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LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR17

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LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR

 

 

 

 

par Dreams

 

 

Traduction : Keegan (keegan@libertysurf.fr)

 

et Emilie(happymeal@hotmail.fr)

 

 

 

Table des matières

 

 

Chap.31

 

" Qu'est-ce que tu viens de faire ? " demanda Leigh en essuyant du ketchup au coin de sa bouche. Elle observa Kris avec une désapprobation évidente dans les yeux.

 

Kris la regarda, confuse. " Quoi ? "

 

Leigh utilisa le reste de son hotdog pour pointer leur seule et unique 'cliente' de la journée. " Tu viens de donner une de tes peintures à une parfaite inconnue, " dit-elle. " Tu penses honnêtement qu'elle va t'envoyer ton argent ? "

 

" C'est sans importance, " répondit Kris, son regard inconsciemment attiré par l'étrangère à quelques mètres de là. " Elle a aimé mes tableaux. "

 

Leigh secoua la tête. " Tu as passé des heures sur cette œuvre. Pourquoi l'as-tu tout simplement donnée ? Et quinze dollars ? Je croyais que tu la vendais pour trente ? "

 

Kris rit, ouvrant le sac de bretzels qu'elle avait acheté. Comme si la différence de quinze dollars aurait énormément changé son style de vie. Et puis l'art n'était pas une question d'argent. C'était une question d'expression de soi et permettait aux gens de se sentir… autrement… ce qu'ils voulaient. Et la jeune femme avait l'air… gentille.

 

C'était une journée tellement belle. La foule était de sortie, la chaleur était présente sans être écrasante. Une petite brise soufflait de temps à autre. Les gens étaient heureux et vaquaient à leurs occupations.

 

" Pourquoi souris-tu ? " demanda Leigh, curieuse.

 

Kris se contenta de hausser les épaules et offrit un bretzel à son amie. Ils étaient bons. Croquants et savoureux. " C'est une belle journée. Je vais peut-être me contenter de donner mes peintures. " Elle regarda rapidement le tableau de L'Ange de Bethsada et s'en empara. " Sauf celle là. " Elle plaça la feuille à l'abri dans son sac à dos.

 

" Voilà autre chose, " dit Leigh en agitant sa cannette de Pepsi. " Qu'est-ce que ce dessin a de si spécial ? Et qu'est-ce que c'était que ce regard que tu m'as lancé tout à l'heure ? "

 

" C'est un cadeau, " répondit patiemment Kris.

 

" Pour… ? "

 

Pourquoi Leigh était-elle si curieuse ? Kris regarda son amie et se mordit la lèvre, hésitante. Elle va trouver ça stupide. " Julia. "

 

Leigh arrêta de mâcher un moment, ses yeux bruns se tournant vers ceux de Kris. Elle déglutit. " Julia, " répéta-t-elle. " Julia d'internet ? "

 

Kris s'empressa de lui expliquer. " Tu vois, son pseudo est PoetnAngel alors j'ai pensé qu'elle aimait peut-être les anges. Elle ne me l'a jamais dit, mais je le devine. Bref, j'ai pensé que je pourrais lui envoyer ce dessin d'ange. Elle aimera peut-être. "

 

Leigh hocha lentement la tête. " Tu ne crois pas que tu deviens un peu trop aimable avec cette lesbienne ? " demanda-t-elle. " Elle pourrait mal comprendre. Tu sais, des conversations online durant toute la nuit, des cadeaux surprise… " Elle s'arrêta. " A moins qu'elle ne soit dans le vrai. " Elle poussa Kris du coude et lui fit un clin d'œil.

 

Kris mit les yeux au ciel. " Ca n'a rien à voir. Tu ne la connais pas. "

 

" Toi non plus, " remarqua Leigh en finissant son hotdog. " Elle pourrait être… un vieillard… gros et laid. Avec un cache-oeil et un ventre énorme. Et il aime dire l'alphabet en rotant et se balader nu dans son appartement. "

 

Kris pouffa de rire. Elle n'arrivait pas à imaginer Julia faire ne serait-ce que l'une de ces choses. " C'est une femme. Et elle a vingt-trois ans. Et elle est poète, et actrice. "

 

" C'est ce qu'elle dit, " répliqua Leigh. " Tu ne peux pas être sûre de ça. Elle t'a déjà envoyé une photo d'elle ? "

 

Kris réfléchit. " Non, c'est vrai. Mais je ne lui ai pas envoyé de photo de moi non plus. Elle ne sait pas à quoi je ressemble. En fait, je pourrais être le vieil homme énorme avec un cache-œil. "

 

***

 

" Elle est magnifique, " pleurnicha Julia en tombant dans le canapé avec un bruit étouffé. Elle enfonça son visage dans un coussin et gémit dedans. Puis elle le jeta. " Elle a les plus beaux yeux du monde. Et son sourire… wow… et sa voix. On dirait… du miel… ou quelque chose de doux et… " Elle se rassit et recommença à gémir.

 

" Mm, oh oui, juste ici, " marmonna Adrian depuis la table de massage. " Plus bas… Plus bas… aaaaah… "

 

" Et elle m'a donné la peinture, " continua Julia. " Comme ça. Pourquoi ferait-elle ça ? Elle a peut-être senti une connection entre nous, tu sais ? Comme une sorte d'attraction… " Elle réfléchit puis secoua la tête. " Ou peut-être qu'elle est la personne la plus gentille au monde. Et je suis l'enflure qui lui ment. "

 

Un marmonnement continu lui répondit.

 

Julianne regarda par-dessus le dossier du canapé et haussa les yeux au ciel. Adrian était étendu sur la table de massage, ne portant qu'une serviette, tandis qu'une blonde heureuse travaillait ses muscles. " Tu écoutes ce que je dis ? " demanda-t-elle.

 

Aucune réponse.

 

" Adrian ? "

 

Deux yeux bleus ensommeillés se fixèrent dans sa direction. " Oh salut, Jules. Je n'avais pas remarqué que tu étais de retour. "

 

Julianne lança le coussin dans sa direction. Elle rata sa cible et toucha la masseuse. Oups.

 

Deux yeux verts, ennuyés, se levèrent, et la femme se baissa pour récupérer l'objet. " Vous avez perdu quelque chose ? " demanda-t-elle, le coussin à la main.

 

Julianne sourit doucement. " Vous pourriez lui enfoncer sur la tête ? " demanda-t-elle.

 

" Hé, hé, pas besoin d'être violente, " intervint Adrian.

 

" Votre heure est terminée, " annonça la masseuse en jetant à Julianne le coussin, qui réussit à le rattraper malgré ses capacités sportives très limitées.

 

Adrian descendit de la table de massage à contrecœur en faisant attention de bien garder sa serviette autour de la taille. " Je suis vraiment très, très heureux, " annonça-t-il. " Julianne, double ce que tu devais lui donner. "

 

Julianne leva les yeux au ciel. " Tu as entendu ce que je t'ai dit ? "

 

" Quand ? "

 

" Avant. "

 

Adrian haussa un sourcil. " Tu me parlais ? " demanda-t-il. Il haussa les épaules et sembla remarquer la peinture pour la première fois. Elle était posée contre le dossier du canapé, à quelques mètres de lui. " Qu'est-ce que c'est que ça ? "

 

Derrière lui, la masseuse rangea la table et partit discrètement. Adrian sembla momentanément distrait par le départ de la femme.

 

Julianne leva à nouveau les yeux au ciel et replaça le coussin sur le canapé avant de se lever. " Ca, c'est une peinture, " l'informa-t-elle. Elle se plaça près de lui pour pouvoir, à son tour, regarder l'objet.

 

Adrian lui jeta un regard indéchiffrable et s'agenouilla pour inspecter l'œuvre. Il secoua la tête et toucha le coin droit du doigt. " K. Milano ? " Il regarda par-dessus son épaule. " Qu'est-ce que tu as fait ? "

 

Elle poussa un long soupir et s'adossa au canapé. " Je l'ai rencontrée, Adrian, " dit-elle. " Enfin, elle ne savait pas qui j'étais. Moi non plus. Mais je savais que c'était elle. "

 

" Et ? "

 

" Wow, " soupira Julianne.

 

Adrian se releva en hochant la tête. " Alors tu es allée la voir et tu as acheté une autre œuvre d'art ? " devina-t-il. " Perruque… Lunettes de soleil… ? "

 

Julianne hocha la tête.

 

Adrian se gratta la nuque et regarda sa meilleure amie. " Alors cette fille pense que tu es trois personnes différentes ? " Il s'arrêta pour réfléchir. " Non. Non. Elle ne sait pas que tu es trois personnes différents. " Il leva les mains, exaspéré. " Pourquoi tu n'as pas encore développé plusieurs personnalités ? " Ses yeux azurs roulèrent légèrement. " Ou peut-être que si ? "

 

Elle poussa un long soupir et se laissa tomber en arrière, ses jambes dépassant au-dessus du canapé. Elle observa une version renversée de son centre d'intérêt et grogna. " Pourquoi est-elle si belle ? " se demanda-t-elle. " Elle ne pouvait pas être moche. Non. Bien sûr que non, ça aurait été trop facile. "

 

Adrian apparut près d'elle un instant plus tard et s'assit. Il la regarda un long moment avant de sourire. " Belle ? Et hétéro, tu dis ? "

 

" N'y pense même pas, " la prévint Julianne.

 

" Pourquoi pas ? Parce qu'elle est à toi ? "

 

Julianne ouvrit la bouche pour répondre mais la referma aussitôt. Elle roula sur elle-même en faisant attention de ne pas frapper Adrian avec ses jambes, et parvint à retrouver une position assise. " Elle n'est pas à moi, " répondit-elle doucement.

 

" Mais tu voudrais qu'elle le soit ? "

 

Julianne fronça les sourcils et secoua la tête. " Peu importe. Ca ne marcherait pas. "

 

" Parce que tu es Julianne Franqui ? "

 

" Entre autres. Sans oublier qu'elle est hétéro. "

 

" Et qu'elle n'a aucune idée de qui tu es. "

 

Elle soupira à nouveau. " Et ça n'est qu'une connaissance par internet. "

 

" Donc rien ne pourra jamais déboucher de ça, c'est clair, " approuva Adrian.

 

" Exact, " dit Julianne, sur un ton plat. Pourquoi était-ce si déprimant ? Elle secoua la tête et se releva pour récupérer la peinture. Elle la posa contre la cafetière pour qu'ils puissant tous deux l'observer. " C'est beau, n'est-ce pas ? " demanda-t-elle, récupérant sa place sur le canapé.

 

" C'est un lever de soleil. "

 

" Et les levers de soleil sont beaux. " Elle le regarda. " Elle me l'a donné. Gratuitement. Elle m'a dit de lui envoyer l'argent plus tard, mais je ne pense pas qu'elle s'attende à ce que je le fasse. "

 

Adrian renifla. " Ca c'est du business. "

 

Le regard de Julianne se posa de nouveau sur les peintures. " Elle en demandait quinze dollars. " Elle pencha la tête sur le côté et observa la brillante utilisation des couleurs. " Mais j'ai du mal à trouver ce prix justifié. "

 

Adrian hocha la tête. " Peut-être cinq dollars. "

 

Elle lui donna un coup de coude dans l'estomac. Fort. " Ne joue pas à ça. "

 

Adrian frotta sa blessure et soupira. " Qu'est-ce que tu prépares, Lucy ? "

 

Julianne sourit. " Je pense seulement que cette peinture vaut beaucoup plus que ça. "

 

Il croisa son regard et haussa un sourcil. " Combien ? "

 

" Beaucoup plus. "

 

***

 

" J'arrive ! " cria Kris, sortant de sa chambre pour rejoindre la porte d'entrée. " Tape plus fort, tu veux ? " bougonna-t-elle. Le bruit l'avait tirée d'un magnifique rêve. Elle se souvenait d'une licorne, d'une forêt et d'un beau lever de soleil. Et des fées. Les fées étaient jolies. Elle devrait essayer de se trouver une fée. Elle bailla. J'ai besoin de café.

 

Bam !!!

 

Jésus Christ. " J'arrive ! " cria-t-elle de nouveau en ouvrant la porte à la volée. Elle cligna des yeux. " Nathan ? "

 

Il sourit d'un air satisfait en voyant sa tenue. " Joli pyjama, " dit-il. Il leva un paquet d'enveloppes. " Tu vérifies souvent ton courrier ? "

 

Kris fronça les sourcils et arracha les lettres des mains de Nathan. " Qu'est-ce qui te prend de regarder mon courrier ? " demanda-t-elle.

 

Il parut blessé, mais pas assez pour être convaincant. " Je peux entrer ? "

 

Kris laissa la porte ouverte et se retira dans la cuisine. Café. J'ai besoin de café. Des tonnes et des tonnes de café. Elle jeta les enveloppes sur la table de la cuisine et rejoignit la cafetière. Elle était vide. Note pour plus tard : Tuer Leigh.

 

Nathan fit comme chez lui et se dirigea immédiatement vers le réfrigérateur. Il sortit une brique de jus d'orange et se servit un verre. " Je t'ai réveillée ? "

 

Kris regarda rapidement l'heure sur le micro-ondes. " Hé bien il est huit heures du matin, " répondit-elle froidement. Elle parvint à démarrer la cafetière et se tourna pour regarder son petit ami. Ex petit ami. Bref, peu importe ce qu'il est. Elle s'adossa contre la table et l'observa avaler son verre en une seule gorgée. Il fait toujours ce bruit énervant en avalant ?

 

Nathan s'assit et se servit un nouveau verre. " Je viens de finir de ranger mes affaires dans le camion. Je suis crevé. "

 

" Tout est prêt ? "

 

Il hocha la tête, terminant son verre. Il visa la poubelle, tira, rata. Il haussa les épaules et regarda Kris. " Ouais, je pars demain, " l'informa-t-il. " Mais je voulais être sûr que tout soit arrangé pour mon départ. "

 

Le regard de Kris était fixé sur le carton de jus d'orange dégoulinant sur le sol. Café !!! Elle se força à regarder Nathan. " C'est gentil, " dit-elle. " Pourquoi es-tu là ? "

 

Nathan fronça légèrement les sourcils et se mit à l'aise sur sa chaise. " Eh bien, je voulais que tu saches à quel point je me sentais mal à propos de ce qu'il s'est passé la nuit du bal de promo, " dit-il. " Je n'aurais pas dû prévoir quelque chose de si important sans ton approbation. "

 

Kris le laissa continuer.

 

Ce qu'il fit. " J'ai pas mal réfléchi, " dit-il, soudain sérieux. " Et je me suis comporté comme un abruti cette nuit-là. "

 

Rien à ajouter jusqu'ici. Kris comprit qu'ils en avaient pour un long moment, elle tira donc une chaise et s'assit.

 

" J'ai eu peur que tu ailles te plaindre auprès de tes parents, " continua Nathan, " alors je suis allé parler à Carlos il y a quelques jours. "

 

Kris se figea. " Tu as quoi ?! "

 

Nathan leva les mains pour la calmer. " Là-bas, j'ai réalisé que tu ne leur avais rien dit, et j'apprécie le fait que tu m'aies protégé, mais j'ai été un abruti complet et je devais me racheter. Alors j'ai demandé à Carlos de s'asseoir et nous avons longuement parlé. D'homme à homme. "

 

Kris n'aimait pas la tournure que prenaient les choses.

 

Nathan hocha la tête. " Nous en avons conclu qu'il était temps. "

 

" Temps. " Elle répéta le mot comme si elle ne l'avait jamais entendu avant. " Temps pour quoi ? "

 

Nathan se racla la gorge et le moment d'après, il était à genoux, une boîte en velours dans une main. Avec l'autre, il l'ouvrit. " Veux-tu m'épouser ? "

 

 

Chap. 32

 

Julianne tapait ses doigts contre le bureau. Son regard fut attiré par le tiroir du bas. Elle tapa encore des doigts. Et encore. Avant finalement d'abandonner sa lutte pour essayer d'éviter l'inévitable et ouvrit le tiroir. Son courrier non lu lui fit face. Elle baissa la main, attrapa toutes les enveloppes et les déposa sur son bureau.

 

En se levant, elle survola la pile d'enveloppes et les étendit sur son bureau pour pouvoir les observer plus facilement. Puis elle tendit la main vers son sac et en sortit son carnet de poésie. A l'intérieur se trouvait la lettre qu'elle évitait depuis des semaines. Elle s'en empara et regarda l'adresse d'expéditeur. Jennifer Graham. " Ann Arbor, Michigan. "

 

Elle s'assit en se mordant la lèvre et sortit la lettre. Elle la lut quelques fois. Que suis-je sensée faire à propos de ça ? se demanda-t-elle, frustrée.

 

Un toquement à la porte interrompit ses pensées. " Entrez. "

 

Karen apparut alors, un sac en papier et un capuccino à la main. " Le déjeuner, " annonça-t-elle en levant les objets.

 

" Merci, " dit Julianne. " Posez ça où vous voulez. " Elle lut la lettre une nouvelle fois, réfléchissant à ses options. " Karen, aidez-moi un moment. " Elle attendit que son assistante trouve une place pour la nourriture et tourne toute son attention vers elle. " Imaginez que vous êtes une star célèbre. Et vous recevez une lettre d'une petite fille qui vous demande d'aider son frère malade. Que feriez-vous ? "

 

Karen regarda Julianne un moment, surprise. Elle laissa divaguer son regard en réfléchissant. " Eh bien je ne suis pas célèbre alors je ne peux pas vraiment répondre, " dit-elle. " Mais du point de vue d'un fan, si j'étais malade, je me sentirais un million de fois mieux si je savais que mon idole est préoccupée par ma santé. "

 

Julianne pensa à cette réponse un moment. " Merci. Vous avez déjà mangé ? "

 

Karen secoua la tête. " J'allais le faire. "

 

" Vous voulez m'accompagner ? " demanda Julianne. " Vous n'êtes pas obligée simplement parce que je vous le demande, " ajouta-t-elle avec un sourire. " Mais j'en ai assez de manger seule. "

 

Karen essaya de cacher sa surprise mais échoua. " B-Bien sûr. Je reviens tout de suite. "

 

Julianne sourit face au malaise de son assistante et la regarda sortir. De nouveau seule, elle se tourna de nouveau vers son problème. Lui faire sentir que je me préoccupe de sa santé. Je peux peut-être lui envoyer des fleurs ? Avec une carte ? 'Remets-toi vite ?' C'est nul. Elle secoua la tête et reposa la lettre.

 

Elle se déplaça jusqu'au canapé et tira la table basse plus près. Karen avait choisi un sandwich poulet-crudités, des chips et un soda. " Ce que je préfère, " dit-elle joyeusement en plaçant les objets du sac sur la table.

 

Karen revint quelques instants plus tard avec son déjeuner et s'assit à l'opposé de Julianne, hésitante. Elle garda le regard baissé tout au long du processus.

 

" Avez-vous peur de moi, Karen ? " demanda Julianne en étudiant le comportement de son assistante, son amusement parfaitement visible.

 

A contrecœur, Karen leva les yeux. " Je peux répondre terrorisée ? " demanda-t-elle.

 

Julianne rit et s'empara de son sandwich. " J'imagine que je vous ai donné du fil à retordre, pas vrai ? "

 

Karen haussa les épaules, mal à l'aise. " Je suis à peu près sûre que vous seriez intimidante de toute façon. "

 

Un sourcil brun se leva face à cette observation, mais elle décida de ne rien rajouter. A la place, elle mordit dans son sandwich avec plaisir. Je me demande si Kris aime ça ? Nan. Oublie ça, elle est végétarienne. Dommage. " Comment avez-vous su que j'aimais manger ça ? " se surprit-elle à demander.

 

" Je suis observatrice ? " sourit Karen.

 

Julianne sourit. " Qu'est-ce qui vous a donné envie de travailler pour moi, en fait ? "

 

Karen rougit et baissa les yeux sur sa nourriture. " J'ai simplement pensé que c'était une bonne opportunité. "

 

Julianne étudia Karen un moment. Pourquoi rougit-elle autant ?

 

Karen s'occupa de sa nourriture un instant. " J'étais l'une de vos fans, " admit-elle en rougissant de plus belle. " Ce film dans lequel vous avez tourné, il y a quelques années, Borderline Crazy. Il était excellent. Je veux dire… Vous étiez excellente. "

 

Les sourcils de Julianne se froncèrent. J'étais excellente ? Hmm. " Merci. " Elle ne savait plus quoi dire. Elle termina donc son sandwich en silence.

 

" J'avais cet énorme béguin pour vous, " dit soudain Karen.

 

Julianne s'étouffa.

 

Si possible, Karen rougit un peu plus. " Désolée ! " s'excusa-t-elle rapidement. " Je suis une idiote. Je n'arrive pas à croire que je viens de dire ça. Oubliez ce que j'ai dit. Oh mon Dieu. " Elle cacha son visage dans ses mains.

 

Julianne parvint finalement à reprendre son souffle et regarda son assistante, choquée. " Vous aviez le béguin pour moi ? "

 

Karen jeta un regard à Julianne à travers ses doigts. " Juste un peu, " admit-elle. " Je suis désolée. Ma petite amie dit qu'il faut que j'apprenne à me taire. Elle a raison. "

 

Petite amie ? Karen est gay ?? L'esprit de Julianne encaissa cette nouvelle information. " Depuis tout ce temps je pensais que vous aviez le béguin pour Adrian, " dit-elle en espérant rassurer la jeune femme. " Apparemment non. " Elle sourit.

 

Karen révéla son visage avec hésitation. " Je suis désolée. "

 

" Ne le soyez pas. Je ne m'y attendais pas, c'est tout. " Du tout. Je me demande ce qu'elle dirait si je me révélais à elle ? Je devrais peut-être attende qu'elle ait bu quelque chose. " Alors vous avez une petite amie ? Vous êtes ensemble depuis longtemps ? "

 

" Environ un an, " répondit Karen, visiblement rassurée. " On vit ensemble depuis un mois. "

 

Julianne sourit. Ca doit être sympa. " Amoureuse ? "

 

" Très. " Karen eut un grand sourire.

 

" Ca doit être sympa, " se surprit-elle à dire tout haut.

 

Karen fronça légèrement les sourcils en regardant Julianne. " Je croyais que ça marchait bien entre Adrian et vous ? " Quand Julianne hésita, elle ajouta rapidement, " Désolée, je ne veux pas vous forcer. Ce n'est pas mon problème. Le plat dans les pieds. "

 

Julianne rit. " Le plat dans les pieds, hein ? "

 

Karen rit et secoua la tête. " Et voilà, je recommence. "

 

Devrais-je lui dire ? Est-ce que je peux lui faire confiance ? Avant d'avoir pu se décider, quelqu'un toqua à la porte.

 

Un homme que Julianne ne reconnut pas passa la tête dans l'embrasure. " Gina veut voir tout le monde sur scène dans cinq minutes, " l'informa-t-il.

 

" J'arrive, " répondit Julianne. " L'appel du travail, " dit-elle à Karen. " Merci pour le déjeuner. Finissez si vous voulez. " Elle ne laissa aucune chance à Karen de lui répondre car elle se rua hors de la loge. Je n'arrive pas à croire que j'ai presque pensé à tout lui révéler. Je dois perdre la tête. Oh oui. Je perds vraiment, vraiment la tête. Ca doit être New York. Je dois arrêter d'aller là-bas.

 

Julianne arrêta de marcher un moment. Je me demande si Kris a déjà reçu ma lettre ?

 

***

 

Kris observait l'objet scintillant dans son lit de velours. Elle cligna des yeux, les mots s'infiltrant dans son esprit et elle réalisa le sens de la phrase malgré son esprit endormi, privé de caféine. " Quoi ? " s'écria-t-elle, plus furieuse que surprise. " Tu veux qu'on se marie ? "

 

Nathan sembla désarçonné par sa réaction et recula. " Je croyais que tu avais dis que tu voulais te marier ? " demanda-t-il. " Cette nuit dans la chambre d'hôtel, tu as dit que tu préférais attendre qu'on soit mariés. "

 

J'ai dit ça ? Bon sang, c'est trop soudain. " Nathan, je suis désolée, " dit-elle en secouant la tête. " Tu essaies de m'arnaquer pour coucher avec moi… "

 

La boîte de velours se referma brusquement. " T'arnaquer ? " demanda Nathan en se relevant. " T'arnaquer ?! J'essayais d'être doux et romantique. Je pensais que tu apprécierais l'effort ! "

 

" Eh bien, je suis désolée, mais je ne voulais pas que ma première fois avec toi soit une nuit de bal de promo ! C'était un scénario tellement prévisible que je n'y ai même pas pensé. Ensuite tu disparais deux semaines et maintenant tu veux qu'on se marie ?! "

 

" Carlos a dit… "

 

Kris se leva si brusquement qu'elle renversa la chaise. " Je me fous de ce que dit Carlos ! Ca ne le regarde pas! Ca ne regarde pas ma famille ! Ca ne regarde que nous, et le fait est que tu as été un parfait crétin… "

 

" Crétin ?! " beugla Nathan. " Tu sais combien m'a coûtée cette bague ? Cette chambre ? Ces bougies ? Tu sais combien de temps j'ai passé à tout préparer pour que notre première fois soit spéciale ? Non… Tu es trop plongée dans ton petit monde pour te préoccuper de mes sentiments ! "

 

" Simplement parce que tu es vicieux… "

 

" Simplement parce que tu es trop fleur bleue ne veut pas dire que je n'ai pas de besoins, " répliqua Nathan. " Combien de types auraient attendu aussi longtemps, d'après toi ?! "

 

Kris s'éloigna de lui avec l'envie de crier sa frustration. " Je ne sors pas avec d'autres types, Nathan. Je sors avec toi. " Elle releva la signification de ses mots. " Sortais avec toi. "

 

" Sortais ? Oh, c'est tout simplement magnifique, Kris ! Je viens te demander en mariage et tu veux rompre avec moi ? Sale ingrate ! Après tout ce que j'ai fait… "

 

" Fait ? Et qu'est-ce que tu as fait pour moi, Nathan ? Tu t'entends mieux avec Carlos qu'avec moi ! Pourquoi tu n'irais pas le demander en… " La gifle qui suivit lui fit perdre son souffle, et soudain, elle regardait le sol plutôt que Nathan. Une douleur à la mâchoire s'ensuivit. Elle était tellement choquée qu'elle ne pouvait même plus bouger.

 

" Bonnes continuations, Kris, " lui lança Nathan avant de laisser tomber l'anneau au sol.

 

Il rebondit dans son champ de vision, la regardant comme une sinistre créature. Puis la porte d'entrée claqua, l'écho qui traversa l'appartement ressemblant au dernier coup de canon d'une guerre.

 

***

 

Leigh débarqua dans l'appartement vers trois heures et quart. " Tu ne vas pas croire la journée que j'ai eue, " dit-elle en laissant tomber son sac près de la porte. Elle marcha en parlant, se dirigeant vers le canapé sur lequel se tenait Kris. " C'était l'enfer. J'ai eu cette énorme dispute avec un type qui n'arrêtait pas d'essayer de me pincer les fesses. Je veux dire, je sais que c'est mignon et tout, mais bon sang, il n'a jamais entendu la phrase 'ne pas toucher' ? "

 

Kris s'était assise à l'extrémité droite du canapé pour que Leigh ne remarque pas la marque sur sa joue. Bien que la cacher ne servait pas à grand-chose.

 

Leigh s'allongea à côté de Kris, plaçant ses jambes sur les genoux de Kris. " Masse mes pieds, tu veux ? " plaisanta-t-elle. Comme aucune réponse ne venait, elle releva la tête. " Je t'ai dit que je suis rentrée ? "

 

Kris se força à sourire. " Salut. "

 

A ce moment, Leigh fronça les sourcils et se rassit. " Que s'est-il passé ? " Elle étudia le visage de Kris un instant. " Pourquoi tu ne me regardes pas ? Je veux dire, ton profil est joli, mais j'aimerais avoir un contact visuel. "

 

Kris soupira et tourna la tête vers Leigh.

 

Leigh sursauta et se précipita pour inspecter la marque. " Oh mon Dieu ! Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? "

 

" Tu me crois si je te dis que je suis tombée dans les escaliers ? " essaya Kris, sans conviction.

 

Leigh leva les yeux au ciel en entendant la phrase de Kris. Puis elle comprit. " Nathan ? " demanda-t-elle. " Il t'a frappée ?! " Elle se leva, incapable de rester assise. Elle commença à faire les cent pas autour de la table basse. " Le rat ! Je vais le tuer. "

 

Kris secoua la tête. " Il part demain. Laisse tomber. C'est fini. "

 

Leigh la regarda et se rassit. " Tu ne peux pas le laisser partir comme ça ! " Elle s'arrêta et parut soudain très sérieuse. " Kris, est-ce qu'il t'a déjà frappée avant ? "

 

Kris secoua la tête. " Non, " dit-elle honnêtement. " On a eu une dispute aujourd'hui. Ca s'est mal fini. "

 

" Ca se voit, " répondit Leigh. Elle n'aimait pas du tout ça. " Il était venu s'excuser pour la nuit du bal de promo ? "

 

Kris haussa les épaules. " Il m'a demandée en mariage. "

 

La mâchoire de Leigh en tomba. " Répète-moi ça ? "

 

" Apparemment, il est allé voir Carlos et ils ont décidé qu'il était 'temps'. Quoi que cela signifie. "

 

Leigh essaya de donner un sens à la conversation. " Donc tu as dit non, et il t'a frappée ? "

 

" Non, je lui ai dit non, ensuite on s'est disputés. Quelques mots colorés ont été échangés. Je lui ai suggéré d'aller demander Carlos en mariage, et ensuite il m'a frappée. " Kris secoua la tête, espérant tout oublier. Il y a des jours où il vaut mieux ne pas se lever. " Mais peu importe. Oublie ça. "

 

" Que j'oublie ça ? " demanda Leigh incrédule. " Je ne peux pas l'oublier. Il reste une trace visuelle, qui tourne au violet pendant qu'on parle. Quelle enflure. Si je le revois un jour, je lui botterai le cul. "

 

Kris sourit. " Parce qu'il ne fait pas une tête de plus que toi, " plaisanta-t-elle. Elle attrapa la main de Leigh. " Je vais bien. "

 

Leigh se contenta de froncer les sourcils. " Je n'aime pas ça, Kris. Tu ne devrais pas le laisser partir comme ça. "

 

" Et qu'est-ce que je devrais faire ? " demanda Kris.

 

" Engager un tueur à gages, " suggéra Leigh. " Et je ne plaisante pas. " Elle toucha doucement la joue de Kris. " Ca te fait mal ? "

 

Kris secoua la tête. " Pas vraiment. Je pense que ça à l'air pire que ça ne l'est vraiment. "

 

" Laisse-moi t'apporter de la glace, " dit Leigh avant de se retirer dans la cuisine pour regrouper des glaçons dans une serviette en papier. Sur le chemin du retour, elle remarqua le petit tas d'enveloppes sur la table. Elle les emmena aussi. " Du courrier intéressant ou juste les pubs et les impôts habituels ? "

 

Kris haussa les épaules, acceptant la glace. " Je n'ai pas pris la peine de regarder, à vrai dire. " Elle pressa le paquet contre sa joue et frissonna au contact.

 

Leigh se mit à l'aise sur la table basse et commença à fouiller parmi les enveloppes dans sa main. " Carte de crédit. Carte de crédit. Cable. Oh, il y a quelque chose de différent. " Elle dégagea l'enveloppe et haussa un sourcil. " C'est pour toi. Pas d'adresse de retour. " Elle regarda curieusement Kris.

 

Kris posa la glace et attrapa la lettre. " C'est bizarre, " dit-elle.

 

Leigh la regarda silencieusement jusqu'au moment où elle ne put plus se retenir. " Ne me force pas à te l'ouvrir. Allez, le suspens est en train de me tuer. "

 

Kris lança à Leigh un regard dubitatif mais ouvrit la lettre. A l'intérieur, un morceau de papier plié autour d'un chèque. " Nous avions bien dit quinze ? " Kris lut sur le papier. " Un prix est un prix. Merci pour la peinture. " Puis elle regarda le chèque et ses yeux s'agrandirent.

 

Leigh s'empara des deux objets. Elle relut la lettre elle-même puis regarda le chèque. " Quinze mille dollars ?! " Elle poussa un cri perçant. " C'est forcément un faux. Tu penses qu'il est vrai ? Pas possible. "

 

Kris le récupéra et l'observa à nouveau. " Il a l'air vrai, " dit-elle. " Mais il n'y a pas de nom dessus. " Elle regarda Leigh. " Qu'est-ce qu'on en fait ? "

 

" On l'encaisse ? " suggéra Leigh. " C'est forcément un faux. "

 

Kris observa le papier dans ses mains et les cinq chiffres inscrit à sa surface. " Je ne peux pas faire ça. Ca doit être une erreur. Une faute de frappe. " N'est-ce pas ?

 

***

 

Julianne parvint enfin à vérifier ses e-mails à une heure et demie du matin. Les tournages prévus ces deux prochaines semaines seraient tuants. Mais on en aura fini. Encore deux semaines. Puis la liberté. Elle soupira. Jusqu'à ce que le cycle recommence.

 

Elle regarda les deux scripts sur sa table de nuit. Elle n'avait pris la peine de lire ni l'un ni l'autre, et devrait bientôt prendre sa décision. Mais pas tout de suite.

 

Revenant à l'écran, elle lut le message de Kris et réfléchit à une réponse. Puis elle tapa.

 

 

Chère Kris,

 

Mon rendez-vous prioritaire était une remise de prix quelconque. Rien d'important. Je n'ai finalement pas porté la robe que j'avais achetée pour l'occasion. Je ne suis pas très robe. Tu la veux ? :o)

 

Bref, il est presque deux heures du matin et je viens juste de rentrer du travail. C'est fou, non ? Enfin. On s'y habitue au bout d'un moment. Mes deux prochaines semaines vont être un véritable enfer, donc je ne suis pas sûre de pouvoir planifier de rendez-vous avec toi et tenir parole avant Juillet. Mais après ça, j'ai quelques vacances, alors on pourra peut-être prévoir quelque chose à ce moment là ? Quand commences-tu à travailler ?

 

Il s'est passé quelque chose de plutôt intéressant aujourd'hui. Cette fille avec qui je travaille m'a dit qu'elle est gay. Elle a même avoué qu'elle avait le béguin pour moi ! C'est fou, non ? Une grande première. Bon, elle a une petite amie maintenant. Quoique je n'aurais probablement rien imaginé avec elle, même si elle avait été célibataire. Je sais que tu m'as dit de sortir avec la première femme que je vois, mais je suis bien trop timide pour faire quelque chose comme ça.

 

Adrian se plaint que je ne laisse pas grand monde s'approcher de moi et c'est un problème. Il a peut-être raison. Mais parfois, c'est juste mieux comme ça, tu sais ? Garder les choses simples.

 

Mais ennuyantes. :o)

 

Je ne suis peut-être qu'une personne ennuyante. Je m'ennuie en ce moment, à vrai dire. Je devrais probablement dormir vu que je dois me lever à cinq heures. Mais à la place, je regarde la télé. Tu sais quelle est la meilleure chaîne ? La mosaïque. C'est la solution parfaite pour une personne qui ne sait pas prendre de décisions. Comme moi. A la place de choisir une chaîne, je ne regarde rien, et j'ai l'impression de tout regarder. J'ai vraiment envie d'appeler c'est femme Jamaïcaine. Elle pourra peut-être me prédire l'avenir ?

 

Et voilà, je raconte n'importe quoi.

 

Quand est ton anniversaire ? J'espère que je ne l'ai pas raté…

 

Je vais me coucher maintenant, et te tirer de ta misère. :o)

 

Ton amie,

Julia.

 

 

Julianne termina l'e-mail et bailla, mais n'éteignit pas son ordinateur, elle ne se déconnecta même pas. Elle devait prendre une décision et prévoyait de le faire avant d'aller se coucher.

 

Les mots de Karen résonnèrent en elle. Si j'étais malade, je me sentirais un million de fois mieux si je savais que mon idole est préoccupée par ma santé.

 

" Ok, Franqui, " se dit-elle. " Si tu étais une fan, qu'est-ce que tu voudrais ? " Son esprit ne trouva pas de réponse. Que ferait Kris ? Elle considéra ce point un moment. " Quelque chose de gentil… généreux… et inattendu… "

 

Elle observa la peinture du lever de soleil, près de l'autre œuvre sur le mur. On peut faire tellement de choses…

 

Julianne regarda l'écran de l'ordinateur un instant. Montre-lui qui tu es préoccupée pas sa santé. " Je n'arrive à penser qu'à une chose. " Elle hocha la tête, prenant sa décision.

 

Dix minutes plus tard, son plan était réalisé.

 

Satisfaite, elle éteignit son ordinateur. Maintenant va te reposer…

 

 

Chap. 33

 

Pour Julianne, le golf miniature était une activité ennuyante. Quel est l'intérêt de taper dans une balle et d'essayer de l'envoyer dans un trou, à part de pouvoir recommencer ? Sans intérêt. Stupide…

 

" J'adore ce jeu, " commenta Adrian, sa balle bleue roulant directement dans le trou. Avec un sourire satisfait, il se tourna vers Julianne. " Pas toi ? "

 

Elle émit un grognement en réponse et se plaça pour taper dans sa propre balle. Elle visa. Elle tira. Et rata. Je déteste ce jeu. Elle traversa l'espèce de tapis vert et essaya à nouveau.

 

" Une bonne chose que l'endroit soit désert, " se moqua Adrian. " Tu passerais aux infos de dix heures sinon, c'est sûr. 'Julianne Franqui, star de L'Ange Gardien, a été tabassée à mort avec un club de golf miniature en début d'après-midi, jeudi, après qu'un groupe de joueurs exaspérés ait perdu patience. Des sources nous informent que Miss Franqui faisait chaque trou en presque vingt-trois coups. L'ange est sûrement retourné au Paradis où, espérons-le, elle prendra quelques cours.' "

 

Julianne n'était pas amusée. " Tu as fini ? "

 

" Je pourrais continuer, " dit Adrian.

 

" Je n'arrive pas à croire que je passe ma pause déjeuner ici, " marmonna Julianne. Elle essaya encore. Et encore. Et encore.

 

" Ce serait peut-être plus simple si tu mettais simplement la balle dans le trou. " suggéra Adrian d'un air satisfait.

 

Julianne plissa les yeux en le regardant, espérant paraître menaçante. " Ne m'oblige pas à te battre, " le menaça-t-elle en soulevant le putter. " Parce que je le ferai. "

 

Adrian fit semblant de fermer une fermeture éclair sur sa bouche et regarda patiemment.

 

Elle eut besoin de quelques essais de plus (mais sûrement pas vingt-trois) avant de placer la balle rouge dans le trou.

 

Adrian applaudit, et la siffla. " Tu as du talent, " dit-il alors qu'ils se dirigeaient vers le trou suivant. " Alors, comment se passe le tournage ? "

 

Julianne réfléchit à la question pendant qu'Adrian faisait le trou en un coup. Elle leva les yeux au ciel. Et c'est reparti. Elle essaya de ne pas penser au coup et se concentra seulement sur ce qu'elle allait répondre à Adrian. " Gina nous donne des emplois du temps de fous pour que le film soit terminé à temps. Apparemment, certaines des scènes qu'on a déjà tournées n'étaient pas assez bien, et nous allons devoir les refaire. "

 

A sa surprise, la balle entra directement dans le trou. Elle le regarda avec surprise. " Huh. "

 

La bouche d'Adrian restait ouverte. Puis il se reprit. " La chance du débutant. "

 

" Tu es tellement bon pour mon amour propre " commenta Julianne en suivant son meilleur ami supposé jusqu'au trou suivant.

 

Adrian rit. " Comme si tu avais besoin de plus d'admiration. Même si c'est plutôt drôle de me vanter devant les autres. 'Tu savais que ma meilleure amie fait partie des célébrités les plus sexys de moins de vingt-cinq ans ?' Bien sûr, ils ne me croient pas… " Il haussa les épaules, et prépara son tir suivant. Il fronça profondément les sourcils lorsqu'il rata. " Qu'est-ce que… ? "

 

Julianne se moqua de lui. " Ca t'apprendra à être aussi vantard. " Elle secoua la tête. " Bref, je suis heureuse que le film se termine bientôt. J'aurai à peu près un mois de liberté avant la reprise du tournage de L'Ange Gardien. "

 

" Oh, je parie que tu as hâte de reprendre. " demanda Adrian, tirant à nouveau.

 

Elle pouffa de rire lorsqu'il rata pour la seconde fois. " Tu as besoin d'aide ? " demanda-t-elle innocemment.

 

Adrian lui jeta LE regard.

 

Alors Julianne décida de changer de sujet avant qu'Adrian ne s'énerve. " Sinon, comment se passe ce film de tomate ? "

 

Adrian leva les yeux au ciel et s'appuya sur son club comme sur une canne. " Ce n'est pas une tomate, Julianne, " expliqua-t-il calmement. " C'était à propos d'une pomme. C'est un documentaire social à propos du parallélisme entre l'existence humaine et la vie d'un fruit. "

 

" D'accooooooord, " répondit Julianne, hochant la tête comme si tout cela avait un sens. Ce qui, bien sûr, n'en avait aucun. " Je vais regretter cette question, mais quel est ton point de vue sur ce sujet ? "

 

Adrian s'illumina, comme il le faisait à chaque fois qu'on lui demandait de parler de son travail. " Imagine un pommier, " commença-t-il. " Plein de pommes. Plein d'âmes. Elles tombent… dans la vie. Comme si elles naissaient. Elles sont accueillies dans le monde par des mains étrangères. Et elles sont mises dans un panier avec d'autres étrangers. Une famille, si tu veux. "

 

Julianne se gratta la tête.

 

" Alors, dans le film, nous suivons la vie de cette pomme en particulier, " expliqua-t-il. " Et en même temps, nous suivons la vie d'un bébé… et leurs vies suivent le même chemin, mais ne se rencontrent jamais. Les graines de la pomme feront pousser de nouveaux pommiers. Le bébé grandit, devient un homme, et a des enfants. Ce genre de choses. "

 

" Tu était dans les vappes quand tu a trouvé ça, pas vrai ? " supposa Julianne.

 

Adrian fronça les sourcils et secoua la tête, prêt à tester sa chance pour le prochain tir. " Ne rabaisse pas ma créativité, Julianne, " dit-il. " Je suis scénariste. Un artiste. Tu as l'air de bien les aimer, dernièrement. " Il lui fit un clin d'œil et tira.

 

Il marqua.

 

Julianne soupira, plaçant sa balle sur le support.

 

Adrian l'étudia un moment, attendant un commentaire, un signe lui indiquant qu'elle l'avait entendu. Comme aucune réponse ne venait, il parla de nouveau. " Comment ça se passe ? "

 

Julianne se concentra sur le trou. " Comment se passe quoi ? "

 

" Ton amour unilatéral, " précisa Adrian.

 

Elle le regarda rapidement puis tira. Naturellement, elle rata. Soupirant, elle marcha jusqu'à l'endroit où la balle avait atterri. " Ca n'a rien à voir avec de l'amour, " dit-elle. " Et ça se passe bien, je pense. Je n'ai pas de nouvelles d'elle depuis Vendredi. "

 

" Et comment réagis-tu ? " la taquina-t-il.

 

Julianne se contenta de secouer la tête et tenta un deuxième tir imparfait. Bon sang. " Je me sens bien, Adrian, " l'informa-t-elle simplement, concentrée sur sa balle. " Nous ne sommes qu'amies. " Heureusement, son essai suivant atteint sa cible.

 

Ils se dirigèrent vers le trou suivant.

 

Adrian commença. " Juste des amies, " répéta-t-il. " D'accord. Parce que tu donnes quinze mille dollars à tous tes amis. "

 

Julianne le regarda brusquement. " C'était pour la peinture. "

 

" La peinture de quinze dollars, " insista Adrian. " D'où vient le mille, seul ton petit esprit détraqué le sait. "

 

" Elle mérite plus pour son travail, " répliqua Julianne. " Elle passe beaucoup de temps et d'énergie et met tout son cœur et ses émotions là-dedans. Ca vaut bien plus que quinze dollars. "

 

Adrian réfléchit à cela. " Tu es bizarre, " dit-il enfin. " Mais c'est ton argent. Et tu peux te le permettre. " Il haussa les épaules, réussit son tir et libéra la place.

 

" Je ne comprends pas pourquoi tu en fais tout un plat, " dit Julianne.

 

" Parce que c'est important, " répondit Adrian. " Tu ne t'en rends pas compte simplement parce que tu es butée. "

 

" Je ne le suis absolument pas ! " répliqua Julianne.

 

" Tu vois ? " Adrian sourit. " Je ne vois pas pourquoi tu te froisses autant quand je parle de Kris. "

 

Julianne ouvrit la bouche pour répondre. Fronça les sourcils. Puis essaya de concentrer son énergie sur le jeu. " Je ne me froisse pas, " marmonna-t-elle. Elle tira. Elle envoya la balle dans la mare. Elle toucha la surface de l'eau et disparut hors de vue. " Bon Dieu. "

 

Adrian secoua la tête. " C'était de la frustration sexuelle refoulée. "

 

" Ugh ! " Julianne lança son club au sol et sauta dessus. " Je déteste ce jeu stupide ! "

 

" Pourquoi je ne porte pas une caméra sur moi quand je suis avec toi ? " demanda Adrian, secouant la tête devant la scène. " Je gagnerais des millions simplement en te filmant dans des positions compromettantes. Et là, si seulement tu faisais cela nue… "

 

Julianne attrapa le club et le jeta sur Adrian. Elle rata. A son tour, le club atterri dans la mare.

 

Adrian regarda l'objet atterrir dans l'eau avec un doux bruit d'éclaboussure puis se tourna vers Julianne. " Tu te sens mieux ? "

 

Julianne soupira et s'assit sur le sol.

 

" C'est ta période du mois ? " essaya Adrian en s'asseyant près de son amie. Il s'assura de garder son club hors de portée. " Tu veux prendre un chocolat ? "

 

Julianne rit contre son gré. " Je te déteste. A un point. " Elle s'accouda et prit une profonde respiration. " Hé, tu sais que Karen est lesbienne ? "

 

Adrian hocha la tête. " Ouais, elle et sa petite amie, Rachel, viennent de s'installer ensemble. "

 

Julianne le regarda. " Comment se fait-il que tu sois au courant ? "

 

" Je crois que ça s'appelle avoir une conversation, " répondit Adrian. " Ca marche bien. Tu devrais essayer de temps en temps. "

 

" Pourquoi tu en me l'as pas dit ? "

 

" Tu n'as pas demandé. "

 

Julianne grogna. " Sympa. " Elle observa la mare et hocha la tête en sa direction. " Tu penses qu'ils seront énervés ? "

 

Adrian gloussa. " Tu rigoles ? Ils plongeront tête la première pour les retrouver et les vendre sur eBay pour un million de dollars. Ils devraient coûter deux millions, mais l'eau a effacé les empreintes digitales, et il ne reste plus de preuves que tu les as touchés. "

 

" Les fans sont bizarres, " commenta Julianne.

 

" Tu n'as jamais été fan de quelque chose ? " demanda Adrian. " Une série TV, un acteur, un chanteur ? "

 

Julianne réfléchit quelques minutes. " J'aimais bien les Thundercats. Et He-Man. " Elle baissa les yeux sur quelque chose au sol. " J'aimerais pouvoir lui parler d'avantage. "

 

" Alors appelle-la, " suggéra Adrian. " Tu as son numéro. "

 

Julianne releva rapidement la tête pour le regarder. " Je ne peux pas faire ça… " Je peux ? " Elle reconnaîtrait ma voix. "

 

" Ce sera la voix de Julianne Franqui ou celle de la Mystérieuse Femme de la Peinture ? "

 

" L'une des deux. " Julianne haussa les épaules. " De toute façon, je n'aurais pas le courage de faire ça. " Elle regarda sa montre. " Je dois retourner au plateau. "

 

Adrian hocha la tête et se leva, offrant une main à Julianne pour la relever. " Alors on s'en va. "

 

Julianne suivit Adrian, repensant à sa suggestion. Je ne peux pas vraiment l'appeler…

 

***

 

La sonnerie du téléphone arracha Kris de son dernier tableau. Elle regarda l'image une seconde avant de tendre la main de l'autre côté du canapé pour retrouver l'objet. " Allo ? "

 

" ¿Que es esto? " cria Carlos.

 

Kris se recroquevilla et éloigna le combiné de son oreille pendant que le hurlement continuait. Carlos continua ainsi quelques minutes à propos de quelque chose. Il parlait tellement vite que Kris avait un mal de chien à suivre. Mais elle commençait à comprendre l'essentiel. Sois maudit, Nathan. Elle soupira.

 

" Explicame, Kristina. Porque yo estaba bajo la impresion de que tu querías un futuro con el. "

 

Um. Comment expliquer cela. La vérité, Kris. Dis-lui la vérité. " No lo amo, Papi, "admit-elle. Je ne l'ai jamais vraiment aimé…

 

Le ton de Carlos s'adoucit, comme elle s'y attendait. Chaque fois qu'elle l'appelait " Papa " il devenait doux comme un agneau. " ¿Y por que no lo dijiste antes? "

 

Kris réfléchit à la question. Pourquoi n'avait-elle rien dit avant ? La peur d'être seule ? Peur de décevoir ses parents ? " No estoy segura," lui dit-elle.

 

Carlos soupira. " Pasa por el apartamento después. Hablaremos de esto. "

 

" Ok, " acquiesça Kris, bien qu'elle ne soit guère enjouée à l'idée de continuer cette conversation face à face. " Je passerai demain. "

 

" Bien. Cuídate. Hasta entonces. "

 

" Adios. " Kris regarda l'appareil avant de le jeter plus loin. Bon sang. Je ne veux plus parler de ça.

 

Elle se rassit sur le divan, son regard glissant sur le tableau posé sur le pupitre devant elle. Elle avait décidé que Julia méritait un meilleur cadeau qu'un stupide petit dessin. Alors elle avait décidé de le peindre. Jusqu'ici, tout allait bien. Elle n'était pas vraiment sûre de savoir pourquoi elle faisait ça, mais… bref. Elle n'allait pas s'arrêter là-dessus maintenant.

 

Kris repoussa quelques mèches de cheveux blonds, et relâcha une grande bouffée d'air. Elle aperçut le mystérieux chèque sur la table basse et fronça les sourcils. Elle se pencha en avant, se mordant la lèvre, et attrapa l'objet en essayant de trouver un sens à sa présence.

 

Il n'y avait aucun nom dessus, à part le sien. Un numéro de compte écrit à l'encre noire. Une signature griffonnée. Et 15,000$ clairement imprimé à droite.

 

Je ne comprends pas.

 

La jeune femme à qui Kris avait donné sa peinture revint soudain en mémoire à Kris. Il devait venir d'elle mais…

 

" Quinze mille ? " Kris secoua la tête. " Elle n'avait même pas quinze dollars sur elle. "

 

Leigh n'arrêtait pas de lui dire de l'encaisser ou de le déposer ou d'en faire quelque chose d'autre que de le regarder avec admiration et confusion.

 

Une seconde opinion était nécessaire.

 

Hochant la tête, Kris se leva et se dirigea vers la table de la cuisine où reposait l'ordinateur portable. Elle lut le dernier message de Julia et clique sur 'répondre'.

 

Chère Julia,

 

Une remise de prix?? Pourquoi ne m'as-tu rien dit? Félicitations ! Qu'as-tu gagné ? Qu'est-ce que tu fais exactement ? Tu parles de collègues et de prix et d'horaires impossibles… Mais je suis plutôt dans le flou au niveau des détails. Eclaire-moi, s'il te plaît :)

 

Alors, j'ai une sorte de… hum… problème, je suppose. Bon, ça n'en est pas vraiment un à vrai dire. Plutôt une sorte de… chose. Ok, regarde. J'ai reçu ce chèque vraiment bizarre de 15,000$, de quelqu'un à qui j'ai donné une peinture. Je veux dire, je pense qu'il vient de cette personne. Je ne sais pas quoi en faire. Je veux dire, s'il est vrai, il y a tout simplement beaucoup trop. Je ne pourrais pas le garder. Je ne sais pas…

 

Qu'est-ce que tu ferais ??

 

Quoi qu'il en soit. Parlons de Nathan. Il s'est finalement montré. M'a demandé en mariage. On s'est disputés quand je lui ai dit non. Et

 

Kris s'arrêta, ne sachant pas quoi rajouter. Je ne devrais pas en faire tout un plat. Elle effaça le " et ".

 

Mais il est sorti de ma vie, maintenant. Malheureusement, je dois toujours faire face à mes parents à propos de l'histoire complète. Ca ne va pas être drôle. J'aimerais simplement pouvoir tout oublier. Nathan m'a laissé l'alliance… Je ne sais pas ce que je vais en faire.

 

Je ne suis pas sûre de ce que je ressens à propos de toute cette histoire. Même si je suis soulagée, je suis aussi un peu… déprimée ? J'ai essayé de me plonger dans mes œuvres, mais le monde réel n'arrête pas de me revenir en mémoire. J'imagine que ça passera avec le temps… n'est-ce pas ? Mm. J'espère.

 

Bref, je comprends ce que tu veux dire à propos de la mosaïque des chaînes de télé. C'est presque hypnotisant. L'écran bougeant sans cesse… Les informations de la journée… Les marabouts de fin de soirée. Qui a besoin de 300 chaînes ? :)

 

C'est dommage que cette fille avec qui tu travailles ait une petite amie, ou je t'aurais dit de te jeter à l'eau. Elle est mignonne ? Allez, Julia, il doit bien y avoir quelqu'un qui t'attire. Retourne à ce restaurant et parle avec cette fille avec la coiffure punk. Tu avais l'air de bien l'aimer, celle la. ;)

 

Je plaisante, bien sûr. On surestime les relations. Je pense que je resterai célibataire à tout jamais. Qu'en penses-tu ? Hé, on pourrait être célibataire ensemble !

 

Bon, je vais finir ce tableau avec que Leigh ne rentre. Elle va commencer à zapper et je n'arriverai plus à rien.

 

Ton amie,

Kris

 

***

 

Julianne se surprit à regarder le téléphone. Son regard errait de l'objet noir à la carte professionnelle dans sa main, puis faisait le chemin inverse. Elle avait déjà mémorisé le numéro de téléphone sans l'avoir jamais tapé.

 

Je ne peux pas l'appeler.

 

Elle ne cessait de se répéter ces mots, mais la tentation de faire le contraire maintenait sa main sur le portable, ses doigts se refermant dessus comme s'ils avaient peur de le lâcher.

 

Soupirant, elle regarda l'heure sur le micro-ondes. Par pure chance, Gina avait été demandée ailleurs pour une chose ou une autre. Histoires de directrices. Affaires personnelles. Qui sait ? La seule chose qui importait pour Julianne était le fait qu'elle était chez elle à six heures du soir avec rien d'autre à faire que de regarder le téléphone dans sa main.

 

J'ai besoin de me créer une vie. Désespérément.

 

Le téléphone choisit ce moment pour sonner. Surprise, elle le laissa tomber. Il s'écrasa sur le sol et y resta.

 

Puis sonna de nouveau.

 

Elle le regarda une seconde de plus avant de décrocher. " Franqui, " dit-elle en sortant de la cuisine pour rejoindre le salon, la carte de Kris toujours dans sa main.

 

" Julianne, salut. "

 

Elle leva les yeux au ciel au son de la voix de son agent. " Eric, " l'accueillit-elle.

 

" Je ne m'attendais pas à ce que tu décroches, " dit-il. " As-tu lu les scénarios que je t'ai donnés ? "

 

Elle respira et compta jusqu'à dix. Patiemment, elle répondit, " Non. "

 

Eric soupira lourdement à l'autre bout de la ligne. " Ils veulent une réponse pour le 1° Juin, Julianne. Tu es leur premier choix, mais si tu ne me donnes pas de réponse rapidement, ils ont beaucoup d'autres options. "

 

Julianne se mordilla la lèvre. " Quel rôle ? " demanda-t-elle.

 

Il hésita. " Summer's Dance,' répondit-il. " Tori Doyle. "

 

Elle commençait à perdre patience. " Je t'ai dit que je ne jouerai pas une lesbienne. " Combien de fois devait-elle se répéter avant que les gens l'écoutent ?

 

" Tu veux dire que tu vas jouer le rôle du robot ? " demanda-t-il avec un peu d'espoir. Ca n'était pas son premier choix, mais c'était un choix.

 

Elle eut envie de jeter le téléphone contre le mur. Elle ne voulait pas jouer un robot. Elle ne voulait pas jouer une lesbienne. Et le sujet entier lui tapait sur les nerfs. " Eric, " commença-t-elle, aussi calmement qu'elle put, " Je ne veux jouer aucun de ces deux rôles. Trouve-moi quelque chose de mieux, et on en reparlera. "

 

" Tu as jusqu'au 1° Juin pour changer d'avis, " l'informa Eric. " Prend soin de toi, Julianne. "

 

Enervée, Julianne raccrocha sans ajouter un mot. J'ai besoin d'un nouvel agent, décida-t-elle en se dirigeant vers les escaliers pour sa chambre. Une femme. Une femme sexy, de préférence. Avec… Elle s'arrêta dans ses pensée et laissa tomber le téléphone sur le lit. Je ne suis pas sexuellement frustrée.

 

Les deux scénarios sur sa table de nuit attirèrent son attention et elle les regarda. Rampant sur le lit, elle s'empara de celui qui intéressait le plus Eric. Une fois de plus, elle regarda la couverture. Ca ne me fera pas de mal de le lire, décida-t-elle. Elle s'assit contre les oreillers, ouvrit la première page et commença à lire.

 

 

Chap. 34

 

Leigh leva les yeux de la section des petites annonces du journal pour voir Kris entrer dans l'appartement. " Comment ça s'est passé ? " demanda-t-elle, espérant trouver une sorte d'indice sur le visage de Kris. Cependant, le visage de sa meilleure amie ne lui révéla rien.

 

Kris s'assit sur l'une des chaises de la cuisine, fatiguée émotionnellement par la bataille sans fin avec ses parents. Le fait qu'elle soit encore en vie et respire toujours relevait du miracle, si l'on considérait le nombre de fois qu'elle avait prié Dieu de la tuer sur place au cours de l'épreuve, et de la tirer de sa misère. Mais elle avait survécu. Elle dit à Leigh, " La perte de leur petit ami leur a brisé le cœur. " Elle posa une enveloppe sur la table. " Les photos du bal de promo sont arrivées. "

 

Leigh se pencha et les attrapa avec un mouvement fluide de la main. Elle était rassurée de voir que Kris semblait bien encaisser, malgré un comportement un peu inhabituel. En regardant les photos, elle sourit. " Tu es magnifique là-dessus. " Elle releva rapidement les yeux. " Tu l'es toujours, d'ailleurs. "

 

" D'accord. "

 

" Hé, je le pense, " lui assura Leigh. " Si j'étais un homme, je te sauterais dessus. "

 

" Merci, Leigh, " commenta Kris, sans conviction. Elle regarda le journal sur la table et un sourcil se dressa de curiosité. " Depuis quand t'intéresses-tu à l'actualité ? "

 

Leigh baissa les yeux et haussa les épaules. " J'ai besoin d'un autre boulot, " admit-elle. " Le salaire de Starbucks ne suffira pas ce mois-ci. " Elle finit de regarder les photos et les reposa.

 

Kris fronça légèrement les sourcils. " Mais tu n'auras plus le temps d'auditionner, " répondit-elle.

 

" C'est mieux que de vivre dans la rue, " répondit Leigh doucement. Elle cligna de l'œil. " Je trouverai le temps d'auditionner. J'y arrive toujours. "

 

Kris n'était pas convaincue. Leigh n'était pas allée à une seule audition depuis un mois, mais elle n'était pas prête à se disputer avec son amie. Elle savait que Leigh n'était pas heureuse d'avoir deux boulots en même temps. Qui le serait ? " Alors, qu'est-ce qu'on commande ce soir ? " demanda-t-elle, souhaitant changer de sujet.

 

" Chinois, " répondit Leigh. " Le menu est juste ici. " Elle attrapa un papier en dessous du journal. " Il paraît qu'ils font le meilleur porc frit au riz de tout l'état. "

 

" Vraiment, " dit Kris. " Bien sûr, je suis végétarienne, alors… "

 

Leigh leva les yeux au ciel et reposa le menu. " Alors, que t'ont dit tes parents exactement ? Ils t'en veulent ? "

 

Kris s'adossa au dossier en réfléchissant. Elle se remémora son après-midi. Il y avait eu des cris. Sa mère avait pleuré. Sa mère avait prié. Ensuite, ils s'étaient tous suffisamment calmés pour avoir une conversation civilisée. " Ils étaient plus déçus qu'en colère, je pense, " expliqua-t-elle enfin. " Et je pense qu'ils sont encore plus inquiets que déçus. Tout ce temps, ils étaient certains qu'on s'occuperait de moi. Et nous revoilà à la case départ. D'après eux, en tout cas. Le plus gros de la discussion concernait ce que je voulais faire de ma vie, maintenant que Nathan ne me couve plus. "

 

Leigh fit une grimace. " Ils ont entendu parler du Mouvement Féministe ? " demanda-t-elle, et Kris sourit. " Et comment cela a fini ? "

 

" Maman va beaucoup prier, " répondit Kris. " Et Carlos espère que j'ai laissé tomber Nathan pour quelqu'un d'autre. Un docteur peut-être. "

 

Cela fit rire Leigh. " Tu aurais dû leur parler de ton amie lesbienne. Ils auraient été terrifiés. "

 

Kris pouffa de rire et se leva pour chercher une canette de soda dans le réfrigérateur. Ce qui me rappelle que je n'ai pas encore vérifié mes mails. " A quelle heure est la remise de prix ? "

 

" L'introduction débute à sept heures, " répondit Leigh. " La remise des prix est à huit heures. J'ai acheté une cassette vierge pour l'enregistrer. "

 

Kris secoua la tête et prit une gorgée de Sprite. Dernièrement, elle aimait ces boissons et n'était pas sûre d'en connaître la raison. En temps normal, elle n'aimait pas vraiment les sodas. " Tu es tellement bizarre. Je ne vois pas où est l'intérêt. "

 

" Ca rassasie mes envies, " répondit Leigh. " Au lieu de les laisser me consumer, je cohabite avec elles. Ainsi, je ne déteste pas toutes les célébrités. " Elle sourit. " Et puis, j'ai déjà un certain âge dans le monde d'Hollywood. J'ai besoin de garder mon esprit loin de cette réalité. "

 

" En regardant toutes ces célébrités remuer leur charme sous ton nez ? "

 

Avec un soupir dramatique, Leigh répondit, " Je me sens un peu plus près des stars. "

 

" Monstre, " marmonna Kris en se levant. " Je serai dans ma chambre, " annonça-t-elle. " Appelle-moi quand débutera notre rendez-vous. "

 

" Oui, mon amour. " Leigh lui souffla un baiser.

 

Kris se contenta de rire en entrant dans sa chambre. Une fois sur le lit, elle posa la canette sur sa table de nuit et s'empara de son ordinateur. Elle se connecta et se mit à l'aise pendant que sa boîte de réception se chargeait.

 

Un sourire s'installa sur les lèvres lorsqu'elle découvrit que Julia lui avait répondu. Elle ignorait l'étrange sensation de son cœur à chaque email de Julia. C'était probablement un signe d'un futur problème cardiaque. Pas de quoi s'inquiéter.

 

Chère Kris,

 

J'ai gagné cette récompense pour un projet que j'ai réalisé il y a environ un an. A propos d'une petite scène dans laquelle j'ai tourné. Ce n'était pas très important, comme je l'ai dit. Hum, ce que je fais ? Eh bien, je travaille dans un film. Et il y a des heures de tournage folles, tu sais.

 

Mais assez parlé de moi…

 

L'un des sourcils de Kris se leva. Assez parlé de toi ? On ne parle jamais assez de toi ! C'est le problème. Elle continua sa lecture en secouant la tête.

 

A propos de ce mystérieux chèque que tu as reçu. Je pense que tu devrais tout simplement l'encaisser. Apparemment, elle te l'a donné en pensant que tu le méritais, pour une quelconque raison. Alors ne te sens pas coupable de prendre l'argent. Je suis certaine que l'argent ne lui manquera pas.

 

Kris fronça légèrement les sourcils. Elle ? J'ai précisé qui me l'a donné ? Elle haussa les épaules. J'ai dû le faire.

 

J'espère que la rencontre avec tes parents s'est bien passée. Ne les laisse pas t'atteindre. Je sais que c'est dur, ce sont tes parents après tout. Mais parfois, tu dois faire ce qui te parait bien. Les parents veulent toujours ce qu'il y a de mieux pour leurs enfants. Enfin, la plupart des parents en tout cas. Mais ils ne voient pas toujours la situation entière.

 

Je suis heureuse que tu apprécies ta liberté. Je suis sûre qu'elle te mènera dans les bras de quelqu'un qui te mérite vraiment.

 

Hum, je sais que ça risque de te paraître direct. Et n'hésite pas à refuser. Mais je me demandais… Est-ce que je pourrais t'appeler un jour ?

 

Ton amie,

Julia.

 

Kris se surprit à regarder l'écran quelques minutes, choquée. M'appeler ? Elle veut m'appeler ? De nouveau ces battements de cœur. Elle devrait consulter un cardiologue et s'assurer que ça ne s'aggrave pas. Une attaque cardiaque à vingt ans n'était pas la meilleure manière de partir.

 

Elle tapa sur le clavier distraitement, sans écrire vraiment quoi que ce soit, bien que, de temps à autre, une lettre apparaisse à l'écran. Que dire ? J'ai envie de lui parler au téléphone ? Est-ce que ça ne sera pas trop bizarre ? Et de quoi parlerions-nous ?

 

Le curseur clignotait impatiemment en attendant ses ordres.

 

Chère Julia,

 

Félicitations pour ta récompense! Je suis sûre que tes parents sont très fiers de toi. De quoi parle le film ? Quelque chose que je reconnaisse ? Hé, un de ces jours tu seras célèbre et je pourrai dire, " Oh, je l'ai connue bien avant, quand… " :) C'est ce que je dis à Leigh quand elle pleurniche pendant les Academy Awards.

 

En parlant de ça, les MTV Awards sont ce soir. Leigh et moi avons commandé de la nourriture Chinoise, et nous allons nous installer devant la télé pour une nuit d'observation de célébrités. Personnellement, je m'en fiche, mais c'est important pour Leigh et… eh bien, qui suis-je pour refuser de la nourriture Chinoise ? Et puis c'est plutôt drôle de voir toutes ces célébrités en même temps. Tu peux te moquer de tout le monde en même temps et plonger dans le monde de la jalousie. Marrant. :)

 

Alors tu penses que je devrais encaisser le chèque, vraiment ? C'est tellement d'argent. Je me sentirais mal de le garder. Je peux peut-être lui trouver une utilité. Hum…

 

Je suis allée voir mes parents aujourd'hui. Je pense qu'ils se soucient principalement de ma stabilité financière dans le futur. L'art ne rapporte pas vraiment, à vrai dire. Je comprends ce qu'ils veulent dire. Mais c'est frustrant.

 

N'hésite pas à m'appeler chaque fois que tu le voudras. :)

 

Ton amie,

Kris

 

Kris observa la réponse un long moment avant de l'envoyer. Elle va vraiment m'appeler ? Elle reposa l'ordinateur et soupira. Je me demande quelle voix elle a...

 

***

 

" Ouh, qu'est-ce qu'elle porte ?! " cria Leigh, horrifiée, en lançant une poignée de popcorn vers l'écran de télé. La nourriture Chinoise avait disparu depuis longtemps, mais le popcorn semblait immortel. En tout cas, il l'était quand on en refaisait toutes les vingt minutes. Une bonne partie était étalée sur le sol, devant le poste de télévision. Leigh avait l'habitude d'exprimer ses sentiments en jetant des choses.

 

Je ne nettoie pas ça, décida Kris, son regard dérivant de l'écran de télévision vers la pile de popcorn étalée sur le sol. Elle n'était pas maniaque. Mais… quand même. Mon Dieu, les cafards vont se régaler. Je vais la tuer. Elle s'enfonça dans le canapé et croisa les bras.

 

Leigh mâchait une poignée de popcorn en regardant les images à l'écran avec un intérêt constant. " Il est sexy, " commenta-t-elle en le pointant du doigt.

 

Kris se contenta de bailler. Elle espérait que l'émission se terminerait bientôt. Elle avait l'impression que la cérémonie se rallongeait chaque année. Je suis peut-être trop vieille pour ces idioties. Elle regarda rapidement sa meilleure amie, penchée en avant pour ne pas rater un mot. " Tu veux un soda ? " demanda-t-elle.

 

Leigh lui tendit son verre vide, les yeux toujours fixés sur l'écran. " Maudites pubs. " Un peu plus de popcorn s'envola.

 

Kris se réfugia dans la cuisine pour remplir les verres et fut surprise lorsque Leigh vint la rejoindre quelques instants plus tard. " Popcorn ? " devina-t-elle.

 

" Ouaip, " répondit Leigh en se dirigeant vers le micro-ondes. " Il n'en reste presque plus. " Elle gardait son regard rivé sur l'écran. " Je crois que le Meilleur Baiser est la récompense suivante. C'est la meilleure partie de ces cérémonies. "

 

Bien, l'émission est bientôt terminée. " Tu as une obsession effrayante. " Kris reposa la bouteille de soda et regarda sa meilleure amie. " Pourquoi t'intéresses-tu à qui embrasse qui ? "

 

Leigh sourit. " Je suis une romantique, ça me colle à la peau, " répondit-elle en haussant les épaules. " Je prends des notes chaque année. C'est tout un art. Les têtes doivent être bien alignées. Et puis il y a l'action de la langue. Si je veux bien savoir embrasser, je dois apprendre des meilleurs. "

 

Kris se demanda si Leigh pensait vraiment la moitié des idioties qu'elle venait de dire ou si le seul but de cette phrase était de lui soutirer une réponse. Note pour plus tard : ne jamais sortir avec un acteur. Ils sont fous. Elle repartit dans le salon. " Ton truc a repris. "

 

Leigh fut à ses côtés en un instant, un nouveau bol de popcorn niché sur ses genoux. " Nous y voilà, " dit-elle, excitée.

 

Pendant que les présentateurs faisaient semblant de flirter, Kris regarda soucieusement le téléphone. Toute la nuit, elle s'était presque attendue à l'entendre sonner. Elle devenait de plus en plus nerveuse à l'idée de parler à Julia. De quoi parlerait-on ? Nous ne nous connaissons pas… Son attention se tourna de nouveau vers la télévision lorsqu'elle entendit le nom Julianne Franqui.

 

Une vidéo de Julianne embrassant un homme occupa l'écran un instant.

 

" J'espère qu'ils vont gagner, " commenta Leigh.

 

Kris leva les yeux de la télé lorsque la vidéo prit fin. " Pourquoi ? "

 

" Parce qu'il est sexy ! " Leigh se tourna de nouveau vers l'écran, prête à lancer du popcorn en cas de défaite de Rye Philips.

 

" Et les gagnants sont… Rye Philips et Julianne Franqui ! "

 

La caméra changea pour filmer Julianne dans le public qui semblait surprise et heureuse. Elle se pencha pour embrasser l'homme à ses côtés.

 

" Qui est ce monstre qu'elle embrasse ?! " cria Leigh en lançant une poignée de popcorn. " Jésus Christ il est laid ! " Elle cligna excessivement des yeux. " Mon Dieu, je crois que je suis devenue aveugle ! "

 

Kris pencha la tête sur le côté. C'est le meilleur homme qu'elle ait jamais connu ? Je ne voudrais pas rencontrer le pire. Elle grimaça légèrement. " Julia m'a dit qu'elle lui ressemblait, " se surprit-elle à commenter sans raison particulière. Elle aimait simplement dire son nom. Julia. C'était joli.

 

" Bien sûr. Elle aimerait, " répondit Leigh en reniflant. " Des femmes comme elle n'existent pas dans la vie réelle. Je veux dire, regarde la, " elle pointa l'écran du doigt, où Julianne acceptait la récompense. " Qui peut rendre un jean et un débardeur sexy ? C'est pas juste ! " Il y eut une pluie de popcorn devant la télévision.

 

Kris observa l'image de Julianne Franqui à l'écran. Elle peut probablement trouver mieux que ce monstre. Ca doit en dire long sur sa personnalité. " C'est parti, " dit-elle lorsqu'elle comprit que le discours de la star allait commencer. " C'est là qu'elle se vante et dit à quelle point elle est géniale. " Elle se surprit à se pencher en anticipation. Anticipation ? Consciente de son geste, elle se radossa.

 

A l'écran, Julianne observa la récompense un moment. Puis un sourire fendit son visage qui fit lever les yeux de Kris au ciel. Eh bien, elle a presque l'air humaine.

 

" Eh bien, il n'y a pas grand-chose à dire après avoir gagné une récompense pareille, " plaisanta-t-elle, " si ce n'est merci. C'est toujours un honneur d'être reconnue comme quelqu'un qui embrasse bien. "

 

Kris leva les yeux au ciel. " Tu vois ? "

 

Leigh la regarda rapidement. " Je crois que c'est ce qu'on appelle une blague. "

 

Kris tira la langue puis réalisa que Julianne parlait toujours.

 

" … recevoir une récompense pour avoir embrassé quelqu'un à l'écran était idiot. Je me suis moquée de cette nomination quand je l'ai reçue. Et puis j'ai commencé à réfléchir à ce que je ressens chaque fois que je suis prise dans la romance de quelqu'un d'autre à l'écran, et au fait que j'ai hâte de voir ce moment où ils exprimeront enfin leur amour. Je veux dire, c'est ce que nous recherchons tous, n'est-ce pas ? L'amour ? "

 

Un sourcil clair se leva lentement.

 

" Je crois qu'en tant qu'acteurs, la seule chose que nous pouvons vraiment espérer est que nos performances touchent le public d'une manière ou d'une autre, et le fasse croire en la magie de cette possibilité, et à la promesse de l'amour. J'aimerais prétendre que cette récompense signifie que j'ai réussi quelque chose de la sorte. Si ce n'est pas le cas, bon nombre de femmes ont pensé que Rye Philips était vraiment mignon. " Elle rit. " Mais quelle que soit la raison de votre vote, je vous remercie. "

 

Leigh siffla en applaudissant. " Oh ouais, une vraie salope " (NDLA : Désolée…)

 

Kris s'apprêtait à répondre…

 

…mais le téléphone sonna.

 

***

 

Julianne faisait les cent pas nerveusement en attendant que quelqu'un décroche. Dis-moi que tu n'es pas là. Dis-moi que tu n'es pas là. Pourquoi je fais ça ?

 

" Bonjour ? "

 

La bouche de Julianne s'assécha. Que vais-je lui dire ?? Bon sang, je suis nulle sans script. " Euh, salut, " dit-elle en souhaitant se gifler. Ce n'est pas trop tard. Raccroche le téléphone et fuis. " E-Est-ce que Kris est là ? " continua-t-elle. Je bégaye. Excellent. Bonne première impression, abrutie.

 

" C'est elle. " Une courte pause. " Julia ? "

 

Julianne s'apprêtait à répondre mais une voix dans le fond l'interrompit.

 

" Oh mon Dieu ! C'est la lesbienne ? "

 

Deux sourcils sombres devinrent un seul. Elle n'avait jamais été appelée " la lesbienne " avant. Il y eut un bruit soudain, suivi d'un bruit de chute. Un cri étouffé. Qu'est-ce que… ?

 

" Salut, Julia ? " dit une voix différente. " Je suis Leigh, la meilleure amie de Kris. Elle est amoureuse de toi. Elle veut ton corps sex… " Un autre bruit de chute. Suivi par ce qui ressemblait à un cri de dinosaure.

 

Julianne regarda le téléphone un instant avant de le remettre sur son oreille. Elle décida de s'asseoir. Un léger amusement avait remplacé sa nervosité. Elle veut mon corps sexy, hein ? Ou bien ce n'était pas sexy. C'était peut-être sec… tionné. Non, ça ne veut rien dire.

 

" Quelle belle première impression, " la voix de Kris revint. " Je suis désolée. Tu es toujours là ? "

 

" Ouais, je suis là, " lui assura Kris. Faites qu'elle ne reconnaisse pas ma voix. Faites que je ne dise rien de vraiment stupide. " Alors, vous répondez souvent comme ça au téléphone ? "

 

Kris rit. " Oui, nous faisons une scène à chaque fois que le téléphone sonne. Chaque fois un petit quelque chose de différent. "

 

Julianne sourit lorsqu'elle distingua un léger accent. C'était tellement mignon. Oh, mon Dieu, j'ai une problème, là. Pourquoi je tiens tellement à creuser ma propre tombe ? " Oh, alors j'imagine que tu ne veux pas mon corps sexy ? " Elle ferma les yeux lorsque les mots s'échappèrent de sa bouche. Mais où est cette touche pour effacer quand on en a besoin ? Elle changea rapidement de sujet, " Alors, qu'est-ce que tu fais ? J'ai interrompu quelque chose ? "

 

" Juste les MTV Awards. "

 

Bon sang. J'ai oublié qu'elle voulait regarder ça. Stupide décalage horaire. " Je peux te laisser pour que tu puisses continuer à regarder ça, " suggéra Julianne.

 

" Non ! " dit Kris rapidement. " C'est presque fini. "

 

Julianne faillit lui raconter la fin, mais garda sa bouche fermée. Comment lui expliquer que tu sais ça ? Je me demande si elle m'a vue ? Il fallait qu'elle trouve un autre sujet. " Alors, comment avancent tes tableaux ? "

 

" Oh, j'en ai fini un hier, à vrai dire. Est-ce que, par hasard, tu aimerais les anges ? "

 

Julianne se figea à cette question. C'est une sorte de code ? Elle est au courant ? " Qu'est-ce qui te fait croire que j'aime les anges ? "

 

" Ton pseudo. "

 

Ouf. " Oh, c'est vrai. Ouais, hum. J'aime bien les anges. " Stupide. Stupide. Stupide. Débile. " Pourquoi ? "

 

Kris hésita un moment. Lorsqu'elle parla, elle sembla embarrassée. " J'ai peint quelque chose pour toi, " avoua-t-elle. " J'aimerais te l'envoyer mais je n'ai pas ton adresse. "

 

Elle a peint quelque chose pour moi ? " C'est tellement gentil. Personne n'a jamais rien peint pour moi. Mais je n'ai pas d'autres amis artistes. Bien que, si j'en avais, je ne pense vraiment pas qu'ils peidraient quelque chose pour… " Je radote et je ne peux pas m'arrêter. " …moi. " Elle se frappa le front plusieurs fois. " Salut, " ajouta-t-elle pitoyablement. Il faut m'abattre.

 

Kris rit, un son qui devenait rapidement l'un des préférés de Julianne. " Tu radotes toujours autant ? "

 

" Seulement quand je suis nerveuse, " admit Julianne. " Ensuite je devient Super Stupide. " Oui, bien. Effraye la dès le début.

 

Kris rit à nouveau. " Et quels sont tes super pouvoirs? "

 

" Je peux passer de zéro à soixante mots en une seconde, " expliqua Julianne avec une fierté moqueuse.

 

" Impressionnant. "

 

" Je t'enverrai un autographe. "

 

" Bien ! Je suis sûr qu'il vaudra des millions un jour. "

 

Julianne se figea. Mon Dieu. Dis quelque chose d'intelligent !! " Tu aimes le fromage ? " laissa-t-elle échapper. Oh. Mon. Dieu.

 

" Je ne sais pas, " répondit Kris. " C'est quelque chose qui te tient à cœur ? Vraiment important pour toi ? Je ne voudrais pas te vexer lors de notre première conversation téléphonique. "

 

Julianne s'installa contre les oreillers de son lit et éteint la télé. Maudites soient ces publicités 'Détiens le Pouvoir du Fromage'. " J'ai peur de ne pas pouvoir poursuivre notre amitié avant que tu n'aies répondu à cette question. "

 

" Je vois, " répondit Kris, jouant visiblement le jeu. " Dans ce cas, je dois avouer que je ne suis pas une grande fan de fromage. Sur les crackers, peut-être. Les sandwichs au fromage sont bons. "

 

" Tu es le maillon faible. Au revoir. "

 

Kris riait. " Je déteste cette émission. "

 

" Jean-Luc ? "

 

" Nan. "

 

" Jean-Pierre ? "

 

" Oui ! J'adore Qui veut gagner des millions. "

 

Julianne sourit. " Alors je suppose que l'on peut être amies. La Roue de la Fortune ? "

 

" Bien sûr. Mais je suis nulle à ce jeu. Le Juste Prix ? "

 

" Ooooh, je suis complètement nulle à celui-là. Tu sais que je ne trouve jamais le bon prix ? Je pense toujours qu'ils sont moins ou plus chers qu'ils ne sont vraiment. "

 

Kris sembla réfléchir. " Est-ce que ça veut dire que si je t'offre un stylo à Noël, tu penseras qu'il coûtait très cher ? "

 

" J'essaierais probablement de l'échanger contre une Ferrari. " Julianne se surprit à sourire au son du rire de Kris. Je pourrais écouter sa voix toute ma vie. Elle décida de ne pas s'étaler sur cette question très longtemps, ou elle finirait pas paniquer.

 

***

 

Kris ne parvenait pas à se rappeler la dernière fois qu'elle s'était autant amusée à parler au téléphone. Et avec une parfait étrangère, qui plus est. Bizarre. L'idée de cet appel l'avait rendue très nerveuse, mais elle ne comprenait pas pourquoi. C'est si… Si quoi ? … Simple de lui parler…

 

Cette discussion lui avait donné soif, elle s'extirpa donc de sa chambre à la recherche de boisson. Leigh était toujours sur le canapé, comme d'habitude. Elle leva les yeux lorsque Kris passa. Un sourcil roux se leva lorsqu'elle s'aperçut que Kris était toujours au téléphone. Elle préféra ne pas commenter. Kris l'avait déjà battue une fois ce soir, pas besoin d'une deuxième fois.

 

" Alors, que s'est-il passé avec Nathan ? " demanda Julia.

 

Kris s'arrêta à mi-chemin de la cuisine. " Nathan ? Seulement ce que je t'ai dit dans le mail. On s'est disputés. Il est parti. "

 

Tellement de choses à dire. Leigh coupa le son de la télévision. " Tu lui as dit qu'il t'a frappée ? " demanda-t-elle.

 

Kris regarda fixement Leigh et mima de toutes les manières possibles 'bon sang tais-toi', mais ne parvint pas à décourager Leigh.

 

Au téléphone, Kris entendit, " C'était quoi, ça ? "

 

" Rien, " dit-elle à Julia. " Leigh redevient stupide. " Elle envoya un regard significatif en direction de Leigh. Qui l'atteint facilement puisque Leigh se tenait maintenant devant elle.

 

Sans prévenir, Leigh attrapa le téléphone et tourna le dos à Kris. " Nathan l'a frappée. Giflée en plein visage puis il est parti. " Elle redonna le téléphone à Kris et fronça les sourcils. " Ne me regarde pas comme ça. Ce n'est pas sain pour toi de le protéger. " Elle tourna les talons et retourna sur son trône.

 

Kris soupira.

 

" Il a quoi ?! " En réalité, Julia paraissait énervée.

 

Leigh va mourir. " Nous avons perdu patience tous les deux, " expliqua-t-elle. " Ce n'est pas dans ses habitudes de faire ça. C'était juste une mauvaise situation. "

 

" Tu vas bien ? "

 

Kris se surprit à sourire. Elle est tellement gentille. " Ouais, je vais bien. Aucune blessure définitive. Je suis simplement heureuse que tout soit fini. " Elle fouilla dans son réfrigérateur, tout en fouillant dans son cerveau à la recherche de quelque chose à dire. " Alors, dis-moi ce que ça fait de travailler sur un plateau de cinéma. "

 

Julia sembla hésiter. " Que veux-tu savoir, " demanda-t-elle enfin.

 

" Tout, " répondit Kris. " A quoi ressemblent tes journées. "

 

De nouveau cette pause étrange. Kris fronça légèrement les sourcils en retournant dans sa chambre, un verre de jus de fruit à la main. Que me caches-tu, Julia ?

 

" Eh bien, j'arrive au plateau, " commença Julia. " Et puis je traverse toute l'épreuve du maquillage… "

 

Kris s'illumina. " Alors tu joues dans ce film ? "

 

Encore une pause. " Ouais, en quelque sorte. C'est un tout petit rôle. Un genre d'extra. "

 

" C'est génial ! Comment s'appelle le film ? Quand sort-il en salle ? " Kris était si excitée qu'elle renversa du jus sur sa chemise. Bon sang. Elle essaya de l'essuyer mais il resterai une tâche. Heureusement que c'était une vieille chemise.

 

" Ca s'appelle… euh, " Julia fit une pause. " Ca s'appelle Le Journal de Summer. "

 

" Ca a l'air intéressant, " dit Kris en se glissant dans le lit. " De quoi ça parle ? "

 

" Ca parle de, hum, cette fille, Summer. Et elle a ce journal. Et des robots le lui volent. Alors elle doit le récupérer. "

 

Ca doit être l'un de ces films indiens bizarres, décida Kris. " Et quel rôle as-tu ? "

 

" Je suis l'un des aliens, au second plan. Tu sais, ceux dans la foule. "

 

" Aliens ? "

 

Pause. " Ouais. Alien… robots. Des robots aliens. "

 

Kris réfléchit. Des robots aliens pourraient être sympas… " Alors pourquoi veulent-ils le journal de Summer ? " Il y avait peut-être un complot tordu. Elle appréciait ce genre d'histoires.

 

" Eh bien… Summer a ce jeu complet d'équipements pour communiquer avec l'espace. Bizarrement, elle réussit à comprendre tous les signaux aliens. Et elle note toutes les informations qu'elle entend dans le journal. Mais un jour, elle surprend une conversation top secrète entre deux robots Alien. Et ils en entendent parler. Alors ils se lancent à sa poursuite et lui volent son journal. Mais bon, elle veut le récupérer parce qu'elle y a écrit des choses personnelles… "

 

" Comme le genre d'hommes qu'elle aime ? " demanda Kris en souriant.

 

" Euh, ouais, " confirma Julia. " Elle a un béguin pour ce type, Bobby Taylor, et a écrit toutes sortes d'histoires embarrassantes. "

 

Kris commença à rire. " Ce film a l'air vraiment nul. "

 

Julia rit aussi. " Ca l'est. C'est le pire film jamais inventé. "

 

" J'ai hâte de le voir, " répondit Kris. Et elle avait vraiment hâte. Il deviendrait probablement l'un de ses films préférés simplement parce que Julia y figurait. Elle regarda rapidement l'heure et sursauta légèrement de surprise. Cela faisait deux heures qu'elles discutaient. " Cet appel va te coûter une fortune. "

 

" Ah, ce n'est pas un problème. "

 

" J'espère vraiment que tu ne penses pas devenir riche grâce au Journal de Summer, plaisanta-t-elle.

 

Julia commença à rire. " Pas sympa ! "

 

" Je peux peut-être t'envoyer mes $15,000. Tu risques d'en avoir besoin si tu continues ces appels longue distance. " Et le silence revint. Etrange. Chaque fois que je parle de son travail ou de son argent, elle est mal-à-l'aise. J'espère qu'elle ne vend pas de drogue ou quelque chose comme ça.

 

" Je suis sûre que je peux m'arranger, " répondit enfin Julianne. " En plus, tu mérites cet argent. Tes peintures sont magnifiques. "

 

Kris rougit légèrement. " Merci. Demain, je commencerai cette collection que tu voulais. "

 

" Ne te presse pas, " répondit Julia. " Prends ton temps… mais dépêches-toi. "

 

Elle sourit, soudain à court de mots.

 

" Je devrais probablement te laisser, " dit soudain Julia, et Kris se sentit… déçue ? " Il est tard chez toi. "

 

Kris s'apprêtait à répondre que minuit n'était pas tard, mais réalisa alors que Julia cherchait peut-être un bon moyen de raccrocher le téléphone. " D'accord. Oh, à propos de ton adresse… "

 

" Je te l'enverrai par email, " répondit Julia. " J'adore les surprises. "

 

Kris sourit à nouveau. Elle avait tellement souri que sa mâchoire commençait à lui faire mal. " Je suis contente que tu aies appelé. "

 

" Vraiment ? "

 

Le sourire de Kris s'agrandit à cette question. Julia paraissait si… Mignonne ? Ca n'est pas le mot. " Oui, vraiment. Je t'appellerai peut-être la prochaine fois. "

 

" Ca marche. " Il y eut une courte pause, suivie par, " Eh bien, bonne nuit. "

 

" Bonne nuit, " répondit Kris. Elle attendit quelques instants le click à l'autre bout du fil. Elle fronça légèrement les sourcils lorsqu'elle ne l'entendit pas. " Toujours là ? "

 

" Hein ? Oh. Désolée. " Julia rit nerveusement. " J'y vais maintenant. Euh, salut. "

 

Kris sourit lorsque l'appel se termina. Elle regarda le téléphone un moment. Ok, elle est mignonne…

 

***

 

" Je suis la pire abrutie au monde, " cria Julianne en se frappant la tête contre l'accoudoir du canapé.

 

" Je ne te le fais pas dire, " répondit Adrian d'un air absent, son attention dirigée vers l'écran de son ordinateur. Il ne l'avait pas lâché des yeux depuis qu'il était rentré, ce qui consternait Julianne. Elle était prête à lancer l'objet par la fenêtre. Elle pourrait toujours lui en racheter un autre plus tard.

 

Julianne le regarda. " Les meilleurs amis ne sont pas sensés nous supporter ? Tu ne devrais pas me réconforter au lieu de m'insulter ? "

 

" Les filles et les gays font ce genre de choses ; " l'informa Adrian. " Mon boulot ne consiste qu'à t'insulter et à t'encourager à rater ta vie. "

 

" Alors tu peux prétendre être gay une seconde ? "

 

Adrian leva les yeux et sourit, changeant de façon de se tenir. " Mais bien sûr ma chérie. " Il battit des paupières. " Tu portes une chemise magnifique. Quelle couleur est-ce ? Taupe ? "

 

" Très mignon, Big Gay Adrian. J'ai besoin de ton aide. "

 

Il grogna.

 

" Je veux que tu écrives un film pour moi qui parle de robots-alien et que tu me fasses un rôle en extra. "

 

Adrian cligna des yeux. " Répète ça ? "

 

" Adrian, " pleurnicha-t-elle en se frappant de nouveau le front. " Je suis une abrutie. "

 

" Hin hin. "

 

" Je lui ai dit que j'étais un extra dans un film nommé Le Journal de Summer à propos de robots-alien qui volent le journal de cette fille parce qu'elle sait parler l'Alien et elle doit le récupérer pour qu'ils ne découvrent pas qu'elle a le béguin pour Bobby Taylor. " Elle respira à la fin de son marathon oral.

 

Adrian la regarda silencieusement.

 

Puis il commença à rire comme un hystérique.

 

Julianne laissa échapper un grognement et s'affala sur le canapé.

 

Il essuya des larmes invisibles et maîtrisa son fou rire. " C'est ça que tu as inventé ? Et tu oses te moquer de mon film de pommes ? "

 

Elle hocha piteusement la tête, plongeant son visage dans ses mains.

 

" Et tu veux… en faire un film ? "

 

" Eh bien… J'ai besoin de preuves ! "

 

" Tu es devenue folle, " admit Adrian. Il secoua la tête et se tourna de nouveau vers l'ordinateur.

 

Julianne le regarda. Il avait l'air vraiment amusé. " Qu'est-ce que tu fais ? " demanda-t-elle patiemment.

 

Adrian pouffa de rire. " J'ai fait une grande découverte aujourd'hui. "

 

" Le porno sur internet ? " essaya Julianne.

 

" Mieux, " répondit-il, un éclat diabolique dans ses yeux. " Des fans fictions de L'Ange Gardien. "

 

Julianne leva les yeux au ciel. " Tu n'aimes pas la série, pourquoi aimerais-tu les histoires des fans ? " Il était parfois incompréhensible.

 

Adrian la regarda. " Tu n'as jamais lu une de ces histoires, n'est-ce pas ? "

 

" Non, mais je connais les bases, " dit-elle, un peu sur la défensive. " Ils font leurs propres épisodes. Rien de bien excitant. "

 

Adrian s'éclaircit la gorge et se tourna vers l'histoire qu'il lisait. Il commença à lire à haute voix. " 'Et Kiara glissa lentement hors de sa robe, se retrouvant nue. Sa large et scintillante poitrine… "

 

" Quoi ?! " Julianne se précipita auprès d'Adrian et regarda au dessus de son épaule. " Mais qu'est-ce que c'est que ça ? "

 

" Une Fan Fiction, " répondit innocemment Adrian. " J'ai découvert un tas de choses intéressantes sur toi. Tu as vraiment un tatouage de ton Pote Jésus sur les fesses ? "

 

Julianne était choquée. " Un tatouage ? Ils ont écrit que Kiara a un tatouage ? C'est un ange ! "

 

Adrian hocha la tête. " Un ange plutôt pervers, apparemment. "

 

Julianne s'empara de l'ordinateur et commença à lire, son visage révélant différentes expressions lors de sa lecture. " C'est dégoûtant. "

 

Adrian était plus qu'amusé. " Alors, tu as vraiment des orgasmes multiples ? "

 

Elle le fixa. " Comment veux-tu que je le sache ? "

 

Adrian lui répondit en reniflant. " Bien sûûûr. " Il cligna de l'œil et lui donna un petit coup dans les côtes.

 

Julianne le regarda d'un air absent. Puis elle fronça les sourcils lorsqu'elle comprit enfin la phrase. " Je ne parlerais pas de ça avec toi. "

 

" Oh, alors c'est vrai ? " demanda Adrian, curieux. Il pivota dans le canapé pour lui faire face. " Tu peux me le dire. Nous sommes adultes. "

 

Julianne l'ignora et regarda à nouveau l'écran. Elle vérifia quelques autres histoires. " C'est toujours comme ça ? Du sexe ? "

 

" Seulement les plus intéressantes. " Il la regarda calmement un instant. " Il y en a quelques unes dans lesquelles Kiara est lesbienne, si ça t'intéresse. "

 

Elle leva immédiatement les yeux. " Répète-moi ça ? "

 

" Certaines personnes pensent que Kiara est lesbienne. " Il haussa les épaules et sourit. " C'est un ange vraiment pervers. "

 

Julianne rendit l'ordinateur à son propriétaire. " Je suis atterrée que tu passes ton temps libre à lire ça. "

 

Le visage d'Adrian s'illumina et il commença à rire. " Oh, j'ai envie d'en écrire une ! "

 

" Non, c'est faux, " insista Julianne. Il ne le fera pas… n'est-ce pas ? Oh mon Dieu.

 

Adrian se frotta le menton pensivement. " Voyons, avec qui Kiara pourrait-elle coucher ? Oooh, une petite artiste sexy dans New York, peut-être ? "

 

" Tu es un individu tordu, et complètement fou. "

 

" Merci, " répondit Adrian, un sourire diabolique et vraiment effrayant pointant aux coins de ses lèvres. Julianne parvenait presque à imaginer des cornes lui pousser. Il reposa l'ordinateur. " Alors, de quoi Kris et toi avez parlé à part de ce scénario ridicule ? "

 

De quoi a-t-on parlé ? se demanda Julianne, oubliant instantanément les fan fictions. " De quoi n'avons-nous pas parlé, " répliqua-t-elle. " Je pensais que lui parler au téléphone serait vraiment bizarre. Et je suppose que j'était un peu nerveuse au début, mais c'est tellement simple de parle avec elle. Nous plaisantions comme si nous nous connaissions depuis toujours. "

 

Adrian hocha la tête en prétendant réfléchir à sa prochaine phrase. " Et comment te sens-tu à propos de ça ? "

 

Julianne ferma les yeux. " C'est ta nouvelle question favorite ? "

 

" Eh bien, tu ne m'as jamais vraiment répondu, " répondit Adrian en haussant légèrement les épaules. " Dis-moi comment tu te sens vraiment et j'arrêterai de t'embêter avec ça. "

 

Comment je me sens ? La question a l'air simple comme ça. " Je ne sais pas comment je me sens, Adrian, " lui dit-elle. " Une partie de moi est aux anges, heureuse. Tu es quand même la seule personne à qui j'ai jamais parlé. Ca fait du bien d'avoir quelqu'un d'autre… Mais ma conscience m'envoie des signaux de détresse toutes les deux minutes. Je ne veux pas lui mentir, " ajouta-t-elle doucement.

 

" Tu t'es mise dans un sacré pétrin, " dit Adrian en secouant la tête. " Et ça ne va pas s'arranger sur tu continues de lui mentir. "

 

" Mais je ne peux pas lui dire la vérité, " répondit Julia. " Tout changerait… Elle ne me verrait plus de la même manière. "

 

" Alors tu vas devoir lui montrer que tu es aussi bien que Julia, " suggéra Adrian.

 

Les sourcils de Julianne se froncèrent. " Comment ? "

 

Il haussa les épaules. " Aucune idée. Je ne suis pas M. Je-Sais-Tout. Je ne fais que te donner des idées et prier pour que tu en fasses bon usage. Un genre de travail d'intégration. "

 

Intégration ? Hum. Cette histoire est trop compliquée. J'ai bien fait de rester célibataire toutes ces années Elle fronça légèrement les sourcils. Je suis toujours célibataire d'ailleurs… Elle décida de garder cela pour plus tard. Bien plus tard. " Tu ne vas pas vraiment écrire une fan fiction de L'Ange Gardien, n'est-ce pas ?

 

Adrian se contenta de sourire.

 

Ma vie ne pourrait pas être pire…

 

 

***

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