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LES HAMADRYADES1

Page history last edited by PBworks 16 years, 8 months ago

Avertissements

 

Standard : Xena et Gabrielle et quelques autres personnages ont été créés et appartiennent à Universal/Renaissance et à quiconque est intéressé financièrement par Xena la princesse guerrière. Aucune atteinte des droits d'auteur n'est intentionnelle. Les autres personnages m'appartiennent.

 

 

 

Avertissement de violence : Cette histoire dépeint la violence habituellement associée à Xena princesse guerrière.

 

 

 

Subtext : cette histoire décrit l'amour entre deux femmes et notamment l’expression physique de leurs sentiments. Si cela vous dérange ou si vous avez moins de 18 ans, veuillez passer votre chemin. Pour les autres, bonne lecture !!!

 

Note : ceci est ma première fanfic alors soyez indulgents !!!!

 

Commentaires : les commentaires et les questions sont attendus s.scootie@tiscali.fr

 

 

 

Les hamadryades

 

 

par Scootie

 

 

Chap.1Chap.2

 

 

Chapitre 1

 

 

 

La pluie n’avait fini par cesser qu’à la venue de la nuit. Le chemin, qu’elles avaient emprunté depuis maintenant plusieurs heures, était devenu impraticable tant la boue s’était faite épaisse. Depuis un moment déjà, Xena, qui marchait à côté d’Argo, guettait un signe de la nature lui indiquant un abri naturel. Elle commençait à s’inquiéter non pas pour son état mais pour celui de Gabrielle qui, depuis plus de deux heures, n’avait dit mot et restait légèrement en retrait. Seule Argo ne semblait pas se préoccuper outre mesure de la situation.

 

Enfin, Xena, repéra à une dizaine de mètres, malgré les ombres de la nuit, une petite ouverture dans la paroi rocheuse que le chemin longeait. En une seconde, délaissant les rênes d’Argo, elle se retrouvait à l’inspecter pour y détecter un quelconque danger mais la petitesse de la grotte ne pouvait rien cacher, et surtout pas son humidité.

 

Gabrielle, précédée de la jument couleur sable, l’avait suivie et sans jeter un regard sur ce qui l’entourait commença à se sécher avec un morceau de lin qu’elle avait sorti de son sac. Xena savait que le tissu était nécessairement mouillé, le sac de Gabrielle n’offrant qu’une piètre protection contre les éléments naturels, mais celle-ci ne sembla pas le remarquer. Xena continua à l’observer à la dérobée et ce qu’elle vit lui fit penser que le repas allait être tout sauf plaisant : l’impassibilité se lisait en effet sur les traits du visage de son amie. Xena ne prit pas la peine de la réconforter car sa propre lassitude était à son comble. La blessure parcourant son ventre et acquise lors de son dernier combat contre des pillards ne présentait aucun danger mais tardait à cicatriser. La douleur était légère mais lancinante ce qui l’agaçait au plus haut point. La conversation qui ne manquerait pas de se produire pouvait attendre. Elle décida de ne se sécher qu’après s’être occupée d’Argo. Ayant pris dans sa sacoche la brosse de celle-ci, elle entreprit de lui lisser ses poils afin de la débarrasser du maximum de pluie. Satisfaite du résultat après quelques minutes, Xena se retourna en se disant qu’il était temps de parler à Gabrielle. Celle-ci était maintenant assise sur une couverture, qui avait l’air moins humide que sa propriétaire, et regardait le bout se ses bottes, ses bras entourant ses jambes. Lentement, Xena défit son armure tout en observant son amie. Décidément, la soirée n’allait pas être agréable. Elle trouva dans le sac une robe en lin peu seyante mais seulement à moitié mouillée. La rudesse du tissu sur sa cicatrice la fit grimacer mais Gabrielle ne put le voir, les rayons de la pleine lune pénétrant à peine la grotte. Xena se décida à parler :

 

« Je vais essayer de faire du feu ».

 

 

 

Aucune réponse, hormis une espèce de grognement.

 

 

 

Soupirant intérieurement, Xena se dirigea vers les sacoches dont elle avait soulagé Argo en espérant que le petit bois qu’elle avait pris la peine de protéger dans un bout de tissu serait encore à peu près sec. Heureusement, il l’était mais la quantité de bois n’était pas suffisante pour alimenter un grand feu toute la nuit mais juste pour faire cuire le repas et peut-être même pour l’infusion de deux bonnes tisanes aux herbes. Se rapprochant de la couverture de Gabrielle, elle se trouva en face de celle-ci à environ un mètre. Les rayons de la lune n’éclairaient que ses yeux toujours atones. Xena s’accroupit afin d’allumer un feu qui, une demi-heure plus tard cuisait une soupe de divers légumes secs qu’elles avaient achetés la veille, le hasard de leurs pérégrinations les ayant menées jusqu’au marché d’un village. Xena aurait pu partir chasser un lapin ou quelques autres animaux mais l’envie de discuter avec Gabrielle et de dormir tôt prit le pas sur son appétit.

 

 

 

Une fois cuite, la soupe aux légumes ne fit pas long feu dans les bols des deux femmes. Xena ne réussissait cependant pas à se détendre, la tension de son amie et la douleur de sa blessure l’irritant. Elle essayait de contrôler la colère qui montait en elle, particulièrement depuis que Gabrielle lui avait tourné le dos pour manger alors qu’elle s’installait près d’elle.

 

-« Xena »

 

La voix et les yeux de Gabrielle sur elle la surprirent. Elle haussa un sourcil.

 

-« Je m’occupe des tisanes » dit Gabrielle d’une voix neutre en se levant.

 

Alors que Gabrielle s’affairait, Xena aiguisa ses armes, non sans jeter de petits coups d’œil à Gabrielle dont les gestes étaient plutôt nerveux. « Il faudra bien en parler » se dit-elle.

 

 

 

Une demi-heure plus tard, elles étaient côte à côte sur la couverture de Gabrielle, leurs corps ne se touchant pas et leurs tasses vides reposant devant elles. Xena se décida à ouvrir les hostilités.

 

« Ce n’est pas de ta faute »

 

Après quelques secondes de silence, Gabrielle répondit, une pointe de colère dans la voix.

 

« Tu sais pertinemment que si »

 

« Tu as fait ton possible dans des conditions difficiles…tu n’as rien à te reprocher »

 

« Un pillard ivre mort a réussi à m’ôter mon bâton avec une parade qu’on enseigne aux gamins »

 

Xena la coupa « tu n’as pas commis d’erreurs… »

 

Gabrielle la coupa à son tour « tu as été mise en danger par ma faute…à chaque fois que tu combats je te mets en danger à cause de ma faiblesse et ça je ne peux l’accepter ».

 

 

 

Xena réfléchit à sa réponse, sachant qu’elle était cruciale pour le devenir de leur relation.

 

Elle eut envie de poser une main sur l’épaule de son amie mais s’abstint de peur d’être repoussée. Elle prit alors une grande inspiration et dit très vite, mal à l’aise et en regardant le bout de ses bottes :

 

« Je serais déjà morte si tu n’avais pas décidé de m’accompagner. Tu m’as sauvée de plus d’un mauvais pas soit en me raisonnant, soit en m’aidant dans les combats. Sans toi, je serais au Tartare souffrant mille morts en face d’un Ixion se maudissant d’avoir voulu séduire Héra ».

 

Gabrielle ne répondit pas. Xena se dit qu’elle allait devoir être plus convaincante.

 

« Tu ne peux pas penser que tu représentes un poids pour moi. Tu ne peux pas penser que ma vie serait plus facile sans toi. En fait, sans toi, je me terrerais dans un endroit quelconque en attendant d’être dans l’ombre d’Hécate. Tu ne fais pas seulement partie de ma vie, tu en es l’élément fondateur, l’unique pilier ».

 

A la fin de la phrase, Xena posa une main sur l’épaule de Gabrielle. Celle-ci ne bougea pas d’un pouce et c’est seulement après d’interminables secondes qu’elle réagit enfin mais pas de la manière à laquelle Xena s’attendait. Celle-ci fut d’ailleurs surprise par la véhémence contenue dans les propos que lui jeta Gabrielle : « Avoir son ventre balafré par un pillard puant le rat mort parce que je me suis mise en danger toute seule, tu parles d’un pilier ». Elle avait presque crié et poursuivit encore plus fort.

 

« Se retrouver dans une grotte qui transirait n’importe quel mortel parce que son amie ne marche pas très vite, tu parles d’un pilier. Tu sais très bien que sans moi tu aurais déjà traversé ces montagnes et serais au sec dans je ne sais quel abri naturel que tu es la seule, le plus souvent, à voir. Moi, il faut que je tombe le nez dessus pour le remarquer ».

 

Xena allait infirmer ces propos mais Gabrielle souffla dans un murmure cette fois-ci.

 

« Tu n’as pas besoin de moi ».

 

Cela choqua Xena qui pensa « Comment peut-elle penser ça après 3 ans. Il faut que je lui fasse comprendre que je…que je…Oh, par les dieux, je ne sais même pas comment lui expliquer que je ne peux rien sans elle car l’envie de me battre me quitterait derechef si elle n’était plus à mes côtés ».

 

A la place, Xena dit « euh….euh…NON !!!…»

 

Elle se reprit et, après quelques secondes, dit sur un ton on ne peut plus sérieux « j’ai besoin de toi ».

 

En prononçant cette dernière phrase, Xena avait forcé Gabrielle à la regarder en maintenant fermement son visage vers elle, l’autre main toujours sur son épaule. Xena avait peur car elle ne réussissait pas à lire de signes sur le visage habituellement si expressif et changeant de son amie. Leurs yeux s’affrontaient. Soudain, alors que le feu agonisait, une étrange et dansante lueur verte fit son apparition à l’entrée de la grotte et Xena n’eut conscience du danger que lorsqu’elle sut qu’elle ne pourrait esquiver l’attaque.

 

 

 

Gabrielle eut à peine le temps d’apercevoir une présence bondir sur Xena puis une fraction de seconde après se déplacer derrière elle, que déjà elle se sentit soulevée et ligotée par une ombre dont la force était hors du commun. Cette forme ne ressemblait à aucune forme de vie qu’elle connaissait : elle semblait cotonneuse et en même temps pourvue d’une intense énergie. En tout cas, elle n’était pas humaine, du moins au premier abord. Elle réalisa que la vitesse de l’attaque fut telle que même Xena n’avait pu réagir à temps et ceci la remplit d’effroi. Les yeux bandés, elle n’entendait aucun bruit de combat et sut qu’il était arrivé quelque chose à Xena. Cette idée la terrifia de telle manière qu’elle en oublia momentanément son propre sort. Elle aurait voulu crier le nom de son amie mais un bâillon l’en empêchait.Une drôle d’odeur se dégageait de ce dernier et c’est sur cette dernière pensée qu’elle perdit connaissance alors qu’on l’emportait en dehors de la grotte.

 

 

 

 

 

Chapitre 2

 

 

 

 

Xena ne se réveilla que lorsque le jour eût chassé les dernières ombres de la nuit. Sa tête lui faisait mal mais apparemment aucun autre dommage n’était à mettre sur le compte de cette bizarre forme verdâtre qu’elle n’avait eu le temps d’esquiver. La bosse se situait sur le côté gauche de son crâne et était d’un volume certain mais Xena savait qu’elle n’était blessée que superficiellement. Sentant l’absence de son amie, elle essaya de faire taire le sentiment de peur qui l’irradiait afin de se remémorer avec le plus de détails possibles l’attaque de la veille, sa mémoire détenant peut-être des indices quant à la nature de l’agresseur et donc de l’endroit où elle pourrait le retrouver. Les yeux fermés, elle repassa le film de l’attaque et elle sentit à nouveau une bouffée de peur l’envahir lorsqu’elle conclut que cette « chose » lui était totalement étrangère. Ses indices se résumaient à peu de choses : une forme plus ou moins solide ( pas de traces de pas sur le sol mais elle avait pu être frappée par elle), une vie pourvue d’une énergie et d’une vitesse de déplacement peu communes, une couleur vert gris, une chose qui en voulait à Gabrielle et qui ne souhaitait pas la tuer ( « tiens, c’est une première » ), aucune odeur hormis celle d’une plante qui vous obligeait à dormir lorsque vous l’inhaliez ( preuve d’intelligence et peut-être de préméditation ).

 

Son mal de crâne freinait la vitesse de ses réflexions. Elle décida de se lever afin de chercher d’autres indices devant l’entrée de la grotte. Elle se mit debout sans éprouver de nausées. Elle rassura Argo d’une brève parole mais la laissa dans la grotte afin qu’elle ne détruise de précieux indices à l’extérieur. Elle sentit la brûlure de sa gorge, faute d’eau mais s’en fichait. Lorsqu’elle fut dehors, elle cligna des yeux pendant un moment. Soudain, elle ne put s’empêcher d’hurler le prénom de Gabrielle à plusieurs reprises, son cri se répandant en écho à travers les montagnes nues de toute végétation alors que le soleil commençait son ascension dans le ciel bleu. Elle scruta chaque bout du territoire qui se présentait à elle mais, comme elle s’y attendait, ne vit rien. Elle inspecta le sol à moitié penchée mais ne remarqua rien de particulier, rien qui puisse lui indiquer une direction à suivre. Son cœur battait à la vitesse d’un cheval au galop et elle dut fermer les yeux afin de retrouver son calme. « réfléchis, par tous les dieux, réfléchis…oh, Gabrielle !!! ... réfléchis… bon, il me faut des informations sur cet agresseur et, s’il vit ici, c’est dans le village le plus proche qu’il doit bien y avoir une personne en possédant…».

 

Rentrant vivement dans la grotte d’un pas décidé, elle était sur le point d’enfourcher Argo lorsqu’elle remarqua un parchemin coincé sous la selle d’Argo qui dépassait largement. Elle le prit et le déroula lestement. Il y avait deux rouleaux. Le premier était une carte représentant un territoire en Arcadie, avec une route illustrée en rouge menant à une croix située au nord de cette partie de la Grèce. Piquée dans sa curiosité, elle déroula le second parchemin qui était un message :

 

 

 

Xena, Princesse guerrière,

 

 

 

Ta réputation est parvenue jusqu’à nous.

 

Maintenant, nous voulons que tu viennes à nous.

 

Gabrielle sera bien traitée mais si, dans une semaine, tu n’as pas atteint l’endroit qu’indique la croix sur la carte uniquement en utilisant la route représentée en rouge, elle ne sera plus tienne mais nôtre.

 

 

 

Chrysopélée, Reine des Hamadryades

 

 

 

 

La main de Xena tenant le parchemin frémit. Les hamadryades…des légendes, que sa mère Cyrène lui avait raconté étant enfant, lui revinrent en mémoire. Les nymphes protectrices des arbres existaient donc bel et bien, celles-ci étant l’âme de ces arbres, naissant et mourrant parfois avec eux. Elles vivaient, d’après les bardes, en symbiose avec l’arbre, possédant la force de celui-ci mais le protégeant des agresseurs. Xena ne comprenait pas : les légendes décrivaient un peuple pacifique, uni dans la communion avec Cérès, Déesse des Moissons et de la nature. Pourquoi avaient-elles pris Gabrielle ? Pourquoi la faire venir en Arcadie en menaçant Gabrielle ?

 

Cependant, elle n’attendit pas de trouver un début de réponse à ses questions pour enfourcher Argo et partir vers la direction de l’Arcadie.

 

 

 

Chapitre 3

 

 

 

Gabrielle s’éveilla à plusieurs reprises mais, à chaque fois, une forme vint lui poser un bout de tissu avec le même parfum de fleurs qui lui avait fait perdre connaissance dans la grotte. Ce manège dura longtemps, au moins le temps que deux nuits ne passent. Le voyage s’effectuait dans une charrette ou un chariot. Elle reposait sur une couverture et de temps en temps, une forme lui humectait les lèvres avec de l’eau pour la faire ensuite retomber dans un sommeil profond en utilisant cette fleur à la vertu si particulière. L’image de Xena hantait ses rêves, notamment celles où elles avaient été involontairement séparées ou encore celles où Xena avait été blessée au cours de leur histoire commune. Lorsque la forme l’emporta pour descendre du véhicule arrêté, elle dormait profondément en rêvant, cette fois-ci, d’un bain dans un lac à l’eau claire éclairé par les rayons d’une lune pleine en compagnie d’une Xena rieuse et taquine et,surtout, nue. Le visage de Gabrielle offrait un discret sourire.

 

 

 

La tension de Xena monta d’un cran quand elle sentit qu’Argo avait besoin de repos. Elle décida de ne pas la pousser puisque le chemin était encore long, même si en deux jours Xena et elle avaient parcouru plus qu’elle ne l’aurait cru, les montagnes ayant fini par laisser place à une forêt interminable. Heureusement, la pluie n’avait pas fait de réapparition et c’est sous un ciel gris que Xena avait chevauché.

 

Après avoir ralenti la cadence de sa jument, elle trouva une petite clairière qu’un ruisseau coupait en deux. En sautant d’Argo, elle sentit à nouveau une vague de peur l’envahir alors que le soleil rechignait à laisser sa place aux ombres de la nuit. Elle n’arrivait pas à se défaire de l’idée que chaque minute comptait pour sauver Gabrielle. Elle savait qu’elle avait besoin de sommeil, mais à chaque fois que ses yeux se fermaient, le visage de Gabrielle refaisait surface. Elle avait essayé de combattre les images mais ça n’avait aucun effet : le sommeil ne l’emportait que pour de très courts moments, et même dans ce demi-sommeil, la sensation de vide creusant son cœur ne la quittait pas. Elle n’avait jamais enduré une telle douleur, même à la mort de Lyceus. Elle ne prit pas la peine d’analyser ses sentiments. Plus tard…quand Gabrielle sera protégée dans ses bras. Au cours de ces deux jours, son visage avait été, Xena ne pouvait plus se rappeler le nombre, inondé de larmes glissant le long ses joues alors que son visage était tendu sous l’effort de concentration afin de ne perdre aucune seconde en commettant une erreur dans la direction de sa jument. Debout dans cette clairière, elle sentit le retour de ses larmes. « Assez » lui hurla une partie de son cœur « assez…tu auras le temps de pleurer si tu n’arrives pas le jour prévu…mais ça n’arrivera pas… pas tant qu’il reste une once d’énergie dans cette vieille carcasse ». Pour se rassurer, elle sortit la carte et en soupirant « plus que 2 jours à cheval » dit-elle en fixant cette satanée croix rouge. « Largement le temps…Pourquoi ? Pourquoi me laisser tant de temps ? » Murmura-t-elle. Beaucoup de questions se posaient à son esprit et peu de réponses lui vinrent. Secouant la tête, elle se dirigea vers Argo afin de la soulager de sa selle et l’amena s’abreuver au ruisseau. Après s’être également désaltérée, elle chercha aux abords du bois des baies qu’elle trouva rapidement. Elle les mangea sans avoir conscience de leur goût sucré, debout à côté des buissons, le regard dans le vide. Ensuite, elle retourna vers Argo afin de la brosser, puis prit dans sa sacoche une couverture et l’installa sur le sol. Elle s’allongea et la sensation de vide sur son épaule, là où son amie avait pris l’habitude de dormir ces derniers temps, lui fit mal. Elle se mit sur le côté. « allons, ce n’est pas comme si tu n’avais pas déjà vécu ça…Gabrielle a déjà été enlevée…Non, il y a une différence…ma peur est différente…et…et…je ne préfère pas y penser ». Elle soupira et essaya de trouver le sommeil. Finalement, la fatigue physique et morale amena sa conscience dans les bras de Morphée alors que la nuit l’enveloppait. A nouveau, elle rêva du visage de Gabrielle, et elle le vit encore lorsqu’elle ouvrit les yeux, une heure avant l’aube, ce qui lui fit murmurer à voix basse le prénom de son amie. Très vite, elle se souvint des derniers événements, et les larmes furent au bord de ses yeux lorsqu’elle se leva pour s’approcher d’Argo.

 

 

 

L’aube n’était plus qu’un souvenir dans le ciel, lorsque Gabrielle ouvrit les yeux. Elle cligna plusieurs fois. Elle s’attendait à voir à nouveau la forme se précipiter afin de la renvoyer au pays des songes mais rien ne vint. Elle était allongée sur le dos sur une couverture dont la douceur sous ses doigts la surprit. Elle décida d’écouter les bruits autour d’elle et de refermer les yeux en se donnant l’apparence du sommeil, comme Xena le lui avait appris, ceci afin de mesurer le danger et la promiscuité de ses ennemis. N’entendant que le bruit familier du vent dans les arbres, elle se redressa doucement en ouvrant à nouveau ses yeux verts. Elle observa son environnement en position assise. Elle était encerclée par de puissants chênes, si nombreux qu’ils l’empêchaient de voir à plus de cinq pas. Au-delà régnait l’obscurité, ce qui la fit frissonner. Le terrain dépourvu d’arbres sur lequel elle se trouvait ne faisait pas plus de 3 pas. Elle semblait seule. Exerçant ses sens au maximum pendant plusieurs minutes, elle ne remarqua aucune forme de vie hostile. Elle décida donc de se lever afin de mieux observer l’orée du bois. Apparemment, les effets de la fleur avaient complètement disparu, et c’est lentement mais sans nausées ou vertiges que Gabrielle amena son corps à la verticale. Elle préféra ne pas prendre le risque d’appeler Xena afin de ne pas alerter ses ennemis même si elle semblait seule à une heure de marche. Alors qu’elle s’avançait vers l’orée, elle repéra un mouvement vers sa droite, et elle sentit son cœur s’emballer à la vue soudaine de la forme verdâtre qui sembla sortir tout droit d’un chêne plusieurs fois centenaire. La forme avança vers elle, comme dans la grotte, sans bruit et surtout sans visage.

 

 

 

 

Le soleil était à son zénith lorsque Xena décida d’une pause après avoir remarqué la bave épaisse qui s’échappait de la gueule d’Argo. Elle aurait voulu trouver une clairière mais la forêt s’étendait à perte de vue. Elle stoppa sa jument au bord de la route qui semblait rétrécir au fur et à mesure qu’elle s’enfonçait dans cette forêt toujours plus sombre. Tous ses sens étaient en alerte. Elle prit une outre d’eau et désaltéra sa jument avant elle. Soudain elle sentit une présence, proche, trop proche, à une dizaine de pas, se cachant derrière un puissant chêne, afin de l’observer. Xena continua son geste, et remit l’outre dans sa sacoche. Et, brusquement, elle sentit la présence s’évanouir dans la nature, aussi vite qu’elle était apparue. Xena sentit un frisson la parcourir et ne put s’empêcher de regarder dans la direction de l’endroit où la forme de vie l’avait observée. L’endroit était sombre tant les arbres s’entremêlaient. Le combat perdu de la lumière face à l’épais feuillage des arbres accentuait le côté lugubre de la forêt. Xena, après quelques secondes, se décida à inspecter l’endroit où s’était tenu son observateur. En quittant le chemin, elle ne put retenir sa main extirpant instinctivement l’épée du fourreau reposant sur son dos et un frisson de nervosité. Elle avançait doucement entre les arbres même si elle ne sentait aucune présence menaçante. Arrivée à l’endroit, elle s’accroupit non sans avoir observé les alentours une dernière fois. Des traces de pas étaient visibles. Elle ne s’y attendait pas. Ceux-ci avaient forme humaine et montraient que son observateur se déplaçait pieds nus. Leur taille était anormalement grande mais pas au point d’en être effrayante. Retournant vers le chemin, de nombreuses questions se bousculèrent dans sa tête mais elle reprit la route.

 

 

 

Gabrielle se sentit perdue. La peur faisait battre son cœur crescendo. La forme se rapprochait inexorablement et rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Gabrielle ressentit une terreur incommensurable en comprenant que cette fois-ci Xena n’empêcherait pas ce qui était sur le point d’arriver. « Xena » murmura-t-elle. Pour la première fois depuis qu’elle avait choisi d’accompagner Xena, un sentiment de solitude intense s’installa dans son cœur. Xena n’était pas à ses côtés pour la protéger ; elle, qui se plaignait toujours du côté trop protecteur de son amie. Cette pensée étreignit intensément sa poitrine. Mais, elle décida de se battre. De se battre, parce que Xena le lui avait appris. Elle n’avait pas son bâton mais ses mains suffiraient. Le combat, se doutait-elle, n’allait pas être long mais elle s’en moquait à cet instant-là. Elle donnerait toutes ses forces dans cette dernière bataille pour que Xena si elle retrouvait son corps puisse voir que son amie avait combattu pour sa vie, qu’elle n’était plus la gentille et naïve jeune femme de Potadeia. Pour que son amie sache qu’elle lui avait transmis une partie de son courage même en sachant que cela ne pouvait influencer le cours des événements. Alors qu’elle amenait ses poings devant elle, elle ouvrit les yeux pour faire face à son adversaire.

 

 

 

Elle dut cligner des yeux plusieurs fois pour comprendre le spectacle qui s’offrait à elle. Une forme apparemment féminine l’observait à un mètre à peine. Elle était de la taille et de la forme de Gabrielle mais elles n’avaient que cela en commun. En effet, la forme avait la peau touchant au gris clair, des ongles noirs et des cheveux d’un vert très sombre lui caressant les reins. Elle était gracile et son corps dénotait une grâce indéniable. Gabrielle ne comprenait pas. Cette forme n’avait rien à voir avec la « chose » informe qui l’avait kidnappée. Tout en secouant la tête, elle rencontra le regard de ce qu’elle devait bien appeler une « femme ». Le regard était vif et vivement intéressé par Gabrielle. Celle-ci observa les yeux entièrement verts de la femme, un vert troublé par aucune autre nuance. Il était difficile pour Gabrielle de soutenir un tel regard, comme avec Xena pensa-t-elle brièvement. Elles avaient toutes les deux adopté la même position depuis le début de leur observation mutuelle, les pieds alignés, les bras le long du corps, mais le corps tendu, prêt à réagir au moindre mouvement hostile. Soudain, Gabrielle sursauta. La femme lui parlait :

 

-« Je te souhaite la bienvenue Gabrielle… »

 

-« … » Gabrielle ne sut quoi dire

 

-« ne crains rien, nous ne te ferons pas de mal…mon nom est Jesria, conseillère auprès de la reine des hamadryades Chrysopélée »

 

-« les hamadryades... » susurra Gabrielle. Les légendes à leurs propos lui revinrent en mémoire « je ne comprends pas » finit-elle par dire.

 

« je sais…je te présente des excuses au nom de mon peuple pour avoir employé un procédé pas très orthodoxe mais nous n’avions pas le choix pour te faire venir ici ».

 

« me faire venir ici…mais dans quel but ? » dit Gabrielle sur un ton plus assuré.

 

« viens, je vais t’expliquer dans un endroit un peu plus approprié et te présenter mon peuple ».

 

Gabrielle la suivit, après quelques secondes d’hésitation, car Jesria se dirigeait vers la forêt d’un pas engagé.

 

 

 

 

Xena ne sentait plus les douloureuses écorchures que lui infligeaient les branches épineuses qui obstruaient le chemin alors qu’elle galopait. Elle sentait maintenant plusieurs formes de vie autour d’elle. Elle essayait de détecter leurs mouvements alors qu’elles la suivaient cachées parmi les arbres et devina qu’elle devait être pour l’instant un sujet d’observation puisqu’elles prenaient garde à rester à une distance respectueuse de la guerrière. Bons dieux, qu’est-ce encore ? Elle ne souhaitait que les laisser derrière elle afin de retrouver Gabrielle. Elle redoutait la prochaine pause qui ne saurait tarder se dit-elle en regardant les yeux exorbités d’Argo sous l’effort. Elle n’avait le temps ni de combattre, ni d’en savoir plus sur ces mystérieuses créatures. Surtout, elle ne voulait pas les affronter : ces créatures ne pouvaient qu’être robustes et véloces pour suivre Argo depuis maintenant une demi-chandelle ; ce qui signifiait un combat pénible contre des adversaires coriaces et ça elle ne pouvait pas se le permettre. C’est alors qu’elle remarqua à quelques centaines de mètres que le chemin se terminait.

 

 

 

Après plusieurs secondes d’hésitation, Gabrielle se décida à suivre cette Jesria. Certaine de ne pouvoir s’enfuir sans se perdre dans cette forêt, et sans solution de secours, elle mit de côté ses craintes et emboîta le pas de cette mystérieuse créature. Elle ne savait que penser de la situation. Les hamadryades étaient pacifiques d’après les légendes et le comportement de Jesria le confirmait. Cependant, elle ne voyait pas la raison de son enlèvement. Elle soupira. Je voudrais tellement qu’elle soit là…je voudrais tellement sentir ses mains sur mes épaules et la voir sourire …je voudrais…tellement…être dans ses bras…arrête Gabrielle…arrête ça tout de suite. Elle n’est pas là. Cette pensée fit se serrer son cœur et ses poings. Mais elle viendra…bientôt…je sais qu’elle me cherchera…elle l’a déjà fait beaucoup de fois…car elle…car je suis son amie…sa meilleure amie. Et je lui dirai que… Elle fut interrompue dans ses pensées par la voix de Jesria : « reste près de moi ». Gabrielle s’exécuta. Jesria ne semblant pas disposée à discuter, elle observa intensément son environnement. Très sombre et très humide, on ne distinguait rien à plus de deux mètres. Un frisson traversa toute la hauteur de son corps. Jesria marchait rapidement et la barde dut faire un effort pour se maintenir à sa hauteur. Après quelques minutes de marche, elles se retrouvèrent face à une paroi rocheuse d’une hauteur d’une dizaine de mètres. La paroi lisse et sombre était mangée par le lichen et aucune prise n’y était visible. Gabrielle suivit Jesria qui contournait vers la gauche l’obstacle et alors que Gabrielle se posait de plus en plus de questions elle remarqua une entrée sur le côté, entrée gardée par deux créatures apparemment identiques à Jesria. Les gardes saluèrent celle-ci en tapant leur poitrine d’un poing et Gabrielle entra dans une espèce de couloir illuminé par une multitude de torches. Le couloir d’une dizaine de mètres menait à une salle spacieuse et lumineuse car le soleil y entrait par une grande ouverture au sommet. La vue qu’offrait cette salle était grandiose : un nombre incalculable de plantes, de fleurs de couleurs et de formes diverses tapissaient les murs. Le sol était recouvert d’un tapis d’herbes et une source était visible au fond de la salle, source qui jaillissait du sol pour continuer son chemin vers la paroi rocheuse qu’elle traversait en utilisant un tunnel creusé apparemment de manière naturelle. Gabrielle retint sa respiration sous la surprise. Elle absorbait la beauté du lieu, lui faisant oublier momentanément sa situation.

 

 

 

Une voix venant derrière elle brisa sa contemplation, une voix douce et grave. « Bienvenue Gabrielle ».Gabrielle sursauta et se retourna prestement. Elle resta coite : une femme de la même famille que les créatures se tenait à quelques mètres d’elle mais même si elle n’était pas humaine Gabrielle dut reconnaître qu’elle était belle : sa longue chevelure verte était striée de gris et épousait son corps jusqu’aux genoux, son corps à la limite de la maigreur n’en était pas moins bien proportionné et non dénué de charme, et tout comme Xena ses yeux étaient remarquables : d’un gris clair, des éclairs semblaient les traverser.

 

 

 

L’adrénaline avait envahi le corps de Xena pour en faire une arme prête à se défendre au moindre signe d’hostilité. Elle était debout et immobile à côté d’Argo et observait son environnement. Bon sang !!! se dit-elle : le chemin se poursuivait à peine visible à travers la forêt même. Xena ne put réfréner un frisson. La peur possédait son cœur mais c’est d’un pas décidé qu’elle pénétra dans la forêt tout en entraînant une Argo très nerveuse.

 

 

 

Gabrielle cessa d’observer l’étrange créature et la regarda droit dans les yeux.

 

« Pourquoi ? »dit-elle nerveusement.

 

La créature se rapprocha encore de Gabrielle et c’est à une longueur de bras d’un barde terrorisé qu’elle s’immobilisa pour dire d’une voix douce et basse : « mon peuple est en danger. La mort plane sur cette forêt et je ne puis l’arrêter ». Les yeux de la créature se firent électriques lorsqu’elle haussa le ton pour dire lentement : « les dieux veulent notre mort et je ne connais personne capable de s’opposer à leurs dessins…à part deux : Hercule et Xena ».

 

Gabrielle, après quelques secondes, dit : « mon enlèvement est donc le moyen de forcer Xena à vous protéger en … »

 

La créature la coupa « notre ennemi est à notre porte et… Xena est en ce moment même sur leur territoire. C’est un peuple de combattants hostiles à tout ce qui est différent d’eux. Ton enlèvement était le seul moyen d’amener Xena sur leur contrée afin qu’elle les combatte car pour te rejoindre, leur territoire est sur sa route… ».

 

Après quelques secondes, les yeux de Gabrielle ne reflétèrent plus la terreur mais une intense colère qui rendit sa voix rauque quand elle explosa : « si ces créatures ne vous tuent pas…ou Xena…je le ferais moi-même !!! Vous m’avez enlevée et droguée et surtout vous envoyez mon amie vers un danger dont elle n’a aucune idée et vous osez rester là à me faire la conversation alors qu’elle est peut-être en train de se battre ou pire…vous lui imposez un combat et vous ne vous battez même pas…vous n’êtes pas pacifiques comme les légendes le prétendent …vous êtes lâches… ».

 

La créature ne dit rien et ses yeux ne fixaient plus que le sol. Gabrielle eut envie de la frapper mais elle se contrôla. Il fallait en premier lieu retrouver Xena aussi après un certain temps elle réussit à demander d’une voix à peine tremblante : « A combien de lieues se trouve ce peuple ? ». La créature leva les yeux vers Gabrielle mais ne répondit pas. Gabrielle s’approcha alors, un cheveu les séparant, et dit : « je suis pacifique mais pas lâche… je suis capable de tuer pour elle ». La créature après avoir inspiré dit rapidement : « tu arriveras trop tard…mes espionnes m’ont assuré il y a déjà une heure que le combat avait commencé et que … qu’il semblait intense ». En entendant les derniers mots de la créature, Gabrielle ferma les yeux sous le flot des émotions qui menaçait son sang-froid.

 

 

 

 

Ne pouvant chevaucher Argo à cause des nombreuses branches basses des arbres, Xena menait sa jument couleur sable par la bride de la main gauche car, depuis plusieurs minutes, sa main droite tenait une épée dont la pointe était tournée vers le sol. Elle essayait de ne pas perdre le chemin à peine tracé tout en suivant les déplacements des créatures autour d’elle. Le manque de lumière, les innombrables arbres entremêlés et la vitesse de déplacement des créatures rendaient cet exercice difficile. Les battements de son cœur s’accentuèrent lorsqu’elle sentit les créatures former un cercle autour d’elle. Elle leva alors la pointe de son épée à la hauteur de ses yeux et attendit.

 

 

 

 

Gabrielle ne sentait pas les larmes qui inondaient ses joues. Elle ne sentait que la peur, la peur de perdre à nouveau son amie. Elle se força à ouvrir les yeux et tout en attrapant le bras de la créature, elle dit férocement « dis-moi tout sur ces créatures ».

 

 

 

Le cercle rétrécissait ; les créatures étaient maintenant à moins d’une dizaine de mètres et, pourtant, Xena ne put voir que des ombres se mouvoir à une vitesse hallucinante et certainement pas humaine. Son expérience et ses instincts lui hurlaient de prendre la fuite mais elle attendit car jamais elle n’avait fui un combat. Le cercle continuait à se rapprocher et soudain elle décida de passer à l’attaque : en poussant son cri de guerre, elle se jeta en faisant tournoyer son épée en l’air sur la première ombre qu’elle vit.

 

 

 

Fin de la première partie

 

 

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Comments (1)

Bountyaffame said

at 10:34 pm on Sep 29, 2010

Une histoire palpitante et chargée de suspens, un vrai plaisir! Vite je me précipite sur la suite....

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