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LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR18

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LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR

 

 

 

 

par Dreams

 

 

Traduction : Keegan (keegan@libertysurf.fr)

 

et Emilie(happymeal@hotmail.fr)

 

Table des matières

 

 

Chap. 35

 

" J'ai ton nouvel agenda publicitaire, " annonça Karen, un attaché-case de marque sous le bras. Elle s'adossa à la table de maquillage et attendit la réponse de l'actrice.

 

Julianne bailla tandis que sa maquilleuse finissait de la rendre belle et angélique. " Dis-moi que c'est un bout de papier vierge, " dit-elle platement en regardant son reflet dans le miroir. Elle était toujours impressionnée de voir à quel point un brin de maquillage pouvait la rendre aussi innocente et inassumée. Une femme innocente et inassumée qui allait faire l'amour pour la première fois. Je n'ai pas hâte de tourner cette scène.

 

" Désolée, " s'excusa Karen en feuilletant dans l'agenda. " A vrai dire, tu seras occupée jusqu'à la reprise de L'Ange Gardien. Et tu seras de nouveau surbookée. "

 

Julianne se contenta de marmonner quelque chose. Elle n'était pas de bonne humeur ce matin. Elle avait à peine dormi. A cause des pensées meurtrières qui lui avaient traversé l'esprit toute la nuit. Elle n'avait pas décidé quelle était la meilleure manière de tuer Nathan, mais était sûre qu'elle n'irait pas en prison trop longtemps pour cela. O.J. Simpson s'en est sorti. Et je suis bien plus mignonne que lui.

 

Et puis il y avait eu le dilemme du film. Ce problème la tiraillait dans toutes les directions. Elle avait lu le script et réalisé, à la fin de sa lecture, qu'elle n'aurait pas dû. Car maintenant, elle voulait le rôle. Bon sang. Ce rôle m'irait comme un gant. " Parfaitement, " ajouta-t-elle à haute voix, surprenant les personnes autour d'elle. " Le maquillage est terminé ? " envoya-t-elle à la maquilleuse dont elle n'avait jamais retenu le nom.

 

" C'est fait. "

 

Julianne se leva de sa chaise et se dirigea vers le plateau, consciente que Karen la suivait. " Je ne veux pas tourner cette scène, " admit-elle lorsque son assistante la rattrapa.

 

Karen regarda l'actrice et haussa les épaules. " Au moins il est… mignon ? " essaya-t-elle.

 

Julianne préféra ne pas commenter.

 

" Tu viendras à la fête organisée pour la fin des tournages ? " demanda Karen, hésitante.

 

" Je n'ai pas encore décidé, " répondit Julianne. Seulement si je ne fais pas de crise durant cette scène.

 

Elle arriva à destination un instant plus tard et y trouva Max, parlant avec Gina. Le reste de l'équipe courait autour en réglant les lumières pour la scène. Julianne regarda ce qui devait être l'appartement de Cody. Rien qui ne sorte de l'ordinaire. Un divan, une cuisine, etc. Le plateau suivant représentait la chambre de Cody. Le lieu de ma perversion.

 

" Julianne, " l'accueillit Gina. " Je peux te parler une seconde ? "

 

Julianne approcha la directrice avec un hochement de tête en direction de Max. Elle ne pouvait pas croiser son regard. Même si elle l'avait déjà fait auparavant, elle se sentait un peu plus nerveuse à chaque fois. Peut-être était-ce parce qu'elle ne l'avait jamais vraiment fait. J'imagine que c'est ce qu'ils appellent être acteur. Elle se concentra sur Gina, et discuta les détails de la scène avec elle pendant environ vingt minutes.

 

" On y est, les gars, " dit Gina en souriant tristement. " Dernier jour de tournage. "

 

Julianne regarda son costume. Jouer Kiara sans ailes lui semblait bizarre. J'imagine que je vais devoir m'y habituer. Je suis humaine, maintenant. Elle s'arrêta et se corrigea. Elle est humaine, maintenant. Elle jouait ce rôle depuis si longtemps qu'elle oubliait parfois qui était qui. Je suis sûre qu'il existe des docteurs pour ce genre de problème.

 

" Tout le monde en place ! " cria Gina.

 

Julianne se plaça derrière la porte de l'appartement de Cody. Elle prit une profonde inspiration. Embrasse-le. Entre dans la chambre. Mime un orgasme. Elle fut soudain baignée de lumière.

 

" Ca tourne. "

 

C'est parti. Julianne vida son esprit de toute pensée personnelle. A présent, c'était Kiara qui se tenait devant cette porte. Il n'y avait plus de caméra, plus de directeur…

 

" Action. "

 

Kiara toqua à la porte, hésitante. Une fois. Puis deux. Elle était nerveuse. Elle regarda la porte, comme terrifiée à l'idée de la quitter des yeux.

 

La porte s'ouvrit et révéla Cody, surpris. " K-Kiara ? " bégaya-t-il en ouvrant un peu plus la porte.

 

L'ex-ange entra dans l'appartement en regardant autour d'elle sans vraiment voir quoi que ce soit. Elle était trop terrifiée pour remarquer ce qui l'entourait. La seule chose qui importait était qu'elle était de retour. Elle baissa la tête, laissant ses cheveux détachés couvrir une partie de son visage. Elle n'était pas encore habituée à ne pas avoir de tresse. Elle repoussa lentement cette pensée et regarda son amour. " Surpris ? " demanda-t-elle.

 

" Je croyais que tu étais… " Il laissa la phrase en suspens, incapable de prononcer le mot.

 

Kiara sourit, ses yeux bleus brillant. Elle se rapprocha de lui et passe un doigt sur sa joue. " Je ne pouvais pas mourir. J'étais un ange, " dit-elle, espérant qu'il remarque le sens de sa phrase.

 

Les yeux de Cody s'arrondirent et il la regarda. " Etais ? "

 

Kiara tourna sur elle-même. " Pas d'ailes, tu vois ? " Elle pouffa de rire et courut pour le prendre dans ses bras. Dès qu'elle sentit son corps contre le sien, elle ferma les yeux. " J'ai attendu si longtemps pour te toucher. "

 

Les bras de Cody enveloppèrent son corps agile. " Je ne pensais pas te revoir un jour. Pour te remercier de… "

 

Julianne se força à rester dans le rôle, mais chaque fois que quelqu'un la touchait, elle luttait pour rester concentrée. Surtout lorsqu'elle devait embrasser quelqu'un ensuite. Et elle devrait le faire tout… de suite. Julianne déplaça son visage, approchant ses lèvres de celles de Max. Une image de Kris lui traversa l'esprit. Elle sentit son cœur s'emballer lorsqu'elle imagina qu'elle s'apprêtait à embrasser Kris. Elle sentit un souffle chaud contre ses lèvres et elle gémit.

 

Gémit ?

 

" Coupez ! "

 

Julianne se recula, effrayée. Elle se sentit rougir. Il ne s'est rien passé. Elle pouvait entendre plusieurs membres de l'équipe rire.

 

Gina s'éclaircit la gorge depuis un endroit sombre, derrière les lumières. Puis elle entra dans son champ de vision, une expression amusée sur le visage. " Julianne, bien que j'apprécie ton enthousiasme à l'idée d'embrasser Maxwell, je pense que ça marcherait mieux si tu attendais de l'avoir vraiment embrassé avant de… tu sais… gémir. " Gina lui fit un clin d'œil et disparut dans la pénombre qui séparait la fantaisie de la réalité.

 

Des maquilleuses s'engouffrèrent derrière Gina pour effacer toute trace d'humiliation du visage de Julianne. L'actrice ne parvenait pas à se souvenir de la dernière fois qu'elle avait été aussi embarrassée. L'air suffisant de Max n'aidait en rien. Je ne me remettrai jamais de ça, pensa-t-elle, piteuse.

 

***

 

" Elle te l'a donné ? " demanda William, incrédule, en regardant le chèque dans sa main.

 

Kris hocha la tête depuis le canapé. Elle avait décidé qu'elle avait besoin d'une troisième opinion, en essayant de ne pas penser au fait qu'elle semblait incapable de prendre une décision seule. Je devrais probablement me pencher sur ce problème. Mais là c'est trop ! Elle posa des yeux troublés sur son frère. " Que devrais-je faire ? "

 

" Tu plaisantes ? " demanda William. " Garde-le ! Tu sais ce que tu pourrais faire avec tout cet argent ? "

 

De nombreuses idées lui traversèrent l'esprit. " Je ne sais pas, William. Tout le monde me dit de garder l'argent, mais… je trouve ça bizarre. "

 

William s'assit sur le canapé à côté de sa sœur et lui rendit le chèque. " Ecoute, Kris, c'est le business. Elle t'a acheté quelque chose. Tu as dit quinze, elle t'a donné quinze. Pas besoin de te sentir coupable. Elle n'aurait pas payé autant si elle n'avait pas pensé que ce tableau les valait. "

 

Kris se mordit nerveusement la lèvre. Ca tombait sous le sens. Mais ça avait l'air… si étrange. " J'imagine que je pourrais ouvrir un compte en banque, " accepta-t-elle. " Le garder pour les urgences. Ou bien tout donner à des œuvres de charité. C'est ce que je devrais faire, n'est-ce pas ? Donner l'argent ? Je me sens mal à l'idée de le garder. "

 

" Tu n'arriveras à rien avec cette attitude, " la taquina William. " Pas dans New York. " Il s'arrêta pour réfléchir. " Tu m'as dit que Leigh cherchait un deuxième job pour pouvoir payer le loyer. Tu peux peut-être te servir de cet argent pour aider Leigh, elle pourra se concentrer sur sa carrière au lieu de passer tout ce temps à faire du café. "

 

Kris s'illumina à la suggestion. Pourquoi n'y ai-je pas pensé ? " William, c'est brillant ! " Elle serra son frère dans ses bras. " Je peux payer à peu près six mois de loyer et elle pourra aller à toutes les auditions qu'elle voudra sans se soucier de rien. "

 

William sourit. " Et tu pourras t'acheter des fournitures de peinture, " ajouta-t-il. " Et puis tu n'auras plus à trouver de job d'été. Sari et Papa n'auront plus à s'inquiéter de ton loyer pour un moment. " Il s'arrêta et baissa les yeux. " Tu devrais leur dire, Kris. Ils seraient tellement fiers de toi. "

 

Kris fronça les sourcils au changement d'humeur de son frère et son cœur se brisa à l'idée que William souffrait. " Tu leur as parlé ? "

 

" J'ai essayé d'appeler, " répondit-il tristement. " Ils raccrochent toujours. "

 

Elle soupira et posa sa tête sur la large épaule de son frère. " J'aimerais pouvoir les ramener à la raison. "

 

William la serra dans ses bras. " Merci, Kris, " dit-il chaudement. " Tu ne sais pas ce que ça représente pour moi d'avoir ton soutien. "

 

Kris sourit. " Et tu l'auras toujours, " promit-elle. Elle se redressa et regarda le chèque. " Tu veux venir à la banque avec moi ? "

 

" J'en serais honoré. " William se leva et offrit sa main à Kris pour l'aider à se relever.

 

" Hé, on pourra peut-être enchaîner avec une séance de shopping, " suggéra Kris, excitée. Elle ne parvenait pas à se rappeler la dernière fois qu'elle avait fait du shopping. L'épisode de la robe de bal ne comptait pas. Ca n'était que de la torture déguisée en shopping pour séduire les innocents.

 

" Quelqu'un a dit shopping ? " Mark entra dans la cuisine, ressemblant à un petit garçon le soir de noël.

 

Kris sourit au petit ami de son frère. Il était vraiment trop mignon. Il faisait vraiment bien le macho jusqu'à ce que quelqu'un prononce des mots comme 'shopping' ou 'Madonna'. Alors il devenait Jack McFarland. " Intéressé ? " demanda-t-elle innocemment.

 

Mark s'approcha et passa un bras autour de l'épaule de Kris. " Je t'ai dit à quel point j'aime le shopping ? " demanda-t-il. " Parce que j'adore le shopping. De quoi as-tu besoin ? Je suis sûre que je connais juste la bonne boutique. Où ! On peut aller partout ! "

 

Kris regarda William, qui haussa les épaules. " Eh bien, j'ai cet a-amie… " Elle avait ce sentiment étrange qu'elle risquait de babiller. " Et je veux lui envoyer un paquet avec des… petites choses. Et je voulais acheter d'autres… euh, choses. Pour ce paquet. " Elle ferma la bouche afin d'éviter le flot d'idioties qui menaçait de s'échapper de ses lèvres.

 

William et Mark échangèrent un regard. " Et est-ce que cet 'ami' a un nom ? " s'intéressa-t-il. " Il est mignon ? " Il fit un clin d'œil à William. " Quoi que je m'en fiche. "

 

Kris rit. " C'est une elle. Son nom est Julia. " Elle regarda William. " C'est celle qui m'a envoyé cet email à propos de mon tableau. "

 

William leva un sourcil. " Et quel genre de 'choses' veux-tu lui acheter ? "

 

" Je ne sais pas, " dit Kris, soudain embarrassée. Cette idée lui était venue de nulle part. Elle n'avait pas prévu de proposer d'aller faire du shopping. Et de quel genre de 'choses' est-ce que je parle ?

 

Mark haussa les épaules et attrapa la main de Kris pour l'entraîner vers la porte principale. " Laisse-moi faire. Je vais trouver plein de choses pour elle. "

 

Kris sourit. Ca risque d'être drôle.

 

***

 

D'une manière ou d'une autre, elle avait réussi à survivre aux premières parties de la scène. Il n'y avait plus eu d'incident à propos du baiser. Mais la véritable épreuve débutait maintenant. Tout d'abord, Kiara n'était pas assez tordue pour sauter dans un lit avec un homme, deux secondes après être devenue humaine. Un ange était plus futé que ça. De plus, cette stupidité d'ange-devenu-humain n'avait aucun sens pour Julianne. Je gagnerai peut-être un Golden Globe ou autre pour mon interprétation d'un ange pervers.

 

" A vos places, " cria Gina.

 

Julianne devint Kiara et se tint au pied du lit. Max lui avait jeté des regards ennuyants depuis l'incident de gémissement et Julianne s'apprêtait à lui botter les fesses s'il n'arrêtait pas de la fixer comme ça. Par chance, lorsque Gina cria " Action, " c'était Cody qui lui faisait face.

 

" Tu es sûre de vouloir faire ça ? " demanda Cody, tiraillé entre désir et hésitation. " On peut attendre… "

 

Kiara déboutonna lentement sa chemise. " Nous avons déjà attendu, " dit-elle doucement. " Trop longtemps. "

 

Cody déglutit et se rapprocha d'elle pour l'aider dans le déboutonnage. Ses lèvres réclamèrent celles de Kiara pour un baiser passionné.

 

Julianne essaya de tout oublier. Elle essaya de penser à de jolies fleurs, ou à de la poésie, ou à de magnifiques couchers de soleil. Tout pour garder son esprit loin du fait qu'elle était un peu plus dévêtue à chaque instant et qu'il y avait trop de personnes la regardant. Sans oublier les caméras.

 

Elle attendit qu'ils soient sur le lit pour déboutonner la chemise de Cody. En un rien de temps, ils étaient en sous-vêtements et Julianne se détendit légèrement. Elle ne se sentait plus si exposée. Ok, c'est presque fini. Gémis. Mime un orgasme. Aucun problème. Pense à Kris, ça avait bien marché la dernière fois.

 

Les lèvres de Max embrassèrent son cou lorsqu'il s'installa au-dessus d'elle. " Tu es sensée dire mon nom, " murmura-t-il dans son oreille.

 

Oh, c'est vrai. " Oh, Kris, " gémit-elle. Puis elle se figea. Tout comme Max. Merde !!

 

" Coupez ! "

 

Max se releva, et ils regardèrent tout deux la directrice s'approcher.

 

" Julianne, le nom du personnage est Cody, pas Chris, " lui rappela Gina.

 

" Oh, c'est vrai, " s'excusa Julianne en se demandant si elle trouverait un trou pour s'y cacher jusqu'à ce qu'elle ne soit plus embarrassée.

 

Mark sourit. " Alors, qui est ce Chris ? " la taquina-t-il en se réinstallant au-dessus d'elle. " Ton petit ami ? "

 

Julianne grogna et ferma les yeux. Elle décida que jouer et penser à Kris ne faisaient pas bon ménage. A partir de maintenant, elle penserait à " Fernando Croa ". Au moins, aucun gémissement ou de nom embarrassant ne lui échapperaient.

 

***

 

Kris regardait la table de cuisine et les objets posés dessus. C'avait été une journée très longue mais productive. Elle avait ouvert un compte en banque, était allée faire du shopping avec Mark et William, et avait acheté des tonnes de cadeaux. Quinze mille dollars ressemblaient à un million aux yeux de Kris. Elle ne se souvenait pas avoir eu autant d'argent en même temps. Par chance, William avait réussi à la retenir.

 

Elle plaça précautionneusement tous les objets dans la boîte en s'assurant que le tableau était enveloppé de papier bulle.

 

" J'espère qu'elle aimera, " se dit-elle. Pour finir, elle avait décidé d'ajouter une photo d'elle. Mais elle ne parvenait à choisir entre une photo d'elle seule, ou une d'elle et Nathan. Finalement, elle les plaça toutes les deux dans la boîte et referma.

 

Comme promis, Julia lui avait donné son adresse par email, et Kris recopia l'information sur la boîte avec un marqueur noir.

 

" Ooh, un paquet, " dit Leigh en entrant dans la cuisine. " Qui l'a envoyé ? Ca vient de la femme riche ? "

 

Kris sourit. " Non, c'est pour Julia, " répondit-elle. " Je lui envoie la peinture et d'autres trucs. "

 

Leigh s'approcha de la table de cuisine et regarda la boîte d'un air critique. " Quel genre de trucs ? " Elle essaya de soulever la boîte. " C'est lourd. "

 

" Quelques petites choses, " répondit Kris d'un air absent. " Des choses qu'elle m'a dit aimer et d'autres que je pense qu'elle aime. "

 

" Et, euh, pourquoi fais-tu cela exactement ? " Leigh croisa les bras et s'appuya contre la table, ses yeux bruns légèrement ennuyés.

 

" C'est mon amie, " répondit facilement Kris. " J'aime offrir des cadeaux à mes amis. "

 

" Et qu'est-ce que tu m'as pris ? " demanda Leigh. " Ou ai-je été remplacée ? "

 

Kris essaya de ne pas rire. " Tu es jalouse ? "

 

Leigh haussa les épaules en baissant les yeux. " Eh bien, un peu. Je veux dire, tout d'un coup tu es obsédée par cette fille que tu n'as même jamais rencontrée, tu lui offres des tableaux, et tu lui parles au téléphone pendant des heures… "

 

Kris se rapprocha et serra sa meilleure amie dans ses bras. " Personne ne pourra jamais te remplacer, " dit-elle solennellement. " Je te le promets. "

 

Leigh lui rendit son étreinte. " Alors, qu'est-ce que tu m'as acheté ? " plaisanta-t-elle.

 

Kris s'écarta et sourit, plongeant la main dans sa poche pour en retirer un bout de papier. " Ta-da ! " Elle le lui donna.

 

Leigh fronça les sourcils. " Tu m'offres un reçu ? Pff, je ne sais pas quoi dire. "

 

" Lis-le, imbécile. "

 

Les yeux de Leigh s'agrandirent. " Tu as payé le loyer ? "

 

" Pour six mois, " l'informa Kris avec un grand sourire. " Maintenant, tu n'as plus à trouver de second job. En fait, tu peux même quitter Starbucks et te concentrer sur les auditions. "

 

Leigh poussa un cri perçant et se jeta sur Kris en la serrant si fort dans ses bras que Kris en eut le souffle coupé. " Je n'arrive pas à croire que tu aies fait ça. Merci ! "

 

Kris rit, amusée par la réaction de Leigh. Quiconque a dit que l'argent ne faisait pas le bonheur en avait apparemment trop.

 

" Où as-tu… " Leigh se recula et regarda Kris. " Le chèque ? "

 

Un léger hochement de tête répondit à sa question.

 

" Alors c'était un vrai ? "

 

Kris sourit. " Apparemment. "

 

Leigh poussa un nouveau cri. " Combien reste-t-il ? "

 

" A peu près sept mille, avec le loyer et tout. " Kris haussa les épaules. " Je vais en donner un peu. "

 

Leigh leva les yeux au ciel. " Bien sûr que tu vas le faire. Tu n'es jamais fatiguée d'être si… " Elle chercha le mot parfait. " …parfaite ? "

 

" Parfaite ? " demanda Kris avec un sourire moqueur. " Bien sûr. "

 

Leigh passa devant Kris et sortit de la cuisine. " J'y vais. "

 

" Où ? " demanda Kris en suivant son amie jusqu'à la porte d'entrée.

 

" Parler avec mon manager, bien sûr, " répondit Leigh avec un clin d'œil. " La vie est belle aujourd'hui. Tout à l'heure, je me ferai renverser par un taxi, je parie. "

 

" Pessimiste. "

 

" Oui, mais j'ai moins de déception, " répondit Leigh avec un grand sourire. Elle sortit dans le hall et s'arrêta. " Si je ne suis pas de retour dans trois heures, cherche-moi à l'hôpital. "

 

" Pas drôle. " Kris s'adossa à la porte.

 

" Je n'essaie pas de l'être. " Leigh se remit à marcher.

 

Kris la regarda un instant, puis se décida. " Attends, " l'appela-t-elle. " Si quelqu'un doit se faire renverser, ça sera moi. " Elle plongea la main dans sa poche et en retira la clé.

 

" Qu'est-ce qui te fait penser que tu te feras renverser, et pas moi ? " demanda Leigh d'un peu plus loin.

 

Kris se dirigea vers sa meilleure amie et secoua la tête. " J'attends simplement que toute cette chance me retombe dessus. "

 

" Qui est pessimiste, maintenant ? "

 

***

 

" Laisses-moi résumer, " dit Adrian, essayant de ne pas rire. " Tu as gémiavant de l'embrasser ? "

 

Julianne allait tuer Karen. Elle allait tuer Karen, puis la tuer encore un peu plus. Puis elle tuerait Adrian de l'avoir surprise sur le plateau.

 

" Je savais que j'aurais dû venir plus tôt. " Il claqua des doigts et secoua la tête en étendant ses jambes sur le canapé de Julianne. " Et c'est quoi cette histoire de toi gémissant le nom de quelqu'un d'autre ? "

 

Julianne soupira profondément et s'assit sur l'accoudoir du divan. " Qu'est-ce que tu fais, tu la payes pour qu'elle te dise toutes les informations embarrassantes sur moi ? "

 

Adrian fronça les sourcils. " Si je la paye ? Elle ne se fait pas payer, Julianne. Non, elle raconte tout gratuitement. " Il sourit. " Alors, quel nom as-tu prononcé ? Le mien ? "

 

" Oui, Adrian, " dit Julianne en hochant lentement la tête. " Quelque part entre le moment où je gardais les couvertures sur le derrière de Max et celui où je me concentrais pour mimer un orgasme, j'ai réalisé que j'étais éperdument amoureuse de toi et que je devais l'annoncer à toute l'équipe. "

 

" C'est grâce au string, n'est-ce pas ? " Adrian sourit fièrement. " Je savais que ça n'était qu'une question de temps. Ca marche à tous les coups. "

 

Julianne baissa les mains, attrapa les jambes d'Adrian et les posa au sol pour se faire de la place. " N'y crois pas trop, " ajouta-t-elle.

 

Adrian se redressa et plongea la main dans l'une des poches de son short. " J'ai quelque chose qui va te redonner le sourire, " lui assura-t-il en sortant un paquet de feuilles pliées.

 

Julianne lui jeta un coup d'œil, curieuse. " Qu'est-ce que c'est ? "

 

Adrian leva un doigt pour la faire taire. " ' Kiara à New York ', d'Adrian Cruz. "

 

" Tu mens, " affirma-t-elle, arrachant les feuilles des mains d'Adrian. Elle la survola du regard et grogna. " Pourquoi t'acharnes-tu à me torturer ? " Elle fronça les sourcils et lisant quelques paragraphes. " Depuis quand je porte des soutien-gorge taille D ? "

 

Adrian récupéra les feuilles. Il se frappa le front. " Désolé, je voulait taper double-D. "

 

" Tu as perdu la tête ? "

 

" C'est pour ça qu'ils appellent ça des fictions, Julianne. Rassure-toi. Et puis, c'est Kiara. Pas toi. "

 

Julianne s'enfonça dans le canapé en se couvrant le visage. " Qui penses-tu qu'ils se représentent lorsqu'ils lisent ça ? "

 

" Toi, " répondit facilement Adrian. " Avec une énorme poitrine. Je te fais une faveur. Laisse-moi te lire ma partie favorite. Je t'assure, c'est de l'excellente littérature. Je réfléchis même à le présenter à un concours de littérature. L'un des sites de fans en a un je crois. " Il se racla la gorge. " Tandis que la langue de Kris glissait entre ses… "

 

Julianne lui arracha les feuilles. " Je suis tellement troublée par le fait que tu aies écrit ça que ce n'est même pas drôle. " Elle les froissa. " Espèce de malade ! "

 

Adrian sourit, fier de lui. " C'était marrant. Je n'avais pas réalisé que tu pouvais prendre toutes ces teintes de rouge différentes. Quoi que ton visage devient violacé en ce moment même. "

 

Elle envoya la boule de papier dans sa direction et le toucha en plein front. La boulette rebondit et roula sous la table basse. " Rappelle-moi de chercher un nouveau meilleur ami. Tu es viré. "

 

" Aïe. " Adrian mima une attaque cardiaque et tomba à genoux.

 

Julianne le regarda avec une expression ennuyée. " Je t'en veux. "

 

" Non, c'est faux, " répondit Adrian depuis le sol. " Tu m'adores parce que j'ajoute du panache à ta vie ennuyeuse. " Il reprit place sur le canapé. " De plus, je sais que quelque part, vraiment au fond de toi, derrière l'humiliation et l'embarrassement, tu es très amusée. "

 

Un sourcil brun se leva. " Vraiment ? "

 

Adrian hocha la tête. " Très amusée. "

 

Bon, c'était plutôt amusant, avoua-t-elle. Mais juste un peu. Elle secoua la tête pour lui faire face. " J'ai un problème et j'ai besoin que tu m'aides. "

 

" Oh-oh. "

 

Julianne secoua rapidement la tête. " Non, c'est en rapport avec le travail, " lui assura-t-elle, se levant pour récupérer le script posé dans la cuisine. Elle revint rapidement dans le salon et le tendit à Adrian. " J'ai besoin que tu lises ça et que tu me dises pourquoi je ne devrais pas prendre le rôle. Pas pourquoi je devrais. Mais pourquoi je ne devrais pas. Contente-toi de me convaincre de ne pas le faire. "

 

Adrian était confus. Il observa la couverture et feuilleta le livret. " La fin de l'Eté, hein ? " dit-il. " Ca a déjà l'air d'un film à l'eau de rose. " Il leva les yeux. " Où est le problème ? "

 

" Tu verras, " répondit Julianne. " Je dois donner ma réponse à Eric d'ici vendredi. "

 

Adrian s'arrêta un moment. " Si tu ne veux pas le faire, pourquoi y réfléchis-tu ? "

 

" Eh bien, c'est ça le problème. "

 

 

Chap. 36

 

Chère Julia,

 

Tu seras heureuse d'apprendre que je t'ai envoyé un colis. J'ai décidé d'y ajouter quelques petites choses, pour que tu ne reçoives pas uniquement cette peinture ennuyante. Merci de m'avoir fait confiance pour ton adresse. Je ne te harcèlerai pas, même si je viens en Californie, promis. :)

 

Oh ! Et j'ai fini par ouvrir un compte avec le chèque. J'ai dépensé environ la moitié pour payer le loyer. Maintenant, Leigh n'aura plus à se soucier de trouver un deuxième travail. Elle a tout arrangé avec son manager et a été rétrogradée à un emploi à temps partiel. Bizarrement, elle adore ça, comme la mutante qu'elle est. Mais je suis contente, elle peut poursuivre son rêve de devenir actrice, maintenant qu'elle n'a plus à s'en faire pour le loyer.

 

Et je suppose que je n'ai plus à trouver de job d'été, non plus. Hé, je peux passer tout mon temps à peindre ! Dommage que l'argent ne soit pas infini. Ca serait mieux que de faire du café pour vivre.

 

Je suis allée faire du shopping avec William et son petit ami, Mark, il y a quelques jours. Mark est tellement drôle. Je lui ai acheté un tas de choses. William n'arrêtait pas de dire que Mark le laisserait tomber pour moi si je n'arrêtais pas de le corrompre comme ça, mais c'était plus fort que moi ! J'adore faire des cadeaux aux gens que j'aime. William a dû me retenir pour que je ne sorte pas ma carte toutes les deux secondes. J'imagine que j'ai été un peu trop excitée à l'idée d'être riche. :)

 

Tu m'as demandé ma date d'anniversaire, et je ne crois pas t'avoir répondu. C'est le 5 Septembre. Tu ne l'as pas raté. :) Quand tombe ton anniversaire ?

 

Oh, je me demandais si je pouvais avoir ton numéro ? Au cas où l'idée me venait de t'appeler. Je parle honnêtement :) Mais je respecterai ton choix si tu ne voulais pas me le donner. Je ne serai pas trop déçue. ;)

 

Ok, j'ai papoté assez longtemps. J'y vais !

 

Ton amie, Kris.

 

***

 

" J'ai apporté des films, " annonça Kris, entrant dans l'appartement et fermant la porte avec son pied. Elle avança pour trouver Leigh sur le canapé, penchée sur un journal. " J'espère que c'est l'actualité, pas les petites annonces. "

 

Leigh ne leva pas les yeux. " La page loisir. J'essaye de savoir si des auditions sont organisées quelque part. Je devrais vraiment trouver un agent. "

 

" Rien ne vaut le moment présent, " dit joyeusement Kris. Elle leva son sac. " Tu sais que j'ai apporté des films ? "

 

Deux yeux bruns se posèrent sur le sac et s'illuminèrent. " Quel genre de films ? "

 

" Des films gay, " répondit Kris.

 

Leigh cligna des yeux plusieurs fois. " Répète-moi ça ? "

 

" Je suis curieuse de savoir pourquoi on en fait tout une histoire. Je veux dire, d'abord William, puis Julia. Voyons voir comment vit l'autre moitié. Enfin les dix autres pourcents, ou du moins ce que c'est maintenant. "

 

" Des films gay ? " demanda Leigh. " Mais nous ne sommes pas gays. "

 

Kris fronça les sourcils. " Eh bien ils regardent des films hétéros. Ca me parait juste. " Elle sourit. " Et puis ça sera intéressant. "

 

Leigh haussa les épaules et se rassit. " Je ne peux pas rivaliser avec cette logique. Quels films va-t-on regarder ? "

 

Kris observa la sélection en vidant le sac. " Eh bien j'ai The Incredibly True Adventures of Two Girls In Love, But I'm A Cheerleader, Trick, Get Real, et If These Walls Could Talk 2 " Elle leva les yeux. " On peut les regarder dans l'ordre alphabétique. "

 

" Cinq films? "

 

" Nous n'avons rien de mieux à faire, " répondit Kris, sur la défensive. " Et puis je n'arrivais pas à me décider. "

 

Leigh rit. " Je ferais mieux de commander une pizza. "

 

***

 

" Je ne comprends pas, " commença Adrian dès que Julianne ouvrit la porte. " Pourquoi est-ce que tu penses à ne pas faire ce film ? " Il entra dans la maison et attendit la réponse de Julianne.

 

L'actrice ferma la porte et leva les yeux au ciel. " Quelle partie de 'convaincs-moi de ne pas le faire' ne comprends-tu pas, Adrian ? " Elle traversa le foyer en direction du salon.

 

Adrian suivit le mouvement. Il n'abandonnerait pas sans en avoir discuté. " C'est un scénario excellent, Julianne, " lui dit-il.

 

" Je sais que c'est excellent ! "

 

" Alors où est le problème ? " Demanda patiemment Adrian.

 

Julianne pivota sur elle-même. " Tu sais parfaitement où est le problème ! "

 

" Tu sais combien d'actrices tueraient pour avoir un rôle pareil ? " Demanda Adrian. " Tu m'as demandé mon opinion, Julianne, et en tant que scénariste, directeur et adorateur de ce genre de films, je te dis que tu ferais une énorme erreur si tu laissais passer cette opportunité. "

 

" Je n'ai pas demandé ton opinion professionnelle, Adrian, " répondit Julianne. " Je t'ai demandé de m'empêcher de faire quelque chose que je regretterai. "

 

" Que crois-tu que je fasse ? " cria-t-il.

 

Julianne le fixa, la colère remplaçant la frustration. " Tu es la seule personne sur Terre qui peut comprendre. "

 

Adrian hésita et laissa tomber le script sur le canapé près de lui. Il tourna ses yeux bleus vers ceux de sa meilleure amie et soupira. " C'est une opportunité qui ne te sera proposée qu'une seule fois dans ta vie, Julianne. C'est ta chance de prouver que tu es meilleure que ce qu'ils pensent. "

 

" Ce n'est pas le problème, Adrian, " répondit Julianne. " Tu sais que je ne parle pas de ça. "

 

Adrian passa une main exaspérée dans ses cheveux. " Ces dernières années, je t'ai regardée éviter magistralement tout contact avec la communauté gay. La moitié de la planète pense que tu es homophobe et l'autre moitié te loue pour tes idées conservatrices. Ce n'est pas ce que tu es, Julianne. Tu dois faire face à tes peurs ou elles détruiront ta carrière. Parfois le problème n'est pas les rôles que tu joues, mais les rôles que tu ne joues pas. "

 

Julianne laissa échapper un long soupir, ses yeux se baissant. Si seulement c'était aussi simple.

 

" De quoi as-tu peur ? " demanda Adrian. " La plupart des actrices qui jouent des rôles de lesbiennes sont hétéros, de toute façon. Personne ne te questionnera sur ta sexualité. "

 

" C'est ça le problème, " envoya Julianne. " Ils penseront que je suis hétéro. Ils me harcèleront de question comme 'Qu'avez-vous ressenti en embrassant une femme ?' ou 'En tant qu'hétérosexuelle, qu'avez-vous ressenti en jouant le rôle d'une lesbienne ? Etait-ce dur ? Avez-vous fait des recherches ?' Et je devrais jouer le jeu, sourire, mentir, et ajouter d'autres conneries à la montagne de merdes qui constituent ma vie. "

 

Adrian croisa les bras. " Ca n'avait pas l'air de t'ennuyer jusqu'ici. "

 

" Bon sang, Adrian ! " cria Julianne, exaspérée. " Je n'ai pas besoin de ça dans ma vie. Je n'ai pas besoin d'ouvrir une boîte de Pandore de questions et d'allégations ! "

 

" Alors pourquoi m'as-tu demandé de lire ce script ? " répliqua Adrian. " Si tu as déjà décidé de ne pas prendre le rôle, pourquoi m'as-tu demandé de le lire ? "

 

Julianne le regarda, soudain à court de mots. Enfin, elle haussa les épaules en essayant de se calmer. " J'espérais que tu trouverais un moyen pour que je ne culpabilise pas en ne prenant pas le rôle. "

 

" Non. " Adrian secoua la tête. " Je te connais, Julianne. Quand tu as décidé quelque chose, tu te fiches pas mal de ce qu'en pensent les autres. Tu voulais que je te donne une raison de le prendre. Et c'est ce que j'essaye de faire. En tant que meilleur ami. "

 

Julianne soupira.

 

Adrian s'adossa au canapé et laissa échapper une longue expiration. " Quand as-tu été heureuse pour la dernière fois, Julianne ? Honnêtement, je veux dire. Parce que j'ai été à tes côtés lors de tous tes grands succès et je ne t'ai jamais vue vraiment contente.

 

" Tu as créé cette autre personnalité pour que personne ne réalise à quel point tu es triste, ou plus important, pourquoi. Alors explique-moi ce que tu risquerais en te montrant sous ton vrai jour ? "

 

" Mon intimité, " répondit facilement Julianne.

 

Adrian leva un sourcil.

 

Julianne s'approcha du canapé et s'assit à l'autre bout, forçant Adrian à se tourner. " Je sors du placard, et tout tournera autour de ma sexualité. Si quelqu'un me surprend en train de marcher avec une femme, tout le monde en conclura que j'ai une nouvelle petite amie. Tout ce que je ferai, dirai, et porterai deviendra soudain quelque chose qui reflètera une communauté entière qui me prendra pour exemple. "

 

Elle secoua tristement la tête. " Je ne pense pas être émotionnellement prête à devenir la nouvelle star lesbienne. Et honnêtement, je ne veux pas l'être. Je n'ai pas travaillé toutes ces années pour que mon nom soit synonyme de lesbianisme. A la seconde où je dirai 'Je suis gay', c'est tout ce que les gens retiendront de moi. "

 

" Seulement si c'est tout ce que tu leur montres, " répondit Adrian. " Qu'est-ce que ça change s'ils pensent 'lesbienne' lorsqu'ils te regardent ? Ils pensent 'Enflure' en ce moment, et ça n'a pas l'air de te déranger. "

 

Julianne sourit légèrement.

 

" Tu n'es pas seulement lesbienne. Peu importe ce qu'ils pensent, Julianne. Tu le sais. Je le sais. " Il haussa les épaules. " Mais je n'essaye pas de te convaincre de sortir du placard. J'essaye de te convaincre de prendre ce rôle. "

 

Lorsque Julianne ne répondit pas, Adrian continua. " Je me souviens que tu as dit que ton succès ne durera pas. Qu'un jour, tu marcheras dans la rue et personne ne se souciera de qui tu étais. Et pourquoi s'en soucieraient-ils ? Tu n'as rien fait qui vaille la peine de se souvenir de toi. "

 

Julianne fronça les sourcils.

 

" Hé, c'est vrai, " répliqua Adrian. " Personne ne sort du lot en jouant des rôles quelconques. Je sais que ta plus grande peur serait d'être oubliée. Alors dis-moi, Julia, comment veux-tu que les gens de souviennent de toi ? "

 

 

Chap. 37

 

" Je ne comprends pas pourquoi la vieille femme est morte, " pleurnicha Leigh à travers ses larmes. " Et pourquoi ces gens étaient-ils si méchants ? "

 

Kris lui tendit la boîte de mouchoirs. Leigh avait tendance à devenir extrêmement émotive durant les films tristes. Elle le devenait extrêmement durant la plupart des films, à vrai dire.

 

Leigh s'empara de quelques mouchoirs et se moucha bruyamment. " Hé, ça serait pas la fille de Dawson ? "

 

Kris tourna son attention vers la scène de Walls 2 et haussa les épaules. " Aucune idée. C'est toi l'experte en télévision. "

 

Leigh roula des yeux et hocha la tête. " Ouais, je crois que c'est elle. Mais avec une coiffure différente. Elle est gay ? "

 

" Je lui demanderai la prochaine fois que je la vois, " répondit sèchement Kris. Elle reposa le paquet de mouchoirs et se réinstalla sur le canapé. Jusqu'ici, elles avaient regardé deux des films et avaient apprécié les deux. Le premier, à propos d'une pom-pom-girl, avait été intéressant. Bizarre, mais intéressant. Et Kris avait adoré le jargon Anglais utilisé dans Get Real. Les acteurs avaient été bien choisis, aussi.

 

Leigh fronça les sourcils. " Ouh, salopes. Les féministes ne devraient pas être un peu plus… je ne sais pas, amicales envers les femmes ? "

 

" Eh bien, en fait, il y a eu toute une histoire dans les années 70 entre les Féministes Radicales et les lesbiennes parce que les Radicales n'étaient pas ce qu'avaient espéré les lesbiennes. Alors les lesbiennes ont rompu les liens et ont débuté le mouvement des Lesbiennes Féministes. "

 

Leigh tourna lentement la tête et regarda Kris.

 

" Quoi ? J'ai eu un cours là-dessus, " expliqua Kris. " Il y a eu tout un tas de mouvements féministes. Le Socialiste, le Marxiste, le… " Elle réalisa que Leigh s'en moquait et décida de se taire et de regarder le film.

 

Quelques minutes plus tard, Leigh s'écria. " Ouh, Encore ! " commenta-t-elle en agitant la main vers l'écran. " Maintenant, les lesbiennes sont méchantes avec la pauvre petite gamine. C'est pas gentil. "

 

Kris se contenta de secouer la tête.

 

Leigh se leva. " Ca requiert du popcorn. "

 

" D'accord, mais tu nettoieras ! " lança Kris par-dessus son épaule. Leigh était déjà dans la cuisine et cherchait dans les placards. Elle haussa les épaules et se tourna vers l'écran. " Tu veux que j'arrête le film pour toi ? " demanda-t-elle en tendant la main vers la télécommande. Elle cherchait le bouton de pause en parlant. " Tu vas rater… " Oh … merde. Kris cligna des yeux.

 

Leigh revint en courant dans le salon. " Qu'est-ce que je rat… " Elle s'arrêta brusquement. " Et voilà le sexe. " Elle sauta par-dessus le dossier et atterrit près de Kris. On entendait de petites explosions dans le fond. " Je me suis toujours demandé ce que les femmes faisaient réellement. Cet autre film lesbien ne m'a rien appris du tout. "

 

Kris rougissait sans raison.

 

" Ca va ? " demanda Leigh. " Tu as l'air un peu lessivée. J'oublie que tu es Miss Innocente. Tu veux que j'accélère pour que ta virginité ne soit pas affectée par ces preuves d'affection perverses ? "

 

La sonnerie du micro-ondes interrompit Kris, et elle sauta sur ses pieds. " J'y vais, " annonça-t-elle avec une voix aigue. Puis elle partit rapidement pour que Leigh n'ait pas le temps de commenter. Je perds l'esprit. Je le perds. Je le perds. Elle sortit le popcorn du micro-ondes en se brûlant presque. " Aïe. " Elle secoua la main sur le côté, essayant de faire disparaître la légère douleur. Puis retourna au salon.

 

" Merci, " dit Leigh en acceptant le sac. Elle hocha la tête en direction de l'écran. " Je crois que j'ai compris. Beaucoup de câlins et de caresses. "

 

Kris se sentit rougir de plus belle, mais s'assit près de son amie. " Qu'est-ce que j'ai raté ? "

 

" Un vibromasseur, c'est à peu près tout, " résuma Leigh, plongeant la main dans le popcorn et le glissant dans sa bouche. " J'adore ça. "

 

" Le sexe lesbien ? "

 

" Non. " répondit lentement Leigh. " Le popcorn. "

 

" Alors pourquoi la plus grande partie finit sur le sol ? " demanda Kris.

 

" Ca n'est pas du tout ma faute, " répliqua Leigh. " Certaines choses nécessitent des lançages de popcorn. "

 

" Lançages ? "

 

" Nouveau terme. " Elle désigna la télé du menton. " On rate ça. Je croyais que tu voulais élargir tes horizons. "

 

Kris fronça les sourcils. " C'est ce que je fais. Mes horizons sont très étendus. "

 

" Malade. "

 

Kris tendit la main pour prendre une poignée de popcorn et la lança à Leigh. " Je ne veux même pas savoir ce que tu entends par là. "

 

Leigh sourit, mais choisit de ne pas commenter.

 

Elles parvinrent toutes deux à garder le silence jusqu'à la fin de la séquence. Mais, une fois terminé, Leigh parla. " Eh bien, au moins celle-ci n'était pas déprimante. "

 

Kris hocha la tête, regardant les crédits de la troisième et dernière partie. (NDLT : ce film est en trois " épisodes ", avec à chaque fois de nouveaux acteurs.) " Je crois que celle-ci est sensée être drôle. "

 

" Je veux simplement voir Ellen et Sharon en couple, " commenta Leigh. " Je n'aurais jamais imaginé les voir ensembles. "

 

Kris roula des yeux et croisa les bras, sa tête reposant contre le dossier.

 

Environ quinze minutes plus tard, Leigh applaudit. " Amenez le sexe ! " cria-t-elle, lançant les popcorns comme des confettis.

 

" Tu te prends trop au jeu, " nota Kris.

 

" Hé hé, elles vont le faire, hé hé, " dit Leigh avec sa meilleure expression perverse.

 

" Tu es devenue folle. " Kris rit nerveusement et tourna son attention vers l'écran. Elle perdit le souffle. Oh … whoa … Elle déglutit, reconnaissant que l'action à l'écran la rendait un peu…

 

" Les caresses, les câlins, et les roulades, " dit Leigh avec un hochement de tête. " Compris. "

 

" Je vais te laisser avec ta scène de sexe, " dit soudain Kris en se levant rapidement. " Je vais prendre une douche. "

 

Leigh pouffa de rire. " Douche froide ? " plaisanta-t-elle lorsque Kris s'en alla.

 

Kris se figea, soudain paniquée. " Bien sûr que non ! " s'écria-t-elle. Puis elle réalisa que Leigh ne faisait que la titiller. Comment toujours. Elle lutta pour reprendre contenance. " Je dois en garder un peu pour mon vibromasseur. "

 

Leigh rit bêtement et lui lança une poignée de popcorn. " Bonne fille. "

 

***

 

Julianne avait décidé d'étendre la zone des cents pas à toute la maison. Elle avait déjà visité sa chambre trois fois au cours du cycle sans fin de l'indécision qui menaçait de la rendre folle. Si ce n'était pas déjà fait.

 

" Que doivent se rappeler les gens de moi ? " Julianne se demanda à voix haute. " Maudit Adrian et son conseil crypté. " Elle marmonnait et regardait le téléphone dans sa main. Elle refusait d'aller se coucher avant d'avoir pris sa décision à propos du film. Ce n'était pas que cette indécision ne la laisserait pas dormir. Et puis, elle n'était pas sûre que cette décision la calmerait.

 

Elle s'arrêta. " Je n'ai pas besoin de faire ce film. Beaucoup d'autres occasions vont me tomber sur les genoux lorsque L'Ange Gardien passera au cinéma. " Elle hocha la tête et composa un numéro. Au sixième chiffre, elle raccrocha et recommença à marcher. " Mais seront-ils aussi bien que celui-là ? "

 

" Et qu'est-ce que ça changerait que je fasse ce film. Je ne suis pas obligée de donner des interviews que je ne veux pas donner. Je peux faire semblant d'être très occupée. Je le suis la plupart du temps. Puis tout éclatera et je ne retrouverai jamais une vie normale. "

 

Elle soupira. " On y croit. "

 

Lors de son quatrième voyage dans sa chambre, elle s'arrêta. " Ok, laissons cette décision au destin, " décida-t-elle en s'emparant d'une pièce sur la table de nuit. " Face je fais le film, pile je ne le fais pas. " Elle lança la pièce en l'air, la rattrapa et la plaqua contre le dos de sa main gauche.

 

Face.

 

Julianne s'arrêta. " Le meilleur sur trois lancers. " Elle répéta le geste... et…

 

Face.

 

" Bon sang. " Elle lança la pièce à travers la pièce, et tapa le combiné contre son front. " Réfléchis. "

 

Enfin, elle composa un numéro. Elle attendit que quelqu'un décroche.

 

" La maison du plaisir de Leigh et Kris. Leigh à l'appareil, comment voulez-vous être puni ? "

 

Julianne fronça légèrement les sourcils. Elle s'éclaircit la gorge. " Euh, salut. Est-ce que Kris est là ? "

 

" Elle est sous la douche. Tout ces pornos lesbiens l'ont rendu un peu… vous savez. Je peux prendre le message ? "

 

Porno lesbien ? " Euh, non, ça ira. Merci quand… "

 

" Oh, attendez, " l'interrompit Leigh. " Elle vient de sortir. Une seconde. "

 

" Allo ? " dit soudain Kris.

 

Julianne se trouva à court de mots. Pourquoi appelait-elle Kris pour ce problème ? " Un porno lesbien ? " se surprit-elle à demander.

 

" Julia ? Porno… " Kris s'arrêta, puis couvrit le combiné. " Leigh, je vais te tuer !! "

 

" Tu veux peut-être le faire après t'être débarrassée de cette serviette, " répondit Leigh, quelque part dans le fond. " Après tous ces films gays qu'on a regardé, je pourrais mal interpréter. "

 

Julianne se gratta le front pensivement. Films gays ? Attends, elle vient de dire que Kris est en serviette ? Pourquoi je pense aux films ? Elle se représenta Kris et ferma les yeux. Voilà pourquoi.

 

Kris grogna dans le téléphone. " Elle vit pour m'embarrasser, " expliqua-t-elle pour s'excuser. " N'écoute pas ce qu'elle dit. Elle a grandi selon un régime strict de chips de peinture et de colle. " Il y eut un bruit de porte. " Alors, que puis-je faire pour toi ? "

 

Julianne ne sut plus quoi dire. Elle ne pouvait pas vraiment expliquer son problème. N'est-ce pas ? Creuse-toi la tête, Franqui. " Je voulais simplement savoir comment tu allais. "

 

" Oh, ça va, " répondit Kris. " Tu as reçu mon email ? "

 

Elle s'assit sur le bord de son lit. " Je ne sais pas, je n'ai pas beaucoup de temps pour aller sur internet. "

 

" A cause du travail ? "

 

Julianne réfléchit à cette question. " En quelque sorte. " Elle mordilla sa lèvre inférieure, évaluant ce qu'elle pouvait dire. " J'ai ce… problème. "

 

" Attends un peu, " dit Kris. " Je suis nue et je dégouline sur la moquette. Donne-moi une seconde. "

 

Le téléphone échappa à Julianne lorsqu'elle s'imagina la scène, et elle finit par jongler avec le combiné, essayant de le rattraper. Enfin, elle le reposa sur son oreille.

 

" Allo ? " disait Kris.

 

" Désolée, je… enfin… le… euh… " Elle s'arrêta deux secondes. " Je vais attendre, " articula-t-elle enfin en se couvrant le visage de sa main libre. On devrait créer une loi pour m'interdire de communiquer avec d'autres personnes.

 

Kris rit. " Ok, une seconde. "

 

Julianne essaya de reprendre ses esprits en attendant, mais échoua lamentablement. Elle était presque certaine que le commentaire de Kris avait détruit son dernier neurone. Pas moyen de s'endormir avec cette image dans la tête.

 

" Ok, je suis toute à toi. Quel est le problème ? "

 

" Oh, c'est vrai, " dit Julianne en essayant de ne pas faire trop attention au 'toute à toi', ni à quel point cette phrase était agréable. " Ok, imagine que tu dois prendre une décision, l'une des alternatives est la fuite, et l'autre est la chose courageuse à faire. Seulement, la chose courageuse pourrait avoir de graves conséquences. Quelle serait ta décision ? "

 

" Hmm, " Kris réfléchit. " De quel genre de 'graves conséquences' parles-tu ? "

 

" Je ne suis pas sûre, " répondit Julianne. " J'ai tendance à être paranoïaque. "

 

Cela fit rire Kris. " Eh bien, euh, j'imagine que ça dépend de l'importance du sujet de la décision. L'acte courageux compliquerait ta vie ? "

 

" Euh, je devrais faire avec… définitivement. "

 

" Hmm, eh bien je sais à quel point tu aimes la simplicité. " Elle hésita un moment, puis demanda, " Tu veux demander à une fille de sortir avec toi, ou quelque chose dans ce genre ? "

 

Julianne réfléchit. " Oui ! " dit-elle rapidement.

 

" Oh. "

 

Oh ? " Voila, il y a cette fille superbe, " continua Julianne, essayant de faire une métaphore. " Elle est parfaite. Je veux dire, elle représente ce que j'ai toujours cherché. Le seul problème, c'est que… " Que quoi ? " …elle est vraiment… libérée. " Est-ce que ça a un sens ? Oh, tant pis, c'est toujours mieux que l'histoire des robots aliens. " Alors, si je lui demande, et qu'elle dit oui, tout le monde saura que je suis gay. "

 

" Et tu as peur pour… ton job ? " demanda Kris.

 

Julianne s'illumina. " Oui ! Exactement. J'ai peur pour mon job. "

 

" Oh, d'accord, tu ne peux pas tout simplement la garder hors de ton lieu de travail ? "

 

" Eh bien, on travaille ensemble, " mentit Julianne.

 

" Alors, si vous travaillez ensemble, et que tout le monde sait qu'elle est gay, pourquoi y aurait-il un problème avec toi ? "

 

Julianne perdit la trace de sa métaphore. Enfin bref. " Eh bien, j'ai peur que tout cela ne gêne ma… progression au travail. "

 

" Comme le fait qu'on ne te proposerait plus de bons rôles si tout le monde savait que tu es gay ? " proposa Kris.

 

On n'a peut-être pas perdu sa trace, finalement. " Oui. "

 

" Mais sortir avec elle te rendrait heureuse ? " demanda Kris.

 

" Je pense que oui, " répondit Julianne.

 

" Alors c'est tout ce qui importe, " dit Kris, confiante. " Tu devrais toujours faire ce qui te rend heureuse. Il n'y a aucun intérêt à passer à côté du bonheur simplement parce que tu as peur de quelque chose qui pourrait ne pas se produire. "

 

Julianne réfléchit. Ca paraissait… normal… et très simple. " Merci, " dit-elle avec un sourire que Kris ne pouvait voir.

 

" Je t'ai aidée ? "

 

" Enormément, " confirma Julianne. Adrian avait probablement dit la même chose plus tôt dans la journée, mais Kris rendait les choses… plus belles. Elle s'allongea sur le lit et sourit, un poids étrange quittant ses épaules. Elle appellerait Eric dès la fin de cet appel. Mais pour l'instant, il lui fallait discuter de choses plus importantes. " Alors, qu'est-ce que c'était cette histoire de porno lesbien ? "

 

 

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