| 
  • If you are citizen of an European Union member nation, you may not use this service unless you are at least 16 years old.

  • Finally, you can manage your Google Docs, uploads, and email attachments (plus Dropbox and Slack files) in one convenient place. Claim a free account, and in less than 2 minutes, Dokkio (from the makers of PBworks) can automatically organize your content for you.

View
 

LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR12

Page history last edited by PBworks 13 years, 1 month ago

LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR

 

 

 

 

par Dreams

 

 

Traduction : Keegan (keegan@libertysurf.fr)

 

et Emilie(happymeal@hotmail.fr)

 

 

Table des matières

 

Démentis etc : voir Part 1

 

Ecrivez-moi : Parce que j'adorerais savoir ce que vous en pensez. On peut me joindre à dreams@midnightisland.com

 

 

Chap.15

 

Chère Julia (Puis-je t'appeler ainsi ?)

 

Je vais commencer les œuvres d'art dès que possible. Merci ! Tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureuse que tu apprécies mon travail.

 

Merci de m'avoir donné ton nom. Je n'arrêtais pas de me demander si tu étais un homme ou une femme. C'est bon d'avoir finalement une image plus nette de la personne avec qui j'ai échangé tous ces emails. As-tu un petit ami ? Quel âge as-tu ? Quel est le rendez-vous idéal pour toi ? Que fais-tu pour t'occuper ? Ta couleur préférée ?

 

Excuse-moi si je pose trop de questions. Je n'ai pas l'habitude d'écrire à des inconnus. La seule autre personne à qui j'envoie des emails est mon père, en Californie. Où habites-tu ?

 

Je recommence. Je vais me taire.

 

Prends soin de toi,

Kris (j'accepte de te tutoyer, si tu en fais autant.)

 

***

 

Chère Kris,

 

N'hésite pas à m'appeler Julia. Cela fait un moment que personne ne l'a fait. C'est un peu bizarre, mais j'imagine que je vais devoir m'y habituer. C'est mon prénom après tout :o)

 

Bref. J'ai 23 ans. Célibataire. Ma couleur préférée est le bleu. Le rendez-vous idéal, pour moi, serait un dîner aux chandelles sur la plage, devant un coucher de soleil. D'accord, je plaisantais. En fait, je ne suis pas sûre de ce que serait le rendez-vous idéal pour moi. Je n'en ai jamais vraiment eu. Triste, non ? Je pense que si je rencontrais la personne de mes rêves, peu m'importerait ce que nous ferions, à partir du moment où nous serions ensembles.

 

Wow, ça fait vieillot ! Mais j'imagine que c'est vrai. Je suis une irrécupérable romantique. Pour m'occuper, j'écris des poèmes. C'est ma façon d'échapper à l'ennui de la réalité. Et je vis à Los Angeles.

 

J'ai répondu à toutes les questions ? A ton tour. Et à mon tour d'être curieuse. Quelle est ta fleur préférée ? Ton livre préféré ? A quand remonte la dernière fois que tu as regardé le soleil se lever ? A quand remonte la dernière fois que tu as ri ?

 

Prends soin de toi,

Julia

 

***

Chère Julia,

J'ai vingt ans. J'ai un petit ami, Nathan, qui a dix-huit ans et part à l'école de droit d'Harvard en automne. Il est vraiment gentil quand il le veut. Mais il n'a pas l'air de le vouloir depuis peu. J'imagine qu'il est simplement nerveux de partir en école supérieure. Et qu'il a peur à propos de notre relation et de la distance. Je suis sûre qu'il reviendra une fois qu'il aura réussit à faire le tri.

 

Ma couleur préférée est le vert. En fait, vert forêt. Ca me rappelle la nature. Je suis une fanatique de la nature. Ma chambre est couverte de posters de cascades, de lacs et d'arbres. Ce genre de choses. Depuis peu je suis végétarienne, ce qui énerve ma mère au plus haut point. Mais je m'en fiche. Tofu, me voilà.

 

J'aime les roses. Je sais, tout le monde aime les roses. Mais elles sont tellement belles et poétiques. Nathan m'a donné une rose à notre premier rendez-vous. Et je me suis piqué le doigt avec une épine. Il s'est tout de suite excusé, mais j'ai trouvé que c'était la fleur la plus fascinante. Belle et dangereuse. J'aime cette combinaison. Par contre, ça ne veut pas dire que j'ai un penchant pour les mauvais garçons. Juste les fleurs. LOL. Okay, attends. Peut-être que je devrais reprendre tout ça. Oh et puis non. Je pense que tu m'as comprise.

 

Je ne suis pas sûre de ce que je voudrais faire dans un rendez-vous. J'aimerais m'enfuir, aller dans un bel endroit. Pas que New York ne le soit pas. Ca l'est. Mais j'aimerais aller dans un endroit nouveau, encore vierge. Peut-être qu'un jour je fuirai et me perdrai en Amazonie.

 

Je ne peux dire que je lise beaucoup. Je ne sais pas quel est mon livre préféré. La dernière chose que j'ai lu était Le songe d'une nuit d'été, de Shakespeare. Je devais écrire un essai dessus pour les cours. Un véritable cauchemar.

 

Je n'ai pas regardé le soleil se lever depuis des lustres. Peut-être même que je ne l'ai jamais fait. C'est ce que tu fais ? Regarder le soleil se lever ? Tu es un poète. Je n'aurais jamais pensé à faire ça.

 

Ma colocataire, et meilleure amie, Leigh me fait rire constamment. Elle voudrait devenir actrice, même si je pense qu'elle ferait mieux de devenir comique. Je lui suis reconnaissante, ma vie serait monotone sans elle.

 

Prends soin de toi,

Kris.

 

***

 

Chère Kris,

 

J'essaye de regarder le soleil se coucher une fois par semaine. Ma maison est près de la plage, alors je m'assois sur le sable et je le regarde se coucher. Ca me calme. Je n'espère qu'un moment de calme et de silence. La vie est parfois très bruyante, tu ne penses pas ? Peut-être suis-je la seule à penser ça.

 

Je suis désolée de voir que tu n'es pas une fan de Shakespeare. C'est mon auteur préféré. J'ai toutes ses œuvres. Je les ai relues plusieurs fois. Dans mon école, j'étais major de la classe de Littérature Comparative, mais j'ai abandonné les études pour suivre une autre voie. Je suis passionnée par la lecture et les poèmes. Par toute la littérature, à vrai dire. Si jamais tu as besoin d'écrire un essai, je serai heureuse de t'aider.

 

Le dernier livre que j'ai lu était The Remains of the Day (Les vestiges du jour) de Kazuo Ishiguro. J'ai beaucoup aimé.

 

Tu as des animaux ? J'ai pensé à en adopter un. Je n'en ai jamais eu, alors je pensais commencer avec quelque chose de petit. Comme un poisson rouge. Ensuite je pourrais avancer au stade de la gerbille ou quelque chose comme ça. Je ne suis pas sûre de pouvoir tout de suite survivre à un chat. Ils durent longtemps, si je me souviens bien.

 

Oh, j'ai une autre passion : la cuisine. Cependant, j'ai rarement le temps de cuisiner. Mais je pourrais regarder la chaîne Cuisine 24h sur 24. Le Iron Chef, le Naked Chef, Bobby Flay… Ah, le paradis.

 

Prends soin de toi,

Julia.

 

 

Chap.16

 

Leigh sortit de sa chambre à quatre heures trente du matin, et trouva sa meilleure amie assise du le divan. Elle bailla et regarda silencieusement Kris. " Qu'est-ce que tu fais ? " finit-elle par demander.

Kris leva les yeux du livre qu'elle lisait. " Oh, bonjour, " dit-elle. " Il reste du café dans la machine. "

" Merci, " répondit Leigh, mais elle ne bougea pas de son poste. " Mais qu'est-ce que tu fais ? "

Kris lui montra le livre. " Je lis. "

" A quatre heure de matin ? "

Kris haussa les épaules. " J'ai décidé de me lever pour regarder le soleil se lever, " répondit-elle, l'air de rien.

Leigh cligna des yeux, soudain certaine qu'elle était, d'une manière ou d'une autre, entrée dans un univers parallèle entre son lit et le salon. " Tu plaisantes. "

" Non. "

" J'ai besoin de café, " marmonna Leigh en allant dans la cuisine. " Il est trop tôt pour cette folie. "

Pendant que Leigh se préparait une tassé de café dans la cuisine, Kris se replongea dans son livre. Elle n'était pas tout à fait sûre de la raison pour laquelle elle avait acheté The Remains of the Day. Mais alors qu'elle passait devant une librairie sur le chemin de son école, la veille, elle avait vu ce roman clairement exposé en vitrine. Kris l'avait vu comme un signe.

Sans oublier de mentionner, bien entendu, qu'elle était extrêmement curieuse à propos de sa nouvelle amie. Elles échangeaient des emails depuis quelques semaines maintenant, mais Kris sentait que ce n'était pas assez. Elle voulait en savoir plus encore.

Comme pourquoi Julia avait aimé ce livre, par exemple. Kris avait réussi à en lire la moitié. Elle pensait qu'il y aurait de l'action ou un scénario. Mais c'était juste un maître d'hôtel qui racontait à quel point il aimait servir son patron. Et quelque chose à propos d'un voyage quelque part, elle n'était pas sûre.

Leigh s'assit à côté de Kris quelques minutes plus tard. Elle avala d'une gorgée la moitié de sa tasse et soupira d'aise. " Alors qu'est-ce qu'il t'arrive ? " demanda Leigh. " Je veux dire.. Le fait que tu te lèves pour regarder le soleil se lever est déjà bizarre. Mais tu es en train de lire un livre, Kris. Volontairement, je veux dire. Tu me fais peur. "

Kris leva les yeux au ciel. " J'essaye de me lettrer un peu plus. "

Leigh hocha la tête. " Tu es devenue folle, n'est-ce pas ? " suggéra-t-elle. " L'accès de colère d'il y a quelques jours était le début de la fin. "

" En fait, je me sens plutôt bien, " dit Kris en posant le livre. " A quand remonte la dernière fois que tu as vu le soleil se lever, Leigh ? "

" Oh, je dirais depuis la dernière fois que j'ai dû aller au boulot. "

Kris sourit et hocha la tête. " Oui, mais est-ce que tu t'es vraiment arrêtée pour le regarder ? Est-ce que tu t'es dis 'Wow, regarde ce magnifique spectacle. Un vrai miracle de la nature.' "

Leigh termina sa tasse et regarda Kris. " Tu as rejoins une secte, pas vrai ? Une de celles qui parlent de Portes de l'Enfer ? Suicides collectifs, robes longues, lavage de cerveau et ce genre de choses ? "

Kris soupira, reprenant le roman. " Oublie ça. "

Kris posa sa main sur le front de Kris. " Pas de fièvre, " dit-elle. " Tire la langue. "

Kris repoussa la main de Leigh. " Tu ne dois pas aller bosser ? "

" Peut-être que je devrais me faire porter malade. "

" Mais tu n'es pas malade. "

Leigh se leva et retourna dans la cuisine pour rincer sa tasse. " Mais toi tu l'es. Qu'est-ce qui t'arrive ? Pour commencer tu fuis Nathan, chose que je ne t'aurais pas cru capable de faire dans mes rêves les plus fous. Et depuis ces dernières semaines tu es… tête en l'air. "

" Tête en l'air ? " Kris répéta, regardant vers la cuisine par-dessus son épaule.

Leigh attrapa son sac, pendu à une chaise. " Oui, tête en l'air, " dit-elle, le mettant sur son épaule.

" Je suis heureuse d'apprendre que j'ai bien été ventilée. "

Leigh leva les yeux au ciel. " Okay, très bien, peut être que tête en l'air n'est pas le bon mot. Mais ça n'excuse pas ton comportement. Je ne sais pas comment réagir face à ta soudaine envie de regarder le soleil se lever. Et te voir… lire. "

Kris ricana. " Vous en êtes à la deuxième leçon de réaction exagérée en cours ? " demanda-t-elle.

" Ouep, " répondit Leigh. " Comment je m'en sors ? "

" Je lève mes deux pouces, " lui assura Kris. " Tu vas être en retard. "

Leigh hocha la tête en attrapant ses clés sur le comptoir. " Exact. Je vais fournir la foule impatiente en drogues stimulantes légales. A ce soir. "

Kris lui fit au revoir de la main et se replongea dans son livre. Mais elle ne put pas se concentrer. Se levant du divan, elle sortit sur le balcon, où le ciel commençait à s'éclaircir. Etrange comme des choses anodines pouvaient soudain la faire se sentir si libre.

Peut-être Leigh avait-elle raison, elle agissait bizarrement. Mais elle se sentait tellement mieux. Dernièrement elle avait repris confiance et se sentait elle-même.

 

Et elle n'était pas sûre de la raison.

 

***

 

Chère Julia,

 

Ca peut sembler un peu bizarre, mais je me suis levée ce matin pour regarder le soleil se lever. Leigh pense que j'ai probablement perdu l'esprit. En fait elle pense vraiment que j'ai perdu l'esprit. Mais, tu sais, c'était tellement beau. Je ne voyais pas grand-chose avec tous les immeubles. Je suis sûre que la vue est plus belle sur la plage. Cela dit, ça m'a fait réfléchir à la direction qu'a prise ma vie. Ou qu'elle n'a pas prise, pour ce que ça change.

 

Je veux dire, la vie est définie par la carrière que l'on choisit. Je ne parle pas d'avoir un boulot et de gagner de l'argent. Je parle uniquement de l'identité. Un docteur. Un artiste. Un avocat. C'est déprimant de se dire que l'on n'est plus que des mots qui ne donnent même pas une image complète de nous. Nous sommes simplement contraints à devenir ces stéréotypes. Des docteurs riches. Des artistes mourant de faim. Des avocats suceurs de sang.

 

J'ai pris un oiseau en photo hier. A ce moment-là je ne savais pas pourquoi, mais je pense qu'inconsciemment, j'étais jalouse. Jalouse qu'une créature supposée m'être inférieure soit plus libre que moi. Mais je pense que c'est ce qui fait la beauté des animaux. Ils possèdent une liberté innée. Les hommes aiment se confiner dans des boîtes de plus en plus petites. Et tout ce que nous pouvons faire, c'est creuser des trous et espérer que l'air passe au travers.

 

Ce que je dis n'a probablement aucun sens. Et j'ai l'impression de parler comme toi. :)

 

Aujourd'hui (après m'être recouchée puis de nouveau réveillée, bien sûr), je suis allée au musée. J'aime m'y balader, regarder toutes les peintures et les laisser me combler de paix et d'espoir pour l'avenir. Un peu comme toi et tes couchers de soleil. Parce que tu as raison, le monde peut devenir vraiment bruyant. Il faut appuyer sur le bouton du son de temps en temps.

 

Ton amie,

Kris

 

 

**

Comments (0)

You don't have permission to comment on this page.