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INDISCRETIONS-S1P2

Page history last edited by Fausta88 15 years, 7 months ago

 

Traduction

 

INDISCRETIONS

 

Accord parental ignoré

Crédits :

Réalisation : XWPFanatic

Productrice exécutive : Tonya Muir

Scénario : XWPFanatic,TNovan et Tonya Muir

Traduction : Katell

 

 

 

 

DEUXIEME EPISODE : POUDRAGE DE NEZ

 

 

 

Je regarde une dernière fois mon reflet dans le miroir : tailleur gris acier avec un chemisier en soie blanche et des talons de cinq centimètres. Ouais, c'est mon look à moi. Enfin, mon look pro, en tout cas. Mon look perso, c'est plutôt du genre survêt un peu trop grand et t-shirt. Je jette un coup d'œil au réveil près du lit. " Eh merde ! "

 

J'attrape mon sac sur le lit et je me mets à fouiller à la recherche des mes clés tout en me dirigeant vers la sortie. J'appelle l'ascenseur, sans pour autant arrêter mes recherches. " OK, Kelsey, réfléchis… les clés… où sont les clés… " J'inspire en grand coup en comprenant où se trouvent les clés de la Mercedes. " Erik ! Espèce de petit con ! " Je remonte l'escalier vers les chambres, et je remarque bientôt le panneau 'ne pas déranger' accroché à la poignée de la porte d'Erik. Il est évident qu'il a de la compagnie. " J'espère que ton copain n'est pas timide. "

 

J'ouvre la porte en grand. " Erik ? " J'entre et j'allume la lampe de chevet. Mon co-locataire et 'amant officiel' Erik Collins est allongé sur le côté, me tournant le dos, le bras enroulé autour d'un jeune homme qu'il a ramené avec lui la nuit dernière. Je m'assieds sur le bord du lit et je lui tapote l'épaule. " Erik ? " J'essaie au moins de murmurer. Je ne veux pas vraiment réveiller son invité.

 

Il roule sur le dos, ouvrant un œil endormi. " Kels, mon amour. " Il sourit en se frottant les yeux, clignant un peu. Il est beau même au saut du lit : cheveux blonds ébouriffés autour d'un visage anguleux et yeux bleus très pâles. Il me sourit et malgré mon état d'irritation et mon retard, je sens ma colère s'évaporer. Mais je ne vais pas non plus le laisser s'en sortir si facilement.

 

" Arrête tes conneries. Où t'as mis les clés de la Mercedes ? Je suis à la bourre. "

 

" Dans mon pantalon. " Il fait un geste vers la chaise, jetant un coup d'œil à son camarade de chambrée qui est toujours profondément endormi. Je vois d'après le dos musclé et bronzé et les cheveux blonds décolorés qu'Erik aime toujours les jeunes surfeurs, et ça me fait sourire. Il finira bien par grandir un jour, mais pour l'instant, il préfère s'amuser. " Désolée. On est rentrés tard. Je voulais pas te réveiller ", continue-t-il, ignorant mes pensées.

 

Je trouve son pantalon, récupère mes clés, les serrant dans ma main pour étouffer le tintement. " Pas de problème. A plus. "

 

" Hé ? "

 

" Quoi ? "

 

" Je dois déjeuner avec Calvin Alexander tout à l'heure. " Il me sourit de toutes ses dents. " Ma charmante et ravissante fiancée voudra-t-elle m'accompagner ? "

 

" A quelle heure ? "

 

" Deux heures. "

 

J'inspire profondément, passant en revue mon emploi du temps surchargé. " Tu peux passer me prendre au studio ? "

 

" Pas de problème. "

 

" OK, passe vers une heure et demie. Je devrais pouvoir m'échapper et repartir avec toi. Tu sais que Chambers adore nous voir sortit en public ensemble. S'il te voit venir me chercher, il va faire des pieds et des mains pour me faire partir. "

 

" Super. A tout à l'heure, alors. " Je referme la porte de la chambre, quand sa voix me parvient jusque dans le couloir. " Au fait, il faut que tu passes prendre de l'essence. "

 

" Espèce de petit con. " Je marmonne en retournant à l'ascenseur. J'attrape mon sac à main et mon portable au moment où les portes s'ouvrent et où le préposé sort de la cabine.

 

" Bonjour, Ms. Stanton ", fait-il en souriant tout en me tenant la porte. Il est en fait à la retraite. Je ne savais pas qu'il y avait une retraite dans ce genre de métier, mais c'est lui qui me l'a dit avec beaucoup de fierté, de nombreuses fois, au cours des premières semaines qui ont suivi notre emménagement. Il est très élégant dans son uniforme vert forêt aux boutons dorés, et personnellement je le trouve ridicule, mais il est gentil et toujours très poli. Et mieux encore : s'il suspecte la véritable nature de ma relation avec Erik, il n'en a jamais rien dit. Bien sûr, je lui donne toujours de bons pourboires.

 

" Bonjour, Carl. Vous pourriez me rendre un service ? " J'entre dans la cabine et me tourne vers lui. Il est tout sourire.

 

" Mais bien sûr, Ms. Stanton. "

 

" Quand Erik sortira tout à l'heure, arrangez-vous pour le coincer entre deux étages. " Je souris en sortant mes lunettes de soleil de mon sac, et je les glisse sur mon nez.

 

" Je ferai de mon mieux, Ms. Stanton. " Il me fait un clin d'œil et appuie sur le bouton qui nous emmènera jusqu'au parking souterrain.

 

Avant de partir, je lui glisse un billet de vingt dans la main. " Pendant au moins cinq minutes. " Je lui rends son clin d'œil et me dirige vers mon cabriolet Mercedes.

 

 

 

  • * *

 

 

 

Mon assistante me rejoint à l'entrée du studio. Gail est une gentille fille, mais il y a quelque chose en elle qui m'énerve. Il va falloir que je trouve ce que c'est un de ces jours, mais en attendant, je suis en retard et je n'ai pas le temps de penser à quoi que ce soit. Surtout que Gail vient de me fourrer une pile de dossiers dans les bras. " Tu es… " commence-t-elle en ouvrant la porte pour moi. On se précipite dans le couloir qui mène à mon bureau.

 

" Pas un mot. " Je lève la main en guise d'avertissement. " Je sais que je suis en retard. C'est évident que je suis en retard. " Je fouille parmi les dossiers. " C'est quoi le plus urgent dans tout ça ? "

 

" Ben, le plus gros truc en ce moment, c'est cet acteur qui s'est barricadé chez lui ce matin et qui a pris sa petite amie mineure en otage... "

 

" Je ne parle pas du linge sale, Gail. Je parle des vraies infos. "

 

" Ils sont en train d'essayer d'arranger une interview avec le commandant des gardes côtes pour toi avec l'histoire des Kennedy. " (NDLT : référence à la mort de John Kennedy Jr, fils de l'ex-président JFK, qui a trouvé la mort en juillet 99 dans un accident d'avion au large de l'île de Martha's Vineyard, dans le Massachusetts.)

 

" Ouais, ça pourrait être intéressant. " Elle pousse la porte et je me dirige droit vers mon bureau. Je récupère la télécommande perdue sous un autre tas de papiers et j'allume les téléviseurs. Et puis j'inspire un grand coup et je me tourne vers mon assistante. " Je pourrais avoir une tasse de thé, s'il te plaît ?

 

" Pas de problème. "

 

Elle sort et je m'assieds un moment, me relaxant un peu. Je me tourne vers les écrans et me retrouve fascinée par les yeux les plus bleus que j'ai jamais vus.

 

Les lettres au bas de l'écran identifient ces yeux-là comme appartenant à Harper Kingsley, qui est cadreuse chez TrueTV. Dommage, elle était jolie jusqu'à ce que je découvre que c'était une Tabloïde. Après tout, la cervelle, ça compte dans l'équation. Mémo perso : faire passer l'info à Erik.

 

J'en rigole encore quand Gail revient avec mon thé. Je n'aime pas le goût du café, j'ai jamais aimé ça, même si l'arôme me plaît. Chaque matin commence par une tasse d'Earl Grey, avec un nuage de lait. Peut-être que Gail ne m'énerverait pas autant si elle avait compris ça et qu'elle me le préparait avant que j'arrive le matin. Peut-être que c'est trop lui demander. Je choisis de ne plus y penser, tout en la regardant fouiller dans un tas de dossiers posés dans mon panier d'expédition.

 

Gail se tourne ensuite pour sortir, et remarque la merveille aux yeux bleus à l'écran. Mon attention se reporte alors sur ce regard impossible. " C'est la fille dont tout le monde parle. Elle a réussi à faire lâcher son flingue à Sagemore. Elle lui a passé un stylo-torche à la place. "

 

Je fronce les sourcils. " Un stylo-torche ? "

 

" Il était tellement défoncé qu'il a cru que c'était un micro. Elle a tout filmé. "

 

" Evidemment. Ils filment toujours tout. " Je réarrange les papiers sur mon bureau. Je ne sais pas pourquoi ce sujet m'agace autant, mais c'est le cas. Alors je préfère en changer. " Pourquoi le meeting de production a été repoussé ? "

 

" Jessica a eu du nouveau sur son reportage. "

 

Oh, Dieu tout puissant. Je lève les yeux au ciel, et ils montent si haut que j'ai peur un instant qu'ils restent coincés. Jessica Water alias 'Miss Je marche sur les eaux' est le fléau de mon existence au studio. Avant, c'était la seule femme et la seule blonde au journal de dix-huit heures… jusqu'à ce que je sois engagée il y a deux ans. Elle m'en veut toujours.

 

Gail finit quand même par me laisser en paix et je continue à siroter mon thé tout en regardant tous les écrans. Elle avait raison : Harper Kingsley fait son apparition sur chacun d'eux à un moment ou à un autre. Sur un plan en pied, elle a l'air d'être de la même taille que Bruce Adams, de Channel 7. Et je sais par expérience qu'il est bien plus grand que moi. Elle a des cheveux d'un noir profond qui entourent un visage anguleux, et je n'arrive pas à me remettre de la couleur de ses yeux. Malgré moi, je monte le son du poste. Elle répond aux questions d'une voix profonde et rauque. Elle ne montre aucune émotion ni aucun réel intérêt pour toute cette histoire, mais elle fait comme il se doit la promo de TrueTV au passage et ça me fait ricaner.

 

La télévision sensationnaliste me rend dingue. Des prises de caméra soit-disant innovatrices et un manque total de décorum… c'est une invention des médias ; ce n'est pas de l'info. Je ne supporte pas de voir que ce genre de reportages soit en fait une réaction à l'audimat, pas aux vrais événements qui se déroulent dans le monde. Je supporte encore moins de voir que ma chaîne est en train de pousser dans cette direction. La concurrence s'est lancée dans la bataille, à grands coups de plateaux bien voyants et de présentateurs au physique parfait en costumes pastels. Les chiffres de l'audimat montrent que les téléspectateurs aiment ce look branché et qu'on est en train de perdre du terrain face à la concurrence. Je sais qu'il va y avoir du changement ; je le sens comme de la viande pourrie au soleil. Je fronce le nez de dégoût et je finis mon thé avant de retourner mon attention vers la pile de dossiers que Gail m'a passée. Je baisse le son de la télévision, trouvant la grande femme qui y fait encore son apparition distrayante.

 

 

 

  • * *

 

 

 

Pour une fois, Erik arrive à l'heure et je le trouve au milieu de la salle de rédaction en sortant du meeting de production. Jessica, bien sûr, a dominé la réunion et n'a pas arrêté de me lancer de subtiles piques. Elle préfère une production plus risquée et elle ne le cache pas. En fait, elle ne se lasse jamais de préciser que mon attitude plouc et provinciale ne risque pas de vendre l'info dans une ville de cette taille, et qu'il va falloir que je m'y mette comme tout le monde. Elle n'a pas l'air de se rendre compte que je suis là depuis deux ans, que j'ai remporté les deux Emmys de la chaîne, et qu'à la présentation du journal, je la battrais à plates coutures même si j'avais les deux mains attachées dans le dos et les cheveux teints en vert. Bien sûr, c'est mon opinion personnelle et les opinions personnelles, ça ne sert pas à grand-chose dans le monde de l'info quand vous êtes à mon niveau.

 

Alors j'essaie d'ignorer les commentaires de Jessica, et je repère Erik. Il porte un pantalon en toile et une chemise à rayure et une cravate. Il a l'air à l'aise et beau comme un dieu, comme à son habitude, et je souris en le voyant. Je me demande souvent ce qui se serait passé si les choses étaient différentes pour nous deux. Parce que si c'était une femme, je le trouverais irrésistible.

 

Il me rend mon sourire, offrant le soutien dont il sait que j'ai besoin, et je suis en secret tout à fait ravie qu'il soit exactement ce que Jessica veuille mais ne peut pas avoir. Encore mieux, elle croit que c'est moi qui l'ai.

 

Erik se penche vers moi et m'embrasse tendrement, ses lèvres douces effleurant les miennes. " Comment ça va, Kels ? " murmure-t-il en sentant l'était de tension dans lequel je me trouve.

 

" J'ai eu de meilleurs jours, beauté. Et toi ? " Je tire doucement sur sa cravate en lui souriant.

 

Il hausse les épaules, et me fait faire demi-tour, glissant son bras autour de moi. " J'ai eu des problèmes avec l'ascenseur ce matin. J'arrive pas à croire que toi, tu restes jamais coincée dans ce putain d'ascenseur. Je crois que ça doit m'arriver au moins deux fois par semaine. "

 

Je souris, heureuse de savoir que mes vingt dollars sont allés à une bonne cause. " Je pars plus tôt, chéri. Il y a moins de circulation. "

 

" Hmmm ", fit-il en hochant la tête, mais je vois dans ses yeux une lueur qui me dit qu'il se doute qu'il y a anguille sous roche. Ma mauvaise humeur s'évanouit en sa présence.

 

Comme je l'avais prévu, Chambers est ravi de voir Erik dans sa salle de rédaction et il annule aussitôt toutes mes réunions et me presse vers la sortie. Il faut toutefois que je revienne à seize heures pour le journal de dix-sept heures, mais ça me laisse un peu de temps pour m'échapper de la pression qui règne ici. Chambers se tient sur le pas de la porte du bureau et nous fait signe de la main, fier comme un paon, comme s'il était en fait responsable de notre apparente heureuse union. Il adore voir des images d'Erik et moi ensemble sur les autres chaînes : c'est de l'excellente pub pour la chaîne et Erik est bien trop 'in' en ce moment pour être ignoré, même s'il sortait avec la présentatrice de la chaîne concurrente. Quelle chance, Chambers, je marmonne tandis que nous nous dirigeons vers la Mercedes.

 

Erik sert doucement mon épaule puis me relâche, me prenant les clés avant de m'installer dans le siège du passager. En chemin, on parle de Harper Kingsley. J'en ai vraiment marre d'entendre parler d'elle ; son nom est revenu trop souvent sur les lèvres au cours de la journée, et pendant la réunion de production. J'en fais la remarque à Erik et ça le fait rire. Il sait à quel point je hais les tabloïdes. Il fait remarquer qu'elle est vraiment très belle, et c'est à mon tour de rire, parce que je me souviens que je voulais lui dire que la cervelle doit aussi compter dans l'équation. Mais Erik est de son côté, et précise qu'elle est intelligente et a de toute évidence beaucoup de talent. Je ne sais pas s'il le croit vraiment ou s'il essaie de me provoquer. En fait, je m'en fiche, et je refuse de mordre à l'hameçon. Je m'installe plus confortablement dans mon siège et je laisse le vent calmer mes nerfs à vif.

 

Calvin Alexander est ravi de me voir arriver au bras d'Erik et celui-ci doit me sentir me raidir parce qu'il se met à rire. Alexander est gentil, mais un peu trop huileux à mon goût. Il me saute toujours dessus, comme une abeille sur du sucre et ça me donne vraiment envie de le frapper parfois. Pour la millionième fois, je suis reconnaissante de savoir que le public nous voit, Erik et moi, comme un couple sûr. Les avances d'Alexander seraient encore moins supportables s'il savait que je suis en fait célibataire. Ses ouvertures sont pour le moment celles d'un homme plein d'espoir qui attend que l'élu ne se casse la gueule.

 

Calvin se penche galamment en avant, me prend la main et l'embrasse, me chatouillant la peau de sa moustache broussailleuse. Si seulement il savait que j'ai une sainte horreur des barbes et des moustaches. Je lui souris, sachant que cette réunion est importante pour Erik. Je me demande si je suis en train de me prostituer en jouant ce rôle et en riant aux plaisanteries d'Alexander, tout ça pour acheter à Erik sa place dans une grosse production.

 

Ce n'est pas qu'Erik ait besoin de mon aide, remarquez. Son allure et son véritable talent d'acteur en font un atout sur n'importe quel marché. Il a fait toute une série de films moins connus, quelques apparences dans des séries télé, mais voilà sa vraie chance de joueur dans un blockbuster. Tourner dans un film d'Alexander lui permettrait de décrocher ensuite un rôle dans le script de son choix et je ferai de mon mieux pour que tout se passe bien. Il le mérite.

 

Erik me sourit chaudement, sachant à quoi je pense vraiment, tandis que je ris à une autre des blagues idiotes de Calvin. Mon co-locataire et meilleur ami soulève ma main et la place sur sa joue fraîchement rasée, pour me montrer à quel point il apprécie mon geste ; alors je lui rends son sourire. Oui, si seulement les choses étaient différentes. Mais ce n'est pas le cas, et nous n'avons pas d'autre choix que d'être ce que nous sommes, même si nous le cachons derrière une fausse relation.

 

 

 

  • * *

 

 

 

Le déjeuner se passe bien et Erik est ravi. Il s'excuse alors pour aller aux toilettes. Ce qui me laisse seule avec Alexander. Dès qu'Erik a disparu, il s'approche, un peu trop près ; j'aimerais vraiment qu'il soit ailleurs. Mais je lui souris et je bats mes paupières, me servant de mes yeux émeraude à mon avantage. Je n'ai aucune honte, je n'en ai jamais eue.

 

" Alors, Kelsey, ma chérie ", fait-il en me lorgnant sans gêne, posant une main malvenue sur mon épaule. Je me retiens de la repousser. " Vous et Erik, vous êtes… ensemble depuis combien de temps ? "

 

Je souris avant de répondre, passant mes doigts agiles dans mes cheveux parfaitement permanentés, faisant gonfler ma frange. Je me dis en passant que j'ai besoin de les faire couper un peu. Je sais que Calvin connaît la réponse à sa question, mais je lui réponds quand même. Notre vie privée n'est pas vraiment privée avec le métier qu'on fait. " On s'est rencontrés il y a trois ans. " Je réponds en souriant comme si j'étais éperdument amoureuse. J'aurais pu être actrice, moi aussi. Erik me le rappelle toujours quand on joue à ce petit jeu-là. " On vit ensemble depuis deux ans environ. "

 

" Et vous avez des projets d'avenir ? "

 

J'ai vraiment envie de dire à Alexander qu'il n'a pas une chance. Non seulement il est lourd, trop poilu, et trop rond à mon goût, mais en plus, c'est un homme. Sans parler du fait qu'aux yeux du public, pour des raisons pratiques, je suis dans une relation durable avec un autre. Ce que cet homme suggère n'est ni plus ni moins un adultère. Mais je ne dis rien et préfère hausser les épaules, sa grosse main lourde toujours posée là. " Nos parents respectifs n'ont pas eu des mariages très heureux. Nous n'avons pas envie d'adopter cette institution et de tout gâcher. "

 

C'est une bonne réponse, une à laquelle on a pensé il y a longtemps. L'explication tient la route, puisque nos familles sont en effet séparées et nos parents ne s'adressent pas la parole. Mais malgré mon attitude cynique face aux relations et au mariage, il y a toujours quelque chose en moi qui veut encore trouver cette personne, celle à qui je donnerai mon cœur. Au plus profond de moi, je suis encore persuadée qu'il y a quelqu'un qui m'est destiné, et qui peut aimer autant que moi et avoir assez de foi pour nous deux. Je suis reconnaissante à Erik de m'avoir montré l'amour et l'amitié qui me permettent au moins d'espérer un futur meilleur.

 

Calvin raconte quelque chose à propos de ses parents et son premier mariage, mais je ne l'écoute pas. Je voudrais bien qu'Erik revienne maintenant, et il est là immédiatement, sentant ma détresse comme toujours. Il m'embrasse doucement sur la joue, en murmurant ses excuses pour m'avoir abandonnée. Je ris et le pousse gentiment.

 

" Espèce de petit con ", je chuchote et ses yeux clairs brillent d'humour.

 

Nous faisons nos adieux à Alexander et le remercions de nous avoir accordé de son temps. Le producteur promet d'appeler l'agent d'Erik. Notre déjeuner a été un vrai succès, et nous regagnons la Mercedes pour retourner au bureau.

 

 

 

  • * *

 

 

 

Le flash de dix-sept heures frôle la catastrophe, à cause d'un mélange de cassettes et d'un téléprompteur un peu trop lent. Les séquences en direct n'ont pas trop bien marché non plus et le réalisateur tapait du pied et criait sur tout le monde. J'attends maintenant le journal de dix-huit heures, en espérant que nous aurons plus de chance. Je tripote mon oreillette et jette un coup d'œil vers le téléprompteur. Puis je lisse les plis de ma veste en soie grise.

 

Je comprends que la chance nous a nous aussi abandonnés quand ils passent au second reportage et bien que ce soit la bonne cassette, la qualité de l'image est limite amateur. La scène n'est ni intéressante ni intrigante et il est évident que Jessica n'a pas expliqué clairement ce qu'elle voulait au cadreur ou qu'on a vraiment besoin de nouveaux cadreurs. J'avale un grognement et je souris faussement pour les caméras. C'est parti. Il y a des jours ou je déteste vraiment mon job.

 

 

 

  • * *

 

 

 

Je suis devenue experte à boire lentement mon verre ; personne ne fait ça mieux que moi à Los Angeles, je n'ai aucun doute à ce sujet. Erik me regarde d'un œil torve pendant que je sirote mon White Russian : beaucoup de crème et de kahlua, pas trop de vodka, merci beaucoup. C'est plus de l'eau glacée qu'autre chose en fait, mais ça me convient très bien.

 

" Hé ". Erik sourit et vient s'asseoir près de moi. Il a commandé un martini, ce qui est en général ce que les gens demandent dans un bar à martini, mais j'ai horreur du vermouth. Rien que de le sentir sur son souffle, ça me dégoûte et je fais la grimace. Ce petit con me souffle exprès dans le nez.

 

Je grogne : " Quoi ? "

 

" Kels, remets-toi. C'était pas si mauvais ", fait-il gentiment. Il parle du journal, mais je sais que c'était mauvais, pire que mauvais. Heureusement, la ville tout entière est captivée par Harper Kingsley et personne n'a sans doute remarqué à quel point on était mauvais.

 

" Comme Boys on the Beach était pas si mauvais. " Je regrette immédiatement cette pique. Il mérite mieux que ma mauvaise humeur et mes remarques désobligeantes. Boys on the Beach est la seule chose qu'Erik ait faite dont il ait honte. C'est un film de plage idiot avec des ados en maillots de bain qui essaient de monter une ligue de beach volley. Beaucoup de gens pas trop habillés, rien dans le cigare, et c'était le premier vrai job d'Erik dans le business. On n'en parle jamais et en parler maintenant est une tentative éhontée de ma part de lui mettre le moral au même niveau que le mien : zéro. Je peux faire ça à n'importe qui d'autre, et je ne m'en prive pas, mais je n'ai pas le droit de faire du mal à Erik ; j'ai dépassé les limites que je me suis fixées.

 

Dans ses yeux, je vois une légère douleur, mais il ne dit rien et ne se met pas en colère.

 

Je soupire. " Je suis désolée. C'était dégueulasse. "

 

" Ouais, c'est vrai. Mais je te pardonne. " Il sourit. " Pourquoi tu te détends pas un peu ? On n'a que des amis, ici. " Il montre de la main le bar autour de nous et les gens qui y sont assemblés.

 

" Ce sont tes amis à toi. " Je ne connais pas ces gens ; ce ne sont que des connaissances d'Erik. On est tous en costume-cravate et on boit déjà, le lundi soir. C'est notre bar habituel et le groupe est composé de journalistes et d'acteurs. On s'assied sur des tabourets ou aux tables pas loin, on sirote des martinis, et on parle de notre journée et de nos vies comme si ça intéressait quelqu'un. L'ambiance générale est huppée mais feutrée. C'est là qu'on est le mieux à notre place, que ça nous plaise ou non. Les gens flirtent un peu ici, mais pas trop, et tout reste strictement hétéro. Je sens la nausée monter en moi, comme quand j'étais gamine et que je sentais que je n'étais pas à ma place. Comme quand je voulais rentrer à la maison et aller m'asseoir toute seule dans ma chambre. En fait, ça me plairait bien en ce moment.

 

" Ce sont nos amis, à nous. "

 

Je lève un sourcil qui lui dit clairement que je ne le crois pas. Il connaît la vérité. Souvent, il essaie de l'ignorer, et de croire qu'on a notre place dans le show-business tout public, mais il a tort. Erik et moi, on s'est promis il y a longtemps qu'on pourrait mentir aux autres, mais pas à nous-mêmes. J'essaie de lui faire comprendre en ce moment qu'il est en train de rompre sa promesse.

 

Erik me sourit et se penche vers moi. Je pose mon verre et le serre dans mes bras.

 

" Merci ", chuchote-t-il.

 

" Pour quoi ? "

 

" M'obliger à rester honnête. "

 

" Tu sors ce soir ? "

 

" Nan ", fait-il en se redressant. Il prend une gorgée de son grand verre.

 

" Comment était ton mignon d'hier soir ? " Je souris lubriquement.

 

Erik rit et secoue la tête. " I feel good, nah nah nah nah nah nah ", chantonne-t-il doucement en bougeant un peu les hanches. J'éclate de rire. Quoi qu'il arrive, il me fait toujours rire.

 

Ce faisant, j'attire l'attention des gens autour de nous. Ils ne savent sans doute pas que je sais rire, et pensent probablement que cette capacité m'a été retirée à coups de bistouri quand j'étais petite. J'ai plein de surnoms différents et je m'en fous pas mal. Il n'y a qu'Erik qui me connaisse vraiment, et je ne suis pas encore sûre de savoir comment il y est arrivé.

 

J'ai été élevée dans une famille où l'affection n'était pas souvent offerte et bien souvent retenue. J'ai appris que pour avoir du succès dans le monde du travail, je ne pouvais pas avoir d'émotions ni de sympathies. Et on m'a appris à un très jeune âge comment ignorer les sentiments des autres et comment dissimuler les miens. Certains m'ont appelée 'mangeuse d'hommes' parce qu'avant de rencontrer Erik, je changeais de mec tous les mois. Je les prenais et puis je les jetais, tout pour la façade. Ça fait rire Erik maintenant, parce qu'il trouve ce surnom particulièrement ironique. Au moins, avec lui, plus besoin de faire semblant ou de faire des choses que je n'ai pas envie de faire.

 

Je pense à tout ça quand un acteur au chômage crie depuis l'autre côté de la pièce et demande au barman de monter le son de la télé au-dessus de nous. Je lève les yeux et je grogne en voyant Harper Kingsley qui me regarde de là-haut.

 

Erik se met à rire et me donne un petit coup dans les côtes. " C'est une goudou, tu sais. "

 

" Et tu sais ça comment ? "

 

" Oh, elle s'en cache pas. Elle aurait plus vite fait de se faire tatouer un drapeau arc-en-ciel sur le front. On dit aussi que c'est une chaude lapine, une gonzesse toutes les nuits, et elles en redemandent. "

 

" Mais où tu entends toutes ces conneries, Erik ? " Je secoua la tête et suce un glaçon avant de le croquer entre mes molaires trop sensibles. Je sais ce que le glaçon est censé signifier, et je lance un œil noir à Erik, lui interdisant de faire un commentaire. Il obéit.

 

" Ici et là, tu sais… on a des amis communs. "

 

Erik passe beaucoup plus de temps dans sa vie secrète que moi, alors je sais qu'il a sans doute raison. Je lève la tête vers ces yeux bleus et la regarde, fascinée, pousser une mèche de cheveux noirs derrière son oreille. Sa main est grande mais bien sculptée ; les doigts sont longs et fins. Il y a plein de choses que des doigts comme ça peuvent faire, et bien faire, je dois bien l'admettre, avant que le rire d'Erik n'attire à nouveau mon attention.

 

" Elle te plaît. "

 

" Oh, je t'en prie ", je réponds, offensée. " C'est une tabloïde, elle filme pour le fric, pas pour l'info. Elle ferait n'importe quoi pour l'audimat. "

 

" Et tu es au-dessus de ça, Kels ? " fait-il pour me taquiner.

 

Je hoche la tête. " Tu sais bien que oui. "

 

" Elle te plaît quand même. Admets-le. "

 

Je lui lance un regard noir. Il croit que j'ai envie de coucher avec toutes les femmes que je vois. Il croit que parce que je ne m'envoie pas en l'air tous les deux jours, ma libido doit être incontrôlable. " J'admets qu'elle est superbe. Mais ça ne suffit pas, et tu le sais bien. "

 

Il hoche la tête, tout en me regardant. " Un jour, Kels ", murmure-t-il. " Un jour tout s'arrangera. Tu rencontreras la personne qui verra ton cœur tel que je le vois. "

 

Sa sincérité me laisse sans voix. Comment sait-il ça ? J'en ai assez de ce bar et de ces gens et de ces verres bien trop chers. J'en ai assez de ma vie sans intérêt et de mon lit où je dors seule et de cette carrière que j'ai choisie et qui m'oblige à afficher un style de vie que je méprise. Je soupire. " On rentre ? "

 

Erik repose son verre et me prend la main. Même s'il fait de son mieux pour me donner un semblant de vie sociale et me traîner dans les bars dès que notre emploi du temps le permet, tout ce que j'ai à faire, c'est lui dire que j'en ai assez. On a fait notre apparition ce soir, pour les médias et pour nos pairs, et il est temps de rentrer.

 

" Avec plaisir ", fait Erik en me serrant les doigts.

 

< A suivre >

 

 

 

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Avertissement d'ordre juridique.

 

Bien que cette série soit inspirée par quelques faits réels, il s'agit d'une œuvre de fiction et les références à des personnes ou des organisations réelles ne sont incluses que pour donner un certain air d'authenticité. Tous les personnages, principaux ou secondaires, sont entièrement le produit de l'imagination des auteurs, ainsi que leurs actions, motivations, pensées et conversations, et aucun des personnages ni des situations qui ont été inventées pour eux n'ont pour but de représenter des personnes ou des événements réels. En particulier, les descriptions des chaînes de télévision CBS et NBC ne sont pas destinées à représenter ces sociétés, ou aucune des personnes y travaillant, mais sont seulement utilisées afin d'apporter un sentiment d'authenticité à cette œuvre de fiction.

 

 

 

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Table des matières et suite.

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