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LA-FACE-AVEUGLE-DE-L-AMOUR31

Page history last edited by Fausta88 12 years, 9 months ago

TRADUCTIONS

 

LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR

 

 

 

 

par Dreams

 

 

Traduction : Emilie (happymeal@hotmail.fr)

 

 

Table des matières

 

62

 

Julianne toqua à la porte du bureau de Naomi. Elle avait réfléchi à la situation tout au long du week-end et en avait tiré une conclusion.

 

La directrice leva les yeux de la pile de papiers sur son bureau et sourit. « Julianne, » dit-elle en se levant. « Tu es en avance. »

 

« On peut parler? » demanda Julianne, fermant la porte derrière elle.

 

« Oh oh, » répondit Naomi d’un ton enjoué. « Bien sûr. À propos du travail ou…? »

 

« Pas du travail, » répondit doucement Julianne.

 

La directrice hocha la tête et contourna le bureau. Elle désigna le canapé contre le mur. « Asseyons-nous. »

 

Julianne prit une profonde inspiration et rejoignit Naomi sur le canapé en se demandant comment dire ce qu’elle voulait dire sans passer pour une idiote.

 

Des yeux verts l’étudiaient patiemment, avec curiosité. « Qu’est-ce qui ne va pas? »

 

« Le fait est que, » commença Julianne, nerveuse. « Je t’apprécie vraiment. Tu es intelligente, belle et drôle… »

 

« Mais? »

 

Julianne hésita. « Mais je suis amoureuse de quelqu’un d’autre, » avoua-t-elle.

 

Naomi l’observa un long moment avant de hocher la tête. « Kris? » devina-t-elle.

 

L’actrice était surprise, et elle se demanda si c’était évident pour tout le monde, ou seulement pour ceux qui observaient attentivement. « Oui, » admit-elle.

 

Naomi hocha la tête. « Karen m’avait mis en garde qu’il y avait peut-être quelqu’un d’autre, » dit-elle. « Elle n’a pas dit qui, mais… tu ne fréquentes pas beaucoup de gens, alors le processus d’élimination a été court. » Elle eut un petit sourire.

 

Julianne ne savait pas quoi dire. « Je suis désolée, » dit-elle enfin. « Si les choses étaient différentes… »

 

Naomi rit. « Oui, si, » dit-elle. Elle sourit à Julianne. « J’apprécie ton honnêteté. J’espère que ça marchera avec Kris. »

 

Julianne rit. « Eh bien, le fait qu’elle est hétéro risque de poser un problème. »

 

« La majorité d’entre nous a été hétéro, » répondit Naomi avec un petit rire. « Mais j’imagine que les choses suivront simplement leurs cours. »

 

« Ouais, » acquiesça Julianne sans vouloir s’accrocher à de faux espoirs. « Bref, je vais te laisser travailler. Tu as l’air occupée. » Elle se leva et se dirigea vers la porte. Une fois dans l’embrasure, elle s’arrêta et regarda la directrice. « Merci. »

 

« Pour? »

 

« Tout, » répondit Julianne en le pensant. Elle sourit et quitta le bureau, sentant qu’un poids lui avait été enlevé.

 

 

 

« Mami, » dit Kris avec impatience. « Maman! Calme-toi. »

 

«  Pero como me voy a calme, Kristina, cuando me vienes con est de ir a California con une persona ajena. »

 

Kris s’exaspérait. « Ce n’est pas une inconnue. C’est une amie. Et je ne pars que pour un weekend. »

 

« Je ne sais pas, » dit sa mère, son ton trahissant sa désapprobation. « Tu vas rendre visite à ton père? »

 

« Je serai à Los Angeles, » répondit-elle avec regret. Elle aurait aimé voir son père. Mais au moins sa mère semblait s’adoucir sur le sujet. « Je n’aurai pas le temps d’aller là-bas pour le voir. »

 

Sa mère poussa un long soupir. « Bueno, llamanos cuando llegues a la casa de tu amiga, » lui ordonna-t-elle.

 

Kris sourit, sachant qu’elle avait gagné. « Je promets de t’appeler à la seconde où j’arriverai, » dit-elle. Elle dit au revoir à sa mère et raccrocha le téléphone, juste à temps pour voir Leigh entrer dans l’appartement.

 

« Salut, coloc’, » annonça Leigh avec un sourire. « Qu’est-ce que tu nous prépares? » Elle rejoignit Kris à la table de la cuisine.

 

Kris désigna le téléphone. « Je devais prévenir ma mère pour mon voyage. »

 

« Je n’arrive pas à croire que Julianne t’emmène chez elle, » dit Leigh en secouant la tête. « Qu’est-ce que vous allez faire là-bas à ton avis? Elle t’emmène à l’avant première? »

 

Kris secoua la tête. « Je ne pense pas. Je crois qu’elle a un cavalier. » Elle haussa les épaules. « J’imagine qu’on va juste traîner ensemble. » Mais elle n’avait pas vraiment pensé aux détails, et plus elle y réfléchissait, plus elle devenait nerveuse. Comment pouvait-elle s’intégrer dans le monde de Julianne?

 

« Alors je crois comprendre que ça va beaucoup mieux maintenant? » demanda gentiment Leigh. « Tu sais, depuis que tu as découvert qui elle est. »

 

« Tout va bien, » répondit Kris, incapable de cacher le sourire sur son visage. « Elle est… »

 

Leigh la regarda, attendant visiblement la fin de la phrase.

 

Mais les adjectifs qui venaient à l’esprit de Kris étaient inappropriés, et l’artiste s’interrompit. La sonnerie du téléphone lui permit de ne pas avoir à trouver quoi dire. « Allô? » annonça-t-elle.

 

« Hey, tu peux venir chez moi? J’ai quelque chose à te montrer. »

 

Kris sourit en entendant la voix de Julianne. « Quel genre de chose? »

 

« C’est une surprise, » répondit Julianne. « Je prépare le dîner. Tu as des devoirs à faire? »

 

Kris ne voulait même pas y penser. « Une tonne. »

 

« Amène-les. J’ai une scène à répéter de toute façon. Je tournerai en rond en me parlant à moi-même pendant que tu étudieras. »

 

Kris rit. « Okay, mais je dois prendre une douche. Je serai chez toi dans une heure. »

 

« À tout à l’heure. »

 

« Salut, » dit Kris. Elle raccrocha et leva les yeux pour trouver Leigh en train de la regarder. « Julianne, » expliqua-t-elle. « Je vais chez elle. »

 

« J’avais compris, » répliqua Leigh.

 

« Je vais prendre une douche, » annonça Kris en quittant son siège. Elle se dirigea hors de la salle, mais s’arrêta lorsque Leigh l’appela. Elle se retourna pour faire face à sa colocataire.

 

Leigh s’était elle aussi levée. « Jeremy a ce copain » dit-elle. « Il est vraiment mignon. Je pensais qu’on pourrait faire un double rendez-vous demain soir. »

 

Kris secoua la tête. « Désolée. Je n’ai pas la tête à débuter une relation. »

 

« C’est juste pour traîner, » répliqua Leigh. « Il ne veut pas t’épouser. »

 

Elle détestait être mise dans cette position. « J’ai peut-être quelque chose de prévu avec Julianne, » dit-elle. « Et je n’ai vraiment pas envie de sortir avec quelqu’un une fois de plus. J’ai rompu avec Anthony pour une raison. »

 

Leigh croisa les bras. « Et pour quelle raison? »

 

« Je dois vraiment prendre une douche, » insista Kris en espérant mettre fin à la conversation. Quel était le problème de Leigh?

 

« Kris, » annonça Leigh en changeant de ton. « Il y a quelque chose dont tu veux me parler? »

 

« Comme quoi? » demanda Kris, nerveuse.

 

« Je ne sais pas, » dit Leigh. « Mais s’il y avait quelque chose… je comprendrais. »

 

L’artiste ne savait pas où voulait en venir Leigh. Ou plutôt, elle ne voulait pas savoir. « J’en ai juste assez que tout tourne autour des mecs, » dit-elle. « Je ne vois pas pourquoi je devrais soudain sauter sur l’opportunité de sortir avec une personne que je n’ai même jamais vu, simplement parce que c’est un mâle et que tu le trouves mignon. »

 

Leigh la regarda, réfléchissant aux mots de Kris. Pour finir, elle hocha la tête. « Okay, tu gagnes. »

 

Soulagée, le regard de Kris s’adoucit. « Mais j’aimerais traîner avec toi avant de partir vendredi, » dit-elle.

 

« Une nuit pizza et film? Jeudi? » suggéra Leigh.

 

« Ça marche, » acquiesça Kris avec un léger sourire, contente que la tempête soit passée. « Je vais prendre ma douche maintenant. »

 

Leigh hocha la tête et se dirigea vers sa chambre. « Passe le bonjour à Julianne de ma part. »

 

 

 

Kris parvint à arriver chez Julianne en un peu moins d’une heure. Et elle était plus qu’anxieuse de découvrir quelle était la surprise de Julianne. L’idée du dîner était alléchante, aussi. Kris était affamée.

 

Julianne entrouvrit la porte et jeta un coup d’œil. « Quel est le mot de passe? »

 

« Soupe de palourde de Nouvelle Angleterre, » répondit Kris avec un sourire.

 

« Rouge ou blanche? »

 

Kris leva les yeux au ciel. « Tu as regardé le film un peu trop de fois, pas vrai? » demanda-t-elle.

 

« J’adore Ace Ventura, » répondit Julianne. « Maintenant, quelle couleur? »

 

« Euh, blanche? » supposa Kris. Elle ne s’en souvenait plus. « Je n’arrive jamais à retenir ce qu’il répond. »

 

Julianne sembla réfléchir. « Je ne me souviens pas non plus. Alors disons blanche. Mais tu dois fermer les yeux. »

 

Kris joua le jeu et ferma les yeux. « Quelque chose sent bon, » dit-elle alors qu’une délicieuse odeur se répandait dans le couloir. « Qu’est-ce qui cuit? »

 

« Tu le sauras bien assez tôt, Ô grande impatiente, » répondit Julianne en guidant Kris dans l’appartement.

 

Kris n’avait aucune idée de l’endroit où elles allaient, mais Julianne s’arrêta bien assez tôt.

 

« Ouvre les yeux, » lui ordonna Julianne.

 

Kris se plia à l’ordre et sourit à la vue s’offrant à elle. Les meubles de Julianne étaient arrivés. Le canapé qu’elle avait choisi et les deux sièges inclinables avaient comblé l’espace vide sur la moquette. Mais l’objet qui attira le plus son attention fut la table de la salle à manger. Kris rit. « Quand as-tu acheté ça? »

 

« J’ai demandé au vendeur du magasin d’en choisir une, » répondit Julianne. « Je suis sûre que c’était la plus chère. Mais au moins elle va avec le reste. » Elle rit puis elle désigna la nourriture sur la table. « Le dîner est servi. »

 

Kris sourit et parcourut à nouveau la pièce des yeux. L’appartement était bien plus accueillant maintenant. Il paraissait enfin habité. Elle remarqua l’écran plat sur le mur en face du canapé. « Tu as déplacé celui dans ta chambre? » demanda-t-elle.

 

Julianne arbora un air ‘mais bien sûr’. « Je l’ai acheté sur le chemin du retour aujourd’hui, » répondit-elle. « Je savais que les meubles arrivaient, alors je me suis dit que j’allais donner une raison au salon d’exister. »

 

« La télévision est la raison? » demanda Kris avec un sourire. 

 

Julianne hocha la tête, passant derrière le comptoir dans la cuisine. « Qu’est-ce que tu veux boire? »

 

« Choisis pour moi, » répondit Kris. Elle regarda les deux sièges inclinables. « Alors pourquoi tu en as acheté deux? Tu prévois de te trouver une colocataire? »

 

Julianne haussa les épaules et remplit les verres de glaçons. Elle leva les yeux et sourit. « Pourquoi, tu veux emménager? »

 

Kris rit et alla aider Julianne. Bizarrement, l’idée de vivre avec l’actrice ne lui déplaisait pas.

 

 

 

Après avoir vidé les assiettes, Julianne fit asseoir Kris sur un des sièges et lui ordonna d’étudier. La dernière chose qu’elle voulait était de voir Kris échouer. Mais elle ne voulait pas abandonner le temps passé avec Kris non plus. Alors c’était un bon arrangement. Et le mieux, c’était que cela ne semblait pas déranger Kris.

 

« Je crois que je suis amoureuse de ce fauteuil, » annonça Kris après quelques minutes.

 

Julianne sourit. « Je te l’avais bien dit. » Elle revint au scénario devant elle et essaya de se concentrer sur la scène. Elle était presque sûre d’avoir mémorisé le scénario entier, mais ils tournaient cette scène le lendemain et elle voulait s’assurer qu’elle n’oublierait rien. Et le problème n’était pas les tirades, elle les connaissait, mais tout le reste. C’était une scène importante et elle voulait bien faire.

 

« Sur quoi tu travailles? » demanda Kris.

 

Julianne arrêta de se répéter les phrases à elle-même et regarda Kris. « Je répètes juste les lignes pour la scène de demain. »

 

« Je peux t’aider? »

 

« Tu n’as pas des devoirs à faire? » demanda Julianne. « Si je te distrais je peux faire ça dans ma chambre. »

 

« Non, » répondit Kris. « Je n’ai juste pas envie de travailler. » Elle surprit le regard de Julianne et rit. « Je m’enfermerai à la librairie demain et je me rattraperai, promis. » Elle quitta le siège. « Tu es pire que ma mère, tu le sais ça? »

 

Julianne sourit, pas peu fière d’elle-même. « J’essaye. »

 

« Alors comment je peux t’aider? » demanda Kris, maintenant face à Julianne.

 

L’actrice soupira, vaincue. « Ok, c’est une scène courte. Lis simplement les lignes d’Emma. Et je dois te prévenir, c’est une scène vraiment à l’eau de rose. »

 

« Oooh, je me souviens de celle-là. C’est mignon. » Kris sourit. « Je commence? »

 

« Pars devant. »

 

Kris s’éclaircit  la gorge. « J’ai entendu ta chanson hier soir. Elle résonnait contre les arbres devant ma fenêtre, et j’ai cru… »

 

« Quoi? »

 

« J’ai eu cette idée folle que tu était dans le jardin. »

 

« Avec un piano? »

 

« C’est fou, hein? »

 

Julianne s’approcha d’Emma, qui était en réalité Kris, et dit, « Je crois que ce qui est fou c’est que nous nous tenions ici ensemble. »

 

« Tu veux que je parte? »

 

« Non. Je veux que tu restes ici pour toujours. »

 

« C’est encore plus fou. »

 

« Vraiment? Tu t’es promise à un homme que tu n’aimes pas et tu trouves que ça c’est fou? »

 

« Qui a dit que je ne l’aime pas? »

 

« Tu n’as pas besoin de le dire, Emma. Je le vois. Tu parles d’amour comme si c’était une obligation. »

 

« Pas d’amour, » dit Kris. « Seulement de mariage. »

 

« Alors tu admets que tu ne l’aimes pas? »

 

« À t’écouter, je n’ai pas besoin de le dire. Et quelle différence cela fait-il? »

 

« Ça fait toute la différence pour moi, » dit doucement Julianne en s’approchant. « Je peux te montrer que tu aimes. »

 

« Ne fais pas ça. » Kris leva les yeux de son scénario et rencontra le regard de Julianne.

 

Le cœur de Julianne cognait dans sa poitrine, et elle sortit complètement du personnage. Elle était si près de Kris, leurs lèvres si proches. C’était l’excuse parfaite, le scénario demandait un baiser. Julianne vit l’artiste fermer les yeux, et sentit les siens en faire de même. Un doux souffle chatouilla ses lèvres…

 

Que faisait-elle? Elle n’était pas Elizabeth et Kris n’était pas Emma. Ce n’était pas juste. Julianne se recula. « Merci, » dit-elle en essayant de masquer sa nervosité. Son corps tout entier vibrait d’énergie sexuelle, et elle ne savait pas comment l’arrêter.

 

Kris avait ouvert les yeux et l’observait avec une expression indéchiffrable. « C’était un plaisir, » dit-elle en tendant le scénario.

 

« Tu fais une bonne Emma, » répondit Julianne, espérant apaiser la tension entre elles. Elle aurait aimé pouvoir lire l’esprit de Kris, pour déchiffrer ce qu’elle pensait. Avait-elle franchi la ligne?

 

« Dommage que je n’ai pas passé l’audition, » dit Kris avec un sourire. « Alors, euh, tu veux qu’on la refasse encore une fois? »

 

« Non, » répondit rapidement Julianne. « Je pense que ça ira. » Si elles traversaient tout ça une deuxième fois, Julianne ne voulait pas savoir ce qu’il pourrait se passer.

 

 

 

Kris regardait les remerciements rouler sur l’écran de télévision, se demandant ce qu’il était advenu du film. Il était déjà fini?

 

« Tu as aimé? » demanda Julianne depuis l’autre côté du lit. « J’ai trouvé ça mignon. »

 

« Oui, vraiment mignon, » acquiesça Kris, heureuse de trouver un adjectif. Depuis le presque-baiser plus tôt dans la soirée, l’artiste avait perdu contact avec le monde extérieur. Julianne avait proposé un film, et Kris avait accepté. Elle avait espéré qu’un film lui changerait les idées, mais au contraire il lui avait donné une opportunité de s’abandonner à elles.

 

Elles s’étaient presque embrassées, réalisa Kris. Si Julianne ne s’était pas reculée, elles l’auraient fait, et n’auraient pas pu revenir en arrière. Elle savait que c’était dans le scénario, que c’aurait été justifiable, au moins à l’extérieur. Ce n’était que du théâtre…

 

Mais elle ne pouvait pas justifier le fait qu’elle aurait aimé l’embrasser. Elle ne pouvait pas justifier sa déception lorsque Julianne s’était reculée. Elle ne pouvait pas expliquer pourquoi elle ne cessait d’y repenser. Pourquoi son esprit ne cessait d’imaginer la scène; ne cessait d’imaginer ce qu’elle aurait ressenti. Elle, Kris, avait voulu embrasser Julianne.

 

Voulait toujours.

 

Cette pensée lui fit tourner la tête.

 

Julianne coupa le film et regarda l’heure sur le réveil. « Il est tard, tu veux que je te reconduise? Ou je peux te raccompagner à pied. »

 

« Non, » répondit Kris, distraite. « Je peux prendre un taxi. »

 

« Reste ici pour la nuit, » suggéra Julianne. « Tu as l’air fatiguée. »

 

Kris tourna la tête et observa Julianne. Et si elles s’embrassaient? Maintenant, sur ce lit. Julianne lui rendrait-elle le baiser? Et alors quoi? Bon sang ses lèvres ont l’air si douces. « Euh, » elle savait que Julianne avait dit quelque chose. Mais quoi?

 

« Tu veux? » demanda Julianne.

 

Tu veux?? Oui, quelle que soit la question. « Avec plaisir. »

 

« Kris, ça va? » demanda Julianne, l’inquiétude transparaissant dans sa voix. « Je t’ai gênée? »

 

Kris revint au monde des vivants. « Je vais bien, » répondit-elle. « Simplement fatiguée, je pense. » Même si elle ne pourrait pas dormir. Jamais, jamais plus. Elle regarda la télévision, où passait une publicité. « Tu as déjà acheté un de ces trucs? »

 

« Je plaide le cinquième amendement. »

 

Kris sourit. Elle pouvait imaginer Julianne commander des objets inutiles pendant les premières heures du matin. « Tu es une acheteuse compulsive. »

 

« J’aime les gadgets inutiles qui ne marchent que pour les gens à la télé, » avoua Julianne.

 

« Peut-être que tu ne sais simplement pas les utiliser comme il faut, » la taquina Kris.

 

Julianne la tapa doucement avec la télécommande.

 

Kris rit, s’emparant de la télécommande. « Voyons voir ce qu’il y a d’autre. » Après avoir zappé parmi la quantité illimitée de chaînes, Kris réalisa qu’il n’y avait rien de bien à regarder. Elle s’arrêta sur la Chaîne Cuisine, puisqu’elle savait que Julianne l’aimait. « Ça te convient? »

 

« Ah, le Chef d‘Acier, » dit Julianne avec un soupir ravi. « Parfait. »

 

« Accro. » Kris sourit, trouvant cela adorable.

 

Julianne eut un sourire en coin. « Je veux affronter un des Chefs d’Acier. »

 

« Pourquoi tu ne le fais pas? »

 

« Je n’ai aucune idée de comment cuisiner ces ingrédients bizarres, » répondit Julianne avec une pointe de regret.

 

« Tu peux m’affronter moi, » suggéra Kris. « Je ferai chauffer une tarte minute pendant que tu cuisineras un truc extraordinaire. »

 

Julianne rit. « Tu présentes un vrai challenge. »

 

« J’essaye. » Elles se turent quelques minutes tandis qu’elles regardaient l’émission. Kris était toujours incapable d’être attentive à quoi que ce soit. « Julianne? »

 

« Oui? »

 

« Quand reverras-tu Naomi? »

 

« Demain. »

 

Kris essaya de ne pas froncer les sourcils. « Tu as un nouveau rendez-vous? »

 

« Oh tu veux dire la revoir  revoir? » demanda Julianne. « Je… euh… Je lui ai dit hier que je ne voulais plus sortir avec elle. »

 

« Pourquoi? » demanda Kris, énormément choquée.

 

« Je n’ai pas de sentiments pour elle, » admit Julianne.

 

Kris se sentit soudain transportée de joie. « Je vois, » fut tout ce qu’elle parvint à dire. Mais elle voulait dire bien plus que ça. Elle voulait en savoir plus. « Est-ce que… vous vous êtes embrassées? »

 

« Oui. »

 

Sa joie s’évapora instantanément. « Oh, elle embrasse bien? »

 

« Ouais, c’était vraiment agréable. »

 

Kris décida qu’elle ne pouvait pas en entendre d’avantage. Elle regrettait d’avoir posé la question. « Mais tu n’as pas de sentiments pour elle? »

 

Julianne la regarda, curieuse. « Pourquoi poses-tu la question? »

 

« Je suis juste curieuse, » répondit Kris, inquiète que Julianne devine ses véritables intentions. « Les choses avaient l’air de bien se passer. »

 

« On pourrait dire la même chose à propos d’Anthony et toi, » rétorqua Julianne. « Parfois les sentiments ne sont simplement pas là. »

 

Kris plongea dans les yeux de Julianne, si bleus et beaux. « Alors où sont-ils? »

 

Julianne sourit. « Je ne sais pas. »

 

Je crois savoir, pensa Kris. Mais elle se contenta de rendre le sourire.

 

 

***

 

 

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