ne se voulaient pas reposantes ni même en recherche de solitude, il permettait de se mettre à l’écart et pouvoir se poser le temps d’un apéro dans un petit coin fermé du reste du monde en apparence.
Nous commandâmes. Vyan et moi, à notre habitude prirent un whisky et Alice commanda du vin.
Alice et Vyan commencèrent donc à parler de leurs cours, de leurs prochains sujets de devoirs, d’exposé etc etc. Moi, je restais là sans prendre part à la conversation, à me régaler de la voir enfin en face de moi vivante. Elle souriait et se révélait être tout à fait l’inverse de ce que je pensais. C’est d‘ailleurs elle qui menait la conversation plus que Vyan, elle n’était jamais à court de mots. Et cette faculté qu’elle avait de trouver le bon ton, les mots justes.
Mon état expectatif ne dura guère longtemps car Vyan fut interpellé par un jeune homme au comptoir, certainement encore un de ses ex.
Nous nous retrouvâmes donc Alice et moi, seules, face à face. La situation me tétanisait car c’en était à mon tour maintenant.
Mon angoisse était très largement visible, je ne pouvais m’empêcher de tripoter mon paquet de cigarettes posé sur la table, je n’osai la regarder, recherchant autour de moi un visage que je connaisse, un sauveur qui puisse venir me sortir de cette situation inconfortable. Mais alors Helene, que se passe-t-il ? Tu as peur ? N’est ce pas ce que tu voulais au fond ? Alors profites en, elle est là , devant toi, c’est le moment ou jamais.
Alice avait déjà fini son verre et me proposa de recommander quelque chose. Bien évidemment j’acceptai et je savais très bien que l’alcool m’aiderait à me sortir de mon cocon, et je serais beaucoup plus à l’aise.
Alice sentait ma gêne, mettant certainement cela sur le compte de mon intense timidité. Elle engagea la conversation :
« Alors, euh…Hélène, raconte moi un peu…qui tu es, qui tu veux devenir… »
Surprenante cette question. Qui je suis ? Je ne sais pas vraiment. Qui je veux devenir ? Celle que je pourrais devenir plutôt, et exactement j’avoue que je ne sais pas.
« Et bien, ta question me parait bien difficile à répondre tu sais car je ne pense pas que nous puissions nous définir en tant que tel ou tel individu et encore moins savoir ce que nous allons devenir. Et à vrai dire, pour ce qui est de notre devenir, je suis assez pessimiste à ce sujet, donc je ne pense pas que ce soit l’occasion rêvée… »
Alice éclata de rire je me sentais ridicule.
« Et bien, on peut dire au moins que tu rentres bien dans les clichés toi. Je te parlais juste de choses assez terre à terre tu sais à savoir. T’as fait quoi avant, tu en es ou et dans un futur proche tu comptes faire quoi. C’est étonnant mais en même temps intéressant, car effectivement l’opportunité de parler avec des gens qui se considèrent comme appartenance à l’espèce humaine et non comme eux en tant qu’individu unique et égoïste sont assez rares. Je dois dire que moi-même j’aspire à ce genre de discussions un peu plus spirituelles mais je me suis résignée tant il est difficile de trouver un auditoire. »
« Là , je suis bien d’accord. Mais bon je ne veux pas te gêner, je sais aussi parler de choses très terre à terre. Des banalités du genre, t’as quel age, t’habites ou, t’es célibataire ? »
Ça y est j’en avais profité autant joindre l’utile à l’agréable. Et puis ça n’avait pas l’air de la gêner tant que ça. Je crois tout de même que l’alcool avait fait effet sur Alice car elle ne faisait que rire aux éclats, elle avait ses yeux qui pétillaient, elle allait même jusqu'à me frôler les mains lorsqu’elle s’entretenait avec moi d’un sujet qui l’intéressait vraiment. Nous discutâmes comme cela pendant plus d’une heure et ensuite Vyan vint nous couper dans notre élan en annonçant qu’il devait rentrer en nous signalant le jeune homme qui se tenait derrière lui. J’avais compris le scénario et nous nous levâmes pour sortir du bar. Là Vyan nous salua toutes les deux en me glissant « C’est à toi de jouer maintenant mais je te préviens ça va être très difficile », me fit un clin d’œil et partit avec son bel étalon à ses côtés. Nous nous retrouvâmes Alice et moi devant le bar. Il était plus de minuit, le temps était agréable, une légère brise automnale nous rafraîchissait le visage car il faut avouer que moi-même l’alcool dont j’avais un peu abusé commençait à prendre vie en moi.
Alice m’annonça qu’a son tour elle devait renter chez elle, je proposais de la raccompagner mais n’eut pas le temps d’insister car elle prit le premier taxi qui se présenta et fila à travers les rues de la capitale en me glissant un petit baiser sur la joue avant de me dire « Super soirée, Hélène, à bientôt j’espère ! ».
Moi, j’errai dans les rues en regagnant mon petit appartement du 14eme en ressassant toute la soirée. Super soirée ! Ça oui. Mais au final, quel avancement ? Je ne savais rien de vraiment concret sur Alice. Je la savais maintenant intelligente et extrêmement cultivée. Très intéressée par l’art, elle m’avait tout de même avoué qu’elle admirait mon travail et qu’elle aimerait qu’un jour je lui en montre plus. Lui en montrer plus ? Je ne demande que ça ma chérie !
Arrivée chez moi, je vis que j’avais un message de Vyan qui m’annonçait qu’il me donnait rendez vous le lendemain midi pour que nous déjeunions ensemble afin que je lui raconte l’avancement de la situation.
Le lendemain, 13h15. Je m’étais installée à la terrasse du Café Chineur, rue Alésia, un de nos endroits préférés avec Vyan pour les lendemains de soirées. Le patron, Gilles, était devenu un ami, et savait à notre arrivée qu’il nous fallait de la tranquillité et surtout un bon café et un grand verre d’eau.
Vyan, arriva avec une demi heure de retard comme à son habitude. Son accoutrement me fit tout de suite penser qu’il n’avait peu ou pas dormi. Nous étions au mois d’octobre, l’été était juste derrière nous, mais Vyan s’était emmitouflé dans une épaisse écharpe verte et jaune, tricotée lui-même l’année passée, il avait enfilé un immonde survêtement qui ne lui allait pas du tout mais seul vêtement qu’il mettait lors de réveils difficiles. Moi, je n’avais pas fait d’efforts supplémentaires, j’avais enfilé le premier jean qui passait et un vieux tee shirt de ma conception rongé par les mites et plein de traces de terres. J’avais rajouté un châle et mis un bonnet pour cacher ma fainéantise de ce matin quand il fallut me passer le peigne dans ma tête.
« Alors comment vas-tu ma belle ? »
« Bien, très bien. Peu dormi mais ça va. En tout cas je pense avoir dormi plus que toi… »
« Ça, j’en suis sûr, je suis claqué. Hier, c’était Jérôme, tu te rappelles, je t’avais parlé de lui. Alors je ne sais pas exactement à quoi il s’attendait. Moi, je ne m’étais rien imaginé d’extraordinaire et je pensais qu’on était sur la même longueur d’onde, un plan cul et basta. Arrivé à la maison, il m’a fait son grand jeu je suis un sentimental, blablabla, et donc je me suis retrouvé avec lui en plein milieu de mon salon, à l’entendre se lamenter, pleurer etc etc. Je te jure c’était épouvantable. Eprouvant. Plus jamais ça. Il faut que je le note. Ne jamais rebrancher les ex ! »
Il faut préciser que Vyan sortait d'une relation assez dure. Il a vécu pendant 4 ans avec François, homme avec lequel il pensait faire sa vie jusqu’à ce que celui-ci le quitte un beau matin pour lui avouer qu’il allait se marier car il n’arrivait pas à assumer le fait qu’il ne pourrait pas avoir d’enfants de manières légitimes. Ce fut une grande désillusion pour Vyan qui a maintenant du mal à croire aux histoires d'amour et n’a donc plus du tout envie de construire quoi que ce soit et envisage donc toutes ses relations basées uniquement sur le sexe.
« Hélène, promets moi que si dans 5 ans nous n’avons ni l’un ni l’autre trouver chaussures à notre pied, on se mariera et on aura des enfants. Comme ça au moins, on sait qu’on se supportera et qu’on aura servi à quelque chose dans cette putain de vie. »
« Oui, Vyan mais tu sais j’espère bien que ça n’arrivera pas car tu n’es pas vraiment mon idéal ni mon fantasme, moi je les aime plus… »
« Plus dans le style d’Alice !! »
« Oui, voila exactement ! »
« Alors rentrons dans le vif du sujet ma grande. Il faut quand même que je t’explique un peu la situation car là ça risque d’être difficile. Donc comme je te l’ai dit, Alice suit les mêmes cours que moi à la fac. Et on travaille ensemble sur certains projets. Ce qui m’amène à la connaître davantage, d’ailleurs il me semble que je t’ai déjà parlé d’elle. Enfin bref. Et donc, lors de nos soirées de travail, il m’est arrivé d’aller bosser chez elle, et… »
« Et ?? Ben vas y dis moi ? »
« Et…chez son mec ! »
« Ben rien de bien surprenant. Je m’attendais pas vraiment à ce que tu me dises qu’elle était lesbienne, qui plus est célibataire et qu’elle avait épinglée des photos de moi partout sur les murs de sa chambre. »
« Ok. C’est vrai. Et puis, ce n’est pas ça qui va te faire reculer, hein ? Bon, juste un dernier détail. Tu te rappelles de Jules ? »
« Jules ? C’est qui Jules ? Si tu donnes pas plus de détails, on va y passer la journée… »
Ça y est même si je ne le montrais pas, l’annonce que me faisait Vyan sur les détails de la vie d’Alice m’irrita affreusement.
« Calme toi un peu Hélène. Je suis pas obligé de faire tout ça tu sais. Alors tu as besoin de moi donc j’aimerais que tu fasses un peu attention à ta manière de t’adresser à moi… »
« Ok. Vas y je t’écoute. »
« Donc je disais Jules. Tu sais c’est celui qui s’occupait de la com’ sur le campus, il était chargé de la mise en place des projets culturels à la fac. Tu sais, le grand avec la petite barbe, toujours un peu ailleurs. Mais attends je crois même que…Tu te rappelles l’expo que tu as fait l’année dernière à l’espace Boudot ? C’était pas avec lui que t’avais bossé ? »
« Ah, ce Jules là . Oui je vois bien de qui tu parles. Oui Jules. Attends, me dis pas que c’est lui son mec ? C’est pas vrai !! »
J’étais sidérée. Bon effectivement Jules n’était pas laid, loin de la, il était très intelligent même mais un peu, même très extraverti et j’avais du mal à imaginer Alice avec ce genre de personnes. De plus, il était complètement radicaliste, complètement extrémiste sur tout un tas de sujet et aussi complètement…drogué. Jules avait beaucoup de talent artistique notamment, il savait dénicher le petit plus chez chaque personne mais tout son talent et son savoir faire ne pouvait se dissocier d’une prise de cocaïne toutes les 2 ou 3 heures. Quel décalage avec une Alice sage et bien propre sur elle.
« Et oui, ils sont ensemble et d’après ce que j’ai pu entendre ça fait pas mal de temps. Bon en même temps, je les ai jamais vu réellement ensemble car Alice m‘a souvent confié qu’elle en avait marre qu’il soit toujours à droite à gauche pour son travail et que bien souvent, elle se retrouvait plutôt en tant que célibataire qu’autre chose »
« Ben alors, tu vois qu’il y a des bonnes nouvelles. Elle se sent seule la pauvre chérie ? Moi, je suis dispo pour l’occuper, pas de problèmes. »
« Hélène, non, ne fais pas ça. Tu ne le penses pas. »
« Mais non, bien sûr que non, mais bon en tout cas cela va me faciliter la phase d’approche. »
Nous primes donc notre déjeuner à essayer de comprendre pourquoi, comment, quand, qui…tout tournait autour d’Alice mais nous avions bien conscience que je n’avais fait qu’un ridicule pas dans l’avancement de notre histoire, si tant est qu’on pouvait parler d’une histoire avec Alice.
Je rentrais donc chez moi, un peu minée mais je repris vite le dessus face à la charge de travail qui s’annonçait. J’avais les cours du soir à préparer car j’avais tout de même pris l’engagement de faire une exposition à la fin de l’année et ne m’étais pas rendu compte à quel point ça pouvait prendre du temps. Et il fallait également que j’avance un peu dans mon projet à moi que je présentais également à la fin de l’année, projet que j’avais laissé un peu au placard ces derniers temps.
Arrivée chez moi, je m’installai donc à mon bureau et là je vis que ma boite mail m’annonçait l’arrivée d’un nouveau message.
Boite de réception. Nouveau message. Lire.
Sujet : ce soir ?
Date : 13/10/2004 03h32
De : Atalien@windnet.com
A : jrenfr@uc-paris14.fr
Bonsoir Hélène,
Je me permets de t’envoyer ce mail. Et oui, j’ai retrouvé ton adresse sur l’un des supports que tu nous as donné lors des premiers cours.
Alors pourquoi ce mail ? Moi-même je ne le sais pas vraiment. Mais c’est vrai que j’ai passé une bonne soirée avec toi. Tu as ce petit quelque chose en plus qui m’intrigue et j’aimerais réellement en savoir plus sur ton travail car je pense que tu as du talent à revendre et si toutefois tu es disponible, je m’étais dit que ce soir, on aurait pu en profiter pour se voir, si tu veux on peut aller manger quelque chose vite fait et…tu me montreras ce dont nous avons parlé ce soir…
Voila j’hésite tout de même à t’envoyer ce mail car je ne sais pas vraiment comment tu l’interpréteras et ne veux en aucun cas m’immiscer dans ta vie mais c’est juste que j’apprécie l’art en général et suis avide de découvertes.
Voila je te laisse mon adresse mail ou mon numéro de téléphone
A bientôt
Sincèrement
Alice
Wouahhhhhhhhhhhhhh. Alors là , pour une surprise, elle est plutôt réussie. Bon, bon, ne pas s’emballer, Hélène, calme toi. Ce n’est qu’un mail, a priori purement professionnel, rien d’extraordinaire, tu en as déjà reçu des tonnes comme ça et…
Professionnel ? Mouais, mouais. Mon c…oui. Elle hésite à envoyer le mail, elle ne veut pas s’immiscer. Mouais, mouais. Ça pour moi ça veut tout dire.
Je pris le téléphone pour partager ce moment avec Vyan.
« Vyan, Vyan, c’est moi. Elle m’a envoyé un mail. Tu te rends compte, un mail. Il est…il est…génial. Je fais quoi ? »
« Tu fais quoi ? Ben tu réponds ma belle. Tout simplement. Et t’emballe pas Helene, rappelle toi : ça veut rien dire du tout ok ? Bisous je t’appelle ce soir ! »
Je réponds, évidemment, je réponds.
Sujet : Re-ce soir ?
Date : 13/10/2005 15h23
De : Jrenfr@uc-paris14.fr
A : Atalien@windnet.com
Re Alice,
Pour ce soir suis ok.
Voici mon adresse si tu veux passer chez moi et après on avisera de ce qu’on fera. De toute façon, passage à mon appart’ obligé car tout mon humble travail se trouve à domicile. Pas encore de lieu d’exposition. Rires.
73 rue Raspail, interphone ben mon nom 2eme étage droite.
Voici mon numéro. Confirme moi si c’est ok pour toi. Pour l’heure euh…disons 18h40 ?
@+
Hélène
Alors oui, on peut dire que pour moi la rédaction d’un message, d’un mail, d’un compte rendu m’était calvaire et j’essayais toujours de faire vite, bref, concis. Ce qui me chagrine le plus dans ce genre de communication c’est que je ne peux y inclure aucune expression, aucune émotion et m’exprimer sans gestes, sans voix ça me parait complètement rédhibitoire mais bon je n’allais pas m’arrêter à cela.
Bon maintenant, il fallait que je me ressaisisse. Alice Talien allait venir chez moi. Chez moi. Dans ce taudis, cet appart’ qui n’a pas vu un aspirateur en service ni un plumeau depuis…très longtemps. La vaisselle dans l’évier, les fringues sous le lit. Et alors quoi ? Je ne pense tout de même pas qu’elle va fouiller sous mon lit. Pas le premier soir en tout cas. J’étais dans un état d’excitation intense et me mis donc à l’ouvrage. Il me fallut 2heures entières pour essayer de réhabiliter mon habitat, lui redonner vie, mais je ne pouvais pas non plus faire des miracles et j’avoue que ce coté mal rangé, un peu fouillis correspondait assez avec ce cliché que l’on a des créatifs. Je décidai donc d’en rester là . Je filai sous la douche car je ne pouvais certes pas rendre mon domicile nickel mais pour moi, ça je savais faire. Cheveux impeccablement lavés, coiffés, lissés, pantalon noir, chaussettes noires sans raccommodages, j’allais même jusqu’à coordonner ma culotte et mon soutien gorge noirs également, et une chemise à rayures feraient l’affaire.
Je me regardais dans la glace et me trouvais incroyablement irrésistible. Oui, j’avais cette prétention de me trouver craquante, séduisante quand je faisais des efforts.
18h15. Boite de réception. Je m’angoissais un peu car après tout mon acharnement pour accueillir mon invitée, je n’avais pas eu de nouvelles de sa part.
Lire. Nouveau message.
Sujet : Re : Re-ce soir ?
Date : 13/10/2004 018h03
De : Atalien@windnet.com
A : jrenfr@uc-paris14.fr
D’accord alors. Nous arriverons à 18h40 (quelle précision ! Il faudra que tu m’expliques !!)
Alice
Nous !!Nous ?? Comment ça nous. Elle n’allait tout de même pas oser venir avec son Jules ? Nous ?? Qu’est ce que ça veut dire ?
Je le savais très bien. Ou plutôt je l’imaginais très bien. Je la voyais très bien arriver au bras de son chéri, se pavaner devant moi amoureux comme jamais et me foutre de mauvaise humeur. Mais que pouvais-je faire ? Annuler ? Non impossible, c’était trop tard.
Je n’avais qu’à me faire une raison et considérer cette visite comme une visite de courtoisie, ou professionnelle.
18h40, l’interphone sonna. Je ne pris même pas la peine de décrocher j’ouvris juste la porte.
J’entendis les talons d’Alice dans l’escalier. Mon coeur se mit à bondir, je jetais un dernier coup d’œil dans la glace « Pff, à quoi bon ?? » me dis-je désespérée de nouveau.
Alice frappa à la porte.
J’ouvris et vit Alice…seule.
« Bonjour Hélène ! »
« Bonjour Alice… »
Elle s’avança vers moi et me fit la bise. Elle emmena avec elle toute la fragrance de son parfum qui m‘enivrait déjà .
« Eh bien entre, je t’en prie. »
« Mais excuse moi, mais tu es seule ? Enfin je veux dire, dans ton mail, tu as mis « nous » alors j’ai supposé que tu ne viendrais pas seule… »
« Ah, oui, et bien oui finalement je suis seule. Et c’est mieux comme ça non ? »
Evidemment que c’était mieux comme ça, j’étais soulagée d’un poids terrible et me sentais tout d’un coup beaucoup plus décontractée.
« Ok. Pas de problèmes ! Je te fais visiter ? »
Je lui fis donc faire le tour de mon tout petit deux pièces. J’avais eu la chance à l’époque de trouver un petit deux pièces assez spacieux, bien situé et surtout bien agencé. Ce qui me permettait d’avoir une sorte de petit atelier à la maison avec le coin « bazar en tout genre ». J’avais réussi tout de même à y caser mon lit, mon bureau qui prenait immensément de place et avais une kitchenette, ma foi pas vraiment utile pour moi, consommatrice avant tout de plat tout préparé et de livraison à domicile.
J’avais fait la décoration à mon goût et avait suspendu aux plafonds diverses sortes d’éclairages tous basés sur des supports en fer, conception originale, réalisation de Vyan.
Aux murs, certaines de mes premières toiles, beaucoup de croquis également. Je me rendis compte à cet instant que la plupart des représentations concernaient des femmes, pour la plupart du temps soit nues, soit en situation sexuellement suggestives.
Tout mon petit monde avait en tout cas l’air de plaire à Alice qui n’arrêtait pas de me dire « C’est charmant comme tout. A vrai dire j’imaginais bien que tu habitais un genre d’appartement comme celui-ci. »
Je lui proposai un thé de Russie qu’elle accepta. Alice s’installa sur le canapé qui faisait office de lit, moi je m’assis au sol en face d’elle.
« J’ai été étonnée de recevoir un mail de toi. A vrai dire je ne m’y attendais pas du tout, et je dois t’avouer que ça m’a ravie. »
Hélène, que t’arrive-t-il, tu te lâches, attention, ne lui saute pas dessus de suite.
« Et bien, je dois t’avouer que j’étais étonnée moi-même de te l’envoyer. Quand je suis rentrée hier soir, impossible de trouver le sommeil. Ça me travaillait et donc je me suis jetée à l’eau. »
« Ça te travaillait ? »
« Oui, notre rencontre, ou plutôt notre re découverte. Car c’est vrai que je ne te connaissais pas du tout telle que je t’ai vu hier soir. Et c’était une agréable surprise je dois t’avouer. En rentrant j’ai parlé de toi à Jules…Ah…euh je ne t’ai pas parlé de Jules. Jules c’est mon… »
« Oui, je le sais ! Vyan m’en a parlé. »
Hélène, tu vas vendre la mèche, attention.
« Ah. Et bien, Jules m’a dit qu’il te connaissait et que vraiment tu était une artiste à part entière mais ça je le savais déjà . C’est pour cela que je devais venir avec lui normalement, mais j’ai eu un doute, je me suis dit que…peut être…ça te plairait pas… »
« Euh, non, pas du tout, au contraire, moi aussi j’apprécie son travail, en tout cas le peu que j’ai pu voir de lui. »
« Non, en fait, », et elle commença à rire doucement, »en fait, c’est plutôt que je n’avais pas très envie qu’il vienne avec moi mais il a insisté quand je lui a dit que j’allais te rendre visite. »
« Ah…quelle célébrité j’ai déjà !!! »
Alice pouffa. Comme elle était belle. Elle avait coiffée ses cheveux, ils resplendissaient, elle les plaçaient derrière ses oreilles et seule quelques mèches venaient lui orner le visage.
Elle s’était elle aussi préparée visiblement avec beaucoup de talent avant cette visite car elle avait pris le soin de se maquiller, légèrement, discrètement, mais à la perfection. Maquillage digne des magasines. Elle était très élégante. Elle portait une jolie jupe en jean qui laissait entrevoir ses mollets musclés, tout ronds mais galbés vu la longueur de ses jambes. Elle était à peu près de ma taille, mais un peu plus fine que moi. Elle avait accommodé sa jupe d’une jolie tunique marron en mousseline, très ample, mais également très décolletée et laissait plonger dans le creux de ses seins un joli collier oriental.
Elle resplendissait et son teint halé la rendait encore plus ravissante.
Je ne pouvais m’empêcher de la regarder avec des yeux pleins de désir mais essayais tout de même de me contenir.
« En fait, Jules est quelqu’un de très gentil, mais il est vrai que la vie de couple est plus que difficile je trouve. Enfin, c’est mon avis. Tu vis seule ici ? »
« Oui. Et j’avoue que je te rejoins. Je ne sais pas vraiment si je suis faite pour vivre avec quelqu’un. J’aime avoir mon espace à moi, mon indépendance, ma liberté. Mais c’est vrai que le célibat à la longue… »
« Ah, tu es célibataire, je croyais que…Pardon. »
« Tu croyais quoi ? »
« Non, juste que quand Jules m’a parlé de toi, il avait l’air de dire que …enfin…bref ça ne me regarde pas. »
« Tu m’intrigues Alice. Qu’est ce qu’il a bien pu dire de moi ? »
« Non peu importe. Juste qu’il t’avait toujours vu en charmante compagnie et que justement tes compagnies étaient du même goût que les siennes… »
Elle devint toute rouge comme si elle parlait d’un sujet extrêmement gênant.
« Ah, ok. Oui, effectivement, à cette époque, je n’étais pas très sérieuse et oui, il y’en a bien quelques unes qui étaient pas mal… »
« Pardon, qu’est ce qu’il me prend de te parler de ça. Excuse moi, Alice, mais tu sais il faut bien que je te dise que mon homosexualité n’est pas du tout tabou et je ne suis pas du genre à mâcher mes mots bien au contraire, alors si ça te choque, reprends moi et je me tiendrai mieux. »
« Pas de problèmes, Hélène. »
Nous passâmes donc le début de la soirée à nous raconter l’une à l’autre, à parler d’art, je lui expliquai mon attachement à l’art géorgien. J’appris d’elle, qu’elle était maquilleuse professionnelle d’où la perfection de son maquillage ce jour.
Elle était également fascinée par l’art en général et voulait s’essayer à d’autres activités manuelles.
J’appris également, choses la plus importante, que son couple n’allait pas très bien en ce moment et la sentis profondément triste de cette situation.
Il était 20h quand je lui proposais d’aller manger quelque part. Nous décidâmes d’aller dans un restaurant non loin de chez moi, petit havre de paix à la cuisine divine.
La soirée continua donc de plus belle, nous riions sans cesse, parlant des choses les plus futiles mais aussi de sujet plus sérieux. A plusieurs reprises Alice me questionnait sur ma vie, sur comment je vivais ma sexualité, mon intégration dans la société. Elle me posait toute une série de questions, qui à la longue commençait vraiment à me demander si elle ne me trouvait pas comme une bête curieuse.
Le repas achevé, Alice me suivit et nous marchions dans les rues de Paris. J’aimais cette ambiance d’après soirée, quand on a un peu trop bu, quand l’air est frais, quand je me sens prête a refaire le monde, prête à tout, prête… à l’embrasser. Non, il ne fallait pas que je dérape, je ne savais aucunement si elle en avait envie, et ne voulais en tout cas pas perdre déjà ce premier contact qui était fort plaisant. Je la raccompagnais chez elle et regrettais déjà le terme de cette soirée. Je n’avais pas envie de la laisser, ça y est, elle m’avait dévorée, c’en était fini de moi.
Je m’aperçus qu’elle habitait à à peine 20 minutes de chez moi. Arrivée devant son immeuble, la gêne s’empara de nous deux. Nous aurions du pouvoir nous dire au revoir comme de simples amies, se faire la bise et basta. Mais non, nous sommes restées toutes deux muettes, l'une face à l’autre sans réellement oser se regarder. Moi je savais que si je plongeais dans son regard, je ne pourrais faire autrement que de vouloir plonger dans sa bouche au risque de me faire rembarrer bien convenablement.
Mais cependant, ce qu’Alice ressentait je n’en avais pas la moindre idée. Etait-ce de la timidité exagérée ?
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