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REFUGES11

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FANS FICTIONS FRANCOPHONES

Entre elles

 

 

 

REFUGES

 

 

De Kaktus

 

 

 

 

ONZIEME PARTIE

 

 

 

Les mains crispées sur le volant, Chris engagea sa Jeep sur la route principale qui traversait la station. Cette fois-ci, ce n'était pas une fausse alerte. Juliette était en danger, vraiment en danger, elle pouvait le sentir dans chaque fibre de son corps.

 

Il est peut-être déjà trop tard…

 

Elle tenta de faire taire la petite voix dans sa tête lui insufflant une angoisse qu'elle n'avait pas le temps de ressentir.

 

Je ne peux pas la perdre. Pas elle. Pas maintenant.

 

Elle sentit la panique s'insinuer dans ses veines alors qu'elle débouchait sur une petite route plus étroite qui menait au téléski principal d'Etrayaz. Elle passa en trombes devant le grand bâtiment en béton et poursuivit en direction du restaurant qui se trouvait une centaine de mètres plus loin.

 

Il n'y avait que trois voitures devant " La Chaumière " et la Golf blanche de Juliette n'en faisait pas partie. Chris jura entre ses dents en se garant et se précipita à l'intérieur. A cette heure de la matinée, la salle était pratiquement vide. Elle s'approcha du bar derrière lequel un serveur était assis, penché sur un magasine.

 

" Excusez-moi, est-ce qu'une jeune femme blonde est passée ici il y a une heure environ ? " interrogea la grande femme, la voix tendue.

 

Le jeune homme releva la tête et lui jeta un regard ennuyé. Il haussa les épaules.

 

" J'en sais rien. Je ne mémorise pas la tête des clients. " Il se rendit compte que sa réponse n'avait pas plu à son interlocutrice au moment où celle-ci l'empoigna par sa chemise. Il se retrouva prisonnier d'une poigne de fer et d'un regard où brillait une rage à peine contenue.

 

" Tu vas faire un petit effort pour te souvenir. " siffla Chris entre ses dents. " Où tu veux que je te remette les idées en place ? "

 

Le serveur évalua ses chances et conclut rapidement qu'il n'en avait aucune. La femme qui le menaçait mesurait une bonne tête de plus que lui et elle n'avait vraiment pas l'air de plaisanter.

 

" Non, je n'ai eu que trois clients, pas de femme blonde. " grimaça-t-il, alors que Chris serrait un peu plus fort son emprise contre sa gorge. Elle le relâcha immédiatement et sortit sur la terrasse. Une seule personne était assise près de la balustrade qui donnait sur le parking. C'était une femme d'un certain âge, vraisemblablement une touriste, qui prenait le soleil en sirotant une tasse de thé.

 

Chris prit une grande inspiration, tentant de se calmer, se rendant compte qu'elle allait l'effrayer, ce qui lui ferait perdre un temps précieux. Elle s'approcha de la table et parvint à sourire machinalement à son occupante.

 

" Excusez-moi, madame. Vous n'auriez pas vu une jeune femme blonde, dans une Golf blanche, s'arrêter ici ? J'avais rendez-vous avec elle et je crois que je l'ai ratée. "

 

La femme ôta ses lunettes de soleil et répondit aimablement en souriant elle aussi.

 

" Mais oui, il y a une heure environ. Mais elle n'est même pas sortie de sa voiture. "

 

Chris fronça les sourcils. " Vous en êtes sûre ? "

 

La femme hocha la tête énergiquement. " Oui, oui, sa fenêtre était ouverte et je l'ai bien vue. Une jeune femme blonde. Mais l'homme qui l'attendait est parti avec elle. "

 

Oh non, non ! cria mentalement Chris.

 

La femme dut voir que quelque chose clochait et elle prit un ton inquiet. " Je pense qu'il la connaissait. Il est entré tout de suite dans la voiture. Et ils sont partis par-là. " Du bras, elle indiqua le petit chemin de terre qui s'enfonçait dans la forêt.

 

Chris ne prit pas la peine de remercier ou de saluer la femme. Elle bondit dans les escaliers puis en quelques enjambées, se retrouva près de sa Jeep. Tout en démarrant, elle saisit son téléphone portable et composa rapidement un numéro.

 

Elle s'engageait sur la route cahoteuse quand on décrocha à l'autre bout.

 

" François, c'est Chris. J'ai besoin de toi. " Elle ne laissa pas le temps au policier de placer un seul mot.

 

" Le type de la secte a retrouvé mon amie. Je pense qu'ils sont dans la vieille cabane de bûcherons sur l'ancienne route forestière. Amène-toi et prends ton arme. "

 

Elle raccrocha et sentit que sa panique avait disparu, remplacée par un calme et froid détachement.

 

Le chemin n'était plus vraiment entretenu et couvert d'ornières parfois profondes mais que sa Jeep franchit sans difficultés. Plus personne ne venait par ici, à part sans doute quelques chasseurs ou d'occasionnels ramasseurs de champignons. L'exploitation forestière s'était arrêtée depuis plusieurs années déjà et ne subsistait de l'époque qu'une ancienne cabane en rondins utilisée par les bûcherons.

 

 

 

Chris arrêta son véhicule sur le bas-côté du chemin et s'enfonça dans les taillis, se déplaçant avec souplesse, en évitant de faire craquer les branches mortes sous ses pas. Sa respiration s'arrêta quand elle aperçut la voiture de Juliette près de la cabane qui se trouvait maintenant à une vingtaine de mètres. Elle se dissimula derrière un pin et observa les environs. Elle ne pouvait plus se cacher et il ne lui restait qu'à espérer que Kahad ne la verrait pas s'approcher. Mais la petite fenêtre qu'elle apercevait sur la façade semblait recouverte d'une épaisse couche de poussière, ce qui lui laissait une bonne chance.

 

Il est sans doute occupé à autre chose de toute façon. A cette pensée, elle sentit une sueur froide couler sur sa nuque et elle s'élança rapidement vers la cabane, le dos courbé. Quand elle parvint près de la fenêtre, elle se plaqua contre la façade et bloqua sa respiration, essayant d'entendre des bruits provenant de l'intérieur, mais sans résultat. Très lentement, elle se plaça derrière les carreaux et y appuya sa tête afin d'apercevoir quelque chose. La vitre était opaque et effectivement couverte de poussière et de toiles d'araignée, mais elle parvint à distinguer une ombre au milieu de la pièce. Doucement, elle frotta le carreau avec la manche de son pull. Ce qu'elle vit alors lui arracha un gémissement sourd qu'elle réprima immédiatement, sentant sa gorge se nouer. Elle se mordit les lèvres brutalement, amenant un goût de sang dans sa bouche.

 

Juliette était acculée dans un coin de la cabane, assise contre la paroi, les bras enserrant ses jambes relevées dans un geste de défense. Du sang coulait le long de son visage et elle semblait terrifiée. Chris ne distinguait que le dos de l'homme qui se dressait en face de son amie. Il tenait nonchalamment un grand couteau dans sa main droite, alors que l'autre était posée sur sa hanche. La tête légèrement penchée de côté, il semblait être en train d'observer pensivement sa victime.

 

N'écoutant plus rien que sa rage, Chris fit le tour de la cabane et se dirigea vers la porte, qu'elle trouva entrouverte. Elle la poussa d'un coup de pied et pénétra à l'intérieur.

 


 

 

 

Juliette ne sentait pas la douleur. Pourtant, le coup de couteau que lui avait asséné Kahad pour l'obliger à pénétrer dans la cabane avait dû la blesser sérieusement. Le sang qui coulait le long de sa joue droite et qui venait imprégner son pull le prouvait. Une fois à l'intérieur, il l'avait aussi poussée si violemment qu'elle s'était tordu la cheville en tombant. Elle avait tenté de se relever mais son pied n'avait pas supporté son poids. Elle supposait donc que sa cheville était brisée.

 

De toute façon, je n'en aurai plus jamais besoin. songea-t-elle, avec une résignation triste. Elle savait qu'elle n'avait aucune chance d'en réchapper. Elle l'avait su dès que Kahad s'était engouffré dans sa voiture, en lui enfonçant son couteau dans les côtes. Il l'avait forcée à conduire jusqu'ici et elle avait vite compris que personne ne viendrait la sauver en découvrant l'endroit complètement désert et bien loin des sentiers pédestres habituels.

 

Kahad n'avait pratiquement pas parlé durant leur trajet sauf pour la menacer. Maintenant, il la regardait d'un air amusé, mais la lueur de folie qui brillait dans ses yeux en disait long sur ses intentions.

 

Il lui sourit, narquois, tout en faisant tourner son couteau entre ses doigts, avec habileté. Il était vêtu complètement de noir et ses longs cheveux attachés sur la nuque révélait une barbe de plusieurs jours.

 

" Et dire que je t'avais oubliée. " susurra-t-il. " Comment ai-je pu faire ça ? "

 

Il s'approcha d'un pas et Juliette se raidit, ne parvenant pas à réfréner la terreur que cet homme lui inspirait.

 

" Mais grâce à toi, Il m'a reparlé, tu sais ? " Il y avait maintenant de l'émerveillement dans la voix de Kahad et ses yeux brillèrent comme ceux d'un enfant face à un cadeau de Noël.

 

" J'ai cru qu'il voulait ta sœur, alors je la lui ai offerte. Mais ce n'était pas le bon sacrifice, non, pas le bon. "

 

Juliette se rendit compte qu'il ne se parlait maintenant plus qu'à lui-même. Elle jeta un coup d'œil vers la porte.

 

Si mon foutu pied n'était pas dans cet état… La jeune femme se dit qu'elle pouvait tenter le coup, elle n'avait de toute manière plus rien à perdre.

 

Etrangement, le visage de Chris lui apparut très clairement, ses yeux bleus la fixant avec intensité, et elle sentit une énergie soudaine traverser tout son corps.

 

Kahad continuait son monologue, le regard perdu dans le vague.

 

" Et alors, Il n'a plus voulu me faire de signe, Il ne m'a plus parlé. "

 

Juliette posa ses deux mains sur le sol pour y prendre appui. Kahad ne sembla pas capter son mouvement.

 

" Et puis, je t'ai revue, et alors Il a recommencé à parler. Il m'a dit que je devais te tuer, que c'était toi le sacrifice. Toi. " A ces mots, il sembla revenir au présent et il s'avança vers elle brusquement en brandissant son arme. Juliette se redressa vivement et plongea sur le côté pour l'éviter, la douleur dans son pied lui arrachant un cri.

 

Elle sut tout de suite qu'elle n'arriverait pas à s'enfuir, quand la main de Kahad lui saisit les cheveux. Elle essaya de se dégager en hurlant de souffrance, à genoux sur le sol de terre battue, sentant les débris de verre qui le jonchaient taillader ses jambes. Elle parvint à saisir un tesson de bouteille et tira son corps vers l'avant de toutes ses forces, avec l'impression que ses cheveux allaient être arrachés.

 

Soudain, elle se retrouva libre. Elle roula sur elle-même afin de faire face à son assaillant et brandit le tesson au-dessus de sa tête.

 

Mais il n'y avait plus personne devant elle.

 

Kahad était affalé contre le mur opposé, plié en deux et cherchant désespérément à reprendre son souffle. A quelques mètres de lui se dressait Chris, les poings serrés et le corps vibrant d'une rage implacable.

 

Son regard aussi froid que de l'acier transperçait l'homme qu'elle venait de propulser contre le mur. D'un coup de pied, elle projeta le couteau derrière elle et il disparut en travers de la porte.

 

" You fucking bastard ! " lança-t-elle d'une voix basse et rauque, en s'approchant de lui.

 

Kahad tenta de se relever mais la grande femme était déjà sur lui et le saisissait par les épaules. Avec une violence inouïe, Chris le rejeta contre la paroi. Son corps heurta les rondins grossiers avec un bruit mat et il glissa à nouveau sur le sol, alors qu'un filet de sang s'écoulait de son nez. Il parvint tout de même à redresser la tête et son regard se fit haineux.

 

" Encore toi ? " grogna-t-il.

 

Alors qu'il paraissait complètement groggy, il parvint toutefois à se redresser. En face de lui, Chris avait pris une position de défense, les deux bras repliés devant son visage, solidement campée sur ses jambes et parfaitement immobile.

 

" Come on, come to me !" gronda-t-elle d'une voix sourde.

 

Kahad tituba, hésitant, puis semblant soudain retrouver toutes ses forces, il se jeta sur la grande femme. Mais elle l'évita agilement et lui asséna un coup sec avec l'arête de sa main sur la nuque qui le fit tomber à quatre pattes et elle en profita pour projeter son pied sur le bas du dos de sa victime qui s'affala à nouveau sur le sol et se mit à ramper en gémissant.

 

Juliette vit Chris qui s'avançait à nouveau vers lui, le poing levé, mais une voix impérieuse arrêta son mouvement.

 

" Police, plus personne ne bouge ! "

 

Un homme en uniforme brandissant un revolver venait de pénétrer dans la cabane. Chris se tourna vers lui et Juliette vit passer dans son regard comme une lueur de regret. Elle tourna la tête vers Kahad qui ne bougeait plus et sentit un immense soulagement l'envahir, la vidant des dernières forces qui lui restaient. Un voile noir passa devant ses yeux, mais avant de sombrer dans l'inconscience, elle sentit deux bras puissants l'entourer et la voix de Chris murmurer contre son oreille.

 

" Je suis là, Juliette. "

 

Et cela sonnait vraiment comme une promesse.

 


 

 

 

L'après-midi touchait à sa fin quand Juliette et Chris sortirent de l'hôpital. La jeune blonde marchait à l'aide de béquilles. Les ligaments de sa cheville étaient déchirés mais n'avaient pas nécessité d'opération. Le médecin avait posé une attelle et prescrit des séances de rééducation au bout de trois semaines. Juliette sentit la main de Chris se poser légèrement sur son épaule.

 

" Attends-moi ici, je vais chercher la voiture. "

 

" Non. Il faut que je m'habitue à marcher avec ces trucs. Autant m'y mettre tout de suite. " soupira la jeune femme en se déplaçant avec lenteur.

 

" Tu vas te faire des muscles d'acier, tu verras. " sourit la grande femme. " Tout ce qu'il faut pour commencer à faire de la varappe avec moi au printemps. "

 

Juliette lui jeta un regard de côté tout en se dirigeant vers la Jeep.

 

" Tu ne vas pas me lâcher avec ça, hein ?"

 

" Disons que je suis très têtue. " acquiesça Chris.

 

" Oui, mais moi aussi, figure-toi. " rétorqua la jeune blonde.

 

 

 

Juliette attendit que Chris ait déverrouillé la porte avant d'appuyer les béquilles contre la Jeep. Son amie vint l'aider à entrer dans le véhicule à cause du marchepied assez haut. Une fois assise sur le siège, Juliette lui saisit les mains afin de la retenir. Elle plongea son regard dans celui de Chris, avec intensité.

 

" C'est terminé, n'est-ce pas ? " murmura-t-elle.

 

" Oui. " répondit sa compagne de sa voix basse et profonde. " Il est en prison et je pense qu'il va y rester pas mal de temps. " Son ton se fit menaçant. " Et s'il ressort un jour, je m'assurerai qu'il disparaisse totalement de nos vies. "

 

Elle a dit nos vies. se répéta Juliette en souriant alors que Chris prenait place à ses côtés et démarrait. La jeune femme s'enfonça plus confortablement dans son siège avec un soupir. Elle avait passé une seule nuit à l'hôpital, mais Chris ne l'avait pas quittée. Ce matin, elle l'avait découverte assoupie dans le fauteuil près de son lit. Les médecins avaient décidé de faire encore quelques contrôles de routine dans la journée et Juliette avait forcé sa compagne à rentrer chez elle prendre un peu de repos. Chris était réapparue dans l'après-midi et lui avait apporté des vêtements pour remplacer les autres, imprégnés de sang. La blessure qu'elle avait sur le côté de la tête s'était révélée moins grave que prévu. Le couteau avait glissé sur son cuir chevelu mais l'entaille qu'il avait laissée sur sa tempe avait abondamment saigné, ce qui expliquait sa perte de connaissance. Les événements qui avaient suivi l'apparition du policier dans la cabane étaient un peu confus dans sa tête. Mais elle se souvenait très bien de Chris lui tenant la main dans l'hélicoptère qui l'emmenait vers l'hôpital.

 

J'ai eu beaucoup de chance. Elle se tourna vers la grande femme et l'observa avec tendresse.

 

Elle m'a sauvé la vie.

 

Chris lui jeta un bref coup d'œil avant de revenir à la route.

 

" Comment va ta tête ? " demanda-t-elle d'un ton inquiet.

 

" Bien. Ils m'ont donné des anti-douleur et le médecin m'a dit que ça devrait passer rapidement. J'espère juste que ça ne va pas faire empirer mes migraines. " répondit la jeune femme en effleurant le léger pansement sur sa tempe.

 

Chris fronça les sourcils.

 

" Des migraines ? Tu ne m'en a jamais parlé. "

 

Juliette haussa les épaules.

 

" Rien de grave, ça m'arrive de temps en temps. "

 

Chris tourna la tête et la regarda plus longuement, l'air dubitatif.

 

" Mouais. Bon, essaie de te reposer. On a un bon bout de route à avaler jusqu'à Etrayaz. "

 

" Ok. "

 

Juliette se laissa aller contre l'appui-tête et ferma les yeux. Elles n'avaient pas vraiment parlé de ce qui était arrivé, surtout parce qu'elles n'en avaient pas eu le temps ni vraiment l'envie dans l'atmosphère froide et éthérée de l'hôpital. Mais la jeune femme savait qu'une fois rentrée, elle éprouverait le besoin de se confier à Chris.

 

Cette fois, tout mettre sur le papier ne sera pas suffisant. songea-t-elle, alors qu'une vague de somnolence l'envahit. Elle se laissa bercer par le ronronnement et les mouvements de la Jeep et s'endormit.

 

 

 

C'est une main fraîche caressant sa joue qui la réveilla.

 

" Juliette, on est arrivées. "

 

Elle ouvrit les yeux pour découvrir le visage de Chris tout prêt du sien.

 

" Comment tu te sens ? "

 

La jeune blonde s'étira, puis son visage s'éclaira d'un large sourire.

 

" Beaucoup mieux. Rien de tel que l'air de la montagne. "

 

Chris avait garé sa Jeep devant son chalet. Elle fit le tour de la voiture et vint ouvrir la portière de Juliette, qui s'appuya sur elle pour descendre.

 

" Mets tes bras autour de mon cou. " ordonna-t-elle.

 

" Quoi ? " répondit Juliette, étonnée.

 

Chris prit ses deux bras et les déposa autour de sa nuque, puis se pencha et souleva la jeune femme du sol.

 

" Chris, tu es folle, tu vas te faire du mal. " s'exclama Juliette. Mais la grande femme, apparemment sans effort aucun, s'avançait déjà vers la porte du chalet qu'elle déverrouilla d'une main.

 

" Comme si c'était la première fois que je te portais dans mes bras. " rigola-t-elle. "J'espère que tu ne vas pas t'endormir d'un seul coup. "

 

Juliette se sentit rougir mais ne dit rien et se blottit un peu plus contre sa compagne.

 

Elles pénétrèrent à l'intérieur et Chris la déposa sur le canapé.

 

" Je vais chercher tes affaires. Ne bouge pas. "

 

Juliette rit doucement.

 

" Comment pourrais-je faire autrement ? "

 

Elle étendit sa jambe sur le canapé et plaça un coussin sous son pied blessé.

 

" Tu as faim ? "

 

Chris était déjà réapparue. Elle déposa le sac et les béquilles au bas de l'escalier. Juliette pencha un peu la tête de côté, amusée.

 

" Tu as décidé de me porter pendant trois semaines, c'est ça ? "

 

Chris s'approcha et vint s'agenouiller près d'elle.

 

" Pourquoi pas ? Ça me fera de l'exercice. "

 

" Tu n'en as pas vraiment besoin, j'ai pu constater que tu tenais une sacrée forme. " répliqua la jeune blonde en effleurant du doigt le biceps d'un bras qui s'était déposé sur son genou.

 

Chris haussa les épaules, l'air presque désabusé, comme si ça ne valait pas la peine d'en parler.

 

" Où as-tu appris à te battre comme ça ? C'était… épatant. "

 

Et effrayant aussi.

 

Chris se releva souplement et se déplaça derrière le bar.

 

" Mon année en Chine. " lança-t-elle le dos tourné, en ouvrant le réfrigérateur. Elle en sortit une pizza surgelée et la brandit.

 

" Je n'ai que ça, ça ira ? " demanda-t-elle, l'air confus.

 

" Parfait, j'adore les surgelés, comme toi, tu te souviens ? " lui répondit Juliette avec un clin d'œil complice. La grande femme déchira l'emballage et déposa la pizza dans le micro-ondes.

 

" Il faudra que tu me racontes. " continua la jeune blonde.

 

" Quoi donc ? "

 

" Tes aventures chinoises. Tes autres aventures aussi d'ailleurs. J'ai l'impression que tu as mené une vie mouvementée jusqu'à aujourd'hui non ? "

 

Chris sortit les assiettes et les couverts d'un placard et vint les déposer sur la petite table. Elle s'installa près de Juliette et passa un bras autour de ses épaules.

 

" Disons en tout cas que je me serais passée de l'aventure de hier. J'ai eu une sacrée frousse, tu sais. "

 

" Vraiment ? " s'étonna Juliette. " Tu n'en as pas donné l'impression, je t'assure. Tu as été… fantastique. "

 

Chris hocha la tête de gauche à droite.

 

" Non, n'exagère pas. J'étais très en colère, c'est ça qui a aidé, je pense. "

 

Juliette posa la paume de sa main sur la joue légèrement rougissante de sa compagne.

 

" Tu m'as sauvé la vie, tout simplement. " murmura-t-elle.

 

 

 

Une heure plus tard, elles terminaient leur pizza, agrémentée d'une salade verte que Chris était allée chercher dans le réfrigérateur de Juliette. La grande femme débarrassa la table et prépara du café tandis que Juliette se réinstallait confortablement sur le canapé, se sentant nettement mieux. Elle n'avait pas repris d'anti-douleur et pourtant sa tête ne lui faisait pas mal. Quant à sa cheville, elle la sentait à peine, c'était plus une gêne qu'autre chose. Chris lui avait aussi rapporté de quoi se changer et elle était allée se rafraîchir dans la salle de bains et revêtir un short et un t-shirt de coton léger qu'elle mettait habituellement en été à la place de son pyjama.

 

" Il y avait un message de ta mère sur le répondeur. " lui lança Chris derrière le bar.

 

Juliette soupira.

 

" Mmm. Je suppose qu'elle a dit qu'elle voulait me parler et que je devais cesser de brancher mon foutu répondeur. "

 

" Un truc dans ce style, oui. "

 

" J'espère qu'elle ne va pas arriver ici demain. " s'inquiéta soudain la jeune blonde. " Je n'ai vraiment aucune envie de la voir."

 

Chris vint se rasseoir près d'elle en lui tendant une tasse de café.

 

" Il faudra bien que tu lui reparles un jour, tu sais. "

 

" Oui,j'imagine. Mais… ce n'est pas facile. Je ne sais pas comment je vais réagir. Je crois qu'il vaut mieux laisser passer un peu de temps. "

 

Elles burent leur café en silence, chacune plongée dans ses propres pensées.

 

C'est Juliette qui finit par le rompre.

 

" Chris ? "

 

La grande femme déposa sa tasse vide sur la table et fit de même avec celle de Juliette.

 

" Oui ? "

 

" Est-ce que tu… connaissais Kahad ? "

 

Les sourcils de Chris se dressèrent et un lueur d'incompréhension passa dans ses yeux.

 

" Bien sûr que non ! Je ne l'avais vu qu'une fois, en ville. Pourquoi tu … "

 

Mais elle s'interrompit, semblant réfléchir, puis elle secoua la tête.

 

" Bon sang ! Lui avait l'air de me connaître. Mais comment… "

 

Juliette posa sa main sur la cuisse de sa compagne et sentit les muscles se contracter et la tension soudaine dans le corps de Chris.

 

" Il était complètement fou, tu sais ? Il m'a raconté des trucs absolument dingues sur son dieu qui s'était remis à lui parler, et je ne sais trop quoi d'autre du même style. Je suppose qu'il t'as prise pour quelqu'un d'autre. "

 

Chris expira, semblant se détendre à moitié. " Ouais, je suppose que c'est ça. "

 

La jeune blonde vint blottir sa tête contre l'épaule de sa compagne.

 

" Je veux oublier tout ce qui s'est passé. Je veux oublier ce type et ce qu'il m'a fait. Mais je ne sais pas si je pourrai. " murmura-t-elle.

 

La main de Chris caressa ses cheveux.

 

" Je ne peux pas te promettre que tu y arriveras. " répondit-elle avec une pointe de tristesse dans la voix. " Mais il ne te menacera plus jamais tant que je serai là, ça tu peux en être sûre. ".

 

Juliette releva la tête et la fixa avec une lueur admirative dans les yeux.

 

" J'ai confiance en toi. "

 

Chris déglutit et un bref frisson la traversa. Quelque chose de très fort s'était installé entre elle et Juliette, un sentiment à la fois simple et complexe dont elle redoutait les implications mais contre lequel elle n'avait pas envie de lutter.

 

Bon sang, Chris ! Pour une fois, laisse-toi aller. Prends le risque.

 

Elle inclina la tête et posa légèrement ses lèvres sur celles de Juliette, recouvrant le doux sourire qui s'y dessinait. La jeune blonde tressaillit et ses mains vinrent entourer la nuque de Chris, ses doigts se fermant dans ses cheveux. La grande femme sentit son désir se réveiller d'un bond et raffermit le baiser, laissant ses mains s'enrouler lentement autour de la taille de la jeune femme. Elles se séparèrent un peu plus tard et le sourire de Juliette réapparut.

 

" Mmm. Tu sais quoi, Chris ? "

 

La grande femme leva un sourcil interrogateur, en écartant d'un doigt la mèche de cheveux blonds sur le front de sa compagne.

 

" Je n'ai vraiment pas sommeil ce soir. "

 

Elles éclatèrent de rire en chœur, et ce fut comme si tout le stress de ces dernières vingt-quatre heures s'évacuait d'un seul coup.

 

Chris se dégagea légèrement de l'étreinte de Juliette.

 

" Accroche-toi. " lui lança-t-elle joyeusement avant de la reprendre dans ses bras, ressentant un plaisir surprenant à simplement porter la jeune femme. Elle grimpa l'escalier et emmena Juliette jusque dans sa chambre.

 

" Tu es plus légère qu'une plume. Il va falloir que tu prennes des forces si tu veux être en forme pour la saison de ski. " rigola-t-elle en déposant doucement la jeune femme sur le futon.

 

" Tu crois que mon pied sera guéri pour l'hiver ? " s'inquiéta sa compagne.

 

" Ne te fais pas de souci. " la rassura Chris. " Je m'occuperai de ta rééducation et tu n'auras aucun répit, je te le promets. " ajouta-t-elle d'un ton taquin, avant de disparaître dans le couloir. Juliette l'entendit pénétrer dans la salle de bains.

 

La jeune femme se sentait bien, n'éprouvant aucune nervosité. Elle avait pensé à ce moment depuis que Chris était partie en reportage en Italie et s'y était préparée.

 

Je n'ai pas beaucoup d'expérience dans ce domaine. songea-t-elle amusée. Elles n'étaient pas allées bien loin avec Jessica et elle pressentait que ce serait totalement différent avec Chris. Mais la confiance et le bien-être qu'elle éprouvait dans les bras de sa compagne étaient tels que tout sentiment de crainte avait disparu, remplacé par un désir certes un peu effrayant, mais impatient.

 

 

 

Elle inspira profondément et se recula contre le mur, observant la chambre de Chris. Elle nota avec amusement que la table de nuit consistait en une simple caisse en bois retournée. Contre le mur en face du futon était accroché un grand cadre contenant une splendide photo qui lui fit écarquiller les yeux.

 

" Waow, c'est beau. " murmura-t-elle.

 

Une panthère noire plongeait son regard doré dans l'objectif, le corps baignant dans une douce et vibrante lumière. Elle était entourée de feuilles luisantes d'humidité et semblait prête à bondir.

 

Un bruit près de la porte fit tourner la tête de la jeune femme. Chris pénétra dans la chambre et s'arrêta à quelques pas du futon. Ses cheveux étaient détachés et se répandaient librement autour de sa tête. Elle avait revêtu une chemise en coton blanc qui lui arrivait à mi-cuisses et dont le col entrouvert laissait apparaître une large portion de peau légèrement halée.

 

Elle baissa la tête et sourit doucement à Juliette qui plongea son regard dans les yeux bleus électriques, s'y perdant avec un petit soupir d'anticipation.

 

Chris s'assit près d'elle et posa une main chaude sur son genou, et la fit glisser doucement de haut en bas avec légèreté.

 

" Ça ira, ta cheville ? " demanda-t-elle d'une voix rauque qui envoya des frissons tout le long du dos de Juliette, qui déglutit avant de répondre.

 

" Je pense que oui. Ça ne me fait presque plus mal. Mais le docteur m'a dit d'ôter l'attelle pour dormir. "

 

Chris vint effleurer ses lèvres avec les siennes et murmura.

 

" Ok, je m'en occupe. Etends-toi."

 

Juliette s'exécuta et sentit bientôt les mains douces de Chris se poser d'abord au-dessous de son genou puis entendit le bruit des bandes velcro qu'elle détachait avec précaution. Elle retira l'attelle et la jeune femme apprécia immédiatement la sensation d'être débarrassée de cet objet utile mais plutôt encombrant. Sa cheville était encore recouverte d'une bande mais se trouvait nettement plus mobile sans le carcan imposé par l'attelle.

 

Puis Chris remonta lentement vers la jeune femme, faisant glisser ses mains tout le long de ses jambes, s'arrêtant à l'échancrure du short. Elle les posa ensuite sur les épaules de la jeune femme et leurs lèvres se rencontrèrent à nouveau, avec plus de force cette fois et Juliette laissa ses propres mains se perdre sur le corps de Chris, en explorant la texture avec curiosité. La bouche de sa compagne quitta la sienne et descendit sur sa gorge, y déposant des baisers légers et doux.

 

Puis les mains de Chris passèrent sous son t-shirt et le contact sur sa peau nue arracha un gémissement étouffé à Juliette. Les lèvres de la grande femme revinrent se poser près des siennes un instant et sa voix basse vint résonner près de son oreille.

 

" Are you OK ? "

 

Juliette rit doucement, appréciant la pause, sentant son cœur battre avec une force inconnue dans tout son corps.

 

" Je suis OK. Vraiment OK."

 

Chris mordilla le lobe de son oreille avec un rire sourd et lentement lui retira son t-shirt.

 

Juliette fut envahie d'une vague de plaisir intense et presque terrifiant, alors que les mains de Chris glissaient sur son flanc puis allaient enlever aussi son short avec une tendre précaution. Elle n'eut bientôt plus conscience que du corps de Chris qui se collait contre le sien, l'étreignant avec force et douceur à la fois.

 

Elle s'arc-bouta soudain quand les cheveux de la grande femme balayèrent ses seins et elle s'accrocha à Chris, l'entourant de ses bras et ses jambes avec une force inconnue. Des ondes de plaisir intenses se propagèrent en elle, de plus en plus impérieuses, et tout à coup son corps sembla éclater en mille morceaux. Elle cria le nom de Chris en tremblant violemment et s'abattit contre sa compagne en s'agrippant à elle avec intensité, sentant frissonner chaque parcelle de son corps.

 

Elle resta ainsi, accrochée à Chris qui lui murmurait des paroles en anglais qu'elle ne comprenait pas mais dont émanait une tendresse infinie.

 

 

 

Un peu plus tard, quand son corps se détendit enfin, Juliette desserra son étreinte et regarda le visage de Chris, tout proche du sien, plongeant ses yeux émeraude dans le regard profond où brillait une assurance tranquille.

 

Elle embrassa tendrement la bouche légèrement entrouverte et mordilla doucement la lèvre inférieure, arrachant un petit rire à la grande femme. Puis Juliette baissa la tête et parcourut lentement la gorge de son amante, s'arrêtant sur la veine jugulaire qu'elle sentit battre plus vite. Ses doigts vinrent écarter la chemise et elle défit les trois boutons qui restaient, faisant apparaître une large portion de peau lisse et tiède et … une longue cicatrice beaucoup plus perceptible que les autres, qui semblait se perdre entre ses seins.

 

 

 

Juliette releva la tête lentement en sentant la légère crispation de Chris et découvrit une brève lueur de gêne et de souffrance dans son regard.

 

" Aie confiance en moi, Chris. " murmura-t-elle et elle mit dans ses paroles une telle ferveur qu'elle sentit quelque chose se rompre en elle. Un grand calme l'envahit, un sentiment de sérénité comme elle n'en avait plus ressenti depuis très longtemps. Elle vit le regard de Chris se voiler un instant, mais il fut remplacé par une chaleur émouvante quand la grande femme lui répondit d'une voix assurée.

 

" I trust you, Juliette. J'ai confiance en toi."

 

 

 

La jeune blonde continua alors son exploration, éprouvant une joie infinie à ses effleurements d'abord timides puis de plus en plus assurés. Elle retira la chemise et retint sa respiration en découvrant le corps nu de sa compagne, qu'elle recouvrit alors de ses mains et de sa bouche, étonnée de provoquer tant de réactions chez Chris. Le plaisir qui souleva la grande femme effraya presque Juliette par son intensité tandis que Chris s'accrochait à elle, le souffle court et le corps frémissant.

 

 

 

Elles restèrent ainsi, nues et imbriquées l'une dans l'autre, savourant le calme et le bien-être de leur étreinte.

 

Chris avait fermé les yeux, tentant de remettre ses idées en place. Elle se sentait incroyablement bien et n'avait aucune envie de revenir à la réalité, sachant bien que tôt ou tard, les explications seraient inévitables.

 

Pourquoi je n'arrive pas à en parler ? Même à elle ? Elle ne va pas comprendre. Je ne peux pas lui faire ça.

 

" Hé, ça va ? "

 

Elle rouvrit les yeux, découvrant le visage de Juliette à quelques centimètres du sien. Elle parvint à lui sourire.

 

" Très bien. Et toi, ton pied ? "

 

" Ça peut aller. Je crois même qu'il arrivera à supporter la suite. " énonça-t-elle, une lueur tendre dans le regard.

 

" Quelle suite ? " lança Chris, étonnée.

 

" Celle-ci. " murmura Juliette en laissant sa bouche descendre vers le sein de la grande femme, qui frissonna sous la caresse.

 

Elle continua son chemin et parcourut toute la cicatrice avec des baisers légers, s'arrêtant quand elle sentit Chris se raidir. La jeune blonde vint alors poser sa tête sur son épaule.

 

" Je sais que tu n'arrives pas à en parler, Chris. " murmura-t-elle. " Ça ne fait rien. Tu le diras quand tu seras prête. Rien n'est urgent et je ne veux pas que tu te sentes forcée de faire quoi que ce soit, d'accord ? "

 

Chris sentit une vague de soulagement la traverser devant la compréhension de sa jeune amante. Elle l'entoura de ses bras dans une étreinte puissante.

 

" Merci, Juliette. " lança-t-elle dans un souffle.

 

Puis elles se perdirent à nouveau dans un monde de sensations et de plaisirs joyeux, découvrant mutuellement leurs corps et apprenant à mieux se connaître.

 

Bien plus tard, Chris finit par s'endormir, envahie par une torpeur apaisante, un léger sourire aux lèvres.

 

La jeune blonde l'enserra de ses bras, sentant des larmes jaillir de ses yeux. Les mots sortirent tout seuls, avec une naturelle évidence.

 

" Je t'aime, Chris. "

 

 

 

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