La vie continue
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CHAPITRE 2 :
C’est une belle journée
-Gabrielle ?
Pas de réponse.
-Gabby, ma chérie ? T’es là ? Crie Elisabeth.
Toujours pas de réponse. Elisabeth commence à s’inquiéter. Elle fait le tour de la maison, la chambre de Gabrielle, le jardin. Personne. Enfin, près du téléphone, elle trouve un mot. Chez les tantes. Je t’aime. Signé Gabrielle.
-Ouf, elle me fait de ces frayeurs, elle parfois !!!!!
Elisabeth se calme enfin, rassurée que rien ne soit arrivé à sa fille. Elle décroche le téléphone et compose un numéro.
Une sonnerie. Rien.
Deux sonneries.
-Allô ?
-Christ. Gabrielle est là ?
-Ouaip, t’inquiète pas chérie, tout va bien.
-Ok, tant mieux. Je viens la chercher. Je suis là dans 10 minutes. Ok ?
-Pas de problème, on t’attend.
-A tout de suite.
-Bye.
Elisabeth reprend les clefs de sa voiture sur la table de salon et part tranquillement chez ses amies, soulagée d’avoir retrouvé Gabrielle.
Un peu plus tard, elle arrive en bas de l’immeuble de Christine et Charlie. Dans l’ascenseur, elle tombe sur un vieux bonhomme à moustache qui la regarde en coin. Elle lui fait un grand sourire et en sortant, elle lance :
-Bonne journée !!!!
L’ascenseur part et elle éclate de rire. Elle frappe à la porte de l’appartement puis entre. Elle trouve Gabrielle assise dans le canapé entre ses tantes, devant la télévision.
-Qu’est-ce qui nous vaut cette bonne humeur et ta visite ? T’es enfin sortie de ton trou !!!???
-Votre voisin du dessus. Je crois qu’il ne sait toujours pas remis de la fois où il est tombé sur Isabelle et moi dans l’ascenseur en tain de se rouler une grosse pelle !!!! Et ouaip, je suis sortie. Il fait trop beau pour rester enfermée !!!
-T’as raison chérie.
Christine se lève pour embrasser son amie, suivie de Charlie et Gabrielle.
-Hé ben, trois jolies femmes rien que pour moi, j’suis au paradis, c’est pas possible !!! S’exclame la grande brune.
-Toi, t’es de trop bonne humeur . Accuse Christine.
-Non, tout va bien.
-Ça, ça se voit !!! T’étais où ? Avec qui ? Elle est comment ? On la connaît ? Interroge Chris.
-J’avais pas de rancard. Nie Elisabeth.
-Ça c’est toi qui le dis, ma belle !!!! Hein, miss ?!
-Ouaip, en plus elle est vachement mignonne. Renchérit Gabrielle .
Elisabeth fronce les sourcils en direction de la petite blonde, grogne et se contente de :
-On a bu un café et on a discuté un peu. C’est tout.
-Un peu ??!! M’man, tu rigoles, ça va faire quatre heures que je suis partie.
-Oups, déjà ?!
-Ouaip. Comment elle s’appelle ?
-Dis donc mademoiselle, t’es bien curieuse !!!
-Ouaip, chuis t’a fille !!
-T’es surtout la fille à ta mère, t’as rien loupé !!! T’es même pire !!!!!
-Et c’est pas bien ? Demande Gabrielle complètement perdue.
-Si, c’est génial. Répond Elisabeth en la prenant dans ses bras.
-Cool, marmonne Gabrielle dans le cou de sa mère.
Charlie, restée un peu en retrait, les interrompt :
-Vous restez manger ?
-Comme vous voulez. Gabby ?
-OUUUIIIIIIIIIII….
-Ok. Pizza, ça va pour tout le monde ??
Acquiescement général.
Who’s that girl ?
Lucy rentre tranquillement dans leur appartement pour y trouver Karine qui sirote un café, allongée dans le canapé, devant Ally Mcbeal.
-Alors, bien cette journée ? Demande la rousse nonchalamment.
-Quoi cette journée ? J’y ai pas passé tout l’après midi !!! Fait remarquer Lucy.
-Pas tout à fait. Fait-t-elle remarquer.
-Pourquoi ?
-Parce qu’il est sept heures et que je t’ai lâchée depuis deux ou trois heures cet après midi.
-Oh !!!!
-Ben ouaip !!!! Tu la connaissais ou quoi ?
-Non. Pourquoi ?
-Pour rien.
Lucy s’approche doucement de Karine et la surprend en se mettant à la chatouiller et la rouquine part dans un fou rire.
-OK, OK !! Je me rends !!!!
Lucy se rassoit tranquillement à coté de son amie, en souriant, fière d’elle.
-Alors ?
-T’as vu la façon dont elle te regardait ?!?!
-Comment me regardait-elle ?
-Comme toi !!!
-Hein ??!! Comprends pas là !!!!
Lucy la fixe d’un air complètement ahuri, ne sachant absolument pas de quoi lui parlait son amie. Sauf peut êt… « cette impression de déjà vu et de familiarité que j’ai ressenti avec elle. »
-Tu lui fais de l’effet !!!!
-Quoi ???
Plus un cri d’étonnement qu’autre chose !
-On se connaît même pas, dis pas de conneries !!! Et puis, je ne suis pas homo, ni elle d’ailleurs !!! Ment la petite blonde.
-Et alors, y a pas besoin de se connaître pour être attiré par quelqu’un et…
-Et elle est en deuil et a une fille. Et puis c’est pas mon genre !!!
-Y a pas de genre dans la vie, juste de l’envie, du désir, de l’amour, de….
-STOP !!!!! Premièrement, je viens de la rencontrer, deuxièmement après quatre mois de deuil, personnellement, je regarderais pas ailleurs si tôt et troisièmement, on vient de faire amie-amie entre deux personnes HETEROSEXUELLES !!!! C’est clair ??
-Très !! Si tu le dis, je vais faire semblant de te croire !!!!!
N’ayant rien à répondre à ce commentaire, Lucy se joint à son amie pour regarder la télé, mais ses pensées sont vite détournées vers une grande brune énigmatique.
Pendant les quelques heures où elle a connu Elisabeth, elle a vite compris que sous des allures de dure à cuire, se cache une femme tendre, aimante, passionnée, passionnante…
Elle ne veut pas penser à la grande femme brune, mais ne peut s’en empêcher. Que lui arrive-t-il ? Elle la connaît à peine, mais a terriblement envie de la revoir. « Peut-être un dîner à trois, elle, Gabrielle et moi ??? Mais bien sûr !!! Et pourquoi accepteraient-elles ??? Mais à quoi je pense moi ??? Ça va pas la tête !!!!???? »
Elle est ramenée à la réalité par Karine qui lui demande ce qu’elle fait ce soir.
-Nada. Porque ?
-Parce que j’ai envie d’aller au cinoche !!!! Ça te dit ?
-Le dernier Jodie Foster ?
-Et après tu dis que t’es pas lesbienne !?!
-Je le suis pas, nom de…
-OK OK !! Calme, je plaisante !! Allez, va pour Jodie « je suis gay mais je veux pas le dire » Foster ! Ajoute Karine dans un murmure pour éviter d’être entendue de la jeune blonde.
Raté. Un grognement et un petit coup de coude dans le ventre lui répondent.
-C’est parti !!!!!
Lucy enfile sa veste et prend les clefs de la voiture.
-C’est moi qui roule. Crie-t-elle à Karine qui est encore en haut des escaliers alors qu’elle est à la dernière marche.
-Si tu veux !!!
A la fin du film, Lucy reste assise pour écouter la musique de générique et regarder le nom du réalisateur car elles sont arrivées en retard et non pas vu les cinq premières minutes du film.
-Bon alors, on y va ? s’impatiente Karine
-Une seconde, je regarde qui a tourné.
-Pourquoi ?
-Parce que ce film est magnifique, tiens !!! Répond Lucy, comme si c’était un fait établi. Et ça doit être une femme qui réalisé le film.
-Ça existe pas des bonnes réalisatrices !!!
-Ah oui ?? Et tu paries combien ? Demande Lucy avec un petit sourire.
-Qu’est-ce que tu veux ?
-Le restau pour quatre.
-Pourquoi quatre ???
-Parce que !!
-OK.
-Alors regarde, le nom va bientôt apparaître normalement.
Trente secondes plus tard :
« Un film réalisé par
Elisabeth Oriac »
Lucy fixe l’écran d’un air ahuri. Elle n’en croit pas ses yeux. La jeune femme qu’elle a rencontré il y a quelques heures est celle qui a réalisé ce film !!!
-Ok, t’as gagné, aux dernières nouvelles Elisabeth est un prénom de femme !!!!!
Lucy ne répond pas.
-Hé la miss ????!!!!
Silence.
-Allô ???? La Lune ici la Terre ???
Re silence.
Karine commence à s’inquiéter devant le mutisme de son amie.
-Lucy, qu’est-ce qui se passe ? Dis-moi ? S’il te plait ?
-Je… c’est…
-Bien sûr, dans ce cas là !!!! Se moque la rousse.
-Non, je veux dire…. La… la brune…
-Quoi la brune ?? Quelle brune ??
-Tout à l’heure, Elisabeth.
-Oui, et ben quoi ???
-Tu sais comment elle s’appelle ?
-Elisabeth ?
-Oriac.
-Quoi ?????
-Elisabeth de cet aprèm’ et la réalisatrice du film, c’est la même et unique personne !!!
-Non, tu rigoles ???
-J’ai que ça a faire !!!
Elle se lève tranquillement, encore sous le choc de la découverte et suit Karine au parking. Elle cherche les clefs de la voiture dans son sac à main, lorsqu’elle tombe sur un portefeuille qui lui est complètement inconnu.
-Kar, c’est à toi ça ?
-Nan.
Lucy ouvre le portefeuille est voit une photo d’une jeune femme et d’une enfant, toutes les deux blondes et souriantes. « Merde, elle me dit quelque chose la gamine !!!! J’ai quand même pas pris son…. »
Elle prend le permis de conduire et lit : « Elisabeth Oriac »
« C’est pas vrai, elle me suit !!! Qu’est-ce que je lui ai fait ????!!!! Et je fais quoi maintenant ??? »
-C’est à qui ?
-Devine ? Répond Lucy, de toute évidence contrariée.
-Ne dis pas que….
-Si !!
Karine éclate de rire, alors qu’elle prend le sac de Lucy et trouve les clefs.
-Bon allez, monte, je me ramène et toi tu vas rendre ceci !!!!
Lucy monte dans la voiture du côté passager, en rageant contre sa bêtise. Karine retourne à l’appartement et laisse les clefs à Lucy. Avant de partir, elle lance :
-Rentre pas trop tard, ma belle !!!
-Hé, je suis pas homo bordel !!!!
-J’ai jamais rien dit de tel !! se défend la rouquine
-Ouaip, ben tu penses tellement fort que je t’ai entendue !!
-Bye chérie !!!
Karine tourne les talons vers l’entrée de l’immeuble, morte de rire. « Pas homo, mon œil !!! Et moi je suis Mère Thérésa !!!Quand est-ce qu’elle verra enfin la vérité ?? » Se demande Karine, persuadée que sa meilleure amie se cache derrière une façade que ses parents lui ont fabriquée de toutes pièces depuis toute petite.
Lucy arrive doucement dans une grande rue, où se dressent des maisons, plus grandes et plus belles les unes que les autres. Elle prend le portefeuille et regarde encore une fois l’adresse sur le permis de conduire. Sans s’en rendre compte, ses yeux glissent sur la photo d’Elisabeth. Dessus, elle porte un pull à col roulé bleu marine, sur un fond blanc, ses cheveux sont lâchés sur ses épaules. La seule marque de couleur, c’est ses yeux, d’un incroyable bleu. « Je n’ai jamais vu de tels yeux. Elle a du talent, elle est intelligente, belle, a une fille superbe !!! Tout lui réussit !!! Enfin….. » Lucy décide de ne plus penser à ça et de chercher la bonne maison « enfin le bon château !!!! »
Au bout d’environs cent mètres, elle trouve enfin la bonne adresse.
-142 rue Victor Hugo. C’est là !!! Waouh !!! C’est magnifique !! Un vrai parc, je suis sûre que la gamine ne doit pas s’ennuyer ici !!
Lucy gare la voiture et se dirige vers la porte pour sonner. Personne. Elle sonne une deuxième fois. Toujours rien.
-Bon, ben on reviendra demain.
Elle se retourne pour partir lorsqu’elle est aveuglée par les phares d’une voiture qui se dirige vers elle. Elle met sa main devant ses yeux pour essayer de voir qui est-ce, en vain. Le moteur se coupe et elle avance vers la voiture quand sort une grande brune qui la fixe méchamment.
Elisabeth.
-Salut. Je viens te ramener ton portefeuille.
En la reconnaissant, le regard de la brune s’adoucit. Elisabeth porte sa main à la poche arrière de son jean et constate qu’il ne s’y trouve pas.
-Lucy ?
-Ouaip.
-Ha ! Je t’avais pas reconnue. Excuse-moi.
-Pas grave. Tiens.
-Tu rentres cinq minutes ? Prendre un verre ou je sais pas quoi…
Bizarrement, Elisabeth se sent toute petite devant la jeune blonde. Une timidité qu’elle n’a jamais ressentie depuis… « .. Depuis Isa ! » Lucy lui sourit gentiment en hochant la tête.
-Bien sûr !!
Elisabeth se retourne pur un faire un signe de main à Gabrielle qui est toujours dans la voiture.
-Elle est restée dans la voiture le temps que je sache qui était là. Explique Elisabeth.
-Je comprends. On sait jamais !!!
La gamine sort de la voiture et court dans les bras de sa mère en s’exclamant :
-Ha, c’est vous !!
-Gabby !!!
-Quoi ??
-Tu pourrais être un peu plus polie, quand même !! La gronde la brune.
-Désolée maman. Bonsoir madame.
Un sourire penaud contre un autre compréhensif.
-Pas grave, t’inquiète pas !!! Mais tu peux m’appeler Lucy.
-Pas de problème. Enchantée, moi c’est Gabrielle.
La petite tend une main franche que prend Lucy en souriant.
-Ravie de te re-rencontrer !!!
-Vous rentrez avec nous ?
-Ben… Je crois. Oui.
-Cool. M’man, tu donnes les clefs ??
-Tiens.
Elisabeth lui donne les clefs et la suit avec Lucy qui est silencieuse, gênée de venir à cette heure tardive et de s’imposer. Mais elle ne dit rien.
-Alors, qu’est-ce que tu en penses ? Demande Beth.
La jeune blonde la regarde sans comprendre.
-De quoi ?
-Ben de ça !
Un grand geste autour de la maison, de Gabrielle….
-Oh !! Ça !! Et bien… rien, que veux-tu que je pense ??
Un haussement d’épaule.
-Ce que tu veux.
-Hé bien, je pense… je pense que tu as beaucoup de talent.
-Pourquoi faire ? Pour supporter le petit monstre là ???
Elles entrent dans la maison. Elisabeth l’aide à enlever sa veste et la pose sur le porte manteau à côté de la porte, à côté du sien puis elle se retourne pour voir le manteau de Gabrielle jeté sur la table basse, sans cérémonie. Elle secoue la tête et le pend aussi.
-Non. Pour diriger Jodie Foster.
Silence. La brune ne sait plus quoi dire, la jeune femme la prend de cours. Ce n’est pas dans ses habitudes de parler de son métier et elle ne savait pas que Lucy était au courant.
-Comment…. ?
-J’ai vu ton film ce soir, j’étais avec Karine. Il est magnifique.
-Heu… je…
Un sourire penaud.
-Merci.
-De rien, c’est normal, faut reconnaître le talent quand il y en a et je crois que tu en as beaucoup.
Un long rougissement de la brune et Lucy prend pitié et change de sujet.
-Ok, alors qu’est-ce qu’on fait. ?
-Alors d’abord, tu me laisses vérifier ce que fais Gabby, car c’est pas normal qu’elle s’éclipse comme ça et en attendant, tu peux aller dans le salon. J’arrive. Fais comme chez toi.
-Ok.
Elisabeth montre le salon à Lucy et monte les escaliers quatre à quatre pour voir sa fille Elle la trouve tranquillement assise dans son lit en train d’écrire.
-Hé ? Ça va, ma chérie ?
Gabrielle lève la tête et sourit.
-Ça va bien et toi ?
-Mmm.
-Pourquoi elle est là ? Demande froidement Gabrielle.
-J’ai oublié mon portefeuille au café cet après midi, alors elle est venue le ramener. Ça te dérange qu’elle soit là ? Répond Beth doucement, en s’asseyant près de sa fille.
-Non. Non ça me dérange pas, c’est juste que..
-Quoi ? Dis-moi.
-Rien, c’est juste que… enfin elle me fait penser à…
-A qui ?
-A maman.
-Ha bon ??!! Comment ça ?
-Je sais pas trop….
Gabrielle ne finit pas sa phrase alors Beth intervient.
-Ok, tu veux qu’on en parle maintenant ou pas ?
-Non, vas y elle t’attend, je suppose.
-Oui. Ok, j’y vais et on parlera plus si tu veux, ok ?
-D’accord. Je t’aime.
-Moi aussi, je t’aime.
Elle se lève et embrasse la petite blonde sur la tempe et sort en fermant la porte. Elle redescend et trouve Lucy qui regarde les photos posées sur le piano. Elisabeth s’arrête une minute à l’encadrement de la porte et observe la jeune blonde, se demandant en quoi elle peut ressembler à Isabelle.
Sentant une présence, Lucy se retourne et trouve Elisabeth qui la regarde, l’air pensif. Elle s’approche d’elle doucement, un doux sourire sur le visage.
-Elle va bien ?
-Oui, ça va, t’inquiète pas. Un p’tit coup de blues.
-Sans doute. Je devrai peut être vous laisser toutes les deux. Propose Lucy.
-Pourquoi ? Tu veux partir ?
-Non, c’est pas ça, mais je ne voudrais pas déranger.
-C’est bon, tu déranges pas. Pas du tout.
-OK.
-Tu veux un café ?
-Oui.
Elles se dirigent dans la cuisine. Lucy s’assoit à la table et Elisabeth fait passer le café. Elle va s’assoire en face de Lucy et demande :
-Alors le film t’a plu ?
-Oh oui !! Beaucoup, même !!! Il est magnifique.
Elisabeth rougit du compliment inattendu.
-Merci. J’ai bossé longtemps dessus et je dois dire que le résultat me plait assez !!!
-A moi aussi ça me plait. Même beaucoup.
Un silence s’immisce entre elles. Il n’est ni tendu, ni lourd. Il est calme. Intime. Mais Lucy le brise.
-Je sais pas pourquoi, mais… enfin, tu vas sûrement trouver ça bizarre…
-Quoi ? Demande la jolie brune.
-Rien, je… Lucy hésite. Non, laisse tomber.
-Vas y dis. Je vais pas te manger !!!
-On sait jamais !!! Nan, en fait, je sais pas pourquoi, mais… Je.. J’ai une impression de déjà vu. Je veux dire.. Enfin je parle pas de notre discussion, mais la maison. Ta maison. J’ai l’impression de l’avoir déjà vue. Mais je ne sais pas ni quand ni où. Juste que je la connais.
-Comment ça ? Interroge Elisabeth qui ne comprend pas tout.
-Je.. Je ne sais pas. Le manteau de Gabrielle qui traîne sur la table ou par terre, les photos, le piano, l’odeur du bois qui a brûlé dans la cheminée y a pas longtemps…
Elisabeth la regarde, complètement perdue, ne sachant pas quoi dire, ni quoi faire. « La mettre dehors ? Lui demander comment elle sait ça ? »
-Heu.. Je…. Tu.. C’est vrai, Gabrielle laisse toujours traîner son manteau quand elle rentre, comme tous les gamins de son âge !!! Le piano, n’importe qui peut en avoir un et…
-On achète pas un piano quand on sait pas en jouer !! Fait remarquer Lucy.
-Qui te dit que je sais pas en jouer ?!? Rétorque Beth, de plus en plus méfiante et inquiète.
-Pourquoi, tu sais ?
-Non, c’est celui d’Isabelle.
-Ecoute, je ferais mieux d’y aller et de réfléchir à tout ça, car je sais pas du tout ce qui m’arrive et je ne veux pas te déranger. Je sais que tu te demandes comment je sais ça, que je suis peut être une paparazzi qui cherche la merde ou je sais pas quoi, mais je te promets que c’est pas le cas. Mais je ne peux pas expliquer ce qu’il se passe… J’y vais… Je suis désolée.
Lucy se lève et se précipite vers l’entrée. Elisabeth reste assise, complètement anesthésiée par les paroles de la jeune blonde. Ce n’est qu’en entendant la porte claquer qu’elle se lève et court rattraper la jeune évadée.
-LUCY…. Attends, s’il te plait.
Lucy est déjà dans sa voiture. Elisabeth, essoufflée arrive juste à temps car la jeune femme a déjà fait démarrer la voiture.
-Lucy, attends… S’il te plait ?
Elle ouvre la portière et trouve la jeune blonde en pleurs. Elle s’accroupit au bord de la voiture et pose sa main sur celle de son amie, sur le volant.
-Lucy ?
-….
-Lucy, réponds-moi s’il te plait.
Elle la secoue un peu pour la faire réagir. Rien.
-Viens. Rentre avec moi.
Elle se penche pour couper le contact et fait sortir Lucy de la voiture. Elle la prend dans ses bras pour l’étreindre. Elle se recule légèrement pour regarder la blonde. Elle ferme la voiture et emmène Lucy dans la maison en la tenant par les épaules.
Lucy s’assoit dans le canapé pendant qu’Elisabeth lui prépare un café. Quand elle revient, la jeune blonde est endormie dans le canapé, les jambes repliées sous elle, un bras sous sa tête et son visage humide des larmes qu’elle vient de verser.
Elisabeth monte chercher une couverture en laine dans sa chambre. Elle redescend, Lucy dort toujours. Elle lui enlève ses chaussures et l’allonge. L’autre ne se réveille pas. Elle pose la couverture sur elle, dépose un baiser sur son front et monte se coucher.
Elle est stoppée dans son élan vers sa chambre par la voix endormie de Lucy qui murmure son nom. Enfin pas son nom, mais :
-Bessie….
Elisabeth s’arrête net en attendant ce surnom qu’une seule personne lui avait donné au cours de sa vie. Isabelle.
-Mi aime a ou, Bessie. Continue de murmurer la jeune femme endormie.
« "Mi aime a ou" ??? Ça veut dire quoi ça ?? Merde, je comprends rien à ce qu’il se passe ici !!! Je ferais mieux d’aller me coucher avant de péter un plombs »
Et c’est ce qu’elle fait, mais pas avant d’être passée par la chambre de Gabrielle qui dort, blottie contre son oreiller. Elle l’embrasse également sur le front et éteint la lumière avant de partir.
« Qu’est-ce qui se passe avec elle ?» se demande Beth en allant dans sa chambre pour se coucher. « On dirait qu’elle nous connaît. Je comprends rien. » Elle passe devant la coiffeuse et s’arrête sur la photo d’Isabelle. « Et toi mon amour, qu’en penses-tu ? Tu la crois sincère ? Je sais pas si je dois la laisser entrer dans notre vie ou pas… Ça me fait peur. Qu’est-ce que tu ferais à ma place ? » Elle prend un morceau de papier sur la coiffeuse et écrit les mots prononcés par Lucy. Elle se couche tout en pensant à la blonde endormie dans son canapé. Une jeune femme qu’elle connaît à peine, avec qui elle n’a passé qu’une après midi. Qu’est-ce qui lui prend ? Une seule personne n’a jamais réussi à percer sa cuirasse, à briser les barrières qu’elle s’était elle-même mises autour d’elle, de son cœur, de son âme.
Peu à peu, le sommeil la réclame pour l’envoyer dans les mêmes rêves qui la hantent depuis des mois, des rêves d’un futur gâché, d’un amour mort, des bonheurs oubliés…
Fin de la deuxième partie.
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