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TRADUCTIONS

 

LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR

 

 

 

 

par Dreams

 

 

Traduction : Emilie (happymeal@hotmail.fr)

 

 

Table des matières

 

 

 

59

 

Kris essaya de se concentrer sur la sensation des mains d’Anthony sur son corps. Elle essaya de s’accrocher à ses mots lorsqu’il murmura, « Tu es tellement belle, » dans l’espace séparant leurs corps. Son souffle était frais sur son corps, alors qu’il embrassait son estomac. Sa bouche laissait des traînées froides et humides le long de sa poitrine, persistant avec espoir avant de s’évaporer avec la réalité. Kris essaya de se concentrer sur la passion et l’enthousiasme d’Anthony, espérant que cela suffirait à les emporter tous les deux.

 

Pourquoi la vie ne pouvait pas ressembler aux films? Tout était si beau et passionné quand on les éclairait avec des flashs de perfection. Elle aurait aimé vivre la version embellie de cet instant.

 

Était-ce ce qu’elle avait attendu pendant vingt et un ans, ce sentiment d’indifférence engourdie; l’anticipation de la fin alors que rien n’avait encore commencé. Était-ce ce pour quoi elle avait prié? Auquel elle s’était attaché?

 

Elle sentit un courant d’air s’infiltrer par la fenêtre, et elle aurait préféré ne rien sentir. Était-ce juste d’utiliser Anthony dans le seul but d’assouvir son besoin incessant de se cacher? Était-ce la bonne chose à faire?

 

Elle avait vu un mélange de tant d’émotions dans les yeux d’Anthony qu’elle ne pouvait pas toutes les déchiffrer. Elle y avait trouvé du désir et de l’anticipation. Mais y avait-il de l’amour? Ça n’avait pas d’importance, réalisa-t-elle. Ça n’avait pas d’importance si elle ne pouvait pas retourner le sentiment. Comment pourrait-elle se réveiller au matin et le regarder dans les yeux?

 

Elle sentit des mains défaire sa boucle de ceinture. « Anthony, attends, » se surprit-elle à dire, bien que son esprit ne lui ait pas donné la permission de parler.

 

Anthony s’arrêta en pleine action. « Je vais trop vite? »

 

Elle ne répondit pas tout de suite. Quelle excuse avait-elle pour l’avoir mené si loin? Comment pouvait-elle justifier son sentiment de distance? « Je ne peux pas faire ça, » murmura-t-elle, incapable de croiser son regard. « Je suis désolée. Je croyais que c’était ce que je voulais mais… »

 

« Oh, » dit-il, comme s’il s’attendait toujours à ce qu’elle réponde à sa question à propos d’aller trop vite. « Oh, » répéta-t-il, semblant soudainement gêné. Il baissa les yeux et vit où il se tenait, enfourchant son corps. « Désolé, » s’excusa-t-il avant de se soulever pour s’asseoir maladroitement près d’elle.

 

Kris essaya de trouver ses mots, mais rien ne venait. Elle se sentait exposée, assise torse nu sur un lit étranger et regardant un homme à qui elle avait presque donné plein accès à son corps, quelques instants plus tôt. Qu’y avait-il à dire?

 

« Tout va bien? » demanda Anthony, sa déception laissant vite place à l’inquiétude. « Je ne t’ai pas fait mal, n’est-ce pas? Je n’ai même pas… »

 

« Non, » lui assura-t-elle rapidement, surprise par le ton de sa voix. Elle s’était à moitié attendue à ce qu’il s’emporte contre elle. Ce n’est pas Nathan, se rappela-t-elle, triste d’avoir à se le remémorer. « Je pense que je deviens simplement folle, » ajouta-t-elle, se sentant idiote d’annoncer ça, mais elle en était tout de même persuadée.

 

Anthony fronça les sourcils. « Qu’est-ce qui te fait dire que tu deviens folle? »

 

Elle lui jeta un regard embarrassé. « Je traverse juste une phase, je crois, » répondit-elle en grande partie pour satisfaire la curiosité d’Anthony; bien qu’une part d’elle-même croyait toujours que c’était le cas. « Je suis vraiment désolée, Anthony. Je dois simplement tirer quelques détails au clair. »

 

La confusion frôla ses traits tandis qu’il l’observait. « Tu es en train de rompre? »

 

Elle n’avait pas parlé dans ce but. Cette idée ne lui avait même jamais traversé l’esprit. Mais c’était peut-être le seul moyen pour elle de se découvrir. Elle ne pouvait pas continuer à se servir de lui. Pas comme ça. Même si elle ne savait pas ce qu’elle voulait, ce qu’elle ne voulait pas était plutôt clair.

 

Ses yeux s’emplirent de larmes lorsqu’elle hocha la tête. Elle pouvait voir les fondations de sa vie s’écrouler sous ses yeux. Que faisait-elle? Elle aurait tant voulu revenir en arrière, et pourtant la petite lueur de soulagement qu’elle ressentit lorsqu’elle confirma l’empêcha de revenir sur ses pas.

 

Anthony déglutit, visiblement tiraillé entre l’envie de la réconforter, et l’envie de pleurer lui aussi. « Okay, » dit-il. Il parcourut la salle du regard, comme souhaitant se rappeler de l’époque où voir cette chambre ne le faisait pas souffrir. « Tu veux rentrer chez toi? »

 

Chez moi.Elle se demanda soudain où cela se trouvait exactement. Elle ne savait pas, et ne voulait pas y réfléchir. Kris savait seulement qu’il n’y avait qu’un seul endroit où elle voulait aller.

 

Et qu’elle ne voulait voir qu’une seule personne.

 

 

 

« Je vois que tu as bien arrangé l’endroit, » plaisanta Naomi en entrant dans l’appartement.

 

Julianne rit. « J’ai prévu d’acheter des meubles cette semaine, » répondit-elle bien qu’elle n’y ait pas vraiment pensé. C’était loin d’être une priorité dans sa liste de choses à faire; parfois elle oubliait que c’était un problème jusqu’à ce que quelqu’un le lui rappelle. Et c’étaient toujours les deux mêmes personnes de toute façon. « Tu veux boire quelque chose? » proposa-t-elle en se dirigeant vers la cuisine.

 

« Avec plaisir.  Je prendrai ce que tu me proposeras. »

 

Julianne s’apprêtait à répondre lorsque son portable sonna. « Désolée, » s’excusa-t-elle auprès de son invitée. « Franqui, » annonça-t-elle dans le combiné.

 

« Je voudrais deux grandes pizzas avec du pepperoni, des anchois et de l’ananas. »

 

L’actrice leva les yeux au ciel en reconnaissant la voix. « Tu m’excuses un moment? » demanda-t-elle à Naomi. Lorsque la directrice hocha la tête, Julianne se retira dans l’intimité de sa chambre.

 

« Je tombe au mauvais moment? » questionna Adrian.

 

Julianne ferma la porte derrière elle et s’y adossa. « Tu tombes toujours au mauvais moment, » répondit-elle. « Mais tu m’as manqué. Comment se passe ton film sur les tomates? »

 

« Les pommes, » corrigea Adrian. « Et c’est enfin terminé. Tu vas être très fière. Ou perturbée, l’un des deux. »

 

Julianne paria que ce serait la deuxième option.

 

« Alors, j’ai entendu une voix de femme derrière toi, » continua le réalisateur. « Qu’est-ce que j’ai raté? »

 

« Trop de choses pour que je te raconte ça au téléphone, » admit l’actrice. « Mais je panique. »

 

« C’est nouveau ça. » Une pause. « Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, c’était un sarcasme. »

 

Julianne s’éloigna de la porte et baissa la voix. « Adrian, je l’ai invitée. Et je ne sais pas comment la lire. Enfin je veux dire, est-ce qu’elle pense au sexe? Ou est-ce que j’imagine qu’elle y pense? Et est-ce qu’elle veut ou non? C’est bien plus compliqué que ce que je pensais. »

 

« Avant tout, qui est ‘elle’, » demanda-t-il.

 

« Naomi. »

 

« La directrice sexy? » Adrian siffla. « Tu savais qu’elle a posé pour Playboy? »

 

« Elle n’a pas fait ça. »

 

« Si, elle l’a fait, » répliqua-t-il. « Quand elle avait dix-huit ans. »

 

« Oh mon Dieu elle n’a pas posé pour Playboy, » répondit Julianne, frustrée et se sentant ridicule d’avoir cette discussion. 

 

« Je me pencherai sur la question, » dit Adrian. L’actrice pouvait l’entendre fouiller dans le fond. « C’est quelque part par ici. »

 

Julianne se cogna le téléphone contre le front. « Tu me rends dingue. »

 

« Trouvé! » cria Adrian. « Oh attends. C’est pas elle. Tant pis. Hé Jules, tu devrais coucher avec celle-là. Elle veut être professeur en école primaire et ses seins sont vrais. »

 

« Tu peux être sérieux une minute? » supplia-t-elle. « Je suis vraiment perdue, là. »

 

Adrian soupira. « Ok, bla bla bla, une lesbienne sexy dans ton salon, prête à passer à l’action. Bla bla, confusion. ‘Oh non c’est ma première fois’, bla bla bla. Alors qu’est-ce que tu crois que je devrais faire? »

 

« Je ne sais pas, » répondit honnêtement l’actrice. « Elle est belle, intelligente, drôle, et elle m’attire vraiment. Mais… »

 

« Ce n’est pas Kris, » devina Adrian.

 

« Exact, » confirma Julianne. « Et je ne veux pas aller trop vite. C’est juste que… »

 

« Tu veux oublier Kris et tu espère que sauter Naomi fera l’affaire. »

 

« Ouais. Enfin sauf le mot sauter. »

 

« Ecoute Julianne, fais simplement ce qui te paraît juste. »

 

L’actrice soupira. « Je t’appellerai plus tard. »

 

« Amuse-toi bien. »

 

Julianne raccrocha le téléphone et regarda la moquette un long moment. Elle savait qu’elle devait retourner là-bas et faire face à Naomi mais elle avait peur. Qu’est-ce qui lui paraîtrait juste? Et si elle suivait le cours des choses, si elle laissait simplement les choses se passer, aurait-elle des regrets au matin? Elle ne pourrait plus revenir en arrière.

 

Elle se redressa et quitta la chambre. Elle trouva la directrice en train d’admirer la vue depuis la baie vitrée.

 

« La vue est tellement belle ici, » dit Naomi alors que Julianne approchait. « Tout va bien? »

 

L’actrice plongea dans les yeux verts et sourit. « Oui. C’était juste Adrian. Il a fini son film. »

 

« Je suis sûre qu’il sera brillant, comme d’habitude, » répondit Naomi avec un clin d’œil. « J’ai hâte de le voir. »

 

Julianne pouvait attendre avant de voir ce film. Elle pouvait attendre longtemps. Mais au final, elle savait qu’elle adorerait. Adrian avait une façon fascinante de rendre la folie intéressante. Se rappelant soudain qu’elle avait proposé un verre avant l’interruption, elle dit, « Du vin, ça t’ira? »

 

« Parfait. »

 

Julianne prit une profonde inspiration en se dirigeant vers la cuisine. Elle avait besoin de se détendre. Tout lui paraissait embarrassant, chacun de ses mouvements forcé. Elle ne se sentait pas elle-même, comme si elle jouait un rôle qui ne la motivait pas. Elle savait qu’elle tremblait, et se demanda si Naomi se sentait aussi nerveuse qu’elle.

 

Elle ouvrit un des placards et s’empara d’un verre sachant, tout comme certaines personne prévoient des catastrophes, qu’elle allait le faire tomber. Elle le frôla au lieu de le prendre comme il faut, et il glissa silencieusement et sans effort de sa main. Une seule seconde s’écoula entre le moment où le verre lui échappa et celui où il se brisa sur le sol de la cuisine. Pourtant, pendant cette courte durée, elle comprit les limites du possible; elle était aussi capable d’empêcher ce verre de se briser que de protéger son cœur de l’amour.

 

Naomi fut près d’elle en un instant. « Ça va? »

 

Julianne se détourna de la scène au sol et plongea le regard dans deux yeux inquiets. « Je vais bien, » répondit-elle. « Je suis simplement douée comme mes pieds. »

 

L’amusement remplaça l’inquiétude. « J’essaierai de garder l’information à l’abri des médias, » répondit la directrice. « Mais mon silence a un prix. »

 

« J’espère que ce n’est pas cher. J’essaie d’économiser pour les meubles. » Julianne sourit, consciente que Naomi était juste en face d’elle. Elle déglutit. « Je suis vraiment perdue, » avoua-t-elle dans un murmure.

 

« À propos de quoi? »

 

« De tout. »

 

« Alors on ira doucement. »

 

Doucement. Julianne sentit son cœur accélérer alors que leurs lèvres se rapprochaient. Elle ferma les yeux, laissant le moment la transporter de l’autre côté du ravin des doutes. Elle sentit les lèvres de Naomi toucher les siennes, pendant un instant qui lui parut à la fois surprenant et irréel. L’actrice n’était pas sûre que cela soit vraiment en train de se passer. Mais elle savait qu’elle aimait la douceur contre sa bouche; aimait la façon dont le corps de Naomi s’accordait au sien.

 

Le baiser était porteur d’espoir. Lui apportait une nouvelle alternative. Et dans un instant irrationnel, elle pensa que peut-être, si elle avait essayé, si seulement elle avait réagi à temps, elle aurait pu rattraper le verre.

 

Ses pensées furent soudain interrompues par un bruit à la porte.

 

 

 

Kris détestait de tout son cœur le moment d’attente, passé à regarder une porte close, deux secondes après avoir toqué. Elle détestait savoir qu’après tout ce temps passé à répéter encore et encore ce qu’elle dirait, elle oublierait tout au moment de parler. Elle était nerveuse, debout là, à penser à tout et n’importe quoi, à observer d’une manière absurde et pleine d’espoir les motifs en bois de la porte.

 

Elle repensa au voyage de retour du chalet. Anthony: conduisant dans un silence résigné. Kris: écrivant et réécrivant un monologue imaginaire. Elle s’excuserait auprès de Julianne, avait-elle décidé plus tôt. Elle lui donnerait une version des faits qui ne nierait ni ne révèlerait la véritable raison de sa distance.

 

Elle pensa à Anthony avec un élan de regret. Regret de ne pas avoir découvert qu’elle ne l’aimait… ne pouvait pas l’aimer… de la façon qu’il aurait souhaité. Regret de s’être séparés comme ils l’avaient fait: pris dans un enchaînement de geste gênés et de phrases incomplètes. C’était un adieu avec une ponctuation incertaine. Adieu? Adieu… Adieu.

 

Et maintenant, Kris se tenait là et attendait, attendait une chance d’expliquer, bien que vaguement, qu’elle était perdue et effrayée; tiraillée entre ce qu’elle savait et ce qu’elle ne voulait pas savoir. Elle n’était pas là pour se confesser, mais seulement pour s’excuser d’avoir été une telle trouillarde.

 

La porte s’ouvrit enfin, et Kris se tendit par anticipation. « Salut, » dit-elle lorsqu’elle vit Julianne debout dans l’embrasure de la porte. Elle voulait lui dire tellement plus, mais comme prévu, elle avait oublié les mots qu’elle avait préparé. Ils l’avaient abandonné de la même manière que son souffle l’avait abandonné lorsque Julianne l’avait regardé.

 

« Kris, » dit l’actrice étonnée. « Je croyais que tu étais… »

 

« C’était le cas, » l’interrompit rapidement Kris. « On peut parler? » C’est à cet instant que Kris réalisa que Julianne n’était pas seule. Naomi. Le rendez-vous. Quelle preuve d’égoïsme de sa part, quelle preuve d’égocentrisme. « Désolée. C’est pas le bon moment, » dit-elle gênée, se sentant de trop. Elle n’avait pas prévu cette partie. Elle ne savait plus quoi faire.

 

« Kris, ça va? » lui demandant doucement Julianne en observant attentivement son visage. L’actrice pouvait-elle voir qu’elle avait pleuré? Était-ce visible?

 

Naomi apparut aux côtés de Julianne avant que Kris ne puisse répondre. « Je devrais y aller, » annonça-t-elle. « J’ai une réunion avec les producteurs tôt demain matin. » Elle regarda l’actrice avec un sourire. « Je t’appellerai? »

 

Julianne hocha la tête. « Ok, » ajouta-t-elle, comme si son signe de tête n’était pas suffisant.

 

« Au revoir, Kris, » dit Naomi poliment avant de se retirer dans le couloir.

 

Kris se sentait de trop. Elle ne se souvenait pas avoir déjà été aussi embarrassée, mal à l’aise. « Je suis tellement désolée à propos de ça, » dit-elle à l’instant où la directrice disparut dans l’ascenseur. « J’avais complètement oublié votre rendez-vous. »

 

Julianne haussa les épaules. « Pas de quoi être désolée, » dit-elle. « Entre. »

 

Kris essaya de ne pas imaginer ce qu’elle avait pu interrompre. Elle pénétra dans l’appartement et regarda autour d’elle, comme si elle s’attendait à ce que les choses soient différentes. Elle remarqua le verre brisé sur le sol de la cuisine et l’observa avec surprise. « Qu’est-ce qu’il s’est passé là-bas? » demanda-t-elle.

 

Julianne vint près d’elle et soupira. « Je suis juste maladroite, » répondit-elle. Elle se tourna vers Kris et la regarda, inquiète. « Qu’est-ce qui ne va pas? »

 

Tout, voulait répondre l’artiste. Tout allait mal. « Je n’ai pas pu le faire, » dit-elle plutôt. Ce n’était pas pour ça qu’elle était venue. Elle ne voulait pas parler d’Anthony et de leur romance ratée. Elle avait simplement voulu dire, Je suis désolée de ne pas t’avoir appelée. Je suis désolée de ne pas être venue à notre rendez-vous. Je ne sais pas pourquoi j’ai gardé mes distances. Ne me demande pas de m’expliquer, s’il te plait. Mais autre chose s’échappa de sa bouche avant qu’elle ne puisse le retenir. « On était sur le lit dans ce beau chalet au milieu des bois, et… je me suis figée. »

 

« C’était ta première fois, c’est compréhensible, » lui dit Julianne.

 

Kris secoua la tête. « Non, ce n’était pas à propos du moment. Ce n’était même pas de la peur ou de la nervosité. Je ne le voulais pas, c’est tout. Pas du tout. J’aurais au moins dû ressentir quelque chose, non? » Elle plongea le regard dans les yeux bleus et Kris était certaine que quelque chose venait d’y passer. Quoi? À quoi penses-tu, Julianne?« Tu penses que quelque chose cloche chez moi? »

 

« Non, » répondit Julianne. « Tu ne le désirais pas, c’est tout. »

 

Kris hocha la tête. « Exact, » confirma-t-elle. C’était normal. Tout allait bien. « Mais je ne désirais pas Nathan, non plus, » admit-elle. « Je suis peut-être asexuelle. »

 

« Oui, c’est probablement ça, » acquiesça Julianne avec un sourire. « Appelle le couvent. »

 

Kris sourit à son tour. Elle se rappela alors de ce qu’elle voulait dire, et elle le fit. « Je suis désolée pour cette semaine. J’ai été une garce. » Elle regarda le sol, incapable de croiser le regard de Julianne; sachant que quoi qu’elle dirait, ce serait un mensonge. « Je n’avais pas les idées claires. »

 

« Tu avais beaucoup de choses à l’esprit, » dit Julianne. « Avec Anthony et tout le reste. C’est pas grave. »

 

Les mots de l’actrice emplirent Kris de culpabilité. Elle voulait plus que tout admettre la vérité. Mais ça rendrait leur relation tendue et bizarre, et elle n’était toujours pas sûre que ce qu’elle ressentait était réel. 

 

« Je t’ai blessée. »

 

« Je survivrai, » lui assura Julianne. « Je comprends. »

 

Kris avait envie de pleurer, postée là, à la fois déchirée et perdue, haïssant son incertitude, et pourtant s’y accrochant de tout son cœur. Elle repoussa les larmes pour ne pas avoir à expliquer ses émotions. « Je suis perdue, » admit-elle malgré elle.

 

Julianne s’approcha, prit Kris dans ses bras et la serra contre elle.

 

L’artiste ferma les yeux et se détendit contre Julianne. Elle pouvait sentir l’odeur douce de vanille du parfum de l’actrice. Ou peut-être était-ce l’odeur naturelle de sa peau. Elle n’était que douceur et chaleur. Kris aurait voulu que l’étreinte ne se termine jamais.

 

Mais l’actrice rompit le contact. « Si tu crois être en crise, tu aurais dû me voir plus tôt, » dit-elle avec un petit sourire. Elle désigna le verre au sol.

 

« Je suis sûre que tu étais une idiote tout à fait charmante. » Kris sourit.

 

Julianne rit. « Je ne suis pas sûre de pouvoir porter ce titre. »

 

« Idiote? »

 

« Non, charmante, » répondit l’actrice, soudain timide.

 

« Juste idiote, alors, » la taquina Kris. Elle désigna la cuisine. « Allez, il faut ranger ton bazar. »

 

 

 

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