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INSURRECTION33

Page history last edited by PBworks 15 years, 12 months ago

INSURRECTION

 

De Sword'n'Quill (Susanne Beck)

 

SwordnQuil@aol.com

 

écrit avec T Novan et Okasha

 

 

Traduction : Kaktus (parties 1 à 22) et Fryda (partie 23 à la fin)

 

 

Table des matières

 

 

 

 

Ecrit par Susanne Beck et Okasha

 

Avertissement : Des scènes érotiques vont suivre. Si cela vous met mal à l’aise, s’il vous plait, arrêtez-vous de lire ici. Merci.

 

 

 

CHAPITRE TRENTE-TROIS

 

Ils entrent dans la maison pour y trouver Kirsten, le visage blême et qui fait les cent pas de long en large dans le séjour. La porte de la chambre de Dakota est complètement fermée, et aucun son n’en émane. Les pièces embaument de l’arôme de la soupe qui chauffe, bien qu’il est évident que Kirsten n’est aucunement réconfortée par l’odeur accueillante.

 

Evaluant rapidement la situation, Maggie va vers elle, lui prend doucement le bras et la conduit vers le canapé. « Asseyez-vous avant de tomber », dit-elle d’une voix sérieuse néanmoins teintée de compassion. « Manny, préparez du café. Du fort. »

 

« Oui madame », répond Manny, dans le mode militaire quand il part au pas cadencé vers la cuisine.

 

« Tacoma, pourriez-vous… »

 

« Ate viendra à nous quand il sera prêt », prononce l’homme de haute stature, en allant de l’autre côté du canapé pour installer sa longue silhouette près de Kirsten. Il prend ses mains dans la sienne, bien plus grande, et de l’autre, il lui frictionne doucement la peau. « Elle va s’en sortir, Kirsten. Je te le promets. »

 

« Je… » Kirsten s’interrompt et se reprend. « Qu’est-ce qui prend si longtemps ? »

 

« Ça va prendre le temps qu’il faut, petite sœur. Elle va s’en sortir. »

 

Kirsten retire sa main et la passe dans ses cheveux, tirant sur les bouts dans un geste de frustration. « Je suis une scientifique », dit-elle comme pour elle-même. « Je répare les choses. Et je… je ne peux pas réparer ceci ! »

 

« C’est parce qu’il n’y a rien à réparer », réplique Tacoma. Il se penche légèrement en avant, et reprend sa main ; ses yeux sont sombres et pénétrants avec la force de ses convictions. « Kirsten, écoute-moi. Ça fait partie de ma sœur. C’est quelque chose qu’il faut que tu acceptes comme faisant partie d’elle. Si tu ne le peux pas, tu ne peux pas espérer passer ta vie avec elle. »

 

Kirsten écarquille les yeux d’incrédulité, puis elle les plisse alors que la détermination serre sa mâchoire. Tacoma lève la main. « Je pense que tu passeras ta vie avec elle. » Il soupire. « L’acceptation vient avec la compréhension, et j’ai bien peur que nous n’ayons pas été très francs avec toi sur cet aspect. »

 

« Je ne te le fais pas dire », marmonne Kirsten. « C’est comme si vous étiez tous sur une même page, et que je ne sache même pas où est la librairie. »

 

« Pas tous », intervient Maggie, en faisant un petit sourire narquois à Kirsten avant de tourner son regard impatient vers Tacoma.

 

L’homme rougit, puis secoue la tête. « Croyez-moi. Ate est bien meilleur pour ça que moi. Il a dû l’expliquer à ces dix enfants, après tout. Je n’ai eu à l’expliquer à personne. »

 

« Je sais pas », dit Maggie d’une voix traînante. « Est-ce qu’on doit le laisser s’en tirer ? »

 

Se sentant un peu mieux grâce à la conversation, Kirsten hoche la tête. « Pour l’instant. »

 

« Merci ! » S’exclame Tacoma, en lui souriant. Puis son expression devient neutre. « Le fait est que, je comprends vos craintes. Je suis passé par-là, et je sais ce que c’est de se sentir incapable d’aider. » Kirsten le regarde avec un intérêt franc maintenant. « J’avais treize ans la première fois que c’est arrivé. Un koskalaka qui apprend toujours à devenir un homme, et parfois, comme la plupart des adolescents, trop grands pour mes nattes. » Il sourit avec un air d’auto-dénigrement. « J’avais eu ma Première Vision six mois avant environ, vous voyez, et alors je me considérais comme un expert en la matière. Dakota avait douze ans, pas encore une femme, mais presque. Elle venait de commencer sa croissance et était presque aussi grande que moi de nouveau. »

 

Il sourit affectueusement au souvenir, et lâche la main de Kirsten, se lève et fait le tour du canapé en étirant légèrement ses muscles raidis. Il prend la tasse de café fort des mains de Manny et la tend à Kirsten avant de reprendre son histoire. « Ate et grand père avaient prévu une séance de transpiration pour elle, juste pour qu’elle s’habitue à l’idée. Une sorte de galop d’essai, en fait. Personne ne s’attendait à ce qu’elle ait une Vision. Son heure n’était pas encore venue. »

 

« Mais ce fut le cas. »

 

« Et comment », dit Tacoma, en passant la main devant son visage. « Ça a plutôt bien commencé. Je veux dire, c’était plutôt surprenant qu’elle ait le don d’une Vision, mais… je pouvais dire qu’elle était un peu nerveuse, alors moi, avec mes six mois de vaste expérience, j’ai essayé de l’aider à la vivre. Mais alors… »

 

« Quelque chose a mal tourné, c’est ça », fait observer Kirsten, en tenant la tasse dans ses mains froides, sans pourtant faire aucun mouvement pour boire le café.

 

« C’est ce que je pensais. Et pire, je pensais que c’était de ma faute. Comme si je lui avais fait quelque chose de mal quand j’essayais de l’aider. » Il secoua la tête, faisant tomber en cascade ses cheveux maintenant dénoués sur son épaule. « J’étais si effrayé que j’oubliai tout ce que Ate m’avait appris. »

 

« Qu’est-ce qui s’est passé ? » Murmure Kirsten, transportée.

 

« Heureusement, Ate a eu la présence d’esprit de me retenir avant que je ne fasse quelque chose d’impardonnable. Pendant qu’il me serrait, Granpapa est allé chercher Dakota. »

 

« Allé chercher ? » Répète-t-elle. « Je ne suis pas sûre de comprendre.

 

Tacoma a un sourire grimaçant, réfléchissant un instant. « Dakota m’a parlé de la fois », commence-t-il doucement, « où tu as fait une rencontre infortunée avec un androïde mourant qui semblait déterminé à t’emporter avec lui. Tu te souviens ? »

 

Kirsten hoche la tête. Son souvenir de cette époque reste, à l’inverse de ses autres rêves, curieusement clair, bien que la scientifique en elle considère ces souvenirs comme des rêves par absence de quoi que ce soit d’autre pour les nommer. Toute sa vie, elle s’est agrippée à sa résolution que le corps humain et ce que les gens appellent ‘âme’ ou ‘esprit’ sont inexorablement mêlés. Aussi longtemps que l’un vit, l’autre vit. Quand l’un cesse de vivre, l’autre aussi, un monde sans fin, Amen. Si elle doit accepter que ces souvenirs soient autre chose que les tirs au hasard d’un cerveau qui a désespérément besoin d’oxygène, elle devra changer sa vision du monde très fondamentalement ancrée, et bien qu’elle reconnaisse qu’elle est une personne très différente de celle qu’elle a été, c’est un changement qu’elle n’est pas sûre d’être prête à faire, en vérité.

 

Tacoma, compatissant à sa lutte, garde le silence un moment de plus avant de reparler. « Nos croyances sont très différentes », fait-il doucement remarquer. « Quand Dakota s’est rendu compte que tu commençais à marcher sur le chemin de l’esprit, elle est allée ‘te chercher’, pour te ramener dans ton corps. Granpapa a fait la même chose pour Dakota il y a bien longtemps. »

 

« Pourquoi votre grand père et pas votre père ? » Demande Maggie avec curiosité.

 

« Dakota aime très profondément mon père, c’est vrai, » répond Tacoma. « Mais elle vénère mon grand père, même maintenant, qu’il a quitté ce monde depuis de nombreuses années. Ils avaient un lien qui… et bien, si Granpapa lui avait demandé de prendre du poison, elle l’aurait fait sans même y réfléchir. »

 

« Wow. »

 

« Ouais. Wow. J’étais un peu jaloux, pour vous dire la vérité, mais… » Tacoma hausse les épaules comme pour dire ‘qu’est-ce qu’on peut y faire ?’

 

« Alors, votre grand père l’a ramenée ? » C’est Maggie qui a prononcé ses mots, elle qui, contrairement à Kirsten, n’a absolument aucun problème pour croire et accepter comme vrai le spiritualisme pratiqué par Dakota et sa famille parce qu’il fait étroitement miroir au sien.

 

« Et bien… oui et non. » Il rit en voyant deux paires d’yeux interrogateurs croiser les siens. « Il a aidé à la guider, oui, mais il a dit plus tard qu’elle avait trouvé la plus grande partie du chemin elle-même. Bien qu’elle avait eu une aide très spéciale. »

 

Avant qu’aucune d’elles ne puisse le questionner sur le sujet, la porte s’ouvre légèrement et Wanblee Wapka passe la tête. « Kirsten, pouvez-vous nous rejoindre, s’il vous plait ? » A son expression surprise et craintive, il sourit chaleureusement. « Tout va bien. Je vous le promets. »

 

Avec une inspiration tremblante, Kirsten se lève du canapé, tend sa tasse à Maggie, et part en courant vers la chambre, se glisse à l’intérieur et attend que Wanblee Wapka referme la porte derrière elle. Après un moment, elle rassemble son courage et regarde vers le lit.

 

Là, sous une pile de couvertures, Dakota est allongée. Bien que toujours très pâle, un semblant de couleur semble heureusement être revenu sur son visage, et elle semble plongée dans un sommeil très profond, très paisible. Ayant passé tant de temps à imaginer des scénarios divers et horribles, Kirsten se sent affaiblie par le soulagement. La présence ferme de Wanblee Wapka près d’elle est la seule pensée qui l’empêche de fondre en larmes avec la force que ce soulagement entraîne.

 

Le vieil homme, qui lit en elle comme dans un livre, pose légèrement la main sur son épaule et la mène à côté du lit. « Comme vous pouvez voir, elle va bien et se repose confortablement. » Il montre le grand bol et la tasse posés sur la table de chevet. « Elle a chaud, est sèche, et décemment nourrie. Tout ce dont elle a besoin maintenant, c’est de repos. Et de vous. »

 

Kirsten tourne des yeux agrandis vers lui, et il sourit. « Ma fille vous aime beaucoup, Kirsten. »

 

« Je l’aime aussi. De tout mon cœur. »

 

Le sourire de Wanblee Wapka s’agrandit. « Je peux le voir. Ça irradie de vous. » Dakota gémit doucement. « Voyez comme elle vous cherche, même dans son sommeil réparateur ? » Kirsten tend la main et caresse les mèches de Dakota. « Et elle se calme à votre moindre contact. Elle sait que vous êtes avec elle et ça l’aide à retrouver sa force. »

 

« Est-ce… normal ? »

 

« Normal, oui. Commun ? Non. En fait, c’est plutôt rare. Le lien entre vous est très puissant, très sacré. »

 

« Je… commence à l’apprendre, je pense. »

 

Il rit doucement. « Je sais que c’est difficile, Kirsten. Non seulement vous êtes d’une culture différente, mais vos croyances sont aussi différentes des nôtres que la nuit l’est du jour. Et pourtant, Ina Maka a choisi de vous offrir cette union sacrée à toutes deux. Je vous aiderai à vous adapter du mieux que je pourrai, si c’est quelque chose que vous souhaitez vraiment. »

 

« Plus que tout », répond Kirsten, sachant que ses mots portent la vérité fondamentale. « Plus que tout. »

 

« Je vous crois », répond Wanblee Wapka, sa propre vérité résonnant puissamment dans sa voix.

 

Kirsten baisse les doigts et caresse la joue de son aimée. « Elle est encore si pâle, si froide. »

 

« C’est une conséquence infortunée de la Transe de Vision. Elle va aller mieux, avec le repos et le temps. »

 

« Que puis-je faire ? »

 

« Rien de plus que ce que vous faites là. Elle sait que vous êtes ici. Votre présence va faire toute la différence. »

 

Dakota frissonne alors qu’un grand froid la glace jusqu’aux os.

 

« Est-ce… » Kirsten rougit. « Est-ce bien si je me mets là-dessous avec elle ? Peut-être que ça l’aiderait à avoir plus chaud ? »

 

« C’est une excellente suggestion. Mais rappelez-vous, elle sera ainsi pendant plusieurs jours. Ne vous sentez pas obligée de rester avec elle tout le temps. Vous avez des besoins qui doivent être satisfaits aussi. »

 

« Juste là », fait remarquer Kirsten en attrapant le bas de son débardeur, « c’est de ça que j’ai besoin. »

 

Avec un dernier sourire fier, Wanblee Wapka incline la tête, puis il se retourne et les laisse seules, refermant doucement la porte derrière lui, plongeant la pièce dans la pénombre.

 

Kirsten enlève ses sous-vêtements et se glisse sous les couvertures. « C’est bon, mon amour », murmure-t-elle en s’étirant sur le dos et en guidant Dakota vers elle, reposant la tête luisante de sa compagne sur son épaule, souriant quand un long bras puissant entoure immédiatement sa taille. « C’est ça. Je suis là. Tu peux te reposer maintenant. Je suis là. »

 

Un instant plus tard, elle ferme les yeux et, tout comme sa compagne, elle plonge dans un sommeil profond.

 

********

 

Tacoma commence à se lever quand son père revient dans la pièce. « Ate ? Comment va-t-elle ? »

 

« Elle se repose sans problème. Kirsten va rester avec elle. » Il se tourne à demi vers le couloir qui mène à la cuisine. « C’est du café que je sens ? »

 

« Je vais t’en chercher, Leksi. » Avant que Wanblee Wapka ait une chance de protester, Manny est debout et se dirige vers l’arrière de la maison. Un sourire passe sur le visage de son oncle et Tacoma sent un tiraillement y répondre sur sa propre bouche. « Tu dois prendre de l’âge, Ate. Veux-tu une couverture chaude pour tes genoux ? Une canne ? »

 

A ces mots, Wanblee Wapka éclate franchement de rire. « Pas encore, mon garçon. Pas encore. » Il se plie pour s’asseoir sur le coffre qui sert de table de salon. Asi se lève, étirant une patte après l’autre depuis sa place près de l’âtre, bâille largement et fait le tour pour venir s’allonger aux pieds de Wanblee Wapka. « Hé, mon gars », dit ce dernier, en ébouriffant le lourd pelage du chien. Ensuite il retourne son attention vers Tacoma et dit, « j’ai bien l’intention de voir le plus jeune enfant de mon plus jeune enfant avant de commencer à perdre des forces. Tu auras des cheveux gris de ton côté avant qu’on y soit. »

 

Les mots sont dits d’une manière neutre, mais Tacoma sent un wakan sous-jacent en eux, la vérité enracinée dans la puissance. Et pourtant il note la lassitude dans les rides autour des yeux de son père, les fourmillements de froid qui remontent la peau de son avant-bras posé nonchalamment sur son genou. Il lève les yeux et croise le regard de Maggie, assombri par l’inquiétude et une profondeur de conscience qu’il a rarement vue chez quiconque de son propre peuple. « Hé ! » Hèle-t-il en direction de la cuisine. « Service de chambre ! Bouge tes fesses, frérot ! »

 

Un fracas dans la cuisine annonce la réapparition de Manny avec une tasse de café fumant dans une main, un bol de soupe dans l’autre. L’arôme riche de bouillon de poulet et de sauge s’en élève. « Et voilà, Leksi. »

 

« Pilamayaye, Tonskaya », dit Wanblee Wapka et il s’attaque à la nourriture. Quand le bol est vide, la dernière goutte saucée avec un morceau de pain, il dit, « Maggie, je pense que vous avez quelques questions. »

 

« Plutôt quelques douzaines », répond-elle ironiquement. « Mais commençons par la plus importante ? Pouvez-vous me dire si ce n’est pas personnel ? Je pense avoir entendu quelque chose qui ressemblait à votre nom. »

 

Wanblee Wapka hoche la tête. « C’est vrai, mais ce n’était pas un nom. » Il s’interrompt un instant. « Je peux vous redire ses mots. Elle a dit, ‘Rouge. Terre rouge. Rivières rouges. Rouge partout.’ Et elle a dit, « La mort. La mort partout. »

 

Maggie s’adosse dans le canapé avec un frisson visible, les bras croisés sur elle comme une femme prise dans un vent glacial. « C’est joyeux », dit-elle. « C’est une prophétie ? »

 

Tacoma sent le froid passer dans son propre sang, se déversant tel un torrent à la fonte des neiges. Il connaît la réponse à la question de Maggie, sait que son père la connaît. Il ne peut pas expliquer cette certitude, mais il n’en est pas moins certain. Cependant Wanblee Wapka dit prudemment. « Jusqu’à ce qu’elle se réveille et nous parle, nous ne pouvons pas en être sûrs. Nous ne savons pas où elle était, ni quand elle était. Elle pouvait décrire ce qui s’est passé à l’est d’ici, en Europe, en Asie. Elle pourrait avoir vu le passé dans cet endroit-ci. »

 

« Mais ? » Dit Maggie en se penchant en avant les coudes posés sur les genoux, les mains légèrement croisées devant elle, le regard directement dans celui de Wanblee Wapka.

 

Après un moment, celui-ci dit, « mais oui, je pense que c’était une prophétie. Je pense qu’elle parlait de quelque chose à venir. »

 

« Demain ? » Le presse-t-elle. « Dans un an ? »

 

Wanblee Wapka répond par un haussement d’épaules, puis dit, « Le temps passe étrangement sur la route spirituelle. On ne voit pas toujours les choses dans l’ordre qu’elles prennent dans notre monde. La durée est problématique, au mieux. Nous sommes restés dans la cérémonie de l’Inipi moins d’une heure. Et pourtant Dakota peut avoir passé la moitié d’une année, ou la moitié d’une vie, de l’autre côté, avec notre mesure du temps. »

 

Pendant un moment, Maggie tourne la tête vers la fenêtre pour regarder dehors. Tacoma suit son regard vers le grand chêne qui va apporter de l’ombre à la maison en été, où un écureuil est placidement assis à manger un des derniers maïs de la saison dernière, le faisant tourner dans ses pattes délicates. Les rideaux blanc uni remuent à cause de la brise, apportant l’odeur de l’herbe nouvelle. Elle dit finalement, « pouvez-vous nous dire ce que vous pensez que ça signifie ? »

 

« Qu’est-ce que le rouge vous suggère ? » Demande tranquillement Wanblee Wapka.

 

« L’évidence ? »

 

« Il n’y a rien de mal à être évident. Tout le contexte… » Un mouvement de la main embrasse la Base, les terres au-delà, le continent qui s’étire jusqu’au cercle de l’horizon. « … est évident. »

 

« Le sang, alors. Le sang partout. La mort partout. Encore plus de combats, plus de tueries, plus de pertes humaines. »

 

« Nous avons toujours su que nous n’en avions pas fini à la Cheyenne », dit Manny, la voix neutre. « Les droïdes ne nous laisseront pas tranquilles. Ils ne peuvent pas. »

 

« S’il y a jamais eu le moindre doute, la ‘bombe suicide’ qui a attaqué le convoi qui rapportait les turbines d’éoliennes l’a écarté », dit Maggie avec une pointe d’ironie. « Nous sommes un point de ralliement pour la population. Nous avons les armes. Et nous avons la Présidente, qui se trouve également être la seule personne avec la connaissance technique pour les mettre tous foutument hors service. A partir du moment où elle sort de cette chambre, je ne veux pas que Kirsten mette un pied hors de la maison sans escorte. Elle a une foutue cible peinte sur le front. »

 

« Vous voulez un volontaire ? » Manny lève la main. « Si oui, vous en avez un. »

 

Maggie hoche la tête. « Prenez Andrews. Trouvez-en deux de plus pour vous relayer et apportez-moi leurs noms pour approbation. Douze heures de service, douze de repos. Nous avons toujours quelques téléphones de campagne avec des batteries qui fonctionnent. Vérifiez-en un. Et prenez un véhicule blindé. Je ne veux pas que Kirsten sorte de cette Base d’une autre façon à compter de maintenant. Rassemblez le tout pour le souper. »

 

« Oui madame. » Manny fait un salut militaire en souriant. « J’ai toujours voulu être un agent des Services Secrets si je ne pouvais pas voler. »

 

Tacoma regarde ses mains. Il ne peut pas se porter volontaire et sait qu’il va être rembarré s’il le fait. Ses compétences sont attendues ailleurs. Wanblee Wapka dit tranquillement, ce qui confirme sa pensée, « Manuel va faire ce qui doit être fait, chinkshi. Tu as trop de valeur en tant qu’ingénieur et commandant de terrain. »

 

« Vous devriez avoir le rang d’officier », ajoute Maggie. « Je vais demander à Kirsten de vous promouvoir Capitaine. » Tacoma lève les yeux, surpris, mais elle rejette sa protestation de la main avant qu’il ne puisse la formuler. « Je sais que ça vous importe peu. Et ça importe peu aux hommes et aux femmes qui ont combattu avec vous et vous connaissent. Mais ça importera à d’autres, à la fin, particulièrement à tout autre militaire qui pourrait établir une liaison avec nous. Vous êtes promu, soldat. Faites avec. »

 

Il n’y a rien d’autre à dire. « Oui madame », dit-il. « Merci. »

 

Un sourire ironique passe sur ses lèvres. « Remerciez-moi quand vous aurez les maux de tête qui vont avec le job et qu’il n’y a plus d’aspirine. »

 

« Il y aura toujours l’écorce de saule », dit Wanblee Wapka en souriant. « Les vieilles méthodes ont aidé notre peuple à traverser quelques milliers d’années. D’autres peuvent apprendre à les utiliser aussi. »

 

« Ça pourrait être ce que Koda a vu, aussi, non ? » Tacoma croise le regard de son père fermement. « Du rouge partout. Des gens rouges, des méthodes rouges. Les bisons reviendront, et le peuple avec eux, tout comme la Femme Bison Blanc a dit. »

 

« Et Wovoka, et d’autres depuis. » Wanblee Wapka se penche pour caresser le poil d’Asi à nouveau. « Nous ne savons pas encore combien nous avons perdu, ou combien nous pouvons retrouver. Mais tu as raison. Nous… les Lakota, les Américains, tous les peuples… nous avons une chance de choisir nos chemins d’une façon qui n’a pas été ouverte à nous pendant des siècles. Ce sera une partie du défi qui attend Kirsten. »

 

« Et Dakota », ajoute Tacoma.

 

« Et ta sœur. C’est très vrai. » Son père se redresse de toute sa hauteur et tire un peu sur le collier d’Asi qui se lève à ses pieds, la langue pendante dans un sourire plein d’espoir. « Je vais sortir ce petit-là, ensuite je reviendrai pour rester avec elles aussi longtemps qu’il faudra. »

 

Asi va vers la porte, tremblant de la tête à la queue. Lorsqu’elle s’ouvre, il bondit dehors, Wanblee Wapka le suit plus doucement. Le regard de Maggie passe de Tacoma à Manny puis revient. « Et vous deux vous êtes assis sur vos fesses parce que… ? »

 

« Oui madame », dit Tacoma en souriant et il se met debout à son tour. « On y va. »

 

*******

 

Quand Kirsten s’éveille, son corps est dans un état total d’excitation. Au début, les yeux toujours fermés, elle considère ça comme les restes d’un rêve merveilleux bien que malheureusement oublié. Mais la main chaude posée sur son ventre nu la convainc d’une toute autre réalité. Elle bat des cils et ouvre les yeux, et gémit doucement, son corps arqué tandis que la main dessine un cercle lent et décidé sur son ventre avant de remonter et que des doigts doux n’effleurent ses tétons déjà durcis.

 

Avant qu’elle ne puisse dire un mot, ses lèvres et sa bouche sont couvertes d’un baiser chaud, profond et humide. Le goût et l’odeur de Dakota submergent ses sens, et elle s’accroche aux épaules puissantes à deux mains, prenant ce qui lui est offert et rendant à son tour un désir en spirale.

 

Quand le baiser est finalement interrompu, Kirsten lève le regard vers des yeux dilatés et noirs de désir. Seul une petite fente de bleu brillant entoure chaque pupille, comme une couronne autour d’une éclipse totale.

 

« Lila waya waste mitawa », ronronne Koda, la voix rauque de sommeil et de désir. « Ma magnifique femme. » Elle glisse les doigts dans le soutien-gorge en soie, et prend le sein de Kirsten dans sa main, sentant le cœur puissant battre rapidement, avec force contre sa peau. « Comme un tambour », murmure-t-elle. « Qui appelle mon adoration. »

 

Acceptant l’invitation, elle baisse la tête, effleure de sa joue le tissu lisse qui couvre le sein ferme de Kirsten avant d’utiliser le bout de sa langue pour écrire des cercles humides autour du téton dressé. Une longue inspiration d’air chaud envoie presque Kirsten passer à travers le toit, et son cri est fort alors que des lèvres chaudes engloutissent son sein, à travers le matériau soyeux de son soutien-gorge. La main libre de Dakota glisse lentement le long du côté de Kirsten, de sa hanche à son genou, puis remonte, enserrant brièvement son pubis avant de flâner vers le sein négligé et de le caresser doucement de sa paume et de ses doigts.

 

Kirsten se trémousse sous elle, les mains maintenant serrées dans les draps, la tête tournée sur le côté, la poitrine haletante tandis qu’elle inspire des goulées profondes d’un air désiré. Un pincement léger attire son attention, un autre plus fort vaut un grognement, long et langoureux tandis que ses hanches bougent en réponse.

 

Souriante, Dakota se recule, puis se penche pour un autre baiser profond et explorateur tandis que ses mains errent vers le tissu de la culotte de Kirsten. Celle-ci se soulève et le vêtement se libère et est jeté dans un coin de la chambre, immédiatement oublié. « Si belle », murmure Koda, en traçant du doigt le milieu du ventre de Kirsten pour caresser à travers les poils épais et humides qui entourent son sexe. Les longs doigts plongent plus bas, tournoyant dans l’humidité abondante tandis que Kirsten halète et gémit de plaisir au toucher de son amante.

 

« C’est si bon, tehila, c’est si bon. » Caressant doucement, elle bouge le corps jusqu’à ce qu’elle soit en bas du lit, agenouillée sur le sol. Elle attrape les hanches de Kirsten et tire sa jeune amante vers l’avant, la respiration chaude jouant sur le joyau humide si magnifiquement exposé. Elle lève les yeux pour voir un regard émeraude brillant la fixer, et elle sourit. « Regarde-moi, canteskuye. Regarde-moi t’aimer. »

 

Elle baisse la tête et boit le désir de son amante, son goût bien plus fin que n’importe quel nectar. Ses caresses sont longues et fermes, et tournoyantes, aimant chaque repli de la chair humide et gonflée.

 

S’obligeant à garder les yeux ouverts contre les vagues d’extase qui s’élèvent et se brisent contre son corps, Kirsten relâche sa prise sur les draps et baisse une main tremblante vers la masse luisante des cheveux de son amante.

 

Koda retire sa bouche juste un instant et glisse un doigt dans le sexe de son amante, puis le retire lentement, savourant l’étroitesse veloutée qui la retient avec tant d’amour. Puis elle se remet à sa tâche alors que ses doigts luisants errent vers le bas, jusqu’à être pressés familièrement contre la petite entrée ridée à l’arrière. Kirsten lève la tête à la sensation, les yeux emplis d’un peu de crainte. « Koda ? Que… ? »

 

Elle s’effondre contre les oreillers tandis que la langue de Koda redouble ses caresses tournoyantes et que son doigt commence un massage ferme destiné à la détente et au plaisir.

 

« Seigneur ! » Halète Kirsten. « C’est… incroyable ! » Elle souffle quand Koda entre en elle jusqu’à la première phalange, stimulant des terminaisons nerveuses qu’elle ne savait pas posséder auparavant.

 

La poitrine de Koda se soulève doucement d’un rire intérieur tandis qu’elle pousse doucement le doigt vers l’avant jusqu’à ce qu’il soit totalement enfoncé. Puis, avec un mouvement qui fait écho à celui de sa langue, elle tourne et pousse, tout aussi doucement, lisant le corps de son amante comme un livre ouvert, tandis que les muscles de Kirsten se tendent et se détendent, se tendent et se détendent, et que sa respiration devient saccadée, presque des halètements d’angoisse.

 

Elle plie le doigt à l’intérieur tout en mordant légèrement la chair dans sa bouche, se concentrant uniquement sur le bouton gonflé, le baignant des touchers saccadés de sa langue.

 

Kirsten explose avec une force qui lui coupe le souffle. Ses muscles se raidissent dans un spasme incroyable et elle ne peut que chevaucher les vagues de passion absolue qui l’emportent vers l’inconnu.

 

Quand elle est enfin emportée par-dessus la terre, Koda est là, qui la tient doucement dans sa bouche, la réchauffant, la retenant, la ramenant chez elle.

 

Et puis, une autre poussée, et elle se sent incroyablement attirée de nouveau vers l’avant sur les ailes d’une excitation qu’elle n’a même jamais rêvée.

 

« Non ! » Crie-t-elle quand elle sent son amante la quitter. Elle ouvre les yeux pour voir Dakota qui se tient debout, nue, et lui sourit.

 

« Ecarte un peu plus les jambes, canteskuye, un peu plus. Oui, parfait. »

 

Tandis que Kirsten regarde, Dakota utilise son autre main pour écarter ses propres lèvres, puis elle se penche en avant, les scellant toutes deux de la plus merveilleuse manière. Leur chair lisse, glissante et gonflée se frotte, envoyant des étincelles dans le corps de Kirsten, et elle crie à nouveau à la sensation.

 

« Un long et lent voyage pour nous ramener à la maison, cante mitawa », ronronne Koda en plantant ses poings sur le lit pour recommencer à pousser contre son amante, encerclant ses hanches d’une manière irritante mais captivante. Kirsten se lèche les lèvres en voyant les seins de Koda remuer au-dessus d’elle, leurs tétons fièrement gonflés d’un rouge profond. Elle tend les mains pour les caresser tandis que Koda continue ses poussées longues et lentes, grognant doucement à l’effort de chaque caresse.

 

« Plus fort », hoquette Koda alors que Kirsten pousse et tire. « Oui, plus fort, comme ça, oh oui… »

 

Dakota augmente son rythme, se penchant de plus en plus vers son amante, ses longs cheveux odorants formant un rideau au-dessus d’elles. Elle sent son orgasme bondir vers elle. « Han ! » Crie-t-elle, en penchant la tête en arrière, montrant sa gorge tandis qu’elle continue à pousser dans le corps volontaire et ouvert de Kirsten, la sueur coulant sur son visage et sur son cou. « Han ! » Crie-t-elle à nouveau, et elle commence à trembler alors que son orgasme la submerge avec de grandes explosions de lumière et de plaisir.

 

Un instant plus tard, elle s’effondre sur le corps de son amante. Ses doigts bougent vite, s’enfonçant dans le corps accueillant de Kirsten, et elle grogne avec chaque poussée dans le gant lisse de velours. « Je t’aime, canteskuye », halète-t-elle entre les grognements. « Je t’aime. Par les dieux que je t’aime. »

 

Il n’en faut pas plus à Kirsten pour exploser hors de son corps à nouveau, son esprit enveloppé dans des couleurs brillantes qui la soulèvent si haut et la maintiennent là pendant ce qui ressemble à une éternité voluptueuse avant de la remmener dans l’étreinte de la femme qu’elle aime.

 

Elle revient à elle-même pour sentir son visage, ses yeux et ses cheveux couverts de baisers, et elle fait de son mieux pour ne pas s’effondrer totalement dans les bras puissants et aimants de Dakota. Elle réussit à lever son visage brillant vers son amante. Le baiser qu’elles partagent est chaud, doux et aimant.

 

Puis elle sombrent toutes deux dans le sommeil, toujours fermement serrées l’une contre l’autre alors que la sueur sur leurs corps refroidit lentement.

 

*******

 

Lorsque Kirsten se réveille, on est au matin du troisième jour après les événements de la cérémonie de transpiration. Elle constate qu’elle est enveloppée sous le poids alourdi du corps immobile de Koda tandis qu’un coup léger résonne à la porte. « Un instant ! » Crie-t-elle, sa voix aussi rauque que le coassement d’un crapaud mourant. « Koda. Mon amour, pourrais-tu… ? Hmm. D’accord, ça ne va pas marcher. » Sa compagne profondément endormie est aussi inerte qu’une poupée de chiffon, et il lui faut toute sa force pour libérer une jambe. Avec un peu de force, elle réussit à faire rouler Koda sur le dos, où elle reste, la tête penchée d’un côté. Dans la lumière naissante de la journée qui s’annonce, Kirsten étudie sa compagne avec soin. La plus grande partie de la couleur sombre est revenue sur son visage, mais des cercles sombres persistent sous ses yeux. Malgré la chaleur de la pièce, sa peau reste toujours d’un froid inquiétant, et tout en se levant, Kirsten ramène les couvertures éparpillées sur la forme immobile de Dakota.

 

On frappe une nouvelle fois à la porte.

 

« Je viens ! » Elle se sent rougir profondément à ces mots. « C’est à ça que je viens de passer les deux derniers jours », murmure-t-elle entre ses dents, puis elle rougit de nouveau. Elle a un peu mal partout, mais c’est une douleur plaisante de quelqu’un qui a été bien et merveilleusement aimé. « Seigneur », murmure-t-elle en frissonnant alors que les souvenirs passent dans une joyeuse parade dans sa conscience. « Très bien, Kirsten, respire profondément, expire profondément, bien. Maintenant… » Elle lève la voix. « Qui est-ce ? »

 

« C’est Tacoma. Le lieutenant Jimenez, l’un de vos techniciens, est ici pour vous voir. Il a quelque chose qui provient de cet androïde suicidaire qu’il voudrait vous montrer. »

 

« Bien », dit-elle ; son regard part à la recherche de vêtements, ou d’une robe de chambre pour se couvrir, et revient bredouilles. « Je sors tout de suite. Je dois… »

 

« Prenez votre temps. Nous serons dans le séjour quand vous serez prête. »

 

« Merci. » Elle lève le bras et renifle rapidement, puis tressaille et tousse. « Une douche. Maintenant. »

 

La chambre d’officier contient une minuscule demi salle de bains avec assez de place pour un WC, un lavabo et une cabine de douche. Le jet est froid et piquant lorsqu’elle ouvre le robinet, et, bon gré mal gré, elle entre à l’intérieur. « J’ai de plus en plus de respect pour vous les militaires de jour en jour », marmonne-t-elle, en frissonnant tout en attrapant le savon pour commencer à se savonner rapidement. Elle regrette les jours où une douche chaude et fumante était à la fois un luxe et une nécessité, et finit de se laver dans un temps record avant de tourner le robinet avec gratitude.

 

Une serviette heureusement non réglementaire la récompense et elle se sèche rapidement, puis s’en enveloppe tandis qu’elle retourne dans la chambre. « Bon sang », murmure-t-elle, en regardant le tas éparpillé des vêtements qu’elle portait il y a trois jours, plissés au-delà de la récupération. « Et maintenant ? Je ne vais sûrement pas recevoir des invités enveloppée dans une serviette. »

 

Elle hausse les épaules et va vers la commode usée d’où elle a vu Koda sortir des vêtements. Elle ouvre un tiroir et farfouille jusqu’à ce qu’elle trouve un tee-shirt uni noir… XXL, ce qui est bien puisque son soutien-gorge a été réduit à deux ficelles identiques de tissu inutile… et un short large qui, une fois qu’elle l’a enfilé, ressemble à un pantalon Capri étant donnée la différence de tailles entre elle-même et sa compagne. « Eh bien. Il faudra juste qu’ils apprennent à s’y faire. »

 

Elle se passe la brosse de Dakota dans les cheveux, et se trouve présentable vu les circonstances, et elle jette un dernier coup d’œil sur Koda, qui dort paisiblement, enfouie sous les couches de couvertures qui la recouvrent. « Je reviens bientôt, ma chérie », murmure-t-elle, en touchant légèrement la joue de Dakota avant de se retourner et de quitter la chambre.

 

******

 

Jimenez et Tacoma se mettent debout au moment où Kirsten sort de la chambre. Elle leur fait signe de se rasseoir, n’étant pas du genre à appliquer le protocole dans sa propre maison, et vraiment, pour la première fois, c’est ce qu’elle pense de cet endroit. Elle leur fait à tous deux ce qui se rapproche le plus d’un sourire, puis contourne le canapé et se perche avec précaution sur un des accoudoirs, espérant qu’aucun des deux ne peut voir le léger tressaillement au moment où elle le fait.

 

« Alors, qu’est-ce que vous avez pour moi, Lieutenant ? »

 

Jimenez soulève sa mallette et la pose sur la table, fait glisser les fermetures et expose l’intérieur. Il prend un petit sachet de plastique étiqueté et le tend à Kirsten, qui attrape ses lunettes du bout de la table et les passe sur son nez. Une pince à épiler suit et Kirsten l’accepte avec un hochement de tête et ouvre le sachet, en sortant un minuscule objet, pas plus grand que la demi lunule d’un ongle. Elle fait tourner l’objet noirci dans ses doigts et un sourire éclot sur ses traits. « Oh, ça c’est bon. C’est très bon. »

 

« Merci madame », dit Jimenez, en rayonnant de plaisir.

 

« C’était séparé des autres morceaux ou vous l’avez extrait ? »

 

Il soulève un autre sachet de la mallette et le lui tend. « Nous l’avons sorti de ceci, madame. »

 

Le carré métallique qu’il tend est de la taille de la moitié d’un paquet de cigarettes et pèse moins de soixante grammes, d’après elle. Kirsten sent son cœur se mettre à battre plus vite à cette découverte. Bien que noirci, fondu, et plutôt endommagé, le morceau qu’elle tient est le centre nerveux de l’androïde, quelque chose que personne, à part Westerhaus et ses laquais, n’a jamais vu. « Il se peut que tu aies fait la deuxième plus grande erreur de ta vie, Pete », murmure-t-elle, avec un sourire de requin. Ensuite elle lève les yeux vers Jimenez. « D’autres surprises pour moi, Lieutenant ? »

 

« Au labo, oui, madame », dit-il, le torse si bombé par la fierté que Tacoma passe une seconde à se demander s’il ne va pas bientôt exploser, laissant des morceaux bleus de l’Air Force éparpillés dans la maison. Il réfrène un rire par respect pour la sincérité évidente de l’homme, bien que ses yeux échangent un sourire espiègle avec Kirsten, qui cache avec succès sa propre gaieté. « Est-ce que… euh… est-ce que vous allez revenir avec moi, madame ? Au labo, je veux dire. Corvallis et moi on pourrait vraiment avoir besoin de votre expertise, madame. »

 

« J’aimerais bien, Lieutenant », dit Kirsten en glissant avec soin le carré dans le sachet avant de le refermer, « et je le ferai, mais là maintenant, je dois… »

 

« … aller au labo avec ce jeune gentleman », déclare Wanblee Wapka, qui passe le seuil. Asi, qu’il a essayé d’amuser, le pousse pour passer, aboyant de joie en voyant enfin sa maîtresse, et il saute quasiment dans les bras de Kirsten en couvrant son visage de baisers humides de chien sentimental. « Dakota devrait se réveiller bientôt. Je vais garder un œil sur elle pendant que vous vous occupez de vous. »

 

« Mais… »

 

« Allez-y. S’il vous plait. Elle va aller bien, et ça vous fera du bien de sortir un moment. »

 

Kirsten a toujours l’air peu convaincu. Oh, elle croit que Wanblee Wapka dit la vérité, il connaît ces choses-là bien mieux qu’elle, après tout. Mais une sensation bouillonne et la ronge et lui fait se demander si, plutôt que le fait que Dakota va aller bien sans elle, elle va aller bien sans Dakota.

 

« Allez-y », répète Wanblee Wapka en souriant. « Vous n’avez pas besoin d’être partie longtemps. »

 

Finalement et à contrecoeur, elle hoche la tête et, avec une dernière tape sur son chien languissant, elle se lève lentement et suit le jeune lieutenant hors de la maison.

 

Lorsqu’elle est partie, Tacoma se lève du canapé. « Si ça te va, Ate, je pense que je vais retourner à la centrale. Bernstein et Jove sont sur le point de faire le premier test avec l’éolienne que nous avons installée. J’aimerais être là si quelque chose tourne mal. »

 

Wanblee Wapka hoche la tête.

 

« Elle va aller bien, n’est-ce pas ? » Demande Tacoma en regardant attentivement son père.

 

« Elle va aller bien, chinkshi. Mais tu le sais déjà. Vous avez toujours été plus proches que cekpapi. »

 

« Je le sais bien », admet Tacoma. « Mais c’est toujours bien quand c’est confirmé. » Il sourit. « Merci Ate. Je vais revenir vite. »

 

« Pars alors », ordonne ce dernier, en posant sa longue silhouette sur le canapé tout en tapotant ses cuisses. Asi pose obligeamment la tête dans l’endroit indiqué, et commence à grogner lorsqu’on lui gratte fermement les oreilles.

 

Table des matières

 

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