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TERRORS1

Page history last edited by Fausta88 11 years, 4 months ago

Dar & Kerry

 

Terrors of the High Seas

Aventures en Haute Mer

 

 

Par Melissa Good

Traduction : Fryda

(fryda@orange.fr)

 

Note de la traductrice :

Cette histoire est la suite d’Anticyclone, un cycle d’aventures de deux héroïnes, Dar Roberts et Kerry Stuart, personnages créés par Missy Good (son site en anglais : www.merwolf.com), et qui se passe de nos jours, entre le monde des technologies de l’information, des grandes sociétés d’informatique qui se mangent les unes les autres, et des intrigues diverses et variées. Je ne saurais trop conseiller de les lire dans l’ordre car des éléments se retrouvent d’une histoire à l’autre. Les traductions de ces histoires sont sur le site de kaktus : guerrièreamazone.com , jusqu’à Anticyclone, et on trouve également d’autres traductions de Missy mettant en scène Xena et Gabrielle pour les afficionados. (Je rappelle que Missy a écrit les scénarios de deux épisodes de la série elle-même, si si : (Coming Home/Le Retour et Legacy/L’héritage, saison 6)

Ces histoires abordent également le thème de l’amour entre deux femmes qui, bien que de personnalités différentes, ne sont pas sans évoquer les héroïnes de la série Xena la Guerrière. Elles sont cependant les créations pures de Missy qui les revendique comme telles. Si ce type d’histoire ne vous intéresse pas ou peut vous choquer (mais je tiens à préciser que si Missy est subtext, elle n’est pas « graphique » donc abordable pour les plus prudes J. Donc si vous êtes rebuté(e)s, il doit bien y avoir des tonnes d’autres textes qui vous satisferont pleinement, n’hésitez pas à vous arrêter à cette note dans ce cas. Si vous êtes curieux/se de nature, bienvenue à vous.

 

 

 

 

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Partie 1a

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Note de la traductrice :

 

Cette histoire est la suite d’Anticyclone, un cycle d’aventures de deux héroïnes, Dar Roberts et Kerry Stuart, personnages créés par Missy Good (son site en anglais : www.merwolf.com), et qui se passe de nos jours, entre le monde des technologies de l’information, des grandes sociétés d’informatique qui se mangent les unes les autres, et des intrigues diverses et variées. Je ne saurais trop conseiller de les lire dans l’ordre car des éléments se retrouvent d’une histoire à l’autre. Les traductions de ces histoires sont sur le site de kaktus : guerrièreamazone.com , jusqu’à Anticyclone, et on trouve également d’autres traductions de Missy mettant en scène Xena et Gabrielle pour les afficionados. (Je rappelle que Missy a écrit les scénarios de deux épisodes de la série elle-même, si si : (Coming Home/Le Retour et Legacy/L’héritage, saison 6)

 

Ces histoires abordent également le thème de l’amour entre deux femmes qui, bien que de personnalités différentes, ne sont pas sans évoquer les héroïnes de la série Xena la Guerrière. Elles sont cependant les créations pures de Missy qui les revendique comme telles. Si ce type d’histoire ne vous intéresse pas ou peut vous choquer (mais je tiens à préciser que si Missy est subtext, elle n’est pas « graphique » donc abordable pour les plus prudes J. Donc si vous êtes rebuté(e)s, il doit bien y avoir des tonnes d’autres textes qui vous satisferont pleinement, n’hésitez pas à vous arrêter à cette note dans ce cas. Si vous êtes curieux/se de nature, bienvenue à vous.

 

 

 

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Partie I

 

La voiturette de golf se fraya un chemin sur la voie, effrayant plusieurs paons au passage vers les quais. Elle s’arrêta près de l’eau, le long d’un Bertram d’un peu plus de seize mètres qui se balançait dans le léger remous des vagues.

 

Il faisait soleil, mais frais, une journée superbe et vive, et l’occupante de la voiturette s’arrêta pour admirer tout en sortant et en s’étirant. Elle était vêtue de manière appropriée pour le temps, d’un short en coton épais et d’un maillot de bains une-pièce, avec un top léger par-dessus. Ses cheveux blonds mi-longs étaient tirés en arrière en une queue de cheval, et passés dans l’arrière d’une casquette de base-ball bleu vif, avec un petit Dogbert brodé sur l’avant.

 

« Wow », fit Kerry, avec un sourire. « Le temps est parfait. » Elle se retourna et souleva une caisse de provisions, la serrant contre elle pour remonter la passerelle posée contre le bord du Beltram, avant d’embarquer. La passerelle balança sous elle et elle sauta sur le pont pour se retrouver en train de rouler avec le mouvement.

 

« Yo ho, Yo ho, une vie de pirate pour moi », gazouilla Kerry doucement, en poussant la porte de la cabine pour y entrer. Elle alla vers la petite cuisine et posa les provisions, puis elle s’affaira à mettre la nourriture fraîche dans le petit réfrigérateur.

 

Du lait bien sûr, de la crème pour le café, du beurre et un joli morceau de fromage suisse, ainsi que du jambon au miel pour les sandwiches. Des yaourts à la pêche et à la mandarine pour le goûter, et une douzaine d’œufs pour le petit déjeuner. Une miche de pain aux raisins et à la cannelle suivit, ainsi qu’une boîte de Pop Tarts à la fraise surgelés. (NdlT : Pop Tarts : dessert qu’on passe au toaster) Kerry regarda les Pop Tarts avec perplexité puis posa un paquet de carottes miniatures à côté.

 

C’étaient les dernières choses qu’il leur restait à embarquer avant de partir, et elle chantonna en travaillant, avec du mal à croire que c’était finalement le jour où elles partaient.

 

Elle avait pensé prendre quelques jours avant qu’elles ne partent pour ce voyage, mais une chose après l’autre la retenait au bureau, et finalement il lui était plus facile d’y aller et de s’en occuper plutôt que de le laisser attendre et s’envenimer, ou pire.

 

Mais à partir d’aujourd’hui, son bureau avait des ordres stricts que tout appel vers son mobile devait avoir pour cause une catastrophe, et elle s’attendait à ce que son équipe se débrouille sans sa présence.

 

Après tout, c’était les vacances, presque la fin de l’année, et s’il y avait une période pendant laquelle elle pouvait disparaître une semaine, c’était maintenant.

 

Kerry se redressa, ouvrit le placard au-dessus du réfrigérateur, et rangea des provisions essentielles. « On peut pas naviguer sans ça. » Elle secoua doucement la boîte de céréales nappées de sucre. « Ou ça. » Les boîtes de soupe suivirent, pour des repas rapides après des plongées de nuit. Elle avait tendance à avoir froid en remontant, et le fruit froid que Dar aimait ne remplissait pas son estomac.

 

Les boîtes de jus d’ananas et d’orange suivirent près de la soupe, en même temps que deux bocaux de confiture et un autre plus grand de beurre de cacahuètes.

 

Quand elle eut fini, elle posa les coudes sur le comptoir et regarda autour d’elle avec appréciation. D’un côté du bateau se trouvait une petite zone pour manger, avec des sièges en tissu vert océan et bleu marine qui formaient un demi-cercle. De l’autre côté de la cabine, se trouvait une section pour séjourner et travailler, avec une télévision et un magnétoscope, et un rangement encastré pour leurs hobbies. Son sac de livres était déjà niché dans l’un des fauteuils – elle avait décidé de travailler longuement sur la poésie pendant le voyage, et Dar avait rangé des maquettes de bateaux affreusement intriquées dans un tiroir pour occuper ses moments de paresse.

 

Le bateau balança doucement et on entendit résonner d’autres pas sur le pont, léger et étouffés comme si le nouveau venu était pieds-nus.

 

Ce qui, bien sûr, était le cas. Kerry leva les yeux lorsque Dar entra dans la cabine, baissant la tête pour passer l’entrée basse, et lui fit un sourire désinvolte en jetant un petit sac de voyage sur la table de l’autre côté de la cuisine.

 

Sa compagne portait un jean coupé au-dessus du genou et qui était à la limite du légal –il y avait plus de fils et de déchirures que de tissu – avec un top blanc côtelé rentré dedans. « Salut toi, ma beauté », dit-elle pour saluer Dar. « C’est tout ce qui reste ? »

 

« Tout sans exception », confirma Dar. « On est prêtes à appareiller. »

 

« Oooh… » Kerry fit une petite danse de joie. « Je suis tellement prête. »

 

Dar fit le tour du divan et entoura Kerry de ses bras, l’attirant pour un câlin. « Moi aussi », acquiesça-t-elle. « Maman et Papa nous attendent pour partir. Ils vont se mettre à notre quai pendant qu’on est parties. »

 

« Génial. » Kerry était affairée à avaler des grandes bouffées de l’odeur de noix de coco délicieuse de Dar. « Je suis contente qu’ils restent avec Chino. Elle adore Papa. »

 

« Mm », murmura Dar. « Je pense qu’il est en train d’essayer de persuader ma mère d’en avoir un. »

 

Kerry plissa le front. « Je pensais qu’elle était allergique aux chiens ? »

 

Dar la relâcha, mais glissa un bras autour de ses épaules alors qu’elles allaient vers la porte de la cabine. « Elle dit qu’elle s’en est sortie. » Elles émergèrent sur le pont.

 

« Je vais laisser la voiturette pour eux ici alors », dit Kerry. « Prête pour que je largue les amarres ? »

 

Dar monta les marches jusqu’au pont et se posa sur le siège en cuir. « Je vais d’abord lancer les moteur, ensuite oui, lâche-là. »

 

Kerry se mit volontiers au travail, retirant la passerelle pour la ranger à sa place, puis elle sauta sur le pont alors que le vrombissement sourd des deux moteurs diesels grondait. Elle alla à l’amarre de la poupe et la relâcha, puis fit la même chose avec la proue, jetant les cordes sur le pont avant de sauter derrière elles.

 

Elles étaient libres. Kerry avait envie de sautiller et de lâcher un cri mais il était encore tôt et il y avait des gens qui dormaient à bord de leurs bateaux à quai de la marina de l’île, aussi elle réfréna l’impulsion à regret. Au lieu de ça, elle fit consciencieusement le tour du périmètre du pont, vérifiant les bords pour des débris ou des cordes errantes d’autres bateaux. « C’est bon ! » Cria-t-elle à Dar.

 

Dar hocha la tête, ses yeux bleu clair alertes alors qu’elle faisait reculer le grand bateau avec précaution de son stationnement. « Appelle le responsable du dock, tu veux ? »

 

« Oui, oui, capt’aine », gloussa Kerry, en se glissant dans la cabine pour attraper le micro de la radio. « Dockmaster, dockmaster. »

 

Un léger craquement lui parvint du haut-parleur, puis – ‘Dockmaster de l’île, parlez’. »

 

« Ici le Dixieland Yankee, qui quitte le quai. Notre plan de flottaison est prévu pour les Îles Vierges Américaines. » Kerry ne put s’empêcher de sourire au nouveau nom de baptême du bateau, le choix le plus digne qu’elles aient pu trouver. La tante de Dar, de qui elle avait hérité le vaisseau, avait décliné de nommer le yacht motorisé, se contentant de lui donner son numéro d’enregistrement quand c’était nécessaire.

 

La radio digéra ces mots pendant un instant. « Roger, Dixieland Yankee, bon voyage. »

 

Kerry clippa le micro sur son support, puis elle se glissa de nouveau à l’extérieur et regarda le quai de béton et de bois s’éloigner alors que Dar menait le grand bateau avec compétence. Elles reculèrent dans un passage relativement resserré, puis Dar poussa les manettes vers l’avant et lança la proue vers l’entrée du quai, gardant la vitesse juste au-dessus du ralenti.

 

Une fois qu’elles eurent dépassé les pylônes, elle grimpa l’échelle jusqu’au pont supérieur et rejoignit Dar. Le bateau avançait doucement mais il y avait déjà une brise agréable, et elle dérangeait les cheveux de Dar pour les mettre dans ses yeux. « Tu veux que je te fasse des nattes ? » Kerry tira sur une mèche.

 

« Si tu veux. » Dar posa ses pieds nus sur la console et se pencha en arrière. Elle sentit les doigts de Kerry glisser le long de son cuir chevelu et cela, combiné avec le temps superbe, et le fait qu’elles se dirigeaient vers une semaine pleine de vacances, en faisait un moment parfait.

 

Une semaine. Sans téléphone mobile, sans ordinateur, sans organiseur, sans bipeur. Dar plia les mains sur les manettes, sentant l’acier lisse sous ses doigts.

 

Juste une semaine de soleil, d’océan, de plongée et elles deux.

 

« Pourquoi tu souris ? » Demanda Kerry, qui posa le menton sur l’épaule de Dar, ayant terminé sa tâche.

 

Celle-ci remua les orteils. « J’essaie de penser à ce que je veux faire en premier », admit-elle. « On pourrait s’arrêter en chemin vers le chalet pour une plongée rapide, ou aller vers Largo pour déjeuner ou… »

 

« Les deux », interjeta Kerry. « On peut s’arrêter à Pennekamp et faire un petit récif, ensuite on va jusqu’à ce petit troquet de crabes sur le quai qui donne toujours l’impression de sortir d’un film d’horreur. »

 

« Ça me semble bien », acquiesça Dar, poussant les manettes en avant juste un peu alors qu’elles sortaient du complexe des quais. Elles entrèrent dans le canal principal avec prudence, surveillant le trafic des hors-bords. Alors qu’elles tournaient dans le Cut, le vent s’éleva et leur vitesse augmenta, le doux clapotement de l’océan caressant l’avant du bateau.

 

Kerry semblait contente de s’appuyer contre elle, un bras autour de ses épaules, et le menton toujours sur son épaule alors qu’elles dépassaient quelques petits bateaux de plaisance. « Dar, est-ce que c’est une femme nue ? »

 

Dar bougea le regard. « Ouais, et bon sang, ça va faire un sacré coup de soleil. » Elle secoua la tête. « Certaines personnes n’ont vraiment rien dans la tête. »

 

Kerry fit claquer sa langue. « Je vais ranger le reste de nos affaires, et voir si on a besoin de prendre quelque chose à Largo. »

 

Elle déposa un baiser sur la joue de Dar et redescendit l’échelle, disparaissant dans la cabine.

 

Dar sortit la bouteille d’eau de son étui et téta, puis la rangea. Elle ouvrit ensuite le petit placard dessous la console de pont et choisit un CD, laissa l’appareil l’avaler, puis ajusta le volume lorsque la musique démarra.

 

Alors que la terre reculait derrière elles, elle sentit la tension et la pression de leurs vies faire de même.

 

Le vent soufflait contre sa peau, et c’était frais et merveilleux. Elle dégagea la bouée intérieure et lança un peu plus les moteurs, envoyant la proue vers le haut tout en chantonnant avec la musique.

 

Plonger. Un dîner rustique mais romantique. Une nuit passée dans leur nouvelle cabine, puis le long voyage vers les îles. Dar exhala une profonde satisfaction. La vie ne pouvait pas être meilleure que ça.

 

Kerry marchait près des hublots, tirant sur les rideaux pour laisser le soleil entrer dans la cabine Elle défit les verrous et fit claquer les petites vitres rondes pour les ouvrir, appréciant la brise agréable que leur mouvement créait.

 

Avec un hochement de tête satisfait, elle prit le sac de voyage de Dar et le porta dans la chambre à coucher compacte de la cabine, et le posa sur le lit avant d’ouvrir la fermeture-éclair.

 

Elle prit un moment pour ouvrir le sas ici aussi, souriant lorsqu’un léger jet de brume la frappa. Il y avait des tiroirs dans la chambre encastrés dans les parois et sous le lit pour économiser l’espace – chaque centimètre carré de pièce était utilisé avec économie pour quelque chose.

 

Kerry tapota le lit. Il n’était pas aussi confortable que le lit à vagues de leur condo, mais elle soupçonnait qu’après une longue journée de plongée, nage et autres activités, elle serait capable de dormir sur le pont lui-même.

 

« Et, je l’ai fait », se souvint Kerry. Elle retira les chemises de rechange de Dar et ses maillots de bain, les pliant avec soin avant de les mettre dans l’un des tiroirs. « Hé… je me demande si je peux convaincre Dar de mettre un hamac sur le pont… on peut dormir là-dessus une nuit. »

 

Kerry récupéra leurs affaires de bains et les emporta dans la minuscule pièce, trouvant des endroits pour les diverses bouteilles et flacons. Elle se rendit compte qu’elles allaient sérieusement se cogner là-dedans – toutes les deux étaient habituées au plus large espace du condo où elles avaient chacune leur salle de bains.

 

Kerry lança un coup d’œil à la douche de guingois et se demanda si elles pouvaient tenir toutes les deux dedans.

 

Elle leva un sourcil. Ça pourrait être intéressant d’essayer.

 

Après la pièce principale se trouvaient deux autres petites chambres. Elles en avaient laissé une avec son lit gigogne, mais dans la troisième, tout au fond de la proue, elles avaient enlevé les lits pour utiliser l’endroit comme rangement pour leur matériel de plongée, et l’équipement de photographie sous-marine de Kerry. Elle passa la tête dedans et jeta un coup d’œil aux stabs et aux détendeurs, puis par habitude, elle vérifia les valves sur les bouteilles attachées pour s’assurer qu’elles étaient bien fermées.

 

Le bateau possédait un désalinisateur, qui prenait de l’eau de mer pour produire à la fois de l’eau potable et de quoi nettoyer les choses.

 

Kerry se sentait rassurée avec ça – manquer d’eau sur l’océan n’était pas drôle, et il était très facile de se déshydrater là-dehors, parce que le vent était aussi constant que le soleil.

 

En plus, sur le pont extérieur, Dar avait installé un petit pressurisateur d’air, pour qu’elles puissent remplir elles-mêmes leurs bouteilles quand elles étaient sur l’océan, et un évier de rinçage pour y mettre leur équipement. Cela rendait le bateau très confortable et Kerry soupçonnait que même la durée un peu longue de leur séjour ne serait pas une trop grande galère.

 

Elle prit le sac et le plia, puis le rangea dans un tiroir sous le lit. Elle remonta les quelques marches vers la cabine principale et attrapa une bouteille d’eau avant de ressortir sur le pont. La ville disparaissait derrière elles – les bâtiments bien contourés dans l’air clair. Elle pouvait voir les énormes grues du Port de Miami qui chargeaient des navires de fret, et au loin, la silhouette d’un navire de croisière se dirigeait majestueusement à travers Gouvernement Cut.

 

C’était une jolie vue, mais Kerry savait où il y en avait une plus jolie et elle se hissa en haut de l’échelle pour prendre possession du deuxième fauteuil à l’arrière de la console des moteurs. Là tout ce qu’elle pouvait voir, c’était le soleil, l’eau et Dar. Elle remua pour se mettre à l’aise et se détendit, contente de laisser l’air salé passer sur elle alors qu’elles se dirigeaient vers l’océan. Dar avait mis un CD de Jimmy Buffet et elle balançait la tête d’arrière en avant au son de la musique. « Hé. »

 

Dar bougea dans son siège et la regarda. Elle haussa un sourcil noir interrogateur.

 

« Prête pour une semaine complète à rock’n roller ? »

 

Dar posa un pied nu sur la console et se pencha contre sa jambe, surveillant l’horizon presque infini face à elles. « Oh ouais. » Un sourire lui fendit le visage. « Pour sûr… j’espère que la compagnie l’est aussi. »

 

Kerry grogna son assentiment. « Je suis sûre qu’ils se débrouilleront pour une semaine, Dar. Qu’est-ce qui pourrait bien se passer pendant sept malheureux jours ? »

 

« Ouais », acquiesça Dar. « Je suis sûre que tout ira bien. »

 

Elles écoutèrent la musique quelques temps, contemplant le ciel bleu clair et l’océan riche et vert devant elles. Puis deux têtes se tournèrent pour se regarder.

 

« N’y pensons pas », dit Kerry en souriant. « On va leur porter la poisse sinon. »

 

Dar se contenta de remuer les sourcils en guise de réponse et mit un peu plus de gaz dans les moteurs.

 

*****************************

 

Il faisait presque sombre au moment où Dar renversa les moteurs et les mit au ralenti dans le quai plus petit devant leur chalet. Elle manœuvra le Bertram avec soin, le glissant dans son emplacement et le maintenant jusqu’à ce que Kerry puisse sauter sur le bois et sécuriser les amarres aux taquets sur la rive.

 

Lorsqu’elle était venue pour la première fois sur la propriété de tante May, elle avait été un peu inquiète d’avoir à piloter le grand yacht. Après tout, à part des aventures clandestines sur des vaisseaux du gouvernement, la plupart de ses sorties avaient été faites sur des bateaux bien plus petits.

 

En tous cas, elle avait exercé sur l’eau depuis l’âge de quatre ans, et il ne lui avait pas fallu longtemps pour maîtriser les puissants moteurs du grand bateau et sa taille imposante, et elle apprécia en quelque sorte de sortir le vaisseau après ça. S’arrêter près d’un troquet à crevettes quelque part sur le chemin au milieu de rien, et se balader pour prendre un coca devant une légion de mecs aux yeux exorbités, chatouillait son sens de l’humour noir. Et maintenant elle manœuvrait les manettes avec une main de maître tout en gardant l’équilibre pendant qu’on les amarrait.

 

Le bateau cogna doucement les pylônes, amorti par les grands pare-chocs en caoutchouc que Kerry avait jetés par-dessus le bord du quai, et elle éteignit les moteurs, pliant les mains en les retirant des manettes.

 

Alors que le son mourait, la quiétude de l’endroit l’environna, et Dar passa un moment à simplement regarder leur petit morceau de paradis avant de descendre son corps brûlé de soleil. Ce n’était pas grand, juste assez pour le chalet, le sol sablonneux qui menait au quai d’un côté et à une petite plage de l’autre, et un peu plus loin que le chalet, un chemin sinueux vers la route.

 

Mais c’était ombragé, avec beaucoup d’arbres épais et entourés de buissons de chaque côté, créant ainsi un effet d’isolement sur ce petit point de la Key. C’était calme, presque endormi, et Dar l’aimait bien. Et tout aussi important, elle pensait que Kerry l’aimait bien aussi.

 

Et jusqu’ici la journée avait été géniale. L’arrêt rapide pour plonger s’était transformé en excursion pour explorer une épave profonde, suivie par un déjeuner sous une hutte tiki, et une plongée très agréable sur le récif en fin d’après-midi. Elles n’avaient pas beaucoup plongé dernièrement, et Dar se sentait plaisamment fatiguée et un peu embarrassée d’avoir oublié de mettre assez de crème solaire et de s’être fait légèrement cuire.

 

Oh bon. Elle s’étira, sautant sur le bord du bateau avant d’aller sur le quai. Kerry revenait d’avoir ouvert le chalet, une éclaboussure de rose faisant violemment ressortir ses sourcils clairs. « Tout va bien ? »

 

« On dirait bien. » Kerry l’attendit au bout du quai, puis se mit à sa hauteur pour remonter le petit chemin. Le chalet avait grandement évolué depuis qu’elles l’avaient acheté – il était parti d’une vieille étable délabrée d’une plus grande maison qui se trouvait autrefois tout près. Elles avaient pratiquement tout démoli pour reconstruire, utilisant de la pierre locale pour ses fondations.

 

A l’avant, face à la mer, se trouvait un petit porche. Elles montèrent les deux larges marches et passèrent la porte, les nouvelles planches couinant légèrement sous leur poids. Un jour, Dar aimerait bien avoir un banc capitonné, peut-être une balancelle comme elles avaient au condo, mais pour l’instant, il n’y avait qu’un espace vide.

 

Kerry ouvrit la porte et elle entrèrent, l’odeur forte de bois frais et de vernis les submergeant. A l’intérieur, elles avaient choisi de garder les murs en bois et le sol en pierre naturelle, et la grande pièce à l’avant allait avoir des fauteuils confortables pour s’y asseoir et regarder les grandes baies qui offraient une vue géniale.

 

Derrière cela se trouvait une petite cuisine dans un coin, et un couloir menait à la grande chambre à coucher dans l’autre coin. Deux portes après cela, un bureau pour chacune d’entre elles avec un accès au réseau à grande vitesse, des imprimantes, et tout ce dont elles avaient besoin pour diriger les choses à partir d’ici si elles le voulaient. Dar était particulièrement fière du concentrateur Ethernet à giga bits et du câblage qu’elle avait passé un week-end à installer. Il n’y avait pas beaucoup de chalets rustiques, reconnaissait Kerry, qui pouvait se targuer d’avoir leurs propres T1 et leur routeur Cisco.

 

Il leur manquait toujours les meubles du séjour, des fournitures pour la cuisine, et beaucoup d’autres petites choses comme des tapis et des trucs pour les murs, mais l’endroit prenait déjà une allure personnelle, un reflet d’elles deux. « C’est pas mal là-dedans », fit remarquer Kerry, en fermant la porte derrière elles. L’air était frais et sec, une conséquence de l’installation récente de leur nouvelle unité d’air conditionné.

 

« Définitivement », dit Dar en souriant. Le plafond s’arquait vers un jour qui laissait entrer encore plus de soleil dans le séjour et apportait une sensation de légèreté à l’intérieur richement boisé. « J’aime vraiment beaucoup. »

 

Kerry la regarda. « Moi aussi », admit-elle. « C’est… » Elle fit un tour sur elle-même et passa leur petit château en revue. « Ne le prends pas mal, Dar. Une idiote se plaindrait de l’endroit où nous vivons, mais ici c’est un peu spécial. »

 

Dar hocha la tête. « C’est à nous », répondit-elle simplement. « Nous l’avons dessiné. Nous l’avons fait. Bon sang, nous avons aidé à le construire. » Un bâillement presque pas étouffé interrompit son discours. « Ouah. »

 

« Ça t’apprendra à chasser le carrelet », dit Kerry en riant et en glissant un bras autour de la taille de Dar. « J’ai des photos géniales de toi en train de le faire, tu sais ? »

 

« Oh génial, encore plus de trucs pour le mur de la salle de bains », répondit Dar en se moquant.

 

« Hmm… » Dit Kerry avec un faux air spéculateur. « Ouais, ça irait avec les accessoires argent et bleus.. » Elle jeta un coup d’œil dans leur chambre, franchement vide à l’exception d’un lit gonflable impeccablement plié au centre. C’était une grande pièce avec deux fenêtres teintées en mansarde qui allaient du sol au plafond de chaque côté du lit. Une porte à l’arrière menait à une salle de bains où se trouvaient une douche et une grande baignoire totalement décadente. Tout le tour de la pièce courait un bord en bois, qu’on rencontrait dans tout le chalet, et Dar avait déjà menacé d’installer un train miniature qui ferait le tour de la place par-dessus.

 

Kerry dut admettre pour elle-même qu’elles étaient comme deux gamines qui meublaient leur première maison dans les arbres. Elle s’attendait à moitié à sortir et à voir un pneu pendre de l’un des banians un de ces jours.

 

Bien sûr ce serait un pneu de haute technologie, avec trois points de suspension et un anneau intérieur moulé customisé. Comment est-ce que Dar avait qualifié cet endroit une fois ? Du Rustique Microsoft ?

 

Vrai. Kerry sourit. Mais elles aimaient toutes les deux leur confort, étaient habituées aux gadgets, et elles pouvaient se le permettre. Alors pourquoi pas ? « Et si on mangeait quelque chose de froid pour le dîner, avec du café ? » Suggéra-t-elle.

 

Dar réfléchit. « Je vais te dire un truc – tu lances le café et je vais au coin pour chercher quelque chose de froid. » Elle mordilla le nez de Kerry. « On a besoin de crème de toutes les façons. »

 

« Mm. » Kerry se laissa aller dans le baiser, ses doigts glissant sur le bras nu de Dar. « Bon sang, ce que tu as chaud. »

 

Dar rit doucement entre ses dents. « Donne-moi une minute et j’aurai encore plus chaud. » Elle prit le menton de Kerry et l’embrassa à nouveau, attrapant les traces restantes du yaourt à la mandarine qu’elles avaient partagé il y a peu. « Tu es un peu brûlée aussi. »

 

« Oh », murmura Kerry. « Est-ce que c’est pour ça que j’ai des frissons ? » Elle sentit les bras de Dar autour d’elle. « C’est marrant, ça empire… peut-être que tu devrais me serrer plus fort. »

 

Dar rit. « Hédoniste. »

 

« Mmhmm. » Kerry fit glisser ses mains le long du dos de Dar tout en continuant à explorer avec ses lèvres. Puis elle soupira et mit le nez dans le cou de Dar, appréciant la paix, la quiétude et le fait qu’elles étaient seules.

 

« Je pense que tu devrais gonfler le lit », murmura Dar dans son oreille.

 

« Ah oui ? »

 

« Oui », répondit Dar. « Parce que je dois m’occuper de ces frissons. Je ne veux pas que tu prennes froid. »

 

Kerry posa une main sur la hanche de Dar. « Mon chou, c’est toi qui cause les frissons. » Elle baissa la tête et mordilla le sein de Dar.

 

« Et parce que c’est le seul meuble dans cet endroit », la taquina Dar. « Je me dis qu’on pourrait inaugurer ce jacuzzi et ensuite dîner au lit. »

 

« Ou bien dîner et après au lit », répliqua Kerry, les yeux brillants. « Les deux me vont très bien. » Elle embrassa à nouveau Dar puis la poussa dans le ventre. « Tu fonces, je gonfle. »

 

Dar haussa les deux sourcils.

 

« Fais attention qu’ils ne restent pas collés comme ça. » Kerry tendit la main et tira sur un sourcil. « Tu aurais l’air bien bête. »

 

Dar tira la langue. « Tu es de bonne humeur », fit-elle remarquer. « Ça me plait. » Elle chatouilla Kerry sur les côtes puis prit le couloir vers ce qu’elles pensaient être la porte arrière de leur chalet.

 

En fait c’était la porte de devant, mais comme elles avaient tendance à arriver par bateau, elles n’entraient pas souvent de ce côté. Dar passa la petite buanderie avec les câblages nus pour la machine à laver et le sèche-linge qui n’avaient pas encore été livrés et elle entra dans l’espace ouvert près de la porte qui menait à l’extérieur du chalet. Elle déverrouilla et sortit puis referma la porte derrière elle.

 

Elles avaient mis un porche devant aussi mais plus petit – une jardinière solide à hauteur des cuisses de Dar l’entourait, avec un portail flanqué de deux lampadaires en fer forgé. Dar ouvrit le portail et prit le chemin entretenu et fait de cailloux qui menait à la route.

 

La cour était plus faite de sable et de poussière que d’herbe, typique des keys et était bordée par une haie de cerises de Chine. Dar se mit au petit trot lorsqu’elle la dépassa et courut tranquillement le long de la route vers le petit supermarché, que Kerry nommait charmant juste au croisement suivant.

 

Elle fit le trajet sans croiser quiconque jusqu’à ce qu’elle pousse la porte du marché pour entrer. La boutique possédait des étagères bien fournies, une collection respectable de fruits frais et de légumes, et par-dessus tout, un comptoir de fruits de mer très frais à l’arrière. Dar s’y dirigea, et examina les choix posés sur la glace dans des boîtes réfrigérantes.

 

« Eh bien, bonjour, jeune dame. »

 

La voix joyeuse faillit la faire sursauter. Dar leva les yeux pour voir le propriétaire de l’épicerie qui se tenait derrière le comptoir, s’essuyant les mains dans une serviette. « Bonsoir. »

 

« J’ai des crabes superbes aujourd’hui. »

 

Les yeux de Dar brillèrent. « Pas aujourd’hui, merci. Donnez-moi une livre de crevettes et deux de queues d’écrevisses. » Elle regarda avec contentement l’homme qui emballait la nourriture froide et déjà cuite. « Merci. » Elle accepta le paquet et alla vers le comptoir de produits frais, sans vraiment faire attention quand la porte du magasin s’ouvrit.

 

« Hé, monsieur. »

 

Supposant que le salut ne l’incluait pas, Dar étudia son choix de lait, prêtant à moitié une oreille derrière elle surtout parce que la voix rude qui s’était élevée avait déclenché son instinct pour les ennuis.

 

« Qu’est-ce que je peux pour vous ? » Répondit l’épicier.

 

« Vous avez des balles de fusil de chasse ? »

 

Après une pause courte, l’épicier répondit en riant. « Fiston, c’est une épicerie ici, pas un Wal-Mart », dit-il. « On ne vend pas d’arme ici. »

 

« Oh, mec, vous voulez dire que je dois aller jusqu’à la ville ? Merde ! Pourquoi vous avez pas ce truc ici ? Vous avez plein d’autres conneries ! »

 

« Et ben, d’une part, il faut une licence… »

 

« Et alors ? Prenez-en une ! » La voix devenait agressive. « Vous êtes supposé avoir ce que les gens veulent, non ? »

 

Dar posa son paquet et remit le lait qu’elle regardait. Puis elle fit le tour de la rangée des conserves et examina le nouveau-venu bruyant. Comme elle le soupçonnait, c’était un garçon de dix-huit vingt ans, qui portait un jean avec des patches consistant en drapeaux confédérés et un Tee-shirt de la NRA (NdlT : NRA = National Rifle Association, association des partisans du port d’armes à feu aux USA) « Oh regardez-moi ça », marmonna Dar entre ses dents. « Un stéréotype ambulant. Je me demande où est garé son pick-up. »

 

« Alors bouge ton cul et sers-moi ! » Exigea le garçon.

 

« Bon, écoute, fiston… »

 

« M’appelle pas comme ça, espèce de vieux con ! »

 

Dar s’avança. « Excusez-moi. »

 

Le garçon se tourna, l’irritation se transformant en lubricité dans l’espace d’une hormone lorsque son regard se posa sur le corps de Dar bronzé et pas mal exposé. « Hé, bébé ! Qu’est-ce que j’peux faire pour toi ? »

 

Dar plissa le nez, détectant le malt fermenté. « Arrêter de respirer. »

 

Il cligna des yeux. « Hein ? »

 

« Vous allez dans une quincaillerie pour acheter du pain ? » Dar abandonna sa première piste.

 

« Nan. »

 

« Alors pourquoi venir ici pour des munitions ? »

 

Le garçon ne semblait pas ennuyé par les questions, son regard affairé à se remplir de la silhouette athlétique de Dar. « Parce que c’est plus près que d’emmener mes fesses jusqu’à Florida City. » Il sourit soudain. « Tu veux faire un tour dans mon camion ? »

 

« Non », répliqua Dar. « Sur quoi tirez-vous ? »

 

« Hein ? »

 

« Vous achetez des balles de fusil de chasse. »

 

« Ouais ? »

 

« Sur quoi allez-vous tirer avec ? »

 

« Des panneaux », répondit aimablement le garçon. « Ou des p’tits daims, ou j’sais pas quoi. »

 

« Pour quelle raison ? » Dit Dar en fronçant les sourcils.

 

« Pour m’amuser », dit le garçon. « Tu veux v’nir ? J’ai une boîte de munitions, j’en voulais juste un peu plus si je tombais sur un alligator ou quoi. T’es partante pour t’amuser, bébé ? »

 

Dar le fixa un moment, puis sentit la vague d’adrénaline et de colère la traverser. « Bien sûr », dit-elle en souriant. « J’adore m’amuser. » Elle bougea dans un brouillard, tirant sa main droite vers l’arrière pour la plier, puis elle la relâcha, donnant au garçon, qui souriait maintenant d’un air supérieur, un coup du tranchant de la main. Il tournoya et tomba dans une pile de casiers à bière, se cognant la tête contre le pilier de la porte.

 

« C’était amusant. » Dar avança vers lui d’un air volontaire. « Viens par ici, espèce de petit punk sans cervelle. » Elle l’attrapa et le mit brusquement debout, avant de le pousser contre le mur. « Tu penses que blesser des animaux est amusant ? Je pense que ça c’est drôle. » Elle lui donna un coup de genou dans les parties, puis le repoussa vers la porte.

 

« Hé ! Hé ! ! ! » Le garçon rampa pour se mettre debout. « Ouille ! Putain de merde ! Ouille ! » Il bondit vers la porte, le nez pissant le sang derrière lui et passa juste un instant avant que Dar ne s’accroche à lui. IL courut vers le pick-up garé dehors et sauta à l’intérieur, démarrant le moteur avant de partir dans un rugissement pendant que Dar lui jetait un regard noir depuis la porte.

 

Elle attendit que les feux arrière disparaissent au premier virage, puis revint dans la boutique et se frotta les mains, secouant la tête de dégoût. « Un autre exemple de la raison pour laquelle les humains stupides ne devraient pas avoir d’enfants. »

 

L’épicier riait lorsque Dar revint. « Madame, je pense que vous avez fait une grosse impression sur ce gamin. »

 

Dar reprit le paquet et son lait, puis ajouta quelques autres choses avant de tout poser sur le comptoir et de sortir son portefeuille. « Vous en avez combien des comme ça ? »

 

« Pas beaucoup. » L’épicier compta ses achats. « Vous êtes nouvelle dans le coin… » Il jeta un coup d’œil à la carte de crédit qu’elle lui tendait. « Ms Roberts ? Je pensais bien vous avoir vue une fois ou deux dans le coin. »

 

Dar s’appuya sur le comptoir. « Pas exactement », acquiesça-t-elle. « J’ai grandi sur la base de la Marine. Mais j’habite à Miami depuis un moment. J’ai acheté la vieille ferme Potter l’an dernier. »

 

Il leva les yeux vers elle, honnêtement surpris. « C’est vrai ? » Son intérêt était avivé. « Ben, j’ai entendu dire qu’un dirigeant informatique de haut niveau avait acheté cet endroit. »

 

Dar baissa ses lunettes de soleil et le regarda avec un peu d’amusement. « C’est bien moi. »

 

L’homme resta bouche bée un moment, puis éclata de rire. « Et ben, ça me cloue », réussit-il à sortir. « Vous ressemblez sûrement pas à Bill Gates ? »

 

Heureusement pour moi. Dar sourit pour acquiescer avec ironie.

 

« On parlait de tout le boulot là-bas, vous avez pratiquement tout reconstruit de zéro, non ? »

 

« Presque », approuva Dar en signant le reçu pour ses achats. « On vient de finir. »

 

« Et ben, alors. » L’homme prit le reçu et le mit dans le tiroir, puis tendit la main. « Bienvenue dans le voisinage, Ms Roberts. J’espère vous voir plus souvent. »

 

Dar lui rendit sa poignée de main. « Attention à ce que vous demandez », dit-elle d’une voix traînante en lui faisant un clin d’œil ironique avant de prendre son sac et de sortir tranquillement, contente de sa brève entrée sur la scène qui ne se doutait de rien de la ville endormie.

 

*************************************

 

Kerry passa un moment à traîner dans le chalet après le départ de Dar. Elle alla au mur et posa les mains à plat dessus, baignant dans un sentiment de propriété qu’elle ressentait presque comme grisant.

 

A nous.

 

Kerry se retourna et s’appuya contre le mur, laissant son regard voyager dans la pièce. Quand elle avait mis son nom sur la plaque près de celui de Dar, ce chalet était devenu la toute première chose qu’elle pouvait vraiment qualifier à elle, et elle avait un sentiment différent à son égard qu’à celui du condo.

 

Elle se tourna et regarda dans la cuisine, vers les accessoires lisses et bien ajustés qu’elle avait choisis elle-même, et le comptoir en marbre joli qui faisait un coin pour s’asseoir et prendre le petit déjeuner.

 

C’était mignon et confortable. Kerry sourit et alla vers la chambre, passant les doigts sur le montant de porte en bois tout en entrant. C’était sa pièce favorite dans le chalet, et pas simplement à cause de ce qui était évident. Elle s’agenouilla et démarra le petit moteur qui allait gonfler l’Aérolit, puis elle alla inspecter la salle de bains, approuvant le travail soigné autour du jacuzzi profond. Dans un coin de l’espace se trouvait une douche entourée de vitres, dans l’autre la baignoire, et entre les deux, un grand miroir flanqué de deux lavabos.

 

Kerry aimait ça. Elle et Dar avaient réfléchi à cette notion un bon moment avant de décider que ce serait comme ça. Elle ouvrit le placard, regardant paresseusement les quelques provisions qui s’y trouvaient. Ça ne faisait que la troisième nuit qu’elles passeraient au chalet, et elle avait hâte du moment où tous les meubles seraient installés, et que l’endroit prendrait une allure de… foyer.

 

Elle laissa le lit se gonfler et revint à leurs doubles bureaux, pour le moment, de simples espaces vides, attendant que les meubles faits sur mesure qu’elles avaient commandés soient livrés. Les deux pièces avaient de grandes fenêtres sympas et des voûtes donnant sur l’extérieur. Une fois que les meubles seraient installés, elles pourraient facilement se connecter au réseau de la compagnie comme si elles étaient au condo. Ou au bureau.

 

Elle avait hâte de pouvoir passer du temps ici.

 

La pompe s’arrêta et elle retourna à la chambre, prit la parure de draps et la secoua sur le matelas queen size, à double niveau d’air. Elle installa les draps puis déplia la couette qu’elle avait apportée avec elle du Michigan et l’installa sur le lit, jetant leurs oreillers à la tête lorsqu’elle eut fini.

 

Puis elle revint dans le séjour et prit le sac de voyage qu’elles avaient apporté du bateau. Elle l’ouvrit, souriant lorsque des effluves familiers furent relâchés des vêtements et autres choses. Il y avait deux serviettes sur le dessus, elle les prit et les mit dans la salle de bains, puis sortit les chemises qu’elles aimaient porter avant d’aller au lit.

 

Il lui avait fallu du temps pour s’habituer à dormir nue, mais une fois qu’elle l’avait fait, elle était devenue presque accro au confort primal de se blottir sous les couvertures avec Dar, et elle avait remarqué qu’elle dormait comme une pierre une fois qu’elle s’était enroulée autour du corps de sa compagne.

 

Elle dressa l’oreille lorsqu’elle entendit la porte de derrière du chalet s’ouvrir et que les pas rythmiques de Dar s’approchèrent.

 

« Ker »

 

« Ici », répondit Kerry en se tournant lorsqu’une tête brune apparut à la porte de la chambre. « Je sors nos affaires. »

 

Dar tendit un paquet en papier brun en guise d’invitation. « Dîner ? »

 

Kerry leva sa chemise. « La douche d’abord ? »

 

Dar dressa un de ses sourcils. « Je vais mettre ça dans le frigo », dit-elle avec un sourire narquois, disparaissant dans la direction de la cuisine.

 

Kerry se mit à rire doucement pour elle-même. « Hé. » Elle laissa tomber les chemises sur le lit et passa le chemisier en coton léger qu’elle portait par-dessus ses épaules, tressaillant légèrement à la piqûre du coup de soleil. « Ouille. »

 

« Oui oui. » Dar était revenue, portant un petit flacon bleu. « Je me suis dit qu’on pourrait avoir besoin de ça toutes les deux. » Elle leva la crème froide. « Avec de l’aloe. »

 

« T’es géniale. » Kerry tendit la main et la conduisit à la salle de bains, ouvrit la porte de la douche et fit couler l’eau. La première fois qu’elles étaient restées dans le chalet, l’électricité n’était pas encore installée et après avoir bravement supporté la chaleur oppressante à l’intérieur du bâtiment à moitié fini, elles avaient finalement admis leur défaite et s’étaient blotties toutes les deux sur la plage, espérant contre vents et marées qu’elles échapperaient à la fois aux crabes et au mauvais temps.

 

Ce qu’elles avaient fait, mais Kerry avait trouvé de minuscules petites marques rouges suspectes sur son cou qui l’avaient beaucoup inquiétée jusqu’à ce que Dar admette d’un air penaud que c’est elle qui les avait faites en mordillant de manière un peu trop enthousiaste.

 

Ah, l’amour. Kerry se tourna pour voir Dar avec son short qui se désintégrait déboutonné et son top à moitié par-dessus sa tête. Elle tendit la main et lui chatouilla le nombril, et regarda les muscles abdominaux de Dar se contracter alors qu’elle riait en réaction. Les yeux bleus émergèrent un instant plus tard alors que Dar enlevait sa chemise et secouait un doigt dans sa direction dans un faux air de remontrance.

 

Kerry se radoucit en retirant sa propre chemise, sentant un léger chatouillis alors que Dar déboutonnait son soutien-gorge. Elles finirent de se déshabiller et culbutèrent dans la douche ensemble. « Oooh », siffla Kerry alors que sa peau brûlée protestait à la pression de l’eau chaude. Un instant plus tard, la pression cessa lorsque Dar se mit entre elle et le jet.

 

« Tiens bon. » Dar ajusta un peu l’eau froide et baissa la force. « Voilà. » Elle laissa tomber ses bras autour de Kerry et l’attira contre elle, lui massant le dos doucement. « C’est mieux ? »

 

« Bien mieux. » Kerry mit le nez entre les seins de Dar. « Cette épave aujourd’hui était vraiment super. La visibilité était incroyable. »

 

« Oui. » Dar pressa de la lotion à la noix de coco et commença à masser la peau de Kerry. « Est-ce que tu as pris une photo de ce requin des sables ? »

 

« Celui qui était fasciné par tes palmes ? Tu parles. » Kerry prit une bonne mesure de savon et commença à laver Dar. « Pendant une minute j’ai pensé qu’il allait te mâchouiller. »

 

Dar mit une giclée de shampooing sur les cheveux humides de sa compagne et du bout des doigts elle commença à masser le crâne de Kerry pour enlever l’eau salée et le sable. « Moi aussi », confessa-t-elle. « Tu m’as vue attraper mon couteau ? »

 

Kerry était affairée à frotter la cuisse de Dar. « Ouais. C’était la meilleure photo. Cette épave à l’arrière, et tout le sable blanc devant, et toi et le requin face à face. Parfait. »

 

« Oh oh. Je sens qu’il va encore y avoir de l’art de salle de bains. » Dar eut un soupir moqueur. « Si tu la mets au bureau, il faudra que tu répondes à ‘c’est lequel le requin ?’ toutes les dix minutes. »

 

Kerry ricana, les épaules secouées alors qu’elle tapotait le côté de Dar. Elle attrapa la main droite de cette dernière et frotta son pouce dessus avec affection, puis elle s’arrêta et examina la peau de plus près. Les phalanges étaient légèrement gonflées, et une éraflure se détachait sur la seconde. Elle leva les yeux pour croiser le regard de Dar en questionnement.

 

Dar continuait à rincer les cheveux de Kerry de sa main libre. « Je suis tombée sur un organisme au cerveau déficient au marché », dit-elle en souriant d’un air désinvolte. « Un punk qui pensait que bousculer des hommes âgés et tirer sur des animaux c’était amusant. »

 

« Ah. » Kerry leva la phalange et l’embrassa. « J’aime bien quand ta fibre Robin des Bois ressort. Tu l’as vraiment blessé ? »

 

« Nan. Je l’ai frappé sur la tête et dans les boules. » Dar se retourna et les mit toutes les deux sous le jet, pour rincer la lotion à la noix de coco. Elle commençait à étaler le shampooing dans ses cheveux mais elle sentit que Kerry la tirait vers le bas et elle se baissa avec grâce pour s’agenouiller, donnant accès à sa tête à sa compagne plus petite.

 

Elle glissa les mains le long des cuisses puissantes de Kerry et mordilla joyeusement son nombril alors que Kerry lui lavait les cheveux. Elle sentit la surface sous ses lèvres bouger un peu plus fort lorsque Kerry prit une inspiration profonde. Lentement, elle se fit un chemin vers le haut, passant l’arche des côtes de Kerry vers ses seins, sentant les doigts emmêlés dans ses cheveux bouger avec un rythme soudainement insistant.

 

Taquine, elle mordilla sous un sein, puis entendit l’inspiration laborieuse de Kerry même malgré le bruit de l’eau lorsqu’elle remonta légèrement. Avec un sourire, elle relâcha le téton de Kerry et se mit debout, plantant des baisers tout le long du sternum de sa compagne jusqu’à ce qu’elle atteigne les lèvres qui l’attendaient.

 

Le corps de Kerry glissa contre le sien et elle sentit sa main glisser à l’intérieur de sa cuisse. L’eau fit tomber le shampooing de ses cheveux sur elles deux alors qu’elles s’embrassaient et échangeaient des touchers plus intimes. Dar farfouilla derrière elle et tourna le robinet, puis poussa la porte pour qu’elles sortent de la douche et cherchent leurs serviettes.

 

La surface légèrement rugueuse de l’éponge fut comme une explosion de sensations sur sa peau déjà excitée, et Dar sentit sa respiration diminuer alors que Kerry l’essuyait et qu’elle faisait de même en retour. Elles réussirent à trouver leur chemin dans les confins encore peu familiers de la salle de bains de leur chalet et la courte distance jusqu’au lit, se laissant tomber et roulant alors que le matelas cognait avec un mouvement inattendu.

 

« On est habituées au lit à vagues », dit Kerry en gloussant légèrement, tout en recapturant les lèvres de Dar entre ses dents.

 

« Ouille. » Dar s’étira puis s’enroula autour de Kerry avec un élan de possession de chaque centimètre carré. Elle glissa une jambe entre celles de Kerry et sentit le corps de sa compagne s’appuyer contre le sien, avec une vague de chaleur après l’air frais de la pièce. La main de Kerry entoura son sein et un grognement presque primal émergea de ses lèvres.

 

Avant qu’aucune pensée ne soit envisageable, elle espéra brièvement qu’elles n’oublieraient pas que ce lit n’avait pas de butoirs. Le fichu sol n’avait pas de capiton et aucune d’elles ne rebondissait vraiment bien.

 

« Rrr… » Ronronna Kerry alors que leurs lèvres se regoûtaient. Dar la caressa délicatement et le son s’approfondit en un grognement.

 

Elle arrêta de s’inquiéter pour le sol.

 

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