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LA-FACE-AVEUGLE-DE-L-AMOUR33

Page history last edited by Fausta88 12 years, 3 months ago

TRADUCTIONS

 

LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR

 

 

 

 

par Dreams

 

 

Traduction : Emilie (happymeal@hotmail.fr)

 

 

Table des matières

 

 

64

 

Julianne regardait les nuages à travers le hublot de l’avion et se demandait comment quelque chose pouvait paraître si solide, si présent, et pourtant n’être rien du tout. Les illusions commençaient à l’énerver. Existait-il quelque chose de simple dans ce monde de fumée et de miroirs? Ou tout n’était qu’une question de quête de paix au milieu du doute?

 

« Tu as l’air pensive. »

 

Julianne détourna les yeux du hublot et plongea dans des yeux noisette curieux. « Ta sieste était agréable? » demanda-t-elle.

 

Kris hocha la tête et bâilla. « Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit. La peur du voyage, j’imagine. » Elle parcourut le jet des yeux. « C’est bizarre de ne pas voler avec des centaines de personnes. »

 

« Tu te sentirais mieux si je m’asseyais derrière toi et que je tapais dans ton siège? » questionna Julianne. « Je ne veux pas te priver de cette expérience. »

 

« Peut-être au voyage de retour, » répondit Kris avec un sérieux moqueur. « Je ne voudrais pas te faire déplacer pour mon confort. »

 

Julianne sourit et se détendit dans son siège. Malgré toutes ses émotions contradictoires vis-à-vis de son amitié avec Kris, elle était heureuse à cet instant. Et peut-être était-ce tout ce qui importait au final.

 

« Alors à quoi pensais-tu? » demanda soudain Kris. « Quand tu regardais par la fenêtre. »

 

La question prit Julianne par surprise, et elle lutta pour trouver une réponse rapidement. Mais elle réalisa qu’il était stupide de toujours se censurer. Devait-elle peindre un portrait parfait d’elle-même pour le bénéfice de Kris? Si ses sentiments pour cette femme étaient bien réels, alors pourquoi ne pourrait-elle pas être honnête? « Euh, » dit-elle, regardant à nouveau à travers le hublot, comme si les réponses flottaient aux côtés de l’avion. « Je regardais les nuages. Et je pensais qu’ils étaient trompeurs. »

 

Kris l’observa attentivement, son regard glissant vers la fenêtre avant de revenir aux yeux de Julianne. « Pourquoi trompeurs? »

 

Julianne se sentit incroyablement stupide d’avouer ses pensées errantes. Elle regretta instantanément d’avoir choisi la vérité. Elle se sentait vulnérable. « Je dis n’importe quoi, » répondit-elle en espérant que cela suffirait à enterrer le sujet. « Tu as soif? » ajouta-t-elle.

 

« Non, » répliqua Kris. Elle regarda à nouveau par la fenêtre. « Pourquoi trompeur? » demanda-t-elle une deuxième fois.

 

L’actrice soupira doucement, et décida de faire face à la question. « Échange de siège avec moi, » dit-elle soudain.

 

« Quoi? »

 

« Échange, » reprit Julianne. « Si je dois m’expliquer, alors tu dois avoir une meilleure vue. »

 

Kris parut confuse mais échangea de place avec Julianne sans plus de question. Une fois assise près de la fenêtre, elle observa le monde extérieur, comme si elle attendait d’y voir quelque chose. « Qu’est-ce que je dois regarder? »

 

« Je ne sais pas. Qu’est-ce que tu vois? »

 

« Des nuages, » répondit Kris automatiquement, tournant la tête vers Julianne. « Tu vas durcir les questions au fur et à mesure? »

 

Julianne sourit. « À quoi te font-ils penser? Et si tu réponds ‘à des nuages’, je devrais te chatouiller sans merci à notre arrivée en Californie. »

 

Kris se contenta de hausser un sourcil avant de revenir à la fenêtre. « Était-ce une menace, Miss Franqui? »

 

« Peut-être. »

 

Kris sourit mais n’ajouta rien. Elle se contenta de respirer profondément et se concentra sur la tâche de déchiffrer ce que Julianne voulait lui faire voir. « Ils me rappellent des barbes à papa, » dit-elle enfin.

 

« Pourquoi des barbes à papa? » demanda Julianne.

 

« Juste la texture. Ils ont l’air doux. »

 

« Et mangeables? » la taquina Julianne.

 

Kris rit. « Tu ne réponds pas à ma première question. »

 

« Pourquoi les nuages sont trompeurs? » Julianne haussa les épaules et fit un mouvement de tête vers la fenêtre. « Je t’invite à tester ta théorie sur la barbe à papa. »

 

Kris réfléchit un moment et sourit. « Je comprends. Mais pourquoi est-ce si important? »

 

« Quoi? »

 

« Pourquoi le fait qu’ils ne sont pas ce qu’ils paraissent est important pour toi? »

 

Julianne réalisa que c’était la véritable question de Kris, et la réponse était encore plus dure à trouver. Ou peut-être pas. Peut-être qu’aucune réponse n’était difficile à donner sauf si on voulait détourner la vérité. « Parce que rien ne l’est, » avoua-t-elle.

 

« Important? »

 

« Non, rien n’est ce qu’il parait. »

 

Kris réfléchit à cette réponse. « Tu dois peut-être simplement regarder de plus près. »

 

 

 

« Oh mon Dieu c’est magnifique, » annonça Kris dans un souffle en entrant dans la maison de Julianne. Son regard vola immédiatement vers la fenêtre en face d’elle. Elle pouvait presque voir l’océan d’où elle se tenait. Elle arracha son regard de la vue et parcourut la pièce des yeux. Tout était si… lumineux.

 

C’était étrange de regarder à l’extérieur et de ne rien voir, plutôt que les ombres habituelles projetées par les bâtiments alentours. Elle avait l’impression de se tenir au milieu d’un palace. Ou au moins dans un épisode de MTV Cribs. (NDLT: MTV Cribs est une émission qui présente les résidences des stars américaines.)

 

« Tu aimes? » demanda Julianne en regardant les alentours. « Ce n’est pas grand-chose. »

 

Kris pensa tout d’abord que Julianne était sarcastique, avant de réaliser qu’elle ne l’était pas. Julianne avait plutôt l’air de douter, de manquer d’assurance même. Elle regarda à nouveau autour d’elle, étonnée que deux personnes puissent regarder là même chose, et y voir des choses totalement différentes. « Eh bien je suis un peu déçue que les murs ne soient pas recouverts de diamant. Et je suppose que des fenêtres aux cadrans en or ne feraient pas de mal non plus. »

 

« Vos sarcasmes sont notés comme convenu, Miss Milano, » répondit Julianne. « Puis-je vous montrer votre suite? »

 

Kris sursauta, feignant la surprise. « Il n’y a pas de maître d’hôtel? »

 

Julianne leva les yeux au ciel et se mit en marche.

 

« Qu’est-ce que tu dis d’une bonne? » continua Kris en suivant son hôtesse vers le salon. Elle s’arrêta pour observer la vue de plus près. La plage était juste en contrebas. « C’est comme une maison de rêve. Je n’arrive pas à croire que tu vis ici. »

 

Julianne se retourna et regarda sérieusement Kris. « Tu peux venir ici quand bon te semble, le temps que tu veux. Même si je ne suis pas là. »

 

Kris regarda l’actrice et sourit. « Et comment m’amuserais-je? » demanda-t-elle. « Mais merci. » Elle suivit Julianne jusqu’à la chambre d’ami et posa ses affaires. « C’est un balcon? » Kris traversa la chambre et ouvrit les portes vitrées conduisant au petit balcon. L’air chaud et salé lui lécha instantanément le visage lorsqu’elle sortit. Elle observa l’océan face à elle. « Je vais épouser ta maison. »

 

« Tu peux tout aussi bien m’épouser, » répondit Julianne. « Je te promets que le sexe sera bien meilleur. »

 

Le cœur de Kris bondit jusqu’à sa gorge. Elle pouvait sentir son corps tout entier répondre à ces mots. Elle plaisante. Rigole. Elle rit, essayant de ne pas paraître aussi nerveuse qu’elle l’était vraiment. Qu’est-ce que je réponds à ça?!

 

Heureusement, Julianne changea de sujet. « Je vais te laisser t’installer. Rejoins-moi quand tu en auras assez de la vue. »

 

« Ça peut prendre une éternité, » répliqua Kris avec un léger sourire. Elle ne plaisantait pas. Elle pourrait facilement regarder l’océan pour l’éternité.

 

« Alors je viendrai te chercher, quand j’en aurai assez d’attendre. » Julianne lui fit un clin d’œil et s’éclipsa, laissant Kris seule avec l’Océan Pacifique.

 

Kris sourit et s’appuya contre la rambarde, le vent dans les cheveux. Elle se força à ne penser à rien; ne pas penser à Julianne en train de sourire, ou de se déplacer, ou de respirer. Ou à la manière dont sonnait sa voix lorsqu’elle parlait, riait ou murmurait. Kris ne voulait pas penser à la manière dont son corps frissonnait lorsque Julianne était près d’elle, même lorsqu’elles ne se touchaient pas.

 

Kris voulait seulement exister paisiblement à cet instant, sans les complications des émotions, et des réponses étranges de son corps. L’épouser? Le sexe sera meilleur? Seigneur. Elle essaye de me tuer.

 

Elle observa l’eau quelques minutes de plus puis retourna dans sa chambre. Elle ne l’avait pas vraiment regardée, bien trop distraite par le balcon. Les murs étaient peints d’un bleu léger, et affichaient des photographies en noir et blanc de paysages inconnus. Il y avait un lit double, parfaitement fait, et une armoire ornée d’un miroir. Kris se demanda combien d’invités recevait habituellement Julianne. Elle ne parvenait pas à imager qu’il y en ait beaucoup.

 

Kris prit une profonde inspiration et s’assit au bord du lit, partagée entre l’envie de déballer ses affaires ou de retrouver Julianne. Le fait que l’actrice lui manque alors qu’elles ne s’étaient séparées que quinze minutes auparavant lui parut stupide. Par simple obstination, elle décida de vider sa valise. Elle était sûre que Julianne voulait un peu de temps pour s’installer.

 

 

 

Julianne faisait les cent pas dans son salon, frustrée et anxieuse. Pourquoi répondait-elle aux appels de sa mère?  Elle n’appelait Julianne par son vrai nom que lorsqu’elle atteignait le point de rupture. « Je reçois quelqu’un, » avoua-t-elle dans un souffle, espérant avoir trouvé l’excuse parfaite pour éviter le dîner.

 

« Quel genre d’invité? »

 

« Quelqu’un de New York, » répondit Julianne. « Kris, » ajouta-t-elle, ne serait-ce que parce qu’elle aimait prononcer le nom de l’artiste.

 

« Tu trompes déjà Adrian? »

 

La question était tellement inattendue que Julianne perdit ses mots quelques secondes, avant de réaliser que sa mère pensait probablement que Kris était un homme. « Adrian et moi ne sommes plus en couple, » répondit-elle. « J’ai oublié de te le dire. »

 

« Vraiment? Eh bien, j’espère que cet ‘invité’ en vaut la peine. »

 

Julianne se surprit à sourire. « Bien plus que ça. »

 

« Le dîner commence à sept heures piles, » répondit sa mère.

 

« Mais, Kris… »

 

« L’invitation vaut pour vous deux, » dit sa mère. « Dis toi que je meurs de curiosité. »

 

Julianne n’aimait pas la tournure que prenaient les choses. Kris méritait mieux que de la ‘curiosité morbide.’

 

« Je vais raccrocher, Julianne. Tu sais que rester trop longtemps au téléphone me donne mal à la tête. Sois à l’heure s’il te plaît. »

 

« Kris ne mange pas de viande, » annonça Julianne, résignée.

 

« J’en informerai le cuisinier. À ce soir. »

 

« Au revoir. » Julianne attendit que sa mère raccroche avant de raccrocher à son tour. Le dîner s’annonçait être un cauchemar. Elle se retourna pour trouver Kris en train d’observer le paysage extérieur. C’était étrange qu’une personne puisse la faire se sentir à la fois prisonnière et calme. L’amour était-il toujours aussi contradictoire?

 

Kris détourna les yeux de la fenêtre tandis que Julianne approchait. « Le fait que je suis végétarienne est un sujet à la mode en ce moment? » demanda-t-elle avant de secouer la tête. « Je suis désolée, je ne voulais pas écouter ta conversation. »

 

Julianne regarda le paysage un instant, l’océan et le ciel, momentanément paniquée à l’idée que Kris rencontre sa famille. « Est-ce que tu serais intéressée par un dîner chez ma famille? »

 

Elle parut légèrement choquée, mais essaya de le cacher. « J’adorerais. »

 

« Je dois te prévenir qu’ils sont tous diaboliques, » dit Julianne sur un ton léger, même si elle pensait ces mots. « Ma mère et ma sœur, surtout. Elles feraient fuir Satan. »

 

« Je suis sûre que tu exagères, » répondit Kris avec un sourire.

 

Julianne haussa les épaules et abandonna. « Tu verras. Je m’excuse d’avance pour l’expérience traumatisante que tu vas sûrement traverser. »

 

« Tu essayes de m’effrayer? » demanda Kris de bon cœur.

 

« Ça marche? » demanda Julianne avec espoir.

 

« Non, » répliqua Kris après un moment de réflexion. « Je crois que maintenant je meurs juste de curiosité. »

 

Julianne frémit en se rappelant les mots de sa mère. Il y avait quelque chose de troublant vis-à-vis du fait que sa mère et Kris utilisaient la même phrase. Ou peut-être que ça collait avec la situation. Seuls les évènements de cette nuit pourraient le dire. « C’est marrant que tu dises ça. »

 

« Pourquoi? »

 

« Apparemment ma mère aussi a hâte de te rencontrer, » admit Julianne.

 

Cela parut troubler Kris, qui fronça légèrement les sourcils. « Pourquoi serait-elle curieuse de me rencontrer? »

 

Julianne haussa les épaules. « Probablement parce qu’elle ne s’intéresse qu’à l’argent et aux potins. Ajoute ça au fait qu’elle pense probablement qu’on est en couple. Et que tu es un homme. »

 

« Quel retournement de situation, » répondit Kris avec un sourire. « Ça veut dire que tu veux que j’aille au dîner habillée en travestie? »

 

L’idée la fit sourire. Elle n’arrivait pas à imaginer quelle serait la réaction de sa mère. « Je crois que je te préfère comme ça, à vrai dire. »

 

« Tu penses? »

 

« Eh bien je ne t’ai encore jamais vue habillée en travestie pour comparer, » la taquina Julianne.

 

« Tu marques un point, » accepta Kris. « Alors pourquoi ta mère croit-elle qu’on sort ensemble? »

 

« Eh bien je ne l’ai pas vraiment corrigée quand j’ai cru comprendre que c’est ce qu’elle pense… » Julianne ne savait pas comment Kris prendrait cet aveu.

 

« Tu essayes de faire avoir une crise cardiaque à ta mère, Julianne? » demanda Kris. « Parce que si c’est le cas, et qu’elle est aussi diabolique que tu le prétends, je prétendrai être ta petite amie avec plaisir ce soir. » Elle fit un clin d’œil.

 

Julianne voulait rire à ce concept, mais la pointe de déception en entendant le mot

‘prétendre’ était difficile à ignorer. « Elle est vraiment aussi diabolique. Mais je suppose qu’il  n’est pas nécessaire de la tuer. » Elle sourit.

 

Kris lui rendit son sourire, mais n’ajouta rien, son attention à nouveau tournée vers le paysage.

 

Julianne essaya de ne pas la fixer, essaya de ne pas penser au fil de ses émotions. Si elle avait eu une once de courage, elle aurait avoué à Kris qu’elle ne voulait pas qu’elle prétende quoi que ce soit. Qu’elle le voulait vraiment. Mais comment pouvait-elle formuler ce désespoir dans lequel elle était plongée? « Tu as faim? » demanda-t-elle.

 

« Pas vraiment, » répondit Kris en jetant un coup d’œil à l’actrice. « Mes nerfs sont un peu tendus à cause de l’excitation. »

 

 

 

C’était le genre de situation où Julianne voulait quitter son corps et se mettre à la place de Kris pour comprendre ce qu’essayait de dire l’artiste. C’était facile d’oublier que sa vie n’était pas ordinaire. Et elle s’inquiétait, essayait de trouver comment elles pourraient s’intégrer dans le monde l’une de l’autre, et s’il était même possible pour leurs deux mondes de fusionner. Combien de temps tiendrait cette amitié entre elles?

 

« Julianne? »

 

L’actrice regarda Kris, momentanément surprise. « Pardon? »

 

Les yeux noisette paraissaient soucieux. « Tout va bien? »

 

« J’ai simplement beaucoup de choses à l’esprit, » répondit-elle.

 

Kris hocha la tête. « Tu es nerveuse pour l’avant-première? »

 

L’avant-première? Julianne avait presque oublié la raison de son voyage. « Euh, en partie, » répondit-elle, même si c’était le cadet de ses soucis. « Tu veux qu’on aille sur la plage? »

 

Les yeux de Kris s’illuminèrent lorsqu’elle entendit la suggestion. « J’adorerais. Je ne suis pas allée à la mer depuis des années. »

 

Étrange comme certaines choses pouvaient paraître banales à quelqu’un vivant près de la mer. Mais Julianne était secrètement contente de pouvoir rendre Kris heureuse. Elle adorait son enthousiasme et la manière dont elle appréciait des choses que Julianne ne remarquait même plus. Cela donnait envie à Julianne de les remarquer. Cela lui donnait envie de tout entourer avec un gros nœud rouge et de l’offrir à Kris.

 

Peut-être. Un jour peut-être. Elle aimait prétendre qu’il y avait de l’espoir.

 

*****

 

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