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INSURRECTION3

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INSURRECTION

 

De Sword'n'Quill ((Susanne Beck))

 

SwordnQuil@aol.com

 

écrit avec T Novan et Okasha

 

 

Traduction : Kaktus et Fryda

 

Table des matières

 

 

 

 

 

TROISIEME CHAPITRE

 

 

 

 

 

“J’ai lu les nouvelles aujourd’hui. Oh mon garçon… » LES BEATLES

 

 

 

1.

 

 

 

Les androïdes ridiculisés par le Comité.

 

 

 

New York (New York Post) Le président du comité directeur de la Nouvelle Robotique, Howard Mexenbaum, a publié aujourd’hui un communiqué de presse, déclarant que l’invention révolutionnaire de Peter Westerhaus n’est pas plus révolutionnaire « qu’un costume d’Halloween pour enfants ». Monsieur Mexenbaum a aussi dit « qu’il était évident pour quiconque ayant les yeux en face des trous que cette histoire d’androïdes n’était qu’une vaste plaisanterie et que George Lucas avait montré plus d’ingéniosité en habillant un nain avec le costume de R2D2 que Westerhaus en a jamais montré au peuple américain avec ses inventions.

 

 

 

Dans une interview privée, Mr Mexenbaum a admis ne pas avoir vu l’androïde en question mais qu’il avait entendu des comptes-rendus unanimes sur l’invention de Westerhaus.

 

 

 

Le communiqué précise aussi que le comité prépare une lettre pour la Présidente, lui demandant que le FBI et si possible la CIA ouvrent une investigation à propos de ce « cirque moderne. ».

 

 

 

 

 

La Présidente est « complètement convaincue ».

 

 

 

Washington DC (AP)

 

Dans sa conférence de presse aujourd’hui, madame la présidente Hillary Clinton a déclaré qu’elle était « complètement convaincue » que les androïdes de Peter Westerhaus étaient « un produit original et sérieux. »

 

 

 

Un peu plus tôt dans la journée, en conférence privée, Westerhaus a dévoilé deux prototypes, affectueusement appelés C4PO et R2D3, en une sarcastique réponse envers les propos accusateurs de Howard Mexenbaum. Selon la rumeur, la Présidente a montré un intérêt plus que respectueux quand les androïdes se sont avancés vers elle, lui ont serré la main en l’appelant par son nom, puis sont retournés près de leur créateur. L’un des androïdes aurait demandé à la Présidente si elle voulait qu’il s’occupe du grincement de la porte menant au bureau ovale. On ne sait pas ce qu’elle aurait répondu.

 

 

 

Quand on lui a demandé si elle serait la première à acheter un androïde quand ils seraient commercialisés, la Présidente a souri et déclaré : « Non, j’ai Bill pour tout ça. »

 

 

 

 

 

Les robots domestiques de Westerhaus

 

 

 

New York (AP) Westerhaus Inc. a annoncé aujourd’hui l’inauguration officielle de son nouveau robot domestique surnommé ‘Domestique Marie.’ « Nous sommes fiers d’offrir aux ménages américains la meilleure main d’œuvre économique depuis l’introduction de la machine à laver. » a déclaré la porte-parole de la compagnie Melinda Deliganis. « Ce robot est un modèle perfectionné qui peut accomplir tous les travaux ennuyeux tels que le ménage, la cuisine, toutes les tâches routinières et même emballer des paquets. Il peut avancer à une vitesse de 2 kilomètres par heure et ne sera jamais fatigué. »

 

 

 

Melinda Deliganis a décrit la tentative de Microsoft de développer un programme chargé de rivaliser avec leur robot comme « hors de propos ». « C’est nous qui en avons la propriété technologique. S’il est vrai que ces premières « Domestiques Marie » seront très onéreuses au départ, nous espérons que la demande fera baisser les prix d’ici les huit prochains mois. »

 

 

 

 

Les évêques déclarent qu’il n’y a pas d’implications religieuses.

 

 

 

Washington (MSNBC) Dans une interview avec la chaîne MSNBC, le Révérend William S. MacDermott, évêque de l’Eglise épiscopale des Etats-Unis, a déclaré catégoriquement que l’introduction d’androïdes ‘ne posait aucune question théologique.’ « Est-ce que votre voiture vous en pose ? » a demandé l’évêque. « Et votre réveil ? Un robot est une machine, un bien qui peut être acheté et vendu. Du matériel de base et des circuits électriques. Rien de plus. »

 

 

 

En réponse au télé-évangéliste Pat Robertson qui décrit les androïdes comme « une œuvre du diable », l’évêque a raillé : « Je ne serais pas surpris que le Révérend Robertson en ait un en train de tondre sa pelouse d’ici le 4 juillet. »

 

 

 

 

Les domestiques royaux remplacés par des robots ?

 

 

 

Londres (Reuters) Un porte-parole de la reine Camilla n’a pas voulu confirmer ou dénier le fait que les domestiques du Palais ainsi que le personnel de maintenance allaient être remplacés par des androïdes. « Sa majesté apprécie les changements technologiques et, comme vous le savez, accorde plusieurs bourses d’étude à des étudiants prometteurs se lançant dans l’électronique. Mais cela n’a rien à voir avec le manque actuel de domestiques. »

 

 

 

Le Palais n’a fait aucun commentaire sur la remarque ironique de Jay Leno dans son émission, à savoir que le Prince Charles avait été un des premiers modèles d’androïdes pour les tests de Westerhaus.

 

 

 

 

 

Les fidèles de Phelps interrompent une cérémonie de commémoration.

 

 

 

Minneapolis (CNN). Jedadiah Phelps, le petit-fils de feu Fred Phelps, Révérend chef de l’Eglise Baptiste de Westboro, a réuni aujourd’hui quelques fidèles pour protester lors d’une cérémonie de commémoration à Minneapolis.

 

 

 

Brandissant des pancartes et criant des slogans tels que « Dieu hait les androïdes ! », le groupe d’une vingtaine de personnes a réussi à interrompre deux fois la cérémonie avant que la police n’intervienne pour leur faire quitter les lieux.

 

 

 

La cérémonie, présidée par le Maire Taylor commémorait les actions héroïques de l’androïde 77-EDY-823 (Eddie) durant les récents incendies survenus dans la ville. Il a été rappelé que le droïde-pompier Eddie avait sauvé 33 vies humaines, 5 chiens, 17 chats, deux oiseaux et un chinchilla durant les trois jours qu’ont duré les incendies.

 

 

 

 

Annonce du secrétaire à la Défense concernant des soldats androïdes.

 

 

 

Washington (AP) Le secrétaire à la Défense Humberto X. Palacios a annoncé aujourd’hui que les tests effectués avec des androïdes d’infanterie avaient montré un succès étonnant. Ces nouveaux modèles, développés par Westerhaus en collaboration avec la société Boeing Défense, ont dépassé tous les espoirs en montrant de réelles capacités : agilité dans le maniement des armes et la reconnaissance des cibles, exactitude et faculté de déploiement rapide. « Le jour n’est plus très loin où nos jeunes soldats n’auront plus à faire face à l’ennemi. » Palacio a déclaré que si ces nouveaux modèles montraient les mêmes capacités en condition de combat, ils seraient utilisés dans l’armée dès l’année prochaine.

 

 

 

A la question de savoir si ces soldats androïdes pouvaient représenter un danger pour le peuple américain, Palacio a répondu : « Ces androïdes seront utilisés dans des conditions spéciales et sous stricte surveillance. Ils ne seront jamais en contact avec les civils. »

 

 

 

Une remarque sceptique du Docteur Kirsten King, expert en robotique pour le gouvernement, au sujet du risque de « la fureur androïde » n’a pas été commentée par Palacio.

 

 

 

 

Des troupes d’androïdes déployées dans le Golfe.

 

 

 

Camp David (Reuters) Le Guardian a appris aujourd’hui que la présidente Clinton a ordonné le premier déploiement d’une troupe d’infanterie androïde dans le Golfe la semaine prochaine. « Comme vous le savez, j’ai hérité de cette guerre. » a déclaré Madame Clinton. « Maintenant, j’aimerais qu’elle cesse. »

 

 

 

 

Demande d’annulation de médaille.

 

 

 

Copenhague (Reuters) Ekaterina Petrovna Schevaryedna, médaillée d’argent aux Jeux d’Hiver 2014, a déposé une plainte contre la patineuse américaine Britney Chunk, qui a bouleversé le classement russe habituel hier soir. Schevaryedna prétend que sa concurrente est un robot et qu’elle doit être disqualifiée.

 

 

 

Le comité olympique a déclaré ce matin que Chung avait consenti à passer aux Rayons X et s’était soumise à un contrôle sanguin. Officieusement, un des commissaires a plaisanté en disant « qu’au moins, c’était plus facile que de traiter avec des juges corrompus. »

 

 

 

 

 

Un androïde attaque un conducteur.

 

 

 

Kalamazoo (MSNBC) Aujourd’hui, un androïde aurait agressé le conducteur d’un véhicule qui avait traversé devant lui dans une rue de la ville. Ni le nom du conducteur ni le modèle de l’androïde n’ont été révélés au public. Les détails de l’incident restent vagues.

 

 

 

 

Un androïde sauve la vie d’un enfant.

 

 

 

New York (AP) Un enfant de sept ans a été sauvé de la noyade par un androïde, après être tombé dans l’eau glacée de l’Hudson, d’une hauteur de 15 mètres.

 

 

 

Le garçon, John Hamilton, était en excursion avec sa classe pour visiter le pont George Washington quand il a passé par-dessus le rebord. L’androïde XKJ152-67-A-245-TOM, témoin de l’accident, a plongé dans la rivière et lui a sauvé la vie.

 

 

 

« J’ai eu très peur quand je suis tombé. » a déclaré Hamilton depuis le lit d’hôpital où il se remet de sa chute. « Mais, une fois dans l’eau, tout est devenu noir et froid. Je ne me souviens pas du droïde qui m’a sauvé, mais je lui suis très reconnaissant. »

 

 

 

Selon les médecins, le jeune garçon est tombé immédiatement en hypothermie à cause de la basse température de la rivière. En effet, les météorologues ont estimé qu’étant donné l’hiver rigoureux de la Côte Est, la température de l’Hudson est actuellement entre 0 et 15 degrés.

 

 

 

L’androïde TOM a déclaré qu’il n’avait pas réfléchi à son code moral avant de plonger. Bain, un androïde ouvrier, travaillant sur le pont, non loin du point où l’enfant est tombé, a expliqué : « Cela semblait la chose à faire. Mais je ne suis pas programmé pour sauver des vies humaines. »

 

 

 

Bain est un nouveau prototype, modèle XHJ152. Il devra terminer le travail qui lui a été assigné avant que son code de jugement moral soit testé.

 

 

 

 

 

 

 

« Pourquoi avoir fait ça, Peter ? » demande Kirsten d’une voix douce, en regardant une vieille photo sur une coupure de journal, montant le minuscule Westerhaus posant sur un yacht, entouré par plusieurs blondes platines, glissant sur lui comme de voluptueuses gouttes de sueur. « Vous aviez tout, et même plus. Pourquoi cela ? Pourquoi maintenant ? »

 

 

 

En soupirant, elle referme l’album contenant les coupures de journaux et le repose parmi la douzaine d’autres qu’elle a emmenés avec elle dans sa fuite.

 

 

 

Elle soupire à nouveau en éteignant la lampe torche et s’enfonce dans son siège. Le ciel nocturne est lumineux, les étoiles ressemblent à des bijoux accrochés négligemment sur une tapisserie de velours. Elle regarde le ciel à travers le pare-brise, perdue dans ses pensées.

 

 

 

Un des articles avait raison, bien sûr. Kirsten King a toujours été une sceptique sur beaucoup de sujets et spécialement sur celui des androïdes. Les fanatiques religieux et les compagnies concurrentes jalouses ont chanté ses louanges lors de ses premières déclarations publiques concernant les créations de Westerhaus. Les autres l’ont regardée comme si une deuxième tête lui avait poussé en une nuit. La plupart de ses collègues se sont mis à rire d’elle derrière son dos et l’ont affublée du surnom affectueux de « Petite poule mouillée ». Pas parce qu’ils pensaient qu’elle avait peur, mais parce qu’ils ne comprenaient pas sa soudaine propension à crier « Au loup ! ».

 

 

 

« J’avais raison. »

 

 

 

Sa voix est étrangement forte dans l’absolu silence de la nuit, et son souffle embrume le pare-brise, brouillant la vue.

 

 

 

Etouffant un bâillement de la main, Kirsten étire ses épaules et son dos endoloris, pliant et dépliant sa nuque de haut en bas, en l’entendant craquer avec un grognement de satisfaction. Derrière elle, Asimov gémit dans son rêve et change de position.

 

 

 

 

« Allez, le chien, » dit-elle en se retournant vers son compagnon endormi, « Il est temps de… »

 

 

 

Le son du verre brisé la coupe net. Avant de pouvoir réagir, Kirsten sent une main la saisir par les cheveux et la tirer rudement en avant, frappant sa tête contre le tableau de bord. Sa vision se brouille immédiatement.

 

 

 

Elle laisse échapper un souffle qui ressemble plutôt à un cri et son instinct de survie l’emporte, teinté de vengeance. Elle rejette la tête en arrière et roule de côté sur le siège.

 

 

 

Elle se recule quand un second bras fait éclater la vitre du côté passager, projetant des éclats de verre brisé sur son visage et ses vêtements. Cette fois, elle pousse un vrai hurlement et plonge en arrière sur le siège.

 

 

 

Asimov saute par-dessus elle et saisit entre ses crocs puissants le bras qui cherche à ouvrir la portière

 

Tirant ses jambes de sous le corps du chien, Kirsten tente de saisir les clefs, qui sont toujours sur le contact, mais on attrape à nouveau ses cheveux et elle est tirée si brutalement que son corps heurte la portière en lui coupant le souffle.

 

 

 

Le monde devient gris l’espace d’un instant, avant de retrouver sa réalité.

 

 

 

Je vais mourir.

 

 

 

Cette pensée est dénuée de toute émotion et une partie d’elle-même se demande si elle n’est pas déjà morte et qu’il ne reste d’elle qu’un vague fantôme hantant sa camionnette.

 

 

 

« Je ne crois pas aux fantômes. »

 

 

 

En serrant les dents, elle se jette à nouveau en arrière mais un bras puissant la saisit sauvagement à la gorge et entreprend de l’étrangler.

 

 

 

Sa main droite tente désespérément d’atteindre les clefs, mais tout ce qu’elle parvient à faire, c’est effleurer le volant du bout des doigts. Des taches rouges passent devant ses yeux. Elle essaie encore, de toutes ses forces.

 

 

 

Rien.

 

 

 

Sa main glisse sur le volant pour revenir se poser près d’elle. Ses doigts se referment alors sur un objet en métal que son cerveau privé d’air ne parvient pas à identifier. Par pur instinct, elle le saisit et parvient à presser sur la gâchette du revolver, encore et encore, jusqu’à ce que le chargeur soit vide.

 

 

 

Profondément choquée et temporairement sourde à cause des coups de feu, Kirsten réalise enfin que le bras autour de sa gorge ne serre plus. Elle sent son cœur battre dans sa tête quand le sang recommence à circuler normalement.

 

 

 

Elle respire plusieurs fois de longues goulées d’air froid, puis se redresse, laisse tomber le revolver et attrape enfin les clefs. Cette fois, ses doigts atteignent leur but du premier coup et la camionnette démarre avec un bruit sourd.

 

 

 

« Asimov, lâche-le ! » crie-t-elle en appuyant sur la pédale des gaz. Le chien et sa maîtresse se retrouvent collés à leur siège quand la camionnette est projetée en avant. Le crissement des pneus est accompagné par l’odeur du caoutchouc brûlé. Le véhicule glisse l’espace d’une seconde sur une plaque de glace, mais repart à grande vitesse, comme s’il était poursuivi par Lucifer lui-même.

 

 

 

Son attaquant est toujours accroché sur le montant de la portière. Des bris de glace s’enfoncent dans les paumes de ses mains insensibles, mais il tient bon. Kirsten n’essaie même pas de le déloger, sachant qu’elle n’aura pas assez de force pour le faire. Elle préfère garder son attention sur la route et accélérer.

 

 

 

Un sourire dénué d’humour éclaire son visage quand elle aperçoit une autre camionnette garée dans un virage sur sa gauche. Elle tourne brièvement le volant.

 

 

 

« Crève, espèce de trou du cul ! »

 

 

 

Une deuxième secousse sur le volant et le côté de la camionnette heurte l’autre véhicule dans un crissement de métal et de peinture éclatés. Puis la camionnette s’écarte.

 

 

 

Kirsten jette un coup d’oeil sur la gauche et constate avec joie que tout ce qu’il reste de son assaillant sont ses deux mains encore accrochées au bord de la fenêtre.

 

 

 

A côté d’elle, Asimov jappe et Kirsten ramène son attention sur la route juste à temps pour voir un camion parqué au beau milieu de la rue.

 

 

 

« Oh, meeeeerrrr….. »

 

 

 

Elle tourne violemment le volant, tentant de faire virer la camionnette sur la droite, alors qu’elle roule encore à au moins 80 km/h.

 

 

 

« …meeeerrrr….. »

 

 

 

La camionnette se retrouve sur deux roues pendant un court et terrifiant moment avant de se remettre d’aplomb.

 

 

 

« …eeerrrrd…. »

 

 

 

Les quatre roues quittent la route mais évitent le camion d’un cheveu.

 

 

 

« …erddeeee !! »

 

 

 

 

Les roues avant atterrissent en premier et la tête de Kirsten est précipitée en avant, heurtant le volant et ouvrant une entaille sur son front. Asimov jappe quand il est projeté contre la boîte à gants puis rejeté en arrière sur le siège où il s’écroule, gémissant sous la douleur.

 

 

 

 

Puis les roues arrière atterrissent et la tête de Kirsten est propulsée en arrière. Un large éventail de sang reste appliqué sur le pare-brise et contre le plafond. La camionnette

 

continue sa course folle dans une rue étroite, qui s’élargit pour se transformer en rampe d’autoroute.

 

 

 

Kirsten agrippe le volant, clignant des yeux pour ôter le sang qui l’empêche de voir. Elle laisse échapper un soupir de soulagement quand la camionnette s’élance sur l’autoroute, mais retient son souffle lorsque les pneus glissent sur une autre plaque de glace.

 

 

 

La glissade s’arrête brutalement contre la bordure en acier, lacérant le côté de la camionnette de bout en bout. De la peinture et du métal sont à nouveau sacrifiés sur l’autel de la destruction et le véhicule finit par s’arrêter en travers de l’autoroute.

 

 

 

Kirsten ne bouge pas, son esprit tentant de mettre en ordre les derniers événements. Elle passe une main sur son arcade sourcilière ensanglantée et tressaille sous la douleur. « Ça va, mon chien ? » demande-t-elle à Asimov. Les oreilles de l’animal se dressent puis il se lève et vient lui lécher le visage. Cela la chatouille et elle rit avant de le repousser. C’est un rire un peu effrayé et nerveux.

 

 

 

Elle fouille dans sa poche et en sort un large mouchoir qu’elle passe délicatement sur son arcade avant de le nouer autour de son front sur la coupure. Elle devra s’en contenter pour l’instant, elle n’a pas le temps de s’en occuper plus longtemps.

 

 

 

La camionnette cabossée repart, à contrecoeur, et bientôt, elle roule vers l’ouest, tentant de prendre l’aube de vitesse.

 

 

 

 

 

2.

 

 

 

Remettant son chapeau sur la tête, Koda suit Allen à l’arrière du camion le plus proche. Elle grimpe facilement sur le pare-chocs et passe la porte étroite. L’intérieur a été installé comme un bureau mobile. Une table est fixée au sol entre les deux banquettes. Au-dessus de leurs têtes –pas plus de quelques millimètres au-dessus de celle de Koda- un néon fluorescent éclaire toute la longueur du compartiment.

 

 

 

 

Une carte de la région est fixée sur la table, à côté d’un ordinateur portable pas plus grand qu’un magasine. Luxe appréciable, un poêle diffuse sa chaleur dans tout l’habitacle.

 

La Colonel déboutonne sa lourde parka et la dépose sur une chaise pliante. Koda fait de même, ajoutant son chapeau et ses gants à la pile.

 

 

 

La Colonel soulève une tasse ornée d’un logo d’escadron : un chat sauvage dressé sur ses pattes arrière, faisant tourner un revolver dans chacune de ses pattes avant, un sourire très humain éclairant son visage moustachu surmonté d’un Stetson. Derrière lui est dessinée la silhouette d’un avion de combat avec l’inscription « Chats Sauvages SR » gravée sur son fuselage. « Café ? »

 

 

 

Koda s’installe sur une des banquettes, allongeant ses pieds bottés en direction du … « Du vrai ? »

 

 

 

« Du vrai. » Allen farfouille dans un coffre sous la table et en sort une autre tasse et un pot. « Du sucre ? De la crème ? »

 

 

 

« Noir. Merci. »

 

 

 

 

Elle tend le breuvage chaud et odorant à Koda, puis s’assied en face d’elle. Elle est grande mais pas autant que Koda, avec de longues mains élégantes. Quelques mèches grises parsèment ses cheveux. Son unique bijou est une boucle d’oreille en forme de chat sauvage, elle aussi. Elle sourit mais son regard reste acéré et prudent. « Bien. C’est le moment de jouer au jeu de la vérité. Je commence ? »

 

 

 

Koda lève sa tasse. « Allez-y, vous êtes mon hôtesse, colonel. »

 

 

 

« Maggie. »

 

 

 

« Et moi Koda. »

 

 

 

Maggie hoche la tête, puis s’appuie contre le mur du camion.

 

« Nous étions en plein vol quand nous avons appris l’insurrection. Nous volions depuis une heure et demie, moi-même et une demi douzaine d’instructeurs avec leurs élèves. En route vers Minot. Nous devions être ravitaillés en vol puis atterrir. Des exercices de routine. »

 

 

 

Ils ont donc des avions. Koda baisse les yeux et prend une gorgée dans sa tasse, mais pas assez rapidement.

 

 

 

« Exact. » confirme Maggie avec un geste négligent de la main. « Quand nous avons été mis au courant, nous avons rebroussé chemin et nous avons atterri sur une longue route de campagne à quatre kilomètres d’ici. Nous avons trouvé un Ranch qui avait déjà été attaqué. Les gens devaient posséder un couple d’androïdes domestiques. Les hommes avaient été tués et les femmes avaient disparu. »

 

 

 

Elle se tait et Koda comprend que c’est son tour. « Il s’est passé la même chose chez nous. La nuit où ça s’est produit, nous avons détruit deux droïdes qui avaient attaqué le ranch voisin. Nous ne sommes pas arrivés à temps pour sauver les hommes, mais les femmes et les jeunes filles ont pu leur échapper. J’ai trouvé un tableau semblable dans un Ranch pas loin d’ici. »

 

 

 

« Nous ? »

 

 

 

« Ma famille et moi. Mon père possède un grand domaine près des Cheyennes. Et ma maison n’est pas loin de la sienne. »

 

 

 

« Votre famille n’a rien ? »

 

 

 

« Pas pour le moment. »

 

 

 

« Bien. Nous devons trouver d’autres résistants. Pour l’instant, nous tenons environ trente kilomètres carré. Nous avons bloqué les routes et les ponts, et des patrouilles surveillent le tout en permanence. »

 

 

 

« Combien d’hommes ? »

 

 

 

« Nous avons une troupe de 14 combattants ainsi qu’une trentaine de soldats d’infanterie que nous avons trouvés à l’arsenal de la Garde Nationale à Box Elder, quand nous nous y sommes rendus pour chercher des véhicules et des armes. Et on peut y rajouter les survivants et les réfugiés qui ont fui Ellsworth, environ 65 personnes. »

 

 

 

« Il se passe quoi, bon Dieu ? Ce n’est pas juste une mutinerie. » Koda repose brutalement sa tasse sur la table, projetant une partie du liquide encore brûlant sur la table. « C’est une foutue histoire de science-fiction ratée : tuer les hommes et emmener les femmes ! »

 

 

 

« Oui. Et la plupart des hommes sur la base ont été mutilés. » dit doucement Maggie.

 

 

 

Koda retient son souffle. Elle hoche la tête.

 

 

 

« Mais vous le suspectiez, n’est-ce pas ? »

 

 

 

« Les jeunes mâles, bien entendu. » Koda hausse les épaules. « On envoie les veaux à la boucherie. Les vaches et les génisses donnent naissance à d’autres veaux grâce aux taureaux. » dit-elle prudemment. « Le seul problème, c'est que les androïdes ne sont sûrement pas en train d'élever des vaches. Ou même des cochons. »

 

 

 

« Disons qu’ils n’ont encore mangé personne pour le moment. J’ai toujours été contre cette foutue connerie. Parce que je savais qu’ils risquaient de ne plus être contrôlables. Et qu’en plus ils ressemblent à des humains. » Un sourire ironique éclaire le visage sombre de Maggie. « Mais je ne pense pas qu’ils soient assez humains pour devenir cannibales. Non, c’est quelque chose d’autre. Vous êtes partante pour nous aider à trouver ? »

 

 

 

« Quel est votre plan ? »

 

 

 

« Un tour de reconnaissance demain. Autour de la base et peut-être à Rapid City. »

 

 

 

C’est ce qu’elle avait prévu de faire elle-même. Elle ne s’était pas attendue à trouver des alliés. Koda hoche la tête. « Comptez sur moi. »

 

 

 

Une demi-heure plus tard, Koda est à nouveau sur la route et se dirige vers le ranch qui sert de quartier générale à la guérilla, en compagnie d’une partie de la troupe de la Colonel. Le conducteur devant elle est une femme, la Caporal Lizzie Montoya. Elle conduit de façon téméraire, ses pneus envoyant valser la neige quand elle passe dans les ornières de la route. Koda la suit avec le pied posé sur la pédale de frein, au cas où Montoya déraperait. C’est un miracle que la Caporal ne tue personne.

 

 

 

A environ deux kilomètres du pont, la chaussée est dégagée et Koda est soudain secouée de tous côtés. Un peu plus loin, sept grandes silhouettes de métal se dessinent entre terre et ciel, tels des animaux préhistoriques. Sous leur ventre sont accrochés des missiles ressemblant à d’énormes épines.

 

Un mouvement attire le regard de Koda vers le haut.

 

 

 

Un faucon plane calmement dans le ciel blanc. Cette vision fait taire la tension que la jeune femme avait à peine sentie en elle. C’est un bon signe, pense-t-elle. Lelah wakan.

 

 

 

 

 

 

3.

 

 

 

Une vielle chanson occupe l’esprit de Kirsten pendant qu’elle navigue avec attention sur la route, évitant les véhicules accidentés ou renversés, ainsi que les cadavres qui jonchent le sol un peu partout. Mais à mesure qu’elle s’éloigne de la ville, les obstacles deviennent moins nombreux. Elle passe encore à côté de voitures abandonnées aux portes béantes, comme des palourdes ouvertes. Elle n’a aucun moyen de savoir si les occupants se sont échappés ou ont été capturés. Elle ne peut ralentir pour le savoir, ni se soucier des éventuels survivants. Sa propre survie est primordiale. Elle se répète encore et encore qu’elle n’est pas sur l’Autoroute de l’Enfer (NDLT : en référence à la chanson d’AC/DC, Highway to Hell) Mais à travers l’enfer, certainement. Elle est sur l’autoroute en direction de Minot, dans le Nord Dakota et ce qu’elle voit de l’enfer est bien plus que ce qu’elle voudrait en voir.

 

 

 

Reste terre à terre. Prends les choses comme elles sont.

 

 

 

Aux environs de midi, elle croise la mince portion de l’est de la Virginie se trouvant juste entre la Pennsylvanie et l’Ohio. La blessure de son front due à sa collision avec le volant lui fait encore mal et commence à gratter à cause du sang coagulé. Par moments, elle voit des petits points blancs passer devant ses yeux. Sa vessie, tout son abdomen en fait, semble subir les assauts d’un escadron de porcs-épics depuis presque une heure. Pour la seconde fois, elle se donne encore un délai de 15 minutes avant de s’arrêter. Finalement, c’est Asimov qui la convainc, en gémissant pitoyablement, sa patte grattant contre la portière.

 

 

 

« Ok, mon chien, Je te libère. Donne-moi encore quelques minutes. » Elle tend la main pour lui gratter les oreilles et reçoit en retour un coup de langue exceptionnellement baveux. « Mon Dieu. » murmure-t-elle. « Comme j’aime ta gratitude. »

 

 

 

Juste avant la frontière de l’Ohio, l’autoroute passe sous un pont du chemin de fer. Kirsten se range sur le côté entre les piliers de béton. Asimov en trouve un à sa convenance et l’arrose copieusement d’une large flaque qui fume dans l’air froid. Puis il renifle ça et là sur la portion d’autoroute, trouve une tache colorée sur le ciment, lève la patte et la fait disparaître sous un dernier jet. Kirsten l’autorise à se dégourdir les pattes, étirant elle-même ses jambes et ses épaules endolories par les dernières heures passées dans la camionnette. Quand le froid commence à s’insinuer dans ses bottes, elle siffle le chien. « Viens, Asimov, on y va ! »

 

 

 

Il semble obéir, puis se fige, les oreilles dressées. Il aboie deux fois, gémit, puis répète son cri alarmé. Sans réfléchir, Kirsten saisit le revolver posé sur le siège. « Que se passe-t-il, mon chien ? Où ? »

 

 

 

Asimov aboie à nouveau et cette fois, elle entend aussi. Lointain d’abord, mais se rapprochant de plus en plus, le puissant bruit des pales d’un hélicoptère.

 

 

 

« Asimov ! »

 

 

 

Cette fois, l’ordre est net et le chien obéit. Saisissant son collier de la main gauche, sa main droite tenant fermement le revolver, Kirsten se tapit derrière la camionnette. Elle se fait mentalement toute petite. Transparente.

 

 

 

 

Le bruit s’amplifie et Kirsten pense que l’appareil doit être juste au-dessus d’eux. Peut-être même en train d’atterrir sur les rails en dessus de leur tête. D’après le bruit, il doit s’agir d’un gros appareil, un Black Hawk ou peut-être un Apache Gunship. (NDLT : hélicoptères de combat) Il est assez bas pour que le rotor envoie valser la neige en petits nuages contre les côtés du pont. Le vacarme est assourdissant.

 

 

 

Il y a deux possibilités. L’hélicoptère est piloté par des soldats ou des policiers. Si c’est le cas, ils pourraient l’emmener à Minot en une demi-journée.

 

 

 

Ou l’équipage n’est pas humain. Si c’est le cas, elle tentera d’en détruire autant qu’elle le pourra.

 

 

 

Ça ne vaut pas le coup de chercher à savoir. Trop risqué.

 

 

 

Le bruit du rotor change, devenant encore plus fort pendant une demi-minute. Puis le son commence à s’éloigner, s’évanouissant quelque part à l’est du pont. Quelque chose a attiré l’attention du pilote ailleurs. Les battements de son cœur qui avaient accéléré au même rythme que les pales de l’hélicoptère se calment. Sa bouche est incroyablement sèche. Du fond de sa mémoire remonte un souvenir d’enfance. Elle revoit les moutons de Pâque, en papier mâché, recouverts de soie blanche, confectionnés à l’école du dimanche de Mme Tannenbaum.

 

On prendra du sang que l'on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c'est la Pâque du Seigneur. Cette nuit-là, je traverserai le pays d'Egypte, je frapperai tout premier-né au pays d'Egypte. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d'Egypte.

 

(NDLT : dans la Bible, extrait de l’Exode, origine de la Pâque juive, qui commémore la libération du peuple juif de l'esclavage qu'il subissait en Egypte.)

 

Ces mots sont restés imprimés en elle, mêlés à l’odeur de la colle et du papier journal, un chaud matin d’été dans le sud de la Californie.

 

En tremblant, Kirsten se remet sur ses pieds, posant le revolver sur le siège. « Reste là, Asimov. »

 

Le chien reste patiemment assis tandis qu’elle ouvre une des bouteilles d’eau amassée dans le fond de la camionnette. Elle mouille son bandana le moins possible et nettoie le sang séché sur son front. Une légère trace rouge reste imprégnée sur le tissu ; elle saigne encore légèrement. Elle pose un pansement propre sur la plaie et mange une barre de céréales tout en étudiant la carte. Quand elle est certaine que l’hélicoptère ne reviendra pas, elle siffle Asimov qui saute sur le siège passager. Puis ils reprennent la route.

 

 

 

4.

 

Le Ranch est plutôt grand, mais beaucoup moins que celui de sa famille. Ce qui n’est pas étonnant, puisque les Rivers occupent ce coin de pays depuis des temps immémoriaux.

 

Le bâtiment principal est formé d’une longue structure rectangulaire, avec plusieurs annexes identiques.

 

Dakota descend de son pick up. La neige lui arrive aux genoux. Elle regarde les autres se diriger vers la promesse de chaleur de la maison. Elle les suit, tentant d’étudier ces gens, avec qui elle s’est alliée pour le meilleur et pour le pire.

 

Elle a ressenti tout de suite une certaine proximité avec la Colonel Allen et lui accorde une confiance qu’elle réserve en général plutôt à sa famille. Elle sait bien que parfois, les circonstances vous lient aux personnes les plus inattendues, mais dans ce cas, elle se dit que peut-être, les circonstances n'y sont pour rien.

 

Les autres, du moins ceux qu’elle a rencontrés, semblent capables et totalement loyaux envers leur officier.

 

Ses pensées sont interrompues par Montoya, qui lui ouvre la porte de la maison d’un large geste, avec un sourire désinvolte. L’intérieur est surchauffé comparé au froid âpre de l’extérieur, et elle s’arrête un instant, un afflux de sang amenant le rouge sur ses joues. Montoya, se méprenant sur les raisons de cette rougeur subite, lance un clin d’œil à la vétérinaire, mais se fige sous le regard bleu laser qui se fixe sur le sien.

 

« Euh… Je vais… aller par là-bas… »

 

La jeune Caporal s’éloigne à une allure qui surprend même son commandant. Allen tente de contenir un sourire quand elle comprend la raison de l’empressement soudain de la jeune femme. Elle y parvient encore moins quand son regard croise des yeux bleus amusés. Elle couvre sa bouche d’une main et rit franchement.

 

« Dakota ? »

 

Koda se retourne vers un jeune homme bien bâti, debout près de la porte, ses yeux noirs agrandis par la surprise.

 

« Manny ? »

 

Le visage du jeune homme s’éclaire d’un sourire lumineux. Il traverse la pièce en deux enjambées, les bras grands ouverts. Sous les regards amusés des soldats, ils s’étreignent durant plusieurs secondes. Puis Manny s’écarte et la regarde. « Bon sang, femme, quand vas-tu t’arrêter de grandir ? »

 

« C’est toi qui rétrécit ! » répond Dakota en passant la main sur ses cheveux ras.

 

Relevant la tête, le jeune homme sourit piteusement et passe sa main sur ses cheveux, se rappelant l’époque où ils étaient aussi longs et lustrés que ceux de Dakota. Puis il se raidit et le sourire disparaît de son visage. « Koda ? Ta famille ? »

 

« Ils vont bien, Manny. Et ta famille aussi. Mère m’a dit qu’elle leur avait parlé sur la CB. »

 

Manny laisse échapper un soupir de soulagement. « Dieu merci. J’ai essayé de les contacter, mais le téléphone ne marche plus. » Il la fixe, le visage soudain triste. « Je suis désolé pour Tali, Koda. C’était quelqu’un de bien. » Il s’éclaircit la gorge. « Je voulais venir aux funérailles, mais nous étions en manœuvre. »

 

Dakota sourit. « C’est ok, hankashi. Elle savait que tu l’aimais et c’est ça qui compte, non ?”

 

Manny acquiesce en soupirant, puis se retourne en entendant le raclement de gorge de son commandant. Il rougit. « Pardon, Colonel. Voici Dakota, ma shic'eshi.”

 

“Cousine, c’est ça ?”

 

Le jeune homme sourit. « C’est ça. Vous voyez, vous apprenez ! »

 

Allen a un petit rire.

 

« Nous avons pratiquement grandi ensemble. Je ne l’ai plus revue, ni sa famille, depuis au moins quatre ans. »

 

Dakota confirme. « Au moins. »

 

« Bien, je suis contente d’avoir pu vous réunir alors. » Allen fait signe à son soldat. « Pourquoi ne pas montrer à votre cousine où elle pourra dormir ? Nous partirons pour la base très tôt demain matin. »

 

Avant que Manny puisse répondre, la porte s’ouvre brutalement pour laisser passer un jeune homme rougeaud portant l’uniforme de lieutenant. « Colonel, cette petite fille que nous avons trouvée, je n’arrive pas à arrêter son saignement. »

 

Allen remet son manteau. « Ok, allons voir ce que l’on peut faire. »

 

Dakota s’interpose et Allen la regarde, les sourcils dressés.

 

« Je peux peut-être aider. »

 

Maggie continue de la fixer.

 

« Vous avez des médecins ici ? » continue Dakota.

 

Allen secoue la tête. « Non, seulement des pilotes. Nous avons des notions de premiers secours, mais pas plus. »

 

« Alors, je suis ce que vous avez de mieux pour le moment. » Elle saisit le kit d’urgence qu’elle porte toujours sur elle. « Je connais pas mal de choses sur le corps humain. »

 

Allen sourit avec soulagement. « J’accepte votre aide. Venez. »

 

 

 

5.

 

Elles s’engagent sur un sentier bien tracé dans la neige et qui a été salé, gardé par plusieurs soldats armés. Elles passent devant le premier cottage et pénètrent dans le suivant.

 

La maison est pleine de réfugiés, tous des enfants et des femmes. Il fait trop chaud et l’air est empli de désespoir et de l’odeur de trop de personnes entassées dans un si petit espace. Les femmes rescapées errent comme des zombies, faisant les cent pas. Allen ouvre une porte et fait signe à Koda d’entrer.

 

L’odeur est accablante, mais Koda a respiré pire dans sa vie et elle garde un visage neutre tout en s’avançant vers le lit de camp où est couchée une petite fille de 4 ans environ.

 

Ses yeux noirs en amande sont vitreux et la fièvre empourpre ses joues. Ses longs cheveux noirs sont mêlés de poussière et de sueur et elle s’agite, dérangeant les draps qui couvrent son corps frêle.

 

« On l’a trouvée à.. » commence Maggie, mais elle se tait quand Koda lève une main.

 

« Bonjour, ma chérie. » Murmure Koda en fixant les yeux qui semblent manger le visage de la petite fille. « Tu ne te sens pas très bien, hein ? »

 

Le regard se fixe sur Dakota. Un calme profond accompagné d’impuissance s’insinue en elle, bientôt rattrapé par une vague de rage. Elle lutte de toutes ses forces contre ce sentiment, adoucissant son regard autant qu’elle le peut.

 

La petite fille est Cheyenne. Elle le sait à la forme de son visage et à la couleur de sa peau. « Je m’appelle Koda. » murmure-t-elle dans la langue de la fillette. « Et je vais essayer de faire que tu ailles mieux, d’accord ? »

 

La petite fille tressaille, une minuscule étincelle de surprise dans la profondeur de ses grands yeux inexpressifs.

 

Dakota y répond avec un petit sourire. « Tu peux me dire ton nom, ma chérie ? »

 

« He’kase » souffle la fillette d’une voix cassée. Allen ne peut cacher sa surprise. C’est la première fois que l’enfant parle depuis qu’ils l’ont trouvée deux jours auparavant. Dakota lance un regard bref à la Colonel et revient vers sa patiente.

 

« Enchantée de faire ta connaissance, He’kase. » dit-elle d’une voix douce.

 

La petite fille écarquille les yeux quand Koda se penche et que la bourse de remèdes glisse à travers l’échancrure de sa chemise. Elle lève sa petite main grassouillette et ses doigts tremblants effleurent la bourse en cuir avec respect.

 

Dakota sourit.

 

« Tu peux me faire une faveur, He’kase ? »

 

La petite fille opine du chef.

 

Koda ôte la bourse de son cou et la presse contre la main de la fillette. « Peux-tu garder ça pour moi ? Je ne voudrais pas qu’elle me gêne pendant que je regarde ta jambe, d’accord ? »

 

He’kase acquiesce à nouveau, une lueur dans ses yeux plus forte que la fièvre qui la consume. Elle tient la bourse serrée contre sa poitrine, la recouvrant de ses deux mains.

 

« Merci. »

 

Se plaçant au pied du lit, Koda soulève doucement le drap qui recouvre les jambes de la fillette. Une forte odeur d’infection s’en échappe, provoquant une toux discrète de Maggie qui tourne la tête pendant un long moment. Puis elle voit que Dakota la regarde et tente un léger sourire. « Ça va aller. »

 

Dakota la fixe encore un instant avant de retourner son attention sur sa patiente.

 

La jambe gauche d’He’kase est enflée et rouge. Dakota retire doucement la bande incrustée de sang, exposant la plaie. La fillette gémit de douleur, mais reste remarquablement calme, sa pleine confiance en Dakota semblant évidente.

 

L’éclatement de peau noir et pourpre qui entoure la blessure est de toute évidence un trou causé par une balle qui a carbonisé la peau tout autour.

 

La plaie laisse échapper du sang et un filet de pus.

 

Dakota sent à nouveau une colère noire l’envahir mais elle l’étouffe, ses doigts posés légèrement sur la peau d’He’kase. Elle sent un faible pouls derrière le genou et le pied, qui lui indique qu’il y a une chance pour que la jambe soit sauvée si la plaie est proprement nettoyée.

 

Après un moment, elle replace le drap et sourit à l’enfant. Elle saisit le kit de premier secours, l’ouvre et y cherche ce dont elle a besoin. Une fiole de liquide clair repose parmi quelques seringues. Elle en sort une ainsi que la fiole et les pose sur la table près du lit.

 

« Ma chérie, je vais te soigner. Tu auras moins mal et ça te fera dormir, ok ? »

 

Les yeux de He’kase vont de la seringue à Dakota, pour revenir sur la seringue. Elle déglutit, puis donne son accord d’un signe de tête. Elle ne tressaille même pas quand l’aiguille la transperce et envoie le liquide dans son muscle.

 

Dakota se débarrasse de la seringue et retourne à la tête du lit. En souriant, elle écarte tendrement la frange qui retombe sur le front de sa patiente.

 

Après un moment, les yeux de la fillette se ferment et elle plonge dans un profond sommeil, la bourse de remèdes serrée entre ses mains.

 

Maggie s’approche, posant une main sur l’épaule de Dakota. Elle sent la colère sourdre à travers le corps de la vétérinaire, une colère qu’elle connaît bien. Dakota se redresse et regarde la Colonel, un masque de pierre sur le visage.

 

« Nous l’avons trouvée dans un Ranch à environ 10 km au sud d’ici. » commence Allen. « Le peu qui restait de sa famille avait été massacré comme des animaux. » Elle prend une grande inspiration, tentant de calmer sa propre fureur, avant de continuer. « Nous l’avons trouvée à moitié couchée sous un homme qui devait être son père. Il avait certainement tenté de la protéger et je suppose que ces salauds ont pensé qu’elle était morte aussi. Quand nous sommes arrivés là-bas… » Elle soupire. « Elle était déjà comme ça. On a fait tout ce qu’on a pu, mais… » Elle lève ses mains, comme pour supplier un dieu impitoyable.

 

« Je vais avoir besoin d’aide. »

 

« Je peux… »

 

« Non, vous avez un camp à diriger. Si vous pouviez m’envoyer Manny ? Il avait l’habitude de m’aider à la clinique quand il était plus jeune. Je pense qu’il n’a pas oublié. »

 

Maggie hoche la tête. « je vous l’envoie. »

 

« Merci. »

 

« Non. » répond Allen. « Merci à vous. »

 

 

 

 

6.

 

La route est dégagée pour le reste de la matinée. Aux alentours de midi, le ciel commence à s’éclaircir, découvrant des morceaux de bleu au milieu du gris des nuages. La lueur du soleil sur la glace est presque aveuglante et Kirsten fouille dans son sac à la recherche de ses lunettes de soleil. Asimov est étendu de tout son long sur la banquette arrière et ses pattes tressautent alors que dans ses rêves, il tente de saisir tour à tour des lapins, un frisbee ou la petite golden retriever des voisins.

 

Les nuages qui se dissipent promettent le retour du froid pour la nuit. Elle va devoir trouver un meilleur abri que la camionnette si elle ne veut pas dépenser de la précieuse essence pour chauffer l’habitacle. Elle ne tient pas particulièrement à l’idée d’utiliser à nouveau un siphon. « Bon sang ! » marmonne-t-elle pour Asimov. « Je ne pensais pas qu’un jour les Motel 6 allaient me manquer. »

 

Mais peut-être pourrait-elle trouver un motel désert. Une maison abandonnée serait encore mieux. Elle est passée près de plusieurs villages en traversant la campagne en Ohio. Plusieurs de ces maisons, construites au siècle précédent, possèdent certainement des cheminées et des réserves de bois empilées pas loin.

 

La plupart doivent aussi contenir des morts. Kirsten crispe ses doigts sur le volant. Elle fera avec les morts. Elle l’a déjà fait. Au moins ici, après plusieurs journées de froid intense, sans chauffage, les morts seront congelés. Cela parait grotesque et une offense envers eux, mais ce sera tellement mieux pour son estomac.

 

Pour la première fois, elle a une pensée pour son propre futur. Que va-t-il lui advenir quand tout redeviendra comme avant, lorsque l'équilibre sera rétabli, en supposant que ça soit possible ?

 

C’est simple. La mort, probablement.

 

A Zaneville, Kirsten abandonne l’autoroute pour reprendre des routes d’état. Elles seront enneigées et plus dangereuses et la ralentiront certainement. Mais elles l’amèneront dans la banlieue de Colombus, et plus important encore, près de Wright Patterson AFB (NDLT : la plus importante base de l’armée aux Etats-Unis) où une grande partie des droïdes sont concentrés. Près de la sortie de l’autoroute, elle s’arrête à l’abri d’un Whataburger abandonné (NDLT : chaîne de fast food) et consulte la carte afin de trouver la route qu’elle devra prendre. D’abord à l’est puis vers le sud. Elle remarque que plusieurs parcs entourant des vestiges Indiens sont disséminés un peu partout dans la vallée Hopewell. Ils représentent certainement une meilleure perspective que les Ranches abandonnés, pour passer la nuit. Etant donné le peu d’hôtes qu’ils devaient accueillir en ce moment de l’année, ils ont dû être plus ou moins épargnés. Elle ne voit pas l’intérêt pour les droïdes de les occuper. Le danger, s’il y en a un, proviendra d’autres survivants comme elle.

 

La route 22 serpente à travers des champs recouverts d’au moins 50 cm de neige. Les arbres nus dans le vent ressemblent à des squelettes tandis que le soleil commence à décliner. Ici et là, des silhouettes noires sont perchées dans les branches, leurs têtes enfoncées entre les épaules. Parfois il y en a deux serrées l’une contre l’autre. Des hiboux ou des corbeaux, elle est trop éloignée pour pouvoir le dire. Il n’y a pas un seul bruit, excepté celui du moteur de la camionnette et les gémissements occasionnels d’Asimov quand il aperçoit un lièvre qui se fraye laborieusement un chemin dans la neige.

 

Ce paysage l’apaise tant qu’elle est momentanément choquée et désorientée quand elle aperçoit le barrage routier devant elle. Les véhicules parqués sur le côté sont des 4X4 et des pick up ; aucun d’eux n’arbore de signes officiels. Parmi eux, elle aperçoit plusieurs silhouettes emmitouflées sous deux ou trois couches de Polartec.(NDLT : matière synthétique très chaude) Certaines d’entre elles portent des cagoules, les autres ont tiré leurs bonnets si bas qu’ils rejoignent pratiquement leurs cols montants. En ralentissant, Kirsten peut voir les petits nuages de vapeur déclenchés par leur respiration. Un homme aux cheveux et à la barbe grise semble figé sur place. Il porte un fusil de chasse.

 

Même les plus ressemblants des droïdes ne respirent pas. Ce sont donc des humains.

 

Il n’y a que deux possibilités. Ce sont des hommes libres défendant leur territoire ou ce sont les brigands à qui ce genre de désastre profite toujours.

 

Si elle s’arrête, elle trouvera peut-être de l’aide. Ou elle peut aussi être dévalisée, tuée, violée ou remise aux droïdes. Les choix sont identiques à ceux qu’elle a eus sous le pont de l’autoroute.

 

Sans hésiter, Kirsten appuie sur l’accélérateur, et la camionnette roule à plus de 100 à l’heure quand elle heurte les barrières, envoyant valser de tous côtés les gardes saisis de panique Elle entend derrière elle plusieurs coups de feu mais elle est déjà hors d’atteinte. Asimov, réveillé en sursaut, a retrouvé son équilibre sur la banquette arrière et les pattes dressées contre son siège, il jappe comme un fou près de son oreille. « Merveilleux. » murmure-t-elle. « Le chien de Baskerville, en vie et – Bon Dieu, qu’est-ce que ?... »

 

Un véhicule en mouvement vient d’apparaître dans son rétroviseur arrière, se frayant un passage à toute allure dans les ornières enneigées de la route. Il est assez prêt pour qu’elle puisse voir le canon de fusil qui pointe par la fenêtre passager.

 

« Couché, Asimov ! » crie-t-elle sèchement. « Couché ! Tout de suite ! »

 

Chagriné, mais obéissant, le chien se réinstalle sur la banquette arrière, sa tête au-dessous du niveau de la fenêtre.

 

« Tu restes ! » ordonne-t-elle en appuyant à fond sur la pédale des gaz.

 

La camionnette fait une embardée et dérape en envoyant valser de la neige presque sur son toit. Un coup de feu retentit et une balle vient frapper l’encadrement de la portière, envoyant des morceaux de métal contre le pare-brise. Des fêlures apparaissent soudain devant ses yeux, formant une toile d’araignée et créant un kaléidoscope monochrome à travers lequel elle voit maintenant la neige. La camionnette a une autre embardée et elle doit garder toute son attention sur le volant afin de ne pas sortir de la route.

 

A moins que ses poursuivants ne soient inexplicablement stupides ou trop saouls pour réfléchir, ils devraient plutôt tirer sur ses pneus. Elle ne peut se le permettre, et encore moins risquer qu’une balle atteigne les jerrycans d’essence, qui les enverraient, elle, Asimow, et une partie de la population restante de cette région voler dans un nuage de fumée.

 

« Asimov ! » ordonne-t-elle. « Fais le mort ! »

 

Asimov, à qui elle a déjà interdit les plaisirs de la chasse, regarde vers elle d’un air offensé et incrédule.

 

« Fais le mort, bon sang ! »

 

Avec un soupir frustré presque humain, Asimov s’affaisse sur son siège au moment où Kirsten freine brutalement et dans une glissade incontrôlable, jette la camionnette sur la voie opposée. Après un violent tête à queue, le véhicule stoppe et elle se retrouve face à ses poursuivants qui pour l’éviter tournent brutalement et se retrouvent dans un fossé caché derrière un tas de neige. Kirsten retire brusquement le pansement de sa tête, du sang frais s’écoulant immédiatement de son front, puis elle se laisse tomber sur le volant. Mais ses doigts sont posés sur la gâchette de son arme, posée sur ses genoux.

 

Elle entend les portes du pick up s’ouvrir et se refermer, le tout accompagné d’obscénités. Puis des pas sur la neige durcie.

 

Sa propre portière s’ouvre et elle sent une odeur de poudre. Puis une voix : « Oh, putain Brad, c’est juste une fille et son chien. Elle saigne. » Brad ouvre la portière passager.

 

Kirsten se redresse et tire sur le premier homme, visant sa poitrine. En appuyant sur la gâchette, elle hurle : « Asimov ! Attaque ! » Elle sent le poids du chien quitter la camionnette. Un grognement lui parvient alors qu’un coup de feu retentit à moins d’un mètre d’elle, suivi par un cri de rage. « Lâche-moi, saloperie ! Lâche-moi ! »

 

Kirsten relève la tête, tenant fermement son arme, et sort de son véhicule. L’homme sur lequel elle a tiré, est étendu sur le dos, les bras en croix, du sang s’écoulant de sa bouche à travers sa barbe et sur son écharpe. Ses yeux sont fixes, semblant regarder derrière elle.

 

« Steve ! Steve ? Putain, il se passe quoi ici ? Réponds-m… » La phrase est coupée net par le grognement sourd d’Asimov.

 

« Ne le lâche pas ! » crie-t-elle au chien. « Tiens bon ! »

 

« Putain, espèce de salope ! Qu’est-ce que t’as fait à mon frè… »

 

Cette fois-ci, le grognement d’Asimov est encore plus sauvage. « C’est bien, mon chien ! Ne le lâche pas ! »

 

Steve est tombé sur sa carabine. Kirsten, qui se dit qu’elle n’avait pas besoin de connaître son prénom, va devoir le déplacer pour s’emparer de l’arme. Un dernier souffle sifflant s’échappe de l’homme quand elle le retourne et la peur que cela lui cause lui fait presque lâcher la carabine. Brad, l’homme de l’autre côté de la camionnette, crie à nouveau. Elle aurait aimé ne pas connaître son prénom non plus.

 

Délibérément, sans réfléchir, Kirsten fait le tour du véhicule. Asimov a ses deux énormes pattes posées sur la poitrine de Brad, les crocs serrés autour de sa gorge. Il n’a pas déchiré la chair mais il serre ses mâchoires un peu plus fort à chaque fois que l’homme supplie. Les yeux de Brad suivent chaque mouvement de Kirsten. Elle voit la mort dans ses yeux.

 

Lentement et délibérément, sans réfléchir, Kirsten épaule la carabine et tire dans la tête de Brad. Le sang jaillit et forme une tache pourpre dans la neige, telle les pétales d’une rose dans la neige. La fleur du diable.

 

Toujours aussi délibérément, Kirsten s’empare de la carabine de Brad et la dépose sur le sol de la camionnette. Dans le pick up des deux hommes, elle trouve des munitions pour les armes. Elle emporte aussi les deux sacs de couchage posés sur le siège arrière. Pour terminer, elle glisse sa main sous le volant et coupe les fils électriques avec une paire de cisailles qu’elle a trouvé entre les sièges. C’est plus rapide que de tirer dans les pneus et cela fait moins de bruit.

 

Elle transpire dans ses gants. Quand elle revient à la camionnette, elle se met à trembler. Au début, ce ne sont que des frissons, un peu de chair de poule. Puis son corps réagit plus radicalement et elle sent ses jambes prêtes à se dérober sous elle. Elle contourne le corps de Brad et s’installe sur son siège. Asimov la suit et vient se blottir contre elle, le museau contre son épaule. Il gémit doucement en l’entendant respirer laborieusement.

 

Une partie rationnelle de son esprit lui souffle que ce n’est qu’une réaction physiologique et qu’elle peut la faire cesser, avec de la volonté.

 

Mais une autre partie lui dit qu’elle vient de tuer deux hommes qui étaient certainement innocents.

 

Mais elle ne pouvait prendre aucun risque.

 

Elle sait qu’il faut qu’elle reparte. Les coups de feu ont dû s’entendre. Quand ils ne vont pas voir revenir Brad et Steve, les autres hommes du barrage vont venir les chercher. Et ils la trouveront, elle.

 

Il faut qu’elle reprenne la route et qu’elle trouve un abri. Et cela avant la nuit. Il lui reste environ deux heures devant elle.

 

Quand ses mains tremblent moins, elle tourne la clef de contact de la camionnette, évite soigneusement les deux corps et reprend sa route vers le sud.

 

 

 

 

7.

 

Plusieurs heures plus tard, Dakota quitte la chambre de ses patients, essuyant ses mains sur la serviette que lui a fourni son cousin. He’kase se repose sous la surveillance d’une des femmes rescapées qui a quelques notions de soins infirmiers. Sa plaie est propre et les antibiotiques font leur chemin dans son organisme. Au lieu de la bourse de remèdes qui a repris sa place habituelle autour du cou de Koda, la petite fille tient une plume d’aigle, un signe sacré que Manny a conservée depuis qu’il a rasé ses longs cheveux à son incorporation dans l’Air Force.

 

« Bons sang, Koda. J’avais oublié à quel point tu te débrouillais bien avec tout ça. »

 

« Tu n’es pas si mal non plus. »

 

Les deux cousins partagent un petit rire triste en regagnant le Ranch en cette fin de soirée de novembre, tout en saluant les soldats qu’ils rencontrent d’un signe de tête.

 

Une fois dans la maison, Manny file immédiatement prendre une douche.

 

Maggie lève les yeux depuis la table de la cuisine et fait un signe à Dakota, en souriant. Une tasse de café noir fumant semble n’attendre plus qu’elle. Dakota s’assied avec un soupir et étend ses longues jambes sous la table. Elle amène la tasse à ses lèvres, respirant l’odeur du café avec un signe d’approbation.

 

« Tout va bien ? » s’enquiert Maggie en voyant le regard de Koda.

 

« Aussi bien que possible. » répond-elle, en prenant une gorgée de café, laissant sa chaleur se répandre dans tout son corps. « Manny n’a pas perdu la main. Il pourrait devenir un sacré bon médecin. »

 

« C'est toujours mieux que d'être pilote. » plaisante Maggie.

 

 

 

« Hé ! » crie le principal intéressé. Il se tient sur le pas de la porte, une serviette nouée autour de la taille. « Arrêtez de parler de moi derrière mon dos ! »

 

Les deux femmes rient, bien conscientes que le jeune homme est plus que capable quand il prend les commandes d’un avion. Il est même un des meilleurs entre les meilleurs et tout le monde le sait.

 

« Ok, pilote. Va te mettre au lit. On sera sur la route à 0430. »

 

Avec un dernier salut un peu crispé, tentant de garder à la fois sa dignité et sa serviette autour de la taille, Manny sourit, et retourne dans le couloir avec un clin d’œil. Le léger bruit de la porte qui se ferme met fin à la conversation.

 

Un silence éthéré s’installe. Observant Dakota par-dessus le bord de sa tasse de café, Allen tente de capter l’énergie qui transparaît dans les traits purs et acérés de son visage. Une énergie qui semble omniprésente, même maintenant, alors qu’elle est assise tranquillement, apparemment perdue dans ses pensées. Pour Allen, c’est comme le chant des sirènes et elle a envie de l’écouter.

 

« Ce que vous regardez est intéressant ? »

 

Le contralto de la voix de Dakota la surprend et Maggie est soudainement heureuse que son teint halé puisse cacher sa rougeur subite.

 

Quoi qu’elle n’en soit pas si sûre, étant donné l’étincelle amusée qui brille dans les yeux de cristal en face d’elle.

 

« Ça se pourrait. » répond-elle à la taquinerie avec un petit sourire. Son regard se fait direct et assuré, sans être trop provocant. Pour dire les choses comme elles sont, Maggie Allen est une femme qui sait ce qu’elle veut et n’hésite pas à faire ce qu’il faut pour l’obtenir. Durant sa carrière dans l’Air Force, elle a connu trop de guerres et trop de morts, alors quand une opportunité se présente sur un plateau d’argent, elle hésite rarement.

 

Le silence entre les deux femmes est presque palpable, emplissant les coins sombres et poussiéreux de la grande pièce d’une forte tension.

 

Leurs regards se détournent au même moment. Maggie fixe une peinture accrochée sur le mur. Dakota regarde ses mains. L’annulaire de sa main gauche lui paraît étrangement nu ; la petite bande de peau plus pâle ressemble à l’image d’un passé révolu.

 

Sept ans. Dakota passe son pouce sur la peau douce. Il y a un temps pour tout : les commencement et les fins. Une génération. Une démangeaison. Sept vertus et sept péchés capitaux. Le paradis et la damnation. De la confusion ? Peut-être. De la culpabilité ? Un peu aussi.

 

Elle soupire.

 

« J’ai ma propre chambre à l’arrière de la maison. » Dit Allen, très doucement. « Un des avantages du commandant. » Elle sourit un peu. « J’aimerais la partager avec vous cette nuit. »

 

Dakota relève les yeux, son regard perçant et direct. Les traits sévères de son visage s’adoucissent légèrement et Allen est à nouveau étonnée par la beauté de la jeune femme.

 

« J’aimerais aussi. »

 

 

 

8.

 

Quand Dakota se réveille, il fait nuit et elle sait d’emblée que l’aube est encore loin. Elle s’étire légèrement, puis se réinstalle confortablement contre la chaleur du corps dans ses bras. Pendant un moment, elle pense qu’elle rêve, mais les cheveux qui frôlent sa poitrine sont plus courts et moins doux que ceux qu’elle connaît. Le corps qui l’entoure est aussi plus musclé. Elle réalise enfin la situation, mais en vérité, cela lui plaît plutôt.

 

Maggie s’agite un peu, lève la tête et dépose un baiser sur le sein nu et chaud où elle reposait. « Mmm. Bonjour. » Sa voix ensommeillée vibre sur le ventre de Koda et lui envoie d’agréables chatouillis.

 

« Bonjour. »

 

« Quelle heure est-il ? »

 

Dakota, en un réflexe automatique, regarde vers la commode, mais bien entendu, le réveil ne lui montre qu’un écran vide, puisqu’il n’y a pas d’électricité.

 

« Bon sang ! » dit Maggie en rigolant. « J’avais oublié, moi aussi. » Passant un bras par-dessus Koda, elle saisit sa montre sur la commode et la consulte d’un regard ensommeillé. « 0320. C’est une bonne chose que je n’aie pas besoin de beaucoup de sommeil, hein ? »

 

« Tu pourrais en profiter encore un peu. »

 

Maggie rit franchement. « Avec toi ici ? Nue ? Ma chère, le sommeil est la dernière chose dont j’aimerais profiter. »

 

Une main glisse sur sa cuisse musclée et Maggie emmêle ses lèvres à celles, tentantes, de Dakota, dans un profond baiser. « Bon sang, femme, » soupire-t-elle quand elles se séparent enfin. « Je n’aurais jamais pensé dire ça à un autre être humain mais à côté de ça, prendre 3 G dans un jet c'est de la gnognotte. »

 

Le rire de Dakota l’emporte dans une amnésie plus que sensuelle.

 

 

Table des matières

 

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