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LA-FACE-AVEUGLE-DE-L-AMOUR34

Page history last edited by Fausta88 12 years, 3 months ago

TRADUCTIONS

 

LA FACE AVEUGLE DE L'AMOUR

 

 

 

 

par Dreams

 

 

Traduction : Emilie (happymeal@hotmail.fr)

 

 

Table des matières

 

 

65

 

Kris n’avais jamais vu une maison si belle de si près. Elle l’observait attentivement depuis sa place dans la limousine de Julianne. Plus elles approchaient et plus elle en avait le souffle coupé. Kris sentit un nœud se former dans son estomac lorsqu’elle réalisa que c’était leur destination. C’était trop beau pour être vrai. Elle se tourna pour regarder Julianne, pour partager ses pensées, mais l’actrice était en pleine conversation, et cela paraissait important.

 

Ne voulant pas l’interrompre, Kris appuya sa tête contre la fenêtre et se perdit dans les images qui passaient. Entrer dans le monde de Julianne Franqui donnait l’impression d’être dans un compte de fée. Manhattan paraissait si loin à cet instant. C’était comme si elle avait plongé dans un univers parallèle, qui était maintenant son univers. Elle releva la tête, observa Julianne un moment avant de tourner les yeux vers le monde extérieur.

 

Sauf que ce n’était pas son univers. Elle en était pleinement consciente. Ce n’était qu’un aperçu, un rapide coup d’œil vers quelque chose hors de son existence. Elle goûtait seulement la partie gratuite du succès.

 

« Ah, maison, doux enfer, » plaisanta Julianne en se penchant contre Kris pour regarder par la fenêtre.

 

Kris aimait la chaleur du corps de Julianne. Elle voulait s’approcher plus près, ressentir plus de choses. Pourquoi un simple contact semblait si compliqué? « C’est beau, » dit Kris en essayant de se concentrer sur la scène.

 

« C’est pompeux et prétentieux, » annonça Julianne. « Ils allument toujours toutes les lumières pour que la maison ait l’air plus majestueux. Une idée de ma mère. »

 

« La note d’électricité doit être salée, » dit Kris, même si elle ne pouvait imaginer à quel point.

 

Julianne se rassit, récupérant sa position d’origine près de la fenêtre opposée. « Je ne crois pas que ma mère ait déjà vu une facture. »

 

Kris remarqua que le ton de Julianne démontrait plutôt une constatation qu’un reproche. Elle se demanda si l’actrice elle-même avait déjà vu une facture. Probablement pas, au vu de la douce transition de Julianne d’une enfance gâtée à une vie de super star. La chance semblait mal partagée entre tout le monde.

 

La limousine s’arrêta et le chauffeur sortit pour leur ouvrir la porte. Une fois dehors, Kris regarda le manoir, mal à l’aise. Elle ne savait pas à quoi s’attendre, mais elle voulait rencontrer la famille de Julianne; elle voulait voir par elle-même dans quel milieu elle avait grandi.

 

« Prête? » demanda Julianne.

 

Kris la regarda et lui offrit un bref sourire. « Je ne sais pas. Et toi? »

 

« Jamais, » répondit Julianne. Elle regarda la maison et soupira. « Finissons-en. Quoi qu’il arrive, ne regarde pas ma mère droit dans les yeux. »

 

Kris sourit et se détendit légèrement, puis suivit Julianne jusqu’à la porte d’entrée. Avant qu’elles n’aient le temps de frapper, une femme ressemblant exactement à Julianne, quoi qu’un peu plus âgée et avec les cheveux courts, ouvrit la porte.

 

« Tu ouvres les portes maintenant, mère? » commenta Julianne. « C’est nouveau. Je n’aurais pas cru que tu saches comment faire. »

 

La mère de Julianne ne répondit pas, son regard fixé sur Kris.

 

L’artiste remua, mal à l’aise sous le regard intense de la femme, mais ne détourna pas les yeux. Elle ne voulait pas paraître intimidée.

 

Après quelques secondes, les yeux bleus glissèrent jusqu’à Julianne. « Tu vas me présenter ton invitée, Julianne? Où sont tes bonnes manières? »

 

« Mère, je te présente Kris. Kris, je te présente ma mère. »

 

« Vous pouvez m’appeler Susan, » dit sa mère avant de leur tourner le dos et de retourner dans la maison.

 

Kris regarda Julianne, un sourcil levé.

 

« Après toi, » annonça Julianne avec un mouvement du bras. « Ne dis pas que je ne t’ai pas prévenue. »

 

Kris sourit et entra dans le gigantesque manoir. Si cette femme voulait des bonnes manières, Kris lui montrerait des bonnes manières.

 

 

 

Julianne écoutait le tintement de l’argenterie contre le fond des assiettes. Le bruit, bien que rythmique, ne faisait que lui taper sur les nerfs. Elle voulait prendre Kris par la main et l’emmener loin d’ici. C’était trop calme. L’absence de conversation la dérangeait.

 

Enfin, la sœur de Julianne brisa le silence. « Alors qu’est-ce qu’il s’est passé avec Adrian? »

 

Susan leva les yeux de son assiette, visiblement partagée entre l’envie de demander à Jan de se taire, et la curiosité sincère de connaître la réponse de Julianne. Elle opta pour la curiosité. « Oui, Julianne, que s’est-il passé? »

 

Julianne pouvait sentir tous les yeux posés sur elle; ceux de sa mère, de Jan et même de Kris. Elle ne voulait pas mentir devant Kris. Elle ne voulait plus faire semblant, ou imaginer de nouvelles histoires pour cacher la vérité. Mais que gagnerait-elle à révéler la vérité? « Je ne suis pas amoureuse de lui, » répondit-elle enfin.

 

« Alors de qui es-tu amoureuse? » demanda Jan.

 

Julianne se figea en entendant la question. Elle ne savait pas comment répondre sans mentir. « Qu’est-ce qui te fait dire que je suis amoureuse de quelqu’un? » contra-t-elle en essayant de gagner du temps, espérant que la question disparaisse dans le néant.

 

Jan haussa les épaules. « Tu l’es? »

 

« J’imagine que tu devras regarder Entertainment Tonight, comme tout le monde, » répondit Julianne, assez fière d’elle pour avoir évité la question.

 

Résignée, Jan se tourna vers Kris. « Maman était persuadée que vous étiez le nouveau copain de Julianne, » l’informa-t-elle. « Elle a fait nettoyer la maison par le personnel pour votre arrivée. »

 

« Jan, » avertit Susan, clairement embarrassée par la révélation de la cadette. « Alors Kris, vous êtes dans le film avec Julianne? »

 

Kris parut momentanément surprise par l’attention soudaine. « Non, je suis étudiante en art à l’Université de New York. Ma colocataire fait partie du casting, par contre. »

 

« Kris est une artiste très talentueuse, » ajouta Julianne, sautant sur la moindre occasion pour vanter les talents de son amie.

 

« Vous avez un petit ami? » demanda Jan, curieuse.

 

« Tu ne penses qu’à ça? » demanda Julianne, irritée par les questions de sa sœur.

 

Jan ignora la question de l’actrice et fixa son attention sur Kris en attendant une réponse.

 

Kris secoua légèrement la tête et dit, « J’en avais un. Mais on s’est séparés. »

 

« Pourquoi? » questionna Jan.

 

« Ça ne te regarde pas! » s’interposa Julianne.

 

« Julianne, » la sermonna Susan.

 

Jan parut irritée. « Je suis libre d’avoir une conversation avec ton amie si je veux. Elle ne t’appartient pas. Elle a le droit de me dire de me taire si je dépasse les limites. »

 

Frustrée et un peu plus qu’énervée, Julianne serra les dents mais ne répondit rien. Jan avait raison, même si elle détestait le reconnaître. Kris était tout à fait capable de s’occuper d’elle-même.

 

« Je n’étais pas amoureuse de lui, » répondit Kris, ne serait-ce que pour mettre un terme à la dispute.

 

« On dirait que c’est un truc courant, » commenta Jan en regardant sa sœur.

 

Kris haussa les épaules. « Ce n’est pas vraiment facile d’être avec qui que ce soit, où que ce soit. »

 

Susan étudia Kris un moment. « Eh bien, je suppose que vous savez ce que c’est de lutter. J’ai toujours admiré votre peuple. »

 

Julianne releva brusquement la tête pour regarder sa mère. Elle la regarda, incapable d’y croire.

 

Kris prit une gorgée dans son verre, calmement, et regarda Susan. « De quel peuple parlez-vous? »

 

Susan fit un geste circulaire de la main, comme pour indiquer qu’elle désignait une entité géante par ‘peuple’: les minorités en général. « Les Hispaniques. J’en vois tout le temps à la télé. Ces pauvres gens secourus sur leurs radeaux. » Elle secoua la tête et prit une gorgée de vin. « Honnêtement, je ne peux pas imaginer comment ils font. Votre famille est arrivée ici de cette manière? »

 

Julianne cligna des yeux.

 

Jan réprima un éclat de rire.

 

Kris sourit. « Oui, bien sûr. Nous les Porto Ricains nous nous échappons tout le temps de notre île sur des radeaux. »

 

« Alors c’est quelque chose de courant dans votre culture? » demanda Susan. « Incroyable ce à quoi les hommes peuvent s’habituer. »

 

Julianne voulait désespérément se frapper la tête contre la table, et prier pour que tout ceci ne soit qu’un mauvais rêve. Elle savait que sa mère était diabolique, mais ignorante et stupide, aussi? « Ils font partie du Commonwealth, mère. Je suis sûre que les avions sont bien plus confortables. »

 

Susan absorba cette information derrière son verre de vin. Ses yeux bleus se fixèrent sur Kris et se levèrent légèrement au ciel. Il était clair pour Julianne que sa mère n’appréciait pas être corrigée par sa fille. Surtout lorsqu’il en résultait un embarras personnel. Il était tout aussi clair que le sarcasme de Kris n’était pas apprécié non plus. « Alors je trouve injuste que vous soyez toujours sujets aux actions positives, non? Les Porto Ricains doivent se sentir tout puissants, ayant le meilleur des deux mondes. »

 

L’humour quitta les yeux de Kris. « Ce que je trouve injuste, madame, c’est que votre idiotie est autorisée à vivre dans une aussi belle maison. Je suis certaine que la taille de ce manoir est en compensation pour la taille de votre cerveau. »

 

Jan éclata de rire, mais le camoufla dans une crise de toux dramatique.

 

Susan en resta momentanément bouche bée, avant de se reprendre rapidement. Incapable de répondre, elle prit une autre gorgée de vin.

 

Julianne s’éclaircit la gorge, en grande partie pour se retenir elle-même de rire. Kris avait cloué le bec de sa mère. Kris. L’amusement lui faisait presque tourner la tête, et le choc la figeait sur place. « Eh bien, merci pour le dîner, mère, » dit-elle en se levant. « Kris et moi avons des choses à faire. »

 

Kris se leva à son tour, son regard plaqué au sol, comme si elle réalisait seulement qu’elle, Kris Milano, avait qualifié la mère de Julianne Franqui d’idiote.

 

« Julianne, » dit sévèrement Susan, avec un calme inquiétant. « Je peux te parler en privé? »

 

Ce n’était pas vraiment une question. Julianne regarda brièvement Kris. « Je te retrouve dans la limousine. »

 

Heureuse de pouvoir attendre à l‘extérieur, Kris hocha la tête et se dirigea vers la porte d’entrée. Elle se tourna une dernière fois pour offrir un hochement de tête poli à Jan.

 

Julianne observa Kris sortir avant de suivre sa mère dans la pièce d’à côté, résignée.

 

« Je ne veux pas te voir fréquenter cette… cette… » La voix de sa mère traîna, la colère remplaçant son aspect serein.

 

« Elle s’appelle Kris, » dit Julianne, s’énervant à son tour. Elle ne pouvait pas croire ce qu’avait dit sa mère. « Des radeaux, mère? »

 

« Elle peut s’estimer heureuse de ne pas en avoir eu besoin, » répliqua Susan. « Ces gens là ne disent jamais merci. On les laisse venir dans notre pays et tout ce qu’ils font c’est se plaindre. »

 

« Tu entends ce que tu dis? » demanda Julianne.

 

Susan haussa ses fines épaules. « Je fais des dons à leur organisation caritative. Je sais ce qu’il se passe. Et cette… quoi qu’elle soit, n’est plus autorisée dans cette maison. »

 

« Comme si elle voulait revenir! » cria Julianne.

 

« Julianne je ne vais pas me répéter. Je ne veux pas que tu t’associes avec cette racaille de seconde classe. »

 

L’actrice n’avait jamais été aussi en colère de sa vie. Sa mère avait du cran! Comment osait-elle! « Tu ne dictes plus ma vie. »

 

« Je ne parle pas de ta vie, Julianne, » rétorqua Susan, sa voix à nouveau calme, rassurée d’avoir fait perdre son calme à Julianne. « Ne sois pas si dramatique. »

 

« Kris est ma vie, » répondit Julianne, à peine choquée de la facilité avec laquelle les mots avaient quitté sa bouche.

 

Susan ne cligna même pas des yeux. « Ne dis pas n’importe quoi. »

 

« Ce n’est pas n’importe quoi, mère, » répondit Julianne, sa colère soutenant son courage. « C’est la vérité. Je suis homo. Une lesbienne, gouine, peu importe comment tu appelles ça. Et je suis amoureuse de Kris. Nie-le, accepte-le, je m’en fiche. » Sur ce, elle tourna les talons et se dirigea vers la sortie la plus proche.

 

 

 

Kris faisait les cent pas le long de la limousine, dérivant dans une mer d’émotions. Pourquoi avait-elle perdu son sang froid? Ça ne lui ressemblait pas, c’était tellement loin de sa personnalité d’énoncer ses pensées à voix haute. Et pourtant les mots lui avaient échappé avant qu’elle n’ait eu le temps de les retenir.

 

Mais elle ne ressentait pas de regret à cet instant, au pied de cette perfection majestueuse. Levant les yeux vers le manoir grandiose abritant la raison de son emportement. Elle ressentait quelque chose de plus spécifique que du regret. Elle était entrée dans la villa emplie de respect et de fascination, et en était ressortie avec un sentiment de pitié si profond qu’elle mit un moment pour définir l’émotion.

 

Kris comprenait maintenant l’équilibre du monde. Elle s’était trompée en pensant qu’il était injuste que Julianne possède tant de choses: beauté, célébrité et fortune. Les luxes superficiels de la vie, si faciles à confondre avec des bénédictions et des dons, paraissaient maintenant de pâles cadeaux comparés au vrai miracle de son existence.

 

Comment Julianne avait-elle survécu tant d’années au sein de cette froide indifférence? Ce n’était pas juste de voler le confort d’un foyer aimant à quelqu’un, même en le camouflant élégamment derrière les plis de tenues de velours et une perfection clinquante.

 

La colère remplaça la pitié.

 

La brise marine lui piqua les lèvres, et elle lécha le sel, se demandant brièvement si elle pleurait sans le savoir. Malgré sa colère, faire face à Julianne terrorisait Kris. Après tout elle avait dépassé les bornes durant le dîner, et la possibilité que Julianne soit énervée restait fixé dans l’esprit de Kris.

 

Le son de pas attira l’attention de Kris, et elle sentit son souffle se couper.

 

« On ferait mieux de s’en aller, » dit Julianne d’un ton qui ne laissait pas le droit de contradiction. L’artiste n’avait encore jamais entendu ce ton.

 

Surprise par l’apparition soudaine de l’actrice, Kris resta muette. Sans un mot, elle suivit Julianne dans la limousine. Elles restèrent assises calmement, écoutant le son du moteur qui démarrait, distraites par la tournure des choses.

 

« Je suis désolée, » dit l’actrice, les mots doux et légers dans le silence. « Je ne pensais pas que ça tournerait aussi mal. »

 

Kris s’était préparée à tout sauf à une excuse. Son esprit ne parvint pas à former une réponse convenable.

 

Julianne lui jeta un coup d’œil avant de détourner les yeux. « Je comprendrai si tu veux rentrer à New York. »

 

Kris tombait des nues. Pourquoi Julianne pensait qu’elle voudrait partir? « C’est moi qui devrais être désolée, » dit-elle enfin. « Je ne voulais pas insulter ta mère comme ça. C’était vraiment déplacé et… »

 

« Bien mérité, » finit l’actrice, regardant à nouveau Kris. « C’est elle qui devrait être désolée. » Elle sourit. « Je ne t’avais encore jamais vue si directe. Je devrais t’énerver de temps en temps. »

 

Kris sourit, laissant le doux soulagement la parcourir. « Je pense qu’il serait plus sage de ne pas faire ça, Miss Franqui. Qui sait quel genre de choses non censurées risqueraient de s’échapper dans la nuit? »

 

« Oh, maintenant tu as piqué ma curiosité. »

 

Kris sourit, submergée par le besoin de serrer l’actrice dans ses bras. Mais elle se contenta de croiser les bras contre sa poitrine et se redressa dans son siège.

 

 

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