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INSURRECTION38

Page history last edited by PBworks 15 years, 12 months ago

INSURRECTION

 

De Sword'n'Quill (Susanne Beck)

 

SwordnQuil@aol.com

 

écrit avec T Novan et Okasha

 

 

Traduction : Kaktus (parties 1 à 22) et Fryda (partie 23 à la fin)

 

 

Table des matières

 

 

Ecrit par Susanne Beck et Okasha

 

CHAPITRE TRENTE-HUIT

 

Asi confortablement niché à ses pieds, Kirsten pianote sur son clavier et entre la fin du numéro de série partiel dans son moteur de recherche spécialisé. Une autre frappe lance le rouage et elle s’affaisse à nouveau au fond du canapé, pour regarder les nombres traités. Asi prend ça comme le signe qu’il peut avoir un peu d’attention, et il se redresse, passant sa tête massive entre le portable et le ventre de Kirsten. Les grands yeux marron roulent vers elle tandis que sa queue bat dans un tempo réconfortant sur la table-coffre.

 

« Espèce de vendu », dit-elle en riant tout en tendant la main pour lui gratter les oreilles. « Tu n’es rien qu’un petit chiot vendu. »

 

Asi grogne son assentiment avant d’avancer un peu plus sur ses cuisses.

 

« Oh non. Si tu penses que tu vas grimper ici, tu peux toujours courir. Le travail de maman – aha ! En parlant du diable. D’accord chéri. Montre-moi ce que tu as. » Elle repousse ses lunettes plus haut sur son nez d’un doigt absent, et étudie les résultats de sa recherche. Elle fronce les sourcils. « Super. Soixante mille possibilités. Comme c’est génial. » Elle soupire, ses dents blanches mâchouillant pensivement et avec inquiétude sa lèvre inférieure pleine. « Voyons voir… comment diminuer ça. » Ses yeux s’éclairent, et elle entre plusieurs commandes, puis frappe ‘entrée’. « Et voilà. Fais-toi les dents là-dessus. »

 

Satisfaite, elle retourne vers son compagnon canin qui geint, et elle se penche en avant pour mettre légèrement son nez contre son museau. « Bon, on en était où ? »

 

« Attendez que je raconte à Dakota comment vous passez votre temps libre quand elle n’est pas là. »

 

La voix sèche et mélodieuse, complètement inattendue, fait sursauter Kirsten, qui fait pratiquement tomber son ordinateur de ses genoux. Avec le cœur qui bat à un kilomètre par minute, elle lève les yeux pour voir la silhouette sombre traverser et venir dans la lumière. « Mon Dieu, Maggie ! Vous m’avez presque causé un arrêt cardiaque là ! »

 

« Désolée », réplique Maggie, bien que son ton ne transporte pas exactement de l’excuse.

 

« Je ne vous ai même pas entendue entrer ! »

 

« C’est vous qui m’avez dit de ne pas frapper. »

 

« Je sais, je sais. » Elle pose le portable sur le côté et regarde son amie tandis que la Colonel installe sa longue silhouette dans le fauteuil. « Longue journée ? »

 

« Vous n’en savez pas la moitié. » Maggie se passe une main lasse dans ses cheveux ras. « Je viens juste de sortir d’un débriefing avec Manny. »

 

« Et ? »

 

« Des androïdes », répond-elle, sa bouche découpant ses mots avec la précision d’un requin Ginsu. « Beaucoup. Armés de missiles sol-air. Ils viennent par ici. »

 

« Merde. Dans combien de temps ? »

 

Maggie hausse les épaules. « J’sais pas. Ça dépend de leur vitesse de déplacement. Une semaine, au plus, je suppose. »

 

Le pincement dans les tripes de Kirsten se multiplie par dix, mais son regard croise fermement celui de Maggie. « Comment va-t-on les arrêter ? » Demande-t-elle doucement.

 

« Je ne sais pas non plus. » Le silence tombe entre elles, mais est brisé un moment plus tard. « Alors, qu’est-ce que vous allez faire par cette belle journée ? »

 

« Gardez ça au chaud », réplique Kirsten tandis que son ordinateur carillonne doucement. Un sourire élargit ses traits tandis qu’elle regarde les derniers résultats. Soixante mille possibilités sont tombées à quarante, et elle peut se débarrasser de trente sans même y regarder à deux fois. Un nom sort du reste, et son sourire s’agrandit. « Ha ! J’t’ai eu, espèce de salaud ! »

 

« Vous voulez bien partager ? » Demande Maggie après un moment à regarder Kirsten jubiler.

 

« Qu… ? » Kirsten cligne des yeux. « Oh. Oui, bien sûr. » Elle tourne l’ordinateur de telle façon que l’écran soit face à Maggie. « Vous voyez ? »

 

Celle-ci jette un rapide coup d’œil, puis lève les yeux vers son amie. « Pour citer les mots immortels d’un fameux docteur, je suis un pilote, pas un bionisticien, Jim. » (NdlT : détournement d’une phrase, souvent détournée d’ailleurs, du Dr McCoy de Star Trek, au Capitaine James ‘Jim’ Kirk)

 

Redressant sa machine, Kirsten rit à l’imitation tout à fait à propos. « Et, moi je le suis, alors je vais essayer de vous expliquer. »

 

« Allez-y », reçoit-elle en réponse neutre.

 

« Ok. Vous vous rappelez de notre androïde suicidaire d’il y a une semaine environ ? »

 

« Oui. »

 

« Et bien, comme vous le savez, j’ai passé mon temps à essayer de découvrir ce que je peux de ses morceaux. »

 

« Et vous avez découvert quelque chose ? »

 

« D’une certaine façon. En fait, votre homme, Jimenez, l’a découvert pour moi. Je l’ai promu, à propos. »

 

« Ah oui, c’est vrai ? A quel rang ? »

 

« Je… ne suis pas sûre de savoir. » Elle remue la main. « Bref, ce qu’il a trouvé pour moi était une planche de circuits qui se trouvait justement contenir le numéro de série de ce modèle particulier. Elle était méchamment brûlée, mais j’ai pu extraire assez du code pour l’envoyer dans ma base de données, et voilà ! »

 

« Et qu’est-ce que ça vous dit exactement ? »

 

Kirsten réfléchit à la question pendant un instant. « Vous avez déjà entendu parler des Chantiers Avioniques de Richardson ? »

 

Maggie penche la tête et réfléchit. « Non, je ne crois pas. J’aurais dû ? »

 

« Probablement pas. Pour le reste du monde, ça n’était rien qu’une opération de second niveau, qui usinait des pièces pour des avions et autres. »

 

« Mais pour ceux qui savaient… ? »

 

« Disons juste qu’il étaient les destinataires de plusieurs contrats juteux avec la Défense ces vingt dernières années environ. L’histoire, c’est qu’ils développaient des équipements top secret de camouflage et brouillage de radar pour des avions de guerre. »

 

« Intéressant. »

 

« Plutôt. » Une pause. « Mais je vois maintenant que ce n’est pas tout ce qu’ils développaient. »

 

Maggie s’avance dans son siège, intriguée. « Non ? »

 

« Non. Le numéro de série sur cet androïde mène tout droit au seuil de l’entreprise de Richardson. Aucun de nous ne savait même que ce type d’androïde existait. Et nous n’étions pas sensés le savoir. »

 

« Et c’est la raison pour laquelle leur usine était éloignée des bases militaires. »

 

« Exactement. »

 

« Okay. Et que nous apporte cette connaissance ? »

 

« Peut-être beaucoup. » Kirsten ajuste à nouveau ses lunettes. « Premièrement, nous avons la preuve d’une autre espèce d’androïdes dont le seul but est de tuer. Une chose contre laquelle les androïdes non militaires étaient supposés être garantis. Deuxièmement, et ça n’est qu’une supposition, puisque ces androïdes étaient déjà programmés pour tuer des humains, il est probable que quelque code que ce soit qui ait été utilisé pour ‘détourner’ les autres, n’était pas implanté dans ce modèle. Ça aurait été un gâchis de ressource et d’énergie, quelque chose que Westerhaus n’aurait jamais approuvé, et sa puanteur est partout sur ce projet. »

 

« J’ai bien peur de ne toujours pas voir en quoi ça peut nous servir », admet Maggie.

 

« J’y arrive. » Kirsten la regarde et sourit. « Si j’ai raison, et si ces androïdes ne sont pas programmés avec le même code incassable, ça veut dire que quelqu’un qui connaît une chose ou deux sur le codage des androïdes peut transformer ces tueurs d’humains en tueurs d’androïdes. »

 

La compréhension apparaît, et Maggie produit un sourire lumineux. « Kirsten King, je pourrais vous embrasser ! »

 

« Quoi, et vous donner un autre motif de commérage pour Koda ? » La taquine-t-elle en se sentant très satisfaite.

 

« Je ne le dirai pas si vous non plus. »

 

Kirsten rit. « Je me contenterai d’une bonne poignée de main. Et peut-être un autre verre de votre Southern Comfort un peu plus tard. »

 

« C’est noté ! » Elle se réinstalle dans le fauteuil. « Ok, il est temps pour la logistique. Comment on attrape ces androïdes et on les reprogramme, en supposant que ça peut être fait ? »

 

« Et bien, à mon avis il y a trois possibilités. » Kirsten lève la main droite et commence à pointer sur ses doigts. « Pour autant que je puisse le dire, ces androïdes ont été fabriqués avec un seul but, et c’était d’exploser. Ce qui veut dire qu’il est plus que probable qu’ils ne peuvent pas usiner la réplication eux-mêmes. Donc, soit la production a été stoppée quand ‘l’insurrection’ a démarré, et tous les androïdes ont simplement quitté l’usine pour aller vers leurs missions de mort, soit certains des androïdes programmés pour la production sont venus à Minot, ou bien il y a des humains survivants qui créent ces bébés aussi vite qu’ils peuvent. »

 

« Si vous aviez à choisir, que prendriez-vous ? »

 

« Si je devais choisir, je prendrais la solution deux, je pense. Dites que je suis idéaliste mais j’ai vraiment du mal à imaginer une usine entière pleine d’humains qui continueraient volontairement à construire les choses qui ont vraisemblablement tué leurs familles et leurs amis. Et je pense que cette usine a bien trop de valeur pour Westerhaus et ses sbires pour la laisser en jachère, donc cela laisse les androïdes de Minot comme notre seule option valable. »

 

« Hmm. » Maggie se frotte le menton d’un air absent en réfléchissant. « Mes tripes me disent que vous avez raison. Malheureusement, ce scénario est le pire pour nous, pour des raisons évidentes. Quelle est la taille de l’usine ? »

 

« En fait, pas si grande », répond Kirsten en faisant venir la carte de sa base de données. « Si je combine une partie du code ici, je peux être entrée et sortie en moins de quelques heures. »

 

« Vous ? ! ? » Demande Maggie, les yeux écarquillés. « Oh non, non, non, non, non. Désolée, Madame la Présidente, mais si je vous laisse à moins de mille kilomètres d’une usine d’androïdes, Dakota va me tuer. Ensuite elle trouvera sûrement un moyen de me ramener à la vie, juste pour pouvoir me tuer à nouveau. Non merci. Je vais trouver un moyen… »

 

« Maggie. » La voix douce de Kirsten interrompt ses pensées vagabondes. « Je dois y aller. Vous ne pouvez pas simplement aller là-bas, arroser l’endroit de balles, et kidnapper deux douzaines d’androïdes que vous me rapporterez. Ça ne marche pas comme ça. Le codage doit être fait à l’usine. Mon petit ordinateur ne sera pas suffisant, j’en ai peur. Je vais là-bas. »

 

« Kirsten », réplique Maggie, la voix mortellement sérieuse, « vous savez que je ne peux pas le permettre. »

 

Kirsten retire ses lunettes et fixe la Colonel avec un regard de pure glace. « Vous n’avez pas le choix en l’occurrence, Maggie. Je vais donner un ordre direct si je le dois, mais je ne veux pas avoir à le faire. Vous savez que j’ai raison. Vous savez que c’est la meilleure chose à faire. »

 

« Je sais que vous laisser aller là-bas, dans une usine pleine d’androïdes, est la chose la pire qu’il y ait, Kirsten. Vous êtes tellement plus qu’une scientifique pour nous. »

 

« Là maintenant, la scientifique est tout ce qui compte. Si je peux reprogrammer assez de ces androïdes qui infiltreront les rangs de leurs semblables et les détruiront, cela nous donnera le seul répit que nous ayons. Je ne peux pas ne pas le faire, Maggie. »

 

« Mais Kirsten… »

 

« Maggie, regardez-moi dans les yeux et dites-moi que nous allons gagner cette guerre sans ces androïdes. Dites-moi que vous avez une super arme secrète cachée quelque part qui réglera le problème une fois pour toutes. Dites-moi que la vision de Dakota n’est rien qu’un mauvais rêve après trop de pizza aux poivrons. Faites-le et j’oublierai tout. »

 

Elles se soutiennent longtemps du regard.

 

Finalement, Maggie cligne des yeux et regarde ses mains. « Vous savez bien que je ne peux rien vous dire de tout ça. »

 

« Alors c’est réglé. Je vais partir aux premières heures demain matin. L’usine est à un peu plus de dix kilomètres. Je devrais être revenue avant minuit. »

 

« Kirsten… »

 

« C’est réglé, Maggie. Maintenant si vous voulez bien m’excuser, j’ai du codage à faire. »

 

Et, sur ces mots, Kirsten remet ses lunettes, et s’éloigne d’elle, à nouveau immergée dans le monde des codes androïdes. Résistant au désir d’attraper la jeune femme par les épaules et de la secouer pour lui faire entendre raison, Maggie se lève et, après un moment, elle tourne les talons et part, refermant la porte calmement derrière elle.

 

Kirsten lève les yeux une fois que la maison est vide. « Bonne nuit, Maggie », murmure-t-elle. « Merci de votre sollicitude. »

 

******

 

« Sainte Mère », dit Tacoma dans un souffle alors qu’il envoie la lumière de sa lampe dans l’escalier étroit et dans la cave encombrée. « On dirait une armurerie de la Garde Nationale ! »

 

« Ouais. Reste vigilant. On ne sait pas s’il n’a pas laissé quelques petites surprises pour nous en descendant. »

 

« Bien reçu. » Tacoma fait des balayages délibérés de sa lampe, son regard aiguisé examinant chaque centimètre carré éclairé. « On dirait que c’est bon d’ici. »

 

« Ça marche alors. » Koda commence à descendre l’escalier avec prudence, les yeux ouverts et alertes. Elle atteint la troisième marche avant le sol quand la voix de son frère résonne par-dessus son épaule.

 

« Attends une seconde. »

 

Koda se fige. « Quelque chose ? »

 

« Un pincement dans les tripes. Quelque chose ne va pas. Attends, laisse-moi passer. »

 

« Hum, je déteste avoir à te dire ça, grand frère, mais il y a à peine la place pour moi sur cette marche. Et tu me bloques par-derrière. Tu proposes la lévitation ou bien est-ce que je dois faire mon tour d’invisibilité ? »

 

« Très drôle. Tiens, je vais essayer… ça. » En grognant, il met les mains avec soin devant le visage de sa sœur, à l’aveuglette vers ce qu’il ressent être là. « Juste… un… peu… pl… »

 

Le bruit d’un fusil qui tire est assourdissant dans le petit espace de l’escalier.

 

Les hommes au-dessus l’entendent aisément et, comme un seul, courent vers la porte de la cave. Poteet l’atteint le premier. « Doc ! Cap ! Vous allez bien ? »

 

La voix de Dakota s’élève depuis l’obscurité en bas. « C’est bon. » Elle fixe le trou noirci et abîmé dans le poignet de la chemise de son frère. « Joli réflexe, Tex. »

 

« Bon Dieu. Ça a failli être ta tête, chunkshi ! »

 

« Mais ça ne l’est pas, grâce à toi. » Elle regarde en bas de l’escalier. « Comment sont tes tripes maintenant ? »

 

« Dès qu’elles arrêtent de digérer mon cœur, je te le dis. »

 

Elle tend la main et lui presse sa grande main chaude. « Merci, thiblo. Je t’en dois une. »

 

« Nan », dit-il en haussant les épaules, essayant d’avoir l’air détaché mais sans y parvenir, « c’est à ça que servent les grands frères, non ? »

 

« C’eeest vrai », dit-elle en traînant la voix avant de reprendre sa descente. Elle atteint le sol quand la voix de son frère l’arrête. « Un autre pincement ? »

 

« Juste pour être sûr. » Et il descend la dernière marche et contourne sa soeur, sa lampe faisant des arcs de cercle au-dessus du sol et éclairant les dizaines de caisses en bois entassées sur la longueur et la largeur de la cave de taille moyenne. Il siffle doucement et bas. « Comment il a réussi à avoir tout ça, bon sang ? »

 

« Probablement de la même façon qu’il a pu vendre illégalement des armes dans sa boutique », réplique Koda, en regardant au-delà de la silhouette musclée de son frère. Elle remarque quelque chose du coin de l’œil et se fige. « Tacoma, éclaire par ici. »

 

« Par où ? »

 

« Vers cette caisse avec la pince dessus. Ouais, celle-là. » Elle plisse le regard, essayant de recapturer ce qu’elle est sûre d’avoir vu. « Quelque chose te parait louche ? »

 

« C’est pas moi qui a l’œil d’aigle, soeurette. » Il fait cependant de son mieux. « Non, je vois rien que des grains de poussière. Qu’est-ce que tu vois ? »

 

« Je ne suis pas sûre. Bouge la lumière sur la droite, lentement. Là. A quoi ça ressemble pour toi ? »

 

Se concentrant pour maintenir la lumière droite, il plisse les yeux et voit un fil fin et translucide depuis le bout fourchu de la pince vers le chevron au plafond. « Ben, soit c’est un fil déclencheur, soit une toile d’araignée. Ça pendouille au milieu, alors je dirais plutôt un fil d’araignée, mais je ne parierais pas ta vie là-dessus, chunkshi. »

 

Elle lui prend la lampe des mains et éclaire les murs et le plafond, les yeux plissés pour saisir une lueur d’arme ou autre surprise mortelle. Il n’y a rien qu’elle puisse voir, mais son instinct, une fois alerté, refuse de se calmer.

 

« Accroupis-toi. » Tandis que son frère suit ses instructions, Dakota lui tend la lampe, fouille dans la poche de son jean et en sort les clés du blindé. « Sois prêt à te baisser… »

 

« Dakota… »

 

D’un mouvement aisé de la main, elle lance les clés pour qu’elles brisent le fil fin au-dessus de la pince. Dans le même temps, elle couvre le corps de son frère du sien, le poussant au sol. Une seconde plus tard, quatre arbalètes miniatures relâchent leurs flèches, une de chaque côté de la pièce, toutes prévues pour se croiser à l’endroit où quelqu’un aurait soulevé la pince, un espace qui, heureusement, est vide.

 

« Tu peux me laisser me lever maintenant, Koda ? » La voix étouffée de Tacoma filtre sous elle. « Ce ciment humide me donne envie de vomir. »

 

Avec prudence, Dakota se redresse, les yeux alertes face à un autre danger. Heureusement tout reste tranquille et elle aide son frère à s’asseoir.

 

Tacoma regarde par-dessus son épaule, vers la flèche enfoncée à mi-longueur dans le mur de contre-plaqué bon marché, au niveau où sa tête aurait été si sa sœur ne l’avait pas poussé au sol. Il laisse passer un souffle lent, puis récompense Koda d’un petit sourire. « Je suppose qu’on est quittes maintenant, hein ? »

 

Elle rit et lui frappe son épaule musclée. « T’es vraiment un crétin. »

 

« Ouais, ouais, tu dis ça maintenant. » Il se met facilement debout et tend la main vers le bas pour l’aider à se relever. « On va voir ce que le Père Skinhead nous a laissé pour Noël ? »

 

******

 

Koda sort le Redtail Un du petit parking du centre commercial, suivie par les autres camions du convoi. Les roues arrière répondent mollement au volant ; le véhicule de tête, comme les autres, est rempli de la plate-forme à la bâche de caisses de petites armes et de munitions. Le Vieux Boney avait été un extrémiste de droite plutôt peu convaincant, pas vraiment versé dans la doctrine de préparation à une catastrophe nucléaire lui-même mais désireux de capitaliser sur le genre de paranoïa qui amène les soi-disant « miliciens » à se permettre des fantaisies d’hélicoptères noirs, et de stockage d’armes illégales, le tout pour préparer le jour où les communistes viendront en masse par-dessus le Pôle. Ou le gouvernement fédéral, quel que soit celui qui arrivera le premier.

 

Terrence, d’un autre côté, avait été un cinglé de chez les cinglés. Quand Sœur Rosalie avait demandé un rapport de lecture sur un « classique » en cinquième – et par « classique » elle entendait quelque chose comme David Copperfield ou Le Dernier des Mohicans – Terrence avait fait les louanges des Carnets de Turner. Une partie de la littérature qu’ils avaient trouvée avec les armes avait été bien plus radicale. Si Terrence avait survécu à l’insurrection, elle n’avait aucun doute qu’il serait en train d’hurler « Je vous l’avais bien dit ! » à tous ceux qui voudraient bien l’écouter.

 

Mais Terrence était fondu d’androïdes, surtout les modèles militaires. Il avait même acheté une bille de métal ou deux au surplus et avait essayé de les modifier pour ce qu’il appelait ‘des opérations commando’.

 

Vivez pour les androïdes, mourez par les androïdes.

 

Près d’elle, Poteet tourne et retourne son beau nouveau couteau Bowie dans ses mains. Une fois qu’ils ont eu forcé la boutique, ils ont dû vider jusqu’aux frondes et aux couteaux suisses pour ne pas risquer que les armes se perdent dans la population. Ce qui n’aurait pas été un problème dans neuf cas sur dix. Mais la variété et l’importance du stock de Terrence indiquaient une vaste base de clients. Et on pouvait penser qu’il y avait plus d’un cinglé extrémiste là-dehors, plus d’un Dietrich survivant. Pas le genre de gens à qui on donnerait sa confiance avec des mortiers, des grenades et des missiles LAAW. (NdlT : Light Antitank Assault Weapon : armes légère d’assaut antiblindé)

 

« Gardez l’œil sur la rue, Joe », dit-elle calmement. « Il y a plus d’armes comme celles-ci là-dehors, et tout le monde n’est pas un citoyen modèle comme nous. »

 

« Madame », dit-il avec un coup d’œil coupable vers elle. Ensuite il pose sa prise et reprend son M-16 pour le poser légèrement sur ses genoux.

 

Koda lui envoie un sourire pour lui faire savoir qu’il n’aura pas d’ennui et elle regarde dans le rétroviseur intérieur. Les trois autres camions suivent de près, tous aussi chargés que Redtail Un. Dakota fait un geste nonchalant de la main vers la rangée de gamins et d’adolescents qui se tiennent sur la rue, et qui la regardent elle et son groupe soulager l’établissement de Boney de son inventaire. Elle dit, « ils vont être vraiment déçus qu’on ne leur laisse rien. »

 

« On dirait que les gens ont emporté tout ce qui ne pouvait pas être cloué au sol. »

 

« Et quelques trucs qui l’étaient. » Koda navigue autour des carcasses de voitures laissées au milieu de la rue et fait un signe vers une maison abandonnée. Les fenêtres sont vides et noires, le verre enlevé, mais pas brisé ; les poutres des murs se tiennent nues comme des côtes où les planches ont été arrachées, probablement pour la construction, plus sûrement pour le chauffage. Quelques pâtés de maison plus bas, une barrière en planches de près de deux mètres avec un portail en acier entoure une autre maison.

 

« Vous savez, madame, tout ça pourrait partir du feu de Dieu », fait observer Poteet.

 

Koda lui lance un bref regard, notant la solennité sur son visage taillé à la serpe. « En un clin d’œil, Joe. »

 

Un peu plus loin, les maisons laissent la place à un parking de voitures usagées, toutes ouvertes de force avec des éclats de verre toujours éparpillés sur les trottoirs, qui brillent maintenant dans le soleil de l’après-midi, leurs portes pendant sur des gonds tordus. Une église se tient toujours presque intacte ; au-dehors une branche porte une poignée de billets de vingt dollars, grisés par le temps, glissant le long du caniveau tandis que la brise souffle dessus.

 

Koda tourne à gauche pour regagner l’autoroute, empruntant un trajet différent de celui qu’ils ont pris pour venir. Peut-être que la paranoïa des extrémistes commence à déteindre, se dit-elle, étant donnée leur puissance de feu, il n’y a pas vraiment de possibilité d’embuscade. Pourtant, le mieux c’est de ne pas faire de publicité sur l’endroit où ils sont allés ou de devenir prévisibles.

 

Au virage suivant, le vent apporte le son d’un cri, la voix profonde d’un homme, et de manière incongrue, les couinements et les rires de petits enfants. Un pâté de maison plus bas se trouve la vénérable façade en briques de l’église et de l’école St Boniface, et les voix s’amplifient tandis que Koda s’en rapproche. Dans la cour, deux petits enfants font de la bascule, pendant qu’un autre pousse sur ses jambes pour les amener de plus en plus haut. Une femme voilée les observe depuis une volée de marches qui mène au bâtiment, les mains croisées sur ses cuisses, les yeux fixés sur le groupe d’adultes rassemblés aux tables de pique-nique sous un petit buisson de pins.

 

D’autres femmes voilées, et pendant un moment, le temps glisse et il semble à Koda que les nonnes sont revenues en quelque sorte. Mais la plupart des femmes portent des jeans et des pulls ; les quelques hommes, des jeans également et des Stetson. Tous sauf un.

 

Il se tient devant l’une des tables de pique-nique en béton, et s’appuie sur une grande croix faite de deux branches artisanalement assemblées. Sa barbe, largement parsemée de gris, tombe en cascade au-delà de son col, et ses longs cheveux remuent dans la brise. Devant ses oreilles pendent de longues boucles en tire-bouchon, bien que Koda parierait son ranch et tout son bétail qu’il n’est pas juif hassidim. Il porte une soutane boutonnée presque jusqu’à la gorge, sur sa poitrine se trouve une grande croix, également grossièrement faite de brindilles. Elle ralentit le convoi et baisse sa vitre pour mieux entendre.

 

« … seuls quelques vertueux laissés ici sur la terre pour endurer la Tribulation (NdlT : traduction libre). En ces jours, dit le Prophète Esaie, sept femmes iront dire à un homme ‘sois notre mari’. Il y eut un temps où les femmes pouvaient refuser de faire leur devoir envers le Seigneur et leurs maris, mais plus maintenant. Les scorpions à visages humains de la Tribulation, envoyés par Dieu pour nettoyer cette terre des impies, n’ont pas tué un dixième de l’humanité, mais neuf humains sur dix. Nous laissons une femme nous diriger, et c’est la punition juste de Dieu pour notre désobéissance. Nous devons maintenant restaurer l’ordre voulu par Dieu pour nous. Ne laisser aucune femme avoir l’autorité, mais qu’elle soit soumise, et si elle veut apprendre quelque chose, qu’elle demande à son mari. Mais qu’on lui rappelle son but réel, et c’est celui de porter les enfants. »

 

Koda fronce les sourcils et compte les femmes voilées. Sept. Les ‘femmes’ du prêcheur ? Deux au moins, ont l’air d’être mineures, quinze ans environ. « Nous allons avoir besoin de forces de police ici », marmonne Joe. « Sinon avant qu’on s’en rende compte, le vieux Juda là va commencer à servir des cocktails. »

 

Koda lui lance un regard acéré. « Vous connaissez ce type ? »

 

« Je le connais ? Nan. » Poteet secoue la tête. « Mais je l’ai vu prêcher dans les rues ou dans des parcs plusieurs fois. J’étais en ville les week-ends. Il se fait appeler Juda ben Israël maintenant, mais je pense que c’était Frère Sam Quelquechose avant. Les flics l’ont embarqué une fois quand il baptisait des gens dans la fontaine du Centre Civique pendant un concert. »

 

Elle en a assez entendu. Juda ben Israël est quelque chose qu’ils auraient dû prévoir. Malheureusement, il n’y a rien dans le cadre de la loi pour traiter ce genre de choses, à moins qu’ils ne puissent trouver un moyen d’appliquer les lois sur l’âge de consentement au mariage. Koda appuie sur la pédale de vitesse, lançant le camion, et elle retourne vers le relatif bon sens qui règne à la Base.

 

 

Table des matières

 

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