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LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR20

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LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR

 

 

par Dreams

 

Traduction : Emilie (happymeal@hotmail.fr)

 

 

 

 

Table des matières

 

 

Chapitres 41, 42, 43 et 44.

 


 

 

Chapitre 41

 

Kris sauta du canapé à la seconde où elle entendit le bruit de la serrure. « Alors ? » demanda-t-elle, impatiente, dès que Leigh apparut à la porte. Kris nota l’air perdu de Leigh et fronça légèrement les sourcils. « Que s’est-il passé ? » demanda-t-elle, gentiment cette fois-ci.

 

Leigh entra dans l’appartement et ferma la porte derrière elle. Plutôt que de répondre, elle se dirigea vers la table de la cuisine et s’assit.

 

Kris suivit rapidement le mouvement. « L’audition ne s’est pas bien passée ? » demanda-t-elle doucement, en s’asseyant à son tour. Elle avait déjà préparé des discours pour les deux cas. Un bon ami est toujours prêt à tout.

 

Après quelques minutes de silence, Kris s’apprêtait à reprendre la parole lorsque Leigh parla enfin. « Ca s’est… bien passé, » dit-elle. « Très bien, en fait. »

 

Kris n’arrivait pas à savoir comment réagir dans cette situation. Elle s’était préparée pour une Leigh enthousiaste avec une bonne nouvelle, ou une Leigh déprimée avec une mauvaise nouvelle. Mais elle ne savait pas comment réagir à une Leigh déprimée avec une bonne nouvelle. « Euh, c’est… bien ? » annonça-t-elle, incertaine.

 

Leigh regarda sa meilleure amie. « Désolée, je crois que je suis toujours sous le choc, » répliqua-t-elle.

 

« Tu as le rôle ? » questionna Kris, soudain excitée.

 

« Je ne sais pas encore, » répondit-elle. « J’étais la première à auditionner. »

 

Kris était légèrement déçue, et extrêmement confuse. « C’était vraiment bien ? »

 

« Je… euh, » commença Leigh. « J’ai du embrasser quelqu’un. »

 

« Qui ? » demanda Kris, commençant à se sentir désespérée. Lorsque Leigh ne répondit pas, Kris demanda, « C’est quelqu’un que je pourrais reconnaître ? »

 

Leigh hocha la tête.

 

« C’est une célébrité ? » questionna Kris, son excitation revenant au galop.

 

« Oh oui, » répondit Leigh. « Très célèbre. »

 

Kris réfléchit à l’énigme un moment, certaine que Leigh ne lui donnerait pas cette information sans un jeu de devinette au préalable. Elle claqua des doigts. « Rye Phillips ? »

 

Leigh l’observa avec un sourire mystérieux plaqué sur son visage. « Proche, » répondit-elle. « Très, très proche. »

 

Kris réfléchit à cet indice mais ne parvint à penser à qui que ce soit d’autre. « J’abandonne, » dit-elle enfin.

 

Leigh se pencha légèrement. « Je vais te donner un indice, » proposa-t-elle. « C’est quelqu’un qui a gagné l’award du Plus Beau Baiser. »

 

Kris fronça les sourcils. « Ce n’était pas Rye Phillips ? » demanda-t-elle, complètement perdue.

 

« Essaie encore. »

 

Plus Beau Baiser ? Je suis sûre que c’était Rye Phillips et… Elle se figea. « Pas possible, » souffla Kris, comprenant soudain.

 

« Uh-huh, » confirma Leigh en s’adossant à la chaise.

 

« Julianne Franqui ? » demanda Kris pour s’assurer qu’elle ne faisait pas fausse route.

 

« La seule et l’unique. »

 

« Tu as embrassé Julianne Franqui ? » répéta Kris.

 

Leigh hocha la tête. « C’est un film lesbien, » informa-t-elle Kris. « Et devine qui a le premier rôle. »

 

« Tu rigoles, » dit Kris, persuadée que Leigh lui faisait une blague; une habile diversion pour la distraire du fait que Leigh avait le rôle.

 

« Kris, » commença Leigh sérieusement. « J’ai embrassé Julianne Franqui. Techniquement, elle m’a embrassée. »

 

« Sur les lèvres ? »

 

« Ouaip. »

 

Kris resta figée un long moment. « Mais il n’était pas question de baiser dans les scènes que nous avons préparées, » répliqua-t-elle.

 

Leigh répondit en haussant les épaules. « La directrice a décidé de me faire auditionner pour un autre rôle. »

 

« Tu jures que tu ne me fais pas tourner en bourrique ? » demanda Leigh, toujours incertaine de croire Leigh.

 

« Je jure sur ma carrière d’actrice que j’ai embrassé Julianne Franqui, » répondit Leigh en levant la main droite.

 

« Julianne Franqui joue dans un film lesbien ? » questionna Kris, incapable d’y croire.

 

« C’est une épidémie, » dit Leigh. « Je te l’ai dit. Ils sont partout. »

 

Kris fronça les sourcils. « Tu crois que Julianne Franqui est gay ? »

 

Leigh réfléchit un moment puis haussa les épaules. « Probablement pas. Ils auditionnent toujours des actrices hétéro pour ces rôles. » Elle se pointa du doigt pour illustrer son argument. « Même si ça serait probablement mieux pour elle si elle l’était. Cette chose avec laquelle elle sort est hideuse. »

 

Kris gloussa, puis se mordilla la lèvre inférieure un moment. « Qu’est-ce que ça fait ? » questionna-t-elle, incapable de s’en empêcher.

 

« D’embrasser une femme ou d’embrasser Julianne ? » demanda Leigh.

 

« Les deux, j’imagine, » répondit Kris.

 

Leigh regarda le plafond, pensive. « Eh bien tout s’est passé très vite, » répondit-elle. « Et puis il y avait un tas de gens qui regardaient, et je devais rester dans le rôle. Ce n’est pas comme si on s’était embrassées passionnément. » Elle haussa les épaules. « C’était intéressant. »

 

« Intéressant ? » questionna Kris, pas vraiment satisfaite de cette réponse.

 

« Ça ne m’a pas vraiment excitée, c’est tout, » répondit Leigh, un peu sur la défensive. « D’un autre côté, je n’ai pas eu envie de vomir non plus. » Elle fronça les sourcils. « Tu crois que ça signifie quelque chose ? »

 

Kris haussa les épaules.

 

« Hmm, » répondit Leigh, pensive.

 

« Quel est ce rôle, alors ? » lui demanda Kris.

 

Leigh soupira. « Disons juste que je devrai embrasser Julianne Franqui bien plus souvent si je l’ai. »

 

Kris sourit. « Ça serait si mal ? »

 

Leigh réfléchit. « En fait, j’aurais le second rôle du film, alors pas vraiment. » Elle s’arrêta. « Tu crois que ça signifie quelque chose ? »

 

« Seulement si tu as soudain le béguin pour Julianne Franqui, » plaisanta Kris.

 

« Pas vraiment mon type, » répliqua Leigh, après un instant de réflexion. « L’assistant de la directrice pas contre, lui c’est quelque chose. Son nom est Jérémy je crois. Si je décroche un des rôles, je t’emmène sur le plateau pour que tu voies les fesses de ce type. Elles sont sexys. »

 

« J’ai vraiment hâte, » dit Kris, les fesses de Jérémy ne l’intéressant pas vraiment. « Et comment était-elle ? » demanda Kris.

 

Leigh répondit par un haussement d’épaules. Elle dit enfin, « Je n’ai pas vraiment eu le temps de parler avec elle. Mais elle avait l’air très… »

 

« Hautaine ? » proposa Kris.

 

« Nerveuse, » répondit Leigh. « Elle n’était pas du tout hautaine. Elle m’a demandé quelle scène nous allions faire, puis m’a proposé de me couvrir si je décidais de m’enfuir. Puis nous avons joué la scène et je suis partie. » Elle sourit, pensive. « C’est quelque chose quand même. Jouer avec elle était impressionnant. Elle est vraiment intense. »

 

« Je suis vraiment surprise que tu parles de tout ça aussi calmement, » dit Kris.

 

« Je te l’ai dit, je suis sous le choc, » expliqua Leigh. « Tu penses que j’ai déjà encaissé la nouvelle ? »

 

Kris rit. « Wow, » dit-elle après un instant. « J’y crois pas. »

 

« Moi non plus, » acquiesça Leigh. « Et j’y étais. »

 

« Tu penses obtenir l’un des rôles ? » questionna Kris.

 

« Je suppose que nous allons le découvrir, » répondit Leigh.

 

  • * *

 

« Tu l’as embrassée ? » cria Adrian. « Et j’ai raté ça ?! »

 

Julianne observait le paysage depuis son balcon, n’écoutant qu’à moitié ce qu’Adrian disait. Derrière elle, Karen regardait la télévision. Julianne s’assura que son assistante n’écoutait pas avant de continuer. « La situation commence à se compliquer. »

 

« Compliquer ? C’est un feuilleton mélodramatique ! »

 

Julianne soupira en s’appuyant sur la rambarde du balcon. « Je ne sais pas quoi faire. Et si Leigh décroche le rôle ? »

 

« Les hommes et les lesbiennes du monde entier s’agenouilleront et remercieront Dieu, » répondit Adrian.

 

« Pas drôle. » Julianne ne se sentait pas bien depuis l’audition. « Je n’avais pas prévu ça. »

 

« Prévu quoi, exactement ? » demanda Adrian.

 

Julianne soupira. « Rien de tout ça, » dit-elle. « Je ne croyais pas que la situation m’échapperait à ce point. Je voulais seulement quelqu’un à qui parler. »

 

« Autre que moi. »

 

« Je ne sais pas, Adrian, » répondit Julianne, perdue et frustrée. « Je ne voulais pas te remplacer. Juste… Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas. »

 

« C’est une femme. »

 

« Et ? »

 

Adrian soupira. « Tu voulais parler avec une autre femme, » dit-il. « C’est normal. Je comprends. Ce n’est pas comme si j’étais l’homme le plus efféminé de la planète. » Il s’arrêta. « Mais je ne crois pas que c’est ce que tu cherchais. »

 

« Alors quoi ? »

 

« Je ne sais pas, » répondit Adrian. « Ce sont tes sentiments. Je ne suis qu’un spectateur. »

 

« D’accord, » répliqua Julianne et levant les yeux au ciel. « Que dois-je faire, d’après toi ? Honnêtement. »

 

« Je pense que tu devrais aller jusqu’à son appartement et lui dire la vérité, » répondit Adrian. « Et si elle ne parvient pas à accepter, tant pis pour elle. »

 

Julianne tourna le dos à la vue de New York City. Elle passa une main dans ses cheveux et secoua la tête. « Je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas me présenter devant sa porte et dire, ‘Salut, je suis Julia Frank, surprise !’ »

 

« Pourquoi pas ? »

 

« Parce que ! » répondit Julianne. « Elle serait terrorisée. Et… et… »

 

« Et ? »

 

« Et ça ne serait plus pareil, » avoua enfin Julianne. « Si elle sait qui je suis vraiment, elle ne me verra plus jamais de la même façon. Elle ne me verra plus comme une personne normale. » Elle soupira. « J’aime être quelqu’un de normal à ses yeux, Adrian. J’aime qu’elle m’apprécie malgré le fait que je ne suis personne. Je ne veux pas perdre ça. »

 

« Mais Julianne, tu es spéciale, » répliqua Adrian. « Et ça n’a rien à voir avec ta célébrité. Si tu lui caches qui tu es vraiment, elle ne découvrira jamais à quel point tu es merveilleuse. »

 

Julianne leva les yeux au ciel. « Ne fais pas l’imbécile avec moi, Adrian. Tu sais aussi bien que moi que la célébrité change tout. C’est impossible que je m’approche de Kris si je suis moi-même. »

 

« Alors tu vas continuer de lui mentir ? »

 

« Je dois seulement apprendre à me créer une nouvelle image, » répondit Julianne. « Et si ça me demande trop… Je devrai arrêter tout ça d’une manière ou d’une autre. »

 

« Tu te diriges droit vers un chagrin d’amour, » la prévint Adrian.

 

Julianne s’arrêta pour rassembler ses idées. Enfin, elle ferma les yeux. « Je sais. »

 

 

*************

 

 

 

Chapitre 42

 

 

Chère Julia,

 

Je veux encore te remercier, pour la énième fois, d’avoir aidé Leigh. Tu ne croirais pas tout ce qui est arrivé à Leigh depuis que tu lui as recommandé cet agent. J’ai du mal à y croire moi-même. Je sais qu’elle t’a déjà appelée pour te remercier… mais elle est tellement excitée qu’elle va probablement te rappeler pour te remercier de nouveau.

 

Bref, la dernière bonne nouvelle est arrivée il y a peu de temps. Leigh a décroché un rôle !!! Elle va jouer la sœur de l’héroïne. Je n’arrive pas à savoir si elle est soulagée de ne pas avoir à jouer une lesbienne avec Julianne Franqui… ou déçue. J’imagine que c’est un peu des deux.

 

Je ne l’ai jamais vue aussi heureuse de ma vie. Et c’est grâce à toi. Alors une fois de plus, merci.

 

Bref, je n’ai pas vraiment peint ces derniers temps. J’étais tellement préoccupée par Leigh que j’en ai oublié l’art. Va savoir. Je m’y remets dès demain.

 

Je suppose que je vais te laisser partir maintenant. Je voulais simplement te remercier. Je t’en dois une.

 

Ton amie,

Kris.

 

*****

 

Chère Kris,

 

Félicite Leigh pour moi! Je suis sûre qu’elle est très excitée. Oh, et tu ne me dois rien. J’aurai peut-être besoin d’un rein, un jour… je viendrai te chercher ce jour là. En attendant, tu n’as pas de dette envers moi. ;)

 

J’ai décidé de reprendre mon entraînement. De qui je me moque ? J’ai décidé de commencer à m’entraîner. Je ne pense pas avoir couru un kilomètre de ma vie. Au lycée, je disais que j’avais une crampe à chaque fois que l’on devait courir. Malheureusement, le professeur d’E.P.S. a fini par comprendre. Elle est venue me trouver dans la salle des casiers et m’a dit, « Frank! Tu vas courir demain! » Heureusement, je me suis foulée la cheville sur le chemin du lycée le lendemain matin.

 

C’est une manière rallongée de dire que je ne suis plus en état. Est-ce que tu t’entraînes? Je crois que je vais investir dans une de ces machines tout compris. Toutes ces publicités de nuit commencent à m’influencer. J’aimerais des abdos en acier. Dommage que je ne puisse pas en commander par téléphone.

 

Bon j’ai officiellement perdu la tête. A la prochaine :)

 

Bien à toi,

Julia.

 

*****

 

Chère Julia,

 

Pourquoi ne vas-tu pas dans une salle de gym, plutôt ? Je parie qu’il y a de jolies filles qui attendent qu’on les relooke. Si tu t’entraînes à la maison, tu vas tout rater. Maintenant, si tu n’es vraiment plus en état, il est peut-être mieux que tu t’entraînes d’abord chez toi. Tu n’as pas besoin de te montrer en public et de te ridiculiser. ;)

 

Et pourquoi veux-tu soudainement te muscler? Tu as un rendez-vous? :) Tu ne m’as jamais paru virile… heh…

 

Salutations distinguées,

Kris.

 

*****

 

Chère Idiote,

 

Je te ferais savoir que je sais parfaitement garder la tête froide en présence de femmes attirantes. Pourquoi, comment peux-tu savoir qu’elles ne me relookeront pas? Les femmes tomberaient à mes pieds. Il est possible que je ne veuille pas m’entraîner en public parce que je serais trop distrayante pour la foule. Trop de bave est mauvais pour les machines. ;)

 

Je suis une version féminine de Don Juan!

 

L’offensée,

Julia.

 

*****

 

Chère Don Julia,

 

Je dirais que tu es plus proche de Don Quichotte ;)

 

L’amusée,

Kris.

 

*****

 

Chère Kris,

 

Touché. J’ai clairement sous-estimé ta culture. Tu gagnes ce round. Mais prends garde, je suis une très mauvaise perdante ;)

 

Bref, j’ai l’honneur de t’annoncer que ma machine de torture est arrivée aujourd’hui. Je l’ai utilisé pendant un grand total de…

 

… Cinq minutes et douze secondes.

 

Peut après, je me suis sentie terriblement fatiguée et j’ai décidé de regarder la télévision (la chaîne Cuisine, si tu veux savoir). Résultat, j’ai décidé de faire un énorme banquet pour ma soirée. Tu es invitée. :)

 

Autrement dit, j’ai brûlé deux calories et en ai consommé environ 3,000 une heure plus tard.

 

Heureusement que je ne suis pas au régime.

 

Ton amie fainéante,

Julia.

 

*****

 

Chère Julia,

 

Cinq minutes et douze secondes? C’est… impressionnant ;)

 

En fait, je ne peux rien dire. Je crois que le seul exercice que je fais c’est de marcher partout.

 

J’ai été occupée à peindre ces derniers temps… à aider Leigh à mémoriser ses lignes… et à peindre. Je n’arrive pas à croire qu’on soit déjà à la mi-Juillet. J’ai l’impression de ne rien avoir fait cet été. Hum. Et dire que je te reprochais d’avoir une vie morne. ;)

 

J’ai fait un rêve la nuit dernière. C’était bizarre, mais je vais te le raconter.

 

J’étais sur un bateau pour le Canada. Et il y avait un petit homme avec un chapeau haut-de-forme bleu. Il portait un t-shirt avec « L’Appât du Gain » écrit dessus. J’essayais de rester loin de lui… mais il n’arrêtait pas de me suivre, en m’offrant du gâteau. Et d’habitude j’aime le gâteau, mais il y avait un iguane bleu dessus. Alors j’ai sauté dans l’océan et j’ai nagé loin de cet homme et de son iguane bleu.

 

Puis j’ai commencé à couler… mais j’ai réalisé quelques secondes plus tard que je pouvais respirer sous l’eau. Alors j’ai décidé de nager jusqu’au fond de l’océan pour voir ce qu’il y avait là-bas. Bizarrement, il y avait beaucoup de lumière au fond de l’océan parce que je pouvais voir une boîte logée dans le sable.

 

Bref, j’ai essayé d’ouvrir cette boîte, mais elle était fermée. Et je ne pouvais pas l’ouvrir, quoi que je fasse.

 

Puis je me suis réveillée. Et j’avais ce sentiment de déception. Je voulais vraiment savoir ce qu’il y avait dans la boîte.

 

Ton amie,

Kris.

 

*****

 

Chère Kris,

 

Peut-être cherches-tu quelque chose… mais tu ne sais pas quoi, et c’est pour cela que tu ne peux pas ouvrir cette boîte. Découvres ce que tu cherches et je suis sûre que la boîte s’ouvrira. :)

 

Je suis désolée, je ne t’ai pas répondu depuis une semaine. Je suis très occupée de mon côté du monde.

 

Mais… j’essaie de m’entraîner au moins une fois par jour. J’ai réussi à tenir plus de sept minutes sur la machine de torture aujourd’hui. C’est un record absolu. Je me suis offert de la glace en récompense. ;)

 

Tu vas probablement demander, alors je réponds tout de suite. Ben & Jerry Half Baked. C’est un mélange parfait de chocolat, de vanille, et de folie. Et tu as la garantie que tout retombe sur tes hanches, tes fesses et tes cuisses, ou on te rembourse.

 

Une bonne chose que je fasse de l’exercice. :)

 

Je lis également

La Couleur Pourpre

pour la vingtième fois. Est-ce que tu l’as lu ?

 

Bien à toi,

Julia.

 

*****

 

Chère Julia,

 

J’ai bien peur de ne pas avoir lu

La Couleur Pourpre.

En revanche, j’ai lu Harry Potter. La bonne littérature doit être lue. ;)

 

J’ai bien aimé ton analyse de mon rêve. Leigh m’a simplement dit que l’iguane représentait le pénis de Nathan, et que la boîte était une métaphore pour désigner mon homosexualité refoulée.

 

Je crois qu’elle prend mal le fait qu’elle ne puisse pas sortir avec Julianne Franqui dans ce film. ;) Et je crois qu’elle est nerveuse. Le tournage commence dans un mois.

 

Bref, puisque je m’ennuie, et que je n’arrive pas à dévoiler le mystère que tu représentes, j’ai une série de questions pour toi.

 

1. Qui est la première personne que tu aies embrassée ?

2. Quel a été le moment le plus embarrassant de ta vie ?

3. Si tu pouvais emporter trois choses sur une île tropicale, qu’emporterais-tu ?

4. Crois-tu en l’âme sœur ?

5. Quel genre de sous-vêtement portes-tu ? (C’est une question de Leigh, au passage)

6. Quelle est la première chose que tu regardes chez une femme ?

7. Quel est ton programme nocturne préféré ?

8. Tu ne sortirais vraiment jamais avec un homme ?

 

Voilà, ça devrait t’occuper un moment. ;)

 

Ton amie,

Kris.

 

*****

 

Chère Kris,

 

Tu préfères Harry Potter à Alice Walker ? Tsk Tsk. ;) En fait, je n’ai pas encore lu les œuvres de Rowling. Je les ai boycotté depuis le premier jour. :oP

 

Je crois que je préfère l’analyse de Leigh pour ton rêve. :)

 

Et pour te répondre :

 

1. La première personne que j’ai embrassée était Bobby Marcus. En fait, il s’est contenté de baver dans ma bouche, en quelque sort… J’ai pleuré. Puis j’ai décidé que je n’aimais pas embrasser les garçons. ;)

 

2. Le moment le plus embarrassant ? C’est dur d’en choisir un. :) Je vais dire cette fois au collège quand j’ai vu la fille la plus populaire de l’école venir vers moi. Elle s’appelait Jennifer Stratford. Bref, elle s’est approchée de ma table, et m’a demandé mon nom. Là, je dois préciser que j’avais le plus gros béguin imaginable (pour une fille de 13 ans) pour cette fille.

 

Enfin, je lui ai dit mon nom, et elle m’a demandé si je voulais entrer dans son club. J’ai accepté. Alors, elle m’emmène aux toilettes des filles où elle m’avait dit que son groupe se retrouvait durant le déjeuner. J’y ai rencontré cinq autres filles qui m’ont dit que pour entrer dans le club, je devais retirer mes vêtements et courir nue dans la cafétéria.

 

J’aurais dit non, bien sûr. Sauf que cette fille avait ce sourire merveilleux, et que je suis une parfaite idiote (tu remarqueras le temps présent) quand on en vient aux filles.

 

Je me suis déshabillée… j’ai couru. Et j’ai été suspendue. J’ai eu un mal fou à expliquer ça à mes parents.

 

3. J’emmènerai une pelle, un coton-tige, et un couteau.

 

4. Les âmes sœurs… hmm… Je pense qu’il y a de la beauté en chacun, et que si on cherche suffisamment, on peut trouver un caractère qui nous plait dans chaque personne que l’on rencontre. Parfois, on est simplement assez chanceux pour trouver plusieurs caractères qui nous plaisent dans une seule personne.

 

5. Je porte des deux-pièces ;)

 

6. Je vais te paraître vieux jeu… mais j’aime les femmes avec de beaux yeux.

 

7. I Love Lucy

 

8. Si je ne sortirais jamais avec un homme? Ne jamais dire jamais, je suppose. Mais je dirais qu’il y a très peu de chances. A moins qu’il ait de beaux seins… oups, je voulais dire de beaux yeux ;)

 

J’espère que tu es satisfaite. A ton tour de répondre.

 

Bien à toi,

Julia.

 

*****

 

Chère Julia,

 

De beaux yeux ? Oui… bien sûr :)

 

Et je te propose un marché. Tu lis Harry Potter et je lirai

La Couleur

Pourpre.

 

Réponses :

 

1. Nathan est la première personne que j’ai embrassée. Et à part cette petite bavure dans les dortoirs de l’Université de New York, je n’ai embrassé personne d’autre. J’étais saoule… ça ne compte pas ;)

 

2. Je suis tombée dans les escaliers du métro et j’ai atterri sur une femme aveugle qui s’est mis à me pousser avec sa canne. Elle s’est mise à crier, « À l’aide! À l’aide! » La police est arrivée… et a cru que j’avais essayé de voler la femme. Ils ont appelé mes parents. Ce n’était pas beau à voir. Mais au moins, j’étais habillée durant toute l’histoire.

 

3. J’emmènerai une couverture, un carnet de croquis, et des crayons de couleur.

 

4. Je crois que j’aime à penser qu’il y a une personne pour chacun. Mais j’ai parfois du mal à y croire.

 

5. Ce qu’il y a à vendre chez Victoria’s Secret ;)

 

6. J’aime les cheveux doux. Je sais que c’est un peu aléatoire mais… c’est bien, des cheveux doux.

 

7. Facts of Life.

 

8. J’imagine qu’il faut que j’inverse les sexes. Si je ne sortirais jamais avec une femme? Euh, non. Je crois que mes parents ont assez à faire avec William seul. Je ne veux pas leur faire avoir une crise cardiaque :)

 

Satisfaite ?

 

J’espère que tu vas bien,

Kris

 

  • * *

Chère Kris,

 

Après avoir LONGUEMENT réfléchi, j’accepte le marché. En fait, je suis sortie et ai acheté Harry Potter aujourd’hui. Il est toujours dans le sac. Je l’ouvrirai quand tu auras acheté

La Couleur

Pourpre

;)

 

Tu vas à Victoria’s Secret ? Bizarrement, je ne te voyais pas du genre VS. Ne me demande pas de quel genre je t‘imaginais… je ne sais pas ;)

 

J’en suis à dix minutes sur la machine de la mort. Et ça fait seulement deux semaines ! Je suis sûre que tu es très impressionnée.

 

Mais pour revenir à des sujets plus importants. Que veux-tu pour ton anniversaire ? Septembre arrive bientôt. Je n’ai plus que trois semaines de libres pour faire du shopping, alors tu as intérêt à me le dire vite :)

 

Et qu’as-tu fait ces derniers temps ?

 

Bien à toi,

Julia

 

*****

 

Chère Julia,

 

Je suis allée à la librairie et ai acheté une copie de

La Couleur

Pourpre.

A vos marques ? Prêts ? Lisez !

 

Hmm… Je ne sais pas comment prendre ton commentaire sur Victoria’s Secret. Et oui, j’y vais de temps en temps. Ils ont des dessous adorables pour une fille qui a besoin de ce genre de choses. Et puis Leigh y a travaillé, et je devais utiliser ses réductions ;)

 

Eh bien, au moins tu es persévérante à propos de t’entraîner. J’aurais probablement déjà abandonné :)

 

J’ai passé le week-end à l’appartement de William. Par contre, on était un peu à l’étroit, son appartement ayant la taille d’une boîte à chaussure (le mien n’est pas beaucoup plus grand, mais quand même). Je me suis vraiment amusée à traîner avec William et Mark. Ils sont tellement mignons ensemble. Ca me fait regretter d’avoir quelqu’un, tu sais ?

 

Tu ne te sens jamais seule ? Je n’ai jamais cru qu’il était possible d’être entourée par tellement de monde et de réussir à se sentir seule. Et pourtant, je le suis. Je ne sais pas pourquoi.

 

Dans les informations en rapport, Nathan m’a appelée hier. Il voulait m’informer qu’il sort avec une fille de Harvard, maintenant. En d’autres mots, il voulait me remercier d’avoir refuser sa demande en mariage. Enfin, du moment qu’il est heureux.

 

Enfin bref… J’arrête avec ça.

 

Leigh se débrouille vraiment bien avec son texte et tout ça. Je suis vraiment impressionnée par son talent. Avant, je devais la regarder jouer ces rôles psychotiques… et pourtant elle arrivait à m’étonner. Et là, la voir dans ce nouveau rôle m’a vraiment ouvert les yeux sur le talent qu’elle a vraiment. Je prie pour que ce film soit un succès. Elle le mérite.

 

En ce qui me concerne, j’ai réussi à vendre une peinture Samedi! Je suis vraiment excitée. Je commençais un peu à perdre espoir. :)

 

Mes parents vont plutôt bien. Ils ne parlent toujours pas à ou de William. Aucun progrès de ce côté-là. J’aimerais vraiment qu’ils l’acceptent…

 

Mon père biologique a appelé et m’a demandé si je voulais lui rendre visite pendant quelques semaines, mais j’ai refusé. Je veux être près de Leigh pour l’aider à répéter, et je n’ai pas vraiment envie de voyager.

 

Je crois que c’est un été assez décent dans ma vie, en ce moment :)

 

Oh, je ne veux rien pour mon anniversaire. Mais merci de t’en être souvenu… :) Sinon, quoi de neuf ?

 

Je t’embrasse,

Kris.

 

*****

 

Chère Kris,

 

Je te dirai ce que j’ai pensé de Harry Potter quand je l’aurai fini. En attendant, j’espère que tu aimes

La Couleur

Pourpre

:)

 

Je suis désolée d’apprendre que tu te sens seule. Mais ça arrive forcément. Après avoir été avec quelqu’un aussi longtemps, ça va être dur d’être célibataire. Et oui, je me sens souvent seule. Mais il y a toujours Adrian, et les publicités, et ma machine de musculation, et… toi :) Je ne suis pas encore un cas désespéré.

 

Es-tu contrariée à cause de Nathan ? C’est probablement une question stupide… tu avais l’air abattu. Tu veux en parler ? Je n’ai absolument aucune expérience en cœurs brisés et encore moins en ex-petits copains… mais je suis toujours heureuse d’aider.

 

Il ne m’est rien arrivé de neuf. J’ai été assez occupée avec le travail, qui est la raison pour laquelle je mets quelques jours à répondre à tes emails. Je suis désolée.

 

Je suis allée dîner avec mes parents la nuit dernière. Ma mère insiste pour que je mange avec ma famille environ une fois par semaine. J’ai réussi à leur échapper la semaine dernière mais pas la nuit dernière. Pour faire court, c’était l’enfer habituel. Ma sœur ne pourrait pas être plus vantarde. Je suis presque sûre que l’une de nous deux a été adoptée. J’espère que c’est moi.

 

Parfois, j’aimerais être assez courageuse pour leur dire que je suis gay. Je crois que l’expression choquée de ma mère vaudrait le détour. Et puis j’y réfléchis et je réalise que je ne veux pas que mes parents sachent quelque chose d’aussi personnel. Ils ne méritent pas de me connaîtrent autant.

 

Désolée pour ce dérapage. :)

 

Je regarde les cartoons depuis près de deux heures maintenant. Je crois que je suis tombée amoureuse de Bob l’Eponge. J’ai donc changé d’avis à propos de sortir avec un homme. Je vais sortir avec Bob l’Eponge. Tu vois, il a de beaux yeux… je te l’avais dit :)

 

J’ai pensé à Bob le Bricoleur, mais je crois qu’il est trop macho pour moi.

 

Je crois qu’il est temps d’aller me coucher. ;) Je comprends que tu ne vas pas me dire ce que tu veux pour ton anniversaire… très bien ! Je devrai deviner moi-même. Crois-moi, tu ne t’en tireras pas sans cadeau. Désolée. :oP

 

Je t’embrasse,

Julia

 

*****

 

Chère Julia,

 

Je déteste l’admettre, mais j’apprécie

La Couleur

Pourpre.

C’est bien mieux que le livre que tu m’avais recommandé la dernière fois. ;) Mais je ne reconnaîtrai pas officiellement que j’aime LCP tant que tu n’auras pas reconnu que tu adores Harry Potter. Allez, je sais que c’est le cas. Avoue.

 

Je ne sais pas ce que je ressens à propos de Nathan. Je ne peux pas nier que ça m’embête, mais en même temps, je ne sais pas ce qui m’embête au juste. Peut-être que c’est le fait qu’il a quelqu’un, et pas moi. Je vais y réfléchir.

 

Sens toi libre de déraper chaque fois que tu le veux. Je suis là pour ça. Pour ça, et pour me moquer de toi. Les deux vont bien ensemble, tu ne trouves pas ?

 

Bob l’Eponge, hein ? Je ne sais pas, Julia, je ne crois pas que tu sois son genre. Et comment ferais-tu pour que cette relation fonctionne ? Il vit dans la mer… tu vis en Californie. C’est une relation très longue distance. Pourquoi ne choisis-tu pas quelqu’un de plus proche ?

 

Oh, j’ai une histoire pour toi. J’étais dans le métro aujourd’hui, et je suis tombée sur ce type de mon cours d’Histoire de l’Art. On a commencé à parler de l’épreuve, et du professeur et j’ai fini par rater mon arrêt. Je me sentais tellement ridicule. Mais il m’a demandé mon numéro. Alors ce n’était peut-être pas une si mauvaise chose, au bout du compte.

 

Je crois que je vais prendre une douche et aller me pelotonner dans mon lit avec Alice Walker. Hmm… Ca paraît beaucoup plus sexuel que ce que j’avais prévu. ;)

 

Je t’embrasse,

Kris

 

*****

 

Chère Kris,

 

Tu vois, maintenant je suis partagée. Si j’admets aimer Harry Potter, ça pourrait te monter à la tête. Tu vas commencer à danser en criant « Je te l’avais dit ! » On ne peut pas se permettre ça. D’un autre côté, si je nie, non seulement tu seras triste et déçue, mais en plus je mentirais. Prends ça comme ma réponse ;)

 

Tu as raison. Sortir avec Bob l’Eponge peut présenter un problème géographique. Mais je ne peux pas l’abandonner comme ça. Tout d’abord, il a des yeux fabuleux. Ensuite, il est vraiment passionné par son travail. J’adore les gens passionnés. Et pour finir, il adore l’océan… tout comme moi. Comme tu peux le voir, Bob l’Eponge et moi sommes fait l’un pour l’autre. La distance n’est qu’un détail.

 

C’était vraiment beau, de rater ton arrêt de métro ;) Alors, qui est cet homme mystérieux ? Il a appelé ?

 

J’ai honte de l’admettre, mais je ne me suis pas entraînée de la semaine. C’est triste, n’est-ce pas ? Je suis tellement occupée que je m’effondre dès que j’arrive chez moi, d’habitude. En fait, je vais m’effondrer à la seconde où je cliquerai sur ‘envoyer’.

 

C’est à dire tout de…

 

*****

 

Chère Julia,

 

Ha! Je savais que tu adorerais Harry Potter. Juste pour t’énerver, je vais danser en criant « Je te l’avais dit! ». HAHAHAHA!

 

Si tu insistes à suivre Bob l’Eponge, je n’ai d’autre choix que de soutenir ta décision. J’espère juste qu’il ne te brisera pas le cœur.

 

Enfin, Anthony a appelé la nuit dernière et m’a demandé si je voulais me promener avec lui dans Central Park. J’ai accepté parce que ça avait l’air romantique. Il sera là dans une vingtaine de minutes, mais je voulais t’envoyer un email avant de partir pour que tu saches où j’en suis. Je suis vraiment excitée à l’idée de sortir avec lui. Je n’ai jamais vraiment eu de rendez-vous auparavant.

 

Ok, je devrais finir de me préparer. Je suis nerveuse. Vraiment nerveuse. Souhaite-moi conne chance :)

 

Je t’embrasse,

Kris

 

*****

 

Chère Kris,

 

Juste pour ça, je ne vais pas lire le livre n°2. Alors HA! ;)

 

J’espère que tu t’es amusée pendant ton rendez-vous avec Anthony. En espérant que tu n’as trébuché sur aucune femme aveugle. Héhé. J’ai hâte de connaître tous les détails.

 

De mon côté, je n’ai rien fait de spécial. J’ai réussi à m’entraîner aujourd’hui. J’en étais à peu près à deux minutes quand le téléphone a sonné. Je n’avais pas vraiment envie d’y retourner après la conversation téléphonique alors je suis plutôt allée prendre une douche.

 

Excitant, n’est-ce pas ?

 

Je vais m’arrêter avant de t’ennuyer à mourir. :)

 

Je t’embrasse,

Julia

 

*****

 

Chère Julia,

 

Tu ne pourras pas résister au tome 2. Prépares-toi.

 

Je suis vraiment désolée d’avoir mis une semaine à te répondre. J’ai été plutôt occupée. Anthony et moi sommes souvent ensemble, ces derniers temps. Notre premier rendez-vous s’est vraiment bien passé. Nous nous sommes promenés dans le parc, et il m’a emmené dîner. Il est vraiment gentil. Très différent de Nathan qui ne parlait que de lui. Anthony est très modeste… j’apprécie ça chez lui.

 

C’est presque un soulagement de ne pas être avec quelqu’un qui a beaucoup d’argent. Nathan se vantait toujours d’être riche, et il ramenait toujours ça sur le tapis. Je détestais ce sentiment qu’il me faisait une faveur en sortant avec moi. Comme si j’étais une œuvre de charité.

 

Anthony, à l’opposé, travaille pour sortir de la fac et reçoit de l’aide de quelques camarades. C’est un as en art, aussi. J’ai vu quelques unes de ses œuvres, c’est vraiment impressionnant. Demain, il m’emmène à un musée d’art dont je n’ai jamais entendu parler. Il veut me montrer son œuvre préférée. J’ai hâte de la voir.

 

Les choses se sont passées bizarrement, hein ? Une seconde je suis dans le métro, et je vais dans la mauvaise direction, et la seconde d’après je sors avec un homme vraiment gentil. Va savoir.

 

Comment se déroulent les choses de ton côté ?

 

Je t’embrasse,

Kris

 

 

 

*********

 

Chapitre 43

 

« Julianne, » dit Adrian, en agitant sa fourchette en l’air devant le visage de sa meilleure amie. « Jules! » appela-t-il plus fort.

 

Les yeux de Julianne se fixèrent soudain sur Adrian. « Quoi? » s’écria-t-elle.

 

« Ecoute, je réalise que je ne suis pas expert en troubles féminins, » commença-t-il, « mais je suis presque sûr que les règles d’une femme ne durent pas deux semaines. »

 

« De quoi tu parles ? »

 

Adrian posa sa fourchette et jeta à Julianne un regard impatient. « Tu as été horrible avec moi ces deux dernières semaines, » expliqua-t-il. « Tu réagis au quart de tour, tu es irritable et infâme. Je sais que tu pars pour New York dans une semaine, mais ce n’est pas une raison pour être aussi insupportable. »

 

Julianne ne frémit pas. « J’ai beaucoup de choses en tête, » répondit-elle.

 

Adrian repris sa fourchette et secoua la tête tout en essayant de piquer quelques pâtes. « Non, » dit-il. « Je ne te crois pas. Tu as toujours beaucoup de choses en tête. On parle de quelque chose de bien plus sérieux que ça. »

 

Julianne leva les yeux au ciel et continua de pousser sa nourriture dans son assiette. Elle n’avait pas très faim. Elle n’avait pas grand chose ces derniers temps.

 

« Ca a quelque chose à voir avec Kris ? » Adrian se permit de demander. L’expression sur le visage de Julianne répondit pour elle.

 

Julianne posa son couvert et s’adossa avec un soupir. « Je ne veux pas en parler. »

 

« Tu n’as pas parlé d’elle depuis deux semaines, Julianne, » accusa Adrian. « Tu n’as parlé que d’elle ces deux derniers mois. » Sa voix s’adoucit. « Que s’est-il passé ? »

 

Les lèvres de Julianne se rétrécirent en une ligne. Depuis qu’Anthony était apparu… Kris n’étais plus la même. Elle mettait des jours à répondre à ses emails. Et lorsqu’elle répondait, tout ce dont elle voulait parler était Anthony. Anthony est tellement gentil. Anthony est tellement merveilleux. Elle leva les yeux à cette idée. « Rien ne s’est passé, » répondit-elle enfin.

 

« Le fait que tu sois une grande actrice est étonnant, si on considère que tu n’es pas capable de mentir, » répondit Adrian.

 

Julianne lutta pour garder son calme. « Je t’ai dit qu’il ne s’était rien passé. Alors finis ton repas, et laisse tomber. »

 

« Je ne peux pas laisser tomber, Julianne, » répondit Adrian, apparemment énervé, mais pas autant qu’il l’était réellement. « Je déteste que tu me dises de me taire quand quelque chose ne va pas. C’est frustrant ! »

 

Julianne refusa de croiser son regard. Elle se concentrait sur le décor, en essayant de savoir si elle devait se lever et partir ou rester assise. Pour finir, elle resta à sa place.

 

Adrian se leva. « Je m’en vais, » l’informa-t-il en laissant tomber sa serviette sur la table. « Merci pour le repas. » Il secoua la tête et partit.

 

Julianne le regarda s’en aller et plongea la main dans sa poche à la recherche de son portefeuille. La vie ne pouvait pas être pire.

 

*****

 

« Qu’est-ce que tu fais ? » questionna Leigh, passant la tête au dessus de l’épaule de sa meilleure amie.

 

Kris détourna le regard de l’écran de son ordinateur un instant. « Je vérifie mes emails, » répondit-elle.

 

« Des nouvelles de Julia ? » demanda Leigh ?

 

Kris secoua tristement la tête. « Non, » répondit-elle. « Ca fait presque deux semaines. Je suis inquiète. »

 

« Appelle-la. »

 

Kris regarda Leigh. « Tu crois que je devrais ? » A vrai dire, elle avait pensé à le faire il y a quelques jours de cela, mais n’avait pas eu le courage de le faire.

 

« Ouais. Je suis sûre qu’elle est très occupée, » lui dit Leigh. « Ou peut-être que sa connection internet ne marche plus. »

 

Kris fronça les sourcils, dubitative. « Elle ne m’aurait pas téléphoné ? »

 

Leigh haussa les épaules. « Appelle-la, » répondit-elle. « Tu te sentiras mieux. »

 

Kris hocha la tête et reposa l’ordinateur. « Je l’appellerai ce soir, » décida-t-elle.

 

« Tu vas voir Anthony ? »

 

« Non, » répondit Kris. « Il doit travailler ce soir. » Elle s’installa contre les coussins du canapé, déprimée sans vraiment savoir pourquoi. « Qu’y a-t-il à la télé ce soir ? »

 

Leigh étudia son amie, inquiète. « Je ne sais pas, » dit-elle en se tournant vers l’écran de la télévision. Elle commença à zapper les chaînes, à son rythme habituel. « Tout va bien avec Anthony ? » demanda-t-elle. Elle savait que quelque chose tourmentait Kris, mais elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus.

 

« Ouais, » dit Kris avec un léger sourire. « Je l’aime beaucoup. »

 

Bon, ce n’est pas Anthony, décida Leigh. « Comment vont tes parents ? » demanda-t-elle, en pensant que le problème venait d’eux.

 

« Bien. Je leur ai dit pour Anthony. Maman est excitée. Carlos n’avait pas l’air de désapprouver. Je crois qu’il est un peu tôt pour l’amener à la maison, mais jusqu’ici tout va bien. »

 

Leigh hocha silencieusement la tête, son regard fixé sur l’écran. « Et William ? » essaya-t-elle.

 

Kris jeta un regard rapide à Leigh. « Pourquoi cet intérêt soudain pour tout les gens que je connais ? » demanda-t-elle avec humour.

 

« J’essaie de me tenir au courant, » répondit Leigh. « Tu as été plutôt occupée avec Anthony. Je ne t’ai pas beaucoup vue. »

 

« Je suis désolée, » répondit Kris. Elle prit une profonde inspiration. « William va bien. Je ne l’ai jamais vu aussi heureux. »

 

Leigh se mordit pensivement la lèvre, essayant de déterminer la cause de la tristesse de Kris. Elle finit par abandonner. C’était probablement le temps. Il pleuvait depuis deux jours à New York. C’était suffisant pour déprimer une femme. Une image à la télévision capta son regard et elle s’arrêta.

 

« Tu es obsédée, » commenta Kris de bon cœur en remarquant que Leigh s’était arrêtée devant une interview de Leigh.

 

« Ce n’est pas de ma faute si elle est partout, » expliqua Leigh. « J’ai lu quelque part qu’elle fait quarante interviews par jour. Mais je crois que son tour de publicité est terminé, parce que le tournage de L’ange Gardien a déjà repris. »

 

Kris leva un sourcil. « Tu es quoi, son manager ? »

 

Leigh sourit. « Non, j’ai juste fait quelques recherches sur ma co-star, » répondit-elle. « Je dois savoir avec qui je vais travailler, » ajouta-t-elle.

 

« Bien sûr. » Kris secoua la tête, amusée, et se concentra sur la voix de Julianne Franqui. Après quelques minutes, elle demanda, « Elle ressemble vraiment à aca ? »

 

Leigh hocha la tête. « Oh oui, » confirma-t-elle. « Cette femme est magnifique, pas de doute. »

 

« Peut-être a-t-elle vendu son âme à Satan, » suggéra Kris.

 

Leigh rit. « Probablement. » Elle haussa les épaules. « Peut-être qu’elle est juste chanceuse. » Elle hocha la tête vers l’écran. « Je crois que c’est le Show de John Ken. C’est en direct. Il est implacable. »

 

Intriguée, Kris écouta l’interview en cours.

 

« Parlez-nous de ce nouveau film dans lequel vous jouez, » dit le présentateur. «

La Fin

de l’Eté, c’est bien cela ? »

 

Leigh siffla. « Tu arrives à croire que je suis dans ce film ? » demanda-t-elle.

 

Kris rit. « Pas vraiment. »

 

A l’écran, Julianne paraissait à la fois ennuyée et mal à l’aise. « Oui, ça s’appelle

La Fin

de l’Eté, » confirma-t-elle. « C’est à propos d’une femme qui essaie de reformer l’histoire d’une autre femme. »

 

« Et laquelle de ces deux femmes jouez vous ? » questionna John Ken.

 

« Je joue Elizabeth Doyle, » répondit Julianne. « La première femme, Summer, emménage dans une nouvelle maison et découvre un grenier rempli de vieilles lettres et de photos. Elle est écrivaine et décide d’écrire une histoire basée sur les souvenirs qu’elle découvre. Ces affaires appartenaient à une femme nommée Elizabeth, qui habitait dans cette maison. Bref, je joue la jeune version; la représentation que se fait Summer d’Elizabeth dans sa jeunesse. »

 

John Ken hocha la tête, bien qu’il n’ait pas l’air d’avoir écouté. « Et j’ai entendu dire que vous jouez une lesbienne, » dit-il soudain.

 

Julianne parut encore plus mal à l’aise qu’avant. Elle regarda quelqu’un hors du champ de la caméra. « C’est exact, » répondit-elle enfin, bien que sa voix paraisse forcée.

 

« Quel effet cela fait-il de jouer un personnage homosexuel après avoir joué le rôle d’un ange si longtemps ? » questionna John Ken.

 

Julianne leva légèrement les yeux au ciel. « Que voulez-vous dire ? »

 

« Pensez-vous que cela va affecter les admirateurs que vous avez accumulé jusqu’ici ? » continua Ken.

 

« Vous devriez leur demander, » répondit froidement Julianne.

 

John Ken frémit légèrement. « Parler de la sexualité de votre personnage vous met mal à l’aise ? »

 

« Non, » répondit calmement Julianne, sa voix prenant des accents dangereux.

 

John Ken se tortilla dans son siège et continua. « Accepter un rôle pareil va amener beaucoup de personnes à questionner vos préférences sexuelles. Cela vous gêne-t-il ? »

 

Julianne pencha la tête sur le côté. « Qu’est-ce qui doit me gêner exactement ? »

 

« Les gens questionnant vos préférences sexuelles, » éclaircit Ken.

 

« Ca devrait ? » demanda Julianne.

 

John Ken jeta un regard hors du champ de la caméra avant de diriger de nouveau son regard vers Julianne. « Cela gênerait certaines personnes, » répondit-il. « Vous vous en ficheriez qu’on vous estime être lesbienne ? »

 

Julianne haussa les épaules. « Je suis habituée aux hypothèses, » dit-elle. « C’est Hollywood. Je serais choquée que personne ne pense que je suis gay. »

 

« Et êtes-vous lesbienne, Julianne ? » demanda carrément John Ken.

 

Julianne sourit doucement. « Vous savez, je ne l’étais pas avant, mais maintenant que je vous ai rencontré, j’y pense. »

 

Il y eut soudain une coupure publicité.

 

Leigh se mit à rire.

 

Kris sourit malgré elle. Elle se leva. « Je crois que je vais appeler Julia maintenant, » annonça-t-elle.

 

Leigh leva les yeux vers sa meilleure amie. « Dis-lui bonjour de ma part. »

 

« Je le ferai, » lui assura Kris. Puis elle s’isola dans sa chambre pour appeler.

 

*****

 

Julianne fulminait toujours lorsqu’elle rentra chez elle. John Ken. Ugh ! Cet abruti avait eu de la chance qu’elle ne soit pas tombée sur lui en coulisses ou il y aurait eu un carnage. « Un carnage ! » affirma-t-elle à la pièce vide.

 

Un silence assourdissant lui fit écho.

 

Julianne soupira et regarda son répondeur. Un coup d’œil à l’écran annonçait un grand total de douze messages. « La cassette a dû arriver au bout, » pensa-t-elle. « Bien. »

 

Son doigt hésita au-dessus du bouton ‘lire’. « Je déteste ma vie, » dit-elle avant d’appuyer.

 

« Une lesbienne, Juliane ?! » la voix de sa mère résonna. « Tu joues une lesbienne ? Comment suis-je supposée me montrer au country club après ce soir ? Et qu’entends-tu par ‘tu y penses’ ? Essaies-tu de provoquer une crise cardiaque à ta pauvre mère ? Est-ce que tu penses seulement aux autres gens, Julianne ? Rappelle-moi. Nous devons parler de comment réagir à cette situation. »

 

Julianne leva les yeux au ciel et s’effondra sur son canapé avec un long soupir. « Et c’est parti, » marmonna-t-elle.

 

Beeeeeeeep

 

« Julianne, c’est Adrian. Ecoute, je sais que nous n’avons pas vraiment parlé depuis l’autre jour au restaurant. Et je suis désolé. Je n’aurais pas dû t’abandonner là. J’étais en colère après toi. Bref, j’ai vu l’interview et je voulais t’appeler pour savoir comment tu allais. Je suis sûr que tu es énervée et que ta mère a précédé mon appel, ce qui signifie que tu es probablement encore plus énervée. Appelle-moi. Parlons-en, d’accord ? Tu me manques. »

 

Julianne regarda le répondeur, en souhaitant qu’Adrian soit là.

 

Beeeeeeeep

 

« Julianne, c’est Karen. Tu as déserté le plateau et je voulais savoir comment tu vas. Si ça marque une différence, j’ai trouvé que tu étais brillante. Cet abruti n’a pas vu le coup venir. Ha! Appelle-moi si tu veux, ou bien je te verrai demain matin. Prends soin de toi. »

 

Beeeeeeeep

 

« C’est encore ta mère. Appelle-moi tout de suite. »

 

Beeeeeeeep

 

« Julia, » dit la voix incertaine de Kris.

 

Julianne se redressa en un clin d’œil au son de la voix de Kris. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine.

 

« Je t’appelle parce que je n’ai pas eu de tes nouvelles depuis vraiment longtemps, » continua Kris. « Et je voulais savoir si tu vas bien. Je m’inquiète pour toi. S’il te plaît, envoie-moi un email ou appelle-moi pour me le faire savoir. Tu me manques. »

 

Julianne repassa le message une seconde fois. Puis une troisième. Elle ferma les yeux et s’adossa contre les coussins du canapé. Elle n’écouta les messages suivants qu’à moitié.

 

C’est vrai, elle avait évité Kris cette dernière semaine et cinq jours. Mais qui comptait ? Elle ne supportait simplement plus les emails contenant le nom ‘Anthony’. A un certain moment, Julianne s’était mis à l’idée que Kris était au moins à moitié intéressée par elle. Bien qu’elles ne se soient jamais rencontrées. Et puis Kris n’était pas exactement gay. Mais il y avait tout de même de l’espoir. Et l’espoir avait aidé Julianne à tenir. Même si Kris n’était pas sienne… au moins elle n’était à personne.

 

Jusqu’ici.

 

Julianne ouvrit les yeux et attrapa le téléphone posé sur la table près du canapé. Elle devait en parler à Adrian. Son déménagement à New York approchait à grands pas et elle ne pourrait survivre à cette aventure sans Adrian à ses côtés. Elle tapa le numéro, bien qu’il soit dans ses numéros raccourcis.

 

« Hey, » dit-elle lorsque Adrian décrocha.

 

« J’avais peur que tu ignores le message, » admit Adrian.

 

Julianne prit une profonde inspiration. « Elle sort avec quelqu’un, » expliqua-t-elle.

 

« Kris ? » devina Adrian.

 

« Ouais, » dit Julianne. « Il s’appelle Anthony. Et apparemment il est parfait. »

 

Adrian rit doucement. « C’est la raison pour laquelle tu as été

la Reine

des Salopes ces dernières trois semaines ? »

 

Julianne réfléchit. « Mes règles s’en sont mêlées, à un moment, » répondit-elle. « Mais c’est la raison principale, ouais. »

 

« Tu as ignoré Kris en même temps que le reste du monde ? »

 

« Exact, » confirma-t-elle. « Elle vient de laisser un message sur mon répondeur pour savoir comment je vais. »

 

« Tu vas la rappeler ? » questionna Adrian.

 

Julianne réfléchit à la question, bien qu’elle connaisse déjà la réponse. Elle ne pouvait rien refuser à Kris. Surtout par un appel téléphonique. « Oui. »

 

« Ca devait arriver, Julianne, » dit Adrian au bout d’un moment. « Tu ne peux pas la punir pour ta jalousie. »

 

Julianne soupira. « Je sais, » répondit-elle. « Je sais. Mais je ne sais pas comment réagir. Chaque fois que j’entends le nom Anthony je veux frapper dans un mur. » Elle secoua la tête. « Et le fait que je m’apprête à jouer avec sa meilleure amie dans moins d’une semaine ne va pas simplifier les choses. »

 

« Je sais, » accepta Adrian.

 

Julianne regarda le mur, pensive. « Je ne pensais pas me sentir comme ça, Adrian, » lui dit-elle. « Je savais que je ne voulais pas qu’elle sorte avec quelqu’un d’autre. Je pensais que c’était parce que j’aimais vraiment l’avoir comme une amie, et que je ne voulais pas partager son attention. Mais chaque fois que je l’imagine en train d’embrasser quelqu’un d’autre… ugh. Ca me rend vraiment malade. Je crois que les gens du plateau commencent à se demander si je suis enceinte. Toutes ces nausées matinales. »

 

Adrian rit. « Tu n’es pas la première à traverser cela, » lui dit-il. « Ca va aller. Tu rencontreras peut-être la fille de tes rêves à New York, et alors tu te ficheras bien de savoir avec qui sort Kris. Parfois certaines choses ne sont pas faites pour se réaliser. »

 

Julianne considéra le commentaire d’Adrian. « Peut-être, » lui accorda-t-elle.

 

« Tu ne peux pas continuer à l’ignorer. Sauf si tu prévois de ne plus jamais lui parler et je crois que ça serait vraiment bas de ta part. »

 

« Je sais, » accepta Julianne. « Je l’appellerai. »

 

« Qu’est-ce que tu vas lui dire ? »

 

« Aucune idée, » admit Julianne. Elle s’arrêta. Les excuses n’avaient jamais été son point fort. Malgré tout… « Je suis vraiment désolée d’avoir agis comme ça. »

 

« Excuses acceptées, » l’informa Adrian. « Tu as déjà trouvé un appartement à New York ? »

 

Julianne hocha la tête, puis dit, « Ouais, Karen a tout prévu pour moi. C’est un appartement au dernier étage avec vue au-dessus des autres bâtiments. » Elle rit. « J’ai vu quelques photos. Ca a l’air bien. »

 

« Super, » dit Adrian. « Ta mère a apprécié l’interview ? »

 

Julianne grogna et s’enfonça dans le canapé. « Mon Dieu, je ne veux même plus avoir à lui parler, » dit-elle. « Elle a peur de se montrer à son country club. »

 

Adrian se contenta de rire. « Imagine si tu faisais ton coming out. »

 

« Je l’ai presque fait, d’après elle, » répondit Julianne, mais elle rit aussi. Elle se sentait mieux. « Je devrais l’appeler, » dit-elle soudain.

 

« Ta mère ? »

 

« Kris. »

 

« Tu me diras comment ça s’est passé, » lui dit-il. « Je passerai au plateau demain, d’accord ? Pour le déjeuner ? »

 

« Avec plaisir, » lui assura Julianne. « Merci, Adrian. »

 

« Quand tu veux, Julianne. Quand tu veux. »

 

*****

 

Kris était allongée dans son lit et finissait les dernières pages de

La Couleur

Pourpre.

Cela faisait une semaine qu’elle avait ouvert le roman pour la première fois. Elle ne pouvait expliquer pourquoi mais ces jours-ci, penser à Julia l’emplissait de plus de tristesse qu’elle ne pouvait en exprimer. Si seulement elle savait pourquoi il n’y avait plus d’emails. Si seulement elle savait si il y en aurait à nouveau. C’était de ne pas savoir qui la tuait.

 

Incapable de se concentrer, elle ferma le livre et se tourna sur le dos. Metamorphoses of Narcissus de Dali lui faisait face depuis le plafond. Inconsciemment, elle regarda le téléphone, espérant qu’il sonne. Comme il ne sonnait pas, elle laissa échapper un long soupir et se concentra à nouveau sur l’image au-dessus de son lit. « Appelle-moi s’il te plaît, » murmura-t-elle.

 

Comme s’il attendait ce signal, le téléphone sonna. Pendant un moment, Kris ne parvint à croire qu’il sonnait vraiment. Son cœur accéléra lorsqu’elle s’empara du combiné. « Allo ? » dit-elle en espérant ne pas paraître aussi désespérée qu’elle l’était.

 

« Hey, Kris. »

 

La déception s’empara d’elle un instant, mais elle fut vite remplacée par quelque chose d’autre. « Anthony, » l’accueillit-elle en espérant qu’il ne restait aucune trace de tristesse dans sa voix. « Tu as bien travaillé ? Tu as fini tôt. »

 

« C’est sûr. C’était aussi ennuyant que d’habitude, » répondit-il. « Rien de mieux que des faire des bouquets de fleurs pendant des heures; sous la pluie, en plus. Comment s’est passée ta journée ? »

 

Kris réfléchit rapidement aux évènements de la journée. « J’ai peins et j’ai regardé la télévision avec Leigh pendant environ quinze minutes. C’est à peu près tout. »

 

Anthony rit. « Ca avait l’air sympa, » dit-il. « Tu veux faire quelque chose ce soir ? » J’ai pensé qu’on pourrait aller au cinéma, ou quelque chose comme ça. »

 

Kris hésita. Et si Julia appelait pendant son absence ? Elle regarda l’heure. Si elle n’avait pas encore appelé, elle ne le ferait probablement pas. Elle hésitait toujours. Elle répondit enfin, « Avec plaisir. »

 

« Bien, » dit Anthony, apparemment excité. « Je passe te prendre dans une vingtaine de minutes. »

 

« A tout à l’heure alors, » répondit-elle. Kris raccrocha et regarda le combiné dans sa main. Comme rien ne se passait, elle soupira et le replaça sur sa base. « Tout ça pour en arriver là. » Elle secoua tristement la tête et se leva pour se préparer.

 

*****

 

Malgré le fait que Julianne ait terminé sa conversation avec Adrian avec la pleine intention de téléphoner à Kris, une heure plus tard elle tournait toujours dans son salon, le combiné à la main. Elle n’avait aucune idée de comment expliquer ses trois semaines d’absence sans mentir.

 

« Hey, Kris, » répéta-t-elle. « Je suis désolée de ne pas t’avoir envoyé d’emails. On m’a volé mon ordinateur. » Elle réfléchit à cette phrase et secoua la tête. « Je ne veux plus lui mentir. » Elle soupira et s’assit sur le canapé.

 

Elle prit une profonde respiration. « Kris, » essaya-t-elle de nouveau, « j’ai le béguin pour toi et j’en voulais à Anthony. Je crois que c’est passé, maintenant. » Elle leva les yeux au ciel. « Je ne peux pas dire ça. »

 

Julianne observa le combiné et se surprit à commencer à taper le numéro. « Pas de mensonges, » décida-t-elle. « Si elle découvre qu’elle me plaît, alors tant pis, » Elle espéra pouvoir maintenir sa détermination. Son cœur accéléra pendant qu’elle tapait le numéro de l’appartement de Kris.

 

Une sonnerie…

 

Deux…

 

« Allo ? »

 

Julianne sentit son cœur s’arrêter et elle déglutit. « Je t’ai manqué ? » se surprit-elle à demander.

 

Il y eut une courte pause. « Julia, » dit Kris dans un souffle. « J’ai cru ne jamais entendre reparler de toi. »

 

« Je suis désolée, » s’excusa Julianne, espérant avoir l’air sincère.

 

Julianne entendit une voix masculine quelque part dans le fond. « J’arrive, » dit Kris à quelqu’un d’autre. Elle dit à Julia, « J’allais sortir. »

 

Julianne essaya d’ignorer la souffrance. « Je voulais simplement que tu saches que je vais bien, » dit-elle.

 

« Merci, » dit Kris. Il y eut un silence tendu dans la conversation. « Je dois y aller, » dit-elle après quelques secondes. « Je suis vraiment désolée. Anthony m’attend. »

 

« Ok, » répondit Julianne. « Amuse-toi bien. »

 

« D’accord, » répondit Kris. « Je te rappellerai ? »

 

« Oui, » dit Julianne.

 

« Je t’enverrai un email ce soir, » promit Kris. « Merci d’avoir appelé. »

 

« De rien, » dit Julianne. « Au revoir, » murmura-t-elle après que la ligne ait été coupée. Elle raccrocha et lança le téléphone à travers la pièce. Elle l’entendit s’écraser contre quelque chose et le mettre en pièce. Probablement un vase. Elle s’en fichait. Frustrée, elle passa une main dans ses cheveux et attrapa la télécommande.

 

Elle zappa, absente, avant de rencontrer son image à l’écran. « Super, » murmura-t-elle en regardant une rediffusion de l’interview.

 

« Aujourd’hui dans le Show de John Ken, » annonçait le présentateur, « Ken s’est attaqué à un trop gros morceau pour lui lorsqu’il a voulu faire perdre son calme à l’actrice Julianne Franqui. »

 

Julianne secoua la tête en se regardant dire à John Ken qu’après l’avoir rencontré, elle songeait à devenir lesbienne. « Ils vont me citer pour le restant de mes jours, » réalisa-t-elle.

 

Le présentateur de l’émission rit. « Des sources ont affirmé à nos producteurs que les lignes étaient saturées aux studios du Show de John Ken ce soir. Apparemment, la jeune Mademoiselle Fraqui a marqué les esprits. Sans transition… »

 

Julianne changea de chaîne et choisit un épisode de Bob l’Eponge Carrée. La mélancolie l’enveloppa comme un manteau, et elle éteint la télévision. Elle posa sa tête contre le dossier et ferma les yeux. « New York, me voilà, » dit-elle tristement.

 

 

 

***********

 

Chapitre 44

 

Kris finit de lire les derniers mots de la dernière page du script de La fin de l’été. « Wow, » murmura-t-elle, hésitant à le relire une deuxième fois ou pas. Le tournage du film débutant le lendemain matin, Kris avait décidé qu’il était temps qu’elle lise le script en entier. Elle avait aidé Leigh à répéter certaines scènes, mais elle n’avait jamais vraiment compris l’histoire.

 

Elle regarda la couverture en se demandant ce qu’on pouvait ressentir en voyant Julianne Franqui dans le rôle d’Elizabeth. Kris s’était imaginé Julianne Franqui à la place d’Elizabeth tout au long de sa lecture. Il était dur de ne pas le faire.

 

Elle prit une profonde inspiration et reposa le script. L’horloge de son réveil annonçait qu’il était presque une heure du matin. Kris pouvait entendre les marmonnements étouffés de la télévision émanant du salon. « J’imagine qu’elle n’arrive pas à dormir, » réalisa-t-elle en se levant. Elle s’assura d’emmener le script lorsqu’elle sortit de la pièce.

 

Leigh zappait comme d’habitude, mais son visage exprimait clairement de l’inquiétude.

 

Kris s’approcha prudemment et s’assit près de son amie. « Nerveuse ? » demanda-t-elle.

 

« Terrifiée, » confirma Leigh, ralentissant légèrement la cadence de ses changements de chaîne. Elle aperçut le script dans les mains de Kris. « Tu l’a lu ? »

 

« Ça sera vraiment un bon film, » admit Kris. « Je ne pensais pas que c’était si… intense. »

 

Leigh hocha la tête. « J’ai pensé la même chose la première fois que je l’ai lu. Je n’arrive toujours pas à croire que je vais jouer dedans. »

 

Kris sourit. « Tu le mérites, » dit-elle avec honnêteté. « J’ai toujours cru en toi. »

 

« Même quand je jouais ces rôles bizarres ? » demanda Leigh avec un sourire.

 

« Même à ce moment là, » lui assura Kris.

 

Leigh se contenta de sourire, son regard fixé sur l’écran de télévision.

 

Kris accepta le silence confortable qui s’installa entre elles et tourna son attention vers la télévision. Leigh n’avait pas l’air de chercher quoi que ce soit en particulier, Kris s’en fichait. Elle voulait seulement être là au cas où Leigh voulait parler.

 

Un moment plus tard, Leigh tendit la télécommande à Kris. « Je devrais aller dormir, » annonça-t-elle. « Je ne pense pas y arriver, mais je peux au moins essayer. »

 

Kris hocha la tête en acceptant l’objet. « Fais de beaux rêves. » Elle regarda Leigh entrer dans sa chambre et fermer la porte. N’ayant rien d’autre à faire, Kris commença à zapper. Elle se sentait anxieuse, et ne savait pas vraiment pourquoi. Ou peut-être que ce n’était pas de l’anxiété… c’était quelque chose d’autre.

 

Elle était tellement heureuse et fière de Leigh. Mais elle avait cette inquiétude qui couvrait sa joie. Elles avaient toujours discuté de ce qu’il arriverait si l’une d’elles devenait célèbre, et maintenant que le rêve de Leigh était à portée de main, Kris s’inquiétait de perdre sa meilleure amie pour toujours. Elle avait essayé d’expliquer ses sentiments à Anthony, mais il lui avait répondu qu’elle était bête; que Leigh serait toujours là pour elle.

 

Le serait-elle ? Kris n’en était plus si sûr. Cette pensée l’effrayait… la terrifiait. Elle avait cet étrange sentiment qu’après demain, tout allait changer. Ce qui l’inquiétait le plus était de ne pas savoir si les choses changeraient en bien, ou en mal.

 

Peut-être les deux.

 

  • * *

 

Julianne se retrouva à marcher dans les rues de New York cette même nuit. Son appartement offrait peu de confort. Il était froid, vide. Comme beaucoup de choses, dernièrement.

 

Elle avait repris ses échanges d’emails avec Kris. De temps à autres, il y avait même des emails ne parlant pas d’Anthony. C’étaient les trésors de Julianne. Elle s’y accrochait, pleine d’espoir. C’était un faux espoir, mais un espoir quand même.

 

Elle croisa des gens. Elle ne les remarqua pas, et ils ne la remarquèrent pas. La solitude protégeait son identité. Lorsqu’elle s’était habillée, elle n’avait pas cherché à masquer son identité. Ca n’importait plus maintenant.

 

Inconsciemment (ou peut-être consciemment, si elle admettait la vérité) elle aboutit au dernier endroit où elle pensait se retrouver cette nuit. Avec un étrange mélange de tristesse et de curiosité, elle regarda le bâtiment terne. Il y avait tellement de contrastes entre leurs deux bâtiments. Elle ne pouvait s’imaginer vivre la vie de Kris. Elle lui était aussi étrangère que sa vie était étrangère à Kris.

 

Ça ne marchera jamais, réalisa-t-elle tristement. L’amour n’était pas suffisant pour faire disparaître le fossé qui séparait leurs mondes.

 

Pourtant, Julianne ne pouvait partir. Pas encore.

 

Elle s’adossa au mur du bâtiment de l’autre côté de la rue. Une chanson de My Fair Lady émergea soudain de son subconscient. Quelles étaient les paroles ? Oh, the towering feeling ... just to know somehow you are near ... the overpowering feeling ... that any second you may suddenly appear ... people stop and stare, they don't bother me, for there is nowhere else on earth that I would rather be ... Let the time go by, I won't care if I can be here on the street where you live ... (Oh, quel sentiment réconfortant… de savoir que tu es quelque part tout proche… le sentiment puissant… que tu pourrais apparaître à ton moment… des gens s’arrêtent et me regardent, ils ne me gênent pas, parce qu’il n’y a pas d’autre endroit au monde où je voudrais me trouver… Peu importe le temps qui s’écoule, peu m’importe si je peux être ici, dans la rue où tu vis.

 

Julianne hocha la tête, maintenant certaine d’avoir perdu l’esprit.

 

Elle regarda les fenêtres alignées en se demandant laquelle, ou si l’une d’elles appartenait à l’appartement de Kris. Il serait si facile d’apparaître à la porte de Kris. Il serait si facile d’admettre la vérité.

 

Elle se força à se redresser en soupirant. Avec un dernier regard pour le bâtiment de Kris, elle se dirigea vers son immeuble.

 

 

 

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