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Si médiocrement humaine

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FANS FICTIONS FRANCOPHONES

Entre elles

 

"Si médiocrement humaine... "

 

 

Par Rainbow

 

 

 

A peine son récit fini, elle s’effondra en larmes sur les genoux de son amie. Cette dernière lui caressa les cheveux, avant que ne perlent sur ses propres joues des larmes de tristesse. Elle savait... Elle leva les yeux au ciel comme semblant implorer une grâce divine.

Elles restèrent ainsi de longues minutes, avant que l’une ne décide de rompre leur communion dans cette souffrance. Coralie se releva, remit une mèche rebelle derrière son oreille et finit par lâcher, le regard fuyant : «C’est au-dessus de mes forces. Tu comprends... Ce sont mes parents. "

 

 

Il n’en fallut pas plus, Clara se leva, déposa un dernier baiser sur le front de sa compagne et prit le chemin qui menait au dehors. Elle s’arrêta à la hauteur du guéridon de l’entrée et attendit, attendit qu’on l’appelle, qu’on la retienne. Mais il n’en fut rien ! Elle passa sa veste, ses gestes comme au ralenti et fouilla méticuleusement ses poches à la recherche du trousseau de clefs, qu’elle déposa délicatement dans la coupelle prévue à cet effet. Ce n’est qu’alors, qu’elle saisit la poignée et se retira, sans un regard.

 

 

Coralie pouvait entendre les pas de son amie qui descendait les quelques marches menant à la rue. Soudain le bruit de la circulation, puis le claquement d’une porte avant qu’à nouveau le silence règne, comme il l’avait trop fait ces dernières semaines. Coralie se laissa glisser du lit au sol et enfouit sa tête au cœur de ses genoux, avant de sangloter à nouveau.

 

 

Clara s’adossa à la porte d’entrée du petit immeuble. Les yeux embués de larmes. Elle prit une profonde inspiration, puis décida d’affronter à nouveau le monde. Aux regards curieux et inquisiteurs qui la dévisageaient, elle ne prêta aucune attention et tel un automate s’en retourna chez elle.

 

 

*****

 

 

Clara se laissa tomber à la renverse, sur son lit, non sans avoir pris soin d’enclencher la lecture des messages reçus sur son répondeur. "Vous avez trois nouveaux messages ! " Elle se fit plus attentive, espérant désespérément un appel de Coralie...

 

 

"Bonjour c’est Sophie, dis tu serais libre... " Elle écoutait sans entendre l’invitation de son amie de toujours. Sophie et elle avaient fait les quatre cent coups, une amitié longue de plus de dix ans. Clara se remémora la fois, où elle avait annoncé à son amie son homosexualité. Sophie avait ri, puis déclaré qu’elle l’avait toujours su et que cela ne changerait rien. C’était il y a 7 ans... Elle songea, quelques instants, aux personnes qui s’étaient détournées d’elle pour cette même et si simple raison.

 

 

"C’est maman, tu peux me rappeler s’il te plait ?... A tout bientôt ! " Elle savait ses parents très mal à l’aise avec l’appareil vocal, cela la fit sourire. Ses parents avaient accueilli la nouvelle avec sérénité, on ne pouvait en dire autant de la famille et des amis de Coralie. Elle soupira bruyamment à ce souvenir.

 

 

"Plus qu’une chance sur trois ma vieille ", se dit-elle intérieurement. Elle n’était pourtant pas sans ignorer les prises de décisions spontanées et définitives de Coralie. Elle avait toujours eu un caractère bien trempé, sauf lorsqu’il s’agissait de sa famille, à qui elle ne savait pas dire non.

Seulement trois quarts d’heure s’étaient écoulés depuis qu’elle avait quitté le domicile, qui aurait dû le mois prochain, abriter leur amour. Elles avaient longuement hésité, avant d’opter pour cet appartement au bas d’un petit immeuble dans un joli coin de la ville. La cuisine ultra moderne et la mezzanine avaient eu raison de leurs dernières réticences.

 

 

"Bonjour, le centre de transfusion sanguine... Nous organisons une collecte vendredi après-midi et nous serions heureux... " Clara enfouit sa tête au cœur du coussin et pleura comme jamais.

 

 

*****

 

 

Coralie ouvrit péniblement un oeil, puis jeta un regard sur le radio réveil. Il indiquait dix-sept heures. Deux heures, elle avait sombré deux heures durant. Elle resta au sol, les yeux rivés au plafond, les bras le long du corps. Elle se sentait vide, vide comme jamais. Elle se souvint qu’à chacun de ses réveils matinaux, Clara lui répétait la même mélodie, si douce à son oreille : "On dirait le bonheur qui se réveille dans mon lit ! "

 

 

Une seconde pensée, moins agréable, chassa la première. Elle revoyait encore ses parents lui dire que là n’était en aucune façon un bonheur et encore moins celui de leur fille ; que si elle persistait dans cette voie, elle ne devrait plus jamais compter sur leur soutien, pour le bien et l’équilibre de toute la famille existante et à venir avaient-ils ajouté. Elle eut un profond soupir.

 

 

Longtemps elle avait attendu, pensant qu’une fois le choc de la nouvelle passée, ils reviendraient sur leur avis premier... Mais à son plus grand désarroi, ils ne le firent jamais. Les "p’tites piques " comme ils aimaient les appeler, s’étaient même accentuées ces dernières semaines, au point de rendre la vie de tous insupportable... A commencer par la sienne.

 

 

Deux des conditions sine qua non imposées, pour être encore conviée aux repas de famille, étaient qu’elle y vienne seule et surtout avec l’interdiction formelle de parler de Clara ; pour autant, elle devait subir sans broncher les messes basses et les sarcasmes concernant son mode de vie.

Ce qui lui était le plus insoutenable, c’était d’entendre les sempiternelles mauvaises blagues homosexuelles ; elles arrivaient généralement en fin de soirée, l’alcool aidant, accompagnées de rires gras et salaces. Elles semblaient faire l’unanimité...

 

 

Elle hésitait de plus en plus à rentrer le week-end venu, tant son angoisse était réelle. Le seul "hic ", c’est que tout cela avait des répercussions sur leurs deux vies qui s’approchaient, s’enlaçaient, commençaient à ne faire qu’une. Il n’était pas rare de les voir s’accrocher pour des broutilles sans intérêt, alors que le nœud du problème demeurait bel et bien le rejet de sa famille.

 

 

Coralie était à bout, tiraillée entre ce qu’elle croyait être ses deux amours ; alors elle avait tranché, tranché dans le vif. Elle en souffrait déjà...

 

 

*****

 

 

(Dix-sept mois plus tard...)

 

 

Clara enfila à la hâte un sweat et un jean non repassé, comme à son habitude. Devant ses amis, elle feignait les préférer ainsi ; en fait, elle ne trouvait jamais le temps de se mettre au repassage, ce qui n’était pas pour lui déplaire.

Ce matin-là, elle avait rendez-vous avec ses collègues, une rencontre informelle pour l’anniversaire de l’un d’entre eux.

Elle saisit ses clefs, le paquet cadeau abandonné sur le guéridon de l’entrée et se dirigea vers le garage. Aux voitures, elle avait toujours préféré la discrétion et la rapidité des scooters. Elle souleva le siège, y déposa le présent et se mit en route direction rue des Colombes.

 

 

Elle avait dû organiser seule et à la hâte la fête d’anniversaire de Matthieu. Au magasin, ils étaient submergés de travail, soldes obligent. Elle avait donc choisi un petit bistrot qu’elle aimait jadis, elle n’y était d’ailleurs plus retournée depuis bien longtemps. "Depuis quand déjà ?! Oh... Depuis Coralie... " Cette pensée la troubla tant et si bien qu’elle manqua le passage du feu au vert, ce qui lui valut quelques coups de klaxon.

"Toujours dans la lune à ce que je vois ! " C’était Paul son collègue du rayon papeterie.

"Le temps de mettre mon anti-vol et je te parie un Perrier que je suis attablée avant toi ! " Sur ce, elle accéléra.

 

 

Elle trouva un petit emplacement pour laisser son scooter à quelques pas seulement du restaurant. Elle fit quelques enjambées rapides et s’arrêta net, ce qui permit à Paul de la prendre de vitesse.

 

 

Sur la terrasse de la Trattoria, Coralie discutait avec ses parents. Clara ne les avait jamais rencontrés, ils ne lui en avaient malheureusement pas laissé le temps... Mais elle se souvenait des photos que sa compagne lui montrait de temps à autre. Son cœur battait la chamade, personne n’avait ne serait-ce que traversé sa vie depuis le jour fatidique.

 

 

Coralie était la même, divine comme dans son souvenir, quoique le regard plus éteint. Clara s’avança les jambes tremblantes, quand soudain un jeune homme s’assit sur la droite de celle qui était jadis sa compagne. Il lui déposa un tendre baiser sur la joue et d’une main caressa son ventre, avant d’ajouter avec fierté "Ce sera pour la fin novembre ! "

Tout le monde semblait enjoué, Coralie désirait si fort être maman...

 

 

Clara le cœur en pleurs s’agrippa au bar pour ne pas défaillir et après quelques minutes réussit à rejoindre péniblement ses collègues, tout en évitant soigneusement la table numéro dix-sept.

 

 

"Alors ?! Et mon Perrier ! " Lança Paul, taquin. Avant d’ajouter devant le manque de réaction et la pâleur de son amie : "Ça va ?! On dirait que tu as vu un fantôme ! "

 

 

FIN

 

 

 

 

 

"Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences. " A.Gavalda

 

 

**********

 

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