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REFUGES5

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FANS FICTIONS FRANCOPHONES

Entre elles

 

 

 

REFUGES

 

 

De Kaktus

 

 

 

 

CINQUIEME PARTIE

 

Sans s'arrêter, Juliette consulta sa montre. Elles marchaient depuis presque deux heures. La jeune femme, secrètement anxieuse de ne pas parvenir à suivre Chris, était maintenant rassurée. Cette dernière avançait à un rythme régulier et Juliette n'avait eu aucune peine à adapter son pas au sien.

 

Elle passa ses deux mains dans les lanières de son sac de montagne afin de l'écarter un peu de son dos imprégné de sueur. Il commençait à faire chaud et elle se félicita d'avoir pensé à emmener une casquette.

 

Elles avaient laissé la jeep de Chris devant une écurie d'alpage et emprunté un chemin traversant des pâturages où paissaient de nombreux troupeaux de vaches. Puis le sentier s'était fait plus raide, zigzaguant au milieu de rochers imposants certainement déposés là par d'anciens glaciers. Elles foulaient maintenant la pelouse alpine où les fleurs se faisaient plus rares hormis quelques gentianes éparpillées par-ci par-là.

 

Juliette écarta d'une main la frange de cheveux qui collait à son front et leva la tête en direction de Chris à quelques pas devant elle. La grande femme portait un sac nettement plus grand et certainement plus lourd que celui de Juliette. La jeune blonde n'apercevait ainsi que sa tête recouverte d'un bandana rouge noué à la façon corsaire et les jambes musclées vêtues d'un bermuda en toile écrue. Bien que plusieurs mètres derrière elle, Juliette distinguait nettement les cicatrices, plus marquées que les autres, qui partaient du creux du genou pour aller se perdre dans les chaussures de montagne.

 

Mais qu'est-ce qui a bien pu lui arriver ? Quelqu'un l'a battue à coups de fouet ou quoi ? "

 

Mais Chris ne devait pas être le genre de femme à se laisser battre par qui que ce soit, ça semblait évident.

 

Elles s'arrêtèrent quelques minutes plus tard près d'un petit torrent qui offrait une fraîcheur bienvenue. Juliette sortit sa gourde isothermique qu'elle avait remplie de thé glacé.

 

Avec curiosité, elle regarda Chris plonger sa propre gourde à même le torrent. Elle revint s'installer sur un rocher en face de Juliette et lui tendit la gourde.

 

" Tiens, essaie, ça devrait te plaire. "

 

" L'eau est potable ? " interrogea Juliette.

 

" Bien sûr. " approuva Chris. " Il n'y a plus de vaches à cette altitude. L'eau des torrents équivaut à de l'eau de source. "

 

Juliette prit une gorgée et une incroyable sensation de fraîcheur envahit instantanément sa bouche puis son estomac.

 

" Mais qu'est-ce que…. "

 

Les yeux bleus de Chris la fixaient sans ciller mais avec une lueur amusée.

 

" Alors, c'est bon ? " sourit-elle.

 

Juliette reprit une autre gorgée, puis encore une autre avant de baisser la gourde, les sourcils froncés de perplexité :

 

" Ca a un goût de menthe…. "

 

Chris pencha légèrement la tête de côté :

 

" Tiens, pourtant ce n'est pas une plante qui pousse à cette altitude… " dit-elle pensivement.

 

Juliette eut un petit rire, comprenant soudain qu'elle s'était à nouveau fait avoir.

 

" D'accord, d'accord, j'y ai presque cru. "

 

Chris prit aussi quelques gorgées avant de revisser le bouchon sur la gourde.

 

" C'est du sirop de menthe maison. C'est très désaltérant, j'en emporte toujours quand je pars en randonnée. "

 

" Tiens, je croyais que tu ne faisais jamais la cuisine. " s'étonna la jeune blonde en sortant un paquet de fruits secs de la poche extérieure de son sac. Elle l'ouvrit et le présenta à Chris.

 

" Disons que j'ai des fournisseurs privés très doués. " répliqua celle-ci.

 

Elle prit une poignée de fruits secs au creux de sa main puis s'adossa nonchalamment contre le rocher.

 

" Tu ne m'as pas dit où tu m'emmenais, j'espère que ce n'est pas trop loin. Je ne suis pas une excellente marcheuse, tu sais. " s'informa Juliette.

 

" Mmmm, tu as l'air de tenir le coup pour l'instant. "

 

Chris saisit la carte glissée dans le couvercle de son sac à dos, la déplia devant elle puis indiqua du doigt le chemin qui leur restait à effectuer.

 

" Nous devrions arriver à la cabane des Evrards en fin d'après-midi, mais on peut se permettre une longue pause pour manger. Il y a un coin agréable le long du sentier qui conviendra très bien pour un pique-nique. "

 

" Tu penses qu'on apercevra des animaux ? Je n'ai jamais eu la chance de voir des chamois. "

 

Chris fit une grimace dubitative.

 

" C'est très rare d'en voir de près en pleine journée. Les chamois, comme les bouquetins d'ailleurs, n'aiment pas trop la chaleur. Le jour, ils montent très haut sur les pentes escarpées, vers 3000 mètres. On pourra les voir avec mes jumelles si on a de la chance. Mais demain matin, à l'aube, on essaiera de les surprendre en train de brouter. Ils redescendent pour se nourrir. "

 

Juliette remarqua encore une fois combien Chris, très peu loquace en général, s'animait dès qu'elle parlait de la nature.

 

" C'est peu commun ton métier. Pourquoi tu as choisi la photographie animalière ? " demanda-t-elle

 

Chris haussa les épaules, mi-sérieuse, mi-amusée.

 

" Parce que je préfère nettement la compagnie des animaux à celles des hommes. "

 

Juliette ne sut pas quoi répondre à ça et la grande femme continua.

 

" En parlant de profession peu commune, comment es-tu devenue écrivain ? "

 

Juliette eut un petit temps de réflexion avant de répondre.

 

" C'est difficile à expliquer. Mais en fait, j'ai toujours eu des histoires dans la tête. Toute petite déjà, je les racontais à qui voulait bien m'écouter. La plupart du temps, c'était mes poupées, d'ailleurs. "

 

Un sourire un peu nostalgique vint effleurer ses lèvres.

 

" Et puis, dès que j'ai su écrire, j'ai rempli des cahiers entiers avec tout ce qui me venait à l'esprit. Plus tard, la profession de journaliste semblait toute tracée pour moi. Mais comme je te l'ai dit, je ne l'ai jamais exercée. Durant ma dernière année d'école, j'ai soumis mes nouvelles à plusieurs maisons d'édition et quelqu'un a osé croire en moi. "

 

Elle eut un haussement d'épaules.

 

" J'ai eu de la chance, je pense. "

 

" Et du talent aussi, j'en suis sûre." conclut sobrement Chris.

 

Elle se redressa en saisissant son sac à dos.

 

" Allons-y. Prochaine pause dans deux heures. "

 

Elles se remirent en marche, longeant le torrent qui leur procura une certaine fraîcheur pendant encore un moment puis s'engagèrent sur un sentier qui les conduisit au milieu d'un pierrier.

 

Un sifflement strident arrêta soudain Juliette.

 

" Qu'est-ce que c'est ? " demanda-t-elle à Chris avec curiosité.

 

Cette dernière tendit le bras en direction du versant escarpé qui les surplombait.

 

" Des marmottes. C'est leur signal en cas de danger. "

 

Juliette écarquilla les yeux plaçant sa main sur son front pour ne pas être éblouie, tentant d'apercevoir les petits mammifères.

 

Chris l'arrêta.

 

" Ne te fatigue pas à les chercher. La seule solution pour voir des marmottes d'un peu plus près est de rester immobile pendant plusieurs heures aux abords de leur terrier. Elles sont très prudentes. Et en ce moment, leurs petits effectuent leurs premières sorties, elles sont donc encore plus sur leurs gardes. "

 

" Mais ne dois-tu pas prendre des photos pour tes articles? " interrogea Juliette.

 

Chris lui avait dit que son projet de reportages sur la faune des Alpes au fil des saisons avait été accepté par un magasine.

 

" Je reviendrai en août et plus tard en automne lorsqu'elles préparent leurs terriers pour hiberner. Il y aura moins de touristes en balade à ce moment-là d'ailleurs. " termina-t-elle en faisant un signe de tête vers le sentier.

 

Juliette y découvrit un groupe d'une dizaine de personnes qui s'approchaient, marchant à la queue leu leu, et bavardant dans une langue étrangère, qui devait être du hollandais.

 

A leur tête s'avançait un guide local qu'elle reconnut à son pull rouge qui portait l'insigne du Club Alpin. Elle s'écarta du sentier afin de laisser passer le groupe mais fut surprise de voir le visage du guide s'éclairer quand il s'approcha de Chris devant laquelle il stoppa.

 

" Je vois que tu t'es enfin décidée à prendre l'air. " Il parlait lentement avec l'accent un peu chantant des gens de la région.

 

" Que fais-tu avec un groupe ? Je croyais que tu étais à la retraite. " répondit Chris, le sourire aux lèvres.

 

L'homme haussa les épaules. " Je remplace un jeune qui est tombé malade. Ils n'ont pas la santé pour faire ce métier de nos jours. "

 

" Tu viens d'où? " s'enquit la jeune femme.

 

" De la Tête blanche. La randonnée habituelle. Aujourd'hui, je fais un détour jusqu'aux Alençons avant de rentrer. "

 

Le guide lança un regard vers Juliette avant de continuer.

 

" Et toi ? Tu suis mon conseil ? "

 

Chris opina, puis se tourna vers la jeune blonde, qui s'approcha.

 

" Juliette, je te présente mon oncle, Pierre Fenestraz. "

 

Le guide lui serra vigoureusement la main.

 

" Juliette est ma voisine. Je l'emmène aux Evrards, tu as bien deviné, oncle Pierre. "

 

Waow, ils ont tous les yeux comme ça dans sa famille ? pensa Juliette en souriant amicalement au guide.

 

Je ne peux pas vous dire que Chris m'a beaucoup parlé de vous, je ne savais même pas que vous existiez.

 

" C'est une belle randonnée, mademoiselle. " approuva-t-il. " Vous ne le regretterez pas. "

 

Puis il posa la main sur le bras de sa nièce.

 

" Passez prendre un verre aux Ormeaux en rentrant demain. Tu pourras me raconter. "

 

" D'accord. Bonne fin de promenade. Ils sont comment ? " demanda-t-elle en jetant un coup d'œil vers les randonneurs.

 

Son oncle haussa les épaules.

 

" J'ai vu pire. Allez à demain alors, je compte sur toi. Au revoir, mademoiselle. "

 

Il s'éloigna sur le sentier d'un pas rapide et sûr, faisant signe aux personnes du groupe qui en avaient profité pour s'asseoir quelques instants sur les rochers du pierrier.

 

Juliette les regarda disparaître avant de se retourner vers Chris qui avait sorti ses jumelles de son sac à dos et scrutait la montagne en face d'elles.

 

" Les Ormeaux, ce n'est pas ce café-restaurant près de la librairie ? " demanda-t-elle.

 

Chris abaissa la paire de jumelles et approuva.

 

" C'est ça oui. Tu connais ? "

 

" Bien sûr. J'y ai mangé à plusieurs occasions. Les tartes y sont excellentes. "

 

Cela arracha un large sourire à Chris.

 

" Tu pourras féliciter ma tante demain alors. " lança-t-elle.

 


 

Chris étira ses membres avec satisfaction. Elle ne ressentait aucune lourdeur dans les jambes, ce dont elle était heureuse. Sa longue inactivité ne semblait pas avoir eu de conséquences trop importantes sur sa condition physique. Elle n'était restée que peu de temps à l'hôpital car ses blessures n'étaient finalement que des plaies qui devaient cicatriser.

 

J'ai eu de la chance. J'aurais pu avoir les jambes cassées ou un bras broyé. songea-t-elle amèrement.

 

Elle se secoua, ne désirant pas se replonger dans des souvenirs qui la mettraient inévitablement d'humeur maussade.

 

Elle retira son pull en laine de ses épaules et l'enfila rapidement. Le soleil était couché depuis un moment et il faisait plus frais maintenant.

 

Elles étaient arrivées au refuge une heure auparavant. Il n'y avait pas encore beaucoup de randonneurs à l'intérieur et Sébastien, le jeune gardien, lui avait dit qu'il n'attendait pas de groupe ce soir.

 

" Vous ne serez pas plus de dix, je pense. " avait-il ajouté. " C'est assez calme ces jours-ci. "

 

Elles avaient déposé leurs affaires dans le dortoir le plus petit, qui contenait six lits superposés et Juliette était allée se rafraîchir dans la salle d'eau avant de manger. Chris était sortie s'asseoir devant la cabane, sur un banc adossé contre la façade de pierre.

 

C'est une bonne marcheuse.songea Chris.

 

La jeune blonde ne s'était pas plainte du rythme imposé par Chris, même en fin de journée. Et elle n'avait jamais pris de retard.

 

Elles s'étaient arrêtées vers treize heures pour pique-niquer dans l'ombre d'un énorme rocher que Chris avait escaladé à la fin du repas sous les yeux étonnés et admiratifs de sa jeune compagne.

 

Et qu'est-ce qui m'a pris de faire ça ? Alors que je n'ai plus fait d'escalade depuis des années.

 

Mais ça lui avait plu de retrouver le contact du rocher, de chercher les prises les plus sûres et de s'élever lentement avec l'assurance que son corps ne la lâcherait pas.

 

Ses pensées furent interrompues par Juliette qui s'approchait. Elle avait pris une douche et passé un jean et un pull de laine gris et vert. Quelques mèches de cheveux étaient encore humide et Chris sentit des effluves de lavande quand la jeune femme s'assit près d'elle.

 

" Pas trop mal aux jambes ? "

 

" Non, ça va bien. Mais je pense que j'aurai quelques courbatures demain matin. Quel est le programme ? "

 

Chris se leva.

 

" Je vais te montrer, si tu as encore le courage de marcher un peu. Il y a un point de vue intéressant plus haut, derrière la cabane. "

 

Juliette lui emboîta le pas. Elles gravirent un petit sentier qui les amena sur une arête au bord d'un à-pic vertigineux où était plantée une solide barrière de bois qui empêchait les imprudents de se risquer trop près.

 

La vue était réellement impressionnante.

 

" Waow. C'est magnifique. " murmura Juliette, fascinée.

 

En face d'elles, les dernières lueurs du couchant éclairaient le sommet des hautes montagnes de teintes orange et rose qui s'accrochaient sur la glace des névés. Plus bas s'étendait toute une perspective de rochers et de forêts de conifères côtoyant des pâturages reconnaissables à leurs toits de bardeaux disséminés par petits groupes. Les lumières de la vallée, très loin, mais perceptibles, apparaissaient aussi, petit à petit.

 

Pas un seul bruit ne venait troubler l'atmosphère paisible de ce moment où le jour basculait pour laisser place à la nuit, sauf le souffle d'un vent léger mais froid qui fit frissonner Juliette.

 

Elle sortit de sa contemplation et se tourna vers Chris pour s'apercevoir que cette dernière l'observait d'un air pensif. Mais elle détourna rapidement son regard et pointa son bras en direction d'un point situé légèrement en dessous d'elles.

 

" Tu vois ce petit lac ? On va passer par là demain. On devrait y être en fin de matinée. Puis on fera un détour jusqu'à cette crête un peu plus bas. Juste derrière, il y a un sentier peu fréquenté qui nous ramènera jusqu'à l'alpage des Randonnes où nous avons laissé la voiture.

 

" Le parcours a l'air plus long que celui d'aujourd'hui. Il va falloir se lever tôt. " constata Juliette.

 

" Disons, départ vers 7 heures. " proposa Chris. " De toute façon, c'est difficile de dormir plus tard dans une cabane. "

 

" Oui, c'est même difficile de dormir tout court. "conclut Juliette avec un petit rire. " Dans la cabane que j'ai faite l'an passé, il y avait au moins trois personnes qui ronflaient. "

 

Chris sourit. " Nous n'aurons pas ce problème ce soir. Je me suis arrangée avec Sébastien pour que les autres s'installent dans le grand dortoir. "

 

Mince. Je n'aurai pas d'excuse pour expliquer que je ne ferme pas l'œil. Je lui dirai que c'est la fatigue physique qui me procure des insomnies. pensa Juliette, dépitée.

 

" Personnellement, je vais me lever un peu plus tôt, juste avant le soleil, pour essayer de photographier quelques bouquetins. " continua Chris.

 

" Ah mais oui, j'avais oublié. Je peux t'accompagner ? "

 

Chris opina en souriant. " Bien entendu. J'ai constaté que tu savais rester parfaitement immobile dans un affût. "

 

Elle enroula ses bras autour de son corps.

 

" Rentrons manger avant d'attraper froid. "

 


 

Juliette se blottit dans la couverture un peu rugueuse mais assez épaisse pour empêcher le froid de pénétrer. Chris avait ouvert très largement la petite fenêtre du dortoir et s'était installée dans le lit adossé juste en dessous.

 

" J'espère que ça ne te dérange pas. J'ai l'habitude de dormir comme ça. Si tu as peur d'avoir froid, installe-toi à l'autre bout du dortoir, d'accord ? "

 

Juliette avait finalement laissé un lit entre elles deux, de façon à apercevoir la clarté de la lune qui s'infiltrait par l'ouverture étroite.

 

Si elle avait osé, elle aurait pris le lit près de celui de Chris mais elle avait voulu respecter son intimité et son besoin d'espace.

 

Et je me vois mal lui dire que j'ai peur de rester dans le noir. pensa-t-elle.

 

Ca n'avait pas commencé tout de suite mais plusieurs semaines après l'enterrement. Elle s'était mise à faire des cauchemars et à se réveiller plusieurs fois par nuit. Elle avait fini par tellement les appréhender qu'elle n'arrivait plus à s'endormir et c'était par hasard qu'elle s'était rendu compte que comme une enfant, le fait d'avoir une lumière allumée la rassurait et semblait tenir les mauvais rêves à l'écart.

 

Elle regarda la silhouette sombre de Chris formant une ombre à peine distincte sous la fenêtre et écouta le son du souffle régulier qui semblait prouver qu'elle dormait. Mais Juliette n'en était pas si sûre. Elle avait l'impression que Chris somnolait seulement, à cause de détails comme des mouvements trop nombreux et des raclements de gorge.

 

Pourtant, cela faisait plus d'une heure qu'elles s'étaient couchées. La soirée avait été très agréable. Le gardien, que connaissait Chris, s'était joint à elles et leur avait préparé une soupe servie avec du fromage frais et du pain de seigle aux noix qu'elle avait adoré.

 

Ils avaient parlé de montagne bien sûr et des gens que Sébastien rencontrait chaque jour. Elles avaient consulté les livres d'or du refuge où chaque visiteur laissait un mot et Juliette y avait jeté quelques lignes que Chris avait signées en souriant.

 

Juliette se retourna sur le dos en soupirant légèrement et sortit son bras de sous la couverture pour consulter sa montre lumineuse.

 

Il faudrait vraiment que je parvienne à m'endormir quelques heures, sinon j'aurai de la peine à marcher demain.

 

Elle ferma les yeux et tenta de se remémorer les paysages découverts dans la journée. Durant l'après-midi, elles s'étaient arrêtées en cours de route pour se désaltérer et faire une pause. Chris avait sorti son appareil photo et fait des clichés de plusieurs plantes qui poussaient au creux des rochers. Elle avait expliqué longuement à Juliette pourquoi on les trouvait là plutôt qu'ailleurs et lesquelles étaient protégées. Elle tenta de se remémorer leur nom : saules nains, asters, laitues des alpes et séneçons. Sans oublier les gentianes dont la couleur la ramena inévitablement à celle des yeux de sa voisine.

 

Elle s'éveilla brutalement pour se retrouver dans le noir presque total, des nuages ayant vraisemblablement caché la lune. Son cœur battait rapidement dans sa poitrine mais elle s'aperçut qu'elle n'était pas en sueur comme lorqu'elle s'éveillait en plein cauchemar. Le bruit bien distinct de la chasse d'eau lui parvint de derrière la paroi et elle comprit que c'était ce qui l'avait réveillée. Elle laissa ses yeux s'habituer à l'obscurité et tressaillit en constatant que dans son sommeil, elle avait carrément passé sur le lit d'à côté. Et quelle ne fut pas sa surprise d'apercevoir Chris, ou du moins sa silhouette, adossée contre la paroi, assise en chien de fusil. La clarté lunaire réapparut soudain, éclairant son visage de manière un peu fantomatique et l'espace d'une seconde, Juliette put entrevoir une tristesse infinie sur les traits de la grande femme dont pas un muscle ne bougeait, aussi immobile qu'une statue.

 

Juliette ferma ses yeux, ne voulant pas être surprise en train de l'espionner, étrangement touchée par la douleur semblant émaner de Chris. Quelques instants plus tard, elle l'entendit bouger près d'elle et la lumière s'alluma dans le dortoir.

 

Elle cligna des yeux en entendant la voix basse toute proche.

 

" Alors, on va les voir ces bouquetins ? "

 

" Tu parles. " grogna-t-elle en se redressant.

 

Chris avait déjà saisi sa trousse de toilettes et s'éloignait vers la porte, ne faisant aucune remarque sur le fait de trouver Juliette dans le lit voisin du sien.

 

Ca ne doit pas la surprendre. Je suis sûre qu'elle n'a pas fermé l'œil de la nuit.

 

Une demi-heure plus tard, elles quittaient le refuge alors que le ciel commençait à s'éclaircir imperceptiblement. Chris avait emporté son matériel photo dans un petit sac à dos et elle avait donné sa paire de jumelles à Juliette. Elles marchèrent environ une demi-heure, gravissant un sentier sinueux et raide d'un pas soutenu. Juliette ressentit quelques élancements dans les mollets, ce qu'elle estima normal étant donné leur départ rapide et " à froid ".

 

Elles parvinrent sur une crête recouverte de pelouse alpine où subsistaient encore par endroits des plaques de neige noircie et dure. Par signes, Chris fit comprendre à Juliette qu'elles allaient gravir la crête qui s'élevait en pente douce et la jeune blonde devina que les bouquetins se trouvaient de l'autre côté. Parvenues à quelques mètres du sommet, les deux femmes se baissèrent et terminèrent le parcours à genoux. Elles découvrirent un groupe de bouquetins se tenant à environ une trentaine de mètres un peu en contrebas. Juliette n'osa d'abord pas faire un seul mouvement, de crainte de les effrayer. Mais Chris tendit un pouce vers le haut semblant dire que tout était OK. La grande femme sortit son appareil photo muni d'un téléobjectif imposant et se posta à plat ventre sur le sol, ne laissant dépasser sur le bord de la crête que ses épaules et sa tête. Juliette adopta la même position et fixa les animaux avec les jumelles qui se révélèrent assez puissantes pour que la jeune femme ait l'impression d'être côte à côte avec les bouquetins.

 

Elles les observèrent pendant de longues minutes alors que le soleil apparaissait derrière les montagnes et que ses premiers rayons réchauffaient leurs épaules pressées l'une contre l'autre.

 

Chris put prendre de nombreux clichés avant que l'une des bêtes ne lève soudainement la tête en direction des deux femmes. Elle resta en arrêt quelques longues secondes, puis semblant donner un signal à tout le troupeau, elle s'éloigna d'un pas rapide, et bientôt tous les bouquetins se dispersèrent, en bondissant avec agilité parmi les rochers.

 

Chris passa la lanière de son appareil photo au-dessus de sa tête et le déposa sur le sol.

 

" Yes, good job ! " se murmura-t-elle à elle-même. Puis elle se retourna sur le dos et resta ainsi, plaçant ses deux bras derrière sa nuque. Juliette s'étira elle aussi puis s'assit en tailleur tout en retirant son pull en laine.

 

" Alors ? " questionna Chris de sa voix basse, un peu rauque.

 

Juliette abaissa son regard vers elle et lui sourit.

 

" Génial. Je n'en avais jamais vu de si près. Merci de m'avoir emmenée. "

 

Chris lui rendit son sourire puis fit un léger signe de tête en direction de la haute chaîne de montagnes en face d'elles.

 

" On a quand même raté le lever du soleil. Je pensais pouvoir t'offrir les deux. "

 

Ces mots firent étrangement frissonner Juliette qui plissa légèrement les yeux en découvrant que le soleil était complètement apparu dans le ciel matinal où traînaient paresseusement quelques nuages rosés. Quand elle porta à nouveau son regard sur Chris, elle découvrit que celle-ci avait fermé les yeux, laissant son visage baigné dans ce début de chaleur bienvenue.

 

Juliette observa avec intérêt les traits anguleux, les pommettes haut placées et les petites rides au coin des yeux. Même ainsi, Chris ne semblait pas totalement détendue. Un nerf battait irrégulièrement près de sa bouche et la mâchoire se contractait par intermittences.

 

" Chris, je peux te poser une question très indiscrète ? " lança-t-elle soudain.

 

Deux yeux bleu glacier rencontrèrent les siens, interloqués d'abord, puis amusés.

 

" Essaie toujours, on verra bien si je réponds ou pas. "

 

" Quel âge as-tu ? "

 

Chris se redressa, le sourire aux lèvres.

 

" Hé, tu n'as donc pas appris qu'on ne demande jamais son âge à une dame ? "

 

Elle déboutonna la chemise de flanelle qu'elle portait sur son t-shirt.

 

" Mais bon, étant donné que je ne me considère pas comme une dame, je veux bien te répondre. J'ai 30 ans, ce qui pour toi doit représenter un très grand âge. "

 

Juliette haussa les épaules.

 

" Bof, tu n'as que quatre ans de plus que moi, après tout. "

 

Une incrédulité non feinte se lut dans les yeux de Chris qui s'exclama.

 

" Ne me dis pas que tu as 26 ans ? "

 

Juliette rit de bon cœur.

 

" Si, je t'assure. Je te montrerai ma carte d'identité si tu veux. "

 

Chris hocha la tête et se leva en époussetant son jean pour en retirer les brins d'herbe.

 

" D'accord, je veux une preuve. Je suis certaine qu'on t'a menti. Tu ne dois pas avoir plus de 20 ans. "

 

Elle tendit une main à Juliette qui se retrouva sur ses pieds sans avoir eu le temps d'y penser.

 

" Allons prendre notre petit déjeuner. Il va faire plus chaud aujourd'hui. Mieux vaut marcher durant la matinée. "

 

Le soleil était haut dans le ciel quand elles s'arrêtèrent près du lac glaciaire pour manger. Juliette s'assit sur la rive et ôta ses chaussures et ses chaussettes afin de tremper ses pieds dans l'eau. Mais elle ne les y laissa pas plus de quelques secondes.

 

" Brrr. C'est glacé ! " s'exclama-t-elle.

 

" La plupart du temps, ce lac est gelé à part pendant deux ou trois mois durant l'été. " la renseigna Chris.

 

Elles mangèrent en bavardant de choses et d'autres puis Chris proposa qu'elles repartent.

 

" On pourra s'arrêter à l'alpage et acheter un peu de fromage. Il reste environ deux heures de marche et on y est. "

 

Elles s'engagèrent sur le sentier qui était très agréable, descendant en pente douce et évitant les éboulis de rochers qui ponctuaient le parcours. Juliette appréciait de pouvoir admirer le paysage environnant au lieu d'avoir continuellement le regard fixé sur ses pieds comme il fallait parfois le faire en montagne pour éviter des faux pas. Au fur et à mesure de la descente, la pelouse alpine laissait place à des prés aux herbes plus hautes, parsemées de fleurs sauvages ainsi qu'à des arbustes et des buissons.

 

Elles marchaient depuis plus d'une heure lorsqu' en débouchant de derrière un rocher, elles tombèrent sur un groupe de quatre personnes assises au bord du sentier.

 

C'était des jeunes gens, presque encore adolescents, constata Juliette. Trois garçons et une fille aux cheveux roux et frisés qui se précipita à leur rencontre en se tordant les mains, l'air très agité. Son visage s'éclaira lorsqu'elle vit Chris.

 

" Oh, c'est vous. Super. " soupira-t-elle d'un ton soulagé.

 

Juliette porta son regard sur les jeunes garçons un peu plus loin. L'un des trois était couché sur le bord du talus herbeux et en s'approchant, elle découvrit que son bermuda en jean était déchiré et vraisemblablement tâché de sang. Il paraissait à peine plus âgé que les deux autres et son visage, encadré par une masse de cheveux blonds bouclés, était crispé de douleur. La jeune fille s'exprima par phrases rapides.

 

" C'est Johnny. Il s'est fait du mal. Il a voulu…. Il a grimpé là-haut. Et il s'est… Enfin, il a raté…. Il est tombé. " Juliette suivit la direction indiquée par la jeune fille. Quelques mètres plus loin se dressait un énorme rocher, un bloc erratique lui avait expliqué Chris, du même genre que celui qu'elle-même avait escaladé la veille.

 

Chris s'approcha et s'agenouilla près du garçon. Elle écarta le jean et découvrit une plaie assez large juste en dessus du genou mais qui ne saignait pas abondamment. Elle posa la main sur la jambe et tâta le mollet, ce qui provoqua un cri de douleur du blessé.

 

Elle se releva et se retourna vers les deux garçons qui s'étaient redressés.

 

" L'alpage des Randonnes est à une demi-heure d'ici. Vous y allez et vous téléphonez à l'hélicoptère. " lança-t-elle d'une voix ferme. Elle retira rapidement la carte de son sac, l'étudia pendant quelques secondes puis en déchira un bord où elle griffonna quelques mots. Elle tendit le papier à l'un des deux garçons.

 

" Ce sont les coordonnées de l'endroit où nous sommes. L'hélico pourra atterrir un peu plus en contrebas. "

 

Il la regarda d'un air un plutôt hébété, semblant ne pas comprendre les paroles de la jeune femme. Chris lui assena une grande claque sur l'épaule. " Allez-y maintenant et courez ! " ordonna-t-elle d'un ton sec. Semblant se réveiller, il balbutia : " Oui, madame. D'accord. Viens Thomas. " Ils s'éloignèrent aussitôt en trébuchant sur le sentier.

 

Chris ouvrit son sac à dos et en sortit une petite trousse de secours. Elle vint s'agenouiller près du blessé et s'adressa à la jeune fille qui tenait la main du jeune homme.

 

" Rose, j'ai besoin d'un bâton à peu près de cette longueur. " indiqua-t-elle avec ses mains. " Tu devrais trouver ce qu'il faut dans ces buissons là-bas. "

 

La jeune fille hocha la tête vigoureusement et s'éloigna avec empressement, regardant Chris comme si elle était le bon Dieu en personne.

 

Juliette vint s'asseoir de l'autre côté du blessé, tentant de se remémorer les quelques leçons de premiers secours qu'elle avait suivies. Mais Chris avait pris les choses en main avec un imperturbable sang-froid et semblait maîtriser parfaitement la situation.

 

" Sa jambe est cassée ?" demanda la jeune blonde.

 

Chris hocha la tête. " Une vilaine fracture oui. " Elle avait saisi les deux pans du jean et les déchira un peu plus d'un coup sec.

 

" Je peux t'aider ? "

 

" Oui, donne-moi ma gourde d'eau. Je vais désinfecter la plaie. "

 

Juliette s'exécuta rapidement mais en tendant la gourde à Chris, elle se rendit compte que celle-ci se tenait soudainement immobile et scrutait le visage du jeune homme avec attention. Elle prit la gourde et Juliette croisa son regard qui s'était assombri d'une manière saisissante. Elle se retourna vers le jeune homme et entreprit de nettoyer la plaie en versant un peu d'eau sur un coton qu'elle avait sorti de la trousse de secours. Juliette constata avec surprise que les gestes de Chris n'étaient pas aussi assurés et précis qu'elle s'attendait à les voir. Au contraire, elle semblait volontairement brutale, appliquant ensuite du désinfectant sur la plaie sans tenir compte des gémissements provoqués par la brûlure qu'elle devait infliger au jeune homme.

 

" Ca fait mal, pas vrai? " interrogea-t-elle d'une voix sourde et vibrante de colère, tout en s'essuyant rageusement les mains où du désinfectant avait coulé.

 

" Mais toi, tu as de la chance. On ne va pas te laisser comme ça sur le bord de ce talus en train de saigner. Pourtant, c'est exactement ce que j'ai envie de faire. "

 

Juliette tressaillit à ces paroles, ne comprenant pas ce qui poussait soudain Chris à tant de violence. Sans réfléchir, elle posa sa main sur le bras de la grande femme.

 

" Calme-toi Chris. Qu'est-ce ….. "

 

Mais Chris retira violemment son bras, braquant un regard furieux vers Juliette.

 

" Tu devrais demander à ce gars quel est son sport favori. "

 

Elle se retourna vers le blessé qui écarquilla soudain les yeux avec un sursaut.

 

" Ce petit salaud s'amuse à heurter les chats avec sa belle voiture de sport. " termina Chris d'une voix sourde. " Alors, ne me demande pas de prendre des gants avec lui, il ne le mérite pas. "

 

La jeune fille rousse arriva à ce moment-là, transportant plusieurs branches qu'elle avait vraisemblablement arrachées à un arbuste. Chris les saisit et s'éloigna de quelques pas. Elle sortit un couteau suisse de la poche de son jean et entreprit de dénuder la branche la plus épaisse.

 

Bon sang, c'est lui qui a tué mon chat, c'est bien ça ?

 

Juliette sentit une boule de colère naître dans son estomac en repensant à Garfield, ce jour-là, sous la pluie. Elle ferma les yeux et prit une grande inspiration.

 

Ok, Juliette. C'est un sale type. Tu peux le détester et le mépriser, mais tu vas faire ce qu'il faut pour l'aider. se convaint-elle.

 

Chris s'approcha et lança à la jeune fille qui était venue se replacer près du blessé :

 

" Tu as une veste dans ton sac ? "

 

Elle acquiesça et entreprit de fouiller dans son sac pour en sortir une veste imperméable matelassée.

 

Chris s'agenouilla aux pieds du jeune homme et écarta légèrement sa jambe valide. Juliette constata avec soulagement que ses gestes s'étaient radoucis.

 

" Juliette, prends la bande qui est dans la trousse et découpe-là en morceaux. " ordonna-t-elle sans lui jeter un regard. Pendant que la jeune femme s'exécutait rapidement, Chris glissa la veste, préalablement pliée en deux contre la jambe du jeune homme qui poussa un nouveau cri de douleur.

 

Chris soupira, sembla réfléchir quelques secondes, puis se redressa et d'un coup sec, assena deux doigts dans la gorge du blessé, qui hoqueta puis retomba, le corps soudain détendu.

 

" Hé, qu'est-ce que vous lui avez fait ? " s'écria la jeune fille, indignée.

 

" Relax, Rose. C'est un truc qui calme la douleur. Ce sera plus facile pour lui mettre une attelle. " expliqua calmement Chris.

 

Juliette n'en croyait pas ses yeux. Le jeune homme semblait être évanoui, mais il respirait plus calmement et son corps était totalement décontracté. Chris plaça le bâton contre la veste et entreprit d'attacher la jambe blessée et le bâton avec les morceaux de bande au niveau de la cheville et du genou.

 

" Ca maintiendra sa jambe immobile jusqu'à l'arrivée des secours et durant son transport. "

 

Puis elle refit le même geste que quelques minutes avant, fermement et avec précision. Le blessé revint à lui en clignant des yeux. Il semblait plus calme mais passablement groggy aussi. Rose s'assit en tailleur et installa sa tête sur ses genoux. Chris lui tendit sa gourde d'eau.

 

" Donne-lui à boire, mais par petites quantités. "

 

La jeune fille frémit en voyant Chris se redresser.

 

" Vous ne restez pas jusqu'à l'arrivée des secours ? "

 

Chris soupira.

 

" Si, si, ne t'inquiète pas. On reste. "

 

La grande femme s'éloigna de quelques pas et alla s'asseoir à l'ombre de l'autre côté du sentier, s'adossant contre une grosse pierre, laissant son regard se perdre dans la pente.

 

Juliette l'observa à la dérobée, toujours sous le coup de ce qui venait de se passer.

 

Elle est encore plus étonnante que ce que j'imaginais.

 

Elle hésita un long moment puis se décida à traverser elle aussi le sentier pour venir s'installer avec précaution à côté de Chris qui, impassible, se contenta de lever les yeux en direction du ciel.

 

" Tu pense que l'hélicoptère va mettre combien de temps ? " demanda Juliette timidement.

 

Elle sentait que sa compagne était encore tendue.

 

" Ca dépend de ses amis surtout. Mais il devrait être là d'ici une trentaine de minutes. "

 

Le silence se réinstalla pour un moment. Juliette regarda les deux jeunes gens qui parlaient à voix basse. Le blessé avait l'air plus calme et lançaient des coups d'œil craintifs en direction de Chris.

 

Je pense que tu as eu de la chance, sale type. Si tu l'avais rencontrée ailleurs, je crois qu'elle t'aurait cassé la figure. songea Juliette, cette image s'imposant avec une étrange netteté dans sa tête.

 

" Je suis désolée si je t'ai choquée. "

 

La voix basse de Chris vint interrompre ses pensées. Elle croisa son regard impassible qui la fixait avec une franchise presque désarmante.

 

" Mais quand je l'ai reconnu… Je… "

 

Elle s'interrompit, semblant chercher les mots.

 

" Il l'a vraiment fait exprès, tu sais. Il aurait pu l'éviter sans problème. " Sa voix s'était à nouveau durcie. " C'est un minable, un jeune con et c'est tout. " conclut-elle.

 

Juliette laissa passer un moment de silence.

 

" Il a eu de la chance que tu sois là maintenant. Qu'est-ce que tu lui as fait exactement ? Avec tes doigts, je veux dire." finit-elle par demander avec curiosité.

 

" C'est du Shiatsu, une technique d'acupuncture, mais sans les aiguilles. J'ai appris à m'en servir quand je vivais au Japon. "

 

(NDLA :Le Shiatsu est une forme d'acupression et de manipulation sur le corps, administrée avec les pouces, les doigts et les paumes. Le shiatsu peut réduire ou soulager les maux tels que le stress, la fatigue, l'anxiété, les maux de tête, de dos, etc… Chris semble avoir perfectionné cette technique de même qu'une guerrière que tout le monde connaît ici.)

 

" Tu as vécu au Japon ? "

 

Chris approuva. " Oui, j'y suis restée un peu plus d'une année. J'étais partie là-bas pour faire un reportage et le pays m'a plu, alors je m'y suis installée.

 

Elle eut un petit sourire face à l'étonnement visible qui se lisait sur le visage de Juliette.

 

" J'étais jeune et passablement inexpérimentée. J'y ai rencontré des gens qui m'ont appris plein de choses. "

 

" Quel genre de choses ? "

 

Juliette se rendit compte qu'elle avait vraiment envie d'en connaître plus sur cette femme qui depuis le début l'intriguait.

 

Chris haussa les épaules. " Oh, des trucs qui me rendent service. "

 

Tu ne veux pas parler de toi, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que tu caches comme ça ?

 

Juliette lança un nouveau regard vers le blessé. La jeune fille lui tenait la tête pour qu'il boive. Il avait retrouvé quelques couleurs.

 

" Tu connais cette fille ? "

 

Chris hocha la tête.

 

" Elle est serveuse aux Ormeaux. "

 

Un léger bourdonnement lui fit lever les yeux vers le ciel.

 

" Voilà l'hélico. Plus rapide que prévu, c'est bien. Viens, approchons-nous pour qu'ils nous voient. "

 

 

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