fanfictions

 

Vent de liberté1

Page history last edited by Fausta88 5 mos ago

FANS FICTIONS FRANCOPHONES

Entre elles

 

 

VENT DE LIBERTE

 

 

De Kaktus

 

 

 

 

 

Avertissements d'usage

Cette histoire est encore une uber-Xena.

Cette histoire décrit les relations amoureuses de deux femmes. Si vous ne souhaitez pas lire ce genre de choses, il est encore temps de cliquer sur " back "

Cette histoire montre une certaine vision de la religion catholique, peut-être inhabituelle et choquante.

 

Remerciements

A Fryda et Katell, mes beta-lectrices.

A Fryda qui m'a fourni le titre que je cherchais désespérément.

A Vero pour ses encouragements.

 

"L'amour existe. Ce n'est pas une chimère. Quand il survient, il faut se faire humble et l'accepter."George Sand.

Au p'tit arc en ciel qui éclaire ma vie.

 

Cette histoire est à lire en écoutant " The best of Enya ", plus spécialement les morceaux " Storms in Africa " et " Ebudae " (tout le CD est bien ! ! !)

 


 

Une matinée de juin comme une autre venait de commencer, mais si lumineuse qu'elle promettait une de ces journées chaudes de début d'été, incitant les gens à la bonne humeur.

Et à acheter tout et n'importe quoi. Très bon pour le commerce.

Gil se tenait appuyée contre la porte de sa petite librairie, regardant passer dans la rue quelques retardataires, se pressant vers leurs bureaux.

Le soleil qui filtrait par la vitrine de la devanture éclairait les livres déposés en vrac dans de grands bacs et ses rayons révélaient des grains de poussière qui flottaient en suspension dans l'air. Devant chaque bac, une pancarte écrite au feutre rouge épais indiquait le genre des livres de deuxième main qui s'y trouvaient :

Horreur, Policier, Science-fiction, Fantasy, etc…

Derrière eux contre le mur se dressaient de hautes bibliothèques et plusieurs présentoirs mettant en valeur les derniers romans sortis, mais ceux-là étaient neufs.

 

Gil avait commencé par ne vendre que des livres de seconde main, se les procurant dans les foires aux livres, sur les marchés et dans les librairies qui soldaient leur stock. Petit à petit, elle s'était lancée aussi dans les ouvrages récents et maintenant sa librairie était connue dans les deux sens. Les lecteurs assidus qui souhaitaient trouver les toutes dernières nouveautés savaient qu'ils pouvaient se les procurer chez elle, tandis que tous ceux, moins argentés, qui préféraient la seconde main, s'arrêtaient régulièrement à la boutique, pour fouiller dans les bacs à la recherche d'une édition spéciale, mais assurément bon marché.

 

Gil tourna la pancarte indiquant que la librairie était ouverte et se dirigea vers l'arrière-boutique délimitée par une épaisse tenture bleue qui la séparait du reste de la pièce. Pour ce faire, elle dut aussi enjamber un grand chien aux poils presque blancs qui barrait le passage.

" Ramsès, pousse-toi un peu, tu veux ? " grogna-t-elle. Le chien ne bougea pas d'un centimètre et, semblant la narguer, se mit à ronfler distinctement. Elle soupira et éteignit le petit réchaud à gaz où elle avait placé une casserole d'eau puis se versa une tasse de thé et s'assit derrière son bureau afin de consulter le courrier.

Elle brancha la petite radio qui trônait près de l'ordinateur et s'installa plus confortablement sur son siège.

 

Quelques instants plus tard, la sonnette de la porte d'entrée résonna et Gil revint dans la librairie, emmenant sa tasse de thé avec elle.

 

" Bonjour ! Je peux vous aider ? "

Une jeune femme aux cheveux blonds attachés en chignon était en train de fouiller dans un des bacs. Elle releva la tête avec un air étrangement coupable comme si elle était en train de commettre un acte répréhensible. Une légère rougeur colora ses joues et elle balbutia :

" Non, merci. Je ne cherche rien de spécial. Je ne fais que regarder. "

Gil s'assit derrière sa caisse et lui sourit.

" Allez-y, ces bacs sont faits pour ça. Vous finirez par trouver quelque chose qui vous plaira. "

La cliente sembla un peu plus à l'aise et retourna à ses recherches. Gil l'observa du coin de l'œil, laissant glisser un regard appréciateur sur la silhouette de la jeune femme.

Dommage qu'elle soit aussi mal habillée. constata-t-elle.

Elle portait une jupe noire droite lui tombant jusque sur les chevilles et une blouse de coton bleu ciel à manches courtes. Gil ne remarqua aucun bijou hormis une croix en bois attachée à un cordon qui reposait sur sa poitrine. Une douceur teintée de fragilité émanait de sa personne et Gil s'étonna de la trouver attrayante.

Pas du tout mon type. songea-t-elle en fronçant les sourcils. La jeune femme semblait avoir trouvé un livre qui lui plaisait. Elle le retourna plusieurs fois entre ses mains, hésitante à première vue, puis finalement se décida et s'avança vers la caisse.

" Je vais prendre celui-ci, s'il vous plaît. " dit-elle en souriant doucement.

" Patricia Cornwell. Excellent choix. Vous avez lu le premier, je pense ? C'est la suite. Et la série n'est pas terminée, elle en a écrit cinq de plus. " répondit Gil en saisissant l'ouvrage.

" Euh… en fait, je ne la connais que de nom. "

" Oh, alors, il faut d'abord lire le premier, c'est une bonne introduction aux personnages. " rétorqua Gil en se dirigeant vers un des bacs.

" Je sais que je l'ai quelque part, en double exemplaire d'ailleurs. "continua-t-elle. Elle plongea dans le bac, dérangeant les livres, jusqu'à ce qu'elle trouve celui qu'elle cherchait.

" Le voilà. "

Elle revint vers la caisse et mit les deux livres dans un sac en plastique qu'elle sortit de sous le comptoir.

" Euh… Je ne vais en prendre qu'un, je pense. " murmura sa cliente, dont les joues se colorèrent à nouveau.

Oh, d'accord. Tu ne roules pas sur l'or, c'est ça ?

Gil lui tendit le sac en haussant les épaules, avec un air dégagé.

" Mais non. Prenez les deux pour le prix d'un seul. "

La jeune femme hocha la tête en signe de dénégation, mais Gil ne la laissa pas parler.

" Ils ne sont pas en bon état, je ne peux pas vous les faire payer plus cher. Et puis, vous allez être accro, c'est sûr, alors vous reviendrez sûrement. " termina-t-elle malicieusement.

Le visage de sa cliente s'éclaira d'un franc sourire et le vert de son regard rayonna, faisant faire un petit bond soudain à l'estomac de Gil.

Ouhaa ! Finalement, c'est peut-être bien mon type.

La jeune femme lui tendit un billet et quand Gil lui rendit la monnaie, elle remarqua l'alliance qu'elle portait à la main gauche.

" Merci, c'est vraiment gentil à vous. " lui lança sa cliente, arborant toujours un large sourire.

" Pour la peine, revenez me voir quand vous les aurez finis, histoire de me dire ce que vous en avez pensé. " rétorqua Gil sans pouvoir retenir un clin d'œil.

" Oh, eh bien… oui, pourquoi pas ? "

La jeune femme semblait à nouveau gênée. Elle quitta la librairie plutôt précipitamment en lançant un bref au revoir, laissant Gil quelque peu interloquée.

 

Sa cliente entra presque en collision avec Leila qui comme à son habitude passait voir Gil tous les matins, soit en allant à son bureau soit en prenant sa pause. Elle tint la porte à la jeune femme puis roula des yeux étonnés en direction de Gil.

" Ne me dis pas qu'elle est entrée ici ? "

Gil haussa un sourcil interrogateur.

" Oui, et elle m'a même acheté deux livres. Pourquoi ? Tu la connais ? "

" Bon sang ! J'aurais pas cru ça d'une SSF ! " lança Leila en écartant la tenture, pour aller directement s'asseoir sur le petit divan installé dans un coin de l'arrière-boutique, en enjambant Ramsès qui ne broncha pas.

Gil suivit son amie, intriguée et vint s'installer à son bureau.

" Elle n'avait pas vraiment l'air d'une sans-abri. "

" Hé, je n'ai pas dit une SDF, mais une SSF ! " rétorqua Leila qui sortit deux pommes du petit sac à dos en cuir qu'elle avait retiré de ses épaules.

" Et c'est quoi exactement ? " s'enquit Gil en attrapant un des fruits au vol.

" Ça veut dire Sandales Sans Frontières. " Leila rit face au regard ébahi de Gil.

" Enfin, c'est comme ça qu'on les appelle, mais ce n'est pas leur vrai nom. C'est à cause des sandales qu'ils portent aux pieds. Surtout les hommes. Tu sais des sortes de savates en toiles avec des sangles. "

Gil croqua dans la pomme, n'intervenant pas, sachant que Leila allait poursuivre sans qu'elle demande quoi que ce soit. Son amie, une fois qu'elle était lancée sur un sujet - sur n'importe quel sujet - pouvait être intarissable et même parfois saoulante.

 

" Elle fait partie de cette nouvelle congrégation religieuse qui s'est installée en ville il y a quatre mois. Tout le monde n'a parlé que de ça, mais toi évidemment, tu vis dans tes bouquins. "

Gil fronça les sourcils, un vague souvenir refaisant surface. Un de ses clients lui en avait effectivement parlé mais elle ne se rappelait pas vraiment des détails.

" En fait, je ne sais même pas leur vrai nom. Mais ils vivent en communauté dans les bâtiments près de la nouvelle église. Ils organisent des conférences, des cours sur la théologie et d'autres trucs du même genre. " continua Leila.

" Tu veux dire que cette femme est une sorte de bonne sœur, c'est ça ? "

Gil trouvait ça vraiment bizarre. Elle songea à l'habillement plutôt austère de sa cliente qui ne ressemblait tout de même pas à un voile. Et puis la bague qu'elle portait avait tout l'air d'une alliance.

" Pas forcément. Je crois qu'il y a aussi des familles dans leur communauté. C'est plutôt étonnant comme façon de vivre, mais bon, ils font ce qu'ils veulent, ça les regarde."

Gil sourit à la réflexion de son amie. Leila était parfois un peu vive, mais possédait un esprit très ouvert. Elles se connaissaient depuis l'enfance, ayant grandi dans des appartements voisins et fréquenté la même école. Même si leurs chemins s'étaient séparés ensuite, leur amitié avait perduré. Depuis que Gil était revenue s'installer dans sa ville natale, les deux jeunes femmes avaient renoué contact.

" Je ne pensais pas que la littérature policière intéresserait des gens comme eux. Tu es sûre qu'elle ne voulait pas une bible ? " ironisa-t-elle.

" Non, elle a pris Patricia Cornwell. "

Leila ouvrit de grands yeux.

" Ah, c'est celle qui écrit des trucs sur les croque-morts, c'est ça ? Ça doit être sanguinolent et tout, yerk ! "

" L'héroïne est médecin-légiste, pas croque-mort. Et non, ce n'est pas sanguinolent du tout. " répliqua Gil en consultant l'horloge contre le mur. " Tu as vu l'heure ? Tu ne vas pas travailler aujourd'hui ? " Leila était secrétaire dans un bureau d'avocats, le seul de la ville.

" J'y vais, j'y vais. Ça te dit un ciné ce soir ? " poursuivit son amie en se relevant. " Allez ! On n'est pas sorties ensemble depuis un sacré bout de temps. " continua-t-elle en voyant la moue de Gil.

" Ok, mais on ne va pas traîner dans un bar après. "

Leila était déjà presque à la porte.

" Mais non, pas en pleine semaine ! Qu'est-ce que tu crois, moi aussi je bosse. A ce soir, je passe te prendre à 7 heures. "

Gil regarda pensivement disparaître son amie au coin de la rue. C'est vrai qu'elle menait une vie plutôt rangée depuis quelques temps.

Je vieillis, c'est tout. constata-t-elle, un peu ironiquement. Elle ne regrettait pas les années un peu folles qu'elle avait passées loin d'ici dans des endroits beaucoup plus animés que ce que pouvait lui proposer cette petite ville plutôt calme et sage. Mais cette période de sa vie était terminée et ce n'était pas plus mal finalement. Elle était revenue ici à la mort de son père, qui lui avait légué tout ce qui lui appartenait, à savoir l'appartement et sa boutique d'antiquités. Gil ne connaissait rien aux antiquités mais avait son diplôme de libraire en poche, acquis du temps où ses parents la considéraient encore comme une jeune fille sérieuse. Ils n'avaient pas réellement compris son besoin de changements et d'évasion mais ils l'aimaient, alors ils l'avaient laissée partir et vivre sa vie.

C'étaient des chouettes parents. songea-t-elle.J'ai connu des tas d'amies qui n'ont pas eu la chance d'avoir des parents aussi tolérants et ouverts que les miens.

Elle avait donc décidé d'ouvrir une librairie en lieu et place de la boutique d'antiquités. Le fait de se spécialiser dans les romans policiers et la science-fiction s'était révélé une très bonne idée. La librairie marchait bien maintenant et elle avait terminé de rembourser ses quelques dettes.

" En résumé, la vie est belle, Ramsès ! " lança-t-elle au chien qui leva un œil aussi peu convaincu que le ton de sa maîtresse.

 

*********************************

 

Une porte claqua au fond de l'église, faisant sursauter Bénédicte. La jeune femme soupira et releva la tête posant le menton sur ses mains croisées. Elle s'était agenouillée dans le coin tout à droite de l'église, devant un petit autel où quelques cierges étaient allumés. C'était l'endroit le plus calme qu'elle avait trouvé et elle venait souvent y prier, tentant d'y avoir un peu de tranquillité.

Elle n'aimait pas cette église. C'était un lieu froid qui selon elle ne donnait pas envie d'y rester plus de quelques minutes. Tout était construit en béton, et vu de l'extérieur, rien ne faisait penser à une église, même pas le clocher, qui consistait en une sorte de haute cheminée carrée.

" C'est une église moderne, c'est tout. On n'est plus au temps des cathédrales, Bénédicte. " lui avait expliqué Carl.

 

La jeune femme songea avec nostalgie à la petite église de son enfance, toute en pierres, qui se dressait au centre du village et dont la cloche, au son puissant, égrenait les heures et les jours. Elle se souvenait par cœur de chaque vitrail, les ayant longuement observé durant les messes dominicales où ses parents l'emmenaient depuis sa petite enfance. Ils racontaient la vie de Jésus avec des images simples et naïves mais qui l'avaient marquées pour toujours.

Elle jeta un œil sur sa droite. Le vitrail juste au-dessus d'elle représentait des formes géométriques où l'artiste avait tenté de laisser deviner une croix et un visage. Mais il fallait pas mal d'imagination pour s'en rendre compte.

Bénédicte replongea sa tête dans ses mains, tentant de s'isoler dans sa méditation, mais ses pensées semblaient vouloir vagabonder comme bon leur semblaient aujourd'hui.

Un visage apparut très clairement dans son esprit. De longs cheveux noirs et des yeux d'un bleu intense. Elle fronça inconsciemment les sourcils.

Qui donc …

Elle se souvint tout à coup à qui ils appartenaient. La femme de la librairie qui lui avait vendu ces deux livres. Un bête sentiment de culpabilité refit son chemin en elle à la pensée de son achat. Mais elle le chassa rapidement.

Après tout, j'ai bien le droit de lire autre chose que mes bouquins de théologie. Aucune règle dans la communauté ne l'interdit.

Toutefois, Bénédicte ne les lirait pas ouvertement dans la salle commune où les membres de la communauté se retrouvaient pour regarder la télévision ou jouer à des jeux de société. Elle savait pertinemment que ce genre de littérature n'était pas conseillé et il valait mieux qu'elle garde ça pour elle.

Carl allait certainement lui faire une remarque. Ils avaient déjà parlé de cela. Bénédicte avait tenté de lui prouver qu'il n'y avait rien de répréhensible à lire des romans policiers et que c'était une façon comme une autre de se détendre. Mais son mari pouvait parfois se montrer aussi têtu et borné qu'une mule.

" Ces livres contiennent de la violence, Bénédicte. Sans compter des scènes de sexe qui n'apportent certainement rien à l'intrigue. " Elle n'avait pas vraiment réussi à le convaincre, mais il avait fini par accepter qu'elle lise Agatha Christie.

La jeune femme sourit entre ses doigts.

Je lui dirai que Patricia Cornwell est anglaise et qu'elle écrit tout à fait comme cette brave Agatha.

Carl la croirait sans aucun doute. Bénédicte lui ferait comprendre qu'elle considérait cette lecture comme une forme de détente bienvenue.

 

C'est lui qui avait insisté pour qu'ils prennent cette année sabbatique et elle l'avait suivie sans être vraiment convaincue par l'expérience. La jeune femme n'était pas partie de gaieté de cœur et il le savait.

Ils étaient mariés depuis deux ans maintenant mais se connaissaient depuis l'enfance. Ils avaient fréquenté la même école puis les mêmes groupes de jeunes chrétiens. Les parents de Bénédicte avaient encouragé leur relation, estimant que Carl ferait un excellent mari pour elle. C'était un garçon sérieux qui appartenait à une bonne famille. Ils s'étaient fiancés à la fin de sa formation d'architecte et avaient attendu pour se marier qu'il ait trouvé une bonne place dans une grande entreprise.

De son côté, Bénédicte avait obtenu avec succès son diplôme de comptabilité mais elle n'avait jamais vraiment travaillé puisqu'une fois mariée, elle était devenue femme au foyer tout simplement. Bien sûr, elle regrettait un peu cet état de chose, mais il était impensable qu'elle travaille, sa mère le lui avait bien fait comprendre.

" Ton rôle est de tenir ton foyer, maintenant, et t'occuper de ton mari et des enfants que tu vas lui faire. "

Mais les enfants n'étaient pas venus. Etrangement, cela ne dérangeait pas Bénédicte, qui ne se sentait pas réellement prête à en avoir. Carl, par contre, était impatient de créer une famille et un des espoirs qu'il fondait dans cette année sabbatique était d'en concevoir enfin un.

" Nous serons tous les deux plus détendus. Sans mon travail qui m'accapare, je serai moins fatigué et nous profiterons enfin d'un peu plus de temps pour nous. " lui avait-il promis.

 

Mais depuis qu'ils étaient dans la communauté, Bénédicte avait encore moins vu son mari qu'auparavant. La communauté proposait des cours de toute sorte à ses membres ainsi qu'à tous les gens intéressés. Théologie, relecture de la Bible, leçons d'hébreu ainsi que beaucoup d'autres domaines plutôt rébarbatifs aux yeux de Bénédicte, qui s'était inscrite simplement à un cours intitulé " Comment mettre en application les préceptes chrétiens dans la vie de chaque jour. " ainsi qu'aux sessions mensuelles où des prêtres extérieurs à la communauté venaient parler de sujets divers.

La plupart de ces cours étaient donnés par le fondateur de la communauté, un homme d'une cinquantaine d'années, très érudit et respecté. Carl s'était inscrit à tous ces cours, ce qui n'avait pas étonné Bénédicte. Elle savait que son mari avait longuement hésité entre ses études d'architecture et le séminaire. Pouvoir combler ce qu'il nommait ses " lacunes théologiques " le satisfaisait enfin.

Mais ses journées étaient totalement prises par les cours. Le reste du temps était partagé avec les autres membres pour les repas et les activités communes.

Bénédicte, quant à elle, avait chaque jour plusieurs heures de liberté qu'elle appréciait pleinement. Elle les mettait à profit pour se retrouver seule, car le plus difficile pour elle semblait être le fait de vivre constamment avec les autres.

Je ne suis qu'une égoïste. songea-t-elle, en changeant d'appui sur ses genoux. La vie de partage de la communauté est le ciment sur lequel elle s'est construite. C'est une expérience très enrichissante de vivre ainsi.

C'est Carl qui avait entendu parler le premier de cette communauté. Il était rentré un soir, enthousiaste, avec des prospectus plein les mains, et avait appelé le responsable dès le lendemain pour demander un rendez-vous.

Tout s'était passé très vite en fait. Un mois plus tard, ils quittaient leur grand appartement pour venir s'installer ici et passer une année au cœur même de la communauté. Carl avait obtenu sans trop de difficultés une année sabbatique de la part de son entreprise qui lui avait assuré qu'il retrouverait sa place l'an prochain. Toutefois, les économies qu'ils avaient mises en commun pour l'achat d'une maison avaient disparu d'un seul coup. En effet la communauté vivait grâce aux dons qu'on voulait bien leur faire, mais aussi et principalement grâce aux gens qui comme Carl et Bénédicte venaient passer une année de formation chez eux.

La communauté possédait trois maisons et celle-ci s'était ouverte récemment, c'est pourquoi le fondateur de la communauté était présent ici, avec toute sa famille, afin d'aider et solidifier l'implantation du groupe dans cette ville.

La communauté comptait une vingtaine de membres, certains célibataires, d'autres vivant maritalement. Bénédicte était devenue plus particulièrement amie avec une jeune femme de son âge qui passait plusieurs mois dans la communauté en " discernement vocationnel " afin de savoir si elle se destinait à entrer ou non dans les ordres. Bénédicte aimait parler avec Sarah, qui se montrait toujours enjouée et semblait voir en chaque chose, aussi moche ou déprimante soit-elle, un bon côté.

Un bruit vint sortir Bénédicte de ses pensées. Le père Stanislas venait de pénétrer dans le chœur et la jeune femme l'observa alors qu'il s'inclinait devant l'autel puis se dirigeait vers le côté pour allumer les cierges entourant un crucifix de métal mat et brillant, autre signe de modernité de l'église.

Bénédicte se releva et s'éloigna rapidement. La messe du soir était prévue dans une demi-heure et il fallait d'abord qu'elle aille se changer pour y assister.

 

*****************

 

" Merde ! "

Bénédicte s'excusa mentalement d'avoir juré et entreprit de rajouter une pince supplémentaire afin de faire tenir le drap de lit sur la corde à linge. Elle avait passé sa matinée dans la buanderie à faire des lessives successives. C'était le travail hebdomadaire qu'elle partageait habituellement avec Sarah, mais la jeune femme était partie passer plusieurs jours en retraite dans un couvent.

La constante bonne humeur de son amie lui manquait et l'exiguïté de la buanderie combinée avec la chaleur humide qui y régnait commençaient à l'énerver sérieusement. Mais elle avait enfin terminé. Il était encore tôt dans l'après-midi et elle se dit qu'une petite promenade en ville ne lui ferait pas de mal, surtout histoire de prendre l'air.

Elle quitta la buanderie et gravit péniblement les escaliers qui l'amenèrent au niveau de la cuisine d'où s'échappait encore l'odeur alléchante de la soupe aux légumes de midi. Son estomac gargouilla et

elle se hâta vers la porte d'entrée. Le vendredi était traditionnellement le jour du jeûne dans la communauté. Les repas étaient très légers et certains membres se contentaient même de ne boire que de l'eau. Les denrées qu'ils n'utilisaient pas ce jour-là étaient envoyées à une maison de retraite aux abords de la ville.

Bénédicte n'avait jamais expérimenté cela. Chez ses parents, le vendredi était simplement un jour sans viande, mais les repas étaient copieux. Elle avait continué une fois mariée.

Cette habitude de la communauté ne lui posait pas réellement de problèmes, bien que certains jours, des crampes d'estomac la tenaillaient toute la journée. Carl avait bien sûr trouvé le jeûne enthousiasmant.

" En plus d'être un acte de foi, c'est très sain. Le jeûne lave ton corps de ses impuretés. "

Facile à dire. songea Bénédicte en s'éloignant du bâtiment gris qui abritait la communauté. Aujourd'hui, je m'en passerais bien.

C'était le premier jour de ses règles et un mal de ventre lancinant se rajoutait aux crampes.

 

La jeune femme se dirigea vers le centre-ville traversé par une rue piétonne pavée et bordée de boutiques. Il avait plu ce matin et le soleil n'avait pas encore séché complètement la chaussée d'où montait une agréable odeur de pierre humide.

Bénédicte s'arrêta devant la vitrine d'un magasin de vêtements. Des mannequins arboraient des tenues légères et colorées. Son regard fut attiré par une jupe vert pâle qu'elle trouva très jolie.

N'y songe même pas. pensa-t-elle en souriant à moitié. La communauté était vouée au bleu et demandait à tous ses membres, même s'ils étaient là pendant un court laps de temps, de se conformer aux règles vestimentaires.

La jeune femme reprit son chemin songeant que même si elle n'était pas dans la communauté, Carl n'apprécierait guère qu'elle porte une jupe aussi légère et transparente.

Quelques mètres plus loin se trouvait la librairie où elle avait acheté des livres deux semaines plus tôt. Bénédicte leva la tête vers l'enseigne surmontant la porte, qu'elle n'avait pas remarquée la fois précédente. " La Tour Sombre. " pouvait-on y lire en lettres gothiques au-dessus d'une tour entourée par un champ de roses pourpres.

C'est un nom original pour une librairie.

La jeune femme s'approcha de la vitrine regardant sans vraiment les voir les livres qui s'y trouvaient. Elle avait dévoré les deux " Patricia Cornwell ", et les avait vraiment aimés. Mais elle n'avait pas emporté d'argent cette fois-ci.

Et alors ? Je peux bien entrer un instant quand même et jeter un coup d'œil à d'autres livres.

Elle poussa la porte, faisant retentir la clochette. Deux jeunes garçons d'une quinzaine d'années étaient en train de fouiller dans le bac "Science-fiction " et continuèrent leur recherche sans tourner la tête. La libraire se trouvait devant un présentoir en grande discussion avec un homme de haute taille, vêtu d'un complet cravate.

Elle tourna néanmoins la tête et fit un large sourire à Bénédicte en la reconnaissant. Puis elle continua de parler avec son client, en lui tendant un ouvrage qu'elle saisit devant elle.

" Je suis certaine que ça plaira à votre ami. S'il aime les bons romans à suspense, celui-ci fera parfaitement l'affaire. "

Bénédicte s'approcha du bac où elle avait trouvé les livres de Patricia Cornwell tout en observant la libraire du coin de l'œil.

La jeune femme devait avoir environ le même âge qu'elle. Elle était très grande et mince, avec de longs cheveux noirs qui tombaient librement sur ses épaules. Elle portait une blouse de coton bleu roi serrée à la taille par une ceinture tressée noire. Des jeans noirs aussi faisaient paraître ses jambes encore plus longues, bien qu'elle ne portât pas de talons mais de simples sandales de cuir brun. Bénédicte remarqua un fin bracelet ornant sa cheville gauche, unique bijou porté par la libraire à première vue.

Cette dernière encaissa le livre et accompagna son client jusqu'à la porte, avant de s'approcher de Bénédicte.

" Bonjour. Comment ça va ? " demanda-t-elle en plongeant son regard azur dans celui de Bénédicte.

La jeune femme, l'espace d'un instant, sentit comme un feu brûlant traverser tout son corps. Ça ne dura qu'une infime seconde, mais la troubla assez pour qu'elle tressaille violemment. Elle parvint néanmoins à sourire faiblement à son interlocutrice.

" Très bien, merci. " répondit-elle s'efforçant de ne pas laisser sa voix trembler. Elle sentait son corps devenir aussi mou qu'une poupée de chiffons.

" Vous avez aimé vos livres ? " continua la libraire en jetant un œil aux deux adolescents qui s'en allaient, sans avoir acheté quoi que ce soit.

Bénédicte déglutit et ferma les yeux, se cramponnant d'une main au bac près d'elle. Elle entendit la voix de la libraire, déformée et semblant très loin d'elle.

" Hé, ça ne va pas ? "

Ce n'est rien, juste une faiblesse.

Elle crut avoir prononcé ces mots mais se rendit compte que non au moment où ses jambes se dérobaient sous elle et que le noir l'envahit.

 

 

Quand elle revint à elle, Bénédicte était allongée sur un divan de cuir noir, la tête reposant sur l'accoudoir. Elle comprit qu'elle se trouvait dans l'arrière-boutique de la librairie. Sa tête semblait serrée dans un étau et son bas-ventre avec. Elle parvint à se redresser et resta assise contre le dossier du divan tachant de reprendre ses esprits.

" Tenez, buvez, vous vous sentirez mieux. "

La libraire s'approcha et lui tendit un verre rempli de jus d'orange dont l'odeur fraîche vint chatouiller les narines de Bénédicte. Elle sentit son estomac se contracter et ne put empêcher le bruit qui s'en échappa.

" Merci, mais… je préférerais de l'eau. " murmura-t-elle.

La libraire posa une main sur sa hanche, prenant un air faussement outré.

" Hé, c'est un jus d'orange frais, que j'ai pressé moi-même. Ça ne se refuse pas. La seule excuse que je veux bien accepter, c'est que vous soyez allergique aux oranges. "

Bénédicte croisa à nouveau les yeux de la grande femme qui se tenait devant elle, mais cette fois, elle soutint son regard où brillait un brin de malice.

Oh, tant pis pour le jeûne. Je suis tombée dans les pommes, ce n'est pas pour rien. Elle saisit le verre et dut le prendre à deux mains pour ne pas qu'il tremble.

Bon sang, mais qu'est-ce qui m'arrive ?

Le liquide frais et sucré se répandit en elle et après plusieurs gorgées, elle se sentit un peu mieux.

Elle parvint à sourire à la libraire.

" Merci, c'est délicieux. Je crois que j'en avais besoin. "

La grande femme alla s'asseoir en face d'elle sur sa chaise de bureau. " Ça vous arrive souvent de vous évanouir comme ça ? " demanda-t-elle, d'un air étrangement concerné. " Vous devriez voir un médecin, peut-être. "

Bénédicte leva une main en signe de dénégation.

" Oh, non, ce n'est rien. Je suis toujours un peu plus faible quand j'ai mes … "

Elle stoppa brutalement et sentit une chaleur envahir ses joues qui, elle en était sûre, étaient devenues cramoisies.

La libraire la tira de son embarras en prenant un air entendu.

" On passe toutes par là, malheureusement. "

La sonnerie de la porte retentit et elle se leva.

" Restez ici et reposez-vous. Je vous raccompagnerai chez vous plus tard, si vous voulez. "

Bénédicte fit mine de se lever aussi mais ses jambes ne voulurent pas lui obéir.

" Et j'ai des livres pour vous. " lança la libraire avant de disparaître derrière la tenture.

Bénédicte resta assise un instant immobile, puis haussa inconsciemment les épaules. Elle termina le verre de jus d'orange et le déposa par terre près du divan. Elle se sentait mieux, même si les crampes dans son ventre la tiraillaient encore. Elle releva les jambes sur le divan, le trouvant extrêmement confortable. Ses yeux observèrent la pièce autour d'elle. Des étagères recouvertes de livres occupaient tous les murs et plusieurs piles d'ouvrages trônaient aussi sur le bureau près d'un ordinateur allumé. Elle regarda l'écran et sourit en y apercevant un chat de bande dessinée lui tirer la langue. La jeune femme sentit une douce torpeur l'envahir et décida qu'elle partirait dès que ses jambes voudraient bien la porter, ce qui ne semblait pas être encore le cas.

Peut-être que si je m'allonge encore un peu…

 

Quand Gil revint quelques instants plus tard, elle trouva sa cliente profondément endormie. Elle alla chercher la couverture qu'elle gardait au sommet d'une étagère et qu'il lui arrivait d'utiliser quand elle restait à la librairie tard le soir pour travailler et qu'elle ne rentrait pas chez elle. Puis elle vint s'agenouiller près de la jeune femme, ses yeux glissant lentement sur son corps puis se fixant sur le visage. Des cernes très nettes se dessinaient sous les yeux. Elle portait les mêmes vêtements que lors de sa dernière visite et Gil se demanda si c'était une sorte d'uniforme. La libraire laissa son regard s'égarer sur le cou de la jeune femme puis dans l'échancrure de la chemise de coton grossier. La croix qui reposait sur la poitrine suivait le rythme lent et régulier de la respiration de la jeune blonde. En soupirant légèrement, Gil la recouvrit de la couverture et se redressa.

N'y pense même pas. Contente-toi de la trouver belle, charmante et émouvante, mais n'oublie pas qu'elle est certainement mariée, si ce n'est pas à un homme, c'est carrément à Dieu.

 

Elle se retourna vers le corps endormi, contemplant pensivement le visage de la jeune femme encadré par le chignon d'où s'échappait une mèche de cheveux rebelle.

Emouvante, hein ? Voilà bien la première fois que tu utilises un qualificatif de ce genre…

Elle retourna dans la librairie alors que la sonnerie de la porte retentissait à nouveau.

 

 

C'est une odeur étrangement désagréable qui réveilla Bénédicte. Elle fronça le nez, ouvrit les yeux et laissa échapper un cri de surprise. A moins de trente centimètres de sa tête se tenait un grand chien, la langue pendante et qui lui soufflait son haleine sur le visage. Elle se redressa et eut un petit rire.

" Salut, tu m'as fait peur tu sais ? "

L'animal pencha la tête de côté, puis lui tourna le dos pour aller se coucher sous le bureau.

" Ah, c'est là que tu te caches ? C'est pour ça que je ne t'avais pas vu plus tôt. "

La tenture s'entrouvrit pour laisser passer la libraire.

" Je vois que vous avez fait connaissance avec Ramsès, le chien le plus paresseux de tout l'univers" lança-t-elle en s'approchant du bureau. Le chien lui lança un regard de reproche avant de poser sa tête sur ses pattes avec un grand soupir.

" Je sais, Ramsès, c'est presque l'heure de ton repas. Sois patient. " lui dit la grande femme. Elle se retourna vers Bénédicte.

" Je ferme dans une demi-heure. Si vous voulez, je vous raccompagnerai. "

La jeune femme se leva, confuse.

" Il est si tard ? Vous n'auriez pas dû me laisser dormir. "

La libraire haussa les épaules. " Vous en aviez besoin, à mon avis. " Bénédicte se sentait mieux et il était certain que ce repos lui avait fait du bien.

" Il faut que je m'en aille maintenant. " dit-elle en se dirigeant vers la tenture.

" Attendez, j'ai des livres pour vous. "

La libraire la devança et écarta la tenture. Puis elle se pencha sous le comptoir et en sortit trois livres.

" Ce sont les suivants dans la série. Je les ai trouvés dans une brocante l'autre jour, et j'ai pensé que vous aimeriez les avoir. "

Comme Bénédicte ne répondait pas tout de suite, la libraire haussa les sourcils.

" A moins que vous n'ayez pas du tout aimé les autres… C'est vrai que le style de Patricia Cornwell est spécial. Si on n'accroche pas… "

" Oh, non, non, j'ai accroché. " l'interrompit Bénédicte. " C'est juste que je n'ai pas d'argent sur moi aujourd'hui, alors… "

La libraire lui mit les livres dans les mains. " Prenez-les. Vous me payerez la prochaine fois. " Devant le geste de refus de la jeune blonde, elle insista.

"Ça nous fera l'occasion de nous revoir. "

Bénédicte trouva cet argument plutôt étrange et se rendit compte que la grande femme avait légèrement rougi en prononçant ses mots. Sans lui laisser le temps de répondre, la libraire s'avança vers la porte et la lui ouvrit.

" Vous êtes sûre que ça va mieux ? Si vous attendez un peu, je pourrai vous accompagner. "

Bénédicte s'arrêta sur le seuil et lui sourit.

" Non, ça va très bien maintenant, merci. " Elle tendit la main.

" Au fait, je m'appelle Bénédicte Dupré. "

La libraire baissa son regard vers elle et saisit la main qu'elle serra avec fermeté.

" Enchantée. Moi, c'est Gislaine Rhéoult. Mais tout le monde m'appelle Gil. "

Bénédicte se perdit un instant dans ce regard qui paraissait encore plus bleu sous les hauts sourcils noirs, se sentant étrangement et à nouveau troublée par quelque chose d'indéfinissable. Elle se reprit et hocha la tête.

" Eh bien, merci encore Gil. Pour les livres et pour votre hospitalité un peu forcée. "

La libraire lui sourit et Bénédicte s'éloigna, ses trois livres serrés sous le bras.

 

*******************

Elle était étendue dans l'herbe et elle était nue. Elle le savait même sans ouvrir les yeux. Du soleil, elle ne percevait que la chaleur sur son corps et la clarté qui parvenait à traverser ses paupières closes. Une brise très légère, à peine perceptible, soufflait par intermittences, agitant ses cheveux épars sur ses épaules. Il régnait un calme apaisant dans cet endroit, seulement troublé par le chant des cigales et par le doux murmure d'un torrent tout proche.

Elle se refusait à ouvrir les yeux, par peur de perdre ce sentiment de bien-être si agréable.

Soudain, elle entendit un bruissement dans l'herbe, tout proche. Quelqu'un s'étendit près d'elle et elle sourit… Un corps chaud s'appuya contre le sien, la touchant tout du long, des épaules jusqu'aux pieds et elle eut un frémissement. Une main douce s'empara de la sienne et la serra brièvement avant de venir se poser un peu plus haut que son genou et y dessiner des cercles lents. Ce geste lui arracha un gémissement bas. N'y tenant plus, elle roula sur le côté puis sur la personne près d'elle, saisissant son visage entre ses mains, plongeant ses doigts dans l'ample chevelure encore humide qui l'encadrait. Ses lèvres trouvèrent rapidement la bouche aimée et son corps se pressa avidement contre la poitrine chaude de son amante.

Cette révélation brutale lui fit ouvrir les yeux…..

Et Bénédicte se redressa dans le lit, avec un hoquet de surprise. Il faisait noir dans la chambre, seulement éclairée par la lueur verdâtre du radio réveil posé sur la table de nuit. Les chiffres lumineux indiquaient 3h32. Près d'elle, Carl, étendu sur le dos, ronflait imperceptiblement. Elle écarta le drap et se dirigea à tâtons vers la petite salle de bains adjacente. Elle repoussa la porte et la ferma le plus silencieusement possible avant d'allumer. La lumière violente du néon lui fit cligner des yeux un moment avant qu'elle puisse se regarder dans le miroir.

Bon sang, quel drôle de rêve !

Son reflet lui renvoya un visage au regard brillant. Ses pommettes étaient rouges et elle remarqua que ses lèvres étaient un peu gonflées. Elle ferma les yeux tentant de retrouver une image de son rêve, mais il n'y en avait eu aucune, juste des sensations. Sous sa chemise de flanelle, elle sentait les pointes de ses seins durcies et elle se retint de ne pas y amener ses mains. Elle rouvrit les yeux brusquement et se secoua. Evitant de croiser son regard dans la glace, elle ouvrit le robinet d'eau froide, se pencha et s'aspergea le visage. Puis elle se sécha vigoureusement, la raideur rêche de la serviette lui remettant totalement les idées en place.

Elle s'assit quelques instants sur le couvercle des w-c, les sourcils froncés. Elle avait déjà fait des rêves érotiques, mais jamais aussi étranges que celui-ci. Ce qui l'étonnait le plus n'était pas que ce soit avec une femme, finalement, même si c'était ça qui l'avait réveillée. Le plus étrange était cette excitation sexuelle intense dans laquelle elle avait été plongée.

Bénédicte ne se considérait pas comme une oie blanche. En matière de sexe, elle avait découvert tout ce qu'il fallait savoir, grâce à des livres, car il était exclu qu'elle en parle avec sa mère. Elle avait eu quelques flirts avant de sortir avec Carl, mais ils avaient décidé, d'un commun accord, d'attendre le mariage pour perdre leur virginité. Leurs relations sexuelles étaient agréables maintenant et Bénédicte en ressentait un certain plaisir. Toutefois, elle en était venue à considérer cela exactement comme sa religion le lui montrait : un acte de procréation purement et simplement.

Même si ça ne semble pas marcher pour nous.

La jeune femme se releva et éteignit la lumière avant d'ouvrir la porte de la salle de bains. Carl n'avait pas bougé et semblait profondément endormi. Elle se glissa délicatement sous les draps tout en jetant un œil sur le livre posé près du radio réveil.

C'est sûrement mes lectures qui ont provoqué ça. songea-t-elle, pas très convaincue. En effet, un des personnages de Patricia Cornwell, était une jeune fille homosexuelle. Mais aucune scène graphique n'était dépeinte et l'auteur s'y arrêtait à peine. Bénédicte ferma les yeux tout en se mettant en chien de fusil.

Bon, allez, Bé, n'y pense plus, c'était juste un rêve.

 

 

 

*************

 

Comments (0)

You don't have permission to comment on this page.