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LA FACE AVEUGLE DE L AMOUR27

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LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR

 

 

 

par Dreams

 

 

Traduction : Emilie (happymeal@hotmail.fr)

 

 

Table des matières

 

58

 

Julianne observait son reflet en choisissant enfin une tenue. Ironiquement, il s’avéra que c’était la première qu’elle avait essayée. Mais au final, elle réalisa que peu lui importait si Naomi appréciait ses vêtements. Quelle différence qu’elle porte une chose ou une autre ? Après tout, Naomi n’avait pas rendez-vous avec sa tenue.

 

L’actrice se détourna de son reflet et regarda rapidement l’heure. Elle était en retard. Le fait qu’elle essayait de gagner du temps dans l’espoir que Kris l’appelle ne lui échappa pas.

 

Elle n’appellera pas, se rappela Julianne pour la énième fois.Elle est en route pour passer un week-end parfaitement romantique avec Sata… euh Anthony. Elle inspira profondément. « Et j’ai un rendez-vous, » annonça-t-elle à la chambre vide. « Auquel je suis déjà en retard de trois minutes. » Bon sang.

 

L’actrice sortit en trombe du bâtiment et attendit avec impatience que le portier lui trouve un taxi. Elle n’était pas de bonne humeur. À vrai dire, elle avait manqué d’annuler quatre fois, mais elle ne voulait pas être seule. Pas cette nuit, alors que ses pensées dériveraient indubitablement vers Kris et ce qu’elle pouvait faire avec Anthony.

 

Julianne secoua la tête pour s’éclaircir les idées. « Merci, » dit-elle lorsque le taxi apparut enfin.

 

« Passez une bonne soirée, Miss Franqui, » lui souhaita le portier.

 

New York paraissait distante et irréelle depuis la vitre du taxi. Toutes les images vues à travers des portails carrés étaient peut-être vouées à paraître comme sorties d’un rêve. Était-ce ainsi que les gens la voyaient: distante, irréelle, réduite à une personne bidimensionnelle ? Elle se sentait isolée. Elle voulait tellement être vraie. Kris méritait quelqu’un de vrai.

 

Julianne soupira, son regard parcourant le paysage. Elle se demanda ce que pouvait penser Kris à cet instant. La compagnie d’Anthony la rendait-elle heureuse ? La faisait-il sourire ? Pourrait-il lui fournir tout ce dont elle avait besoin ? Et s’il le pouvait, Julianne pourrait-elle l’admettre ?

 

Elle se plaisait à penser qu’elle le pourrait, qu’elle dépasserait la douleur et la jalousie. Mais au fond d’elle-même elle penserait toujours pouvoir mieux faire; pouvoir rendre Kris plus heureuse.

 

Mais le pouvait-elle vraiment ? se demanda soudain Julianne. Kris serait-elle heureuse face au public ? Abandonner son intimité lui poserait-il problème ?

 

Des gens voudraient la faire souffrir; les séparer. Certains diraient des choses, feraient courir des rumeurs. Ils mentiraient pour vendre plus de journaux. Ils se moqueraient de tout ce que Julianne considérait vrai et beau, simplement parce qu’elle n’existe pas dans leur royaume. On n’attend pas des figures bidimensionnelles qu’elles aient des sentiments; elles n’ont pas le droit d’aimer.

 

Julianne baissa les yeux à la révélation: Kris était plus en sécurité dans les bras d’Anthony.

 

« Coin de la soixante-sixième avenue et de Broadway, » annonça le chauffeur en arrêtant le véhicule.

 

Après s’être extirpée de sa rêverie, Julianne lui tendit la monnaie et sortit dans la nuit fraîche, prête pour son rendez-vous.

 

 

 

Kris regardait à travers la vitre de la voiture qu’Anthony avait emprunté à ses parents, son regard fixé sur la pénombre extérieure tandis que son esprit voyageait à un million d’années lumières de là, sur l’autoroute de ses pensées. Elle avait le sentiment dérangeant qu’elle subirait bientôt une collision de plein fouet dans un futur proche.

 

Après sa visite chez William, Kris avait décidé de se noyer dans ses devoirs. Les cours étaient devenus son sanctuaire pour le reste de la semaine. Elle avait évité le plateau. Elle avait évité l’appartement de Julianne. Plus que tout, elle avait évité Julianne.

 

Kris savait qu’elles s’étaient données rendez-vous pour aller danser la veille, mais elle s’était dégonflée. Le fait qu’elle aurait voulu y aller lui faisait peur. Elle s’était alors dit que si elle évitait l’actrice jusqu’au week-end, tout irait bien. Le week-end prouverait qu’Anthony était celui qu’il lui fallait. J’espère.

 

Kris détourna les yeux de la fenêtre. « Alors qu’est-ce qu’on fait ce soir ? » demanda-t-elle en espérant relancer la conversation. Parler éloignerait le silence. Le silence était dangereux. Le silence amenait à réfléchir. Réfléchir la faisait se sentir coupable. Comment ai-je pu repousser Julianne comme ça ? Cette pensée la tourmentait; la mettait mal à l’aise.

 

« On pourrait faire un feu, » proposa Anthony. « Et regarder un film. J’en ai emmené quelques uns. »

 

Kris hocha la tête. « Ça m’a l’air bien, » lui dit-elle en cherchant un nouveau sujet de conversation. Pourquoi ne trouvait-elle rien à dire lorsqu’elle était avec Anthony ? Parler était si simple avec Julianne. RAH ! « Alors, euh, tu vas souvent là-bas ? »

 

Anthony secoua la tête, son regard fixé sur la route. « Non, la plupart du temps mes parents profitent de leur temps libre pour être… eh bien libres. » Il sourit et la regarda rapidement. « Je trouve ça mignon qu’ils arrivent à trouver de la romance après toutes ces années de mariage. »

 

Kris hocha la tête. « Ouais, ça n’arrive pas souvent, » dit-elle en se rappelant le divorce de ses parents. « Je pense que le grand amour est dur à trouver, » ajouta-t-elle, pas sûre de la raison qui l’avait poussée à dire ça, surtout à Anthony.

 

« Je ne sais pas, parfois on a de la chance, » répondit-il. « On est presque arrivés. »

 

Kris regarda par la fenêtre et remarqua le changement de paysage. Elle aurait aimé se sentir plus enjouée à l’idée d’être en pleine forêt, entourée de beauté à l’état sauvage.

 

La voiture s’arrêta devant un petit chalet que Kris observa un moment. Elle pensa à plusieurs films d’horreur.

 

« Je suis sûre que c’est beaucoup moins sinistre de jour, » la taquina Anthony comme s’il lisait dans ses pensées. « Viens, on va s’installer. Une nuit pleine de rebondissements nous attend. »

 

Oui, pleine de rebondissements, pensa Kris en sortant de la voiture.

 

 

 

Julianne essayait désespérément de faire attention à tout ce que disait Naomi, mais son esprit ne cessait de dériver. Pourquoi Kris n’avait-elle pas appelé ? L’avait-elle effrayée ? Ses sentiments étaient-ils trop visibles ?

 

« Julianne, » dit Naomi en la ramenant à la réalité.

 

« Hmm ? » L’actrice leva les yeux, réalisant pour la première fois qu’elle tapait sa fourchette sur la table. Elle cessa immédiatement le mouvement et regarda la directrice avec un sourire désolée. « Excuse-moi. »

 

« Tout va bien ? » demanda Naomi d’une voix anxieuse.

 

Julianne parcourut le restaurant du regard un instant avant de tourner le regard vers deux yeux verts, attentifs. Elle tient à moi… Pourquoi je n’arrive pas à tenir à elle ? Pourquoi les choses sont si compliquées ? « J’ai juste du mal à me concentrer, désolée. La semaine a été longue. »

 

La directrice hocha la tête avant de prendre une gorgée de son verre de vin. « Tu veux en parler ? »

 

« Non, c’est juste… Je veux simplement arrêter de réfléchir, » répondit Julianne, espérant que ça soit aussi simple.

 

Naomi demanda l’addition et s’adossa à sa chaise en observant pensivement l’actrice. « Tu veux rentrer chez toi ? » demanda-t-elle doucement.

 

Chez moi. Où est-ce ? « Je ne suis pas sûre de vouloir être seule, » avoua Julianne sans vraiment penser à comment on pouvait le comprendre. Elle va se monter un cinéma, la prévint une petite voix.

 

« Tu n’as pas à l’être, » répondit Naomi.

 

 

 

Kris regardait la télévision, essayant de se concentrer sur les images dansantes à l’écran. Mais elle était trop nerveuse pour se concentrer. Elle ne cessait de se demander ce qu’Anthony pensait. Est-ce que quelque chose se passerait ? Elle ne savait toujours pas.

 

Anthony remua près d’elle sur le canapé. « Tu veux un soda ? » proposa-t-il.

 

« Non merci, » répondit Kris en gardant le regard rivé sur l’écran. Si elle paraissait absorbée par le film, peut-être qu’il en tenterait rien. C’est ton petit ami, pas un étranger. Mais il lui apparaissait comme un étranger. Et n’était-elle pas venue pour apprendre à le connaître ? N’étaient-ils pas censés s’amuser ? « Anthony, » dit-elle en tournant la tête vers lui. « On peut parler ? »

 

« Bien sûr, » répondit Anthony avant d’éteindre la télévision. Il se tourna pour lui faire face. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

 

Elle pivota à son tour et prit un moment pour réfléchir. « Tu te sens gêné ? » demanda-t-elle avant d’ajouter rapidement, « Parce que moi oui. »

 

« Je suis un peu nerveux, » admit-il en passant une main dans ses cheveux. « Je ne sais pas vraiment comment te lire. »

 

« Me lire ? » demanda Kris, confuse. La prenait-il pour un livre ?

 

Anthony la regarda avec un air inquiet. « Je ne veux pas franchir la ligne, » lui dit-il doucement. « Je ne veux pas te brusquer. »

 

« Oh, » répondit Kris, tiraillée. « J’ai du mal à savoir où se situe la ligne, » admit-elle. « Est-ce qu’on peut juste… essayer au feeling ? »

 

« Oui, avec plaisir, » dit-il en se détendant visiblement. Il prit la main de Kris et relança le film.

 

L’artiste baissa les yeux brièvement sur leurs mains entrelacées et prit une profonde inspiration, laissant son regard se reposer sur l’écran de télévision. Son cœur battait la chamade, ses pensées fusaient et elle était à peu près sûre d’avoir abandonné toute logique en ville. « Anthony, » murmura-t-elle, un part d’elle-même priant pour qu’il ne l’entende pas.

 

« Ouais ? »

 

« Allons dans la chambre, » demanda-t-elle en le regardant.

 

 

 

« Désolée d’avoir été de si mauvaise compagnie, » s’excusa Julianne, gênée de son comportement tout au long de la soirée. « Je suis étonnée que tu sois encore là. » Elle ne regardait pas Naomi en parlant, préférant garder les yeux rivés sur le trottoir d’en face.

 

Le fait était qu’elle aimerait pouvoir recommencer la soirée, en commençant par ne pas être en retard. Son apparition tardive leur avait fait rater le film. Malgré cela, Naomi ne s’était pas mise en colère. Julianne se demandait si la directrice ne se mettait jamais en colère. Elle avait un esprit tellement libre, calme et insouciant. Une personnalité aussi tranquille semblait impossible.

 

Naomi lui sourit. « Je comprends que tu ais beaucoup de choses à l’esprit, » répondit-elle avec un petit haussement d’épaules. « J’aurais juste aimé pouvoir t’aider. »

 

« Tu m’as aidée, » lui assura Julianne en plongeant dans les yeux verts. Elle ne savait pas comment elle aurait survécu à la soirée seule. « J’apprécie vraiment ta compagnie. Je ne sais simplement pas comment le montrer. »

 

La directrice rit facilement. « Pas de problème, Julianne. Je suis juste contente d’être avec toi. » Elle leva les yeux au ciel en entendant sa phrase. « Désolée, je m’étais promis de ne pas dire des choses pareilles. »

 

Julianne sourit, flattée. « Pourquoi ? » questionna-t-elle.

 

Naomi lui jeta un coup d’œil embarrassé. « Parce que je sais que je t’apprécie bien plus que je ne devrais, et je ne veux pas te faire peur. »

 

« Je n’ai pas peur, » répondit Julianne. « Je suis flattée, mais pas effrayée. » Elle leva les yeux et vit son immeuble à quelques pas. Elle pouvait sentit son cœur cogner dans sa poitrine.

 

« Tant mieux, je ne veux pas te mettre mal à l’aise, » dit la directrice sur un ton timide mais honnête.

 

Pourquoi je m’accroche à quelqu’un que je ne peux pas avoir ? Naomi est parfaite. Son esprit livrait bataille en essayant de résoudre le problème. Elle n’était pas sûre qu’il existe une autre solution que d’oublier Kris, et combien de temps cela prendrait-il ? Jusqu’où était-elle prête à aller pour accélérer le processus ?

 

« Eh bien, nous y voilà, » annonça Naomi en observant le bâtiment.

 

Julianne regarda la porte, puis revint à Naomi. Je pourrais simplement dire bonne nuit. Tout de suite. Simplement dire bonne nuit. Mais elle ne voulait pas dire bonne nuit. Elle voulait se sentir elle-même à nouveau. Elle ne voulait plus souffrir. Elle voulait plus qu’un vide empli de silence. « Tu veux monter ? »

 

 

***

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