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INSURRECTION7

Page history last edited by PBworks 15 years, 12 months ago

INSURRECTION

 

De Sword'n'Quill (Susanne Beck)

 

SwordnQuil@aol.com

 

écrit avec T Novan et Okasha

 

 

Traduction : Kaktus et Fryda

 

Table des matières

 

 

CHAPITRE SEPT

 

 

 

 

Koda salue son cousin.

 

 

 

« Shic’eshi »

 

 

 

« Makshké » répond-il en Lakota.

 

 

 

« Ecoute bien, ça sera rapide. Winan iyoheyapi ekta Mandan—hochoken Tatanka Watanka. »

 

« Tona ? »

 

« Wikcemma yammi. »

 

« Iyeyathi. » promet-il.

 

« Pilamayaye. »

 

« Wakan Tanka nici un. »

 

Koda rend le combiné à Johnson, qui retourne dormir, emmenant l’unité de communication avec elle. Les femmes qu’elles ont laissées au Camp Sitting Bull seront prises en charge saines et sauves. L’échange en Lakota avec son cousin aura échappé aux droïdes.

 

Elle se met à déambuler, nerveusement. La lune coule à nouveau dans son sang cette nuit et Koda se glisse dans le périmètre du camp sur la rive du lac gelé un peu plus loin. Elle passe devant Martinez qui fait son tour de garde, acceptant son salut avec un murmure et un hochement de tête. La sensation inquiétante de familiarité qu’elle ressent avec le fait de commander la frappe à nouveau. C’est quelque chose qu’elle connaît maintenant et avec laquelle elle va devoir composer, elle ne sait pas trop comment.

 

Son grand-père aurait su comment affronter ce nouvel aspect d’elle-même. Mais il n’aurait pas voulu être prévenu. « Ecoute, Tshunkila. » aurait-il dit, « Ça arrivera comme toute chose arrive – quand tu n’as pas le temps pour ça et que tu n’y es pas préparée. N’importe quel fou peut affronter le jour qui vient mais seul un vrai guerrier ou un vrai winan wakan peut survivre à une embuscade. »

 

Tunkashila (NDLT : grand-père en Lakota) l’avait surnommée Renard. Sa mère l’avait amélioré en « Oreilles de renard » quand elle avait découvert que Koda avait entendu certaines conversations d’adultes qui n’étaient pas destinées aux enfants. La plupart du temps, cela concernait le sexe, bien entendu, mais combien de fois peut-on voir un étalon en compagnie d’une jument ou son petit frère dans ses langes sans se poser de questions ? Il y avait d’autres choses qu’elle avait comprises sans l’aide des chevaux, et sa mère l’avait simplement embrassée en lui disant : « Oui, c’est ce que je pense aussi. » Un jour, pour la taquiner, Tali lui avait juré qu’elle s’était unie avec elle juste pour avoir une belle-mère convenable.

 

Le sommet d’un rocher affleure en haut de la couche de neige. Koda balaye la neige sur la surface qui dépasse et s’y installe, en tailleur, faisant face au nord. Entre la cime des pins et la lune, qui commence à décroître, une aurore boréale embrase le ciel de vagues vertes, bleues, or et lilas. Son grand-père les appelait les chiens de traîneau de waziya ahtah, le blizzard. Mais une nuit, elle lui en avait désigné une en disant : « Wapata, tunkashila. ». « Des drapeaux ? » l’avait-il questionnée en riant, et elle avait insisté. « Des bannières, grand-père. Celles de grands guerriers vêtus d’or sur leurs chevaux. » Il l’avait alors regardée longuement et elle avait vu une décision naître dans son regard. Il avait juste rajouté : « Tu es celle que je vais instruire. »

 

Il lui a enseigné ce qu’elle est sur le point de faire maintenant. Posant ses mains sur ses genoux et fermant les yeux, elle commence à respirer lentement et profondément. Graduellement, elle prend conscience de chaque molécule d’air qui entre et sort de ses poumons, et du rythme de son propre sang qui fait battre son cœur et le fait résonner dans sa gorge et ses chevilles. Elle se met à chanter doucement sur le même rythme donné par son corps, d’abord suivant son propre tempo, puis le sentant ralentir et sentant ralentir son cœur en même temps. Hey-ah. Hey-ah. Heeyy-aaahh. C’est la chanson du sang, une des premières que lui a apprise son grand-père. Elle peut être utilisée pour faire cesser de saigner quand une femme ou une jument accouche, ou quand un animal est pris dans un piège. Mais elle peut être utilisée comme elle le fait maintenant, pour éloigner les bruits du monde physique et permettre à l’esprit de se libérer.

 

Quand le chant s’est ralenti presque jusqu’au silence, elle se sent échapper à son corps et passer entre les arbres pour aller flotter parmi les bannières. Au dessus d’elle, les étoiles semblent immenses, aussi froides que de la glace. Et encore une fois, elle aperçoit la petite sphère vagabonde qui va son chemin. Ce n’est pas une météorite. C’est en partie ce qui l’appelle, bien qu’elle ne sache pas dire pourquoi. A travers les champs de neige, elle entend à nouveau la meute des loups, courant sous la lune décroissante, s’appelant les uns les autres pendant qu’ils chassent. L’appelant elle, Tshunka Wakan Winan, du peuple Lakota, pour qu’elle courre avec eux.

 

Elle suit leurs hurlements en glissant dans l’air, les kilomètres s’évanouissant sous elle le temps d’une pensée. Quand elle les trouve, ils forment une chaîne d’ombres mouvantes, courant sur la neige en direction du sud. Elle descend vers eux et sent le commencement de sa transformation. Sa colonne vertébrale se reconfigure d’elle-même, ses épaules et ses hanches se déforment. Son ouie et sa vue s’aiguisent d’une façon presque insupportable. Elle entend chaque pas de chaque patte qui crisse sur le sol gelé et voit chaque poil se dresser sur la fourrure des loups qui se dirigent vers elle.

 

Quand le grand mâle leader passe près d’elle, elle s’engage derrière lui. Elle sent chaque mouvement de sa nouvelle colonne vertébrale alors qu’elle plonge dans la neige, ressentant le pouvoir contenu dans ses muscles quand ils la projettent en avant. Des yeux jaunes brillent autour d’elle, tels des lucioles ; le souffle de douze museaux s’évapore dans l’air. Ce n’est que graduellement qu’elle se rend compte de l’étrangeté de cette course. Il n’y a aucune proie qui fuit devant eux, son museau ne capte aucune odeur d’élan ou de daim.

 

Elle sent l’amusement du grand mâle et quelque chose, qui en langage humain, voudrait dire « attends. »

 

Deux kilomètres plus loin, elle perçoit l’odeur, faible mais reconnaissable, non pas d’un humain, mais d’un chien. Mâle. Une vague de tension parcourt les membres de la meute derrière elle, mais elle ne sent aucune trace de menace ou de peur chez le grand loup. A la place, elle perçoit le sentiment d’une tâche presque accomplie.

 

Quand ils parviennent finalement jusqu’au chien, il est étendu près d’un arbre tombé dans une clairière de pins, la queue élégamment drapée sur un côté, leur faisant face sans crainte mais les oreilles dressées. Presque, songe-t-elle, comme s’il les attendait. Et il lui semble familier. C’est un grand chien, aussi grand que le loup leader de la meute, avec du poil argenté sur le museau, le flanc, les pattes et le ventre, marqué aussi d’une étoile noire à quatre pointes entre les yeux.

 

La meute s’arrête, et l’étranger s’approche. Il renifle le leader et ils se tournent autour pendant un moment, la queue dressée et les poils du cou hérissés. Puis le chien recule, abaissant la tête en signe de soumission. Le rituel se répète avec les autres loups puis la meute se remet en route vers le sud, courant sous la lune, passant non loin d’un lac gelé et d’un petit groupe d’humains qui y campent.

 

Quand l’esprit de Koda regagne son corps, ses muscles sont douloureux et elle est affamée. Profondément endormi sur le rocher près d’elle, se trouve un grand Berger Allemand au poil noir et argent. Elle se relève et l’empoigne par la nuque, tout en le secouant doucement. « Allez, le chien. » dit-elle, allons nous trouver quelque chose à manger. »

 

 

 

2.

 

Se dirigeant vers le capteur rétinien, Kirsten fait l’expérience d’un sentiment de terreur inconnue dans sa vie jusqu’à aujourd’hui. Si elle échoue à ce premier test tout simple, elle sera tuée. Pas de seconde chance, pas de récrimination possible. Morte. Comme un clou de porte, avait l’habitude de dire son père à l’occasion. Son esprit analytique n’a jamais pu mettre un sens quelconque à cette expression, pourtant elle lui semble très claire maintenant.

 

Prenant une profonde inspiration, Kirsten s’avance devant le capteur et prie pour que ses lentilles fassent leur travail.

 

L’attente semble interminable et elle a le temps de voir défiler dans sa tête nombre de scènes de sa vie passée dans toute leur gloire et en technicolor. Elle entend un doux bourdonnement et a juste le temps de penser ‘je suis une femme morte’ avant que la porte glisse sans bruit sur ses gonds. Elle la passe sans encombres et toujours en vie.

 

Elle lutte pour garder son visage et son corps sans la moindre expression alors qu’elle observe ce qui ressemble à des monticules dans la neige. Ce n’est qu’après une plus longue inspection, apparemment superficielle, qu’elle prend conscience qu’il s’agit de cadavres recouverts de neige.

 

Ne commence pas, K. Ne regarde pas. Tu es une androïde sans émotions. Rappelle-toi de ça si te ne veux pas finir dans la neige avec eux.

 

Ragaillardie à cette pensée, elle commence à se diriger vers le large bâtiment sans fenêtres en face d’elle. Ça ressemble davantage à un abri anti-atomique qu’à une usine mais étant donné qu’il s’agit, dans son ensemble, d’une unité autonome intégrée, et que les androïdes qui y travaillent se fichent pas mal d’avoir une vue sur le parc, Kirsten se dit que c’est plutôt logique.

 

Un deuxième scanner rétinien l’attend à l’entrée principale du bâtiment et elle est un peu moins crispée cette fois-ci en se plaçant devant lui. Une demi-seconde plus tard, un petit beep lui annonce que son identité est acceptée. La porte s’ouvre et elle pénètre à l’intérieur.

 

La normalité de la scène devant elle la fait hésiter. Pendant un bref instant, c’est comme si les événements récents avaient été balayés, tels les vestiges d’un cauchemar au réveil. Elle va pouvoir pénétrer dans son propre laboratoire, lançant des bonjours amicaux à ses employés, s’arrêtant vers tel ou tel bureau. Si elle y pense assez fort, elle peut presque voir Peterson, son long et maigre assistant, debout devant elle avec sa posture si particulière, une tasse de café fumant dans sa main recouverte de taches de rousseur.

 

C’est un dangereux piège de l’esprit quand il n’y a pas d’espoir. Kirsten parvient à se secouer quand elle remarque les courroies métalliques autour de la nuque de ceux qu’elle reconnaît maintenant. Et qui ne sont que des androïdes.

 

Une morsure rapide et violente à l’intérieur de sa joue la ramène à la réalité. Avec un unique et léger tremblement, elle continue son chemin avec tout le sang froid et la confiance qu’elle peut rassembler. Un premier message vient chatouiller ses implants et en une fraction de seconde, elle a connaissance de tout le bâtiment, comme si elle en avait dessiné elle-même le plan. Elle est surprise par le bourdonnement des communications verbales entre les droïdes, n’ayant jamais imaginé qu’en l’absence d’humains, ils continueraient à parler ainsi entre eux. Ce n’est pas de grandes conversations, c’est certain, plutôt ce qu’on pourrait entendre dans la salle d’attente d’un dentiste, mais c’est bien réel. Et c’est quelque chose qu’elle va devoir prendre en considération. Une aide ou un obstacle, elle ne sait pas encore.

 

Elle traverse un long couloir et observe, sur sa gauche, une série de fenêtres donnant accès à ce qu’elle sait être des « salles propres », là où les droïdes et leurs composants sont assemblés.

 

Elle s’arrête et s’émerveille une nouvelle fois devant l’efficacité des androïdes alors qu’ils assemblent leurs pairs. Pas un seul mouvement inutile, pas une seconde d’hésitation alors qu’ils exécutent un travail que rien ni personne ne peut interrompre. Elle ne peut s’empêcher de ressentir une envie toute professionnelle en les regardant. La scientifique qui est en elle admire cette extrême habileté même si son côté humain crie de rage.

 

Avec une petite secousse de la tête, elle arrache son regard de cette scène et continue son chemin à travers le couloir. Plusieurs portes, toutes gardées par un capteur rétinien, lui barrent le passage, mais elle réussit chaque test et est admise de plus en plus loin à l’intérieur du bâtiment, en direction de son centre nerveux.

 

Elle passe devant plusieurs androïdes qui ne lui accordent pas la moindre attention. Elle est acceptée, c’est aussi simple que ça, et elle met toute sa volonté à s’empêcher de sourire, sachant que c’est la seule chose, si elle est extrêmement chanceuse, qui pourrait la faire démasquer.

 

Finalement, elle atteint sa destination. La porte s’ouvre et elle entre.

 

Enfin, un îlot d’humanité dans un océan de droïdes. La petite pièce sent le renfermé : mélange de sueur, de fumée de cigarette, de café et de nourriture rassise. Et en ce moment, elle savoure réellement ce mélange infect.

 

Son regard s’arrête sur un cadre, posé sur le bureau en face d’elle. Quatre visages souriants, aux expressions innocentes et insouciantes, leur lien de famille évident transparaissant sur la photo. Les deux fillettes, des jumelles apparemment, sourient de manière identique. Où sont-elles maintenant ? Se demande Kirsten, attirée par cette photo de manière irrépressible. Mortes, certainement. Tuées, indirectement par la même personne qui a pris cette photo. Leur père, l’homme qui s’asseyait dans ce fauteuil et contrôlait ce mini empire et qui a causé la mort de centaines de millions de personnes. Elle se demande s’il comprendrait l’ironie de ce qu’elle voit maintenant, regardant dans les yeux innocents et doux de ces deux fillettes qui ne grandiront jamais pour avoir elles-mêmes des enfants.

 

Elle secoue la tête, pour dissiper ses pensées, sachant que si elle s’arrête maintenant, elle est morte et ce qui reste de l’humanité aussi.

 

Passant derrière le bureau, elle y dépose son ordinateur, puis elle examine chaque recoin de la pièce, éclairée par de mauvais néons. Des rangées de computers bourdonnant doucement, entassés du sol au plafond, occupent trois des quatre murs. Le dernier est couvert d’une multitude d’écrans, chacun branché sur une partie de l’usine. Chaque écran montre des androïdes au travail, ne s’arrêtant jamais de créer et assembler d’autres modèles leur ressemblant. Il s ne tremblent pas, ne s’arrêtent pas, n’hésitent pas ; ils sont implacablement programmés pour poursuivre leur travail inlassable.

 

Elle retourne vers le bureau, tire le fauteuil et s’installe sur le siège en similicuir. Bien que le bureau ait connu des jours meilleurs, l’ordinateur qui s’y trouve est flambant neuf et en parfait état de marche. Il fonctionne mais lui demande un mot de passe en clignotant de façon menaçante. Elle sait qu’elle peut facilement le contourner, mais cela laisserait une trace.

 

Elle contemple à nouveau la photographie. Et la retourne. Une phrase, écrite d’une main d’enfant y est difficilement lisible mais elle y parvient et sourit.

 

Joyeuse fête des pères, papa ! Bisous de Adam, Ashley et Amber.

 

Revenant à l’ordinateur, elle tape rapidement plusieurs lettres et appuie sur « enter ».

 

« Bingo. »

 

Un écran de bienvenue apparaît et Kirsten se prépare à attaquer son travail.

 

Son cœur s’arrête de battre dans sa poitrine quand la porte s’ouvre doucement et laisse entrer un droïde mâle. Ses implants bourdonnent lorsque un long flot d’informations s’y déverse. Quand cela s’arrête abruptement, le droïde la regarde, attendant clairement une réponse. Elle adresse un merci silencieux en direction du ciel pour ses lentilles de contact, qui, elle l’espère, cachent son effroi.

 

« Je suis le biodroïde IC6-47A et je ne suis pas programmée pour répondre de la façon que tu attends. »

 

S’il était possible pour un androïde de montrer de la surprise, Kirsten est certaine qu’il le ferait en ce moment. Après une seconde d’hésitation, il parle. « Je n’ai reçu aucune communication me disant que cette pièce était occupée. Explique ta présence ici, BD-1499081. »

 

Kirsten n’hésite pas. « Je ne suis pas programmée pour aider à l’assemblage des nouvelles unités. Je suis venue offrir mes services en tant que technicienne. Quand j’ai remarqué que ce bureau était inoccupé, je me suis mise au travail. S’il y a un autre travail que tu aimerais me voir faire, je me mets sous tes ordres et ferai de mon mieux avec les capacités que je possède. »

 

Le droïde a un autre moment d’hésitation pendant que les réponses possibles circulent dans les puces de son cerveau. Kirsten imagine qu’elle entend presque les circuits ronronner.

 

« Négatif. Continue ce que tu fais ici. On te dira en temps voulu si une autre tâche requiert ta présence. »

 

Kirtsen retourne immédiatement son attention sur l’écran de l’ordinateur, et c’est seulement après que la porte se soit refermée qu’elle s’affaisse sur le bureau. Elle a un goût de cuivre dans la bouche, son cœur bat à tout rompre et elle sent des gouttes de sueur perler à ses tempes et sur sa lèvre supérieure.

 

« Doux Jésus. » souffle-t-elle en essuyant son front. « Ça t’apprendra à être impertinente, King. Maintenant, reprends ton travail. »

 

Ses doigts volent à nouveau sur les touches, ouvrant et fermant des fenêtres en un clin d’œil. La banque de données est impressionnante, plus importante qu’elle ne le pensait. La sécurité est immense et elle sait que cela lui prendra des heures, même des jours, pour passer au travers de tout ça, toute seule. Si elle s’attaque au système sans préparation, elle est sûre d’être détectée et immédiatement éliminée.

 

Avec un profond soupir, elle ouvre son ordinateur et le prépare pour un transfert. Télécharger la banque de données sur son ordinateur rajoute du temps à ce qu’elle doit faire, elle ne peut se le permettre mais ne voit pas d’autre option. Les codes dont elle a besoin sont cachés très loin et seule la patience lui permettra de les trouver.

 

 

 

3.

 

Dix heures plus tard, le téléchargement est presque terminé et Kirsten se laisse aller contre le dossier du fauteuil, résistant à l’envie de se frotter les yeux. Sa vue fatiguée lui a donné un mal de tête assez fort pour la rendre nauséeuse. Son estomac crie famine et ses reins lui font autant mal que des dents cariées. En grimaçant, elle se maudit d’avoir oublié la chose la plus importante de toutes. Les androïdes, aussi humains paraissent-ils, n’ont pas besoin de boire et manger, et encore moins d’éliminer ce qu’ils n’ont pas ingurgité. Pas même les biodroïdes, qui sont les plus « humains » de tous.

 

En réprimant un gémissement, elle utilise le bord du bureau pour l’aider à se remettre sur ses pieds engourdis par le manque d’activité. Le monde autour d’elle devient momentanément gris et ses muscles tremblent. Pratiquement en hypoglycémie, elle réalise que dix heures derrière un ordinateur sans rien à manger ou à boire l’ont mise en mauvais état.

 

Tu es stupide. Stupide. Stupide.

 

Elle s’agrippe plus fort au bord du bureau, et l’espace d’un instant, elle joue à pile ou face le fait de s’évanouir ou non. Avec un réel désespoir, elle relâche le bureau et ouvre le tiroir du haut, fouillant à travers des stylos, des crayons et des agrafes jusqu’à ce que ses doigts touchent ce qui ne peut être qu’un papier cellophane. Elle tente de s’en saisir mais le papier glisse plus loin dans le tiroir et elle s’égratigne l’avant-bras en plongeant plus profondément à l’intérieur.

 

Finalement, elle parvient à saisir l’objet entre deux doigts tremblants et le tire vers elle, admirant son prix : un bonbon à la menthe, rouge et blanc.

 

« Merci, mon Dieu. » soupire-t-elle, arrachant l’emballage et engouffrant la sucrerie dans sa bouche. Le glucose contenu dans le bonbon calme immédiatement ses tremblements et rend un peu plus supportable son mal de tête, lui redonnant la force dont elle a encore besoin. Son effet ne durera pas longtemps et elle le sait, mais elle fera avec.

 

Elle retourne à son ordinateur toujours en train de télécharger et en extrait deux petites puces de sauvegarde. Après un moment de réflexion, elle les glisse dans son soutien-gorge, bien à l’abri entre ses seins.

 

Puis, d’une démarche délibérément calme, elle traverse la pièce, se place devant le capteur et passe la porte une fois qu’elle s’est ouverte.

 

C’est comme si rien n’avait changé pendant les dix heures où elle s’est isolée, et effectivement, c’est le cas. Les mêmes androïdes se trouvent aux mêmes endroits exécutant leur travail de la même manière. Alors qu’elle a l’impression que ses os ont été remplacés par des éclats de verre, les androïdes sont toujours frais et dispos.

 

En voyant cela, elle réalise pleinement les implications de ce qu’elle est en train de faire et elle sent un profond désespoir l’envahir. Pendant un court instant, elle lutte contre la tentation de tout laisser tomber et de s’immerger dans l’immense soulagement que cela lui procurerait.

 

Comment puis-je espérer faire échouer ceci ? Seule. Je suis seule avec eux, partout autour de moi. Mon Dieu.

 

Le souvenir d’un rêve récent passe devant ses yeux et elle revoit, de loin, cette vieille femme (Déesse ? Terre ? Qui ?), elle lui a promis de l’aide. Un autre souvenir, échappé des longues heures de catéchisme de son enfance, se mêle à cette vision.

 

Mère, s’il vous plaît, écartez cette coupe de mes lèvres.

 

L’absence de réponse est la seule réponse possible. Elle doit boire ce breuvage, malgré son amertume. Pendant l’espace d’une seconde, elle ressent une forte empathie avec l’engagement d’un homme dont elle n’est même pas sûre qu’il ait existé.

 

Toute cette histoire de Sauveur, ça craint.

 

Encouragée par ce mauvais tour joué par son esprit – blasphémer a toujours eu cet effet sur elle – elle balaye ses idées noires et continue son chemin, une force nouvelle l’habitant.

 

 

 

4.

 

« Vous êtes sûr de savoir où se trouve cette chose ? »

 

« Oui, j’en suis sûr. » répond Reese, en consultant les données de son GPS pour la centième fois.

 

« Commencez à creuser… » Il jette un regard vers le ciel, se tournant pour englober tout l’horizon. « Par ici. »Il pointe son doigt vers un monticule de neige difficilement visible parmi l’espace plat et uniformément blanc qui les entoure, seulement interrompu par les silhouettes noires des bâtiments plus au nord. La base de l’Air Force de Minot, probablement le site militaire le plus sécurisé de tout l’hémisphère occidental est sur le point d’être infiltré par ce qu’il reste d’au moins trois différentes branches des services armés, une vétérinaire et un chien.

 

Koda a l’impression d’avoir sauté dans le terrier du lapin blanc d’Alice aux Pays des merveilles. Son univers est devenu si instable qu’elle ne serait pas surprise de voir surgir un lapin consultant sa montre. Elle regarde ses soldats –ses soldats- qui s’affairent autour d’elle, fouillant et creusant la neige avec des pelles ou leurs pieds. Koda elle-même, scrute les bâtiments à travers ses puissantes jumelles, cherchant le moindre signe de mouvement, balayant le ciel à la recherche de l’inévitable hélicoptère qui devrait en ce moment même les mitrailler et les mettre en lambeaux.

 

Rien

 

Rien du tout, le long des avenues recouvertes de neige que sa carte lui indique comme étant le Boulevard des Bombes et les pistes d’envol. Rien le long des 150 silos contenant les Minuteman III ICBM (NDLT : Intercontinental Ballistic Missile) qui se déroulent comme les boyaux d’un énorme animal. Ses hommes sont les seuls éléments en mouvement sur ce sol désolé, la seule couleur, le seul son. Plus haut, un faucon solitaire plane en spirales dans le bleu du ciel, profitant du courant thermique créé par la présence de la base. Le soleil capture les plumes rouille de sa queue alors qu’il vire en poussant un kreeee-eeeeer haut perché à travers l’espace. Ce matin, tout est étrangement calme, comme si le temps lui-même s’était distordu.

 

Machinalement, Koda tapote la tête du grand chien qui est devenu en une nuit la mascotte de la troupe. MRE (NDLT : MRE = Meals Ready to Eat) – ainsi baptisé car il semble le seul à apprécier les rations militaires dont ils se nourrissent- agite fortement la queue sur le sol, y formant un ange de neige à une seule aile. Lui aussi est remarquablement calme, comparé au raffut qu’il a provoqué la nuit d’avant. Et lui aussi, semble attendre quelque chose.

 

Un raclement de métal et un cri soudain d’Andrews lui font tourner la tête. « On l’a, M’dame ! »

 

MRE à ses côtés, Koda laisse les motoneiges et se dirige vers l’endroit que les soldats sont en train de déblayer : une plateforme de ciment d’environ un mètre de haut et trois de large. Elle y cherche le hublot qui devrait s’y trouver. Comme prévu, l’entrée est scellée ; une petite lumière verte clignotante indique la connexion avec le reste du système de sécurité de la base. Mais il y a certainement une ouverture manuelle.

 

« M’dame ? » C’est à nouveau Andrews.

 

Sans avertissement, en un seul mot, l’embuscade dont lui a parlé son grand-père est devant elle. Koda peut confier la tâche au Lieutenant et tourner le dos à l’instinct de commandement qui, elle le sait maintenant, lui colle à la peau. Elle peut renier ce pouvoir et laisser le travail à des professionnels.

 

Ou elle peut donner l’ordre qui remettra la vie de ces hommes et de ces femmes entre les mains d’un hasard peut-être mortel. Une fois le passage ouvert, une alarme clignotera sur les écrans de contrôle de la base, avertissant les droïdes de la même manière que s’ils s’étaient avancés à la porte principale en demandant poliment la permission d’entrer. Une fois à l’intérieur de ce silo, ils seront piégés, des proies faciles que ce soit pour des humains ou des droïdes.

 

« Reese. » dit-elle. « Vous êtes absolument sûr que c’est ce passage que votre père vous a montré et qu’il conduit à l’intérieur du silo principal ? »

 

« Oui, M’dame. » Il hoche la tête par-dessus le dispositif électronique qu’il tient entre ses mains. « Mon père était pilote, et il nous a toujours dit de nous réfugier ici en cas d’attaques de missiles. »

 

« Ok. Hanson ? »

 

« Oui, M’dame ? »

 

« Placez la charge. »

 

« Bien, M’dame. »

 

Hanson ouvre l’étui qu’il a transporté avec lui depuis Rapid City, et en extrait un petit paquet d’où dépassent des fils de différentes couleurs, le tout ressemblant étrangement à une araignée. Hanson le fixe au mécanisme d’ouverture. « Et une veuve noire, une ! »

 

Son effet est plutôt modeste. La charge explosive émet un son étouffé et un peu de fumée. Mais quand Koda se rapproche de la plate-forme, elle constate qu’un trou d’environ 30 cm est apparu dans la trappe, exposant clairement un levier juste en dessous. Hanson passe la main à l’intérieur et tire sur la barre. Koda saisit sa lampe de poche et éclaire l’escalier en colimaçon qui vient d’apparaître. « Tu restes là. » ordonne-t-elle à MRE, puis elle s’engage dans l’obscurité du trou.

 

 

 

5.

 

S’il n’y avait pas la lueur de la lune éclairant la couche de neige pratiquement vierge, l’obscurité serait totale. Pas d’éclairage public, pas de phares, pas même le rayon de la lampe torche d’un gardien de nuit pour briser les ténèbres.

 

Avec un profond silence qui reste toutefois silencieux, Kirsten s’avance, passant le rayon infrarouge qui lui ouvre la porte vers l’extérieur. Le froid la frappe immédiatement et son corps affaibli combat l’envie de retourner à l’abri dans la chaleur du bâtiment. Mais sa vessie est si douloureuse qu’elle n’a plus le choix.

 

La tête nue, sans gants et sans rien d’autre qu’un simple pull en laine pour la protéger de la nuit arctique, elle sait qu’il lui faudra être aussi rapide que la lumière, sinon elle rejoindra les corps couverts de neige dispersés sur le sol.

 

Un pas après l’autre, et encore un autre. Complètement engourdie, elle se glisse le long du mur de l’édifice en observant les emplacements des caméras de surveillance et les espaces libres entre elles. La neige est blanche et vierge. Personne n’est venu par ici et cela lui redonne espoir alors qu’elle fouille les ombres prodiguées par la toiture au dessus d’elle.

 

Elle n’est pas seule. Elle peut les sentir autour d’elle. Elle ne peut les voir, elle ne peut les entendre, mais elle sait qu’ils sont là, comme elle sait que s’ils le voulaient, ils pourraient la voir et l’entendre aussi clairement que si elle se tenait en plein soleil pas plus de quelques centimètres de là où elle se trouve.

 

Les poils de sa nuque se hérissent. L’adrénaline se déverse dans son corps. Mais sa vessie la presse et c’est seulement avec une volonté implacable qu’elle empêche ses jambes en coton de se mettre à courir.

 

Finalement, elle parvient à un endroit qui lui paraît sûr. Elle s’appuie contre le mur et force ses doigts gelés à trouver le bouton et la fermeture éclair de son jean au moment où sa vessie lui donne un dernier avertissement. Elle parvient enfin à abaisser son pantalon et ne peut empêcher le gémissement qui s’échappe de ses lèvres quand elle trouve le soulagement tant attendu.

 

Mais ses yeux sont alertes, elle sait que si elle est surprise dans cette position, c’est la fin.

 

 

 

6.

 

Koda conduit sa troupe le long des escaliers en colimaçon du silo, leurs bottes résonnant sur les marches métalliques. Il fait froid ici. Ils sont entourés de toute part par des supports et des plateformes en acier qui se dressent au-dessus d’eux, tels les os d’une bête préhistorique. Leur souffle dessine des nuages à travers la lueur de leurs lampes torches. Devant eux, derrière eux, à côté d’eux, à chaque contour se devine la masse imposante des Missiles, contenus dans ce qui ressemble à un œuf géant. Sous sa coquille se trouvent plusieurs ogives nucléaires, chacune porteuse de mort. Un frisson qui n’a rien à voir avec la température la transperce. Koda connaît depuis longtemps déjà la présence de ces dragons dormant sous sa terre et elle a toujours su qu’un jour le feu venu du ciel pourrait anéantir son pays et tout ce qui y vit.

 

Et en vérité maintenant, la fin du monde semble proche, mais elle ne ressemble pas à ce qu’on attendait, à part peut-être par une poignée de gens dont on a ignoré les divagations. .

 

 

 

L’escalier les amène devant une porte en acier. Un clavier numérique y est intégré ainsi qu’une petite sphère en verre à la hauteur de leur tête : un capteur rétinien de toute évidence. Koda s’écarte. « Hanson. »

 

 

 

Hanson installe son dispositif en quelques secondes. « Ok, les gars, »annonce-t-il. « Veuve noire numéro 2. Planquez-vous. »

 

 

 

La charge est plus légère que la précédente mais le bruit causé par l’explosion résonne sur les parois et le plafond, se répercutant aussi sur les pylônes qui supportent le monstre endormi en le faisant trembler. Les hommes et les femmes entassés dans l’obscurité, pressent fortement leurs mains sur leurs oreilles. C’est comme s’ils étaient enfermés dans la batterie de John Bonahm pendant qu’il joue « Dazed and Confused » avec les amplis à fonds, pense Koda. (NDLT : John Bonahm est le batteur du groupe rock Led Zeppelin)

 

 

 

Quand le nuage de fumée s’éclaircit, Koda fait signe à Martinez et Larke qui s’approchent de la porte avec leurs pieds de biche et parviennent après du vacarme supplémentaire à écarter le chambranle pour entrouvrir un passage. Deux mètres plus loin se dresse une nouvelle porte. Normalement – si l’on peut considérer une guerre nucléaire comme normale- aucune porte ne peut être ouverte sans que la précédente ne soit refermée. Cette disposition rappelle à Koda les sas stériles des laboratoires médicaux. Elle se tourne vers Hanson qui vient de poser une main contre son épaule. « M’dame ? » lit-elle sur ses lèvres.

 

 

 

« Allez-y. »

 

 

 

A son nouveau « M’dame ? », elle réalise qu’il crie, mais que, comme elle, il n’entend rien.

 

 

 

Elle désigne la nouvelle porte du doigt et il hoche la tête, s’avançant avec elle et les deux autres soldats qui les ont suivis dans le sas. Il leur donne un temps supplémentaire de 60 secondes afin qu’ils puissent aller se réfugier derrière la première porte avant la détonation. Cette fois, c’est un peu moins douloureux. Soit nous sommes tous devenus complètement sourds, soit cette porte est un pare-sons efficace. Mais le bourdonnement dans ses oreilles s’atténue et elle peut entendre sa propre voix, légèrement grêle quand elle s’adresse aux hommes et femmes derrière elle. « En avant ! »

 

 

 

La deuxième porte les emmène dans un long couloir qui est en fait un pont suspendu. Le faisceau de la lampe torche de Koda éclaire des câbles larges comme des avant-bras. Le sol se balance sous leurs pieds et de quelque part en arrière, Johnson crie : « Accrochez-vous ! »

 

 

 

Le tunnel semble continuer sans fin dans l’obscurité et l’oscillation sous ses pieds lui rappelle ses paniques d’enfant : sa première fois sur le grand plongeoir, avec rien d’autre sous elle que de l’air ; la fois où elle avait dit à Phoenix qu’il n’était pas cap de faire le funambule sur la poutre dans la grange, à 7 mètres au-dessus du sol ; et celle où elle s’était retrouvée à avancer sur un sentier de 20 centimètres de large, pour aller chercher un faon blessé, avec la falaise d’un côté et un plongeon de 20 mètres jusque dans un torrent glacé de l’autre. Elle réfrène son instinct qui lui crie de partir en courant et décide d’en finir.

 

 

 

Montrer sa peur n’est pas une option. Pas maintenant, et peut-être plus jamais.

 

 

 

Après ce qui lui semble une éternité, le tunnel finit devant une autre porte. Celle-ci, par miracle ou par négligence, n’est pas verrouillée, et ils débouchent dans les anciens quartiers habités du silo. Ils dévalent trois nouvelles rampes d’escaliers en fer, et passent devant les vestiges de vies passées ici sous la terre dans l’attente d’un holocauste imminent : des lits au carré, une table où est posé un jeu d’échecs en cours. A l’étage inférieur, ils découvrent une salle commune avec un écran de télé, un radio cassette, une table de billard, un réchaud, un réfrigérateur et un mur couvert de photographies : femmes et maris, parents et enfants. Koda englobe tout d’un seul regard alors qu’ils se dirigent vers un autre tunnel qui les mènera au centre de commande et finalement, si Reeves a raison, à la lumière du jour et à l’intérieur de l’enceinte de l’abri dont se servent maintenant les droïdes.

 

 

 

Ici aussi, le pont oscille, mais la distance est beaucoup moins longue que celle qui les a menés du silo jusqu’aux quartiers habités. Dans l’obscurité alors qu’ils approchent, Koda aperçoit les lueurs des écrans de contrôle. Cette portion du bâtiment doit avoir son propre générateur, mais ils n’ont pas le temps de chercher un interrupteur pour faire la lumière. Guidés par les faisceaux de leur lampe, ils se dirigent vers l’escalier qui remonte vers la surface. Koda a posé son pied sur la première marche quand le téléphone de campagne retentit.

 

 

 

Johnson s’en saisit et répond, écoutant ensuite pendant quelques secondes avant de dire : « M’dame, c’est le Colonel. »

 

 

 

Koda prend l’écouteur. « Rivers. Que se passe-t-il ? »

 

 

 

La voix d’Allen lui parvient brouillée par la distance et les mètres qui les séparent de la surface. « Abandonnez immédiatement la mission et revenez à la base. »

 

 

 

« Nous sommes presque arrivés dans la place, Colonel. »

 

 

 

« Je me fiche d’où vous vous trouvez Rivers. Sortez de là avec vos hommes. Maintenant ! »

 

 

 

« Je ne peux pas faire ça, Colonel. » répond-elle calmement. « Il y a quelque chose ou quelqu’un que je dois trouver ici. On y est presque. »

 

 

 

« Bon Dieu… » Magie s’arrête et lorsqu’elle parle à nouveau, sa voix est calme. « Il y a une demi-douzaine de F-18 en route pour bombarder Minot en ce moment même. Je ne peux pas enrayer l’ordre. Les avions étaient en vol avant que je sois mise au courant. Ils sont partis il y a quinze minutes. Sortez de là. Maintenant. »

 

 

 

« Compris. Terminé. » Koda redonne le téléphone à Johnson. Elle se tourne vers les soldats derrière elle, leur visage à demi éclairés par les lampes torches. « Le Colonel vient de m’informer que le Général à Ellsworth a ordonné le bombardement immédiat de cette base. J’ai l’intention de continuer quand même. Vous allez sortir d’ici et vous préparer à quitter les lieux. Si je ne suis pas de retour dans vingt minutes ou si vous entendez les avions arriver, allez-vous en. »

 

 

 

Il n’y a aucun mouvement derrière elle. « Exécution. Maintenant ! » Crie-t-elle. « Go ! »

 

 

 

« Je me porte volontaire pour vous accompagner, M’dame. » C’est la voix d’Andrews, mais son offre est presque immédiatement suivie d’autres. « Moi aussi ! », « On y va ! », « En avant ! »

 

 

 

Bon sang. Elle n’a pas le temps pour cela. Elle ne peut pas s’arrêter pour argumenter avec eux. « Ok, placez-vous seul ou par couples. » Ils obéissent à contrecoeur, comprenant ce qu’elle a l’intention de faire. « Maintenant, ceux qui sont seuls m’accompagnent, les autres vont préparer les véhicules pour notre départ. Assurez-vous de bien attacher MRE. 18 minutes. Départ ! »

 

 

 

Ils s’exécutent et elle entend le vacarme de leurs pas dans le tunnel tandis qu’elle monte l’escalier menant sur le toit du centre de commande. Elle remercie silencieusement tous les dieux connus quand la poignée de la porte s’abaisse sous sa main et qu’elle s’ouvre sur la lueur du clair de lune. Sa vision, déjà accoutumée à l’obscurité, se précise rapidement. Elle se trouve dans une cour ouverte, entre des bâtiments, ponctués ici et là par des monticules de neige et elle réalise qu’il s’agit des cadavres des gens qui travaillaient ici. Au-dessus d’elle, ses plumes blanchies par la lueur de la lune, un hibou traverse silencieusement l’espace enneigé.

 

 

 

« Restez ici, je pars en éclaireur. » dit-elle avant de disparaître.

 

 

 

7.

 

 

 

Après ce qui semble être une éternité, sa vessie est enfin vide et elle remonte son jean sur sa peau aussi froide qu’une porte de congélateur. Prudemment, elle se baisse sur des genoux tremblants et saisit une poignée de neige, la porte à sa bouche, avalant ce qu’elle peut le plus vite possible.

 

 

 

Une pointe de douleur intense déchire son crâne, la jetant presque sur le sol, mais elle continue à avaler la neige, son corps ayant désespérément besoin d’être hydraté.

 

 

 

Puis elle se fige lorsque ses implants détectent un son pratiquement en face d’elle.

 

 

 

 

 

8.

 

 

 

Juste au moment où elle ferme la porte derrière elle, Dakota perçoit quelque chose et regarde sur sa gauche. Là, tapie contre le mur du bâtiment, elle découvre un visage. Celui d’une femme, avec des cheveux clairs lui tombant sur le front. Mais la lune éclaire les yeux sombres et le collier de titane reconnaissable d’un androïde.

 

 

 

« Saloperie ! » crache Koda, qui brandit son arme pour tirer, visant un point juste entre les deux yeux, grands ouverts et limpides.

 

 

Table des matières

 

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