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INDISCRETIONS-S1P19

Page history last edited by Fausta88 15 years, 7 months ago

 

 

Traduction

 

INDISCRETIONS

 

Accord parental ignoré

Crédits :

Réalisation : XWPFanatic

Productrice exécutive : Tonya Muir

Scénario : XWPFanatic,TNovan et Tonya Muir

Traduction : Katell

 

 

Dix-neuvième épisode : En plein cœur, au Texas

 

Je regarde Gail poser une pile d'enveloppes sur le bureau de Kels. Celle-ci est en réunion dans la salle de conférence, avec les autres 'Talents' en ce moment. Je sais que je ne devrais sans doute pas le faire, mais je me lève et je me dirige vers son bureau. Je veux m'assurer qu'il n'y a pas de mauvaises surprises de son petit admirateur. Kels a l'air de penser que peut-être il l'a oubliée pendant les vacances, mais je n'en suis pas si sûre. C'est juste un pressentiment, mais je crois que je vais m'y fier. Mieux vaut être prudent. Surtout quand il s'agit de Kelsey.

 

Gail me toise quand je la croise sur le seuil du bureau. Je sais que j'ai des vêtements propres et je me suis même mis du déodorant ce matin, alors je ne mérite vraiment pas ce regard noir. "Elle est en réunion", m'informe l'assistante de Kelsey, tout en essayant de m'empêcher de passer.

 

"Je sais qu'elle est en réunion", je grogne en passant devant elle. "Mais elle a un dossier dont j'ai besoin. Vous permettez ? On est partenaires, vous savez."

 

Aux sens professionnel et sexuel du terme maintenant, espèce de chieuse. Casse-toi. Casse-toi loin de moi.

 

Gail grommèle quelque chose à propos de Kelsey à qui ça ne va pas plaire, et puis elle s'en va, furieuse.

 

"Ça lui plaît tout à fait, merci bien", je fais doucement. Je m'assieds derrière le bureau de Kels et je passe son courrier en revue. Pour la plupart, c'est sans danger. Il y a quand même deux enveloppes qui m'intriguent un peu, alors je les mets à part. Toutes les deux portent le cachet de la poste de Los Angeles, mais pas d'adresse d'expéditeur. Je suppose bien sûr que le docteur Susan Machin n'irait pas lui envoyer du courrier à la chaîne. Hmm, il va vraiment falloir que je trouve un moyen pour nous débarrasser d'elle.

 

Le téléphone de Kels se met alors à sonner et par habitude, je décroche. "Bureau de Kelsey Stanton."

 

"Ici le docteur Susan Hamilton. Pourrais-je parler à Ms Stanton ?"

 

Quand on parle de la louve. " Bonjour, Doc. Harper Kingsley à l'appareil. Je suis désolée, mais Kels n'est pas disponible." Pour toi, elle ne le sera jamais plus ; pas si j'ai mon mot à dire. Je m'appuie en arrière dans le fauteuil, essayant de ne pas avoir l'air trop agacée. "Elle est en réunion. Je peux prendre un message ?"

 

"Dites-lui juste de me passer un coup de fil. Elle a mon numéro."

 

Ouais, je te vois venir, toi. "Pas de problème. Je lui dirai dès que je la verrai." Tout ce qui me reste à faire, c'est de passer le restant de la journée les yeux fermés.

 

Bon Dieu, Harper, reprends-toi. On n'est plus au collège. Même si tes hormones ont l'air de penser le contraire.

 

"Merci. Bonne journée, Ms Kingsley."

 

"Vous aussi, Doc."

 

Je réussis à raccrocher sans défoncer le téléphone. Je me concentre à nouveau sur le courrier, faisant attention aux enveloppes que j'ai mises de côté.

 

"C'est un délit fédéral", fait doucement Kelsey en entrant dans son bureau, avant de refermer la porte et d'abaisser les stores, "que d'ouvrir le courrier de quelqu'un d'autre."

 

"Kels, je…" Je me lève aussitôt et j'essaie de trouver ma langue, et aussi une bonne excuse. Et puis je préfère passer à l'offensive. "Comment tu as su ?"

 

"Gail est venue cafter."

 

"La petite garce !"

 

Kels lève les mains. "Ne lui en veux pas trop. J'ai piqué ma crise, menacé de venir te tuer, et puis je me suis échappée d'une réunion très très ennuyeuse. Et c'était parfait parce que Jessica n'arrêtait pas de parler de quelque chose de vraiment idiot. Alors c'était encore mieux."

 

Je la regarde verrouiller la porte de son bureau. "Kels, qu'est-ce que tu fais ?"

 

"Tu sais quoi, Tabloïde ?" D'un doigt, elle me fait signe de venir vers elle. Sans trop savoir pourquoi, mes jambes lui obéissent, les traîtres.

 

"Quoi ?" je me retrouve devant elle, à attendre.

 

"Ils veulent que je reste dans le placard, alors je voudrais que tu penses à ce bureau comme à un grand placard pendant un moment."

 

Elle passe les bras autour de mon cou et m'embrasse. Je la prends immédiatement dans mes bras, tout contre moi. Mon Dieu, ce que j'aime sentir ses seins contre les miens, la façon dont nos corps fondent l'un contre l'autre. Sa bouche est si douce et elle a si bon goût, comme le miel qu'elle verse dans son thé tous les matins.

 

Je suis plutôt à bout de souffle quand on se sépare enfin, et j'en veux encore, mais elle prend un moment et essuie le rouge à lèvre sur ma bouche. On dirait que je ne vais pas en ravoir pour l'instant. Zut alors. A quoi ça sert d'avoir un canapé si confortable dans son bureau si on ne peut même pas s'en servir ?

 

"C'est vraiment pas ta couleur", fait-elle, taquine.

 

Je recule, sentant aussi la perte de son corps. Elle déverrouille la porte mais laisse les stores baissés. Pour que ça ne soit pas trop suspect, sans doute. Elle passe ensuite derrière son bureau.

 

"Bon, alors… pourquoi tu fouillais dans mon courrier ?"

 

"Je cherchais quelque chose qui pourrait venir de ton petit copain." Je viens m'appuyer sur le bord de son bureau. Je prends un moment pour admirer la vue ; son chemiser est un peu trop décolleté pour passer en prime-time, et sa jupe remonte jusqu'à mi-cuisse quand elle s'assied. Elle a des jambes magnifiques. Ce que je ne donnerais pas pour qu'elles soient…

 

"Tu as trouvé quelque chose d'intéressant ?"

 

Ça oui. Oh, attendez, elle parle du courrier, là. "Un ou deux trucs que je voudrais vérifier." Arrête un peu, Kingsley.

 

"Tu veux bien les prendre ? Je préfère ne pas m'en occuper. Je ne veux même pas savoir si ça vient de lui, OK ?"

 

Je prends les deux enveloppes. "Pas de problème."

 

"Et au fait, considère-toi réprimandée." Elle sourit à nouveau.

 

"Vous, madame, pouvez me réprimander quand vous le voulez." Ah oui, je suppose que je devrais lui dire que ce bon docteur a appelé. "Kels", je fais en faisant glisser mon doigt sur une pile de dossiers, "Susan a appelé."

 

"Oh."

 

"Elle voudrait que tu la rappelles."

 

"OK, si j'ai le temps."

 

Je vais te garder occupée pour toujours si ça te permet de ne pas la rappeler. Peut-être que dans un an ou deux, Susan comprendra et s'en ira sans faire d'esclandre. Et puis, j'aime bien sa réponse évasive. Pas super enthousiaste à l'idée d'appeler le doc. A moins qu'elle ait dit ça pour ne pas me froisser. Je suppose que je pourrais lui poser la question. Mais je ne le ferai pas. Elle me le dirait si elle voulait. Non ?

 

 

 

  • * *

 

 

 

Une des enveloppes m'inquiète plus que les autres. Dès que je l'ai lue, j'appelle Bear et puis je m'arrange pour la lui envoyer. L'enveloppe contient une liste de tous les endroits où Kels s'est rendue au cours des deux dernières semaines. Sont inclus l'heure, la date, l'endroit et les gens avec qui elle était. Il a bien vu qu'elle a passé quelques nuits chez moi. Il sait qu'elle n'était plus en ville à un moment, mais il n'a pas l'air de savoir où elle était partie. Dieu Merci. Je ne veux pas que ma famille se retrouve mêlée à tout ça. C'est déjà assez moche qu'il s'en prenne à Kelsey.

 

Je m'assure que Kels va bien être occupée à la chaîne toute la journée avant de partir pour aller déjeuner avec Bear au Rio. Je regarde la liste devant mon cheeseburger et frites que j'ai à peine touché, quand il arrive.

 

"Harper, je suis content de te voir." Il s'assied et fait signe à la serveuse de lui apporter le même plat que moi. "Il faut qu'on parle."

 

"Entièrement d'accord." Je lui passe la liste. Il la prend et me donne un bout de papier en échange. Je le lis avec attention. "Nom de Dieu, Bear, tu es sûr et certain ?"

 

"Sûr. Les fibres trouvées dans les cheveux d'une des victimes correspondent à celles de l'ours en peluche que Kelsey a reçu de son admirateur. Je viens de recevoir le rapport. J'allais t'appeler quand tu m'as devancé."

 

"Alors ça veut dire que…" Oh mon Dieu. Je suis sans voix. Et je sens que je vais vomir.

 

"Que le type qui tue les blondes, c'est aussi celui qui harcèle Kelsey."

 

"Putain."

 

"Je sais, Harper. Ça me fout la trouille à moi aussi." Il pose sa grosse main sur mon épaule pour me réconforter. "Mais la bonne nouvelle, c'est qu'on va mettre Kelsey sous surveillance 24 heures sur 24 à partir de maintenant."

 

"Tu vas la sacrifier comme un agneau sur l'autel", je l'accuse.

 

Bear secoue la tête. "Non. C'est ce malade qui l'a fait. Et Kelsey est notre meilleure chance de l'arrêter avant qu'il ne trucide une autre fille."

 

Je pousse un gros soupir de frustration, tout en essayant de calmer mon estomac rebelle. "Elles se ressemblaient toutes, pas vrai ?" Je connais déjà la réponse à cette question. Je revois les images des victimes précédentes… toutes jeunes, menues, blondes, aux yeux verts, toutes très belles.

 

Il hoche la tête. "Je crois qu'il essaie de les créer à son image, mais je suis pas le psy de service. Il les tue sans doute quand il se rend compte qu'elles ne sont pas Kelsey."

 

"Il faut que je rentre à la chaîne."

 

"Je m'en doute. Ecoute, mon capitaine et moi, on viendra plus tard pour vous parler du protocole de sécurité à toutes les deux. Il faudra aussi qu'on parle au patron de la chaîne de ce qui se passe. J'ai un pote au FBI qui m'a dit qu'ils envoyaient un autre agent pour aider sur l'enquête. Ils vont sans doute envoyer un autre 'profiler'. Ils voudront peut-être parler à Kelsey."

 

"OK, OK." C'est à peine si j'arrive à l'entendre par-dessus le battement de mon cœur. Je tire un billet de dix dollars de ma poche et je le pose sur la table pour payer pour mon déjeuner. "Il faut que j'y aille, Bear."

 

Je ne peux pas lui cacher ça, même si je préfèrerais le faire. Elle mérite de savoir ce qui nous attend. Et il faut qu'elle sache qu'elle n'est pas seule.

 

 

 

  • * *

 

 

 

Harper se tient sur le seuil de mon bureau, avec un regard qui me laisse perplexe. C'est entre joueur et très inquiet.

 

"Qu'est-ce qu'il y a, Tabloïde ?"

 

"Il faut qu'on parle."

 

Oh, que je n'aime pas ça. C'est là qu'elle me dit qu'elle s'est bien amusée, vraiment, mais que bon, pas tant que ça ? Kels, tu réussis toujours à foutre le camp ou à foutre la trouille à tout le monde. Cette pauvre Harper n'est certainement pas du genre à se cacher et je ne peux pas lui en vouloir. Les placards, c'est pas fait pour deux.

 

"OK." Je m'appuie en arrière dans mon siège, espérant que je ne vais pas craquer en entendant les mots. Comment ça peut faire aussi mal après si peu de temps ?

 

"D'abord, je veux te donner ça." Elle entre dans le bureau et referme la porte derrière elle, puis la verrouille. Quelques longues enjambées et elle se plante devant moi, puis tourne mon fauteuil pour que je la regarde en face. Harper s'agenouille alors devant moi et me donne une longue et fine boîte. Je la prends, les mains tremblantes. On ne m'a jamais fait de cadeaux quand on était sur le point de me larguer. C'est une coutume dont je n'ai jamais entendu parler, peut-être ? Je soulève le couvercle et j'y trouve une brosse à dents. Je ne peux pas m'empêcher de sourire béatement. Je sors la brosse de la boîte et trouve une clé attachée au bout.

 

"Qu'est-ce que c'est ?"

 

"Tout ce qu'il te faut pour passer la nuit chez moi. Ça pour te donner une haleine toujours fraîche." Elle se penche vers moi et me vole un petit baiser, posant les mains sur mes cuisses. "Et une clé pour ouvrir la porte."

 

"OK, la brosse, je comprends, mais la clé ? C'est une étape importante." Et j'aimerais bien qu'elle la définisse, histoire qu'il n'y ait pas de malentendus.

 

"Il y a une raison importante, Kels."

 

"Hein ?"

 

Alors elle m'explique.

 

 

 

  • * *

 

 

 

Fatiguée, je cligne des yeux dans le noir, et il me faut quelques instants pour réaliser que le lit est vide à côté de moi. Je me retourne lentement et je la vois, son profil net contre la fenêtre. Elle est assise sur le rocking-chair, blottie sous le patchwork que m'a fabriqué Nonny. Pépin est couché sur ses genoux et je l'entends ronronner furieusement depuis le lit, tandis qu'elle le caresse distraitement du bout des doigts.

 

"Kels ?"

 

Elle sursaute au son de ma voix et se tourne vers moi. La lumière de la lune qui filtre à travers la fenêtre fait briller ses yeux et les rend presque argent.

 

"Quelle heure il est ?" je demande.

 

"A peine trois heures. Rendors-toi", dit-elle doucement.

 

"Viens te coucher", je grogne en lui tendant le bras. "Et on peut faire autre chose que dormir."

 

Elle rit doucement. "Tu es insatiable."

 

"Moi ?" je réponds, choquée. C'est à peine si j'arrive à la suivre ; c'est pas ma faute si je suis plus jeune. Le Seigneur savait que j'aurais besoin d'endurance, et c'est pour ça qu'il m'a fait naître sept ans plus tard.

 

"Mmm", affirme-t-elle en ignorant mon air choqué. Parfois, j'ai l'impression qu'elle a honte de ses désirs charnels. Elle n'a aucune raison de l'être, ça, c'est sûr.

 

"Pourquoi tu es debout ? C'est pas que ça ne plaise pas à Pépin, remarque…"

 

Elle s'arrête pour lui gratter la tête derrière les oreilles, et à en croire son ronronnement, cette andouille de chat est sur le point d'imploser de plaisir. "Je n'arrivais pas à dormir."

 

Je sais pourquoi elle n'arrive pas à dormir et il faut que je la distraie. "On n'est pas obligées de dormir", je fais d'un air concupiscent. Je ne peux pas m'empêcher de tout le temps la toucher, et je sais que sous ce délicat patchwork fait par les blanches mains de ma grand-mère, se trouve sans doute le plus beau corps que j'ai jamais vu, ainsi qu'un cœur très sensible.

 

"Harper." Son ton est légèrement réprobateur mais aussi très doux. Elle s'inquiète trop. Je veux qu'elle oublie tout ça pendant un moment et qu'elle se concentre sur nous plutôt, et sur cette chambre, et le plaisir qu'on s'apporte l'une l'autre.

 

"Ne m'oblige pas à venir te chercher", je fais, pour la taquiner. J'y suis presque ; je le vois bien, à la façon qu'elle a de bouger un peu sur son siège, dans la lumière de la lune. Elle secoue la tête.

 

"OK. Je t'aurais prévenue." Je repousse les couvertures et je traverse la pièce, faussement menaçante. "Dégage, Pépin."

 

Le chat n'a pas besoin qu'on lui répète. Il a vécu suffisamment longtemps avec moi pour savoir qu'il n'est pas le bienvenu dans la chambre à coucher. Mais il prend son temps pour bouger son gros cul, et frotte sa tête une dernière fois contre Kelsey avant de sauter par terre.

 

Je prends aussitôt sa place, à califourchon sur les genoux de Kelsey, et je capture sa bouche dans un baiser profond et brûlant. Elle y répond aussitôt, ses mains bougeant sur mon dos nu et s'y attardant, envoyant des frissons dans tout mon corps. Mon Dieu, je ne me lasse pas d'elle. Dès que je la touche, c'est comme si c'était la première fois. Sa peau est brûlante sous mes doigts ; ils se faufilent sous le patchwork et puis descendent sur sa poitrine.

 

"Tu t'inquiètes trop", je lui murmure en libérant ses lèvres assez longtemps pour lui mordiller l'oreille.

 

"Ferme-la, Tabloïde, et emmène-moi au lit."

 

Voilà qui est mieux.

 

 

 

  • * *

 

 

 

Depuis mon bureau, je vois ce qui se passe de l'autre côté de la salle de rédaction et dans son bureau. Elle souffle sur son café, et puis crie sur quelqu'un au téléphone, avec de grands gestes menaçants. Ça me fait sourire.

 

Harper s'est auto-proclamée mon garde du corps personnel et je crois que ce qui est le plus amusant à ce propos, est qu'elle m'accompagne à la salle de gym tous les matins. Elle s'est inscrite la semaine dernière après m'avoir donné l'horrible nouvelle sur mon 'admirateur', mais jusqu'à présent, elle n'a rien fait d'autre que de rester assise au bar et de boire le café qu'elle a apporté.

 

Enfin, ça et regarder les femmes qui font de l'exercice.

 

Ça m'énerve un peu, mais je me suis rendue compte que je lui fais confiance. Je sais que Harper, malgré tous ses défauts, est la personne la plus fidèle que j'ai jamais rencontrée. Et son attention est pratiquement toujours sur moi, de toute façon.

 

Mais ses visites à la salle de gym sont dures pour sa libido et la plupart du temps, elle insiste pour qu'on retourne chez elle pour se doucher, se changer et faire quelque chose pour libérer toute cette pression. Ce matin, par contre, on n'a pas eu le temps. Alors dans ces cas-là, elle est d'une humeur massacrante au studio et ça m'amuse énormément parce que je suis la seule à savoir pourquoi. Mais elle ne serait vraiment pas contente si elle voyait mon petit sourire suffisant, alors je fais de mon mieux pour le cacher.

 

Je suis en train de regarder les différentes télévisions installées dans mon bureau tout en buvant mon thé, quand le téléphone sonne. Je suis contente de cette distraction, et je coupe le son de chaque poste avant de décrocher le combiné.

 

"Kelsey Stanton."

 

"Salut, fillette." A ma grande surprise, je reconnais immédiatement cette voix. C'est Henry Richardson. Mon grand-père et lui ont travaillé ensemble au Ministère de la défense en tant qu'ingénieurs médicaux pendant de très longues années. Leur dernier job ensemble était dans un labo bio-médical, à créer des vaccins contre des armes chimiques potentielles. Pa aimait bien ce travail ; il disait que c'était difficile, mais aussi gratifiant, et ça lui plaisait que de pouvoir protéger la population contre des ennemis invisibles. Mon grand-père était un homme très bon, et il me manque énormément.

 

"Henry", je fais doucement, tirée de ma rêverie. C'est difficile, parce que quand j'entends la voix de Henry, je pense aussitôt à celle de Pa. Mon premier instinct est de raccrocher et d'enfouir ces souvenirs. Il se passe trop de choses dans ma vie en ce moment, entre ma relation avec Harper et le malade qui me poursuit, pour me laisser happer dans des souvenirs de jeunesse avec un vieil homme jovial. Les souvenirs sont encore aigres-doux ; je n'ai jamais vraiment dit adieu à Pa et je n'ai aucun désir de le faire, même maintenant. Il a été responsable à lui tout seul de presque tous les moments heureux de mon enfance.

 

Heureusement, on dirait que Henry n'appelle pas pour parler du passé. "Je me demandais si tu aurais le temps d'aider un vieil ami."

 

"Bien sûr, Henry", je réponds sincèrement, et puis je m'appuie en arrière dans mon siège et attrape un crayon à mordiller. Je suis un peu surprise par son manque de subtilité. Henry était du genre à tourner autour de tous les pots qu'il pouvait trouver avant d'arriver au but.

 

"Ton Pa disait toujours que tu étais une formidable journaliste et que tu pouvais toujours découvrir la vérité, coûte que coûte."

 

Je ris doucement. "Vous et moi savons très bien que Pa n'arrêtait pas de raconter des conneries."

 

"Pas sur toi, ma chérie. Tu le sais bien."

 

"Je sais." Je vous en supplie, Henry. Je ne peux pas. Pas en ce moment, en tout cas.

 

Je n'écoute que d'une oreille tandis que Henry me raconte ce qu'il a fait depuis qu'il a pris sa retraite dans son ranch de chevaux il y a quelques années. Il pensait qu'il avait laissé la guerre biochimique derrière lui, jusqu'à la semaine dernière. Il semblerait que le Texas soit l'un des seuls états américains où l'on a découvert des traces d'anthrax dans le bétail. Et il pense que quelqu'un qu'il connaît est en train d'essayer d'isoler le microbe et de développer les spores à des fins malfaisantes.

 

Il ne s'agit que de suppositions et de rumeurs, et c'est un peu trop bizarre pour être crédible. Je ne peux m'empêcher de me demander si ce n'est pas qu'une excuse pour me faire venir au Texas. J'ai juré que je n'y retournerai jamais.

 

 

 

  • * *

 

 

 

"Le Texas ? Mais qu'est-ce qu'on va aller foutre au Texas ?" je demande à Kels en m'affalant sur mon canapé. Il faut que je me retienne de me lever pour aller la chercher et qu'on essaie le dit canapé. Connerie de classe d'aérobic qui a fini en retard ce matin… alors au lieu d'aller suer avec moi, Kels suait avec deux douzaines de filles en petits justes… oh, bon Dieu, arrête Harper. C'est déjà suffisamment difficile comme ça.

 

"Eh bien", soupire-elle légèrement en croisant les jambes d'une façon qui n'est pas sans me rappeler 'Basic Instinct'.

 

Continue comme ça, Kels, et on va étrenner le canapé. Ici. Tout de suite. Avec les stores levés et tant pis pour les conséquences.

 

"Puisque tu veux savoir", continue-t-elle sans se rendre compte de ma détresse, "ma famille, du côté de mon père, est originaire du Texas."

 

Je ris et me penche en avant, appuyée sur mes coudes. "Tu n'es pas une vraie Yankee, alors ?"

 

"Pas complètement. Je suis née et j'ai été élevée à New York, mais j'ai passé un peu de temps chez mes grands-parents au Texas quand j'étais petite." Elle me sourit d'un air perplexe. Je sais qu'elle se demande pourquoi je lui ai posé la question. Je lui dirai plus tard.

 

Oh, Mama serait contente d'apprendre ça. Le Texas, ce n'est pas exactement le vieux Sud, mais au moins c'est au sud de la ligne Mason-Dixon (NDLT : il existe plusieurs interprétations pour la ligne Mason-Dixon, mais la plus courante est la frontière imaginaire séparant les états de l'Union de ceux de la Confédération pendant la guerre de Sécession).

 

"Un ami de mon grand-père m'a appelée ce matin. Il a besoin de mon aide. En fait, il a besoin de notre aide."

 

"Ben, tu sais que tes amis…" J'ai envie de dire 'sont des chieurs' (cf. Erik et Susan par exemple) mais je me retiens. "… sont mes amis", je finis poliment en me levant pour venir jusqu'au bureau, appuyée sur le bord, histoire d'avoir une meilleure vue sur son corsage. Je croise les bras. "Quel est le problème ?"

 

Elle se penche en avant, m'offrant une vue encore meilleure. Je souris ; Kels, tu joues avec le feu. "Tu me croirais si je te disais 'anthrax' ?"

 

 

 

  • * *

 

 

 

Henry est venu nous chercher à l'aéroport international de San Antonio, et il est exactement comme Kelsey l'a décrit : grisonnant et souriant. C'est l'image même du cow-boy Marlboro qui aurait fumé trois paquets par jour toute sa vie, passé trop de temps au soleil sans crème, et jamais vraiment porté autre chose que des chemises de bûcheron. Il me plaît. Il prend ma partenaire dans ses bras, la serrant assez fort pour la faire grogner, avant de se reculer pour me serrer la main.

 

"Kelsey, tu es superbe", s'exclame-t-il en se tournant à nouveau vers elle. "Tu es devenue si jolie en grandissant."

 

Je ne peux pas le contredire sur ce point, alors je me contente de hocher la tête, et elle me donne un petit coup de coude dans les côtes.

 

On présente Olsen et Conrad, qui sont déjà en train de s'occuper de l'équipement et de nos réservations d'hôtel, et ils s'en vont rapidement pour cette raison. De notre côté, on va récupérer les bagages.

 

"Ton Pa sera tellement fier de toi, Kelsey", dit Henry en montant avec nous sur l'escalator.

 

Je suis intriguée par cette conversation puisque Kelsey ne m'a presque pas parlé de son grand-père. Tout ce que je sais, c'est qu'il comptait beaucoup à ses yeux, et qu'il n'est plus de ce monde. Quel euphémisme idiot de toute façon. Pourquoi les gens ont-ils si peur de la mort ? Et pourquoi considère-t-on impoli de dire que quelqu'un est mort ? A moins, et en dépit de nos protestations, qu'on croit réellement que c'est la fin. Ça serait vraiment déprimant si c'était vrai. Je suis peut-être une Catholique peu pratiquante mais le concept d'éternité est enraciné en moi.

 

Lorsque j'ai essayé de soutirer à Kelsey quelques informations sur son grand-père, tout ce à quoi j'ai eu droit, ça a été le silence et des larmes aux yeux. Et puisque j'ai horreur de la voir pleurer, j'ai tout de suite laissé tomber. Même maintenant, devant Henry, elle est toute larmoyante. Je lui frotte doucement le dos et reçoit un sourire surpris mais reconnaissant pour toute réponse. Hé, moi aussi je sais être sensible. Personne ne me croit jamais, mais c'est vrai.

 

"Comment vont tes parents ?" demande Henry. Oh, il aime mettre les pieds dans le plat, lui. Peut-être que ce n'était pas une si bonne idée après tout.

 

Kelsey fait comme si de rien n'était. "Comme d'habitude. Parle-moi d'Irène et de tes garçons."

 

Sa distraction est un grand succès, et ce n'est que lorsque nous arrivons au cœur de San Antonio que Henry s'arrête de parler de ses trois fils (je connais à présent leur âge, le boulot qu'ils font, leur statut matrimonial, et la mention qu'ils ont obtenue en fac), et se met à discuter du sujet qui nous a amenées jusqu'ici.

 

"Alors je me suis dit qu'on pourrait rencontrer tout le monde pour déjeuner demain, y compris Clayton Jackson ; c'est le gars qui est propriétaire du ranch dont je te parlais. J'ai dit à la famille que tu venais en ville pour rendre visite à des amis de ton Pa, pour parler de lui. Ils ne savent rien de mes soupçons. Je me suis dit que c'était mieux comme ça. Je ne veux pas que les gens paniquent. Ce genre de truc, ça fiche une trouille bleue à tout le monde. Ce qui est normal."

 

Super. Apparemment, Henry est un apprenti Dick Tracy.

 

"Tu as bien fait", approuve Kelsey en se tournant sur le siège avant passager du Chevy Suburban pour croiser mon regard. Je dois avoir l'air amusé, parce qu'elle me lance un regard réprobateur et je me calme aussitôt, et me tourne sur ma droite vers Jimmy, pour détourner mon attention. Jims, ses cheveux orange toujours bien droits sur son crâne parce qu'il est assez bête pour se les être fait reteindre encore une fois, est en train d'examiner la console à côté de lui, à partir de laquelle il peut régler le volume et la station de radio. Il allume aussi la clim.

 

Henry l'éteint depuis l'avant. "Ça gaspille de l'essence, cette climatisation. On n'en a pas besoin. En plus, on est en décembre, bon sang."

 

Jimmy me regarde d'un air coupable et je ne peux pas m'empêcher de rire. Mais comment on arrive toujours à se fourrer dans des histoires pareilles ?

 

 

 

  • * *

 

 

 

Je suis sur le point de laisser le reste de l'équipe à la filiale de la chaîne pour aller chercher une camionnette et vérifier l'état de l'équipement. Je ne peux pas, si je veux garder la conscience tranquille, me débarrasser de Henry qui était un si bon ami de mon Pa, alors j'accepte son invitation à dîner avec lui et Irène. Il dit qu'il me reconduira à l'hôtel plus tard.

 

Je m'aperçois que je voudrais être avec Harper, mais je n'arrive pas à trouver une bonne raison pour emmener ma camérawoman/productrice avec moi et pas le reste de l'équipe. Alors Harper me dit deux mots en privé et me promet d'aller nous inscrire à l'hôtel. Au moins, je dormirai avec elle ce soir. Mon petit psychopathe de service nous donne une excuse pour partager une chambre. Si seulement on pouvait aussi se servir de cette excuse pour que je l'emmène dîner avec moi. Mais je ne veux pas affoler Henry, et on n'a aucune raison de croire que l'autre malade nous a suivies jusqu'ici. En plus, le râtelier à fusils installé à l'arrière du Suburban le découragerait. Je sais que ça me fiche la trouille, à moi.

 

"Ça va aller ?" demande-t-elle de cette voix sombre et inquiète.

 

Je hoche la tête et passe la main sur le devant de sa chemise, comme pour aplatir les boutons. Je suis constamment fascinée par ses boutons ; sans doute parce que je sais ce qu'ils cachent, mais j'essaie de ne plus les mordre. A moins que je ne puisse pas résister.

 

"Je sais que c'est dur pour toi", chuchote-t-elle, "et je finirai bien par te torturer pour que tu me donnes les détails. Mais pour l'instant, sache seulement que je m'inquiète."

 

Je suis stupéfaite ; je lève les yeux pour croiser les siens. Ils sont sincères et chaleureux. Cette femme a tellement de facettes que je ne la comprendrai peut-être jamais. "Je sais", je réussis quand même à articuler.

 

"Tu peux tout me dire ; tu le sais, hein ?"

 

Je hoche à nouveau la tête.

 

"Alors vas à ton dîner. Je garde mon portable sur moi si tu as besoin de quoi que ce soit. OK ?"

 

"OK. Merci, Harper." Je me sens un peu maladroite ; je veux la serrer dans mes bras ou l'embrasser, faire quelque chose quoi. Elle est devenue une meilleure amie que j'aurais pu l'imaginer. Je sais que je ne suis pas très douée quand il s'agit de retourner le sentiment. Ce côté amitié, c'est nouveau pour moi ; il n'y a qu'Erik qui a réussi ça avec moi avant.

 

Elle a toujours l'air de comprendre et sourit d'un air lubrique, tout en caressant mon bras. "Je trouverai bien un moyen pour toi de me témoigner ta gratitude."

 

"Je n'en doute pas une seconde."

 

"Sois prudente."

 

"Toujours." C'est vraiment dur de les regarder monter dans la camionnette et partir. Finalement, Henry détourne mon attention avec une autre histoire sur son fils aîné, Ryan. J'étais censée l'épouser (dans l'esprit de Henry, en tout cas), alors je suis soulagée d'apprendre que la place a été prise pendant mon absence. Je n'ai vraiment pas besoin de complications supplémentaires dans ma vie en ce moment.

 

 

 

  • * *

 

 

 

"Alors Henry pense que ce Dale Sams est en train d'essayer de cultiver de l'anthrax ? Et qu'il récupère les échantillons sur les vaches malades au ranch Jackson ?" demande Harper, pendant qu'on prend notre temps pour finir le dessert et commencer notre exploration mutuelle, installées sur le lit king size de l'hôtel.

 

"Ouais ; il pense que peut-être ce type-là mijote quelque chose. Il dit qu'il a toujours été un peu bizarre. Mais que c'était difficile d'être certain parce que c'est aussi un professeur d'agriculture et que ces gars-là sentent le purin de toute façon."

 

Ça la fait rire. "Ah, super, encore un taré à ajouter à notre liste de tarés connus et inconnus ? On a l'air d'avoir le chic pour les trouver, hein ? Mais tu ne crois pas que tout ça est un peu mélodramatique ?" demande Harper en m'offrant une fraise, avant de lécher le jus qui coule sur ses doigts. C'est incroyablement provocant et ça me distrait complètement de la conversation. "Henry chercherait pas à s'amuser un peu pendant sa retraite ?"

 

"Je ne crois pas ; il a jamais été du genre à s'amuser beaucoup, mais c'est possible. La guerre bio-chimique, c'est une réalité aujourd'hui, surtout depuis l'attentat au sarin dans le métro de Tokyo il y a quelques années. L'anthrax est facile à créer, à transporter et à répandre. Henry dit que n'importe qui avec des connaissances limitées en microbiologie et un petit labo pourrait en créer."

 

"Il existe aussi un vaccin." Elle me mord l'épaule à travers le coton de mon chemisier. Et puis ses doigts trouvent les boutons et les libèrent lentement, l'un après l'autre.

 

"Qui ne sert à rien. On a commencé à vacciner l'armée seulement au cours des dix dernières années. A part le personnel militaire, les vétérinaires et quelques autres, la population n'est pas vaccinée. Ce qui fait de l'anthrax une arme potentiellement très efficace."

 

Harper hoche la tête, mais perd très vite tout intérêt dans cette conversation. Mon chemisier est à présent par terre, et sa main dans la ceinture de mon jean me tire plus près.

 

"Ce type, celui que Henry suspecte, il est en train de préparer quelque chose de louche", commence Harper, parvenant à rester cohérente.

 

Je laisse échapper un cri lorsqu'elle défait la boutonnière de mon jean et ouvre ma braguette, ses longs doigts accédant librement à ma culotte en soie. Je me suis achetée tout plein de lingerie toute neuve la semaine dernière. Elle m'inspire, dans ce département.

 

"Continue", je chuchote, en essayant de faire deux choses en même temps, en bonne accro de travail que je suis.

 

Elle me pousse doucement et puis recouvre mon corps du sien, tout en me débarrassant du reste de mes vêtements. "Plus tard", chuchote-t-elle.

 

Dieu merci, parce que notre conversation ne m'intéresse plus du tout. Ses doigts sont beaucoup plus stimulants. Sans un mot de plus, j'enroule mes bras autour d'elle et me concentre sur la tâche qui m'attend.

 

 

 

  • * *

 

 

 

Couchée sur le côté, avec Kels blottie contre moi, je me rends compte que ce sont les petits gémissements qu'elle pousse qui m'ont réveillée. Elle tremble dans mes bras et je sais qu'elle est sur le point de faire un autre cauchemar.

 

"Chhh, chérie", je chuchote tout en lui caressant les cheveux. "Je te tiens. Tu n'as rien à craindre."

 

Je la serre tout contre moi et continue à lui caresser les cheveux, tout en chuchotant à son oreille. Ça la calme un peu et elle se rendort avant que le cauchemar ne s'empare vraiment d'elle. Elle s'arrête de trembler. C'est merveilleux que de savoir que le son de ma voix arrive à la réconforter.

 

Je jette un coup d'œil au réveil : il est quatre heures et demi. J'inspire profondément, puis referme les yeux pour me rendormir, mais à présent, mon esprit est éveillé et exige que je fasse l'inventaire de tout ce qui s'est passé.

 

Je roule lentement sur le dos, ce qui fait à nouveau protester ma compagne. "Non", gémit-elle en me serrant contre elle, sans pour autant se réveiller.

 

"Je suis là, chérie." Je la garde tout contre moi et elle se blottit sur mon côté, la tête appuyée sur mon épaule.

 

Je fixe le plafond et mon esprit commence à mettre les choses dans l'ordre d'importance.

 

Le type qui harcèle Kelsey l'a vraiment mise sur les nerfs depuis qu'on a découvert que lui et le tueur en série ne font qu'un. C'est normal, remarquez. Moi, j'ai vraiment la trouille pour elle, même si je ne lui dis pas. Il faut que je sois forte pour deux pour l'instant. Sans parler du fait qu'elle est complètement déchirée par l'idée que ce type tue ces filles parce qu'elles lui ressemblent. Elle se sent responsable, même si c'est complètement idiot. C'est pas comme si elle avait demandé à ce malade de les tuer. Ou même encouragé ses attentions. Mais ça ne l'empêche pas de se sentir coupable.

 

Bear et son copain de l'Unité de gestion des menaces bossent vraiment dur sur cette affaire maintenant. Je n'arrive même plus à joindre Bear chez lui pour avoir des nouvelles de l'enquête. Il est soit à son bureau au poste, soit dehors, en train de suivre des pistes. Dieu sait quand il dort, ou s'il dort, d'ailleurs. Je ne pourrai jamais lui rendre la pareille. Même si je le laisse gagner au poker pendant le restant de ses jours.

 

Bien sûr, notre propre relation nous fiche la trouille à toutes les deux, je crois. On veut être ensemble, on en a besoin, mais Kels est parfois vraiment coincée. Et pour être honnête, l'idée d'être monogame me terrifie. Je suis passée d'une personne à l'autre, toute ma vie, alors je ne sais absolument pas comment être la moitié d'un couple. J'espère que ça vient avec la pratique. Et qu'elle me pardonnera pour mes fautes. Je suis sûre que je vais en avoir besoin.

 

Alors on est au Texas, à enquêter sur l'un des trucs les plus mélodramatiques sur lesquels j'ai jamais bossé. Un taré dans le coin récupère des spores d'anthrax sur des pauvres vaches malades pour fabriquer une arme biochimique qu'il compte utiliser contre la population. Ce soir, dans Envoyé Spécial. Tu parles.

 

OK, c'est vrai que j'ai déjà suivi des trucs encore plus débiles qui se sont transformés en super reportages. On aura peut-être de la chance. Si on considère qu'une potentielle dévastation biochimique est de la chance. Dieu, ce que le business peut vous foutre la tête en l'air.

 

Et pour couronner le tout, pour rendre tout ça encore plus désagréable pour Kels, ce petit séjour la bouleverse complètement. Elle était presque en larmes lorsqu'elle est rentrée ce soir. Je crois qu'ils ont dû parler un peu trop de son Pa pendant le dîner.

 

Alors je lui ai changé les idées avec les deux seules choses qui je le savais allaient marcher. Le reportage, et puis moi. Elle a l'air de me préférer. Peut-être que ses priorités sont en train de changer un peu. Je souris en l'embrassant doucement sur le haut du crâne, tandis qu'elle se blottit encore plus contre moi.

 

Est-ce que la vie pourrait devenir encore plus intéressante ? Je regarde la femme endormie dans mes bras, et je suis prête à parier gros que la réponse est 'oui'. J'ai l'impression qu'elle va rendre ma vie intéressante tant qu'elle pourra me supporter.

 

 

 

  • * *

 

 

 

Je jette un coup d'œil vers Harper qui est assise à une table loin de nous, avec Jims et Conrad. Je préfèrerais qu'elle soit avec moi. Je prends une gorgée de thé et puis je retourne mon attention vers ma table et les quatre hommes avec qui je suis en train de déjeuner.

 

Il y a Henry, bien sûr, le meilleur ami de mon Pa et pratiquement un second grand-père pour moi. Et puis il y a Clayton Jackson, le propriétaire du ranch où se trouvent les vaches infectées, qui ont toutes été abattues, et leurs carcasses brûlées. A côté de lui se trouve Andy George, qui travaillait autrefois avec Pa et Henry au Ministère de la défense, et enfin Travis McCall, l'un des amis de mon Pa d'il y a bien longtemps. Ces quatre hommes s'inquiètent tous de voir leur bétail infecté par le virus. Henry leur a dit que j'allais peut-être faire un reportage pour qu'ils puissent obtenir l'aide du gouvernement pour empêcher que d'autres bêtes se retrouvent atteintes.

 

"Kels, tu n'as pas idée à quel point on est fiers de toi", fait Travis en posant sa main calleuse sur la mienne. "Ton Pa serait tellement fier qu'il en ferait exploser tous les boutons de son veston."

 

"Merci. J'aime à penser qu'il serait content."

 

"Content n'est pas le mot, fillette." Henry lève son verre. "On pouvait jamais en placer une quand il se mettait à parler de sa Fifille."

 

Oh mon Dieu, je suis vraiment contente que Harper n'ait pas entendu ça. La dernière chose dont j'ai besoin, c'est qu'elle connaisse les vieux surnoms dont m'avait affublée mon Pa.

 

Je souris à Henry et secoue la tête. "Ben, c'est bien ce que je disais… Pa racontait tout le temps des conneries."

 

"Oh, pas quand il s'agissait de toi, ma chérie. Combien de fois il va falloir que je te le dise pour que tu me croies ?"

 

"Je vous crois. Mais attendez quand même de m'avoir vue en action, OK ?" Je ne suis d'habitude pas si modeste, mais ces hommes me rappellent d'où je viens. Et combien je dois à mon Pa. Il a cru en moi quand je ne croyais même pas en moi-même. Je tourne alors mon attention vers Clayton Jackson. "M. Jackson…"

 

Il lève aussitôt la main. "Clay."

 

Je hoche la tête. "Clay. Vous pensez que vous pourrez m'arranger une entrevue avec le professeur Sams ?"

 

"Oh oui, pas de doute là-dessus. Il vient chez moi demain pour jeter un œil au restant du cheptel."

 

"OK. La première chose dont je vais avoir besoin, c'est un entretien avec lui, en tant qu'expert local. Et puis on filmera quelques interviews avec vous, Messieurs. Demain, ça vous convient ?" Ils sont tous d'accord, après avoir protesté un peu, parce qu'ils ne veulent pas passer à la télé. C'est mignon de les voir inquiets parce qu'ils ont peur de n'être pas assez beaux pour la caméra.

 

Bon, alors il faut maintenant qu'on contacte le professeur Sams demain et voir un peu de quoi il retourne, pour voir si les soupçons de Henry sont justifiés.

 

L'un après l'autre, ils font leurs adieux, nous laissant, Henry et moi, seuls à la table. Il inspire profondément et je vois bien qu'il va se mettre à tourner autour du pot.

 

"Crachez, Henry", je fais pour le taquiner, tout en prenant une gorgée de thé glacé.

 

Il sort une petite boîte de la poche de sa veste et se lève pour partir. "Je me suis dit que tu la voudrais peut-être. Je l'ai gardée pour toi, en espérant que tu reviendrais la chercher, mais tu n'es pas revenue après la mort de ton Pa."

 

Il pose la boîte devant moi, et m'embrasse sur le haut du crâne avant de se retourner et de partir.

 

Je regarde la boîte. Les mains tremblantes, je prends le ruban entre les doigts et je tire. Je soulève le couvercle, et j'en ai le souffle coupé. Alors les larmes se mettent à couler. Je ne pourrais pas les arrêter même si j'essayais.

 

"Oh mon Dieu !" Je soulève la vieille montre oignon en or de mon grand-père. Je la tiens, hésitante, dans la paume de ma main, et je passe le bout des doigts sur les gravures sophistiquées qui ornent le couvercle. J'ai peur que si que je la touche trop, elle va disparaître. Je croyais qu'elle était perdue, vendue par mes parents avec tout le reste après la mort de Pa. Ils ont "liquidé ses biens" à peine son corps enterré.

 

Je pousse le bouton sur le dessus et le couvercle s'ouvre, pour révéler le cadran. Elle marche toujours. Mon Dieu, cette montre doit avoir près de cent cinquante ans, et elle fonctionne toujours. Le temps passe toujours, bien que Pa ne soit plus là.

 

Je remarque un mouvement du coin de l'œil et je me tourne pour trouver Harper qui tire une chaise et s'assied près de moi. Elle pose les main sur ma nuque, et lui donne un petit massage. "Ça va, Gourou ?" Sa voix est pleine d'inquiétude. Je me rends alors compte qu'elle a dû m'entendre pleurer. Je n'arrive pas à parler, alors je lui montre l'oignon.

 

"Elle est magnifique."

 

Je hoche la tête et j'essaie de retrouver l'usage de ma voix. "Elle était à Pa. Je jouais avec quand j'étais petite. Je croyais que mes parents l'avaient vendue. Je ne savais pas que c'était Henry qui l'avait." J'essuie les larmes avant de continuer. "Il faut que j'aille quelque part avant qu'on parte."

 

"Où tu veux."

 

 

 

  • * *

 

 

 

Après avoir déposé Jims et Conrad à la chaîne pour qu'ils puissent se préparer pour les interviews de demain, Harper et moi nous nous rendons à la destination dont j'ai parlé. Elle conduit en silence. Je tiens toujours la montre de Pa dans ma main et je la caresse du pouce, essayant de retrouver le lien qui nous unissait. "Prends à gauche là."

 

Elle obéit sans un mot. Je la regarde et je me rends compte à quel point j'ai de la chance. Mon Dieu, j'espère pouvoir la garder longtemps.

 

"Arrête-toi." Je jette un coup d'œil vers les tombes et j'aperçois tout de suite celle de Ma et Pa. Je me retourne alors vers Harper, et elle me sourit doucement. "Tu viens avec moi ?" je demande.

 

"Tu es sûre ?"

 

"Oui. C'est la seule famille que j'ai à partager avec toi."

 

Elle hoche la tête sans rien dire et sort de la voiture.

 

On avance sur la pelouse impeccable et je prends son bras, pour me rapprocher d'elle autant que je peux. Elle me prend la main et mêle ses doigts aux miens. Lorsqu'on arrive devant la tombe de Pa, elle essaie de me lâcher, mais je ne la laisse pas faire. J'ai besoin de sa force. Je m'agenouille, l'entraînant avec moi.

 

"Bonjour, Pa", je fais, tout en réarrangeant les quelques fleurs qui décorent la tombe. J'ai toujours fait en sorte qu'on y dépose des fleurs fraîches toutes les semaines. "Tu me manques tellement. Je suis désolée de n'être pas venue plus tôt. Mais je ne pouvais pas." J'inspire profondément, essayant de calmer mon cœur qui bat la chamade. "Henry m'a donné ta montre aujourd'hui. Je te promets que j'en prendrai soin. Je sais qu'elle est dans la famille depuis longtemps."

 

Harper s'assied sur l'herbe près de moi, s'installant plus confortablement, prête à me laisser tout le temps dont j'ai besoin.

 

Je me tourne vers ma partenaire. "J'aimerais te présenter quelqu'un. Pa, voici Harper." Je m'assieds près d'elle et elle passe son bras autour de mes épaules. "On travaille ensemble."

 

Je m'arrête. C'est vrai, bien sûr, mais ce n'est pas toute la vérité. "Pa, tu ne m'as jamais jugée, et tu ne m'as jamais haïe pour les choix que j'ai faits dans ma vie. Mon Dieu, ce que j'avais besoin de ton approbation. Je ne vivais que pour ça. Et je crois que tu approuverais mon choix." Les mots sont sortis de ma bouche avant que j'aie eu le temps de les retenir.

 

Je jette un coup d'œil à Harper qui me sourit, ravie. OK, au moins elle n'est pas partie en courant. C'est plutôt bon signe. Je me tourne à nouveau vers la tombe et chuchote : "Elle sait aussi comment envoyer paître tout le monde. Entre vous deux, j'espère pouvoir apprendre quelques petites choses."

 

Je tire sur une mauvaise herbe. "Je suis venue pour te dire combien je t'aime. Et que je t'aimerai toujours. Et à quel point tu me manques. Et pour te dire au revoir aussi, parce que je n'en ai jamais eu l'occasion. Je ne sais pas si je reviendrai un jour, mais sache que je t'aime. Tu seras toujours dans mon cœur."

 

Je me penche en avant et j'embrasse la pierre tombale ; si seulement c'était la joue chaude de mon grand-père… ma main glisse sur le marbre blanc pour la première et dernière fois. Je me relève et Harper glisse les bras autour de moi par derrière, me laissant un moment pour réfléchir en silence. "Tu es prête ?" je lui demande en levant les yeux vers elle.

 

"Juste un truc." Elle s'agenouille et pose la main sur la pierre tombale. Elle chuchote quelques mots, que je n'arrive pas à entendre, et puis embrasse la pierre comme je l'ai fait, et fait le signe de croix en se relevant.

 

J'essuie une larme et prends la main qu'elle me tend. On repart vers la voiture, lentement, tout près l'une de l'autre.

 

"Merci, Kels."

 

"Pour quoi ?" je bafouille. C'est pas comme si je l'avais emmenée s'amuser.

 

"Pour avoir partagé ce moment avec moi."

 

Oh. La famille, c'est important à ses yeux. Je sais ça. "Non, merci à toi, d'être venue avec moi. Tu crois qu'il serait fier de moi ?"

 

"Oh, je n'ai aucun doute là-dessus."

 

 

 

  • * *

 

 

 

Kels est tendue ce soir. Je sais que ce n'est pas à cause de l'interview demain. Elle pourrait le faire les yeux fermés. Non, c'est ce retour aux sources. Je me frotte les mains pour les réchauffer avant de toucher sa peau nue.

 

Je l'ai convaincue qu'une douche chaude et un massage étaient exactement ce dont elle avait besoin pour se détendre. Alors elle est allongée sur le ventre, complètement nue, et elle attend que je la touche. Je vois par la couleur rosée de sa peau que sa douche a dû être très chaude. Je commence par les épaules, lentement et fermement, et je suis récompensée par un petit gémissement.

 

"C'est bon ?"

 

"Umm… hmmmm…"

 

"Tu crois qu'il y a quelque chose derrière cette histoire d'anthrax ?"

 

"Je crois, oui. Henry et Andy sont vraiment inquiets. Ils ont passé assez de temps au Ministère de la défense pour savoir quand il faut s'inquiéter. Ce type doit vraiment être bizarre."

 

"Super. Tu feras bien attention demain", je lui dis en descendant plus bas dans son dos.

 

"Pas besoin", marmonne-t-elle en se détendant sous mes doigts. "J'ai mon garde du corps perso."

 

"Tu l'as dit." Je me penche en avant pour lui chuchoter à l'oreille. "On ne voudrait pas qu'il arrive quelque chose à la Fifille de son Pa."

 

Le grognement qui lui échappe est long et frustré. Le seul problème, c'est que je ris tellement fort que je ne vois pas l'oreiller arriver avant qu'il ne soit trop tard.

 

 

 

< A suivre >

 

 

 

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Table des matières et suite.

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